Les moines de l’étang de Lindre

Moines de l'etang de Lindre

D’après « Légendes et contes lorrains d’autrefois »

Un soir d’automne, un bûcheron, la cognée sur l’épaule, regagnait son logis en longeant la rive de l’étang de Lindre.

Il fit une halte un instant devant une rustique croix de boix. C’est alors qu’il entendit un étrange chœur, psalmodiant l’air du Dies irae.

Il se retourna : la brume, déchirée en longs voiles, flottait sur les eaux sombres. Les voix se rapprochaient, et la silhouette d’un moine émergea de l’étang. Un deuxième moine apparut, suivi d’un troisième, d’un quatrième et de plusieurs autres.

L’homme, terrorisé, ne bougeait mie.

La longue file des moines passa, capuchon baissé sur le visage, psalmodiant toujours le funèbre cantique, dans lequel le témoin crut comprendre ces paroles : « Nous sommes les moines de l’étang… ». Et puis les fantômes s’effacèrent dans le noir de la forêt.

Le bûcheron rentra chez lui. Ruminant la chose, il pensa avoir rêvé, si bien que le lendemain soir, il résolut de retourner sur le lieu de sa vision.

La cognée sur l’épaule, il partit dans la nuit tombante. Mais nul ne le revit.

Plus tard, bien plus tard, des pêcheurs ramenèrent dans leur filet, le cadavre du malheureux, vêtu d’une bure de moine.


Archives pour la catégorie Légendes de Lorraine

La fée Polybotte

La fée Polybotte

D’après ” Lacs, forêts et rivières de Lorraine ” – Editions Mars et Mercure

Un peu en aval de Kichompré, voisine de la route, la glacière du Kertoff mérite une visite. C’est un amoncellement des plus sauvages d’énormes blocs granitiques tombés des flancs de la montagne, entre lesquels les neiges s’accumulent en hiver et où la glace persiste parfois pendant tout l’été. Une légende se rapporte à cette grotte.

Autrefois, se cachait au Saut-des-Cuves, une magicienne orgueilleuse de son corps magnifique, mais honteuse de son visage fané. Elle logeait dans un palais souterrain, mais dont l’entrée s’ouvrait par la Fente du Kertoff, grotte de la forêt de Martinprey. Connaissant sa méchanceté, l’on évitait son domaine.

C’est là qu’un chevalier égaré, réfugié pour la nuit dans la grotte de Kertoff, devint l’hôte à jamais de la fée Polybotte.

Somptueusement vêtue, parfumée, assise sur un trône de cristal, la fée était environnée de lumière réfléchie par les facettes de milliers de cristaux tapissant son palais clouté de diamants. Autour d’elle, dansaient sur des parterres de fleurs, de ravissantes jeunes filles, aux accents d’une musique de rêve.

Accueilli par Polybotte, servi de mets succulents par les danseuses, le chevalier goûtait à tous les délices du palais enchanté. La fée pensait le retenir pour compagnon, lui offrant richesse et réalisation de tous ses vœux. En vain. Il ne pensait qu’à sa dame, à ses gens et à son château. Au matin, il voulut s’en aller les rejoindre.

Assurée de sa vengeance, Polybotte le laissa partir. Mais à l’instant de sortir, il fut saisi par un froid mortel et changé en glace. Depuis lors, toute l’année durant, la glace subsiste dans la Fente de Kertoff. Sans doute s’agit-il de ce beau chevalier…

Le brochet de Charlemagne

Le brochet de Charlemagne

D’après  » Lacs, forêts et rivières de Lorraine  » – Editions Mars et Mercure

L’Empereur Charles, dans sa maison de Champ, a réuni ses chevaliers. Sous un tilleul, il s’est assis, dans une cathèdre de chêne. Autour de lui, se tiennent ses barons : les douze pairs y sont, avec Roland et Olivier, et Turpin l’archevêque. Il y a aussi le savant Eginnart qui écrit en latin, et tant de valeureux comtes et de preux chevaliers des marches de l’Est. Y sont, avec eux, Guy de Bourgogne et Girard de Roussillon et Ogier le Danois, et tous ceux que Charles aime pour leur vaillance et leur fidélité.

Charles l’Empereur a convoqué tous ses vassaux et leur a dit : « Francs chevaliers, aiguisez vos épieux et fourbissez vos épées d’acier ; et partons chasser l’ours et l’aurochs et le loup à travers mes forêts de Vosges. Et préparez le fil et l’hameçon ; et allons-nous-en au bord des lacs pêcher la perche et le brochet ».

Tous ont alors répondu : « Cela est bien ainsi ! ». Puis ils s’en sont allés vers leurs armes et leurs chevaux. Ils ont appelé leurs pages et leurs féaux. Et ils sont venus dans la forêt vosgienne. Entre les parois étroites de la montagne, ils ont remonté la rivière de Vologne, en devisant et en chantant.

Mais le comte Roland s’est impatienté, car il n’aime pas les lentes chavauchées et les bavardages qui ralentissent la marche. « Sommes nous des femmes, que nous papotons comme celles qui tournent la quenouille ? » a-t’il demandé.

Charles l’a entendu. Il a dit à son neveu : « Roland, vous avez l’âme fière et le cœur prompt. Devancez-nous et préparez un lieu où nous pourrons manger. Choisissez l’un des pairs et partez avec lui ». Roland a répondu : « Ce sera Olivier ». Et l’Empereur a souri.

Roland s’est approché d’Olivier et lui a parlé à l’oreille. Puis ils ont dépassé l’avant-garde des barons et se sont enfoncés dans la forêt. Le ruisseau chante parmi les roches et le vent murmure dans les hauts sapins. Ils ont si bien chevauché qu’ils sont parvenus aux gorges où l’eau tourbillonne en grondant entre les roides murs de roche.

Non loin de là, ils ont découvert une large pierre semblable à un lit sarrazin. « Ce sera pour Charles, notre Empereur », dit Roland. Et le sage Olivier lui répond : « Il le mérite bien ! ». Et ils étendent sur la roche une tapisserie où se trouve représentée une scène de chasse.

Puis l’Empereur Charles est arrivé. Il s’est reposé sur la pierre. Avec ses barons, il a mangé et bu. Mais son cheval s’est agité et, d’un violent coup de sabot, il a frappé la roche. Il l’a si fort heurtée que la marque de fer est restée gravée pour toujours. Charles y a vu un signe : il a donné ses ordres pour la chasse. Il a fait sonner les cors, les chevaliers se sont ceints et se sont armés de leur épée. Leurs valets ont pris leurs épieux, tous s’en sont allés plus avant dans la forêt.

Ils ont levé un lourd aurochs rude et méchant. Ils ont découplé tous les chiens et ont chassé la bête à grand’peine et ahan. L’aurochs s’est enfui parmi les bois et les buissons. Les veneurs le suivent en criant et en faisant tapage. Les valets, les écuyers et les chevaliers ont moult difficultés à pousser derrière la bête…

La forêt toute entière, retentit du son des trompes et des cors. Mais l’aurochs est de taille à défendre chèrement sa vie, il les emmène à travers ravins et tourbières. Il met à mal les chiens : il les fouille de ses cornes et plus d’un gît dans le fossé, la patte brisée ou le ventre ouvert, et se tord en hurlant de douleur. Les chevaux sont blessés par les roches et les herbes coupantes. Mais Charlemagne et ses barons poursuivent l’aurochs sans répit. Ils brandissent l’épée d’acier et ils soufflent dans leur olifant.

Girard, qui tient de l’Empereur le fief de Roussillon, l’atteint de son épieu à la pointe de fer. Charles l’achève de la dague merveilleuse que, naguère, la reine de Constantinople, lui a offerte.

Mais l’affaire avait été rude et chaude. L’Empereur a mis pied à terre. Il a posé son épée et ses barons l’ont imité. Il s’est avancé vers une source claire et a bu de son eau fraîche et transparente. Puis il s’est tourné vers ses barons et a dit : « Nobles seigneurs, descendons vers ce lac qui miroite là-bas dans la vallée comme une longue mer. Lorsque nous y serons, nous tirerons nos hameçons. La pêche nous reposera de la chasse ».

Ils ont tous fait ainsi. Ils ont chevauché à travers bois, ils ont aperçu une blanche cascade, ils ont longé un petit lac rond aux sombres eaux, puis ils sont arrivés au bord du long lac que Charles avait vu du flanc de la montagne. Ils se sont mis à pêcher.

Charles sent bientôt son fil trembler. Il veut retirer son hameçon, mais la prise lui semble lourde, car il appelle son page. Mais le page ne suffit pas, il fait venir un écuyer. Ensemble ils tirent et sortent de l’eau un brochet. Jamais personne n’en a vu de semblable.

Les barons se sont approchés. Ils ont admiré la capture de leur Empereur. Roland a dit : « A lui seul, il peut nous rassasier tous ! ». Mais Charles a demandé son forgeron et lui a dit : « Forge un collier d’or, avec une clochette d’or et attache-les au col du poisson ».

Le forgeron a forgé une clochette d’or, puis un anneau d’or, puis un carcan d’or. Il les a assemblés. Il les a fixés au col du brochet. Quand il a fini son travail, Charles le bon Empereur, prend le poisson. Il le pose doucement dans l’eau du lac. Le brochet s’enfuit et les barons le perdent bientôt de vue.

Et par les vallées et par les forêts, l’Empereur Charles et ses chevaliers rentrent au château de Champ. Il y a là Roland et Olivier et les douze pairs, et Turpin l’archevêque. Avec eux, chevauche toute la fleur de chevalerie de France, Ogier le Danois, Guy de Bourgogne, Girard de Roussillon et tous ceux que Charles, l’Empereur, aime pour leur courage et leur fidélité.

 

Le son de la clochette monte en core parfois des profondeurs du lac de Longemer et glisse comme une aile légère au ras des eaux. Maint pêcheur, au cours des âges, l’a longuement écouté, puis a tendu ses efforts pour reprendre le brochet de Charlemagne, sachant qu’il apportait avec lui la promesse d’une extraordinaire richesse.

Mais jamais personne n’a pu s’en saisir : le carcan d’or de l’Empereur le protège, semble-t-il, éternellement…

La légende de la « pierre tournante » de Doulcon

TrésorCarte de Doulcon

 

D’après les « Mémoires de la société des amateurs-naturalistes du nord de la Meuse » – Année 1909

Une pierre tournante, dite du coq, se trouvait au dessus de la ferme de Jupille. Elle fut en 1880, convertie en moëllons, pour la réparation de l’église de Mont.

La légende dit que cette pierre fermait l’entrée d’une caverne contenant un trésor. Tous les soirs, au premier coup de minuit, elle tournait sur elle-même, laissant le passage libre. Mais au dernier coup, elle reprenait sa position habituelle, retranchant du nombre des vivants ceux que la cupidité avait tentés.

Par les nuits claires, on voyait des hommes de très petite taille, des lutins ou hennequins, prendre leurs ébats dans les environs : c’étaient les bons génies du pays. Ils disparaissaient sous la pierre au premier chant du coq, ou lorsqu’ils se croyaient l’objet de la curiosité.

La légende du pont des fées de Gérardmer

Pont des fées GérardmerPont des fées Gérardmer

 

Le Pont des Fées de Gérardmer a fait l’objet d’une inscription  aux Monuments Historiques par arrêté du 11 février 1972.

Construit en 1763, il s’appelait le « Pont des Fies« . En patois « fies » signifie « épicéas », variété de sapins des Vosges. Ce nom lui avait été donné en raison du fait que la Vologne traverse une sombre forêt d’épicéas.

Plus bas, la Vologne entoure deux petites îles, appelées îles « Marie Louise ou Perles des Vosges« . Il paraitrait qu’on y pêchait des perles que l’on trouvait dans les huîtres d’eau douce et qu’en 1737, les habitants auraient offert des perles aux princesses Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV, lors de leur passage dans les Vosges.

 

Légende d’après un texte de Henry Desestangs – Parution dans « Le Pays Lorrain » 1908

Il y avait une fois, dans le pittoresque pays des Vosges, à Gérardmer, un chasseur si beau, si séduisant et si admirablement bien fait,qu’il n’était ni femme, ni fille, qui ne fût charmée par lui.

Il poursuivait les animaux sauvages, méprisant les dangers, heureux si quelque cerf ou quelque sanglier, tombait sous ses coups. Dès le matin, alors que la fraiche aurore apparaissait, traversant ronces et broussailles, humides de rosée, il partait, toujours au guet, ne manquant jamais sa bête. Et ainsi tout le jour.

Il rentrait dans sa chaumière (car il habitait dans une chaumière et non pas un palais, étant aussi pauvre que beau) le soir, quand, depuis plusieurs heures déjà, la nuit était tombée et qu’à vingt­cinq lieues à la ronde, on parlait de son courage, de ses prouesses. On achetait son gibier, qui lui rapportait gros, mais il avait huit petits frères et huit petites sœurs, pour qui il dépensait ce qu’il gagnait, voulant qu’ils ne manquassent de rien. Il se privait parfois même de nourriture, content si ceux qu’il aimait, avaient ce qui leur fallait. Il avait promis à ses parents, au moment où ils étaient morts, de prendre soin des seize marmots.

Tuant beaucoup de gros gibier, il s’habillait de peaux, et ce costume seyait à ravir à sa mâle beauté. Aussi, bien des filles eussent-elles été heureuses de l’avoir pour époux, car, comme nous l’avons dit plus haut, elles en étaient toutes folles.

Mais lui, ne les regardait même pas, n’en ayant ni le temps, ni l’envie, les trouvant toutes extrêmement laides. D’ailleurs, il y avait aussi une autre raison…

Une vieille femme, que dans le pays on disait être une fée, qui s’était trouvée à sa naissance et qui était sa marraine, avait assuré qu’il serait beau et courageux, et qu’il arriverait aux plus hautes distinctions, si toutefois, il ne se laissait séduire par quelque femme que ce fût. Il connaissait la chose et se tenait sur ses gardes.

Un jour, que depuis l’aube il poursuivait une biche (qu’il n’avait pu atteindre avant midi), il se sentit si pris de fatigue, qu’il s’endormit sur les fougères, à l’ombre des grands arbres, au bord d’un torrent, dont l’eau blanche et mousseuse tombait de cascade en cascade.

Là, dans la forêt touffue, l’air est plein d’agrément. Un vieux pont, tout en roches construit il y a des siècles et des siècles par les mains agiles des fées, dit-on, en cet endroit joignait les versants des montagnes voisines.

Les yeux fermés, le chasseur paraissait hanté de songes délicieux, et sa beauté avait un éclat resplendissant. Il dormait, bercé par le chant des oiseaux et le clapotement des ondes, quand il sentit soudain un baiser qu’on lui déposait sur la joue.

Devant lui se présente le plus merveilleux spectacle qu’il ait jamais vu : une femme, plus belle que le jour, est là qui le regarde. Ses yeux sont vert de mer, ses joues sont incarnates et ses lèvres de corail. Ses cheveux blond d’or tombent jusqu’à ses pieds, cachant à demi un corps admirable, où scintillent quelques goutelettes d’eau irisée, semblables à des perles. Elle sourit au chasseur de l’air le plus aimable. Ebloui par tant de charmes, il croit rêver encore. Les paroles s’arrêtent dans sa gorge tellement il est occupé à la considérer !…

Mais elle s’approche, entoure de ses bras blancs comme l’albâtre, le cou du jeune homme et, d’une voix qui semble être une musique céleste, lui dit : « Ô mon beau chasseur, pourquoi ne réponds-tu pas à mon baiser ?… Te fais-je peur ?… Je suis celle qui te protège et qui, par son génie, de loin veille sur toi, la nuit quand tu te reposes, le jour quand tu cours le bois, dont l’esprit te suit partout, et qui, sans cesse, écarte de toi tous maux !… Viens… Viens auprès de moi, ô mon beau chasseur ! ».

Emu par ce discours, il se sent si plein de feu, qu’il se met à genoux devant elle et s’écrit : «  Oh non, toi qui est si belle et si aimable, je n’ai pas peur de toi, de toi qui sans cesse me protège, dis-tu, oh non je n’ai pas peur de toi !… »

Et il l’assure qu’il l’aime plus que lui-même, la serre avec ardeur sur sa poitrine et couvre ses mains de baisers. Elle le regarde en souriant, puis reprend : « Ô mon beau chasseur, viens !… Viens dans mon palais de cristal où les années passent plus vite que les jours, où l’on vit heureux dans des plaisirs sans nombre et des joies sans fin, où il fait toujours beau, où l’on est toujours tranquille, dans mon palais de cristal, viens, ô mon beau chasseur !… ».

Elle l’embrasse, le caresse, le serre plus fort dans ses bras. Séduit, il se laisse faire, et peu à peu s’abandonne. Ils roulent, tous deux enlacés, sur la mousse puis sur le chemin… Elle l’entraine jusqu’au bord du torrent… Déjà ils touchent les algues vertes !

Elle l’embrasse, l’embrasse encore, puis soudain, le sentant en sa toute puissance, rit aux éclats, et le précipite avec elle dans l’eau profonde…

Le chasseur avait poussé un grand cri, le torrent avait fait entendre un sourd mugissement, qui avait retenti bien loin dans la montagne !… Puis, tout redevint calme : l’eau blanche continua à tomber de cascade en cascade, les oiseaux à chanter et les vieux sapins à être doucement balancés par le vent…

Jamais le chasseur ne revint dans sa chaumière, où ses huit petits frères et ses huit petites sœurs sont morts de faim. Mais on parle toujours de lui dans le pays.

Une crainte superstitieuse s’attache à l’endroit où il a disparu. Depuis, on n’y passe plus qu’en tremblant, et durant les longues soirées d’hiver, à la veillée, dans les pauvres cabanes, les vieilles femmes racontent aux petits enfants étonnés, l’histoire du jeune chasseur, devant les cheminées allumées.

Eux, sont pris de peur à ce récit, car on leur assure que, parfois à minuit, les antiques échos des vertes forêts des Vosges, répercutent encore les cris effrayants que le chasseur pousse du fond des eaux, ou qu’encore on entend sortir de dessous les ondes des chants d’amour d’une mélodie divine, où s’emmêlent dans une harmonie suave, la voix forte et mâle de celui qui n’est plus et la voix enchanteresse et tendre de l’ondine aux yeux vert d’eau et aux lèvres de corail…

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