Les ruines du château de Salm

Les ruines du château de Salm dans Châteaux et forteresses en Lorraine Ruines-chateau-La-Broque-150x112

Les ruines du château de Salm sont situées sur le territoire de la commune de La Broque (département du Bas-Rhin – Alsace), mais ce château faisait partie du comté de Salm-Lorraine.

Une association « Les veilleurs de Salm » a été crée en 2004. Elle a pour but de sauvegarder et d’entretenir les vestiges de la ruine. L’encadrement est assuré par un architecte du patrimoine du département, par un historien en civilisation rhénane et par des archéologues bénévoles.

 

Mais pourquoi présenter les ruines d’un château situé en Alsace ? Eh bien tout simplement, parce que, par le jeu des héritages, le comté de Salm passa pour une partie aux Ducs de Lorraine et pour l’autre aux descendants du rhingrave devenus princes de Salm à partir de 1623.

 

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En 1751, un nouveau partage créa la Principauté autonome de Salm-Salm avec Senones comme capitale, qui englobait tout le Ban de Vipucelle (ou ban de Salm), formé de ce qui compose aujourd’hui les deux communes de La Broque et Grandfontaine. En 1793, les Révolutionnaires Français annexent la principauté après l’avoir soumise à un blocus économique. La Broque fut alors incorporée au département des Vosges.

A l’issue de la guerre franco-allemande de 1870 et en échange du canton de Belfort, le traité de Francfort détacha en 1871, la commune du département des Vosges pour la joindre au Reichsland Elsass-Lothringen. Après la libération de 1918, elle resta dans le Bas-Rhin.

 

D’après « Bulletin de la Société philomatique vosgienne » – 1883

 

Le château de Salm est un château situé sur une très haute montagne, entre le village de Plaine et celui de Framont. Le château existait déjà en 1190, et fut bâti par le comte Henri de Salm, qui lui donna son nom à cause de l’ancienne maison de Salm, établie dans les Ardennes, d’où le comte et ses prédécesseurs étaient sortis.

Ce château fut autrefois habité par les comtes sauvages de Salm. On prétend même qu’il est, avec celui de Langstein, l’un des plus anciens châteaux bâtis par ces seigneurs. Il n’offre aujourd’hui que des ruines à moitié détruites, autant par le ravage des temps que par les malheurs de la guerre.

On voit en avant de ce château une espèce de plate-forme ou donjon naturel, formé par les roches énormes de cette montagne. Ce donjon était défendu par un large fossé taillé dans le roc. On remarque encore les vestiges d’un pont-levis qui en défendait l’entrée.

Plus loin est le château, dont les bâtiments ne devaient pas être défendus, à en juger par le peu de terrain de son emplacement.

Ruines-chateau-de-Salm-150x103Un reste de tour moitié ronde, moitié carrée, et dont les murailles ont dix pieds d’épaisseur, est ce que l’on peut voir de plus entier, le reste est absolument tombé. Le chemin qui conduit à ce château est tortueux et difficile, il est taillé dans le rocher à plusieurs endroits. On a cru remarquer les vestiges d’une petite tour qui en défendait le passage.

La situation de ce château est peut-être l’endroit le plus désert et le plus sauvage que l’on puisse voir. De cette élévation, l’œil ne discerne que de très hautes montagnes dépouillées d’arbres et dont la cime est hérissée de rochers énormes, à moitié suspendues sur de pauvres habitations qui sont au pied de ces montagnes menaçantes.

Dans cette effrayante solitude, vous n’entendez que les cris plaintifs de quelques hiboux ou oiseaux de proie qui sont nichés dans les crevasses des rochers qui entourent, et qui sont l’asile ordinaire des uns et d’autres animaux sauvages dont ces montagnes sont remplies.


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La Principauté de Salm

La Principauté de Salm dans Les Vosges d'Antan principaute-de-Salm-213x300

 

 

Lorraine de naissance et surtout de cœur, j’ai toujours entendu parler du comté ou de la principauté de Salm.

Mais quel ne fut pas mon étonnement de découvrir que la principauté de Salm avait été une enclave allemande en territoire français. J’ai retrouvé un article présentant les limites de cette principauté. C’est cette description que je vous propose de découvrir. Les appellations d’origine ont été conservées.

La carte de la Principauté est publiée avec l’aimable autorisation des administrateurs du site concernant le château de Salm.

 

 

D’après un article paru dans le « Bulletin de la société philomatique vosgienne » – 1898

 

Le traité qui séparait de la France une partie du territoire connu sous le nom de Comté et Principauté de Salm, ayant formé dans les Vosges, depuis 1571, un ensemble possédé en commun ou séparément par le duc de Lorraine et le prince de Salm-Salm, pour constituer une Principauté allemande autonome, enclavée dans le territoire français, en faveur du feld-maréchal Nicolas-Léopold, prince de Salm-Salm, chevalier de la toison d’or, avait été signé à Paris le 21 décembre 1751.

Les négociations entre la France et l’Empire, pour la Principauté de Salm, commencées après le traité de Vienne du 18 Novembre 1738, pour indemniser les princes allemands possessionnés en France, avaient duré treize ans.

Le maréchal prince de Belle-Isle, gouverneur des Trois-Évêchés, et le prince Louis-Charles Othon de Salm-Salm, fils aîné du prince Nicolas-Léopold, qui avait fait de longs séjours en France, où il possédait des abbayes en commende, assisté de l’abbé Rome, chanoine de Saint-Pierre de l’Isle, furent les négociateurs de ce traité, très difficile à terminer à cause de l’enclave allemande à créer en France, sans communication avec la frontière.

Mais, par suite de difficultés survenues au sujet des qualités prises par le prince de Salm-Salm, qu’il fallut un certain temps pour aplanir dans la convention du 21 décembre 1751, elle ne reçut pas d’exécution immédiate. Les lettres patentes assurant la mise en action de cette pièce si importante pour l’histoire de Senones, puisque cette ville devenait la capitale d’un État souverain, ne furent signées par le roi Stanislas qu’un an après, le 31 cécembre 1752.

Pour définir absolument le territoire appartenant en souveraineté au prince de Salm-Salm, sous la puissance suprême de l’empereur d’Allemagne, on dut procéder à un abornement complet du périmètre de la nouvelle Principauté, les cartes qui existaient alors ne suffisant pas pour établir des limites précises, qui étaient celles du « Comté et Principauté, » sauf la partie située à droite de la Plaine, devenue frontière.

L’abbé Thelosen, aumônier du prince Nicolas-Léopold, son fondé de pouvoirs, et Gautier, agent du roi de Pologne comme duc de Lorraine, procédèrent pendant quinze mois à cet abornement, et furent amenés à signer à Nancy le 5 Février 1755, trois originaux de son procès-verbal fait avec le plus grand soin.

L’abornement contient des noms de lieux si connus et placés dans des endroits si pittoresques, qu’en le lisant on éprouve le désir de suivre en réalité sur le terrain la ligne des frontières de l’ancienne Principauté. C’est une ligne historique s’il en fut, car elle remonte à des divisions de pays tracées dans la plus ancienne période de l’histoire locale des environs de Senones, et dans quelques parties elle doit se trouver bien près, sur les hauteurs de Saint-Stail, des frontières actuelles de la France et de l’Allemagne. Peut-être retrouverait-on, en la suivant, maintenant que le périmètre est connu, quelques bornes placées de 1753 à 1755, dont on ne connaît plus l’existence.

On ferait assurément dans la partie des forêts de montagne une course peut-être un peu fatigante, à cause des lignes droites tracées, mais à coup sûr des plus belles.

 

Procès verbal de Séparation et d’Abornement de la Principauté de Salm, des Terres de France et de Lorraine, en Exécution de la Convention entre leurs Majestés le Roy très Chrétien, le Roy de Pologne Duc de Lorraine et de Bar et M. le Prince de Salm Salm.

 

L’an mil sept cent cinquante trois le quatrième novembre et jours suivants, en exécution de l’article Trois de la convention passée le vingt et un décembre mil sept cent cinquante et un, entre leurs Majestés le Roy trés Chrétien, le Roy de Pologne Duc de Lorraine et de Bar, et M. le Prince de Salm Salm dont suit la Teneur.

En Conséquence des presentes Cessions faites par sa Majesté Polonaise, les Limites de la Principauté de Salm demeuront les mêmes au delà et à la gauche de la dite Rivière de Plaine, qu’elles étaient d’ancienneté, pour les Terres qui composoient la partie de la Principauté et Comté de Salm au delà et à la gauche de la dite Rivière de Plaine avant le présent partage. Et dans les Endroits ou la Principauté de Salm ne sera point séparée par des Rivières ou des Ruisseaux, des Terres de France ou de Lorraine, il sera mis des Bornes et des Limites armoriées, qui Etabliront la ligne de Séparation de la Principauté d’avec les Terres susdites, dont Procès Verbaux seront fait doubles par les Commissaires nommés à cet Effet par chacunes des parties contractantes, et les difficultés qui pouroient naitre à ce Sujet seront terminées amiablement par les dits commissaires.

Nous, Commissaires nommés de la part de Leurs Majestés très Chrétienne et Polonaise, et de la part de M. le Prince de Salm Salm, Jean Gautier Ingénieur du Roy de Pologne au nom de Leurs Majestés par Commission de M. Le Duc de Belleisle Pair et Maréchal de France, Prince du St-Empire, Chevalier des Ordres de Sa Majesté très Chrètienne, et de la Toison d’Or, Gouverneur et Commandant de la Province des Evêchés de Metz, Toul et Verdun, Lieutenant Général en Lorraine & a. La dite Commission donnée en Vertu de Ses pouvoirs à Paris le trente Janvier mil sept cent cinquante trois, et Jean Thélosen Conseiller de M. le Prince de Salm Salm, au nom du dit Prince par sa Commission donnée à Vienne le quinze Décembre mil sept cent cinquante deux.

Nous sommes rendus sur les Lieux, ou étant nous avons procédé à la Séparation de la dite Principauté de Salm d’avec les Terres de France et de Lorraine, toutes difficultés amiablement terminées après avoir averti les Seigneurs, leurs Officiers, les Propriétaires de Bans et Finages, et assemblé les Maires, Sindics, Forestiers, Gardes Chasse et anciens, pour être Exactement informés du Local suivant les indications cy après détaillées de la Scituation et distance des Bornes de pierre de taille armoriées que nous avons fait mettre pour les Limites de la dite Principauté.

 

La Scituation des Bornes a été déterminée par la disposition du Terrein et les distances mesurées ensuite à la Toise de France, de six pieds de Roy.

 

Première partie de l’Orient à l’Occident :
le Cours de la Rivière de Plaine depuis sa source jusques au Finage de Raon l’Etape Lorraine.

 

Première Borne.
Entre la Montagne du Petit Donon Alsace et Celle du Haut Donon Principauté, au Nord des dites Montagnes, dans la Vallée ou la Rivière de Plaine prend sa principale source, à trois toises deux pieds au-dessus de la dite Source, ou il n’y avoit point de Borne ; les Bois de l’abbaie de Domèvre, Finage de Raon les l’Eau Lorraine d’une part et les Bois nommés les Hans de Forges de Framont Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée de l’Ecu de Lorraine à droite et de l’Ecu de Salm à gauche.

Rivière de la Plaine
Le Milieu du Cours de la dite Rivière de Plaine depuis sa Source jusques au Finage de Raon-l’Etape Lorraine, fait la Séparation de la Lorraine, Baillage de Blamont, du Ban le Moine France, et du Comté de Salm Prévôté de Badonviller Lorraine, d’avec la Principauté conformément à l’article premier de la Convention de Leurs Majestés.

 

Seconde partie de l’Occident au Midy :
depuis le Finage de Raon l’Etape Lorraine, jusques aux Terres de France, Province d’Alsace, qui comprend les Finages de Raon l’Etape, de Moyenmoütier, de la Fontenelle, de Laitre et la grande Fosse Lorraine.

 

Deuxième Borne.
Dans les Prairies à gauche de la Rivière de Plaine, le Finage de Raon l’Etape Lorraine d’une part et le Finage de Celles Principauté de l’autre part à trente cinq Toises du Lit actuel de la dite Rivière, au-dessus de la Forge Evard Finage du dit Raon-l’Etape, au pied d’un seul arbre de Bouleau conservé dans la Prairie pour la Séparation ancienne et ordinaire des dits Finages ; la dite Borne armorié de l’Écu de Lorraine et l’Ecu de Salm.

Troisième Borne.
A la Lisière du Bois du Haut Port au-dessus et à droite du chemin de Raon-l’Etape à Celles, le dit Bois du Haut Port Finage de Raon-l’Etape Lorraine d’une part, et le Bois de Malhay Principauté de l’autre part, la dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée à la place d’une ancienne Borne qui a été levée et sous laquelle il ne s’est point trouvé de Témoins. Distance, cent vingt toises, cinq pieds de la seconde Borne.

Quatrième Borne.
En montant entre les dits Bois du Haut Port et du Malhay, armoriée comme cy-dessus, posée à la place d’une ancienne Borne qui a été levée et sous laquelle il s’est trouvé trois morceaux de Charbon pour Témoins. Distance, cent onze Toises de la Troisième Borne.

Cinquième Borne.
En montant entre les dits Bois, armoriée comme cy-dessus, posée à la place d’une ancienne Borne qui a été levée et sous laquelle il ne s’est point trouvé de Témoins. Distance, quatre-vingt-treize Toises, quatre pieds de la Quatrième Borne.

Sixième Borne.
En montant entre les dits Bois, armoriée comme cy-dessus, posée à la place d’une Roche sur laquelle s’est trouvé une Croix. Distance, Cent-quarante-sept Toises, deux pieds de la Cinquième Borne.

Septième Borne.
En montant entre les dits Bois, armoriée comme cy-dessus, posée au-dessus de la Basse du Haut Port où il n’y avait pas de Borne. Distance, cent quarante sept Toises, deux pieds de la Sixième Borne.

Huitième Borne.
En montant entre les dits Bois, armoriée comme cy-dessus posée au Haut d’Agron, à la place d’une grosse Roche dite Vulgairement la Pierre Borne, sur laquelle était une Croix accompagnée d’une plus petite Roche aussi avec une Croix marquant l’une et l’autre la Séparation du Finage de Raon-l’Etape de celui de Moyenmoutier Lorraine d’une part ; et le dit Bois du Malhay Principauté de l’autre part. Distance, cent-quarante-cinq Toises de la Septième Borne.

Neuvième Borne.
En descendant sur le Ruisseau de Ravine à la gauche de la Source de Quiriengoutte, le Bois de la Grande Basse Finage de Moyenmoutier d’une part, et le Bois de Compagnie Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée où il n’y en avoit point. Distance, Cent-trente-quatre Toises, un pied de la Huitième Borne.

Dixième Borne.
En descendant entre les dits Bois sur le ruisseau de Ravine, le Ruisseau de Quiriengoutte à droite, armoriée comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, deux-cent-trois Toises, deux pieds de la Neuvième Borne.

Onzième Borne.
Au bas des Bois de la Grande Basse, Finage de Moyenmoutier d’une part à ceux de Compagnie Principauté de l’autre part, armoriée comme cy-dessus, posée près d’une ancienne Roche qui servoit de Borne sur laquelle étoit une Croix. Distance, cent-soixante-six Toises de la Dixième Borne et à quinze toises du Ruisseau de Ravine.

Ruisseau de Ravine.
Le dit Ruisseau, a commencer vis-à-vis la Onzième Borne cy-dessus fait les limites jusques à l’Embouchure du Ruisseau de la Bonne femme, le Finage de Moyenmoyen Lorraine d’une part, et les Bois de Querelle Principauté de l’autre part.

Ruisseau de la Bonne Femme.
Le dit Ruisseau fait les Limites depuis son Embouchure dans le Ruisseau de Ravine jusques vis-à-vis la Fontaine nommée Cressonfontaine, auprés et au-dessus de laquelle l’Ecu de Salm a été Sculpté sur une Roche pour fixer la Scituation de la dite Fontaine Principauté.

Douzième Borne.
Vis-à-vis Cressonfontaine à la Lizière du Bois de Malfosse Finage de Moyenmoutier d’une part, et des Bois Communaux de Senones Principauté de l’autre part, la dite Borne armoriée de l’Ecu de Salm et de l’Ecu de Lorraine comme cy-dessus et posée où il n’y en avoit point. Distance, de la Roche et de l’Ecu de Salm de Cressonfontaine dix-huit Toises deux pieds.

Treizième Borne.
En montant entre les dits Bois, armoriée comme cy-dessus posée où il n’y en avoit point. Distance, cent huit Toises de la Douzième Borne.

Quatorzième Borne.
Idem, entre les dits Bois. Distance, cent dix Toises de la Treizième Borne.

Quinzième Borne.
A la hauteur de Malfosse, le Bois de Malfosse Ban de Moyenmoutier d’une part et les Bois Communaux de Senones Principauté de l’autre part, armoriée comme cy-dessus et posée à la place d’une très Grosse Roche qui servoit de Borne. Distance, cent seize Toises cinq pieds de la Quatorzième Borne.

Seizième Borne.
En descendant du côté du Val de Senones entre les dits Bois au-dessus de la Mortegoutte ou Margoutte, armoriée comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, quatre-vingt-dix-huit Toises de la Quinzième Borne.

Ruisseau de la Mortegoutte ou Margoutte.
Le dit Ruisseau fait les limites jusqu’à son Embouchure dans la Rivière de Rapodo ou Rivière de Senones.

Rivière de Rapodo.
Elle fait les limites depuis l’Embouchure du dit Ruisseau de la Margoutte jusques à l’Embouchure du Ruisseau de Chassonville.

Ruisseau de Chassonville.
Le dit Ruisseau fait les limites depuis son Embouchure dans la dite Rivière de Rapodo jusques à sa Source qu’il prend à la Fontaine de Marienfosse, le Finage de Moyenmoutier Lorraine, d’une part, et le Finage de Senones Principauté, de l’autre part.

Dix-septième Borne.
Entre les deux Sources de la Fontaine de Marienfosse, armoriée de l’Ecu de Lorraine et de l’Ecu de Salm, posée ou il n’y en avoit point.

Dix-huitième Borne.
Sur la hauteur dans les Terres entre la Borne précédente et le Bois du Pallon Principauté, le Finage de Moyenmoutier d’une part, et le Finage de Senones Principauté de l’autre part ; armoriée comme cy-dessus, posée à la place d’une ancienne Borne sur laquelle il y avoit une Croix, sans témoins. Distance, cent quatre toises, trois pieds de la dix-septième Borne.

Dix-neuvième Borne.
En montant à la Lisière du Bois de Pallon, auprès d’une ancienne Borne qui fait la Séparation du dit Bois et la division du Ban de Moyenmoutier de celui de la Fontenelle Lorraine, les dits Bans de Moyenmoutier et de la Fontenelle d’une part et le Bois du Pallon Finage de Senones Principauté de l’autre part. La dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, deux cent quinze Toises, deux pieds de la Dix-huitième Borne.

Vingtième Borne.
En descendant à la Lisière et angle du dit Bois du Pallon, sur les prés de Marigoutte, le Finage de la Fontenelle Lorraine, d’une part, et le dit Bois du Pallon Principauté de l’autre part, la dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, deux cent quatorze Toises, un pied de la Dix-neuvième Borne.

Vingt-unième Borne.
En descendant à la Lizière et angle du Bois du Pallon sur les prés de Romont, les près de Marigoutte Ban de la Fontenelle d’une part et le dit Bois du Pallon Principauté de l’autre part, armoriée comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, cent quatre-vingt Toises, quatre pieds de la Vingtième Borne.

Vingt-deuxième Borne.
Sur la hauteur des champs de Croÿ, le Finage de la Fontenelle Lorraine d’une part et le Finage de Menil Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, deux cent soixante-douze Toises, trois pieds de la Vingt-unième Borne.

Vingt-troisième Borne.
Au Canton de Longchamps sur le revers du côté des prés de Tauronaux, le Finage de Laitre Lorraine d’une part, et le Finage de Menil Principauté de l’autre part ; la dit Borne armoriée comme cy-dessus posée ou il n’y en avoit point. Distance, deux cent cinquante-neuf Toises de la Vingt-deuxième Borne.

Vingt-quatrième Borne.
Au-dessus du Cours des Eaux qui arrosent les prés des Champay, les Hayes, Finage de Laitre Lorraine, d’une part, et les dits prés des Champay, Finage de Menil, Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée cy-dessus, posée ou il n’y avoit point. Distance, cent quatre-vingt-dix-sept Toises, un pied de la Vingt-troisième Borne.

Depuis la dite vingt-quatrième Borne jusques à l’Embouchure du Ruisseau qui vient de Laitre, nommé le Ruisseau du Pré du Puits, dans celui de Lavaux, cent trente-quatre Toises, quatre pieds.

Ruisseau de Lavaux.
Le dit Ruisseau depuis l’Embouchure du Ruisseau du Pré du Puis passant au milieu du village de Châtay ou Chàta, la partie Méridionale Lorraine, la partie 
Septentrionale Principauté, fait les limites jusques à sa Source nommée la Fontaine du Grand houx, entre le Finage de Laitre Lorraine, et le Finage de Châta, Principauté.

Vingt-cinquième Borne.
Auprès et au-dessus de la Fondrière, qui fournit la Fontaine du Grand houx, Source du Ruisseau de Lavaux, les Bois de Belfeÿ, Finage de Laitre, Lorraine, d’une part, et les Bois de Débat, Principauté, de l’autre part ; la dite Borne armoriée de l’Ecu de Salm et de l’Ecu de Lorraine, posée ou il n’y en avoit point.

Vingt-sixième Borne.
En montant entre les dits Bois à la Séparation du Finage de Laitre de celui de la Grandefosse les dits Finages Lorraine d’une part, et l’angle du Bois de Débat Finage de Chàta Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus posée à la place d’une ancienne Borne. Distance, trente neuf Toises, cinq pieds de la Vingt-cinquième Borne.

Vingt-septième Borne.
A la Lisière des Bois Communaux de la Grandefosse du côté de la Cense du Haut du Bois, les dits Bois Communaux et Finage de la Grandefosse Lorraine d’une part, et les Bois de Débat Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée, ou il n’y en avoit point. Distance, cent trente-huit Toises, un pied de la Vingt-sixième Borne.

Vingt-huitième Borne.
Au-dessus, vis-à-vis et à la distance de vingt-deux Toises trois pieds de la Cense du Haut du Bois, les dits Bois et Finage de la Grandefosse, Lorraine, d’une part, et les dits Bois de Débat Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus posée ou il n’y en avoit point. Distance, cent quarante Toises, deux pieds de la Vingt-septième Borne.

Vingt-neuvième Borne.
Idem, en descendant entre les dits Bois. Distance, cent quatre-vingt-deux Toises cinq pieds de la Vingt-huitième Borne.

Trentième Borne.
Auprès d’une ancienne Borne dite la Mere Borne, les Terres et Finage de la Grandefosse, Lorraine d’une part et l’angle du Bois de Belfeÿ Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus posée ou il n’y en avoit point. Distance, cent quatre-vingt-quatre Toises de la Vingt-neuvième Borne.

Trente-unième Borne.
Borne ancienne dite la Mere Borne, joignant la précédente, la dite Borne conservée n’a point été levée ni armoriée, seulement numérotée et fait la Séparation de la Lorraine et de la France, Province d’Alsace, d’avec la Principauté de Salm.

 

Troisième partie : de l’Occident à 1′Orient
depuis les Terres de France Province d’Alsace jusques à la Rivière de Bruche autrefois la Brussine qui comprend le Finage de Saale Province d’Alsace, et le cours du Ruisseau de Grandroüé.

 

Trente-deuxième Borne.
Auprès de la précédante, les Terres du Finage de Saale, Province d’Alsace, d’une part, et les Terres de Belfeÿ Finage de Grandrupt Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée de l’Ecu de France et de l’Ecu de Salm, posée ou il n’y en avoit point.

Trente-troisième Borne.
Idem, entre les Terres et Finage de Saale Alsace et celles de Belfeÿ Principauté. Distance, cent quatre-vingt-dix Toises, un pied de la Trente-deuxième Borne.

Trente-quatrième Borne.
Idem. Distance, cent quarante-deux Toises, un pied de la Trente-troisième Borne.

Trente-cinquième Borne.
Vis-à-vis, au-dessus et à la Distance de dix-sept Toises de la Cense de Belfey, les Terres et Finage de Saale Alsace d’une part, et les prés de la dite Cense de Belfey Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, quatre-vingt Toises cinq pieds de la Trente-quatrième Borne.

Trente-sixième Borne.
A l’angle et à la Lisiére du Bois de Rigon Principauté ; les Terres et Finage de Saale Alsace d’une part, et le dit Bois de Rigon Finage de St-Stail de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée ou il y en avoit point. Distance, cent quatre-vingt-quatorze Toises de la Trente-cinquième Borne.

Trente-septième Borne.
Idem, à l’angle suivant de la Lisiére du Bois de Rigon ; Distance, soixante-sept Toises un pied de la Trente-sixième Borne.

Trente-huitième Borne.
A l’angle des Bois Communaux de Saale et à la Liziére du dit Bois de Rigon, les Bois Communaux et le Finage du dit Saale Alsace d’une part et le Bois de Rigon Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy dessus posée ou il n’y en avoit point. Distance, deux cent soixante-douze Toises de la Trente-septième Borne.

Trente-neuvième Borne.
Idem entre les dits Bois Communaux de Saale et le dit Bois de Rigon Principauté, suivant les anciennes Exploitations. Distance, cent vingt-sept Toises de la Trente-huitième Borne.

Quarantième Borne.
Idem, entre les dits Bois. Distance, quatre-vingt-onze Toises quatre pieds de la Trente-neuvième Borne.

Quarante-unième Borne.
Idem, entre les dits Bois. Distance, cent soixante-dix Toises de la Quarantième Borne.

Quarante-deuxième Borne.
Idem, entre les dits Bois. Distance, quatre-vingt-sept Toises trois pieds de la Quarante-unième Borne.

Quarante-troisième Borne.
A quatre toises deux pieds au-dessus de la Fontaine des Aveux ou des Aveugles, les Terres de la Cense de Grandroué Finage de Saale Province d’Alsace d’une part, et les Terres Communales de St-Stail Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée de l’Ecu de France et de l’Ecu de Salm comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, cent treize Toises deux pieds de la Quarante-deuxième Borne.

Ruisseau de Grandroüé.
Le dit Ruisseau fait les Limites depuis la Fontaine des Aveux où il prend sa Source, jusques à son Embouchure dans la Rivière de Brûche.

 

Quatrième partie : du Midy à l’Orient
le Cours de la dite Rivière de Brûche jusques à l’Embouchure du Ruisseau de Vaquenback, qui comprend les Finages de St-Blaise, Foudai, Seblet, Roteau, la Neuf-ville ou Schirmeck Alsace.

 

Le Cours de la Rivière de Brûche fait les Limites jusques à l’Embouchure du Ruisseau du Vaquenback, au-dessous de Schirmeck Alsace et la Broque Principauté.

Pour prévenir qu’on ne puisse prendre le Canal du Moulin de Poutay pour le Cours de la dite Rivière, dont il reçoit presque toutes les Eaux, il a été ouvert un Fossé au point ou commence le dit Canal à la distance de deux cent soixante-trois Toises mesurées en ligne droite jusques à Rouë du dit Moulin ; les Prairies entre le dit Canal et le Cours de la Rivière, Finage de Plaine, Principauté.

 

Cinquième partie : du Midy au Septentrion
depuis l’Embouchure du Ruisseau de Vaquenback dans la Brûche jusques à la Source de la Rivière de Plaine, qui comprend le Cours du dit Ruisseau de Vaquenback le Finage de Schirmeck Terre de France Province d’Alsace et le Finage de Raon les l’Eau Lorraine.

 

Ruisseau de Vaquenback.
Le dit Ruisseau fait les Limites depuis son Embouchure dans la Rivière de Brûche comme dit est, jusques à sa Source au-dessus de Framont et Grand- fontaine Principauté ; la dite Source appelée la Goutte du Marteau.

Quarante-quatrième Borne.
Au pied du Haut Donon Principauté, à la Goutte du Marteau Source du Ruisseau de Vaquenback, les Prés et Bois de l’Evêché de Strasbourg Finage de Schirmeck d’une part, les Terres de la Cense de la Goutte du Marteau Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée de l’Ecu de France et de l’Ecu de Salm, posée ou il n’y en avoit point.

Quarante-cinquième Borne.
Sur la hauteur entre le Petit Donon Alsace et le Haut Donon Principauté, les Bois de l’Evêché de Strasbourg Finage de Schirmeck d’une part, et les Bois des Hans des Forges de Framont Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus et posée à la place d’une ancienne Borne Séparative de l’Alsace et la Lorraine d’avec la Principauté. Distance, cent quatre Toises, cinq pieds de la Quarante-quatrième Borne.

Quarante-sixième et dernière Borne.
Auprès et joignant la précédente, les Bois de l’abbaie de Domêvre Finage de Raon les l’Eau Lorraine d’une part et les Bois des Forges de Framont de l’autre part, qui continuent jusques à la Source de la Rivière de Plaine ou la première Borne est posée ; la dite Quarante-sixième et dernière Borne armoriée de l’Ecu de Lorraine et de l’Ecu de Salm, posée comme la précédente & Distance cent trente deux Toises de la première 
Borne.

 

Les dites Bornes armoriées et plantées sont accompagnées chacune de Morceaux de Thuille platte et charbon pour Témoins, et Numérotées dans l’ordre cy-dessus.

La Scituation des Bornes posées ne détermine aucun allignement, les dites Bornes indiquent seulement les points fixes de la Séparation en ligne droite de l’une à l’autre.

Le milieu du Lit de la Rivière de Plaine de même que celui des Ruisseaux de Ravine, de la Bonnefemme, de la Margoutte, de la Rivière de Rapodo, des Ruisseaux de Chassonville, de Lavaux et de Grandroué, de la Rivière de Bruche et du Ruisseau de Vaquenback, en tout ou en partie, ainsi qu’il est cy-dessus détaillé ; fait les Limites de la Principauté de Salm avec la France et la Lorraine.

Le Cours des Eaux des dites Rivières et Ruisseaux est respectivement commun pour l’usage et la pêche, Entre la dite Principauté, la France Province d’Alsace et la Lorraine.

Il a été fait des Tranchées dans tous les Bois ou il y a des Bornes, sur cinq pieds de Roy de Largeur de part et d’autre du milieu des dites Bornes faisant dix pieds de Largeur totale, et des fossés de trois pieds de Largeur et de deux pieds de profondeur, suivant les allignemens tracés en Ligne droite d’une Borne à l’autre dans toutes les parties ou il n’y a ni Rivières ni Ruisseaux, Excepté dans les Endroits ou les Roches, les Tocs, les Chemins, les Hayës et autres obstacles n’ont pû le permettre, lesquelles tranchées et fossés seront entretenus en commun par les Communautés de Lorraine et d’Alsace avec celles de la Principauté de Salm, chacune par moitié sur Son Ban et Finage de même que les dites Bornes.

 

 

L’origine des maisons de Salm

 

 

 

D’après une publication d’Eugène Gens dans les « Annales de l’Academie Royale d’Archeologie de Belgique » – 1853

 

Pour aller de Trois-Ponts à La Roche, je remontai la petite rivière de Salm, la moins considérable des rivières du Luxembourg que fréquente le saumon pour y déposer son frai à l’époque des grandes crues d’eau de l’automne.

L’origine des maisons de Salm dans Les Vosges d'Antan Armoiries-maisons-de-Salm-126x150La présence de quelques individus de cette espèce , considérée comme un phénomène dans les gorges resserrées où son cours ne présente plus qu’un ruisseau torrentueux, lui a, sans aucun doute, fait donner le nom qu’elle porte, nom qui est devenu ensuite celui d’un château, d’un comté, de deux bourgades et d’une illustre famille princière qui conserve dans ses armoiries la preuve de cette étimologie.

C’est à Salm-Château, au sommet d’une montagne escarpée, que se trouvent les ruines du vieux château des comtes de Salm. Elles n’ont de remarquable que leur situation et la gloire d’avoir été le berceau d’une des familles les plus illustres de la Belgique et de l’Europe. Ce château fut le chef-lieu d’un comté dont l’origine se perd dans les ténèbres du moyen-âge.

Le comté de Salm comprenait un territoire assez étendu, mais fort pauvre, et qui ne renfermait guère que des bois, des bruyères et des fanges. Il consistait en quarante villages ou hameaux, et quatre seigneuries en relevaient immédiatement ; c’étaient celles d’Amberloup, de Termine, de Thony et de Wigny.

Au IXe et Xe siècles, c’était un de ces petits états féodaux, fondés par l’épée ou par droit de premier occupant, et dont la souveraineté ne reconnaissait aucun suzerain.

 

Il entra dans la maison de Luxembourg, probablement par le mariage de son héritière avec Ghiselbert, troisième comte de Luxembourg, qui portait aussi le titre de comte de Salm. L’aîné des fils de Ghiselbert, Conrad 1er, fut comte de Luxembourg ; le second, Herman, fut comte de Salm.

C’est cet Herman de Luxembourg, comte de Salm, que les princes allemands, opposés à l’empereur Henri IV, élurent roi de Germanie en 1081, après que Rodolphe de Souabe eut été tué à la bataille de Munzen, par Godefroid de Bouillon. Et c’est de lui que descendent les différentes branches de la maison de Salm qui subsistent encore.

Leur origine est donc la même que celle de la maison de Luxembourg, et ils remontent à ces anciens comtes d’Ardenne et de Mosellane, dont les généalogistes rattachent la filiation aux rois mérovingiens. Le comté de Salm étant devenu au XIe siècle l’apanage d’un puîné de Luxembourg, ses comtes se considérèrent toujours comme vassaux de ceux de Luxembourg.

Berthollet nous a conservé le texte d’un acte de vasselage, daté du 15 mai 1240, par lequel Henri II, « Cuens de Salmes » déclare que ses prédécesseurs « Ayant estaye en la foy et hommage des nobles hommes les comtes de Lucemborg dou Chastelet et de la chastelerie de Salmes », il en renouvelle l’hommage pour lui et ses hoirs. Le Comte mentionne dans le même acte « li chatealz et la ville de Salmes », c’est Vieil-Salm qu’il désigne sous ce nom de ville, preuve de l’importance qu’avait alors ce bourg.

Otton, fils d’Herman Ier, fonda la maison des comtes palatins de Reyneck. Herman II eut un fils nommé Henri qui épousa Judith de Lorraine, et un de leurs enfants, pour conserver le nom de la terre dont il était originaire, fil bâtir dans les Vosges un château auquel il imposa le nom de Salm. C’est de là qu’est venu le comté de Salm en Lorraine.

 

La ligne masculine des comtes de Salm en Ardennes s’éteignit en 1416 dans la personne d’Henri VI, qui survécut à ses deux enfants.

Henri son fils, fut tué en 1408 à la bataille d’Othée. Sa fille, mariée à Otton de Rougrave, mourut sans enfants en 1415. Henri appela alors à lui succéder son plus proche parent, Jean, sire de Wassenberg et de Reifferscheidt. Néanmoins, après sa mort, les Rougrave se mirent en possession du comté de Salm, mais ils en furent déboutés par une sentence du conseil du duc de Bourgogne, du 6 février 1455, et Jean de Reifferscheidt prit le titre de comte de Salm. Il est la souche des comtes de Salm-Reifferscheidt.

La maison de Reifferscheidt n’était pas d’une origine moins illustre que la maison de Salm. Elle était issue de Gérard, sire de Wassenberg et de Reifferscheidt, deuxième fils de Waleram II duc de Limbourg. Ses armes anciennes étaient de gueules à l’écusson d’argent, brisé en chef d’un lumbel à trois pendants d’azur. Les armes de Salm en Ardennes sont d’argent à deux saumons de gueules adossés en pal. La nouvelle maison écartela ces armoiries en plaçant : au 1er et 4e Salm, au 2e et 3e Reifferscheidt, et celles de Reifferscheidt brochant sur le tout. C’est d’elle que sortent les maisons encore florissantes de Salm-Reifferscheidt-Bedbourg et Krantheim, et de Salm-Reifferscheidt-Dyk, qui forment deux branches de la maison dite de Bas-Salm, la seule famille en Europe dans laquelle se soit conservé, par les mâles, le sang des ducs de Limbourg.

 

La maison de Salm en Lorraine, qui portait de gueules à deux saumons d’argent adossés en pal, cantonnés de neuf croix d’or, se divisa au XVe siècle en deux branches. Jean IV, mort en 1431, ayant été marié deux fois, partagea son comté entre les fils aînés des deux lits. Le premier, Jean V fut père de Jean VI. Le fils aîné de ce dernier, Jean VII, mort en 1548, eut un fils nommé Paul, dont la fille unique, Christine, épousa François, comte de Vaudémont, troisième fils de Charles III duc de Lorraine.

Par cette alliance, la moitié du comté de Salm qui avait formé l’apanage de Jean V entra dans la maison de Lorraine. Cependant, la postérité mâle de Jean V n’était pas éteinte : Nicolas, fils puîné de Jean VI, s’établit en Allemagne et y fonda la maison des comtes de Salm et de Neubourg sur l’Inn, encore florissante aujourd’hui. Les princes de cette maison sont les seuls véritables descendants de mâles en mâles d’Herman de Luxembourg, comte de Salm et roi de Germanie.

Simon, fils aîné du second lit de Jean IV ne laissa qu’une fille nommée Jeanne, qui porta la moitié du comté échue à son père, à son époux Jean, Wild et Rhingrave, qui devint la tige de la maison de Haut-Salm, qui comprend les branches de Salm-Salm, de Salm-Horstmar et de Salm-Kyrbourg.

 

Je pris quelque plaisir à me rappeler cette illustre généalogie d’une famille d’origine belge, assis sur les ruines du château que lui a donné son nom.

Le rocher où elles achèvent de s’écrouler a cessé depuis longtemps de faire partie de ses domaines. L’arbre verdit et porte ses fruits loin du sol qui durant tant de siècles a nourri ses racines. Je me dis que si j’avais l’honneur d’appartenir à une race si haute, le berceau de mes aïeux me serait sacré, n’eussé-je plus au monde un autre patrimoine.

Il y eut un jour peut-être où les princes de Salm regrettèrent d’être devenus étrangers au pays sur lequel leurs ancêtres ont régné ; c’est lorsqu’en 1830 la Belgique, après avoir conquis son indépendance, eut à se choisir un roi. Un prince de Salm se présenta au congrès national comme candidat au trône. Personne ne lui contesta sa descendance souveraine, seulement, les Belges ne le connaissaient plus !

Les papeteries d’Arches et d’Archettes

 

 

Histoire des trois moulins depuis 1492

D’après « Le musée social » – 1903

Il est peu d’établissements industriels en France, dont on puisse retrouver les traces aux siècles passés. Les centres de fabrication se sont souvent déplacés, lorsque l’industrie a utilisé la vapeur, trouvé des conditions d’exploitation préférables, dans des régions mieux desservies par les chemins de fer, et mieux situées pour se procurer la matière première ou le combustible.

Pour les mêmes raisons, les industries sont rares qui ont conservé, de nos jours, les systèmes de fabrication employés il y a cent ans. Il est encore plus difficile de découvrir une usine qui existait déjà, fabriquant les mêmes produits, avec des machines semblables, il y a plus de quatre siècles.

Les procédés de fabrication du papier à la cuve, composé exclusivement de chiffons, sont demeurés sensiblement les mêmes qu’à l’époque de son introduction en France. Si on a trouvé des moyens plus expéditifs que ceux usités au XIVe siècle, les perfectionnements n’ont porté que sur les opérations accessoires et non sur les opérations essentielles de la fabrication. On est frappé de la complication de cette industrie qui, autrefois comme à présent, exigeait de nombreux soins, une grande expérience et une extraordinaire habileté de main, surtout pour les pâtes fines. Les vieux auteurs parlent sans cesse de « l’art de faire le papier » ; le terme n’a rien d’excessif.

C’est le papier de chiffons qui a servi à tirer les belles gravures, depuis le XVIe siècle, les admirables ouvrages de typographie, qui sont une des gloires de la Renaissance. Aujourd’hui encore, les travaux typographiques les plus riches, ceux qui pourront le mieux résister au temps, sont imprimés sur du papier de chiffons. Dans cette branche industrielle, le XIXe siècle n’a fait que bien peu de progrès. Nous pouvons lire aisément encore les textes du XVe siècle, sur le papier à la cuve. Combien, parmi les livres ou les périodiques imprimés de nos jours, seront lisibles pour nos arrière-petits-fils ?

C’est une bonne fortune de trouver une fabrique, mue par l’eau, dont les roues tournaient déjà sous Charles VIII et dont nous pouvons suivre la trace de ses possesseurs successifs, jusqu’au XXe siècle ! Mais l’industrie a subi trop de vicissitudes, au cours des siècles, pour que l’histoire, continue et sans lacunes, d’une telle maison fût possible. Pour la reconstituer, on est forcé d’étudier la vie des établissements similaires de la région. D’ailleurs, les moulins à papier se ressemblaient tous, à ces époques lointaines, surtout dans la même province. Une même législation les régissait ; les conditions du travail, les salaires, les prix de la matière première, comme ceux de revient et de vente, étaient sensiblement les mêmes.

On est peu d’accord sur l’époque de l’introduction de l’industrie papetière en France. Certains historiens la placent en Auvergne ; d’autres dans le Languedoc ; d’autres dans l’Ile de France, à Essonnes ou dans les environs de Troyes, vers le milieu du XIVe siècle. Quelques auteurs pensent pouvoir la faire remonter au siècle précédent. Elle aurait été créée par des Croisés, dans le pays de Thiers et d’Ambert. Il n’existe peut-être aucun document précis à cet égard. M. Briquet de Genève, qui a dessiné environ 24 000 filigranes anciens, dans un grand nombre d’archives d’Europe, en a découvert un portant la date de 1282 ! Mais il ignore son origine.

Les plus anciens documents sur notre industrie en Lorraine ne semblent pas antérieurs au XVe siècle et se rapportent, croyons-nous, aux papeteries d’Arches et d’Archettes.

Les moulins à papier furent d’ailleurs prospères en cette province et Durival, dans sa Description de la Lorraine en 1778, cité par Lepage, le savant archiviste de Nancy, l’explique par l’abondance des matières premières « parce qu’on y consomme beaucoup de linge et que l’air et l’eau y sont favorables ».

Les moulins de la région de Nancy semblent n’apparaître que plus tard, bien qu’il en soit fait mention d’un à Frouard au XVe siècle. La papeterie de Bayon était la seule en activité au XVIe siècle, dans le département de la Meurthe. C’est celles des Vosges qui sont les plus anciennes comme les plus nombreuses.

Il est probable qu’un grand nombre de vieilles papeteries des environs de Nancy ont disparu, tandis que celles du pays de Saint-Dié et d’Epinal se sont développées et multipliées. Mais Lepage, qui a compulsé, vers 1850, tous les documents ayant trait à notre histoire, assure que ceux-ci « se bornent à des notes sommaires, éparses, çà et là, dans des registres, longs et fastidieux à compulser, à quelques ordonnances ou lettres patentes ».

Autour d’Arches et d’Epinal, on voit surgir de bonne heure les moulins à papier. Dès 1506, le duc Antoine accorde, par lettres patentes, à un certain Raulin, une pièce de terre à Uxegney « en ung lieu désert dit le Pré Pusel » pour y édifier une maison à l’usage de papeterie. Nicolas Courvisier, de Docelles, adresse en 1551, une requête à Christine de Danemark, duchesse douairière de Lorraine, pour obtenir la permission de « construyre, ériger et bastir une papellerie sur son propre héritage et vieil assensement séant on finaige de Docelle… sur la rivière de Voullongne (la Vologne) joindant une autre ancienne papellerie à lui appartenant ».

Trois ans plus tard, Nicolas de Vaudémont, administrateur du Duché, acensa à Goëry Mulnier le jeune d’Epinal une pièce de terre « près du ruz de Dinozel, ban et finaigre d’Arches, avec le cours dudit ruz » pour y ériger une papellerie. D’autres documents révèlent la création, en 1562, d’un moulin à papier à Docelles. Enfin, en l585, le duc Charles II permit à la veuve de René Bazoilles de restaurer une ancienne papellerie à Vraichamp, que nous retrouverons au XVIIIe siècle et qui existe encore aujourd’hui.

Vers la même époque, la création de l’Université de Pont-à-Mousson amena (1682) celle d’une papeterie aux environs de Jézainville, dont les produits étaient employés pour les Argumentabor. Nancy et Toul avaient aussi leurs moulins.

La Lorraine fut donc, de bonne heure, un centre important de fabrication et on remarque que les moulins s’établirent en grand nombre sur la Moselle et ses affluents ; mais ils étaient disséminés au hasard. La prospérité générale de la Lorraine sous Charles II explique le développement de l’industrie que les ordonnances ducales durent régler et protéger.

Les moulins à papier avaient chacun une vie propre et indépendante. Ils ressemblaient aux autres maisons de la campagne et furent souvent installés dans un moulin à grains. Au bord d’un cours d’eau, qui fait tourner une ou deux roues, s’élevait la fabrique, entourée d’un enclos et de quelques prés ou de champs.

C’est cet aspect que présentèrent, dès le XVe siècle, les papeteries d’Arches et d’Archettes. Il semble que ces trois papeteries aient eu une destinée commune. Elles étaient voisines l’une de l’autre et appartinrent de bonne heure au même propriétaire.

Les deux d’Archettes doivent avoir été créées les premières. L’une est désignée sous le nom d’Archettes l’Ancienne ou la Haute ; l’autre sous le nom d’Archettes la Neuve ou la Basse. Leurs roues ont tourné avec une régularité parfaite depuis leur fondation jusqu’à la fin du siècle dernier, quand la fabrication fut concentrée dans la seule usine d’Arches.

Les limites que nous nous sommes imposées pour la présente étude nous obligent à retracer très brièvement l’état civil de ces fabriques. L’indication de leurs propriétaires successifs, nous semble avoir un réel intérêt parce qu’elle nous montre quelle a été, au cours des siècles, l’augmentation de la valeur en argent d’établissements, dont l’importance est restée sensiblement la même jusqu’à la veille de la Révolution. A cet égard, les archives privées de la fabrique d’Arches présentent un intérêt de premier ordre.

Le plus vieux document qui fasse mention de la papeterie d’Archettes est le Compte rendu de la Recette d’Arches pour l’année 1492-1493. On y lit que « Marc, papellier, demeurant à Archettes, doit chacun an à nostre souverain seigneur (le duc René II de Lorraine) au terme de Sainct Martin, pour une papellerie qu’il a sur le ruy du dit Archettes vj gros » ; d’autre part, que « Allexys, genre (gendre) Collin, le papellier, demeurant à Archettes, doit chacun an audit terme de Sainct Martin, pour cause de la papellerie feu Collin Aubry, qu’il tient, une livre de cire ». Huit ans après, le nom de Marc est remplacé par celui d’Allexys. Il est donc probable que cet Allexys était devenu propriétaire des deux papeteries. Enfin, le compte du Domaine d’Epinal de 1506-1507 prouve que l’exploitation d’Archettes appartenait au possesseur de la papeterie d’Arches. « Marc, papellier d’Arches, doit chacun an, au terme de Noël, pour son moulin à papier, séant sur le ruy d’Arhettes, viij deniers ».

A partir de 1547, l’histoire de la papeterie est plus facile à suivre. C’est la date de l’acensement par Christine de Danemark et Nicolas de Lorraine, comte de Vaudémont, à Bastien Demangeon de la papellerie de Loys Bonnet, située sur le ruy de Raon, ban d’Arches, avec ses aisances et dépendances, moyennant 12 gros de cens annuel et perpétuel. Le moulin de Bastien Demangeon, « tournant à deux roues », passe aux mains de Jean Saunier de Ste-Marie-aux-Mines, puis à Gérard Cellier, marchand du même lieu, qui cède Arches en 1580 à Simon de Moyeulle, papellier et bourgeois d’Epinal, moyennant 1.500 fr., « monnaie, de Lorraine, douzes gros comptez pour chacun fran et de laquelle somme ledict vendeur s’en a tenu contant ». Le moulin a deux roues et sans doute deux cuves, qu’il gardera pendant les deux siècles suivants. A partir de cette époque, nous connaissons l’importance de la fabrique, qui ne s’augmentera peu à peu que de quelques pièces de terres et de prés.

D’après la consciencieuse étude de M. Lucien Wiener sur les filigranes des papiers Lorrains, nos papeteries auraient eu pour propriétaire, vers 1580, un nommé Demenge, qui obtint du duc Charles III, le privilège d’une marque spéciale formée de deux C opposés et couronnés, que l’on retrouve jusqu’au commencement du XIXe siècle dans de nombreux filigranes lorrains. M. Wiener a découvert dans les archives de Meurthe-et-Moselle un rapport des présidents (1613) pour le fils Demenge Aulbert, gruyer d’Arches, qui se plaint au duc Henri que « certains marchands d’Epinal et autres du baillage d’Allemagne » ont contrefait la marque du double C, qui constituait le privilège accordé à son père.

Le malin papetier demandait au duc, dans sa requête, de défendre aux fabricants du duché, l’emploi de ce filigrane et il en profitait pour solliciter l’autorisation d’adopter, comme marque de fabrique nouvelle, un H couronné, c’est-à-dire le monogramme du duc. Mais il nous paraît difficile d’admettre que la papeterie de Demenge soit celle qui nous intéresse.

Le document, reproduit par notre auteur, porte en effet que la permission accordée à Demenge père consistait à ériger une papeterie sur la Vologne « fluante entre Docelle et Cheniménil », c’est-à-dire à plusieurs kilomètres en amont d’Arches. Nous serions porté à croire qu’il s’agit de la papeterie du grand Meix ou de Lana, commune de Docelles. Cette papeterie, d’après M. Lepage, aurait été acensée, dès 1477, à Berthemin Anthoine et Jean Roselle frères.

Un texte joint aux acquits du compte du receveur d’Epinal intitulé Reprinse de l’impost des papelleries pour l’an 1644 est intéressant en ce qu’il montre combien les guerres dont la Lorraine était le théâtre avaient ralenti l’industrie.

Nous y lisons :
« Le dix-neufième décembre 1643, plusieurs Maîtres papelliers et entr’autres Nicolas Vaultrin pour la cause de la papellerie d’Arches…, advertis et interpellés suivant l’ancienneté par les officiers du domaine d’Epinal que les impotz du papier estaient à laisser à qui plus les auraient reprins et mis en dernière monte à la somme de soixante francs, ce qui leur a été laissé et écheu en considération du peu de papier qui se fassonne de présent ès dictes papelleries qu’à ceste occasion ne travaillent la moictié de l’année pour n’en avoir la distribution au cause des guerres régnantes ».

En un siècle, la valeur des immeubles industriels augmenta dans une notable proportion.

Nous voyons en effet qu’en 1696, Nicolas Misson, propriétaire d’Arches, avait vendu son moulin, avec tout son outillage, moyennant 5.500 francs barrois, soit 2.357 livres 2 sols neuf deniers tournois à Jean Le Clerc et à Claudinette Gégoult, sa femme. Les parties s’étant réservé la faculté de résilier le contrat, Nicolas Misson reprit l’année suivante son moulin. Puis, en 1698 (sans doute à la mort du papetier), ses deux filles : Liégère, mariée à Blaise de la Porte, laboureur à Arches, et Jeanne Marie, épouse de Claude Vaultrin, papetier à Docelles, vendaient chacune leur moitié de la fabrique à Jacques Vanesson de Remiremont et à sa femme, née Barbe Thouvenel, moyennant 6.100 francs de Lorraine, ce qui devait faire environ 3.000 livres.

Pendant un tiers de siècle, la papeterie resta aux mains de Jacques Vanesson, qui fut maire de Remiremont, et à celles de sa femme. Devenue veuve en 1734, elle la vendit à son fils Etienne et à son gendre Jean-Robert Jacquel, « ancien receveur des finances de son Altesse Royale à Remiremont », au prix de 16 000 francs de Lorraine !

Le terrier de 1756 mentionne que le sieur Gérard, aux droits du sieur Claude Vanesson, tient la papeterie Louis Bonnet sur le ruisseau de Raon, et paie pour le cours d’eau au Roi seul un franc. Ce Gérard est certainement celui qui figure sur un très beau filigrane de papier, fabriqué à Archettes et reproduit dans l’étude de M. Wiener, où il est indiqué comme marchand à Nancy. Son successeur fut un sieur Gupers, de la même ville.

Ce sont ses héritiers, qui exploitaient en société, qui vendirent les papeteries d’Arches et Archettes à Beaumarchais, par l’intermédiaire de Jean François Letellier, sur lequel nous aurons à revenir.

Cette vente se fit par deux contrats, l’un du 14 juillet, l’autre du 10 septembre 1779. Par le premier, les héritiers Cupers : Jean François Harnepont, négociant et premier juge-consul de Lorraine et Barrois à Nancy ; Marguerite Cupers, épouse de Jean François Coster, avocat au parlement, premier commis des finances pour l’administration de la Corse, résidant à Versailles et Claude Cupers, fils aîné, marchand à Nancy, cédèrent à Letellier les cinq sixièmes des trois papeteries. Le dernier sixième appartenait aux enfants mineurs d’une autre fille Cupers prédécédée. La vente en fut faite à Letellier, par leur père, le sieur Riolle, maire royal de Pont-à-Mousson.

La totalité de l’exploitation passait donc à Beaumarchais pour la somme de 32.000 livres. C’est là qu’il allait fabriquer la plus grande partie du papier nécessaire à sa fameuse édition du Voltaire de Kehl. Les vendeurs avaient eu soin d’exiger la caution du banquier parisien de l’entreprise : Cantini. Mais ce fut une garantie bien illusoire, car un tiers seulement du prix fut versé aux vendeurs !

Les 32.000 livres formaient une somme importante pour les trois papeteries, dans lesquelles Beaumarchais allait faire de nombreuses améliorations. Mais toutes les dépendances, les cuves, les pâtes, les drilles, colles, vitriols, aluns et papiers manufacturés étaient compris dans ce prix, ainsi que le logement des ouvriers. Il était en outre expressément stipulé que l’acquéreur serait « tenu de maintenir tous les traités faits avec les dites usines, en sorte que les vendeurs ne puissent être inquiétés, ni recherchés à cet égard ».

Voici comment Beaumarchais avait fixé son choix sur nos papeteries. Il avait chargé un maître papetier de Rouen : Subito l’aîné, de faire une « tournée en Lorraine, Alsace et Champagne » et de lui rédiger un rapport sur tous les moulins en exploitation.

Subito raconte ainsi sa visite à Arches : « Arches et Archettes. Deux papeteries distantes de un quart de lieue l’une de l’autre et partagées de la Moselle. Elles appartiennent à une société très riche et aisée, qui n’épargne ni soins ni dépenses pour en tirer le meilleur parti, mais elles n’ont jamais été aidées d’aucun homme instruit, pas même un manouvrier contremaître. C’est une espèce de République, dans laquelle chacun s’est choisi et conservé son département. Chacun a de l’ambition en corps et en particulier, et si on n’y a pas mieux fait, c’est que les ouvriers eux-mêmes ne savent pas mieux ». Subito remarque l’exceptionnelle qualité des eaux. À Arches, dit-il, l’eau est « très vive et argentée. ». L’un des moulins d’Archettes est alimenté par une eau de source assez abondante, mais elle « est trop crue et n’est pas assez élaborée ».

Dans l’autre, il n’y a pas de source, mais on pourrait « s’en procurer une très belle et bien préférable à la première ». Puis il entre dans des détails sur l’état des papeteries, avec une précision d’homme du métier, qui sent tout le parti qu’on pourrait tirer d’une exploitation rationnelle et expérimentée.

La construction des machines est généralement « médiocre », les maillets ne vont pas assez vite, l’eau pourrait être beaucoup mieux utilisée. Il faudrait bâtir un magasin pour les chiffons, construire des pourrissoirs larges et bien aérés, organiser le lavoir et le « dégorgeoir ». A ces conditions, conclut l’auteur du rapport, la « Compagnie » pourrait faire de beaux papiers.

Subito donne son appréciation sur la manière dont les ouvriers d’Arches et d’Archettes fabriquaient. C’est sans nul doute sur les conseils de Subito que Beaumarchais acheta les trois papeteries.

Nous ne croyons pas trop nous écarter de notre sujet, en disant quelques mots de la gigantesque entreprise que fut la publication du Voltaire de Kehl. Son histoire serait un chapitre curieux de la vie de Beaumarchais. Il s’y montre comme un brasseur d’affaires d’une étonnante activité. Bien que ses Mémoires soient remplis de ses aventures, son odyssée en Espagne, ses interminables procès, l’histoire de ses fournitures d’armes pour l’Amérique, ils restent muets sur son rôle d’éditeur de Voltaire, qui dura plus de dix ans. Dans une lettre de juillet 1779, qui répondait à une question que lui posait Letellier, alors en Angleterre, il déclare qu’il entend publier tous les manuscrits de Voltaire, sans en rien omettre. C’est une condition, dit-il, de leur acquisition. Sa réponse est d’un style dithyrambique qui fait sourire.

La préparation de l’entreprise exigea des soins infinis. Il fallait réunir des capitaux, se procurer tous les manuscrits du philosophe, trouver le matériel de typographie, s’assurer la fourniture du papier, établir l’imprimerie en lieu sûr, pour éviter toutes difficultés avec le clergé et le parlement, enfin trouver des souscriptions dans tous les pays d’Europe.

A ce moment, la moitié des oeuvres de Voltaire était prohibée. On les publiait sous le manteau et de temps en temps, on confisquait les volumes.

Beaumarchais constitua la « Société littéraire et typographique » dont le domicile élu était chez le banquier Cantini, rue Vieille-du-Temple, et prit le titre modeste de « Chargé de la correspondance générale de l’entreprise », dont il semble avoir été à peu près le seul membre. Les bailleurs de fonds restèrent anonymes.

La plus grande partie des manuscrits de Voltaire appartenaient à Panckoucke qui les avait achetés à sa nièce, Mme Denis, et à son ancien secrétaire à Ferney, Wagnière. Mais celui-ci en avait conservé un certain nombre, qui, d’après Beaumarchais, devait représenter environ six volumes. Gudin de la Brénellerie prétend que Catherine II avait offert à Panckoucke d’imprimer à Strasbourg une édition complète de Voltaire. Ce projet n’eut pas de suite et c’est Beaumarchais qui le reprit.

D’après la correspondance de la « Société », l’achat des manuscrits aurait coûté environ 100.000 écus. Le fameux éditeur anglais, John Baskerville, mort peu d’années auparavant, avait laissé un matériel d’imprimerie considérable, réputé dans le monde entier. Beaumarchais résolut de l’acheter. Il négocia avec la veuve de Baskerville, envoya des agents à Londres, qui firent habilement traîner les négociations. La Société paya 3.700 livres sterling pour les poinçons, matrices et moules pour la fonte des caractères, les procédés secrets pour la trempe de l’acier, le lissage des papiers, après l’impression, en un mot tout le matériel. Les presses de l’éditeur avaient un tel renom que l’Université d’Oxford s’émut en les voyant sortir d’Angleterre et rechercha « les autres restes du célèbre artiste ».

D’ailleurs, Voltaire avait eu la même pensée que Beaumarchais, et était entré naguère en pourparlers avec Baskerville pour lui confier le soin d’éditer ses oeuvres complètes.

Cependant, le matériel de Baskerville semble insuffisant à Beaumarchais. Il envoie des agents dans différents pays pour acheter des instruments et du papier. Ils acquièrent ainsi, à Birmingham, deux presses montées et traitent des fournitures de papier. Un contrat fut passé avec la maison des de Montgolfier à Annonay. Letellier se procure des formes à Angoulême pour équiper Arches et Archettes. Des presses sont achetées dans le même but à Saarbruck.

Mais c’est surtout avec les maîtres papetiers des Vosges et d’Alsace que les marchés les plus importants furent passés. Nicolas Krantz à Vraichamp, et Vaissière, à Docelles, s’engagent le 1er juillet 1779, par l’intermédiaire de Subito, à fournir pendant deux ans, l’un 2.000 rames, chaque année, l’autre 1.000 rames, du poids de vingt livres, à raison de douze livres lorraines l’une, prises aux fabriques.

Des marchés analogues furent faits avec Voltrinot, papetier à Ste-Marie-aux-Mines, la Veuve Mayer de Châtenoy, près Schlestadt, Colombel et Sherts de Strasbourg.

La publication complète de Voltaire, qui devait être suivie de celle de « tous les écrivains célèbres qui auront bien mérité de leur siècle », était impossible en France. Beaumarchais avait d’abord jeté les yeux sur la ville de Deux-Ponts, qui présentait une entière sécurité à cause de son « prince philosophe ». Il se décida enfin pour Kehl, qui était sous l’autorité du Margrave de Bade, possesseur d’un vieux fort, qu’il mit à la disposition de Beaumarchais. Il insista pour que celui-ci supprimât certains passages de Voltaire ; mais Beaumarchais s’y refusa et le Margrave finit par céder.

L’organisation matérielle de l’entreprise se fit avec une merveilleuse rapidité. Dès le début, Letellier dirigea l’imprimerie de Kehl. Beaumarchais l’avait présenté à ses correspondants comme son alter ego et lui avait confié la signature de la Société. Il semblait l’avoir séduit par son activité et son sens des affaires. Mais la brouille ne tarda pas à naître, puis un procès. Letellier dépensait follement les deniers de la Société !

Sous le prétexte de raisons de santé, Beaumarchais le remplaça par Gilbert de la Hogue, écuyer, capitaine de Dragons, ancien commissaire du Roi à St-Domingue. Même dans sa correspondance purement commerciale, l’auteur du Mariage de Figaro restait écrivain, et, quand de la Hogue prit possession de son nouvel emploi, Beaumarchais adressa une lettre, d’allure toute littéraire à « tous les chefs de travaux et autres dignes sujets de rétablissement de Kehl » pour leur recommander de rester les fidèles et obéissants serviteurs du capitaine de Dragons « son associé et son ami ».

Un grand nombre d’écrivains et de philosophes s’honorèrent de prêter leur concours au succès du Voltaire : d’Alembert, Sicard, Marmontel, l’abbé Morellet. Condorcet, d’après de Loménie, rédigea les notes et les commentaires les plus importants et Maurepas, au dire de Gudin, avait promis sa protection. Beaumarchais sut intéresser à son entreprise Frédéric de Prusse, Catherine II, le roi de Suède. Il écrivit (27 juin 1779) à lord Shelburn pour lui demander d’entrer dans son association.

Lorsque ces concours lui furent acquis, il s’occupa de trouver des libraires et des négociants dans presque tous les pays d’Europe, pour recruter des souscripteurs. Il adressa, à plus de cinquante correspondants, une circulaire qui n’est pas exempte d’une certaine emphase. Il leur offrait une commission de 10 % sur les souscriptions. Cette circulaire était accompagnée d’un prospectus, qu’il avait fait imprimer à Birmingham. Le prix de l’ouvrage, qui devait comprendre soixante-dix volumes in-8°, était de 350 livres. Pour augmenter le nombre des souscripteurs, Letellier organisa, au nom de la Société, une loterie à Strasbourg. Des primes, des médailles furent offertes. Les gazettes complétèrent cette habile publicité, qui coûta, dans son ensemble, deux cent mille livres.

Depuis la fondation de la Société jusqu’en 1787, Beaumarchais avoue qu’il a dépensé 2.230.000 livres et que, quand les derniers volumes seront imprimés, la Société aura engagé environ 2.400.000 livres !

Mais Maurepas mourut en 1781 et Beaumarchais eut à lutter contre les redoutables attaques du clergé et du parlement. Il fut souvent à court d’argent ; les travaux d’impression souffraient de longs retards et les souscripteurs qui avaient versé s’impatientaient.

La Société littéraire et typographique fut dissoute en 1790, après avoir englouti des sommes considérables. Malgré les dires de Beaumarchais, qui prétendait trouver 6.000 souscripteurs, il est probable qu’il n’en put réunir à grand’peine que deux mille ! Son ingéniosité était extrême pour se procurer des fonds. Il aurait fait tirer un exemplaire de son Voltaire sur papier teinté de vert pour le vendre à Frédéric II, alors très âgé et dont les yeux étaient fatigués. On dit qu’il fit imprimer un autre exemplaire sur papier particulièrement fin, avec une re- liure somptueuse, destiné à Catherine. Mais celle-ci ne dut pas l’acquérir et, après de nombreuses vicissitudes, il fut acheté 20.000 francs par l’impératrice Eugénie, qui l’offrit à l’Empereur. Au 4 septembre, il fut, paraît-il, transporté à la bibliothèque du Louvre et brûlé en 1871.

Beaumarchais avait fait d’Arches et d’Archettes le centre de la fabrication du papier. A notre connaissance, la Société littéraire ne posséda que ces trois établissements avec un autre moulin à Plombières. En 1786-1787, elle entra en pourparlers pour l’acquisition d’un autre moulin, mais les conditions semblèrent trop onéreuses et le projet fut abandonné. Ses ressources commençaient à s’épuiser et Beaumarchais donna, en 1788, pouvoir à de la Hogue pour vendre la papeterie de Plombières, même au prix de 18.000 francs. Celle-ci existe encore. Elle possède une seule cuve et elle est exploitée par le propriétaire lui-même, M. La Hache, sa femme et ses enfants, sans le concours d’aucun ouvrier salarié. C’est un exemple aussi rare qu’intéressant, dans l’industrie papetière au commencement de notre siècle.

A mesure qu’augmentait l’activité des papeteries d’Arches et d’Archettes, leur propriétaire acquit quelques prés, pour arrondir leurs dépendances. Letellier reconnut par acte notarié, en 1784, que c’est pour le compte et avec les propres deniers de Beaumarchais qu’il avait acheté, cinq ans plus tôt, les établissements d’Arches et d’Archettes. Puis, le nom de Beaumarchais fait place à la raison sociale « Société littéraire et typographique » au nom de qui furent passés plusieurs autres contrats.

Letellier, tout en dirigeant les travaux de Kehl, surveillait la fabrique d’Arches jusqu’au moment où il se fâcha avec Beaumarchais. Celui-ci y installa alors un jeune gérant du nom d’André, qui semble avoir été un chef médiocre. Vaissière, le fournisseur de Docelles, devait l’aider de ses conseils et de son expérience ; mais le gérant se garda d’en tenir compte. Dans sa correspondance, André a soin d’indiquer à la Société littéraire les progrès de la fabrication, qui, par sa faute, laisse cependant à désirer et Beaumarchais lui reproche, sur un ton paternel d’abord, puis avec sévérité, de ne pas consulter Vaissière et d’en faire à sa tête. Toujours affairé, Beaumarchais ne pouvait venir à Arches aussi souvent qu’il le désirait. L’oeil du maître y était cependant nécessaire.

Dans tous les moulins de la région, les crues de la Moselle et de ses affluents, surtout la Vologne, interrompaient fréquemment le travail. Les eaux troublées et violentes envahissaient les fabriques et les ouvriers de nos papeteries avaient fort à faire pour arrêter l’inondation, construire des barrages et des talus. Beaumarchais, dans une lettre à Vaissière, lui dit tous ses regrets de ne pouvoir se rendre en Lorraine, pour remédier à un tel état de choses « qui est si préjudiciable à la fabrication ».

André fut remplacé, en 1785, sans doute à cause de son incapacité, par un certain Feydel. Mais Beaumarchais n’avait pas eu la main plus heureuse dans le choix de ce second gérant.

Feydel lui donna de nouveaux sujets d’inquiétude. Il avait la manie de la persécution et écrivait à son patron qu’il était menacé d’empoisonnement. Aussi de la Hogue, qui dirigeait maintenant les presses de Kehl, ainsi que nous l’avons vu, fut chargé de surveiller lui-même la fabrication d’Arches, dont le troisième gérant choisi par Beaumarchais fut De la Garde, dont la mère dirigeait la fabrique de papier de Courtalin (1786).

L’activité de nos trois moulins n’était pas entièrement consacrée à l’alimentation de Kehl et fabriquait, en outre, pour l’étranger, des papiers à tapisser et pour écrire.

Mais bientôt les affaires de la Société périclitaient et Beaumarchais résolut, en 1788, d’abandonner les papeteries d’Arches et d’Archettes, dont l’équipement lui avait coûté de si lourds sacrifices. Ce fut de la Hogue qui les céda, au prix de 50.000 livres, aux frères Claude et Léopold Desgranges, négociants à Luxeuil. Gilbert de la Hogue prend dans l’acte de vente le titre de Directeur associé de Beaumarchais pour l’établissement de Kehl et ses dépendances. Ce document, qui appartient aux Archives privées de la fabrique d’Arches, contient la ratification et la signature de Beaumarchais, datée, à Paris, du 4 février 1789. Malgré le maniement d’argent considérable de sa Société, Beaumarchais n’avait versé qu’un tiers du prix à ses vendeurs.

Aussi, les frères Desgranges durent-ils payer les 24.000 livres restant dues aux héritiers Cupers, les prédécesseurs de Beaumarchais. Le contrat montre qu’encore à cette époque, les ouvriers papetiers étaient logés dans les dépendances des fabriques.

Les frères Desgranges vendirent, en 1790, pour 20.838 livres, un tiers de leurs usines à Denis Couad, négociant à Paris, qui devint directeur et associé. C’est depuis cette époque qu’elles restèrent dans la famille du propriétaire actuel. En l’an IX, Léopold Desgranges acheta à son frère sa part. Trois ans après, les époux Couad vendirent leur tiers 39.506 francs à un imprimeur d’Epinal, Hoener, qui, à son tour, recéda cette part à Léopold Desgranges. Ce Hoener doit être le même que celui qui exploitait, en 1789, d’après M. Wiener, une papeterie à Champigneulle.

En 1788, Couad fit un procès à Hoener au sujet de cette vente. Celui-ci devenait donc ainsi l’unique propriétaire. En l’an II, les frères Desgranges faisaient exploiter la papeterie de Plombières, qui possédait deux cuves et occupait 14 ouvriers, 21 femmes et 23 enfants. On y fabriquait les papiers fins et superfins, qui se vendaient à Paris, Strasbourg, Metz et Nancy. Ils avaient aussi une papeterie à St-Bresson, près Luxeuil, pour la fabrication du timbre. 76 ouvriers et ouvrières y étaient occupés.

Les copies de lettres montrent quels jours difficiles eurent à traverser les papeteries d’Arches et d’Archettes, surtout en 1814-1815 alors que les Vosges étaient envahies par les alliés. Une grande partie des fabriques de la région durent arrêter tout travail pendant de longs mois. Les communications étaient interrompues, les correspondances interceptées et les ouvriers, par suite des levées d’hommes, avaient abandonné les ateliers. Ceux qui restaient attendirent, pendant quatre mois, que le patron pût les payer. Le pain valait 8 francs la livre !

Dans une lettre à un correspondant de Thann (12 mai 1814), Léopold Desgranges fait un tableau lamentable de sa situation. « 1700 Cosaques, dit-il, de la plus mauvaise espèce, ont campé et séjourné dans ma commune pendant deux semaines. 250 étaient établis dans ma manufacture, avec autant de chevaux et 6 dans ma maison d’habitation. Tout y a été foulé aux pieds des chevaux, pillé, brisé et nulle part, il n’y a eu d’exemple d’une semblable dévastation.

Les dégâts et les pertes, qui s’en sont suivis, ont été constatés et évalués à 45.000 francs. Les suites de cette énorme perte sont incalculables. Les cruches de notre acide muriatique des deux dernières années, qui étaient encore pleines, ont été brisées. Cela a produit un effet qui a rempli de rage ces hommes forcenés ».

Ces derniers événements avaient mis le comble aux infortunes du malheureux papetier, dont la situation pécuniaire était difficile depuis plusieurs années, comme nous allons le voir. Ce fut par des prodiges d’économie et de travail qu’il put remettre ses affaires à flot.

Des papeteries d’Arches et d’Archettes, étaient sortis les papiers destinés au célèbre ouvrage de la Description de l’Egypte, commandé par Napoléon. Il résulte des comptes conservés à l’Imprimerie Nationale, où fut imprimé l’ouvrage, que de 1807 à 1823, nos papeteries lui fournirent environ deux millions de feuilles de papier, d’une qualité exceptionnelle en grand Aigle, Jésus, Velin et Ecu verjuré. C’est Jomard, le commissaire du gouvernement près de la Commission d’Egypte, et en réalité, le secrétaire général de la publication, qui avait préparé les traités de fourniture.

Ils furent signés par Lancret et réglaient minutieusement les multiples conditions que devait remplir le papier. C’est à la suite d’un concours et en considération de la « moralité » de Léopold Desgranges et de la supériorité de ses produits, que la fourniture lui avait été confiée en 1806. On reconnut « qu’ils rivalisent s’ils ne surpassent ce qui se fait de mieux en Angleterre ». En outre, le fabricant acceptait de ne toucher ses factures que quatre mois après livraison. Si le choix du gouvernement était flatteur pour les papeteries d’Arches et d’Archettes, il devint bientôt onéreux et causa de cruels mécomptes à leur propriétaire.

Léopold Desgranges avait soumissionné, malgré la hausse des salaires, à des prix trop réduits et il avait dû se procurer un matériel spécial pour des papiers de cinquante et un pouces ! Il fit, en 1808, la demande d’un secours de 150.000 francs sur les crédits affectés aux encouragements aux manufactures. Ce secours ne put lui être accordé et il dut faire, trois ans après, une nouvelle demande de 100.000 francs, qui ne fut pas mieux accueillie.

Les appuis ne lui avaient cependant pas manqué. Le préfet des Vosges écrivit au ministre que, tandis que « les beaux papiers de Johannot et Montgolfier se vendent vingt et un sols la livre, on recherche ceux d’Arches à vingt-six sols. Il ne se fabrique nulle part de papiers aussi grands ». Les membres de la Commission avaient également recommandé le fabricant.

Leur lettre porte la signature de Berthollet et de Monge. Léopold Desgranges avait des connaissances étendues sur la situation générale économique de l’industrie papetière. Sa seconde demande de subvention était accompagnée d’Observations sur l’importance et la situation actuelle des fabriques de papiers dans l’Empire français. Dans ce substantiel mémoire, il montrait que l’avilissement des prix du papier, ruineux pour l’industrie, était dû au cours trop réduit que l’Imprimerie impériale imposait à ses fournisseurs et qui avait sa répercussion dans toute l’industrie. Il proposait que cette administration fit de nouvelles enchères et accordât une prime de 1 fr. 50 aux maîtres papetiers, qui travaillaient pour elle. Il montrait que les matières premières, évaluées à huit ou dix millions, étaient plus que suffisantes pour la fabrication et qu’il y aurait intérêt à faciliter leur exportation.

Le Bureau consultatif des arts et manufactures examina le rapport de Desgranges, mais son avis que signèrent Thénard et Gay Lussac ne fut pas favorable.

Pendant les dernières années de l’empire, on dut interrompre l’impression de la Description de l’Egypte, ce qui causa de nouvelles pertes au fabricant. La Commission comptait payer le papetier avec le produit des souscriptions. C’est ainsi que Beaumarchais avait opéré, trente ans auparavant, et le résultat ne fut pas plus brillant.

La Commission dépendait du ministre de l’Intérieur, l’Imprimerie impériale de celui de la Justice. Les comptes furent difficiles et longs à régler, même entre ces deux départements ; ils ne furent clos qu’en 1835 et encore par la remise de quatre exemplaires de l’ouvrage au ministère de la Justice, ainsi que cela résulte d’une lettre de Thiers au garde des sceaux.

Le fabricant dut attendre longtemps le paiement de ses fournitures. Les papiers n’étaient imprimés que plusieurs années après leur livraison. Ils étaient déposés dans les magasins de l’Imprimerie impériale et souvent s’y altéraient. Les retards dans l’impression des derniers volumes provenaient du peu d’empressement des collaborateurs de la Description de l’Egypte à remettre leurs mémoires.

En 1820, bien que la première édition ne fût point achevée, le ministre de l’Intérieur concéda à Ch. L. Fleury Panckoucke, fils du contemporain de Beaumarchais, le droit de faire une seconde édition de l’ouvrage. Certaines conditions sont intéressantes à noter. Le texte devait être semblable à celui de la première édition, mais l’éditeur était obligé d’en retrancher les passages où Bonaparte était représenté comme chef du gouvernement.

A la mort de Léopold Desgranges, son fils Aimé et sa fille Louise-Sophie, épouse de Jean-Charles Lebon, conseiller à la Cour de Colmar, vendirent, moyennant 70.000 francs, la totalité des établissements d’Arches et d’Archettes à Denis Couad, alors propriétaire à Epinal, qui les exploita jusqu’à sa mort, en 1833.

Vers la même époque, Arches et Archettes écoulaient une partie de leurs produits à Munich et à Stuttgard et fournissaient le papier de l’imagerie d’Epinal, qui, depuis plus d’un siècle, est la propriété de la famille Pellerin. Les copies de lettres d’Arches montrent que les relations commerciales des deux maisons étaient importantes.

Il ne nous reste plus qu’à ajouter un mot pour montrer comment nos établissements devinrent la propriété de M. Jules Perrigot, le fabricant actuel. A la mort de Denis Couad, ils passèrent aux mains de son petit-fils, M. Auguste Morel, qui s’associa successivement M. Bercioux et M. Masure, beau-père de M. Perrigot.

A partir de 1860, une nouvelle ère de prospérité commença pour la maison. On y fabriquait exclusivement du papier timbré. La vieille papeterie du Rupt de Raon était souvent inondée et trop exiguë. M. Morel se décida à construire une nouvelle usine sur le même cours d’eau, un peu en amont de l’ancienne.

Les deux moulins d’Archettes continuèrent cependant à tourner. Mais l’exploitation dans trois bâtiments, éloignés l’un de l’autre, était incommode. La nouvelle usine finit par absorber toute l’activité industrielle. Archettes la Basse fut abandonnée en 1870 ; Archettes la Haute en 1891. C’est l’usine d’Arches qui est seule exploitée aujourd’hui. Une partie des constructions primitives est encore debout. La vieille chiffonnerie est toujours en usage, ainsi qu’un ancien édifice dont l’architecture avec ses contreforts et ses pignons rappelle le XVIe siècle.

Les ruines du château de Fontenoy-le-Château (88)

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En 1978, l’association « Les amis du vieux Fontenoy » était créée pour sauvegarder les ruines du château. Aujourd’hui, grâce aux bénévoles, les murailles ont été consolidées, mais malgré leur bonne volonté, le donjon est en péril.

L’association lance un appel au secours. Si vous voulez participer à la sauvegarde de l’édifice, rendez-vous ici.

Pour l’instant, je vous propose une petite description du château faite à la fin du XIXe siècle.

 

D’après les « Annales de la Société d’émulation du département des Vosges » – Année 1894

Accroché au flanc d’un coteau à pic qui domine toute la ville, solidement campé sur des terrasses en retrait, griffes gigantesques par lesquelles il se cramponnait fièrement sur ses murailles séculaires, le vieux castel était un vrai nid d’aigles.

Au pied des remparts, la jonction du ruisseau Châtelain et du Côney. Au-dessus, le donjon carré haut de 25 à 30 mètres, et pouvant défier tous les assauts. A droite, sur le même plan, une tour ronde aux murailles épaisses montant la garde en face de l’avenue. A gauche, en contre-bas, une autre tour ronde, non moins solide, protégeant la poterne. C’était une demeure digne des fiers barons de Neufchâtel.

La grande avenue, ou la Grand’Voie, aboutissait dans le verger, au sud du château. Ce verger occupait une grande partie du coteau qui se dirige sur les Molières. Sans doute que la maison encore appelée la Loge en occupait l’extrémité, servant ainsi de lieu de repos et de rafraichîssement dans la promenade des châtelains. On voit en effet sur le plan dressé au XVIIIe siècle, toute cette partie sud désignée du nom de Curtille des seigneurs.

De ce côté, les fossés et le pont-levis. Puis s’ouvrait la porte d’entrée et les principales ouvertures du donjon. Les autres faces n’étaient percées que de fenêtres très étroites et de machicoulis servant à faire pleuvoir sur les assaillants toutes sortes de projectiles.

L’Atrium ou cour intérieur du château commençait probablement entre le donjon et la tour de l’ouest pour se continuer sur le verger et la principale avenue ou la Grand’voie venait y aboutir. D’ailleurs, la situation de l’ancien faubourg de l’Aître (Atrium), au milieu duquel cette avenue venait déboucher dans Fontenoy, ne fait que confirmer cette hypothèse. Quant à la place d’armes, elle devait avoir son emplacement sur le cimetière actuel, que l’on désigne encore sous le nom de la Mothe.

Au bas du verger, le ruisseau Châtelain formait un étang actuellement converti en une prairie que l’on désigne encore sous le nom de l’Etang Châtelain.

On voyait à la fin du siècle dernier deux tours, l’une ronde, l’autre carrée, dont il ne reste que des débris. Elles étaient assez peu endommagées. On les a démolies, pour en tirer des pierres à bâtir, quoiqu’on eût de belles carrières sur les lieux.

Des vieillards racontaient, il y a quarante ans, que la tour carrée était deux fois plus élevée qu’elle ne l’est maintenant. On montait jusqu’à la plate-forme qui existe encore en partie. De là, quatre murs sans toits allaient à une grande hauteur. Cet espace était, disaient-ils, en temps de guerre, le magasin de meubles des habitants.

La tour ronde, ajoutaient-ils, avait à sa base, une belle salle. Au premier, une chambre moins vaste, mais fort soignée. Enfin au-dessus, un escalier extérieur se terminant à la partie supérieure de l’édifice. Dans cette tour ronde, s’ouvrait un souterrain allant jusqu’aux Molières.

Des constructions nouvelles furent entreprises et des améliorations importantes faites aux fortifications et au château sous l’administration de Diane de Dommartin. En 1587, il est payé aux habitants de Fontenoy, la somme de mille francs pour la réparation d’une des grosses tours de la ville. En 1593, ce sont d’autres réparations faites à la Porte de la Tour de Ronde et à celle de l’Aître.

Dans les années qui suivirent l’incendie de la ville en 1635, il fallut à l’héroïque population de Fontenoy, pourtant décimée par la guerre et la peste, sans gîte et sans ressources, bien de l’énergie pour se mettre à l’œuvre et réparer tant des désastres. Les maisons furent en partie relevées à la hâte, pauvres, dénudées, sans élégance et sans architecture, chacun parant au plus pressé et cherchant d’abord un abri.

Fontenoy sortit de ses ruines, mais son château n’eut pas le même sort.

Ses seigneurs avaient d’autres palais, celui-ci fut abandonné définitivement. Du reste, après la guerre de Trente Ans, depuis que Richelieu et Louis XIV avaient appesanti sur la noblesse leur main de fer, la féodalité avait cessé d’exister. D’autocrates qu’ils avaient été, les grands seigneurs n’étaient plus guère que de riches propriétaires tirant des revenus considérables de leurs domaines et des dîmes qu’ils percevaient. De là, l’inutilité d’entretenir et surtout de reconstruire des châteaux qui ne devaient jamais plus les protéger. C’était donc une ruine complète, imminente réservée à chacun d’eux : c’est qui arriva pour celui de Fontenoy.

Des deux tours rondes signalées plus haut, il ne reste pas pierre sur pierre. La Tour de Ronde située sous le donjon, n’existait déjà plus au milieu du siècle dernier, tandis que l’autre, appelée Tour de l’Aître, avait été assez bien conservée jusqu’au commencement de ce siècle. En 1892, on voyait encore à l’intérieur de cette tour, une chambre ou plutôt une prison voûtée dans laquelle se trouvaient trois ouvertures. L’une donnait sur le caveau qui va aux Molières, une autre semblait être la porte d’entrée, et enfin la troisième regardait le donjon et paraissait y conduire par un escalier dont on voyait les vestiges.

La plate-forme du donjon ou de la Tour Carrée est à 9 mètres au-dessus du sol. Avant 1875, on avait à sa droite, un grand mur à meurtrières et à fenêtre déformée, sillonée de crevasses, d’une hauteur de 11,05 m au-dessus de la plate-forme, et donnant à ces ruines l’apparence d’une immense siège à dossier. Le revêtement extérieur, qui a été enlevé à plus d’un endroit, laisse voir des massifs de maçonnerie formée de pierres disposées en couches alternativement inclinées à droite et à gauche. Enfin on aperçoit encore actuellement dissimulées dans les buissons et sous le lierre, les ouvertures de trois caveaux se dirigeant sous la terrasse de la tour.

Ces tours dignes de tout intérêt appartenaient encore en 1870 à la famille Daubié de Fontenoy. Mais l’entretien des ruines occasionnant des dépenses, dont la répartition offrait d’autant plus de difficultés que les membres de la famille étaient plus nombreux, on résolut de s’en défaire. Ce fut M. Chavanes, propriétaire de la manufacture de Bains, qui en devint l’acquéreur.

Or, un beau jour de l’année 1875, vers 6 heures du matin, une sorte de craquement formidable se fait entendre, une nuée de poussière couvre toute la ville : c’est une partie du donjon qui vient de s’écrouler. L’éboulement qui couvrait de ses débris les jardins environnants demandait un prompt déblaiement. Mais il restait l’autre moitié du pan de mur. Par peur de nouvel accident, on voulut la faire sauter par la mine. On avait compté sans la solidité de la maçonnerie ancienne.

On employa d’abord, mais en vain, une mine de un kilogramme de poudre. Il fallut augmenter, et la muraille ne s’effondra, dit-on, qu’au huitième kilogramme de poudre. Les plus belles pierres furent utilisées déjà au siècle dernier. Et au commencement de ce siècle, une quantité considérable des matériaux tirés de ces ruines avait servi à construire plusieurs maisons de Fontenoy et la tour de l’église.

Profitant du moment où il était obligé d’employer une équipe d’ouvriers à opérer le déblaiement, M. Chavanes voulut faire quelques fouilles surtout dans les caveaux. Ses recherches restèrent infructueuses, les voûtes s’affaissant aussitôt l’entrée de l’air et de la lumière. Les caveaux placés sous la terrasse paraissent avoir mis en communication avec le donjon, différents points de la ville. Peut-être l’un d’eux aboutissait-il à l’intérieur de l’église.

L’année 1893 nous laissera ce regret d’avoir vu disparaître, sous le marteau démolisseur, une partie de ces ruines antiques, qui font la gloire et l’ornement de Fontenoy.

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