Les ruines du château de Waldeck (57)

Donjon du château de WaldeckCarte Eguelshardt château de Waldeck Ruines du château de Waldeck

Du château féodal situé sur la commune d’Eguelshardt en Moselle, il ne reste que des ruines, mais quelles ruines : un magnifique donjon, classé monument historique depuis 1930.

Je vous propose de découvrir quelques moments de l’histoire de ce château au temps des seigneurs.

D’après un article paru dans la revue « L’Austrasie » – Année 1908

Au milieu d’une spacieuse vallée toute encerclée de hautes montagnes, on aperçoit tout à coup, au sortir de la forêt, la silhouette du vieux manoir de Waldeck se dessiner sur le ciel bleu. C’est bien là un de ces rochers coniques et isolés, que choisissaient de préférence les chevaliers féodaux pour y établir leurs demeures, car de même qu’à l’aigle, il leur fallait l’air pur des montagnes, un roc élevé et inaccessible d’où ils pouvaient surveiller les abords.

Autrefois, des arbres centenaires entouraient le fier castel qui se dresse encore de nos jours comme une vision guerrière des vieux temps. Mais, hélas ces colosses sont tombés, victimes du bûcheron, et aujourd’hui, l’étroit sentier qui mène à ses pieds serpente sous leurs faibles rejetons, dont on aspire avec bonheur la senteur résineuse.

Au bout de la rampe qui nous livre l’accès des cours et des salles, il semble que les siècles eux-mêmes sortent de la poussière pour nous accueillir et nous guider.

Un puissant donjon, haut de 26 mètres, comme un tronc resté droit dans un bois décimé par la cognée, est, parmi les décombres, un ancêtre de briques et de moëllons, qui s’éternise au coeur de la ruine. Ce donjon, construit en grand appareil, crénelé, s’obliquant à la base, affecte encore la forme carrée, car la stratégie, au moment de sa construction, n’avait pas encore fait reconnaître l’avantage des lignes courbes. Il est vrai qu’à sa hauteur, la plus puissante machine de guerre des assaillants aurait eu du mal à l’atteindre.

Un petit escalier tournant, appelé vis et pratiqué dans l’épaisseur de la construction, mettait le château en communication avec cette tour que, malheureusement, la foudre accable souvent de ses coups, comme attirée par la pointe d’un gigantesque paratonnerre. On retrouve ici également la salle d’armes, pièce d’apparat, où le seigneur recevait les hommages de ses vassaux et les redevances qu’ils venaient lui payer.

Mais le songe du passé s’évoque d’autant plus obsédant ici, que la faux du temps et les guerres acharnées ont taillé bien plus qu’ailleurs leurs coupes sombres dans cette hautaine demeure. Sa noblesse est finie, ses titres brûlés, ses seigneurs disparus à tout jamais. Des salles d’armes, des chemins de ronde, des logis, il ne subsiste que des pans de voûte, des tronçons de murs sur lesquels le lierre a tissé d’épais manteaux.

Mais au bout de ces réalités lointaines, les yeux de l’esprit, à défaut des yeux du corps, perçoivent une humanité violente et fruste avec des passions plus cruelles, mais aussi des énergies plus hautes, que les nôtres. Regrettons seulement que les chroniques locales ne nous racontent que fort peu de chose sur l’histoire du château et de ses seigneurs.

De la terrasse, on aperçoit une étendue de pays magnifique aux pieds de la montagne. Le petit hameau de Waldeck, l’étang du même nom, le lac de Hanau, les maisons espacées de Bannstein peuplent un coin de la perspective. Tout autour, un labyrinthe de collines emmêle en tous sens ses courbes et festonne le ciel de sa succession de croupes verdoyantes, tandis que là-bas, à perte de vue moutonne l’énorme et mystérieuse forêt avec ses masses dorées par le soleil de l’après-midi, ses taillis impénétrables, ses chênes, ses sapins et ses hêtres qui, pareils à des colonnes, soutiennent le poids de la voûte verte.

Les mémoires qui accompagnent le fameux atlas topographique du comté de Bitche, dessiné sur l’ordre du roi de France vers le milieu du XVIIIe siècle, nous font connaitre ses premiers détenteurs Jean et Conrard de Kirkel.

Il est donc fort probable que Waldeck fut bâti par un seigneur de Kirkel vers le milieu du XIIIe siècle, car son nom parait pour la première fois en l’année 1316 dans les chartes et documents du pays. D’aucuns ont prétendu, que le château de Waldeck fut construit par un comte de Lichtenberg pour protéger ses possessions sur terre lorraine ! Mais on se demande quelles étaient ces possessions, vu que la frontière entre l’Alsace et la Lorraine avait déjà été délimitée en 1150 et que toutes les possessions de Lichtenberg se trouvaient en Alsace ?

Les Kirkel, qui possédèrent Waldeck pendant près d’un siècle, tirent leur origine et leur nom d’un château situé dans le Palatinat, dont il subsiste aujourd’hui encore des ruines assez imposantes et de structure identique à celles de Waldeck. Il fut construit vers 1210 par Henri, fils de Louis l’aîné de Saarwerden qui avait épousé Irmentrude, soeur de Werner IV, comte de Bolard. Il mourut sans postérité et fut inhumé dans l’église abbatiale de Wernerswiller.

Henri, à la mort de son oncle, reçut en partage le château de Kirkel et en adopta le nom. Son fils, Henri III, lui succéda dans le comté de Saarwerden, mais il quitta le nom de Kirkel, laissa le château et la seigneurie de ce nom, que l’empereur Conrard IV lui avait donnés en fief d’Empire en 1251, à Jean, sire de Siersberg-sur-la-Sarre et neveu de Henri Ier.

Ce fut probablement Jean Ier de Kirkel qui, en voulant étendre ses domaines vers le Sud, construisit le château de Waldeck, dont nous avons entrepris la monographie. Il eut pour héritiers ses deux fils Jean II de Kirkel (époux de Sophie de Geroldseck) et Louis de Kirkel, qui laissa, lui également, deux fils, Jean III et Conrard et une fille Elsa (+1357) qui fit différentes donations à l’abbaye de Sturzelbronn et épousa en 1338 Guillaume deWindstein.

Ce fut Conrard de Kirkel qui, tout en ne résidant que bien rarement à Waldeck, puisqu’il en laissait la garde à un de ses vassaux, donna au château le plus de renom. Il était à la fois chanoine de Mayence et de Spire et grand coûtre de la cathédrale de Strasbourg. Ses contemporains le dépeignent comme un homme violent, irascible, belliqueux, prenant part à toutes les querelles et à toutes les contestations de son temps.

C’est ainsi que nous le voyons en 1335 en lutte ouverte contre son évêque et seigneur Berthold de Buscheck, qui venait de tenir à Strasbourg un synode (19 juillet 1335) dans l’unique but de réformer la conduite de son clergé. Les 106 articles de ce synode, qui devaient servir de ligne de conduite au clergé alsacien, défendaient le commerce, les guerres, les cabarets et les habits trop mondains (on était à une époque où la mode variait souvent). Les prêtres devaient porter les cheveux courts et les habits noirs.

Malheureusement, tout le clergé se révolta contre l’évêque, et à leur têten le prévot du chapitre Gérard de Fribourg et notre seigneur de Waldeck, Conrard de Kirkel. En 1337, à la mort de Gerhard, comte de Fribourg, prévôt du chapitre de la cathédrale de Strasbourg, la lutte reprit de plus belle.

Les amis de l’évêque choisirent Ulrich de Sigenau, tandis que les rebelles élirent Jean de Lichtenberg. L’évêque ratifia naturellement l’élection de son neveu Ulrich, tandis que Jean se fit approuver par l’archevêque de Mayence, ami intime de l’empereur.

Un jour, de guerre lasse, Jean de Lichtenberg s’entendit avec Conrard de Kirkel pour tenter un coup de main. Rodolphe de Hohenstein, leur fougueux écuyer, en lutte lui-même avec l’évêque, parce que celui-ci l’avait dépouillé, trois ans auparavant, de son château de Hohenstein dans la vallée de la Bruche, réunit ses soldats et une foule d’aventuriers et prit le chemin de Haslach, où l’évêque avait accepté une invitation. Doublant les étapes, Rodolphe arriva à la tombée de la nuit près de la célèbre collégiale et, profitant de l’obscurité, envahit la demeure de l’évêque et la saccagea de fond en comble.

Berthold, saisi d’épouvante, fut fait prisonnier et conduit sous bonne escorte au château de Waldeck. Trois mois plus tard, l’infortuné prélat fut jeté dans le sombre cachot de Kirkel, et c’est là qu’il fit entendre à ses geôliers cette fière parole « Les révoltés ont eu raison de mon corps, mais ma volonté reste en ma domination ! ».

Une bataille de plume s’engagea, où le pape et l’empereur mirent tout en oeuvre pour faire cesser ce fâcheux contretemps. Malheureusement, toutes les tentatives de réconciliation échouèrent devant l’entêtement opiniâtre du prévot Conrard, qui sentait le pouvoir de son côté.

L’évêque, démoralisé par seize semaines de souffrances dans une affreuse prison sans feu, au milieu d’un hiver excessivement dur, capitula enfin et dut signer un traité de paix. Les conditions n’étaient certes pas avantageuses pour lui, car il dut payer 61 000 Mk. d’Empire, céder à Jean de Lichtenberg la place de prévot de sa cathédrale et relever de sa juridiction Conrard de Kirkel avec vingt de ses partisans.

Bien plus, il dut promettre de ne rien entreprendre, ni en matière civile ni en matière religieuse, sans l’assentiment de Conrard de Kirkel, qu’il devait même accepter comme vicaire général. L’évêque Berthold s’efforça d’accomplir toutes ces promesses. Mais ses amis ne l’approuvèrent pas, et la lutte s’éternisa entre les partisans de l’un et de l’autre parti.

Du reste, ce ne fut que Jean de Lichtenberg qui tira quelque avantage de cette guerre insensée, tandis que notre seigneur de Waldeck n’avait pour lui que la désapprobation générale et la honte universelle. A la mort de Jean IV (1387), le dernier rejeton de l’illustre race de Kirkel, Waldeck passa entièrement aux électeurs palatins, car du vivant de Conrard, les droits sur une partie du château avaient déjà été cédés aux seigneurs de Lichtenberg, comme le prouve un acte passé à Waldeck le 22 Janvier 1341, où Ludemann III de Lichtenberg jura paix et amitié à Conrard de Kirkel.

En 1398, les électeurs palatins partagèrent les fiefs qu’ils avaient reçus de Jean IV, notamment la moitié de Waldeck et une partie des châteaux de Windstein et de Kirkel, avec le comte Simon Wecker de Deux-Ponts-Bitche. L’année suivante, Hannemann II, qui avait acquis le château de ses détenteurs, le confia à son neveu Jean de Lichtenberg, avant de partir en guerre avec le duc de Lorraine contre la Prusse leur commun ennemi et, en 1445, Frédéric de Bitche le donna en gage à Henri de Steinhausen, moyennant 1 200 florins. Ce n’est qu’en 1479, que le château fit de nouveau retour à son véritable propriétaire.

Au partage des possessions de la famille de Bitche (le 1er Janvier 1535), Waldeck échut à Simon Wecker V et en 1540, au second partage, à Philippe IV de Hanau-Lichtenberg qui en resta possesseur jusqu’au moment où La Force fit sa désastreuse campagne des Vosges (1635).

Lors de la ponctuation ou plutôt du traité conclu au chàteau de Philippsbourg à une lieue de là, en l’année 1604, entre Lichtenberg, le Hanau et la Lorraine, le château avec les alentours devint un fief lorrain et le resta même après 1606 ainsi que la terre et seigneurie de Bitche.

Maintes fois, pendant sa longue durée, le fier castel qui passa en tant de mains et qui connut de si multiples fortunes, dut voir sous ses créneaux des sièges, des massacres, des incendies, des parades, depuis son premier hôte jusqu’au jour funeste où Monclar vint secouer sur Waldeck les torches vengeresses de l’incendie.

Il semble que la gloire de ce château, de même que celle de tous ceux de la région, se soit immobilisée et que l’aiguille, au cadran de leur histoire, se soit arrêtée à cette date fatidique de 1680 !

Mais sous ces pierres, attestant l’inexorable retour des fatalités, la vie n’est pas entièrement éteinte, car, au dire des campagnards, les profonds souterrains, où par suite d’éboulements l’on ne peut plus pénétrer, sont toujours habités.

Pour terminer cette courte monographie, il ne nous reste qu’à mentionner le fameux « ermite de Waldeck », mort le 4 avril 1857 et qui fit tant parler de lui dans la contrée. D’après M. Chabert, il se nommait Lochbaum et était originaire du Palatinat (Klingmunster). Né en 1789, il avait servi la France de 1808 à 1814.

Depuis de longues années, il menait une vie de privations et de prières. Un cilice et une espèce de soutane brune, serrée aux reins par une grosse corde, étaient ses seuls vêtements. Son mobilier était des plus primitifs : il se composait d’un pot de fer, d’un livre de mission, d’un petit tableau représentant la Vierge, d’un chapelet et d’une médaille de l’Immaculée Conception, à qui il avait voué un culte tout spécial.

Les photographies des ruines du château m’ont été fournies par un passionné de randonnées, et publiées avec son aimable autorisation.

Vous pourrez rêver et méditer, en admirant d’autres superbes photographies sur le blog de ce passionné.


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La cité médiévale de Rodemack (57)

Rodemack Porte de SierckCarte de RodemackRemparts de Rodemack 

Située au coeur du Pays des Trois Frontières, Rodemack, charmante cité médiévale, porte le surnom élogieux de « Carcassonne Lorraine ».

Encore entourée d’une enceinte de 700 mètres de remparts, la cité a su conserver un parfum d’antan avec ses ruelles typiques et son patrimoine architectural.

Inscrite à l’inventaire des monuments historiques, la cité de Rodemack est classée parmi les « plus beaux villages de France » depuis 1977.

Tous les ans, s’y déroulent des fêtes médiévales grâce aux Amis des vieilles pierres pour la sauvegarde de Rodemack.

Je vous propose de remonter le temps, des premiers seigneurs de Rodemack au démantèlement d’une partie de la ville en 1821. Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après un article paru dans la revue « L’Austrasie » en 1861

Rodemack, petite ville à l’aspect très pittoresque, perdue au milieu des terres à quelque distance de Luxembourg, jouait, en cas d’invasion, le rôle de sentinelle à l’égard des forteresses de Thionville et Longwy.

Dès la plus haute antiquité, Rodemack a été un poste militaire. Aussi des étymologistes à imagination féconde ont-ils trouvé l’origine de son nom dans roc de Mars, le Dieu de la guerre. Le champ des hypothèses est vaste on peut aller bien loin sur ce terrain. Pourquoi ne pas dire que c’est parce qu’on fabrique à Rodemack de l’excellente bière de mars avec de l’eau limpide tirée d’un rocher ?

Il semble plus rationnel de faire remonter l’origine du nom de Rodemack à la présence en ce lieu d’une de ces peuplades germaines démembrées de la Rhétie, que les historiens nous apprennent avoir été transplantées dans les Gaules par l’empereur Auguste, quelques années avant la naissance de Jésus-Christ.

Les villages de Rentgen, les bourgs de Roussy, appelés primitivement Rhœtigheim (habitation des Rhœtes), constatent en ces divers endroits le séjour des Rhœtes. Il en est de même, de l’autre côté de la Moselle dans le village de Rettel dont le nom primitif est latin, Rethorum villa, la maison de ferme des Rhœtes. Or, au milieu de cette région s’élevait un rocher d’où découlent des sources abondantes formant le cours d’eau de Rhœtinbach, ruisseau des Rhœtes.

Au sommet existait un castellum, un poste d’observation romain élève par les barbares et servant jadis à éclairer les avenues de la route romaine ou Kemqui allait de Metz à Trèves, par Daspich, Boust, Preisch, Dalheim. Ce point stratégique important fut désigné comme l’extrême frontière de la colonie rhétienne. Frontière en allemand se traduit par le mot tudesque Marck et on appela le poste du rocher, la frontière des Rhœtes ou Rhœtemarck.

Resté poste militaire au haut de son rocher, cet endroit prit d’abord peu de développement, tandis que dans les plaines voisines, les forêts firent place à de beaux champs de culture, au milieu desquels s’élevèrent bientôt de nouvelles métairies qui devinrent les propriétés des rois francs, puis des princes d’Allemagne.

En 880, Louis, roi de Germanie, donnait à l’abbaye de Fulde (Hesse-Cassel), la villa de Berge sur la Moselle, devenue aujourd’hui le beau village de Berg, si pittoresquement situé au sommet de bons coteaux vignobles. Puis il ajouta à cette donation celle de la terre arrosée par le ruisseau de Rothinbach.

Les religieux de Fulde n’étaient pas les seuls moines propriétaires en cette région. L’abbaye de Saint-Maximin de Trèves y possédait déjà, depuis 768, Agelvingen (Elvange), près du fleuve de la Gandra, qui a laissé son nom à Gandren, et les villas de Sumungen (Semming), Heldingen (Halling), et Frisinga (Frisange).

Sous la direction de ces moines, les prairies furent arrosées, les terres cultivées et les populations des serfs laboureurs prospérèrent, heureuses et tranquilles, à l’ombre du clocher de leur village. En 907, l’abbaye d’Echternach acquit, par échange de l’abbaye de Fulde, les métairies de Berg et du Rotinbach.

Le long de ce cours d’eau avait été fondée la métairie d’Heicinga (Eysing). Elle fut donnée vers 890, par le roi de Germanie Arnoul, à un des chefs militaires qui l’avaient aidé à combattre les Normands.

C’était la seule manière de payer les soldats. Aussi appelait-on ces terres données ainsi, fheod (terre solde), d’où nous avons fait les mots latins et français feodum (fief). Le feudataire jouissait du sol sa vie durant, à la condition de servir son maître en temps guerre, et de lui prêter foi et hommage en toute occasion.

Le feudataire d’Heicinga, trouvant la position de ce domaine peu convenable au point de vue stratégique, choisit l’emplacement des ruines du Castellum romain du Rotinbach, pour y fonder un manoir féodal que protégeait l’escarpement naturel du rocher.

Nous ignorons quel fut le nom de ce premier fondateur du château de Rodemack. Nous savons seulement que le 6 février 1019, un sire Frederich de Rodemacher prenait, avec son voisin Jean de Soleuvre, une grande part au tournoi qui se donna à Trèves devant l’empereur Conrad. C’est en cette solennité que nous voyons pour la première fois arborer les armes des Rodemack, qui portaient un écu fascé d’or et d’azur à six pièces.

Il paraît que ce seigneur se contenta de son château de Rodemack et céda son fief de Heicinga à Gérard d’Alsace, duc de Mosellane. Celui-ci en fit cadeau en 1067, à l’abbaye d’Echternach, par une charte datée du château de Sircke (Sierck). C’est ainsi que les religieux d’Echternach se trouvèrent posséder, au onzième siècle, tout le territoire dépendant de Berg, d’Eising et environnant le ruisseau du Rothinbach.

De leur côté, les religieux de Saint-Maximin de Trêves augmentaient leurs domaines par les donations, en 963, d’Adespell (Aspelt), Eberinge (Evrange), Vilrsdor (Filstroff), Brisichi (Preisch) et en 996, de Dalaheim (Dalheim), Elvinga (Elvange} et en 1033, de Lutzelkirch (Usselkirch, près de Parth), Fuxemheim (Fixem). Les Bénédictins de Rethel en 1086, possédaient Gandera (Gandren).

Les moines d’Echternach firent construire, prés du ruisseau du Rothinbach, une église romane qui parut assez importante pour mériter d’être consacrée en 1143, par un légat du pape en personne, le cardinal de Sainte-Ruffine Théodwin. Cette église servit de temple paroissial aux serfs qui habitaient au pied du rocher de Rodemach et dans les métairies qui devaient devenir plus tard les villages de Berg, Gawiess, Fixem, Seming, Boller, Faulbach et Eysing.

En 1190, le propriétaire du château, Arnoldus de Rodemachra eut l’idée de bâtir une véritable forteresse à la place de la demeure de ses prédécesseurs. Les moines d’Echternach se voyant menacés d’une conquête, portèrent plainte, en 1191, à l’empereur Henri VI qui laissa faire son vassal.

En 1192, celui-ci fait figure en tête de la noblesse luxembourgeoise et il prend part aux principaux actes des comtes du pays. En 1199, il mariait sa sœur Béatrix de Rodemach avec Roger, comte de Castries. Son frère Ernfried de Rodemach, en 1209, faisait des actes de prouesse au tournoi de Worms, avec Christophe de Bitche, Ernest d’Hunolstein et Wolf de Zœtern.

Arnould de Rodemack figura en première ligne, en 1214, aux tournois qui eurent lieu à Luxembourg, pour le mariage de la comtesse Ermesinde. Quoique luxembourgeois à cause de son fief de Rodemack, Arnould n’en prit pas moins Tucquegnieux à titre de fief du comte de Bar.

Gilles ou Ægidius de Rodemack hérita de la seigneurie vers 1220. II se porta caution du prince de Bar fait prisonnier au mois de septembre 1233, aussi est-il traité par ce prince du titre de cher ami. Il signa comme témoin la charte d’affranchissement d’Echternach en 1236, en 1239 celle de Thionville, en 1244 celle de Luxembourg, et peut-être celle de Rodemack qui, à la même époque, dut être faite en commun par ce seigneur et l’abbé d’Echternach.

Cette dernière charte a disparu à la suite des guerres et des sièges qu’a supportés Rodemack. Mais il est admis par les écrivains luxembourgeois les plus accrédités que les habitants de Rodemack ont été affranchis. Ils sont décorés du titre de bourgeois dans les chartes du quatorzième siècle, et désignés comme formant une franchise, c’est-à-dire une commune affranchie.

L’obituaire de l’abbaye de Bonnevoie, près de Luxembourg, parle d’un Hugues de Rodemack, père d’une bien-faitrice du couvent, Frelsinde, décédée en 1248. Cet Hugues de Rodemack, frère puîné de Gilles Ier, prenait le titre de seigneur de Wiess, et il devint la souche de la branche de Wiess in gaw ou Gawiess. Pour célébrer l’anniversaire de sa fille, Hugues donna à l’abbaye, des terres situées à Wies in gaw.

Vers 1250, vivait Gilles II de Rodemack, qui épousa une riche dame, dont on ne connaît que le prénom de Sophie.

Son oncle, Hugues de Wies, avait fini par léguer, en 1277, tous ses biens de Gawiess à l’abbaye de Bonnevoie. Voyant ces beaux domaines lui échapper, Gilles II déclara nulle la donation comme portant sur des biens qui dépendaient de sa seigneurie. Les religieuses de Bonnevoie s’adressèrent au comte de Luxembourg, Henri III, qui leur donna gain de cause.

Pour témoigner toute absence de ressentiment à leur égard, Gilles II plaça à Bonnevoie deux de ses filles, Julienne et Elisabeth de Rodemack, leur cédant en dot les dimes d’Itzig. De son côté, le comte de Luxembourg se montra bienveillant envers Gilles II, dont il fit le justicier de ses nobles. C’est en cette qualité que nous le voyons signer un grand nombre de chartes, notamment une vente faite en 1288 à l’abbaye Notre-Dame de Munster de Luxembourg, de terres situées à Entringen.

En 1302, Ægidius ou Gilles II de Rodemacra miles, faisait foi et hommage, déclarant que son fief se composait de Rodemacra, Volebach, Semayne, Eungsein, Fuxingen, Wiess et Berg. On voit que les sires de Rodemack, comme l’avaient prévu les religieux d’Echternach, s’étaient rendus seigneurs et maîtres des biens et des gens du couvent. Celui-ci avait continué seulement à percevoir les dîmes afférentes à l’église paroissiale.

Gilles II, sire de Rodemack, transporta en 1302, son fief à son fils Gilles III. Il y eut alors vivant en même temps deux seigneurs de Rodemack portant le même nom. Aussi Gilles II prit-il désormais, dans les chartes, la qualification d’anciens sires de Rodemacre chevalier, et Gilles III, celle de signour Gilo le jone de Rodemacre. Ce dernier devint gouverneur de Luxembourg en 1312 et en 1314, il fit l’acquisition de la seigneurie de Pipenstorff (Pépinville), propriété de la famille de Roussy.

A la tête de la noblesse luxembourgeoise et de concert avec les prévôts de Luxembourg, Thionville, Arlon et Bitbourg, le 20 mai 1318, Gilles III de Rodemack cautionnait l’hypothèque que Jean de Bohême donnait sur Remich et les environs, à son oncle l’archevêque de Trêves, pour garantir des emprunts ruineux. C’est de cette époque que date l’affranchissement ou la confirmation de franchises de petites localités luxembourgeoises, telles qu’Esch, Koenigsmacker, Cattenom et vraisemblablement Rodemack.

Gilles III de Rodemack mourut vers 1325, laissant pour unique héritier, un frère du nom de Jean qui avait épousé Elisabeth, de Meilbourg, château situé prés d’Illange.

La dot opulente de cette riche damoiselle avait permis à Jean de Rodemack-Meilbourg, d’acheter en janvier 1320, les forges et les bois de la vallée de l’Orne dans la châtellenie de Briey. Il avait pour blason un écu d’or à trois pals d’azur à la bande de gueules chargée de trois besans d’argent, armoiries des cadets de Rodemack, que Jean ne tarda pas à répudier pour adopter celles des sires de Rodemack.

Non content de ses fiefs de Rodemack, Pépinville, Meilbourg, Jean Ier fit l’acquisition de la seigneurie de Chassepierre (Belgique), pour laquelle il fit ses devoirs près du comte de Bar, le 9 septembre 1333. Et le 18 novembre 1341, il achetait Briestroff (Breistroff-Grande) pour arrondir son domaine de Rodemack.

Ce chevalier fut un des plus hardis batailleurs de son temps. Nos chroniques le montrent partout, où il y avait un coup de lance à férir. En 1333, il vint attaquer les troupes de l’évêque de Metz à Saint-Avold, et il y perdit plus de quatre-vingts chevaliers qui restèrent prisonniers. Nous le retrouvons ensuite, en 1340, guerroyant à Bouvines avec Jean de Bohême. Il mourut vers 1345, laissant sa seigneurie à son fils Gilles IV, qui fut encore plus belliqueux que son père.

Riche, jeune, beau et puissant, ce nouveau seigneur de Rodemack obtint la main d’une petite-fille d’un connétable de France, Jeanne de Châtillon.

La seigneurie de Rodemack en fut délaissée au profit de celle de Chassepierre, où la jeune et brillante dame de Rodemack retrouvait les habitudes, la langue et les fêtes de son pays.

Un tournoi fut annoncé pour la veille de la saint Jean-Baptiste 1347, dans la grande ville de Reims. Gilles de Rodemack n’eut garde d’y manquer. Il fut peu heureux.

Des chevaliers plus agiles parvinrent à le désarçonner. Les bourgeois rémois huèrent le chevalier en désarroi. Gilles de Rodemack se relève furieux et promet de se venger en jurant sur sa part de paradis. Il jette son gantelet de fer dans l’arène, et son héraut d’armes déclare une guerre implacable aux manants et habitants de Reims qui redoublèrent leurs éclats de rire.

Rentré dans son manoir de Rodemack, Gilles organise une armée, et au printemps de 1348, il vint investir la ville de Reims dont les habitants n’osèrent plus sortir. Ils envoyèrent les principaux d’entre eux offrir leurs excuses à Gilles, qui resta insensible. Ils s’adressèrent alors au roi de France, qui sollicita en vain le sire de Rodemack de se retirer.

Les bourgeois de Reims crurent de recourir à l’ascendant de la religion. Ils envoyèrent en suppliant près de Gilles un prieur des Dominicains qui surprit le seigneur de Rodemack nu jusqu’à la ceinture, se flagellant avec ses gentilshommes en expiation de leurs péchés. Le Dominicain dut s’administrer des coups de fouet comme toute l’assistance, c’est là tout ce qu’il retira de son ambassade.

Gilles tenait à ce que les bourgeois lui fissent amende honorable. Chaque nuit ses soldats s’introduisaient dans la ville pour y piller et y faire des prisonniers. Le roi de France obtint cependant, le 28 janvier 1349, une trêve qui fut de courte durée. Enfin, par l’intermédiaire de Gaucher de Châtillon beau-frère du sire de Rodemack, fut conclu un traité par lequel on livra à Gilles certains bourgeois, pour en faire sa volonté, indépendamment de l’amende honorable que lui firent les maîtres des métiers et autres des plus suffisants des bourgeois de Reims.

Cette guerre mit en relief le sire de Rodemack, et il fut bientôt investi des principales dignités du duché de Luxembourg.

A la mort de son beau-frère Gaucher de Châtillon, s’éleva un long procès de succession qui ne se termina qu’en 1380, au détriment de Gilles. Il aurait fait appel du chef de son épée, s’il n’était pas mort quelque temps après.

Son jeune fils, Jehan de Rodemack, hérita de la seigneurie de ce nom. Il épousa Mahaut de Grancey, cousine des rois de France par sa mère Yolande de Bar, et il en reçut en dot les fiefs d’Ancerville, d’Esclaron-sur-Marne. Son frère Gilles avait reçu en apanage le fief de Pepinville, prés de l’embouchure de l’Orne.

Dans une île formée par le petit bras de cette rivière, appelée Ornel, Gilles fit construire un redoutable château-fort qui reçut le nom d’Ornelle. Le 20 mars 1411, il effectua sa reprise de fief pour ce château entre les mains d’Antoine de Bourgogne, duc de Luxembourg, du chef de sa femme Elisabeth de Gorlitz.

Gilles de Rodemack devint un des principaux chefs militaires du Luxembourg. Aussi les divers compétiteurs de ce pays, cherchèrent-ils à se l’attacher sans grand succès. Il mourut en 1428, laissant sa terre de Pépinville à son neveu Jean III de Rodemack, déjà très-riche par son mariage avec la belle Irmengarde de Boulay.

En 1429, il envoya une lettre de défiance aux Messins pour se plaindre de courses faites sur le territoire de Boulay, et il ravagea à son tour le pays. Au mois de septembre, les Messins prennent leur revanche et viennent au milieu de la nuit, piller la ville de Rodemack et les villages environnants. Ce n’est qu’en 1431 que la paix fut signée.

Jean de Rodemack s’en alla de nouveau guerroyer sous la bannière de René de Bar, duc de Lorraine, son parent, contre l’armée bourguignonne qui enveloppa les Lorrains à Bulgnéville, et les fit tous prisonniers, le duc en tête, le 2 juillet 1431. Tombé au pouvoir du maréchal de Bourgogne Toulangeon, l’infortuné sire de Rodemack fut conduit dans les prisons de Dijon, et il acheta sa liberté au prix de 18 000 florins, dont trois amis garantirent le paiement. Il rentra à Boulay et à Rodemack, où il fit des concessions de prérogatives aux corporations de métiers pour battre monnaie.

Le duc de Lorraine n’avait pu payer que 12 000 florins pour lui. Jean de Rodemack vint mourir de la peste à Metz, le 1eroctobre 1439, laissant à son fils Gérard le soin de payer ses dettes. Il se laissa actionner en justice. Il réclama près du duc de Lorraine qui lui donna en fief le village de Mellinck (Malling) prés de Sierck. Pour payer sa rançon et celle de ses chevaliers, René avait emprunté de fortes sommes aux bourgeois messins. Voulant forcer ceux-ci à solder son compte, il leur déclara la guerre le 10 septembre 1444, et le sire de Rodemack prit du service dans son armée. Il était alors aux abois pour payer la rançon de son père, il vendit ses beaux domaines d’Esclaron et d’Ancerville.

Il fit de nombreux voyages en Allemagne et en France, ne sachant sous quel prince servir dans la guerre qui était imminente entre Louis XI et Maximilien d’Autriche. Il se décida pour le roi de France et mal lui en prit. Le prince de Chimay, gouverneur de Luxembourg, vint surprendre le fort Ornelle le 15 octobre 1479, et il força le sire de Rodemack à capituler après vingt-quatre heures d’attaque.

Le château d’Ornelle fut remis à la garde de Louis de Chinery, seigneur de Lagrange près Thionville. L’année suivante, Maximilien s’emparait des châteaux de Differdange et d’Hespérange, propriétés du sire de Rodemack, et les faisait démolir. Le 6 septembre 1483, la paix fut signée entre Maximilien et le sire de Rodemack. Mais celui-ci ayant renoué ses intrigues avec le roi de France, fut déclaré de nouveau félon le 8 janvier 1483, et tous ses biens décrétés de confiscation.

Ce qui n’empêcha pas le sire de Rodemack et son parent, Georges de Virnembourg, de rester l’un à Rodemack l’autre à Richemont et d’en sortir pour piller les pays environnants. Les Messins, les Lorrains, les Luxembourgeois formèrent une alliance le 18 mai 1483, et ils vinrent assiéger à la fois Rodemack et le fort Ornelle. Après bien des péripéties, il fallut capituler. Mais les sires de Rodemack et Georges de Virnembourg avaient eu soin de quitter les forteresses, quand la résistance était devenue impossible.

Rodemack et Ornelle furent jetés par terre, et les assiégeants se partagèrent toutes les nippes, les denrées et les ustensiles qu’y avaient réfugiés les paysans.

Georges de Virnembourg rentra en grâces près de l’empereur en 1485, et Gérard de Rodemack revint au milieu de ses propriétés relever le château de Rodemack de ses ruines, ce qu’arrêta le duc de Lorraine.

Mais Gérard, quoique dépossédé, avait fait autoriser par Maximilien, son petit-fils Bernard, comte de Mœrs, à relever le nom et les armes des Rodemack, et il lui avait cédé tous ses droits le 6 mars 1485. Bernard prit dès lors le titre de jeune comte, sire de Rodemack et de Boulay.

Il suivit les errements de son aïeul et leva l’étendard contre l’empereur qui, se trouvant à Metz le 15 novembre 1492, déclara confisqués pour cause de félonie les châteaux, terre, seigneuries de Rodemack, Boulay, Richemont, Hesperanges, Useldanges, et les attribua à son oncle Christophe, marquis de Bade, gouverneur général du duché de Luxembourg.

Bernard alla habiter Boulay, refusant l’hospitalité à sa mère qu’il accusait, avec son aïeul paternel Vincent de Mœrs, d’être la cause de sa ruine, ainsi que son beau-frère Guillaume de Vianden. Il mourut de chagrin à l’âge de vingt-cinq ans, et sa mère, après la vie la plus errante, céda ses droits sur Boulay au duc de Lorraine, en échange d’une pension viagère assignée sur l’octroi de la ville de Sierck.

Christophe devint, en 1503, margrave de Bade. Représenté par un bailli, il cessa de faire de longs séjours à Rodemack, qui désormais porta les armoiries de Bade qui sont d’or à la bande de gueules, ayant au centre l’écu de Rodemack. Les héritiers de Bernard, le dernier sire de Rodemack, essayèrent de rentrer en possession du castel de leur famille.

En 1514, Robert de la Marck essaya en vain de surprendre le château de Rodemack, et il rançonna les gens de Richemont.

Christophe de Bade mourut le 15 avril 1527, laissant trois fils. Lorsqu’ils voulurent s’allouer la seigneurie de Rodemack, ils en furent empêchés par les petits-neveux de Bernard, qui avaient obtenu de la cour des nobles de Luxembourg, une sentence qui leur restituait la terre de Rodemack. Cette sentence se vit annulée par la Cour de Spire dont la compétence fut déclinée. L’empereur renvoya le litige, en 1531, devant le grand conseil de Malines. Le procès durait encore en 1552, sans qu’aucune des parties ne fût en possession du château de Rodemack.

Le duc d’Orléans s’en était emparé en 1543, et y avait mis une garnison française qui y séjourna plus d’une année. Rendue à l’empire par le traité de Crespy en 1544, Rodemack tomba de nouveau au pouvoir des Français en 1551, qui faisaient grand cas de ce poste, suivant un document contemporain.

L’empereur voulait le rendre aux princes de Bade, mais après l’avoir démantelé, ce qui n’eut pas lieu cependant, et en 1556, Bernard, margrave de Bade, s’y installait. Mais les troupes du duc de Guise, en 1558, vinrent troubler sa quiétude. Rodemack fut pris d’assaut après une brèche ouverte contre la principale tour du château.

Restitué à l’Espagne en 1559, Mansfeld, gouverneur de Luxembourg, donna Rodemack en fief aux descendants des anciens seigneurs, ce qui fut contesté en 1563 par le comte de Bade Philibert, qui prit possession effective du château et de la seigneurie.

Son fils Christophe introduisit la religion luthérienne dans Rodemack et y mourut le 2 août 1575. Son corps embaumé a été retrouvé en 1782 dans les caveaux de l’ancienne église. Il était intact, portant des bottes à l’écuyére, un pantalon de peau jaune, un gilet de velours rouge en soie, un habit à basques vert, avec le cordon de sa décoration de margrave, et des manchettes.

Ses fils Edouard et Philippe furent co-seigneurs de Rodemack.

Herman Fortuné leur succéda vers 1600. Il épousa Antoinette de Créhange en 1627 et laissa un fils, Herman Fortuné, qui épousa Marie Sidonie, comtesse de Falkenstein. Leur mausolée se voit encore aujourd’hui dans l’église de Rodemack. Il consiste en une plaque de marbre noir portant entre deux colonnes une inscription qui indique les vertus, les titres des défunts, l’année de leur mort (1665 et 1671). Au-dessus, ils sont agenouillés et se faisant face.

Herman est représenté en costume de chevalier bardé de fer, Sidonie en costume de douairière, un chapelet à la main. Ils prient au pied d’une croix portant le Christ peint sur la pierre. Les têtes de chacune de ces statues de pierre semblent avoir été des portraits et elles font mal augurer de la beauté des traits des seigneurs de Rodemack. Herman jouissait d’un grand nez qu’ombrageaient des moustaches, sa femme avait une expression un peu dure.

Ces seigneurs, quoique enterrés à Rodemack, y firent des séjours très tourmentés. Ils s’éloignèrent devant l’invasion suédoise, en 1636. En 1639, les Français, commandés par Feuquières, s’emparaient du château et y mettaient garnison dans l’intention de faire le siège de Thionville. Le même fait se représenta en 1643, de la part de l’armée de Condé.

En 1656, Rodemack et son château restaient occupés militairement. L’administration française s’empressa de s’enquérir des ressources du pays et elle constata qu’avant la guerre de trente ans, la ville et la franchise de Rodemack comprenaient cent dix ménages, mais qu’à cette heure ils n’étaient plus que quarante, et avaient perdu tous leurs biens communaux.

La commune de Gawies, de trente feux, était réduite à dix-huit. Celle de Fixeim de vingt-deux à quatre, celle de Berg de quinze à trois, celle de Haute Kuntz de quinze à deux ; celle de Faulbach de dix-huit à deux, celle de Dodenhoven de dix-sept à quatre ; celle de Rentgen (basse) de six à quatre, celle de Rentgen (haute) de dix à trois ; celle de Zouftgen, de quarante à douze, celle de Kanfen de trois à deux ; celle de Breistroff de douze à dix, celle d’Hymling de dix à deux, celle d’Altwiess, de cinq a deux. Enfin le village de Gandren n’avait plus d’habitants, un pâtre nomade y résidait.

Le traité des Pyrénées, en 1659, conserva à la France la possession de Rodemack et de sa seigneurie, mais elles furent restituées quelque temps après.

En 1667, le comte de Créqui s’en empara, ainsi que des châteaux de Roussy, Preisch et Puttelange. Les Français rendirent Rodemack à l’Espagne par le traité d’Aix-la-Chapelle, le 2 mai 1668. Raville, seigneur de Puttelange, le 11 novembre 1669, à la tête d’une poignée d’hommes, se rendit maître de nouveau de Rodemack. Mais il fallut de la part des Français désavouer ce hardi coup de main pour revenir, le 30 décembre 1678, occuper de nouveau Rodemack, ce que légitima le traité de Nimègue en 1679.

Les bourgeois de Rodemack prêtèrent serment au roi de France, et le château fut occupé par une forte garnison. Rodemack resta définitivement une ville française, le château et ses dépendances furent rendus aux princes de Bade sous la condition de foi et hommage et à la charge de supporter dans leur château une garnison française. Le bailli fut maintenu dans son droit de juridiction, sauf appel, au conseil de Luxembourg.

Le 3 mai 1685, la douairière Marie-Françoise de Bade faisait sa reprise pour le fief de Rodemack, ce que répéta son fils le prince Louis de Bade, le 17 octobre 1707, et Sibille, la veuve de celui-ci, le 11 mars 1716, au nom de leurs deux enfants Louis et Auguste.

Le premier fit acte de vasselage, devenu majeur le 7 mai 1749. Son fils Auguste George l’imita le 29 juin 1762. C’est Charles-Frédéric, margrave de Bade, qui exécuta la dernière reprise pour le fief de Rodemack, le 25 mars 1782.

Le maréchal de Belleisle attachait une grande importance militaire à la situation de Rodemack, dont le château commande au loin de vastes plateaux, et surveille à la fois les avenues de Trêves et de Luxembourg.

En 1737, le château de Rodemack fut fortifié à nouveau. On l’augmenta de façon à couvrir toute la ville. On conserva le donjon, on creusa plusieurs bastions et on répara les tours jumelles de la porte d’entrée, les tours Boncour, Reaville et Janus.

Pour la clarté du récit, nous avons indiqué la série successive des divers seigneurs qui ont possédé Rodemack, à commencer par l’abbaye de Fulde et à finir par les princes de Bade et les rois de France. Nous avons peu parlé des habitants jusqu’à présent, et cependant leur place est marquée aussi dans l’histoire, à côté de leurs seigneurs.

Réduits au servage dans les premiers siècles de la monarchie franque, les habitants des rives du Rothinbach s’adonnèrent à la culture des terres. Les métairies devinrent des villages qui dépendaient de la mère-église érigée par les religieux d’Echternach et rebâtie par eux en 1143, au pied du château de Rodemack.

Avec le XIIIe siècle, les habitants de Rodemack devenus industrieux, s’érigèrent en corps de métiers, et ils obtinrent le droit de se constituer en corps de bourgeoisie régi par un maire et sept échevins élus entre eux.

C’est alors qu’ils se créèrent en milice, qu’ils furent débarrassés des corvées, qu’ils eurent des biens communaux, et qu’ils entourèrent leurs demeures d’une enceinte de murailles avec tours, créneaux et mâchicoulis.

Ce système de défense existe encore de nos jours, et fait de la ville de Rodemack, un but de promenade des plus intéressantes pour les touristes et les antiquaires. La ville a encore deux portes protégées par deux tours rondes. Au-devant, existait un pont-levis qui franchissait un fossé plein d’eau alimenté par le ruisseau, le Rothinbach. Il enveloppait presque toute l’enceinte.

Le maire de Rodemack prenait le titre de Schnox-mayer. Le maire et les sept échevins tenaient plusieurs fois par an les plaids annaux, où l’on proclamait les droits du seigneur, ceux des bourgeois, et où l’on jugeait les procès pendants entre les habitants sur la poursuite d’un échevin nommé justicier.

Un hôtel de ville servait aux séances du corps municipal. Un marché se tenait tous les vendredis sur la principale place de la ville, en face de la maison commune.

Les bourgeois de Rodemack adoptèrent les armoiries de leurs seigneurs, l’écu d’or à trois fasces d’azur, sans qu’on puisse remarquer l’emploi d’un sceau communal. Ils eurent le droit de porter des armes et en échange, ils devaient monter la garde ssur les murs de la ville et faire le guet au donjon du château. Le droit de chasse et de pêche leur était interdit.

Ils avaient près de leur ville un bois communal appelé le bois de la franchise, dans lequel les habitants avaient les droits d’usage les plus étendus.

Tout francs hommes qu’ils se disaient, les bourgeois de Rodemack étaient astreints aux banalités du four, du moulin, du pressoir, qui, avec le droit perçu sur chaque nouvel habitant, constituaient les seuls impôts du pays.

Le premier dimanche de carême, les bourgeois s’assemblaient en armes à l’entrée du château, en la place appelée le lieu des bures Ceux qui avaient été reçus bourgeois dans l’année apportaient chacun un petit fagot ou bourrée et le jetaient au milieu du feu allumé sur cette place. Il prenait ainsi droit de bourgeoisie.

Les bourgeois de Rodemack avaient le droit d’aller couper du bois à discrétion dans la forêt de Soufftgen, en payant au forestier trois gros par arbre, et tous les vendredis, ils pouvaient y prendre du mort-bois à leur convenance, en payant un demi bayer par voiture. Seulement les cultivateurs de Rodemack devaient aux quatre-temps charrier trois voitures de bois pour le four banal.

Ces prérogatives étaient spéciales aux bourgeois de Rodemack. Les manants de la seigneurie qui peuplaient les villages voisins, n’en restèrent pas moins assujettis aux durs devoirs de la glèbe, corvées, prestations, redevances.

Tous les laboureurs y étaient tenus à voiturer le bois au château de Rodemack depuis Soufftgen, tous les manœuvres étaient tenus de façonner ce bois, soit pour le charronage, soit pour le chauffage. En retour, ils avaient chaque vendredi le droit de prendre une voiture de bois-mort et de mort-bois.

Les gens de Rodemack, qui étaient tenus de mener les filets de chasse au château, avaient de plus droit au bois de merrein et de charpente. Les cultivateurs de Basse-Rentgen étaient tenus de conduire chacun une voiture de vin de la Moselle depuis la Moselle jusqu’au château de Rodemack.

Enfin, ces manants étaient tous justiciables du bailli de Rodemack, qui avait droit de les faire pendre, exposer au pilori, soumettre à la question, rouer vif, etc. Les salles d’audience étaient au château, ainsi que les cachots et les oubliettes.

Lorsqu’il y a quelque criminel au dit Rodemacher, dit une charte, pour être fouetté ou autrement exécuté, tous les habitants de la dite mairie, tant de serviles conditions qu’autres, sont obligés de paraître avec leurs armes, de conduire le dit criminel au gibet et d’y rester jusqu’à la fin de l’exécution.

Les manants des villages étaient tenus de rompre la glace des étangs pour la glacière du château et de les réparer avec des fascines. Les gens de Dodenhoven étaient obligés de mener à Rodemack, pour la Fête-Dieu, des arbres couverts de feuillages pour les reposoirs, ceux de Faulbach devaient apporter des roseaux pour joncher le sol où passait la procession du saint sacrement.

Le premier vendredi après la Pentecôte, les gens du pays étaient tenus d’aller à Kontz, en armes, pour faire garder la Moselle, et servir d’escorte aux pèlerins qui se rendaient à la Chartreuse de Rettel.

Les gens de servile condition de Simming, de Fixem, devaient au seigneur des poules, des œufs et un cabri, et dans tous les villages, on devait payer le schaft ou l’impôt de servage.

Telle était la position sociale des gens du pays de Rodemack, quand éclata la révolution. Elle y fut accueillie avec une ardeur frénétique, qui se traduisit en expulsion de tout agent fiscal. Les femmes crièrent aux loups ! contre les employés de la gabelle, qui s’enfuirent en sautant par dessus les murs de la ville. La loi martiale fut proclamée, et tout rentra dans l’ordre.

Quand, en 1792, l’armée étrangère s’avança, commandée par le duc de Brunswick, Rodemack avait pour défenseurs 250 hommes d’infanterie, une brigade de douaniers et deux bouches à feu, sous les ordres du lieutenant-colonel Laharpe.

Tout à coup, le fort est enveloppé par un corps d’armée. Laharpe rassemble sa garnison et avouant que la résistance est impossible, il obtient de ses hommes la promesse de se faire sauter avec le fort, quand les munitions seront épuisées. Tous jurèrent. Parmi ces braves, figuraient le futur maréchal Brune, alors sous-lieutenant, et le futur duc d’Arbrantès alors simple sergent sous le nom de Junot. Les Prussiens s’approchent des murailles, et ils se retirent précipitamment laissant 300 des leurs sur le sol. Attiré par la fusillade, le maréchal Luckner accourt délivrer Rodemack, et il fait évacuer le fort, après en avoir emporté toutes les munitions.

Le 5 fructidor an IV, Charles-Frédéric, margrave de Bade, céda au gouvernement français tous ses droits sur les seigneuries de Rodemack et d’Hespérange.

Vendu à des particuliers en 1811, le fort de Rodemack fut racheté par le gouvernement en 1815. Il était remis en état de défense, quand reparurent les colonnes ennemies.

Il avait pour garnison deux bataillons de gardes nationaux de la Meurthe, et un bataillon de la Moselle avec quelques douaniers et un détachement d’artillerie. Six jours après Waterloo, un corps d’armée prussien sortait de Luxembourg et venait investir Rodemack.

A trois heures du matin, le 25 juin, dix mille hommes, avec dix pièces d’artillerie, de la cavalerie, un énorme train d’équipages, étaient rangés en bataille, à environ cent mètres du front de la forteresse qui regarde Rentgen et Preisch.

La garnison de Rodemack n’avait à leur opposer qu’une pièce de marine sur affût fixe et un petit canon de campagne. Les Prussiens s’avancent à rangs serrés, la pièce de marine fait merveille et enlève les soldats par file, tandis que plusieurs gardes nationaux, tireurs distingués, notamment monsieur Tailleur de Thionville, et le caporal Prugneaux, visent aux chefs et ne manquent jamais leurs coups. Derrière eux, on charge les fusils, et ils ne font que tirer. Déjà l’ennemi est près des remparts. La porte donnant sur la campagne est criblée de boulets, une chaîne du pont-levis est brisée, l’autre tient bon par miracle.

Le petit canon de Rodemack tire à mitraille, la pièce de marine est portée à bras, elle fait feu à son tour bientôt on voit les Prussiens se débander et après plusieurs attaques se retirer laissant sur le terrain 500 morts et emportant un millier de blessés. Les Français avaient perdu un sergent et comptaient six blessés.

Tel est le dernier fait d’armes accompli à Rodemack.

Les étrangers ne l’oublièrent point, et ils imposèrent à la France sa démolition. Toute la partie regardant Luxembourg a été démantelée en 1821. La sécurité des habitants de la ville a empêché qu’on en fit de même pour l’autre partie des fortifications qui subsistent, abandonnées mais produisant un effet très pittoresque dans le paysage.

Le château a été vendu à des particuliers. Aujourd’hui, ses souterrains et ses tours servent de dépendances à la brasserie de monsieur Vagner, dont la bière bavaroise jouit d’une grande réputation.

Espérons pour cette intéressante petite ville située en pays fertile, sur un cours d’eau, au milieu de terrains riches en pierres à bâtir, espérons qu’il lui sera donné de revoir les jours de splendeur qu’elle a traversés, quand elle était la capitale d’une seigneurie.

Le château de Manderen (57)

Carte de ManderenChâteau de Manderen

 

Classé monument historique en 1930, racheté par le conseil général de la Moselle en 1975, le château de Mensberg est entièrement réhabilité, et renaît de ses ruines en septembre 1998.

Le château se visite tous les jours de mi-avril à mi-décembre (individuels ou groupes), et l’on peut assister à des expositions, des spectacles, des festivals, des banquets médiévaux. Vous avez même la possibilité de louer des espaces pour l’organisation de dîners, de cocktails, de séminaires ou de conférences.

Pour de plus amples renseignements concernant ces diverses prestations, je ne peux que vous diriger sur le site de ce splendide château.

Je vous propose de découvrir l’histoire de ce château, et surtout pourquoi il est appelé château de Malbrouck. L’article est un peu long, mais laissez-vous guider par la description, on a réellement l’impression d’être du voyage et du face-à-face final.

Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après un article paru dans la revue « L’Austrasie » – 1839

Lorsque, après avoir couché dans la petite ville de Sierck, vous gravissez, par une belle matinée, l’escarpement rocailleux de la côte de Kirsch, vos regards peuvent jouir, à mesure que le sol s’élève, de l’un des paysages les plus riches et les plus variés du département.

Arrêtez-vous au sommet de la montagne, et voyez comme l’horizon déploie son majestueux rideau. A gauche, on dirait qu’il s’abaisse pour couvrir Thionville de ses grandes ombres. A droite, il se confond avec la Moselle. Devant vous, il laisse à découvert le Stromberg aux druidiques souvenirs. Vous embrassez, d’un même coup d’œil, quantité d’habitations répandues comme des bosquets fleuris dans un vaste jardin anglais, et vous découvrez à la fois les terres de Belgique, de Prusse et de France.

Mais à peine le ban de Kustroff est-il franchi, à peine avez-vous quitté les derniers jardins de la ville ducale, qu’une nature aride et sauvage se présente. Vous laissez à droite le joli village de Kirsch dont la physionomie respire l’aisance, vous suivez à gauche un immense ravin qui semble avoir été creusé par la nature pour servir de limite à deux puissances rivales, et vous arrivez, par des sentiers escarpés, au fond d’une vallée profonde où quelques maisons mal assises constituent le village de Monderen.

Des eaux vives, une végétation vigoureuse, vous invitent à goûter quelque repos avant d’escalader de nouvelles hauteurs, mais vous avez aperçu la taille colossale du château de Mensberg, et le cœur vous brûle d’y arriver. Cependant, trois quarts de lieue vous en séparent encore. Suivez les vignes, ne hâtez pas trop votre marche, et j’aurai le temps de vous conter l’histoire de cet ancien manoir féodal.

Dans le haut moyen-âge, époque au-delà de laquelle il n’est guère possible de rien dire d’exact sur Mensberg, cette localité paraît avoir appartenu aux archevêques de Trêves, dont elle formait l’une des limites territoriales. D’anciennes forêts l’entouraient de toutes parts, et rien ne prouve qu’on eût construit un château avant le XIe siècle, car jusqu’alors la haute Lorraine n’avait point fait de tentative sérieuse pour se rendre indépendante du pouvoir archiépiscopal.

II n’en fut pas de même lorsque les comtes de Metz eurent placé Gerald, l’un des leurs, sur le trône de Lorraine. Ce vaillant capitaine, profitant du démembrement universel qui s’opérait au sein des grands états, assura par des conquêtes les intérêts futurs de sa dynastie, et planta l’étendard lorrain jusqu’au ruisseau de Monderen. Sans doute qu’en cette occasion, les archevêques de Trêves auront tâché d’assurer l’inviolabilité de leurs frontières en construisant des forts, au nombre desquels figura celui de Mensberg.

Quoi qu’il en soit, dès l’année 1093, on voit la maison de Sierck, dans la personne du comte Reimbold, posséder le Mensberg à titre de seigneurie. En 1157 c’est Arnold de Sierck, en 1207, Arnold II, chevaliers intrépides qui guerroyaient à tout venant, et semblaient les arbitres-nés des nombreuses querelles qui se vidaient dans la Lorraine allemande.

Le 11 septembre 1439, Jacques de Sierck était en son château de Mensberg, lorsqu’il fut salué du titre pompeux d’archevêque-électeur de Trêves. Il y revint cinq années plus tard pour en consacrer la chapelle, œuvre admirable de hardiesse et d’élégance.

En 1530, la maison de Sierck, aux destinées de laquelle Mensberg paraît avoir été toujours uni, n’ayant plus de descendance masculine, la forteresse devint la propriété d’Elisa de Sierck qui la transporta dans le domaine des sires de Seyne, par son alliance avec le comte Gérard.

En 1600, Dorothée-Catherine de Seyne, ayant épousé Charles-Louis, comte de Sultz, lui porta pour dot le château de Mensberg avec ses dépendances.

La guerre de trente ans, si fatale à la Lorraine allemande, le fut principalement au domaine dont nous parlons. Il fut dévasté plusieurs fois, et son propriétaire, obéré de dettes énormes, se trouva dans la triste obligation d’en faire la vente aux enchères. Dieudonné de Bettainville en devint l’acquéreur.

Après lui, Mensberg fut acheté par le sieur Barbarat de Mazirot, qui le vendit, en 1778, à Joseph, baron de Blockhausen, lequel mourut en 1781, laissant cette seigneurie à des neveux, Messieurs de Geisen et de Blockhausen, et à une nièce, madame la marquise de Villers. Cette dame apporta de la sorte en dot à son mari une partie du château de Mensberg, dont les revenus étaient alors considérables.

Mais la révolution causa un préjudice immense à cette propriété féodale. En 1807, les cohéritiers s’étant décidés à la vendre, Pierre Breidt, qui en était fermier, acquit le château ainsi que la ferme.

Mensberg avait un grand nombre de droits féodaux. Son seigneur pouvait, en temps de guerre, requérir pour sa défense douze hommes d’armes du commandant de Sierck, indépendamment des sujets attachés à ses terres, qui devenaient alors soldats du comte.

L’hôtel du Lion-d’Or de Sierck, inféodé à l’un des citoyens de cette ville par le seigneur de Mensberg, était tenu de le recevoir gratuitement, lui et les gens de sa suite, et de servir un nombre de mets désignés dans le contrat. Enfin, il y avait sur la Sarre, un fief tenu par Monsieur Moritz, lequel se trouvait sujet à hommage envers le seigneur de Mensberg.

Telle a été l’histoire d’un château, que sa position formidable a dû rendre témoin de bien des évènements, dont le souvenir confus s’est effacé avec tant d’autres faits du même genre.

L’oubli semble avoir enveloppé ses anciens propriétaires eux-mêmes, du moment qu’un hôte illustre eut planté sur les tourelles du château le léopard de la Tamise. Depuis un siècle, le nom de Marlborough se confond avec celui de Mensberg.

L’hôte d’une semaine a prévalu sur quinze générations seigneuriales, son image, grandie par le temps et les traditions villageoises, apparaît encore dans les contes de la veillée comme une page vivante où se peignent en traits de sang, les catastrophes d’une époque. Marlborough, c’est la conquête, l’invasion avec ses horreurs, Marlborough, ce sont les Anglais au cœur de la France, c’est la ruine, l’incendie, la perte imminente d’une nationalité, c’est l’idée de cette influence accablante exercée par un génie fatal que rien n’arrête, que la terreur devance, et que la mort accompagne.

Marlborough et Villars en 1705

Personne n’eût osé compter sur les ravins de Mensberg, ni sur les bataillons envoyés à la rencontre de lord Churchill, mais le Fabius français était là, et quelques lueurs de confiance tempéraient la crainte dont les populations mosellanes étaient saisies.

« Mon cher cousin, lui avait dit Louis XIV, lorsqu’il vint rendre compte de sa mission en Languedoc, vos services passés me donnent de grandes espérances de ceux que vous pouvez me rendre à l’avenir. Et les affaires du royaume en iraient beaucoup mieux, si j’avais plusieurs Villars à employer. Mais n’en ayant qu’un, je ne puis l’envoyer qu’aux endroits les plus nécessaires. C’est pourquoi je vous avais envoyé en Languedoc, vous y avez remis la tranquillité parmi mes sujets, il faut à présent les aller défendre contre mes ennemis. Vous irez commander l’armée que j’aurai sur la Moselle, la campagne prochaine. Disposez-vous à partir bientôt pour vous y rendre ».

Effectivement, dans un conseil d’état tenu à la mi-janvier 1705, Louis XIV, après avoir décoré Villars de la croix et du collier de ses ordres, le nomma commandant eu chef de l’armée de la Moselle. Le maréchal de Marcin, chargé en même temps de diriger l’armée du Rhin, promit de s’entendre avec Villars, et de subordonner ses opérations aux siennes, condition indispensable pour résister efficacement aux troupes coalisées.

L’armée de la Moselle se composait de soixante-quinze bataillons et de cent-dix escadrons, auxquels devaient s’unir, selon l’urgence, des détachements des armées de Flandre et d’Allemagne.

Le 1erfévrier, Villars quitte Paris, arrive à Metz le 3, visite les places fortes de la Moselle, de la Meuse, de la Sarre et du Luxembourg, inspecte les troupes, pourvoit à tous les moyens de défense, approvisionne Metz, Thionville, Longwy, Sierck, Sarrelouis. Il met sur pied les compagnies bourgeoises, se renforce d’une partie des troupes que l’électeur de Bavière commandait en Flandre, et fait en sorte de pouvoir mettre en campagne, dans moins de vingt-quatre heures,une armée de trente-six mille hommes.

De son côté, le comte de Noyelles, qui s’attendait à voir les troupes françaises envahir le Palatinat ou le pays de Trêves, coupait les avenues, interceptait les routes par des abattis de bois, et travaillait à fortifier les environs de Trêves, ainsi que l’embouchure de la Sarre.

A Metz, à Thionville, on redoublait d’activité. Chaque jour, d’immenses convois d’armes et de munitions descendaient la Moselle, se dirigeant sur Luxembourg, Sierck et Sarrelouis, et Villars qui avait eu l’idée d’emporter Trêves d’un coup de main, allait visiter par lui-même, déguisé en paysan, les positions que tenaient les troupes confédérées.

Quand il se fut bien convaincu de l’impossibilité de prendre l’offensive avec avantage, en face d’une armée double de la sienne, il revint à Metz, fit rentrer dans les arsenaux le matériel de l’année, et partit ensuite pour Paris afin de prendre les ordres du roi avant d’ouvrir la campagne.

De retour à Metz au mois de mars, le maréchal y organisa un corps d’élite composé de mille grenadiers et de trente escadrons tirés des places voisines. Il joignit à ces troupes quelques pièces de canon, et marcha sur la Sarre, qu’il traversa le 21 avril, à quatre lieues au-dessous de Sarrelouis, près du château Saint-Jean.

Son dessein était d’enlever Hombourg, mais le gouverneur de cette forteresse repoussa la sommation du général français, qui traversa la Bliese sur un pont de bois défendu par une redoute qu’il fallut forcer.

Le comte de Druys eut moins de bonheur en essayant de passer la rivière de l’Horne pour atteindre la garnison d’Hornbach. L’inondation l’arrêta, comme elle empêcha le général Streist d’inquiéter Butler dans son mouvement de retraite vers Deux-Ponts. Le chevalier du Rozel l’y suivit néanmoins avec un gros de cavalerie, et en amena cent-cinquante prisonniers, ainsi qu’une grande quantité de bagages.

Le nom seul de Villars valait une armée. Son approche ébranlait le courage des impériaux, et toutes les garnisons des petites places se repliaient sur Mayence et Landau. En les chargeant avec vigueur, on eût gagné les rives du Rhin et la basse Moselle, opéré une jonction avec le maréchal de Marcin, et pris l’attitude qui convenait à l’honneur de la France, mais on manquait d’une bonne cavalerie, ainsi que de fourrage pour l’alimenter.

Les chemins d’ailleurs étaient devenus impraticables. Villars se retira donc de nouveau sur la Sarre après quelques démonstrations hostiles contre la ville d’Hornbach qui fut brûlée, et contre celle de Hombourg, dont l’artillerie française n’ébranla point les remparts. Il perdit une centaine d’hommes, fit à peu près le même nombre de prisonniers, et envoya ses troupes en quartier d’hiver.

Le comte de Noyelles, heureux d’avoir sauvé les troupes danoises, et celles de Hesse qui se trouvaient presque cernées à Saint-Wendel, n’inquiéta point le maréchal dans son mouvement de retraite, en sorte que ce fut une promenade réciproque faite à main armée.

Jusque-là Mensberg, protégé par les douze hommes d’élite que lui avait envoyés le gouverneur de Sierck , et par quarante villageois bien armés, n’a fait autre chose que de planter le drapeau blanc sur ses tourelles, d’abaisser sa herse, de lever son pont-levis à la chute du jour, et de donner asile aux chefs d’avant-garde qui battaient le pays.

On y dormait paisible, quand un soir la voix plaintive d’une femme se fit entendre. La galanterie, la compassion n’étant pas toujours les vertus des sentinelles, vous ne serez point étonné si les plaintes se renouvelèrent fréquemment avant qu’on prît la peine d’y répondre.

Au bout d’une heure cependant, le sergent du poste ayant fait sa ronde, fut frappé des mêmes plaintes, et voulut voir quel en pouvait être l’objet. On baissa le pont-levis, deux soldats se munirent de flambeaux, quatre autres prirent leurs armes, et le sergent qui les conduisait s’avança jusqu’au ravin. Quelle ne fut pas sa surprise, d’y trouver une jeune religieuse qui semblait accablée de souffrances et de fatigue.

« A mon secours, messieurs, leur dit-elle, pour Dieu, pour le salut de votre âme, daignez me recueillir, cette nuit seulement, dans l’un des réduits du château. Je suis sœur Claire du couvent de Trêves. Ces mécréants d’Anglais nous ont toutes chassées comme bouches inutiles, et je revenais dans mon village par des chemins détournés, quand la nuit m’a surprise ».
« Si vous dites vrai, répond le sergent, et bouche d’église, Dieu me damne ! ne doit jamais mentir, je vous recevrai volontiers jusqu’à demain. Mais au jour, il faut déguerpir, car nul étranger n’est admis séant. On fermerait le huis au roi lui-même ».

La religieuse dont la figure était charmante, le maintien modeste, la voix insinuante et douce, n’eut point de peine d’imposer aux gardiens du château le respect commandé par sou habit. Le chapelain lui céda sa chambre, et le lendemain, quand la messe fut dite, deux gardes la conduisirent à cheval ans la ville de Sierck.

Après un long interrogatoire que le prévôt lui fit subir, elle reçut un sauf-conduit pour Thionville, mais on apprit qu’au lieu de s’y rendre, elle avait pris le chemin de Luxembourg. Cette circonstance inspira naturellement quelques inquiétudes sur le caractère de la religieuse, mais d’autres évènements la firent bientôt oublier.

Le prince de Bade (Louis-Guillaume, filleul de Louis XIV), tombé malade à Rastadt, se trouvant dans l’impossibilité d’ouvrir la campagne comme il en avait le projet, Marlborough vint le trouver pour s’entendre avec lui. Ce général visita ensuite les lignes de Bihel, et partit le 23 mai pour se rendre sur la Moselle, où l’attendaient avec impatience des troupes désireuses de marcher sous ses ordres.

Le 26, un nombreux état-major, ayant à sa tête le comte de Noyelles, sortit de Trêves, et reçut au bruit du canon, au son des cloches de toutes les églises, le général étranger. Marlborough descendit chez le comte. Le lendemain, il parcourut les rives de la Moselle et de la Sarre, au-dessus de Wasserbillig, fit battre le pays par des éclaireurs, et annonça le 28, dans un ordre du jour motivé, que la campagne allait s’ouvrir.

Les Anglais arrivèrent le même jour aux environs de Trêves, le 30, on sonda les gués de la Sarre entre Kontz et Sarrebourg (4 lieues en deçà de la ville de Trêves).

Le général Cochron et Monsieur de Rocques, premier directeur des approches et des fortifications des états-généraux, arrivèrent au camp de Marlborough, et le 31, à quatre heures du matin, dix mille hommes sortis de la ville épiscopale, ainsi que des campagnes environnantes, vinrent camper sur les hauteurs de Consarbrück et de Grevenmacheren , embrassant de la sorte l’embouchure de la Sarre et celle de la Moselle.

Le comte de Noyelles commandait cette avant-garde, pendant que Marlborough inspectait à Trêves les corps nouvellement arrivés, formait une réserve, et disposait les choses avec l’activité bouillante qui le caractérisait.

Villars, non moins zélé, sachant d’ailleurs qu’il avait à soutenir son nom, ses titres et sa gloire, qu’il s’agissait du salut de la monarchie, des destinées futures de l’Europe entière, Villars semblait grandir avec le danger.

Jamais peut-être deux rivaux ne s’étaient mesurés avec plus d’envie, jamais deux hommes arrivés au faîte de la réputation militaire n’avaient envisagé avec une sollicitude plus inquiète, une impatience plus marquée, la solution d’une question d’état où chacun, princes, soldats, citoyens, était personnellement intéressé d’un drame sanglant joué par les premières têtes du monde sur une scène immense, où la postérité venait se poser comme témoin.

Villars n’ayant que cinquante-cinq mille hommes, parmi lesquels figurait la maison du roi, cherchait à concentrer ses forces, mais aussi à les rendre toutes disponibles. Il pensait que la nature du sol devait lui venir en aide, et qu’il s’agissait moins de vaincre avec éclat que de se maintenir sous le canon des places frontières de la Lorraine allemande.

A cet effet, il ruina les environs de Luxembourg, de Sarrelouis, de Sierck, et toutes les terres qui le séparaient des ennemis, afin d’ôter à ces derniers les moyens de subsister. Il assembla ses troupes entre Thionville, Sierck et Bouzonville, parcourut ensuite les rives de la Nied jusqu’à la Sarre, établit des magasins de vivres, et forma deux camps : l’un près de Kœnigsmacheren, qu’il commanda en personne, l’autre à six lieues de Thionville, entre Bouzonville et Freistroff, aux ordres du général Streiff.

« Ce dernier camp, établi sur le Kunsberg, doit être à jamais célèbre, dit Monsieur Teissier, dans l’histoire de la castramétation. Il donne la plus haute idée du coup d’œil stratégique d’un guerrier qui, jusque-là, s’était plutôt signalé par sa valeur téméraire dans les combats. Un fait digne d’être cité, c’est que Villars, convaincu de la force naturelle de son camp, ne voulut pas le couvrir par des retranchements, et le motif qu’il en donne n’est pas moins remarquable : les retranchements, dit-il, inquiètent les Français. Aussi, ne trouve-t-on, sur l’étendue occupée par l’armée française, nulle trace de lignes continues, mais seulement quelques redoutes aux extrémités pour y placer des postes avancés ».

Tels sont les ouvrages qu’on observe encore à Fruching, au-dessus de Montenach, jusqu’au bois où le ravin s’adoucit. Le camp occupait les hauteurs de la Moselle, vis-à-vis Rethel, celles de Montenach, le coteau d’Altenberg, la ferme de Kunsberg, les villages de Fruching et de Kerling, jusqu’au ruisseau de Kœnigsmacheren (la Canner).

Villars ne pouvait être attaqué de front. Il s’était posté de manière à soutenir en même temps Luxembourg, Thionville et Sarrelouis, places importantes, séparées l’une de l’autre par un pays accidenté, difficile, sans communications.

Un pont de bateaux qu’il avait jeté sur la Moselle, à Malling, lui permettait de se porter rapidement sur la première de ces deux villes. Une large tranchée pratiquée au midi dans la forêt de Kalenhoven, entre Sierck et Sarrelouis, le mettait en rapport direct avec la Sarre et la Nied, où cantonnait une partie de sa cavalerie, tandis que d’immenses abattis pratiqués au nord le séparaient des Anglo-Bataves.

Des routes, tracées par le génie militaire rayonnaient de Hombourg à Sierck, à Bouzonville, ainsi qu’à Siersberg et Burgesch, châteaux qu’il avait fortifiés, et qui se trouvant au flanc droit de l’ennemi, permettaient au maréchal d’être incessamment instruit de sa marche et de ses tentatives.

Onze bataillons, trois cents hommes détachés de l’armée, un escadron de dragons, et quatre compagnies franches, défendaient Sarrelouis, dont Monsieur de Choisy était gouverneur.

L’électeur de Bavière et le maréchal de Marcin, qui avaient ordre d’affaiblir leur armée à proportion des secours que pourrait recevoir Marlborough, envoyaient de temps en temps à Villars de nouveaux renforts. A la fin de mai et dans les premiers jours de juin, il vit arriver sept mille hommes des rives du Rhin, trois mille de la Flandre, ainsi que deux régiments d’infanterie, un régiment de cavalerie et un autre de dragons tirés de Luxembourg. Ce qui n’empêchait pas l’armée ennemie d’être encore bien supérieure à la sienne.

Marlborough voulait assiéger Sarrelouis et Thionville, s’unir aux troupes lorraines, établir son quartier d’hiver entre Metz, Nancy, Bar et Verdun, et marcher ensuite sur la Champagne, mais Villars qui l’avait deviné, s’était mis en mesure de lui disputer les passages.

Le 2 juin, l’armée anglaise, campée sur la montagne d’Apollon, près Trêves, en descendit pour se joindre à la garnison de cette ville, où Marlborough ne laissa qu’un régiment wallon avec quinze hommes tirés de chaque bataillon d’infanterie.

Le 3, à une heure du matin, ce général s’avança en silence, sans battre le tambour ni sonner la trompette, jusqu’au village de Consarbrück, où l’attendait l’avant-garde. L’armée tout entière traversa la Sarre le soir du même jour, elle campa à deux lieues de Sierck, et Marlborough arriva vers six heures avec sa cavalerie sur les hauteurs d’Apach et de Mensberg.

Villars, de son côté, suivi de cinq cents cavaliers, fit une reconnaissance sur Apach, où ses dragons mirent pied à terre dans les haies, tandis qu’il tournait le village de Rustroff, de manière que le ravin fût entre les deux armées.

Les Français demeurèrent dans cette position jusqu’à neuf heures et demie du soir, et la cavalerie ennemie resta rangée en bataille, sabre à la main, tant que Villars n’eut pas fait sonner la retraite.

Pendant ces manœuvres d’avant-garde, l’armée française changeait de situation, en marchant sur deux colonnes échelonnées, de manière à former un vaste fer à cheval sur les hauteurs : l’aile gauche à Rethel où fut le quartier-général, l’infanterie depuis la montagne de Kunsberg jusqu’à Montenach, Fruching, etc., la cavalerie, les dragons, les équipages, vers la Petite-Hettange, où se trouvaient en abondance des sources d’eau vive.

Tous les gros bagages furent envoyés en même temps sous les remparts de Thionville, et chacun eut ordre de courir à son poste au premier coup de canon. Le même jour, plus de deux cents déserteurs ennemis étant arrivés à Sarrelouis, furent aussitôt transférés à Metz.

Le 4 juin, Marlborough ayant reçu de nouveaux renforts d’Allemagne et de Flandre, se vit à la tête d’une armée de plus de cent mille hommes. Les bagages, l’artillerie, les matériaux de campement, les pionniers, arrivèrent le même jour, et l’on traça une ligne d’occupation depuis le village de Perl jusqu’au château de Mensberg, qui, sommé la veille de se rendre, parlementa vingt-quatre heures, et fut emporté de vive force.

Ses défenseurs, mis à la garde du camp, allaient être pendus pour l’exemple, car Marlborough avait déclaré ne vouloir faire aucun quartier aux garnisons prises les armes à la main, lorsqu’un jeune cavalier apporta leur lettre de grâce.

Ce cavalier, neveu de Marlborough et fils de lord Churchill qui commandait le centre de l’armée, courut au sergent, qui le reconnut pour la religieuse trouvée dans le ravin de Mensberg. « Vous m’avez sauvé la vie, sergent, dit-il, je vous rends la vôtre, nous sommes quittes ».

Les défenseurs de Mensberg, au nombre de soixante-sept, furent envoyés immédiatement à Villars, qui retourna, par échange de procédé, le même nombre de prisonniers.

Tous les villages, toutes les fermes entre la Moselle et la Sarre, sur la ligne d’occupation de l’armée anglo-batave, étaient remplis par les états-majors. Le comte de Noyelles avait le sien à Perl, milord Churchill occupait le village de Merschweiller, Marlborough celui de Bragh.

Le 5 juin, une revue générale eut lieu. L’armée demeura douze heures sous les armes, et un repas splendide fut donné par Marlborough, dans le château de Mensberg, à tous les principaux chefs de son armée. Il employa les jours suivants à des reconnaissances sur la Moselle et la Sarre, à de grandes manœuvres, et principalement à tâcher de tirer Villars d’une immobilité fatale aux grands projets des confédérés.

Mais le maréchal français, attentif à modérer l’impétuosité de ses soldats, ne permettait pas même ces escarmouches d’avant-garde qui servent de délassement aux chefs d’armée. Il craignait qu’une affaire de cette nature ne le mît en danger de déployer des forces considérables, et de sortir des limites qu’il s’était tracées.

Tout ce qu’il fit pendant une quinzaine fut de fortifier les abords de la Nied, de protéger la droite de son infanterie par un corps de dragons, et d’échelonner la brigade de Picardie depuis Monteloch jusqu’aux forêts dont les abords se trouvaient défendus par de nombreux abattis. Il éleva quelques retranchements devant la brigade de Coetquin, et les discontinua bientôt, ne voulant y faire travailler qu’autant que l’ennemi se présenterait avec toutes ses forces, afin de ne pas ralentir l’ardeur de ses troupes.

De part et d’autre, on ouvrait de larges tranchées, on sondait les gués, on disposait de nombreuses sentinelles. Chaque jour, Marlborough recevait de nouveaux renforts qu’il mettait sur les derrières, chaque matin il parcourait à cheval son front de bataille, envoyait des reconnaissances, dirigeait sur la Moselle et la Nied des hommes qui rentraient le soir au camp, allumait des feux dans plusieurs directions différentes, faisait jeter des ponts sur la Sarre et la Moselle pour inquiéter Villars et l’engager à combattre ou à changer ses dispositions.

Enfin, les confédérés las d’attendre, voyant d’ailleurs que leurs forces diminuaient par la désertion et les maladies, résolurent de prendre un parti définitif. On s’assembla trois jours de suite en conseil de guerre. Marlborough insistait pour attaquer Villars, traverser la Moselle devant Perl, enlever Sierck, bombarder Thionville et marcher sur Metz.

Les impériaux, au contraire, étaient d’avis qu’on gagnât les rives de la Nied pour faire le siège de Sarrelouis, les Allemands et les Hollandais jugeaient la retraite préférable à toute espèce de tentative, d’autant plus que les fourrages devenaient rares, et que la force morale du soldat commençait à baisser. Dans une telle lutte d’opinions contraires, la majorité devait faire la loi.

Le 15, Marlborough, au soleil levant, passa une revue générale de son armée : il la trouva déjà diminuée de cinq mille hommes. Ce fut avec un front soucieux, des traits altérés, une colère non déguisée, qu’il parcourut, pour la dernière fois, ces lignes formidables contre lesquelles devait se briser, dans sa pensée, la puissance de Louis XIV.

Ce fut avec un retour pénible sur lui-même, qu’il se sentit obligé de céder au génie de Villars, un terrain conquis par tant de sacrifices et tant d’efforts. Le soir, les officiers généraux s’assemblèrent à Mensberg. Marlborough ne leur dissimula ni son mécontentement pour le peu d’accord qui régnait entre eux, ni ses préventions contre la tiédeur de l’Allemagne et de la Hollande, qu’il regardait comme traîtres à la coalition. Il se plaignit avec beaucoup de hauteur du prince de Bade, qui ne tenant rien de ce qu’il avait promis, compromettait, disait-il, le succès d’une campagne, dont les chances ne pouvaient être douteuses.

Marlborough ne se coucha point : l’idée d’une retraite faisait bondir son cœur de rage et de jalousie. Croyant devoir se disculper aux yeux de Villars, il lui écrivit que le prince de Bade était cause de tout, qu’il devait lui amener les troupes à la solde de la Hollande, et qu’il n’en avait rien fait, qu’au lieu de le seconder dans la conquête des Trois-Evèchés, comme ils en étaient convenus, Louis Guillaume avait employé mille moyens pour y mettre obstacle.

« Rendez-moi la justice de croire, dit-il en propres termes, que ma retraite est la faute du prince, et que je vous estime encore plus que je ne suis fâché contre lui ».

Le 16 juin, après douze jours de campement sur les hauteurs de Sierck, les bagages et l’artillerie de l’armée ennemie reprirent la route de Trêves, et le même jour, à minuit, Marlborough fit défiler son armée avec un tel silence que Villars n’en fut pas informé avant sept heures du matin, un brouillard épais ayant empêché de découvrir le camp plus tôt.

Villars, avec quatorze escadrons et les grenadiers, suivit l’ennemi sans pouvoir l’atteindre. Dans la crainte qu’il ne fît une pointe sur le Luxembourg, il y envoya un fort détachement de grenadiers et de dragons, mais on apprit le soir que l’avant-garde avait traversé la Moselle et la Sarre à Consarbrück, et que toute l’armée reprenait les positions qu’elle occupait autour de Trêves à la fin de mai.

Le 19, l’infanterie ennemie, avec un corps de cavalerie sous les ordres du général Churchill, continua son mouvement de retraite sur le Rhin.

Le 20, Marlborough quitta Trêves avec le reste de la cavalerie, après avoir laissé sur la Moselle sept mille palatins et les troupes westphaliennes. Comme cette arrière-garde n’était point chargée de tenir contre Villars, elle brûla les magasins de fourrages de Sarrebourg et de Trêves, rompit les ponts, pilla les arsenaux, les habitants, et battit en retraite à la fin du mois.

Le 23, Villars, revenu sur ses pas, décampait de Rethel, en y laissant dix mille hommes aux ordres du comte de Druys, pour garder les deux ponts jetés surla Moselle. Il se portait le lendemain sur Bouzonville avec vingt mille hommes, arrivait sous les murs de Sarrelouis, et jetait deux ponts sur la Sarre. Le 25, il tirait de la garnison de cette place huit bataillons, deux régiments de cavalerie, deux régiments de dragons, pour les envoyer à Sarrebruck sous les ordres du comte Dubourg, tandis que la gendarmerie, le régiment du roi, deux régiments d’infanterie, conduits par les généraux Surville, La Chastre et Roucy, marchaient sur la Flandre, en traversant le Luxembourg.

Villars envoya un courrier au maréchal de Marcin pour l’informer de ses dispositions, lui annoncer la retraite de Marlborough, et le prévenir qu’il le joindrait incessamment lui-même avec le reste de ses troupes. Le 27, Villars quittait Sarrelouis.

Le 30, il était à Trêves, et le 4 juillet, il opérait sa jonction avec l’armée du Rhin, ce qui formait en tout soixante bataillons et cent escadrons (environ soixante mille hommes), commandés par dix-huit lieutenants-généraux et quinze maréchaux-de-camp. Quelques troupes, étant demeurées échelonnées sur la Moselle, Sierck, Mensberg, etc., reçurent de nouveau garnison française.

Ces mouvements imprévus causèrent dans les Trois-Évêchés l’allégresse la plus vive. Les villes fortes, fermées depuis un mois, ouvrirent leurs barrières. Les campagnes, veuves de leurs habitants qui avaient fui dans les bois, se repeuplèrent.

Les églises et les couvents de Metz, Thionville, Sarrelouis, Longwy, Bitche, Sierck, Rodemack, Verdun, convertis en hôpitaux, en magasins de vivres et de fourrages, reprirent leur destination religieuse. Un Te Deumfut chanté dans la cathédrale de Metz, et partout la joie publique se manifesta par des fêtes.

Depuis lors, trois invasions ennemies ont menacé le château de Mensberg. La première, en 1792, n’osa point franchir la basse Moselle. Mais, en 1814 et 1815, cet ancien domaine féodal ouvrit ses portes a plusieurs maîtres différents.

Son propriétaire actuel, appelé par les paysans le seigneur Breidt, est, quant aux habitudes, au costume, aux mœurs traditionnelles, un type remarquable des villageois allemands du dernier siècle : il semble debout au milieu des ruines, avec son habit bleu à larges basques, ses guêtres blanches boutonnées au-dessus du genou, sa veste rouge et son énorme chapeau, pour instruire la génération présente des faits antérieurs à notre âge.

Malheureusement, ce seigneur est peu communicatif et surtout peu crédule. Ainsi, ne lui parlez ni du diable, ni des templiers, comme architectes du château, il repousserait ces mauvais bruits avec énergie, car il tient singulièrement à ce que rien de fabuleux ou d’infernal ne se mêle à l’histoire de son domaine.

- Lors donc que vous aurez parcouru l’intérieur du château, mesuré ses murailles de onze pieds d’épaisseur, visité ses quatre tours appelées en 1642, la Kentour, la KallfeldenTour, la Keptour, la Tour de la Lanterne, donné quelques regrets à la chapelle située jadis au rez-de-chaussée de cette dernière, et rasée impitoyablement par M. Breidt
- lorsque, après avoir franchi les trois étages de celle dont l’abord n’est point impossible, vous aurez étudié la disposition formidable des galeries couvertes, sous l’une desquelles on voit encore l’entrée d’un souterrain qui communiquait avec Monderen
- lorsque, assis au centre de la cour d’honneur où cinquante cavaliers bardés pouvaient manœuvrer à l’aise, vous aurez admiré la gracieuse élégance de la tour crénelée contre laquelle s’appuie la porte d’entrée, veuve de sa herse et de son pont-levis,
vous vous inclinerez avec respect devant l’écusson d’or à la bande de gueules chargé de trois coquilles d’argent(armes de la maison de Sierck) qui décore la façade du donjon, devenue simple maison de ferme, et vous chercherez ensuite dans les salles de cette habitation rustique, éclairées comme elles l’étaient jadis par des jours étroits et des croisées à trilobés, la chambre d’Arnold le templier.

Les marteaux du moyen-âge et de la renaissance, en modifiant les tours, ont aussi fait subir de nombreuses altérations au donjon, mais à minuit un cri plaintif s’échappe d’un point du château, où jamais efforts humains n’ont pu faire tenir ni chaux, ni ciment. C’est le lieu qu’occupait le templier maudit, quand Lucifer l’enleva pour l’éternité. 

L’histoire d’une hottée de pommes ou le début d’une guerre

Blason de Le Ban Saint MartinPommes

 

D’après le « Dictionnaire du département de la Moselle » de Claude Philippe de Viville – 1817
et « Histoire de Metz » de Jean François – 1775

La commune de Le Ban-Saint-Martin (Moselle) doit son nom à une abbaye célèbre de Bénédictins. On ignore l’époque de sa fondation, mais il est certain qu’elle existait au VIIe siècle, puisqu’en 613 elle fut visitée par Saint Romaric. Elle s’appelait alors « Saint-Martin-aux-Champs », parce qu’elle était située sur le penchant de la côte de Saint-Quentin.

Elle fut restaurée et enrichie par Saint Sigisbert, dixième Roi d’Austrasie, qui fut inhumé dans l’église de cette abbaye en 656. En 841, Lothaire, fils de Louis-le-Débonnaire, visita cette abbaye à laquelle il se fît agréger et dont l’abbé lui copia les livres des Evangiles.

En 1009, lorsque l’Empereur Henri II vint assiéger Metz, l’abbaye de Saint Martin fut détruite par les Esclavons qui, pendant six ans, portèrent le fer et la flamme dans le Pays-Messin. L’Empereur voulant réparer ses torts, donna une grosse somme d’argent aux religieux pour rétablir leur monastère. Alors ils se rapprochèrent de la ville, et vinrent habiter le faubourg, au bas de la montagne, d’où le nom de « Saint-Martin au fauxbourg » à compter de cette date.

L’Eglise ne fut achevée qu’en 1063. Cette Basilique devint la plus riche et la plus magnifique de toute la chrétienneté et ils y transférèrent les reliques de saint Sigisbert, Roi d’Austrasie, leur fondateur.

L’Abbé Richer, qui écrivait vers le milieu du XIIe siècle, dit, dans la description en vers qu’il en a faite, « qu’elle n’étoit éloignée de la ville que d’environ cinq cens cinquante pas, qu’elle en avoit cen soixante de longueur, soixante pieds de largeur, et cinquante quatre de hauteur sous voûte ; qu’elle étoit soutenue de six vingt colonnes, qu’il y avoit huit portes et soixante-dix fenêtres ; que le dehors étoit orné de plusieurs tours , et l’intérieur de quantité de couronnes d’or et de tables d’ivoire ».

Il ajoute que ni Rome, ni Jérusalem, ni Antioche, ni Constantinople n’avoient rien dans ce genre, ni de si beau, ni de si brillant.

Cependant, cette abbaye et le bourg de Saint Martin, quoiqu’à 550 pas du pont des Morts, étaient sous la puissance des ducs de Lorraine qui donnaient l’investiture à l’abbé, sans qu’il eut besoin de demander des bulles au Pape.

En 1427, Nicolas Chaillot promu à cette abbaye par les religieux, sollicita des bulles. Cette démarche offensa le duc et causât dans l’abbaye des discussions, dont Perrin d’Haussonville profita pour chercher à supplanter Chaillot. Celui-ci se retira dans une maison qu’il possédait à Metz où il vivait dans la retraite.

Mais son repos fut bientôt troublé à l’occasion d’une hottée de pommes qu’il fit apporter à Metz des jardins de l’abbaye. Les gens du duc Charles II voulurent percevoir les droits sur ces fruits, en raison de leur sortie des États de Lorraine pour entrer dans Metz. Les Messins défendirent à l’abbaye de les payer.

Les esprits s’aigrirent peu-à-peu, on commença par prendre du bétail de part et d’autre, on fit des prisonniers. Enfin, on en vint à une guerre ouverte. Les premiers actes d’hostilités exercés par les Lorrains, furent faits dans le village de Corny, ceux de Metz usèrent de représailles sur celui de Belrain.

Le Duc voyant que l’affaire devenait sérieuse, envoya défier les Messins par Didier de Chaufourt, et voulut que toute sa Noblesse adhérât à ce défi.

Les Messins de leur côté, appelèrent à leur secours un gentilhomme nommé Arest, qui ne cherchait que l’occasion de se vanger de certaines injures qu’il disait lui avoir été faites par ce Prince. Pour l’engager plus fortement dans leur parti, ils lui cédèrent la moitié de la forteresse de Verry. Ils attaquèrent d’abord le monastère et le faubourg de Saint Martin, où ils ne laissèrent que les deux Églises de l’Abbaye et de la paroisse.

Charles II, dans le dessein d’affamer la ville de Metz, fit fermer toutes les avenues de ses États du côté de cette ville, et défendit qu’on y portât aucuns vivres. Il essaya d’en faire faire autant à la Duchesse de Luxembourg, mais cette princesse ne voulut point entrer dans cette querelle.

Au mois de juin 1429, le Duc envoya environ 1 500 chevaux et 5 000 hommes de pied, pour faire le dégât dans la plaine de Metz. Ils y abattirent le gibet auquel il y avait 32 hommes attachés. Ils fauchèrent plusieurs champs de blé, et retournèrent en Lorraine.

Comme les Messins ne se pressaient point de se mettre en campagne, et refusaient constamment de payer les droits que le Duc exigeait pour la hottée de pommes, ce prince engagea dans sa cause le Duc de Bar son gendre, qui envoya le 10 juillet son héraut-d’armes défier les seigneurs et bourgeois de Metz.

Le même jour, le Duc de Bavière, le Marquis de Bade, gendre du Duc Charles, et l’Archevêque de Cologne, envoyèrent faire le même défi à Metz, et dès le lendemain, tous marchèrent vers cette ville avec une armée de 10 000 chevaux et de 20 000 hommes de pied.

Le premier jour, le 11 juillet, ils s’emparèrent de la forteresse de Goin. Ils fauchèrent les grains de Goin, de Pagney et de Vigney, dont ils attaquèrent sans succès le château. Le lendemain, ils prirent celui de Crepy, et allèrent de là brûler la haute et la baffe Bevoy, et le village de Peltre.

Le 13, ils mirent le feu au village de Magny, coupèrent les vignes, fauchèrent les blés de plus de mille journaux de terres, dans les finages de Peltre, Crepy et Magny. Le 14, ils en firent autant à Malroy. Le même jour, le Seigneur de Rodemach et de Boulay, à qui le Duc Charles avait donné, à ce que l’on prétendait, trois mille francs pour l’engager dans son parti, vint aussi défier les bourgeois de Metz.

Le 15, toute l’armée s’avança vers cette ville du côté de sainte Barbe. Elle mit le feu dans les villages où elle avait logé, et vint camper si près de Metz, qu’on pouvait compter leurs tentes de dessus le clocher de la Cathédrale.

Ce jour là, l’Evêque Conrad Bayer de Boppart vint de Vic à Metz, et offrit aux bourgeois sa médiation pour un accommodement avec le Duc de Lorraine. Les Magistrats le remercièrent, et lui dirent, que tant que le Duc et ses gens continueraient d’en user de la sorte, ils ne pourraient faire aucun traité avec lui.

Le 16, les Lorrains se rendirent de grand matin au haut de Châtillon. Ils y dressèrent le 18, deux grosses bombardes qui tirèrent contre Metz, sans y causer de dommages considérables.

Les Messins, de leur côté, dressèrent contre l’armée ennemie, une batterie de deux bombardes, qui tuèrent du monde. Ils s’effrayèrent si peu de voir cette armée aux environs de leurs murs, qu’ils ne renforcèrent que très faiblement les gardes, et n’en fermèrent leurs portes ni plutôt ni plus tard.

On vit, comme auparavant, les gens de la campagne apporter des vivres dans la ville, et les pillards de la garnison courir la campagne, et faire des prises sur l’ennemi.

Le 20, le Duc de Bar René d’Anjou, se retira dans son pays avec ses troupes. Alors les Messins pour se venger des Seigneurs de Rodemach et de Moërs, alliés du Duc de Lorraine, et qui lui avaient amené des troupes devant Metz, marchèrent contre eux, se rendirent maîtres de ces deux villes, et les brûlèrent.

Durant la même guerre, les Lorrains vinrent un jour au nombre de 10 000 hommes dans la plaine de Metz, et y firent de grands dégâts. Les Messins envoyèrent contre eux 400 chevaux qui les suivirent dans leur retraite, et les atteignirent près de Pont-à-Mousson. Les Lorrains les repoussèrent jusqu’au clos de saint Symphorien. Là, les Messins, sûrs de leur retraite, mirent pied à terre, se défendirent, et leur prirent 70 soldats avec leurs Capitaines, Messire Verry de Tournay, et le Prévôt de Châtenoi, qui tous furent amenés prisonniers à Metz, où ils y demeurèrent plusieurs mois.

Cependant, à force de sollicitations et de prières, l’Evêque de Metz et le Comte de Salm, firent conclure entre le Duc Charles et les Messins, une trêve qui devoir durer depuis la veille de la Conception 7 Décembre 1429, jusqu’au lendemain de Noël de la même année.

Le Prélat et le Comte profitèrent de ce moment de calme, pour chercher des moyens d’accommodement entre les parties, et se rendirent l’un et l’autre à Metz, le lendemain de la Fête de saint Thomas de Cantorbery 30 décembre, pour y annoncer que le Duc de Lorraine avait nommé des commissaires avec plein pouvoir de finir toutes les difficultés. Ces députés étaient les Comtes de Salm, de Blamont, de Richecourt et d’Apremont. Ils s’assemblèrent le jour même, dans l’Abbaye de saint Arnoul hors des murs de la ville, et arrêtèrent qu’on relâcherait les prisonniers de part et d’autre, et que chacun demeurerait comme il était avant la guerre.

Le Comte de Salm publia cette paix le premier jour de l’an 1430, dans la chapelle de Notre-Dame de la Ronde, mais Charles ne voulut ni recevoir les prisonniers qui lui furent envoyés de Metz, ni relâcher ceux qui étaient en sa puissance.

Dans l’intervalle, Conrad de Boppart était allé à Rome avec son neveu Jacques de Sierck, pour faire valoir son élection à l’Archevêché de Trêves. Il fut fort surpis à son retour à Metz, sur la fin de juillet 1430, d’apprendre que le Duc ne voulait tenir aucune des conditions de la paix. Il se donna, de même que le Comte de Salm, tous les mouvements possibles pour obtenir l’élargissement des prisonniers, mais le Duc exigea des conditions trop dures, et ils demeurèrent à Nancy et dans les autres lieux où ils étaient gardés, jusqu’au 25 janvier 1431, jour de la mort du Duc Charles. Alors, la Duchesse Marguerite son épouse, à qui l’autorité était dévolue, les fit mettre tous en liberté.

Les Messins démolirent quand même la Basilique de Ban-Saint-Martin, et ils en employèrent les démolitions à construire la digue de Wadrineau qui n’était alors qu’un bâtardeau.

Implacable dans son ressentiment, la ville de Metz défendit, à ses habitants, de bâtir ou de réédifier aucune maison dans le faubourg de Saint-Martin, et même de prêter de l’argent aux étrangers qui voudraient s’y établir.

Et c’est ainsi que, pour une hottée de pommes, s’était allumée une guerre sanglante, où furent brûlés plusieurs villages, et qui causa la ruine d’une très ancienne abbaye et d’une église qui ne cédait en rien à la cathédrale de Metz.

Devenu faubourg de Metz, le Ban-Saint-Martin se rétablit promptement, mais les maisons en furent rasées dans le siège de 1444. Elles le furent encore en 1552, par le duc de Guise, lorsque Charles-Quint vint assiéger Metz.

Les reliques de Saint Sigisbert, qui étaient restées dans l’Eglise paroissiale du faubourg, furent données au duc Charles III par les Messins, qui les transportèrent solennellement jusqu’à Corny. Elles furent ensuite déposées dans la primatiale de Nancy. 

Le château de Louvigny (57)

Blason de LouvignyRuines du château de Louvigny

A Louvigny, petit village situé à proximité de l’aéroport Metz-Nancy-lorraine et de la gare TGV Lorraine, l’on peut voir les ruines d’un ancien château-fort.

Je vous propose de découvrir l’histoire de ce château, ainsi que celle des deux autres maisons-fortes dont il ne reste rien. Les appellations anciennes ont été conservées.

D’après les mémoires de la société d’archéologie et d’histoire de la Moselle – 1860

Louvigny, Loveney d’après les titres et les chroniques, Louyn-sur-Seille d’après Bossuet, qui en parle dans l’oraison funèbre de messire Henry de Gornay, seigneur de ce lieu, est situé à quatre lieues de Metz, et à deux ou trois portées de fusil de la rivière de Seille.

Les substructions gallo-romaines que l’on aperçoit encore aujourd’hui sur une étendue de plusieurs hectomètres à l’ouest de Louvigny, attestent l’ancienneté du village et l’emplacement différent qu’il occupait, beaucoup plus près de la rivière et des villages de Longeville et Cheminot.

Du vieux Louvigny, il ne reste aujourd’hui que l’ancien château-fort. Ses tours sont aujourd’hui dérasées presqu’au niveau des courtines, ses fossés en partie comblés, mais il commande encore les deux replis de terrain entre lesquels il est situé, et l’aspect sévère de sa masse rappelle qu’il était autrefois, un des plus forts châteaux du pays messin.

Pour arriver au château, il faut traverser une grande cour entourée de bâtiments de ferme, dont les murs extérieurs percés de meurtrières, et flanqués de tours rondes de distance en distance, servaient probablement autrefois de lices destinées à protéger contre un coup de main, la partie la plus exposée à ces sortes d’attaque, la façade de l’est dans laquelle s’ouvrait la porte principale du château.

Une fontaine supprimée depuis la révolution jaillissait au milieu de la cour du château, et alimentait les fossés larges de 47 pieds, profonds de 21, munis dans leur partie inférieure d’une épaisse couche de ciment encore intacte aujourd’hui sous les sept pieds de terre qui la recouvrent.

Un pont de trois arches, jeté sur le fossé du côté de l’est, établissait une communication entre la grande porte et la contrescarpe. Le pont-levis qui venait s’abattre sur la troisième arche a été supprimé vers 1780 sous l’avant-dernier seigneur, messire Faure de Fayolle, et remplacé par une quatrième arche.  La herse a également disparu. L’écusson en pierre qui surmonte la frise est tellement dégradé, qu’il est impossible aujourd’hui de savoir à quelles armes il est écartelé.

Autour de la cour intérieure, s’élèvent les bâtiments du château disposés en un vaste rectangle, dont les angles sont flanqués de quatre grosses tours. Trois de ces tours pouvaient être fermées à la gorge, de manière à tenir contre un ennemi qui aurait forcé l’enceinte. Leur diamètre dans oeuvre est de 4m80, l’épaisseur de leurs murailles de 1m50. Les tours, quoique dérasées, s’élèvent encore de 20 mètres au-dessus du sol du fossé qui leur sert d’assiette.

L’élévation des courtines est de 16m50 et dépasse, par conséquent, le minimum donné aux bonnes défenses pour les mettre à l’abri des échelades. Une poterne étroite, percée dans la façade de l’ouest au niveau de la contrescarpe et communiquant avec elle au moyen d’un pont aujourd’hui démoli, permettait aux gens du château de faire une diversion rapide sur les derrières de l’assiégeant attaquant le château sur tout autre point.

Ce pont, construit en bois et d’une longueur de 25 mètres, reposait sur des piles en maçonnerie, et pouvait être facilement enlevé ou détruit par les assiégés.

De plus, la muraille dans laquelle est percée la poterne, présente une épaisseur plus considérable, 2m11 et 2m60, et vis-à-vis, à la tête du pont volant, on aperçoit encore aujourd’hui un monceau de terre et de décombres, qui atteste la présence d’une barbacane destinée à défendre l’écluse et les approches du château du côté de la campagne.

La possession de l’écluse présentait en effet une certaine importance au point de vue de l’attaque et de la défense. L’écluse levée ou démolie, le fond du fossé était mis à sec et permettait au chat (*) de s’avancer librement vers la base du château, abritant les hommes d’armes qui devaient saper les murailles, placer des étançons et les enflammer ensuite.
(*)Sorte de galerie de bois couvertes de merrains, de fer et de peaux, que l’on approchait du pied des murs et qui permettaient aux assaillants de faire agir le mouton, le bosson (bélier des anciens), ou de saper les tours ou courtines au moyen de pic-hoyau, ou encore d’apporter de la terre et des fascines pour combler les fossés. (Viollet-Leduc. Architecture militaire au moyen-âge).

En avant de la tour du sud-est, on remarque une terrasse de construction récente. L’artillerie, placée sur cette terrasse, pouvait balayer la cour, prendre le pont en écharpe et battre une partie des fossés. Lorsque Monsieur de Bazelaire quitta le château en 1789, les deux pièces de canon qui s’y trouvaient alors, furent enlevées et conduites à Nancy par ordre du gouvernement.

Deux caveaux placés, l’un dans la tour sud-ouest, l’autre dans la tour nord-est, méritent de fixer l’attention du visiteur. L’un d’eux ne communique avec le reste du château ,que par une ouverture pratiquée dans la partie supérieure de sa voûte.

Cette ouverture servait tout à la fois, au dire des habitants actuels du château, à descendre les prisonniers et à leur faire parvenir la nourriture de tous les jours. Cette voûte n’a pas été étançonnée au moyen de cintres et de planches, elle a été construite sur des fragments carrés de bois disposés comme des claveaux et reposant sur des pierres entassées entre les pieds droits. Ce genre de construction était usité surtout à l’époque des Carlovingiens.

Il paraît fort difficile au premier abord de déterminer l’époque à laquelle le château a du être construit. Si l’on ne considère que la base du château, les salles fortement voûtées du rez-de-chaussée, il remonte au XIVe ou au XVe siècle. Si l’on considère, au contraire, la partie supérieure, il parait appartenir au XVIIe siècle. Les fenêtres sont larges, de construction plus récente, et l’on cherche vainement à la base des parapets qui reçoivent aujourd’hui la chute des combles, les trous percés régulièrement qui recevaient en temps de guerre les hourds et les bretèches.

La tradition heureusement conservée par les habitants s’est chargée d’expliquer cette apparente contradiction. D’après la tradition le château a été construit vers 1428, puis démoli en partie par les Suédois en 1633, en même temps que la maison-forte de Moince, située sur le ruisseau de ce nom et dépendant de Louvigny.

Après l’invasion des Suédois, les seigneurs de Louvigny rentrés en possession, (c’était alors messire de Seumeuze), en reconstruisant la partie supérieure du château, ne pouvaient conserver les dispositions anciennes qui ne se trouvaient nullement à la hauteur des nouveaux moyens d’attaque.

Les mâchicoulis et les archières disparaissent pour faire place à des fenêtres plus spacieuses, et le château reçoit à l’intérieur des dispositions plus en rapport avec sa destination nouvelle.

Cependant, telle était encore à cette époque la puissance de la tradition féodale, que les seigneurs rentrés en possession ne purent se résoudre à remplacer les hautes tours par des ouvrages bas et étendus. Pour eux, le grand donjon de pierre épais et bien fermé était toujours le signe de la force et de la domination.

Aussi le château, et c’est là une remarque générale faite par les auteurs qui traitent cette question, le château passe-t-il brusquement, dès le XVIe siècle, de la fortification du moyen-âge à la maison de plaisance.

Tout monument parle à l’esprit s’il est bien fait, il remplit la mission que son étymologie nous révèle, il fait connaître le but dans lequel il a été créé, et par conséquent l’esprit et le caractère de l’époque qui lui a donné la vie.

Celui-ci nous parle de féodalité et ses grosses tours, qui semblent prendre à témoin les siècles dont elles portent l’empreinte, affirment l’existence de races batailleuses et nous inspirent en même temps le désir de connaître leur histoire aujourd’hui presque totalement effacée de la mémoire des habitants. Grâce au bienveillant concours de plusieurs de nos confrères, j’ai pu recueillir quelques fragments de cette histoire.

Au commencement du XIVe siècle et avant 1315, la seigneurie de Louvigny mouvait du fief d’Édouard, comte de Bar. Le comte de Salm, dont le domaine était peu éloigné des terres de l’abbaye de Senones, avait la moitié de la seigneurie et l’une des trois maisons-fortes.

L’autre moitié et les deux maisons fortes, dont l’une s’appelait le Saulvage, l’autre le Gouyet, appartenaient à messire Arnould le Sauvage de Louvigny. Cette moitié de la seigneurie, ayant été aliénée sans le gré du suzerain, devait lui faire retour d’après le droit et la coutume.

Toutefois, par lettres cancellées datées de mai 1315, lundi après la Trinité, le comte de Bar, tout en constatant son droit, consent à transporter ses droits à Arnould écuyer, fils de Arnould le Sauvage, et à ses hoirs, retenant toutefois le fief que le comte de Salm possédait à Louvigny.

Cette division de la seigneurie en deux parties, explique le grand nombre de seigneurs de Louvigny dont il est fait mention dans les titres de Lorraine.

Ainsi, de 1315 à 1396, nous les voyons se succéder à des dates fort rapprochées : Jacquemin le Gournay – Isabelle, veuve de Geoffroy le Mosellain – Collignon de Xiel, citain de Metz – Nicolas Mouretel de Metz.

En 1306, Regnault de Bar avait donné les dîmes de Louvigny à l’abbaye de Saint-Symphorien pour les soins à donner aux infirmes et aux malades. Jacques Ier était alors abbé de Saint-Symphorien, et les lettres de cette donation sont de la troisième série après le dimanche de Lœtare de l’année 1366.

Un acte déposé aux archives de Louvigny contient le détail de ces dîmes et des droits du seigneur. En 1787, les deux tiers seulement de la dîme appartenaient à l’abbaye, l’autre tiers était au curé du village.

L’an 1387, le bienheureux Pierre de Luxembourg, évêque de Metz, voulait prendre possession de son siège, et son frère, le comte de Saint-Pol appuyait ces prétentions à la tête d’une armée.

Le jour de Saint-Benoît 1387, le comte de Saint-Pol ayant pris d’assaut deux des fortes maisons de Louvigny, la garnison de la troisième, qui appartenait au seigneur Nicolle Martez, eut grand’peur, dit la chronique, et il fut décidé que le commandant de la garnison, Philippe de Chamenat, traversant les lignes ennemies à la faveur de l’obscurité, irait demander des secours au seigneur du château.

Philippe partit, après avoir juré « sur les saincts en la chapelle de céans, de revenir à Loveney la nuit ensuyvant à quelqu’heure que ce fût ». Mais « il en mentit sa foi », car ni les menaces ni les prières ne purent le décider à se mettre à la tête des hommes d’armes que le seigneur envoyait au secours des assiégés, « ainsi lui répondit tout plat qu’il ne vollait perdre son corps, ni ses biens pour garder sa maison. De quoy ledit seigneur oyant la réponse cuydait mourir de deuil et enraigier d’ire et de courroux ».

Cependant Jehan Corbel, qui commandait en l’absence de Philippe, voyant que le secours n’arrivait point, s’était rendu à condition que lui et la garnison auraient la vie sauve.

« Adonc fut ordonné par le conseil que Philippe de Chamenat, par son desmérite, serait banni de Metz et de toute l’Éveschié d’icelle pour soixante-un ans, et paierait d’amende la somme de 200 livres de metsain, affin que les autres y prinssent exemple ».

Le comte de Saint-Polz demandait 12 000 livres pour rançon des trois forteresses et de la garnison de Louvigny. Sur le refus du conseil et des paraiges réunis pour délibérer à cet effet, il fit mettre le feu aux trois maisons-fortes et partit, emmenant avec lui 90 prisonniers de Louvigny.

En 1411, il y avait à Louvigny trois seigneurs et trois bans :
- le ban Moëllain et la maison-forte située devant l’église appartenaient à Jehan Drouin chevalier.
- l
e ban Bazin et toute la forteresse à Jean Dieu Amy, chevalier.
- l
e ban le Sauvage et la forte maison du même nom à sieur Jehan Drouin et à sieur Jean Geoffroy de Nancy.

En 1444, Renaud le Gournay étant seigneur de Louvigny, le château (il s’agit du château actuel) et la maison-forte qui lui appartenaient furent assiégés par les troupes de Charles VII, roi de France, et de René Ier d’Anjou, duc de Bar.

Le château paraissait devoir faire une assez longue résistance, mais il tomba, ainsi que la maison-forte, entre les mains des assiégeants par la trahison du châtelain, qui préposé par Renaud le Gournay à la défense de la place, en livra lui-même les portes à l’insu des soldoyeurs.

Le châtelain était un nommé Le Harlay, maire de Cheminot qui, après avoir trahi la confiance de son maître, prit parti pour les Lorrains, et Louvigny fut occupé par 66 chevaux du corps d’armée de Robert de Floque.

La position de Louvigny entre le pays messin et le duché de Lorraine l’exposait à des attaques continuelles, soit du côté des Messins, soit du côté des Lorrains. On ne savait même plus, à la fin du XVe siècle, à qui les habitants devaient payer l’impôt.

Ainsi le 1er août 1486, les Lorrains voulaient lever 30 gros par habitant, et en 1493 un florin du Rhin sur le village de Louvigny. Malgré l’opposition des Messins, ils firent prendre des otages pour forcer les habitants de Louvigny à lui payer l’impôt.

Le 5 mars 1489, les Lorrains voulurent assiéger le château de Louvigny, et ils y étaient environ 600 chevaux mais en apprenant « que ceux de Metz estoient dehors, ils eurent telle paour que bien haitivement ils s’enfuyont. Et quant ceux qui étoient dedans Loveney virent bien, ils yssont dehors et frappont sur la cowe et en tuont deux et en prinrent trois prisonniers et les menèrent dedans le dit chastel de Loveney ».

Le 23 mars 1490, le duc Réné II, voulant réparer cet échec, vint, à la tête de 1 300 chevaux et de 6 000 hommes de pied, mettre le siège devant le château de Louvigny. Le lendemain, 200 cavaliers et 200 piétons qui étaient sortis de Metz pour faire lever le siège, se retirèrent en voyant la supériorité des forces du duc. La garnison de Louvigny, privée de secours, se rendit au duc, qui était en personne au siège, et fut emmenée prisonnière à Pont-à-Mousson.

Tous les biens renfermés dans le château tombèrent au pouvoir de l’ennemi « lesquels valoient bien 600 fr ».

Les garnisons de Verny et de plusieurs autres places de la ville de Metz, apprenant que Louvigny était rendu « pourtant que c’était une forte place », se retirent sans coup férir pour se réfugier à Metz. Les Messins tirèrent une vengeance éclatante de cet échec. Après trois ans de revers et de défaites, Réné fut contraint de demander la paix. D’après M. Viville, Réné II fit pendre aux crénaux et noyer dans la Seille toute la garnison du château.

Les chroniques recueillies par M. Huguenin semblent absoudre Réné au moins en partie de cette accusation de cruauté. « A la fin du mois de juillet 1490, quatorze hommes d’armes de Louvigny qui avaient été faits prisonniers lors de la prise du château, s’échappent des prisons de Nancy, après avoir arraché la serrure de leur prison, en se recommandant à la sainte Vierge, et déposent cette serrure dans la chapelle de N.-D. La Ronde (aujourd’hui la chapelle du Mont-Carmel) et y est encore ».

De 1537 à 1586, quatre seigneurs se succèdent dans la seigneurie de Louvigny : Christophe Vorgiereux, seigneur de Corny (1537), Marguerite d’Escli (1549), Catherine La Hanay (1561), Thiébaul de Gournay (1586).

En 1590, la ville de Metz avait déclaré la guerre au duc de Lorraine Charles III, pour le service de la maison de Bourbon. Après la victoire de Bouxières, remportée le 25 février, les Messins allèrent assiéger le château de Louvigny, où commandait messire de Seumeuze, gentilhomme lorrain. Le château se rendit sans résistance le 28 février, et reçut une garnison messine.

Dans la même année, le duc revint, avec de grandes forces, assiéger Louvigny. Les Messins se défendirent jusqu’à l’extrémité, furent pris d’assaut et tous pendus à des arbres, leur commandant en tête.

En 1592, Louvigny dépendait encore de la Lorraine. Les Messins ayant voulu les imposer, les habitants exposent au maître-échevin, qu’ils sont tenus de payer des impôts à son altesse le duc de Lorraine, qu’ils ont voulu refuser l’impôt, mais que les agents du duc ont enlevé des otages et que ces otages sont encore prisonniers à Pont-à-Mousson.

Le 16 septembre 1604, en exécution du traité de Nomeny conclu entre les Lorrains et les Messins, Louvigny est rendu à ces derniers et fait désormais partie du territoire messin.

Au commencement du XVe siècle, messire Henri de Gornay avait une part dans la seigneurie de Louvigny. Bossuet a prononcé son oraison funèbre, il le fait descendre de saint Livier, martyr, qui vivait vers l’an 400. En 1635, la part de messire de Seumeuze passa à ses cinq enfants et resta dans cette famille jusqu’en 1720.

En 1720, la seigneurie tout entière fut achetée par messire Faure de Fayole, écuyer de son altesse le duc de Berry, lieutenant-général d’artillerie. Il était marié à dame Elisabeth d’Andlau. Puis elle est passée à Joseph Faure de Fayole, écuyer, avocat général au parlement de Metz, qui est devenu seigneur haut moyen et bas justicier sans part d’autrui de la terre et seigneurie patrimoniale de Louvigny.

Messire Joseph Faure de Fayole était fort aimé à Louvigny, et les pièces déposées aux archives de la commune confirment les souvenirs qu’il a laissés dans la mémoire des habitants. Les habitants sont heureux, disent-ils, d’avoir pour seigneur le respectable et bienfaisant messire de Fayole.

Le 20 septembre 1769, Marc-Sigisbert-Antoine de Bazelaire, seigneur de Saulcy, chevalier, conseiller à la cour souveraine de Lorraine et Barrois, épousa Marie-Catherine Faure de Fayole, fille de messire de Fayole. Par testament olographe du 16 novembre 1789, ce dernier laissa à sa fille la seigneurie de Louvigny, et en cas de son prédécès, la jouissance de cette seigneurie à son gendre Marc-Sigisbert de Bazelaire.

Marie-Catherine de Fayole mourut en décembre 1789, et son père en 1792. Marc-Sigisbert-Antoine de Bazelaire fut institué dans la jouissance. Mais vint la révolution.

Sur ses cinq enfants, trois émigrérent : Marie-Charles, Marie-Maximilien, et Joseph de Bazelaire de Bamont. Deux parts dans l’héritage de Louvigny furent vendues nationalement, et l’on ne respecta que les parts de Louis et de Thérèse de Bazelaire alors mineurs. M. de Bazelaire, le dernier seigneur de Louvigny est mort en 1827.

Les armes des Fayole sont « de gueule à une roue d’or accompagnée de trois roses d’argent ».

Les armes des Bazelaire portent « d’argent à trois flèches de gueules, posées deux en sautoir, l’autre en pal, liées d’un lacs de sable au chef d’azur chargé de trois étoiles d’argent, et pour cimier une flèche de gueules surmontée d’une étoile d’or ».

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