Les ruines du château de Sarreguemines (57)

Blason de SarregueminesRuines du château de SarregueminesPlan de la ville et du château de Sarreguemines en 1749

 

De l’ancien château et de la fortification de Sarreguemines, ne subsistent que l’ancienne porte principale d’entrée et la grosse tour attenante. La plus grosse partie des constructions et fortifications de l’ancien château ont été ruinées lors du percement du tunnel de la ligne de chemin de fer entre Sarreguemines et Béning en 1865.

Je vous propose parcourir Sarreguemines à l’heure de la splendeur de son château.

La photo de l’ancienne porte principale du château est publiée avec l’aimable autorisation de Muriel Frey.

D’après un article paru dans « L’annuaire de la société d’histoire et d’archéologie lorraine » en 1901

La ville de Sarreguemines est bâtie sur un mamelon, ou éperon, regardant le nord-est, dont le pied est contourné par une boucle de la rivière.

La forme de la fortification est celle d’un polygone irrégulier, qui représente assez la forme d’un coléoptère, dont la tête serait placée sur la partie haute du mamelon qui domine la ville, et la partie inférieure vers le confluent de la Sarre et de la Bliese.

Guémonde semblait, par sa position géographique, destinée à être fortifiée, d’autant plus qu’elle commandait la route qui de la Lombardie se dirigeait par l’Alsace en Hollande.

La ville elle-même n’était traversée que par une route principale allant de la Porte de France à celle d’Allemagne, en passant par la rue d’Or (Goldstrasse). Le château ne communiquait avec la ville que par une poterne, des escaliers, et par une forte rampe conduisant d’abord au palais municipal. On arrivait ensuite à une place centrale (postérieure à 1634), et enfin aux deux tours de la rue des grenouilles (Frœschengasse) située au confluent des deux rivières.

Le château occupait le point culminant de la partie fortifiée, à la cote de 240 mètres au dessus du niveau de la mer. Les tours de la rue des grenouilles étant à celle de 205 mètres.

De la porte du château aux tours de la rue des grenouilles, la distance était de 500 mètres. Elle était de 250 mètres entre les portes d’Allemagne et de France.

A la porte principale placée du côté de Puttelange, se trouvait accolée une grosse tour, à gauche, en entrant dans le château. Cette tour défendait la porte, ainsi que le haut du fossé menant à la porte de France (remplacé par la rue des Espagnols – Spagnolberg). Un pont-levis précédait cette entrée du château couverte par un porche construit en pierres de taille et munie d’une herse mobile. Le même fossé était défendu à gauche par une deuxième tour.

Du côté droit de la porte, une autre tour commandait le fossé donnant sur le haut de la route de Puttelange.

Trois tours protégeaient donc la cour du château. Elle était fermée par une ceinture de solides murailles de 1,80 mètre d’épaisseur, et renfermait à gauche, dans le haut, les casernes de la garnison. Dans le bas, était la plate-forme de l’artillerie, terminée à droite par un bastion carré dominant la ville, la chapelle castrale, ainsi que la route de Puttelange. La partie gauche de la cour contenait les écuries et les logements, resconstruits en 1680 sous Louis XIV, pendant l’occupation française (1676 – 1697).

On descendait du château vers la ville par une poterne avec pont-levis et des escaliers. Le mur d’enceinte, côté gauche de cette poterne, était défendu par une construction regardant la ville qu’elle défendait. Une tour, s’élevait dans le milieu de la façade garnie de meurtrières, formant ainsi un réduit abrité pour les tireurs. Cette partie regardant la ville, avait été construite de 1590 à 1600, lorsque Jacob Bertrand était capitaine du château et receveur.

Ainsi le château pouvait, à la fois, défendre la ville et la combattre.

La fortification de la ville, était donc protégée au sud, par le château, et se composait d’un mur d’enceinte continu, défendu par dix grosses tours rondes faisant saillie à l’extérieur, et semblables à celles du château.

Du côté de la route de Puttelange à la Sarre, la ville n’y avait qu’une sortie : la porte d’Allemagne, défendue autrefois par deux grosses tours demi-rondes.

Trois tours défendaient ensuite, la section du mur allant du château à la porte d’Allemagne. La première, voisine du château, a disparu lors de la construction des casernes. La seconde existe encore. La troisième, près de la porte d’Allemagne, a été rasée en 1764. Ses fondations se trouvent sous l’entrée du chœur de l’église paroissiale St-Nicolas actuelle.

En descendant vers la Sarre, au-delà de la porte, on rencontre la quatrième tour, dans l’arrière partie de la maison Eberlin, près de l’angle des rues Utzscheider et du Moulin. La cinquième est d’un côté de la rue des grenouilles, la sixième de l’autre côté de la même rue. Ces deux tours sont donc en face du confluent de la Sarre et de la Bliese.

En continuant vers la porte de France, on rencontre la septième tour encore bien conservée dans la propriété de M. Ed. Jaunez. La huitième se trouve dans le chemin dit aujourd’hui Ringmauer (chemin de ronde). Entre cette huitième tour et la neuvième, était placée la porte de France, construite sur le modèle de celle d’Allemagne. Au-delà, était la dixième tour, à égale distance de la neuvième et du mur du château.

Le côté de la porte de France au château était ainsi protégé par les neuvième et dixième tours commandant le fossé (aujourd’hui rue des Espagnols, comme il est dit plus haut). Les deux portes de la ville n’étaient fermées que pendant la nuit.

L’autorisation de démolir la porte d’Allemagne fut donnée en 1780, celle pour la porte de France, l’année suivante. La porte du moulin fut supprimée en 1793, elle n’avait jamais été livrée au public, ayant toujours été réservée à la défense.

L’origine du château n’est point connue, on ne sait ni à quelle date, ni par qui il fut construit. Mais comme il est le seul château qui se trouvait dans l’ancien domaine de Sarreguemines, il est plus que probable que nous devons le considérer comme un point de défense élevé par les anciens voués de l’abbaye de St-Denis, à qui appartinrent, de 777 à 1125, les terres qui devaient former dans la suite, la châtellenie de Sarreguemines. Sa construction première doit remonter assez haut, et ce n’est point se mettre en contradiction avec les faits connus, que d’en placer la date dans le cours du Xe siècle.

Entré en 1125 en possession des comtes de Spanheim-Morsberg, par échange, il se trouvait un siècle plus tard entre les mains des ducs de Limbourg et des différentes branches de la famille de Sarrebruck.

Dans le courant du XIIIe siècle, il fut acquis par la Lorraine qui le donna comme bien dotal à Marguerite de Lorraine. Cette dernière l’apporta à la maison de Chiny, d’où il revint définitvement en 1335, au duché de Lorraine.

Dans la charte de privilège de la ville de Sarreguemines, renouvelée après l’incendie de 1380, par le duc Jean Ier de Lorraine, on voit que les habitants étaient tenus, d’ancienneté, d’entretenir les murailles, tours et fossés de la ville. Ceux du château étaient entretenus par le domaine, et par les corvéables de la seigneurie.

Elevés en châtellenie du duché, le château et la ville furent pris par les troupes de Charles-le-Téméraire vers 1477.

Souvent engagé avec le domaine sous forme d’hypothèque, avec faculté de rachat, le château tomba en 1634, sur l’ordre de Richelieu, sous la pioche des démolisseurs. La ville elle-même, fut plusieurs fois prise, ruinée et démolie en partie, pendant les guerres du XVIIe siècle.

Dès 1680, Louis XIV maitre de la Lorraine, fit restaurer le château, qui servit dès lors, successivement, d’habitation aux commandants militaires, comme il avait servi autrefois de demeure aux châtelains officiers de Gemunde et receveurs du domaine ducal.

En 1713, le château reçut encore dans de nouveaux bâtiments, une compagnie des Gardes-à-pied du duc Léopold, puis divers corps de troupes jusqu’à la construction des casernes (1784) placées en dehors des fortifications.

Après la révolution, l’An VIII (1798-1799), on y logea la gendarmerie qui se trouvait précédemment au château de Chamborant.

En 1825, on édifia à côté de la gendarmerie la prison des hommes, et en 1840, celle des femmes. Cet état de choses dura jusqu’en 1876. Le département de la Lorraine vendit le 2 août la partie du château contenant la gendarmerie, pour la somme de 14 200 Marks.

Enfin, le tunnel du chemin de fer de Béning ayant ruiné les bâtiments et murs de l’ancien château, l’administration du chemin de fer de l’état a racheté l’ancienne gendarmerie et les prisons pour les démolir.

A cette heure, il ne reste que la porte d’entrée du château avec sa tour regardant la rue des Espagnols.

Quant aux fortifications de la ville, dès 1723, les ponts-levis furent remplacés par des ponts fixes en maçonnerie. On arma la ville, et on répara les fortifications en 1744, lors de la succession d’Autriche. En 1758, l’enceinte fut englobée dans les nouvelles constructions du côté Est, ce qui permit à la ville de se développer par la création de faubourgs.

Quant à la portion de fortification partant du château à la rivière, et faisant face à Welferding, elle fut supprimée successivement.


Archives pour la catégorie La Moselle d’Antan

La guerre des quatre seigneurs contre la cité de Metz en 1324

Blason de Metz 

 

Voici un épisode de l’histoire de la ville de Metz, et en même temps, de celle du duché de Lorraine, du duché de Bar et du duché du Luxembourg.

Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après les bulletins de la commission royale d’histoire de Bruxelles – Année 1839
et la monographie « Metz, cité épiscopale et impériale » de H. Klipffel – Année 1867

 

Une ligue se forma contre les Messins entre Jean de Bohême, comte de Luxembourg, Baudoin l’archevêque de Trêves, Ferri le duc de Lorraine et Edouard le comte de Bar, auxquels se joignit plus tard l’evêque de Metz, Henri Dauphin (août et novembre 1324).

Ils promettent d’attaquer la cité de tout leur pouvoir. L’archevêque s’engage à fournir 300 hommes, Jean de Bohême 700, Ferri de Lorraine 500, ainsi que le comte de Bar 500 hommes à cheval, et chacun autant de fantassins qu’il pourra. L’archevêque seul ne sera pas tenu d’amener de la piétaille, chacun s’armera et vivra à ses frais. Les profits seront moitié pour l’archevêque et le roi, et moitié pour le duc et le comte. Ils s’engagent de plus à ne faire d’alliance partielle ni de trêve avec les bourgeois de Metz, que dans des cas prévus et aux conditions énoncées. C’était la jalousie qui armait ces princes contre Metz, car la prospérité de la cité grandissait de jour en jour, malgré les récents malheurs.

« Alors estoit ceste cité de Mets de grant renommée et puissance, et y abordaient et venaient habiter des pays circonvoisins gens cleres, gentilzhommes, bourgeois, marchans, pauvres et riches, et y abondait grosse marchandise pour la franchise et la liberté de la cité et pour les grandes richesses qu’avaient alors ceulx de Mets, ils estoient craints et doubtés et en la hayne et envie de leurs voisins ».

Les seigneurs voisins se trouvaient, en effet, pour la plupart, débiteurs des bourgeois de Metz. Ils espéraient, en leur cherchant querelle, obtenir décharge des sommes empruntées.

Quant au roi Jean de Bohême et à ceux qui se confédérèrent avec lui à Remich contre la cité, les uns et les autres mettaient en oubli les services reçus de cette dernière. Le père du roi de Bohême et de l’archevêque de Trêves, Henri de Luxembourg, avait naguère obtenu des bourgeois de Metz 50 000 livres de petits tournois qui lui servirent à se faire nommer roi des Romains et couronner empereur. Le comte Edouard de Bar, récemment attaqué par l’évêque de Verdun, avait vu les Messins le secourir de leur argent et de leurs troupes. Le duc de Lorraine, enfin, fait prisonnier dans une guerre contre l’empereur Louis de Bavière, avait dû sa liberté à une rançon en partie payée par les Messins. Ainsi rendait-on à ces derniers le mal pour le bien.

Les chroniqueurs messins ont raconté longuement cette guerre de 1324. On sent qu’ils sont fiers, pour leur pays, de sa belle résistance aux injustes prétentions des quatre seigneurs.

La cité était d’ailleurs bien préparée à soutenir l’attaque qui la menaçait. Son gouvernement, vigoureusement organisé, lui inspirait, à bon droit, beaucoup de confiance.

A l’approche de l’orage, elle le renforça encore en remettant la direction suprême de la guerre à un comité de sept seigneurs des Paraiges, qu’on appela les Sept de la guerre. On les investissait des pouvoirs les plus étendus, il leur était seulement interdit d’établir de nouvelles tailles.

Les portes avec les tours des remparts furent mises en état de défense et garnies de pierriers et d’artillerie. Les gens des villages voisins firent entrer dans la ville leurs grains, leurs fourrages, et au dernier moment s’y réfugièrent eux-mêmes avec tout ce qu’ils pouvaient emporter de leur avoir. Le comte de Sarrebruck, le sire de Bitche, le Rhingrave et plusieurs autres capitaines se mirent à la solde de la cité avec environ sept cents hommes à cheval. La milice bourgeoise comptait également huit cents cavaliers sans les piétons, « tous gens de fait » disent les chroniques.

La guerre, en effet, paraissait inévitable. Trois conférences avaient été tenues, mais c’est en vain que les Messins offraient de s’en remettre à l’arbitrage de la diète de l’Empire, du pape ou du roi de France. On ne put s’entendre.

A la journée de Thionville, qui était la seconde, le roi de Bohême avait dit aux Messins : « On prétend que vous avez fait faire ung estendairt que faietes mener sur ung chair par buefz. Si l’amenez à l’assemblée que ferons, je vous dis que j’aurai des buefz la meilleure partie ».
« Sire roy, avait répondu un des envoyés de Metz, ceulx de Mets ont paié les buefz et deffraié et les bouchiers ont aguise leurs cousteaulx pour les garder et tuer. Si vous les vollez avoir, c’est bien raison que vous saichiez avant que leurs cousteaulx sceivent faire ».

Une autre scène, curieuse comme trait de mœurs féodales, s’était passée avant l’ouverture des hostilités. Un patricien de Metz, du paraige de Jurue, Jean de la Court, était vassal du comte de Bar, un des seigneurs ligués. A la dernière conférence de Pont-à-Mousson, s’adressant au comte, en présence d’un grand nombre d’assistants, il l’adjura de dire s’il ne l’avait pas toujours servi comme un fidèle vassal. Le comte ayant attesté qu’il le tenait pour homme d’honneur et sans reproche, Jean de la Court reprenant la parole : « Ce que j’ai dit, monseigneur, je le dis pour tant que je suis votre homme féodal et suis de vostre hostel et ai été de vostre conseil, à vos gaiges et à vos robes. Présentement nous partons d’icy sans rien faire, puelt estre demain serons de guerre ensemble les ungs contre les aultres. Je me veulx départir de vous par honneur. Pour ceste fois vousrends vos gaiges et renonce à vos robes à saines mains en vous remerciant, protestant que veulx demeurer vostre humble vassal, en gardant et sauvant le vostre et le mien et à Dieu vous commande ».

Les tentatives de réconciliation ayant toutes échoué, les troupes du roi de Bohême et du comte de Bar ouvrirent les hostilités par d’effroyables ravages dans la vallée de la Moselle. Un grand nombre de bourgs comme Hauconcourt, Aleizy, Arcancy, Antilly furent livrés aux flammes et leurs habitants cruellement foulés. Renforcés ensuite par l’archevêque de Trêves, les deux seigneurs vinrent jusqu’à Grimont et tentèrent, mais vainement, de s’emparer de Saint-Julien. Tous leurs assauts furent repoussés.

D’un autre côté, les ennemis s’avancèrent par Moulins jusqu’au Genestroy ou gibet de la cité. Mais ils durent se contenter d’y pendre en effigie, les magistrats de la cité, et, après avoir démoli le gibet, ils furent forcés à la retraite.

Les Messins ne se renfermaient pas derrière leurs murailles. Par de fréquentes sorties, ils enlevaient à l’ennemi une partie de son butin et l’empêchaient de menacer la ville de trop près. C’étaient le comte de Sarrebruck, le sire de Bitche et un Messin, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, Jacques Grongnat, qui dirigeaient ordinairement les sorties. Des gens du peuple s’y distinguèrent, comme ce cordonnier qui, avec dix de ses compagnons, repoussa un jour les ennemis de la porte Patar.

L’artillerie joua dans cette guerre un grand rôle du côté des Messins. Ils purent même, comme diversion, attaquer la forte place de Sampigny, près de Saint-Mihiel, sans néanmoins réussir à l’emporter, une trahison ayant fait, après onze semaines de siège, échouer l’entreprise. Les seigneurs ligués retirèrent leurs troupes de devant Metz au mois d’octobre 1324, et les Sept de la guerre, pour ne pas être pris au dépourvu par une nouvelle attaque, se hatèrent de réparer les dommages causés aux fortifications de la ville, et de les compléter en faisant détruire les jardins et manoirs, depuis le ruit des Pucelles en la vigne jusqu’à la porte Chambière. Les biens de la cité ou de l’hôpital devaient servir à indemniser les possesseurs pour ce patriotique sacrifice. L’ennemi ne vint plus, comme précédemment, insulter les murs mêmes de la ville, mais les ravages réciproques des quatre seigneurs sur les terres des Messins et des Messins sur le Barrois, la Lorraine et le Luxembourg devaient continuer longtemps encore.Cependant, l’évêque Henri Dauphin avait abandonné ses confédérés pour se rapprocher des Messins qui lui promettaient la suppression des prudhommes et renonçaient sur les gens d’église à une juridiction toujours contestée par les évêques (traité du 51 mars 1325). Mais après avoir reçu des bourgeois 15 000 livres de petits tournois, au lieu de s’employer à ménager une réconciliation entre eux et leurs ennemis, il alla à Avignon résigner son évêché entre les mains du pape Jean XXII, puis dans le Dauphiné et ne tarda pas à périr dans un combat contre le duc de Savoie.

Henri Dauphin était le frère du dauphin du Viennois Humbert II, qui se trouvant sans héritier abandonnera un jour le Dauphiné à la couronne de France. Le successeur d’Henri Dauphin, Louis de Poitiers, pendant son court épiscopat (1325-1328) comprit mieux ses devoirs de pasteur de l’Église messine. Il ne tint pas à lui que la paix ne fût rendue à la cité.

Par ses instances, une journée se tint entre les quatre seigneurs et les Messins au Pont-à-Mousson. Mais l’exagération des demandes des princes ligués devait nécessairement les faire rejeter : ils réclamaient en effet une indemnité de guerre de 100 000 livres messines, et prétendaient exiger des Messins la suppression des amans (écrits sur parchemins), comme d’un office contre droit et coutume et con ne fait en nulz lieux du monde.

Les courses recommencèrent ainsi de part et d’autre, et continuèrent pendant toute l’année 1325.

Cependant, la lassitude gagnait les seigneurs confédérés, lorsqu’un coup frappé par les Messins sur les terres du comte de Bar, et un stratagème employé à propos, hâtèrent la conclusion de la paix.

L’honneur de la dernière chevauchée revint au vaillant Jean de la Court. A la veille de se rendre au Pont-à-Mousson pour y conférer de nouveau avec les adversaires de la cité, il réunit sur la cité de Froymont, 1 400 hommes tant cavaliers que fantassins, et bientôt les flammes s’élevèrent de toutes parts des villages incendiés du Barrois.

Le comte de Bar accourut sur les murs du pont et montrant ces fumières au roi de Bohème et à l’archevêque de Trêves : « Advisez, leur dit-il, quant vous serez en Bohème et vous, archevesque, quant vous serez sur le Rin, en queil point ceulx de Mets me gouverneront, quant en vostre présence, véez ce qu’ilz font. Pourtant j’ay besoing de la paix et fault que paix se faisse de ceste guerre : car je vous en prie et requiers, je ne le polroie plus endurer ».

Jean de la Court et les envoyés de Metz ne tardèrent pas à arriver, et les médiateurs les ayant trouvés à table, se récrièrent de les voir manger des harengs frais qu’ils avaient apportés dans leurs bagages, tandis qu’eux-mêmes ne s’en pouvaient procurer. « Vous euydez tenir les chemins et le pays cloz pour nous, mais nous les tenons cloz pour vous », leur dirent les Messins enchantés du succès de leur ruse, et ils leur firent présent d’une centaine de harengs pour les porter aux princes. De quoi ceux-ci émerveillés et marris en même temps de l’inutilité de leurs efforts contre Metz, s’empressèrent de consentir à la paix.

Les conditions toutefois en furent assez onéreuses pour Metz. La cité ne réclamait rien pour les dommages que l’agression des quatre seigneurs lui avait causés, ses habitants ne devaient plus désormais acquérir de fiefs dans les domaines de ces derniers sans leur agrément, et pour ceux qu’ils tenaient déjà, ils promettaient de remplir exactement les devoirs féodaux. On s’engageait des deux parts à ne point donner asile aux malfaiteurs, à se les livrer réciproquement et à protéger les marchands.

Les différends qui pouvaient survenir, devaient être jugés selon la coutume d’Estault (3 mars 1326).

Les ruines du château de Châteauvoué (57)

Blason de ChateauvouéRuines du château de ChâteauvouéCarte de ChâteauvouéRuines du château de Châteauvoué

Du château de Châteauvoué, il ne reste que d’imposantes ruines. Je vous propose de remonter le temps, et de découvrir l’histoire et la description cette demeure seigneuriale.

Les appellations anciennes ont été respectées.

 

 

D’après un article paru dans le « Journal de la Société d’archéologie et du Comité du Musée lorrain »
Année 1895

C’est en 966, dans la charte de fondation de l’abbaye de Vergaville, que Châteauvoué apparaît pour la première fois. D’un beau mot latin, on l’appelle Castellum, dénomination qui lui est venue sans doute d’un château ou emplacement fortifié. On ne sait, absolument rien de positif, faute de documents, sur ce qu’aurait été ce premier château.

Hincmar, nous dit cette charte, possédait des biens à Castellum, consistant en vignes, forêts, moulin, église et chapelle. Ces biens furent donnés vers 930 en dot par Hincmar à sa parente Betta, femme du comte Sigeric.

Betta accepta les biens d’Hincmar et, de concert avec son mari, elle les donna à l’abbaye qu’elle fondait à Vergaville, l’abbaye des dames Bénédictines. Et Sigeric a soin de dire qu’il leur remet en toute propriété « tous les biens susdits de Castellum, de Zuzelinga (Sotzeling), etc. des trois comtés de Destry, de Sarrebourg et de Mortagne pour qu’elles les aient, les tiennent, les possèdent en droit perpétuel, les cultivent et fassent valoir, et qu’elles constituent selon leur bon plaisir dans les dites possessions leurs ministériaux, c’est-à-dire un régisseur, un échevin de justice et autres officiers, à condition cependant, que ledit bien soit à jamais sous la tutelle de notre descendance légitime. Nous le confions à notre fils Déoderic et à ses héritiers, leur défendant d’en rien distraire, enlever ou aliéner ».

Hincmar et Sigeric étaient donc certainement au Xe siècle, seigneurs de Châteauvoué et du village voisin Sotzeling, aujourd’hui annexe de Châteauvoué, et le château, si château il y avait, pouvait bien leur appartenir.

De plus, le défenseur ou protecteur de tous ces biens, le voué en un mot, c’est Sigeric. Après lui, c’est son fils Déoderic ou Théodoric, et, après son fils, ses héritiers. On peut donc penser qu’un héritier de Sigeric fit construire « lai for maison de Chaistel voiet » (charte 1342) pour y installer un voué. Dès lors Castellum s’appela Châteauvoué.

Et à quelle date fut fondée la vouerie et fut construit le château-fort ? Il est impossible actuellement de le préciser d’une façon certaine.

Les traditions de Vergaville et les opinions des historiens sont d’accord pour dire que c’est la famille de Salm qui a fourni tous les voués des abbayes de Vergaville et de Salival. Or, on pense que Sigeric et Théodoric sont les ancêtres des Salm. La fondation de l’abbaye de Salival au milieu du XIIe siècle est due à la générosité de Mathilde de Hombourg, épouse d’Arnoux que l’on croit comte de Salm.

Par là, les comtes de Salm devenaient les protecteurs naturels des deux abbayes de Vergaville et de Salival, et Châteauvoué qui est placé entre les deux, à égale distance de l’une et de l’autre, était tout indiqué pour y établir une vouerie également disposée pour défendre les deux monastères.

On a trouvé dans l’église de Salival les inscriptions de plusieurs comtes de Salm, entre autres, d’Henri comte de Salm, mort en 1292, de Jean de Salm, chevalier, mort le 10 novembre 1313.

Nous pensons que c’est à l’époque de la fondation de l’abbaye des Prémontrés de Salival, que fut construit le château de Châteauvoué. D’après le style et l’ensemble, nous croyons pouvoir lui assigner cette date.

La description du château nous est fournie par le plan cadastral de la commune de Châteauvoué, et surtout par Toepfer, l’auteur du Cartulaire de la maison d’Hunolstein.

Le château domine les plaines du nord, du sud et de l’ouest, la plaine de l’ouest surtout qui s’étend fertile et verdoyante jusqu’à Château-Salins. A l’est, la vue suit le coteau de Châteauvoué et s’arrête au point où il se rattache à la chaîne des collines qui délimitent les deux bassins de la Seille et de la Sarre.

Il n’en faut pas davantage pour prouver que c’est là un point stratégique important. Aussi, le duc de Lorraine s’en est-il servi fort à propos pendant la guerre de Trente-Ans contre le général de Grancey.

Un fossé large et profond, creusé de mains d’hommes, entoure le vieux chastel. Sur le fossé, est jeté un pont-levis donnant entrée dans la cour intérieure. Cette cour forme un double trapèze.

Le grand trapèze, désignant la cour proprement dite, a trente-sept pas du côté Est, vingt-huit pas des trois autres côtés. Chacun de ces trois côtés égaux est marqué par de solides corps de bâtiment servant d’habitation aux seigneurs. Les quatre angles de ce grand trapèze sont occupés chacun par une forte tour ronde.

Le petit trapèze est ce qu’on pourrait appeler l’avant-cour. Il est placé du côté Est et ses deux lignes non parallèles sont constituées par les épaisses murailles, qui en se rapprochant finissent par former la grande porte d’entrée. De chaque côté de cette porte, se trouve une tourelle destinée à la fois à la protéger et à l’orner.

Le contour de la forteresse est donc considérable : l’épaisseur des murailles est en proportion, puisque les murs des quatre tours sont épais de dix pieds lorrains, soit de deux mètres quatre-vingt-cinq.

Cette immense construction est d’une architecture simple, mais solide. Les gros moellons et les pierres de taille viennent des carrières du pays. Quant au mortier, il est extrêmement résistant et en tous points comparable au mortier des Romains. Il est vrai qu’il y a dans la région une argile qui a servi admirablement aux armées romaines pour leurs châteaux forts, leurs villas et toutes leurs constructions, et qui à leurs yeux, remplaçait avantageusement la pouzzolane qu’ils avaient dans la Campanie et aux environs de Rome.

Quoi qu’il en soit, il n’y a qu’un seigneur puissant qui ait pu construire de la sorte le château qui nous occupe.

Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une tour habitée par une famille d’ouvriers, une partie des vastes caves qui servaient de prisons, et quelques pans de murs.

La tour a encore environ dix mètres de haut, mais son sommet est entièrement démoli. La famille qui l’habite, l’a fait recouvrir en tuiles comme les maisons du village, puis elle a transformé la partie inférieure en aire et en étable (C’était le cuisine du château. On voit encore la cheminée) et la partie supérieure en grenier à fourrage.

L’unique cave qui subsiste encore, est voûtée à la façon des substructions romaines et très bien conservée. Les caves voisines ont été comblées et le propriétaire actuel n’a pu jusqu’ici les utiliser. Les pans de murs de l’ancienne construction sont presque tous chargés de bâtisse moderne.

Enfin, on a trouvé éparses, quelques pierres de taille portant une ornementation assez primitive. Ainsi, dans la muraille du sud, construite dans les temps modernes, se voient deux de ces pierres de taille.

C’est au XVIe siècle, que Jehan de Helmstatt a ajouté au vieux château d’importantes dépendances. Mais n’empiétons pas sur les événements. Nous avons un mot à dire de l’historique du château et de ses différents partages.

 

La plus ancienne charte qui fait mention de « lai for maison de Chaistel voiet » est de 1342. Par cette charte, nous voyons que le château était alors, sans savoir de quel droit, habité par plusieurs seigneurs vassaux du duc de Lorraine.

En 1342, Henri de Guermange prenait possession d’un quart du château, tandis que les trois autres quarts appartenaient à une autre famille seigneuriale dite de Chaistelvowey.

On pourrait admettre avec vraisemblance que depuis la fin du XIIIe siècle, les deux familles de Guermange et de Chaistelvowey habitaient chacune sa part du chastel. Et comme la famille de Chaislelvowey était, vers 1390, représentée par deux chevaliers remarquables, Poinsignon et Bertrand (assimilés par certains auteurs aux Wolmerange de la Nied), qui se donnaient volontiers le titre de seigneurs de Châteauvoué, la part du château revenant à cette famille était partagée en deux portions égales.

Ainsi, à la fin du XIVe siècle, Poinsignon avait la moitié des trois quarts ou les trois huitièmes, Bertrand en occupait tout autant, et Henri de Guermange tenait le reste, c’est-à-dire le quart.

Au commencement du siècle suivant, Henri de Guermange vient à mourir sans avoir de descendants pour leur laisser sa part du château. Bertrand venait de marier sa fille Elisabeth à un chevalier allemand.

L’occasion était favorable, les nouveaux mariés firent l’acquisition, en 1404, de la part de Bertrand et de la part d’Henri de Guermange, de sorte qu’ils possédaient « le quart devant dict avec la moitié des autres trois quarts du dict chastel, soit cinq huitièmes en tout ». Les trois autres huitièmes étaient toujours à Poinsignon.

Une dizaine d’années plus tard, Elisabeth de Châteauvoué et son mari Hannus de Paffenhofen cédaient, « la moitié des trois pars du chastel et forteresse de Chastelvouel et le quart dudict chastel et forteresse » à Henri Hase de Dievelich, aussi d’origine allemande.

Ce seigneur passa toute sa vie, soit dans ce château, soit à Hombourg-Saint-Avold et il est à croire qu’il acheta dans ses dernières années la part du défunt Poinsignon, mais ce fut après 1445, car une charte de cette année-là ne mentionne encore que « la moitié des trois quarts du château et forteresse de Chastelwouel et le quart d’iceux ».

A la mort de Henri Hase arrivée vers 1461, ses trois petits-fils, Jacques et Henri de Helmstatt et Egenolf de Rathsamhausen, partagèrent le château en trois parts égales et chacun en eut une.

Dès 1473, l’une des parts étant devenue le douaire de la veuve de Jacques de Helmstatt, les autres n’en continuèrent pas moins à habiter ensemble pendant une année.

A force de guerroyer contre les Bourguignons qui envahissaient la Lorraine, ils irritèrent le duc de Bourgogne, au point qu’il assiégea et incendia le château en 1476. La douairière se plaignit amèrement de ses deux beaux-frères, qui convinrent toutefois de lui faire une rente annuelle de vingt florins pour les pertes subies. De là, on peut conclure que l’habitation de tout le château équivalait à cette époque à une rente de soixante florins.

Les deux guerriers réparèrent le château à leurs frais et, dès 1480, l’ayant rendu habitable, ils le divisèrent en deux parts inégales. Le plus âgé, Henri de Helmstatt, eut la moitié plus le demi-quart. Le plus jeune, Egenolf de Rathsamhausen prit le reste, soit les trois huitièmes.

Au mois d’août 1491, la part d’Henri fut partagée par deux de ses fils en deux lots égaux, ce qui faisait à chacun cinq seizièmes de tout le château, soit un peu plus d’un quart. En 1497, l’un des deux fils, Frédéric, héritant la part de son frère défunt, fut en possession de tout le lot de son père.

En 1509, Frédéric mourut et la part qu’il possédait revint à ses deux frères entrés dans les Ordres. Ceux-ci cédèrent l’héritage à Egenolf moyennant une rente annuelle de cinquante florins. De cette façon, Egenolf possédait tout le château, malgré les trois parts toujours existantes : une part lui appartenait par voie d’héritage, une deuxième part était payée vingt florins l’an et une troisième cinquante florins.

Une violente contestation eut lieu en 1517 entre Egenolf et les héritiers Helmstatt, qui habitaient en commun avec lui, au sujet des parts du château. On finit cependant par s’entendre : on fit deux portions égales. L’une revint à Egenolf, l’autre aux héritiers Helmstatt, c’est-à-dire à Jean et à Philippe-Jacques, petits-fils de Jacques de Helmstatt, qui pour lors, eurent chacun un quart du château.

Un arrangement ayant eu lieu entre les deux héritiers Helmstatt, Jean occupa la moitié du château dès 1518. Mais trouvant bientôt cette moitié insuffisante, il fit construire de nouveaux bâtiments attenant à la part qu’il habitait, sans écouter les protestations des copropriétaires, les héritiers d’Egenolf.

La part d’Egenolf, en effet, avait été divisée en deux parties égales en 1520, de sorte que ses deux filles eurent chacune le quart du château. L’une d’elles étant morte sans enfants, en 1549, l’autre hérita, et dès lors devint propriétaire de la seconde moitié du château.

Or, cette autre fille était Elisabeth, mariée dès 1502 à Adam de Hunolstein. Pendant cinquante ans, les Helmstatt et les Hunolstein, devenus seuls propriétaires, vécurent côte à côte dans leurs moitiés respectives de l’antique chastel.

Les moeurs des seigneurs s’étaient adoucies au point que les membres de chacune des deux familles aimaient mieux habiter en commun que de faire de nouveaux et incessants partages toujours ruineux.

Enfin, en 1599, Guillaume de Hunolstein, arrière petit-fils d’Adam, acheta la moitié occupée par les Helmstatt, et dès lors tout le château appartint aux Hunolstein. A partir de cette époque, le château n’eut plus qu’un seul seigneur jusqu’à la Révolution.

Le 7 floréal an III de la République, les administrateurs du Directoire du district de Salins-libre (Château-Salins) vendirent au citoyen Nicolas Lucy de cette ville pour 39 100 livres en papier monnaie « le château avec les fossés, le grand jardin potager clos de murs contenant environ 40 ares 88 centiares, avec le passage et aisances dans la basse-cour, et trois jours trois quarts un huitième, un seize et dix-huit toises de jardin verger au derrière ».

Le dit adjudicataire avait charge de démolir les tourelles et combler les fossés à ses frais dans le délai d’un an. Le jardin fut revendu quatre jours après, le 11 floréal an III, à Dominique Brandebourg de Châteauvoué, qui déjà avait acheté sur l’État les dépendances voisines, « biens provenant de l’émigré Hunolstein », comprenant la grange, l’emplacement d’un tesseau, les écuries y attenant avec la remise au-devant, située entre la marcairie et le jardin potager du ci-devant château.

Dépendances et jardin, sauf « la remise au-devant » sont devenus depuis 1837, le presbytère de Châteauvoué.

 

Quant à la distribution des pièces et appartements du château, nous n’en savons pas grand chose. Nous allons pourtant essayer d’en donner une idée en prenant le passage d’une charte qui y fait allusion.

Cette charte est de 1623 : Jean-Guillaume laisse à sa mère « la partie du château qu’on a à droite, quand on entre par la grande porte, aussi loin que va le toit en tuiles, ainsi que la grande cuisine près de l’escalier en escargot ». D’autre part, le mobilier était considérable, puisque le prix des meubles vendus par les révolutionnaires se montait à 15 000 livres « en papier monnoye » (Inventaire dressé par Jacques Michel Collenot, ancien intendant du château, fait à Nancy le 1er floréal An VI).

 

Enfin, la Révolution a pris et déposé dans ses magasins tous les fers, ustensiles et batterie de cuisine en rosette, cuivre et étain, les balcons, les grandes portes de fer des basses-cours et jardins, les cloches et clochettes, sur lesquels nous n’avons pu jusqu’ici trouver aucun renseignement.

Pendant l’affreuse guerre de Trente-Ans, le château avait été épargné par le roi de France, tandis que tous les environs de Châteauvoué étaient brûlés et ravagés.

Le château n’a point été démantelé en 1670, comme le dit M. Schmit dans ses « Promenades antiques aux environs de Château-Salins ».

Les textes des chartes que nous avons sous les yeux nous prouvent le contraire. C’est la Révolution qui en a décrété le démantèlement.

Au reste, Jacques-Michel Collenot nous en fait cette description en 1796 : « Le château très ancien et très bien entretenu, flanqué de quatre tours et défendu par des fossés, formant des réservoirs peuplés d’excellents poissons, vaste cour, basse-cour, jardin verger clos de haies vives, jardin potager clos de murs, colombier, bergerie, markairie, pressoir. Tout cet ensemble était établi sur quinze arpens de terrain ».

Enfin, cette description rapprochée de celle de 1404, je veux dire de celle qui fut faite quatre cents ans auparavant, montre que, pendant toute son histoire, le chastel de Châteauvoué n’a pas subi, malgré quelques modifications, de transformation fondamentale. Le château avait alors, comme en 1796, « ensemble toutes ses appartenances en muers, en tours, en foussés, en colombiers et en toutes autres choses » (Réversales de 1404).

 

 

 Le 7 décembre 2012, signalement de détritus dans l’ancien fossé du château

Quand les gens vont-ils enfin comprendre que le peu qu’il nous reste doit être préservé ?

 

 

Les Septeries de la république messine

Blason de Metz

 

Dès la fin du XIIe siècle (1197), Metz était une cité presque indépendante, dotée d’une constitution, et dont la plus haute autorité de l’état, fut exercée par le conseil des Treize. J’y reviendrai plus en détail dans un autre article, mais pour l’instant, je vous propose de découvrir les différentes structures administratives de la république messine, du XIVe et XVIe siècle.

On s’aperçoit que, sous ces appellations anciennes, sont déjà présentes des administrations que l’on connaît de nos jours en république française : le ministère de la défense, le ministère de l’intérieur, le ministère de la justice, le ministère des transports et de l’équipement, et surtout, celui que tout le monde préfère Mecontent le ministère de l’économie et des finances Mecontent.

Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après la monographie « Metz, cité épiscopale et impériale » d’Henri Klipffel – Année 1867

On appelait de ce nom dans l’ancien Metz, des commissions de sept membres, tirées de la bourgeoisie souveraine, et investies par elle de pouvoirs administratifs plus ou moins étendus.

L’origine des Septeries est ancienne. La plupart datent du commencement du XIVe siècle, mais c’est au XVe siècle que leur action fut surtout considérable. Elles exerçaient alors avec les Treize, la principale autorité dans l’État.

Il faut descendre jusqu’en 1405, pour rencontrer un document sur le mode d’élection des membres des Septeries, et sur l’organisation de ces comités.

L’atour du 15 janvier de cette année, nous apprend que les paraiges seuls sont en droit de fournir les Sept, un pour chacun des cinq premiers paraiges, deux pour le commun. Ces magistrats gardent leur charge pendant deux ans, et le jour venu de les changer, c’est-à-dire la fête de Notre-Dame de la Chandeleur, chaque paraige choisit deux de ses membres, dont les noms écrits sur des courroies de parchemin, et mis en boites d’argent, sont jetés au chaperon et ballottés. Le maître-échevin ou en son absence le maître des Treize, tirera une de ces boîtes, et celui dont le nom sortira sera Sept deux ans entiers.

On ne pouvait porter en même temps deux Septeries. Si le maître-échevin en entrant en charge, se trouve d’une Septerie, il doit s’en démettre, et on lui donne un successeur de son paraige. La défense de réunir deux Septeries ne semble plus avoir subsisté vers le milieu du XVe siècle.

Voici la liste des Septeries, dont il est fait mention dans les annales messines :
-
Sept de la guerre
- Sept pour la levée des chevaux de la ville
- Sept de l’étable
- Sept des murs
- Sept des paveurs
- Sept de la bonne voie
- Sept des ponts
- Sept des moulins
- Sept de la monnaie
- Sept du trésor
- Sept de la maltôte et de la bullette
- Sept commis pour lever les deniers
- Sept pour les affaires extraordinaires
- Sept pour les affaires de l’Empire.

Un simple coup d’œil jeté sur cette liste, suffit pour montrer que ces offices n’avaient pas tous une importance égale, et que plusieurs d’entre eux n’existaient pas dans la république à l’état de magistratures permanentes.

Tous cependant donnaient droit, à ceux qui en étaient revêtus, de faire des règlements, comme on le voit par les Sept des chevaux de l’année 1450. Le seigneur Geoffroy Dex, chevalier, l’était pour Porte-Muzelle, le seigneur Jean Erowin pour Jurue, le seigneur Jean le Gronnaix pour Saint-Martin, Collignon Remiat pour Portsailli, Wautrin Clément pour Outre-Seille, Laurent de Toul et Martin George pour le commun.

Nous citons ces noms pour montrer, que les membres des plus illustres familles composaient les Septeries. Aussi bien ces comités n’étaient-ils pas des magistratures inférieures, mais le puissant et multiple instrument, par lequel s’exerçait sur toutes les parties de l’administration, la souveraineté de l’aristocratie.

On a conservé une liste dressée en 1450 par les Sept des chevaux, de toutes les personnes qui devaient fournir des chevaux à la cité, ainsi qu’un arrêté portant, entre autres dispositions, que l’obligation de fournir des chevaux était toute personnelle, et ne constituait point d’exemption pour les parents des imposés, et que, de plus, tous les chevaux à fournir devaient être montés par des varlets et des compagnons d’armes.

L’étable commune de la ville était placée sous la surveillance des Sept de l’étable. Les Sept de la guerre en connaissaient aussi, car un compte de leur clerc porte, à l’année 1452, une somme dépensée pour l’étable de la ville.

La création des Sept des paveurs remonte à l’année 1503, et les développements dans lesquels entre l’atour qui les institue montrent assez quelle importance la ville attachait à la propreté et au bon entretien de ses rues.

L’élection des Sept des paveurs avait lieu tous les ans, le lendemain de l’octave de la Chandeleur. Ils prêtaient serment au maître-échevin et aux Treize, d’exercer loyalement leur office, qui était de veiller au pavage de la cité et des faubourgs. Leurs décisions se prenaient à la pluralité des voix et un Treize, choisi par eux, les faisait exécuter.

Les Sept dirigeaient le travail des paveurs, partout où ils jugeaient ce travail nécessaire pour l’entretien ou l’amélioration des rues et chaussées de la ville. Ils avaient soin que les paveurs fussent payés, et pour cela prenaient des sûretés. Si quelqu’un, clerc ou laïque, s’oppose au pavage et laisse dépérir la chaussée dont l’entretien est à sa charge, le Treize, après l’avoir averti vainement, le frappe d’une amende de 20 livres messines. S’il n’a point de biens en quantité suffisante, quatre de ses plus proches parents doivent payer pour lui, et si des parents ou des amis ne peuvent satisfaire à la justice, il est mis par cri public hors de la garde de la ville. Le Treize qui refuserait de se prêter à la requête des Sept des paveurs deviendrait lui-même passible de l’amende des 20 livres, et ses collègues, les autres Treize, le forceraient à la payer.

Les Sept pour les moulins et le cours de la Seille furent institués en 1528, ceux des moulins de la Moselle en 1547. Trente-trois ans auparavant (1514), à propos d’un legs fait à l’hôpital Saint-Nicolas, il est question de Sept commis pour l’entretien des ponts.

Les Sept de la guerre

Metz était dès le XIIIe siècle une cité presque indépendante, isolée entre deux grands pays, au milieu de la pauvre et belliqueuse féodalité de la Lorraine. Une telle situation, en lui créant tant de périls et en la condamnant à des luttes sans relâche, l’obligea, de bonne heure, à se donner une puissante organisation militaire.

Cette organisation fut l’œuvre de l’intelligente aristocratie des paraiges, et elle défendit pendant trois cents ans les richesses et les libertés des Messins contre les ardentes convoitises qui les assiégeaient de toutes parts.

Soit prudence, soit esprit de justice, Metz, avant de combattre ses ennemis, leur proposait presque toujours un accommodement, en les invitant à une de ces conférences qui s’appelaient, dans la langue du pays, les journées d’estault ou d’Etat.

Situé entre plusieurs duchés et principautés, le territoire messin avait contre chacun ses marches d’estault.

Lors de la guerre des quatre seigneurs en 1324, ces marches étaient les suivantes :
-
pour l’archevêché de Trêves, à Cattenom
-
pour le Luxembourg, à Richemont-sur-Orne
-
pour le comté de Bar, à la Grande-Haye, à Wallerin-Prés, en deçà de Saint-Privé-la-Montagne et à Woisage
-
pour les Allemands du duché de Lorraine, aux arbres de Luttange et au pont de Flacquair, et pour les Romans, à Woisage
-
pour les Allemands de l’évêché de Metz, à Chaussy, en deçà du pont, et pour les Romans, à Sogne et à Verney
-
pour l’évêché de Verdun, à Nauroy.

C’était le plus souvent sur ces marches que se tenaient les journées, et on voit dans les récits des chroniqueurs, quelle habile fermeté les commissaires messins, éwardeurs des causes d’estault ou Sept de la guerre, y déployaient ordinairement.

Mais une fois les voies pacifiques épuisées, la cité avertie de l’inutilité des négociations acceptait la lutte et se montrait alors aussi constante à la soutenir qu’elle avait paru désireuse de l’éviter.

Depuis le commencement du XIVe siècle, la direction suprême des affaires militaires à Metz se confiait à un comité de sept membres, qu’on appelait les Sept de la guerre.

C’est en 1323, qu’il en est pour la première fois question, à propos d’une querelle de la cité avec le sire d’Aspremont. Puis, quand les quatre seigneurs ont attaqué la ville (1324), les chroniques nous parlent des Sept de la guerre comme d’un comité dictatorial, créé pour des circonstances extraordinaires avec des pouvoirs considérables, mais limités à cinq, ensuite à six mois. Plus tard, enfin, la septerie de la guerre devient magistrature permanente, comme l’attestent les chroniqueurs et d’anciens rôles parvenus jusqu’à nous. Elle fut alors une des plus importantes de ces commissions aristocratiques qui, au XVe siècle, se partageaient avec les Treize, l’administration de l’Etat.

Un atour de 1403 nous apprend le mode d’élection des Sept de la guerre, depuis leur transformation en magistrature permanente. On les renouvelait de deux en deux ans, en totalité ou en partie. Chacun des cinq paraiges désignait deux de ses membres, et celui dont le maître-échevin ou le maître des Treize, après le ballottage ordinaire, retirait le nom du chaperon, devenait Sept de la guerre. Le commun fournissait, ainsi qu’il était d’usage, le double des autres paraiges et avait deux Sept à nommer.

Le lendemain de l’élection, qui se faisait dans les huit jours après la Chandeleur, les nouveaux Sept prêtaient serment au moûtier Saint-Pierre entre les mains du maître-échevin ou des Treize (at. 1578). Deux frères ou le père et le fils ne pouvaient porter à la fois l’office de Sept de la guerre (at. 1392). Vers la fin du XVe siècle, la durée de cette magistrature, par suite d’une nouvelle réforme, ne fut plus que d’un an, comme on le voit par un accord de 1484 et par les rôles de 1518 à 1548.

Les pouvoirs attribués aux Sept de la guerre étaient considérables : ils ordonnent souverainement des choses de la guerre, dirigent comme bon leur semble les expéditions au dehors, s’occupent de l’échange ou du rachat des prisonniers, délivrent des sauf-conduits, accordent des trêves, concluent des traités, sauf ratification par les paraiges.

Les soldoyeurs font serment entre leurs mains et celles de leurs commis. Ils nomment les capitaines, les prévôts des maréchaux, leur donnent des commissions au nom de messieurs du conseil. Toute l’artillerie de la ville est à leur disposition et reçoit d’eux ses règlements. Si la ville a employé à ses fortifications l’héritage de quelque particulier, les Sept prononcent sur les dédommagements à accorder. Mais il leur est expressément défendu de lever une taille de leur seule autorité. On leur livre l’argent dont ils ont besoin, par commandement des Treize et des trésoriers.

Les Sept ne pouvaient pas non plus, à l’origine, exécuter eux-mêmes leurs propres décrets. On leur adjoignait pour cela un Treize et deux prud’hommes. On est fondé à croire que cette dernière restriction apportée au pouvoir des Sept de la guerre ne subsistait plus dès le XVe siècle.

C’était dans une maison occupée, au XVIIe siècle, par le concierge du palais, et dans une chambre où l’on arrivait par celle des comtes, que se tenaient d’ordinaire les réunions des Sept de la guerre. Leurs résolutions, prises à la majorité des voix, étaient rédigées par des clercs et des commis et transmises par ces derniers à qui de droit. Ces clercs, comme on le voit par les chroniques, pouvaient être chargés de missions importantes. En 1525, il avait été enjoint à ceux qui gardaient le grand sceau de la cité et les sceaux des Paraiges de sceller tout ce qu’ordonneraient les Sept de la guerre. Plus tard, ces derniers eurent leur sceau particulier, et, en 1443, ils l’apposent avec ceux des duchés de Bar, de Lorraine et de Luxembourg, lorsqu’ils traitent au nom de la cité avec ces puissances hostiles.

Un autre comité secondait les Sept de la guerre dans leur mission difficile et compliquée, celui des Sept des murs, crée en 1547, et devenu permanent vers la fin du XVe siècle. L’atour de 1403 en régla aussi le mode d’élection qui était absolument le même que pour les Sept de la guerre. On pouvait porter à la fois la septerie de la guerre et celle des murs, quoique le contraire eût d’abord été ordonné. Les Sept des murs n’étaient pas toujours sept.

Quant aux Sept pour la levée des chevaux, leurs fonctions cessaient avec les circonstances qui les avaient fait créer.

Les Sept de la monnaie

Le droit de battre monnaie était une régale concédée aux évêques de Metz, par les princes de la dynastie saxonne, probablement par Othon II. Pendant plusieurs siècles, ils l’exercèrent seuls. La déclaration des droits de l’évêque prouve néanmoins que ce n’était pas sans quelques restrictions. Le chambellan de l’évêque avait la surveillance de la monnaie épiscopale. On sait qu’il en était de même dans d’autres villes.

Vers la fin du XIIIe siècle, la ville de Metz acheta une première fois (1291) de l’évêque Bouchard la monnaie pour cinq ans, au prix de 500 livres messines. En 1334, semblable cession lui est faite pour deux ans, par l’évêque Adhémar de Monteil, qui s’engage à donner cours par tout l’évêché aux pièces que la ville fabriquera dans le temps stipulé. C’est alors que, pour suppléer au défaut d’une petite monnaie, on fit pour la première fois des blancs messins. Enfin un troisième traité, assez semblable aux deux précédents, fut signé en 1376 avec l’évêque Thierry de Roppart.

Mais avant l’expiration du terme convenu de dix ans, ce même évêque, pressé par le besoin d’argent, vendit définitivement aux Messins pour 4 000 francs le droit de battre monnaie (1383), avec condition cependant de pouvoir racheter le coin au même prix, rachat plus tard imposé par le cardinal de Lenoncourt à la république expirante. N’est-ce pas de cet abandon fait par l’évêque Thierry que dériva, pour les maîtres-échevins, l’usage de faire frapper quelques pièces de monnaie et de les jeter au peuple le jour de leur installation ? C’était la cité elle-même qui, par cet acte symbolique de son premier magistrat, affirmait ainsi chaque fois sa propre souveraineté et donnait comme une nouvelle consécration à l’un de ces droits régaliens, dont elle était si justement fière et jalouse.

Depuis lors, ce fut un officier appelé le changeur des changes, le maître ou le gouverneur de la monnaie, ou simplement le monnayeur, qui dirigea la monnaie au profit de la cité. Celle-ci lui fournissait une maison pour y travailler avec ses gens et payait les gages du gardien préposé à la surveillance de cet hôtel. Le maître de la monnaie jouissait de différents privilèges, comme d’être exempt de la garde des portes, du guet, des chevauchées, de n’être soumis qu’à la juridiction des Sept commis de la monnaie, excepté toutefois les cas de meurtre, rapt ou larcin. Il ne payait aucune taille ni maltôte, et de plus, avait le tiers de toutes les amendes encourues pour le fait des poids et des balances. La ville achetait le billon, et le maître de la monnaie, après l’avoir converti en espèces, suivant les ordonnances, délivrait les pièces frappées aux Sept en présence du gardien (at. 1412,1454, 1415).

C’étaient ordinairement des changeurs qui prenaient ainsi à ferme la monnaie de la cité. Quant à la fabrication, elle devait être fort active, à en juger par différents comptes qui nous apprennent, que de 1415 à 1420, elle s’éleva à 17 606 marcs d’or et d’argent. On le voit, rien de plus simple ni de plus clairement réglé, que la question du droit de monnayage à Metz.

Les Sept du trésor

L’officier chargé de recueillir les impôts et toutes les sommes dues à l’État s’appelait le changeur de la cité. Sa création remonte au XIVe siècle. Jusque-là, comme il appert d’un atour de 1284, on faisait trois parts égales des deniers publics : un tiers était pour les Treize, les deux autres restaient à la ville.

Les Treize levaient les sommes, assistés des quatre maîtres de l’hôpital Saint-Nicolas ou pour le moins de deux d’entre eux. Ils les délivraient en leur présence aux maires et aux doyens, et ceux-ci, à leur tour, les remettaient au changeur ou receveur de l’hôpital, pour être placées par moitié dans deux coffres à cinq clefs confiées aux quatre maîtres de Saint-Nicolas et au maître-échevin. De l’un de ces coffres, les quatre maîtres et les frères de Saint-Nicolas prenaient les 500 livres, les 40 livres et les coûtanges, c’est-à-dire toutes les sommes nécessaires à l’hôpital. S’il y avait quelque reste, on le laissait au coffre pour former le trésor de la ville. Le second coffre servait aux besoins de l’État, et les Treize en disposaient sous le contrôle du maître-échevin et des maîtres de l’hôpital. L’année révolue, ce qui y restait d’argent était versé dans le premier coffre et y grossissait le trésor public.

Les inconvénients de ce mode de perception firent instituer un receveur ou changeur de la ville. On le choisissait à la fête de la Chandeleur, tour à tour dans les cinq paraiges de Porte-Muzelle, de Jurue, de Saint-Martin, de Portsailli, d’Outre-Seille et dans le Commun. L’élu des cinq premiers paraiges ne restait qu’une année en charge. Celui du Commun pouvait posséder l’office pendant deux ans, mais si, au bout de la première année, son administration soulevait des plaintes, les paraiges lui nommaient un remplaçant pour la seconde année (at. 1526).

Le changeur, qui était aussi le payeur de la cité, ne faisait aucun payement que sur ordonnance du maitre-échevin et des autres magistrats. Ses gages étaient de 100 sols messins et on lui donnait une robe pareille à celle des Treize. Il rendait ses comptes devant la justice, le conseil et deux prud’hommes tirés de chaque paraige (at. 1590).

Les deniers publics, dont le changeur tenait registre, se déposaient au trésor. C’était d’abord un des deux coffres de l’hôpital, ainsi que nous l’avons vu plus haut par l’atour de 1284. A partir de 1304, on le remplaça par « une huge en la voûte du grand moûtier, » qui servit à la fois de trésor et d’archives. Le maître-échevin et les paraiges avaient le droit d’en disposer, et les huit clefs du trésor étaient entre leurs mains. Le commun en possédait deux. Quant aux trois clefs de la voûte elle-même, on les confiait, une au maître-échevin et les deux autres à deux Treize (at. 1382).

L’an 1304, sept officiers, appelés les trésoriers ou les Sept du trésor, furent institués pour veiller sur la « huge du grand moûtier ». Leur élection se faisait par les paraiges et par branches, le lendemain de la Chandeleur. Chaque paraige, ainsi que le commun, désignait quatre prud’hommes, dont les noms écrits sur des bandes de parchemin et mis en boîtes étaient ballottés dans un chaperon, et celui dont le maître-échevin ou le maître des Treize tirait le nom devenait Sept du trésor (at. 1390). On ne pouvait obliger personne à porter cet office (at. 1367).

Les fonctions des Sept du trésor, dont le maître-échevin recevait le serment aussitôt après leur nomination, consistaient :
- à payer les gages des officiers de la cité, tels que le scelleur, le clerc des prud’hommes, le garçon des comtes, etc., (at. 1515)
- à faire rentrer les amendes, si les Treize et les ewardours le négligent
- à lever les droits et à acquitter les sujétions de la vouerie (at. 1545)
- à taxer les plaintes portées aux ewardours (at. l 396)
- à faire avec les Treize et les ewardours les présents au nom de la cité (at. 1405).

Enfin, l’un des trésoriers gardait les clefs du coffre, où l’on déposait les privilèges de la république. Il leur était défendu, sous peine d’une amende de dix livres et du bannissement, de rien prendre en raison de leur office et ils devaient compte aux Treize et aux prud’hommes de leur gestion (at. 1575, 1515). Eux-mêmes recevaient les comptes des trois maires et assistaient à celui que les Treize et les prud’hommes rendaient chaque mois au changeur de la cité. Nul des Sept du trésor ne pouvait porter en même temps la Septerie de la guerre (at. 1592). Dans le cas où le maître échevin et les Treize auraient refusé d’assembler les paraiges pour faire élire les ewardours, les trésoriers devaient les réunir et procéder à l’élection (at. 1585).

Disons maintenant, comment s’alimentait ce trésor de la cité messine. Et tout d’abord, il importe de constater que depuis la chute de la domination épiscopale, le privilège en matière d’impôts fut chose inconnue à Metz. Tous les habitants, quelle que fût leur condition, laïques et ecclésiastiques, contribuaient aux charges de l’État, chacun payant « selon son pouvoir et ses pairs » comme s’exprime un atour de 1252. Nulle part on ne voit, dans le récit des chroniqueurs, le peuple se plaindre d’être seul soumis à l’impôt. Si parfois il s’emporte contre la lourdeur des charges, ce n’est jamais en accusant le patriciat de ne point les partager avec lui.

Jusqu’à la fin du XIIe siècle, il est à peine question d’impôts parmi la bourgeoisie messine. Quoiqu’elle n’eût pas encore complètement secoué à ce moment la domination des évêques, ceux-ci avaient déjà dû renoncer à toute prétention de la taxer : « les frans homes dou palais sont si frans que nul ne doit doneir ».

Quant aux officiers par lesquels s’exerçait encore l’autorité épiscopale (les rouages du gouvernement étaient alors d’une grande simplicité), leurs émoluments consistaient dans le produit soit des amendes, soit des redevances qu’on exigeait des gens de métier. Il en était de même, pour les magistrats propres de la bourgeoisie, maître-échevin, échevins, maires. Quelquefois seulement et pour faire face à des besoins urgents, l’évêque pouvait proposer une contribution extraordinaire, comme celle de 1196, dont le tiers fut appliqué à la réparation des murs de la ville.

En 1214, on voit déjà la bourgeoisie en possession du tiers des amendes prononcées par le tribunal des Wardours pour infraction à la commune paix, et trente ans plus tard, l’atour porté sous le maître-échevinat de Philippe Tignienne (27 décembre 1244), prouve que toutes les amendes revenaient dès lors à la cité. Ce fut là, pendant tout le XIIIe siècle, sa principale source de revenus. On continuait aussi à avoir recours, tantôt à des emprunts, tantôt à des taxes extraordinaires que le clergé lui-même était obligé de payer, comme le tonlieu de 1226, ou l’impôt auquel fait allusion l’atour de 1232.

Tous ces expédients néanmoins, à mesure que les besoins augmentaient, étant devenus insuffisants, Metz dut suivre l’exemple d’autres villes qui s’étaient déjà créé des ressources régulières à l’aide de ces impôts connus au moyen âge sous le nom de maltôtes : Cologne en 1184, Worms en 1182, Bâle au commencement du XIIIe siècle, Spire en 1238.

La signification odieuse du nom de la maltôte se tirait à la fois de la nature de l’impôt, qui portait sur les objets de consommation les plus usuels, et de la manière dont on le levait à l’origine, non d’après une loi, mais par nécessité.

Les Sept de la maltôte et de la bullette

C’est en 1326, après la guerre contre le roi Jean de Bohème, et pour se libérer envers ceux qui avaient prêté à la ville, que les paraiges décrétèrent l’établissement de la maltôte comme un impôt régulier.

Voici comment on l’assit.

La quarte de blé, de pois, de fèves, de noix, de pavots, d’aulx, d’oignons, d’échalotes, etc., devait payer deux coupillons, un pour l’hôpital, l’autre pour la ville – le muid de sel vendu dans Metz et dans la banlieue, deux deniers – la quarte d’écorce de tanneur, une angevine – le muid de vin du pays, un denier – le muid de vin d’Alsace, d’Arbois, de Beaune, douze deniers – le muid d’huile, seize deniers et la quarte, une angevine.

La toile, les draps d’or, les tapis, etc., acquittaient deux deniers par livre, de même le chanvre, le lin, les fromages, les bêtes à quatre pieds, les pelleteries et les vieceries (objets vendus par les fripiers), les peaux de tout genre, les fers, les aciers, les faux et les faucilles, les socs de charrue, etc… L’argent ouvré, vaisselle, couronnes, etc., devait deux deniers par marc, l’or cinq sols – les meules, deux deniers par livre – la laine, un denier par poids.

De chaque écrit d’arche concernant dettes d’argent, acquêts ou ventes la ville prenait deux deniers par livre.

Les écrits des revenus en denrées, de loyer de maison, de rachat de cens, d’héritage laissé à cens, de dîmes de blé et de vin ne payaient point de maltôte, non plus que les mairiens, les bois, les échalas, les lattes, les charbons, les toiles, etc…

La commune répondit en 1326 par une insurrection à l’établissement de la maltôte. Mais celle-ci n’en constitua pas moins, à partir de ce moment et jusqu’à la fin, le principal revenu de la cité.

On peut lire dans les atours de 1348, 1353,1363, 1381, 1406, 1526, le détail de ces impôts qu’aujourd’hui nous appellerions indirects, mais qui, au moyen âge, étaient les contributions directes par excellence.

Pour en donner une idée, nous extrayons d’un registre de 1526, la liste des principaux objets de commerce payant la maltôte :
-
Les toiles : le droit perçu était de 6 deniers par livre.
-
Les cuirs à tout le poil : 6 deniers par livre, ou plus ou moins à proportion. Il n’est permis de les vendre ou acheter qu’aux lieux déterminés, savoir : le mardi et le jeudi devant la halle des tanneurs au Champ-à-Seille, et le samedi devant le cimetière de la paroisse Saint-Victor. On paye sur place les cuirs vendus ou achetés, avant de les emporter, aux fermiers de la maltôte ou à leurs commis.
Les cabaretiers, hôteliers ou autres habitants, qui reçoivent chez eux des peaux sujettes à la maltôte, sont tenus d’en avertir aussitôt les fermiers sous peine de 20 livres pour chaque contravention.
-
Les meubles : 6 deniers par livre.
-
Les bêtes à quatre pieds : 6 deniers par livre, 3 pour l’acheteur et 3 pour le vendeur. Les lieux de vente sont le Champ-à-Seille et le Quarteau, pour le mardi et le jeudi, la place de Chambre pour le samedi.
-
La laine : 3 deniers pour chaque poids (11 livres). Le vendeur et l’acheteur les payent.
-
Les draps : 6 deniers par livre. 3 pour le vendeur, 3 pour l’acheteur. Le marchand qui achète doit encore 3 deniers pour le droit de revente. Tous les draps venus du dehors ou fabriqués au dedans sont portés à la montre aux draps, et aunés sur la place par des auneurs jurés.
-
Le poisson : 6 deniers par livre pour la vente en gros ; pour la revente en détail, le vendeur paye 3 deniers.
-
La mercerie (étoffes précieuses, étamines, bonnets, gants, poivre, cannelle, etc.) : 6 deniers par livre, 3 pour le vendeur, 3 pour l’acheteur. En cas de revente, si la marchandise pèse plus de 10 livres, le revendeur et l’acheteur payent 3 deniers par livre, et le revendeur seulement 3 deniers, si la marchandise pèse moins de 10 livres.
-
Les harnais d’armes : 6 deniers par livre.
-
Les parchemins, corions de cerfs, d’agneaux, etc. : 6 deniers par livre, 3 pour le vendeur, 3 pour l’acheteur.
-
Les tonnes et tonneaux : 6 deniers par livre, 3 pour le vendeur, 3 pour l’acheteur.
-
Les cuirs corroyés : 6 deniers par livre.
-
Le sel : chaque quarte payait 12 deniers d’entrée. Le sel compris dans les revenus des prébendes des chanoines de la grande église était exempté de ce droit.
-
Les meules et les pierres : 12 derniers par livre, 6 pour le vendeur, 6 pour l’acheteur, autant de fois que la marchandise était vendue. Les pierres achetées pour la réparation de la cathédrale ne payaient rien.
-
Les charbons : 4 deniers par livre, 2 pour le vendeur, 2 pour l’acheteur.
-
La chair en détail : 6 deniers par livre.
-
La boulangerie et la pâtisserie : 6 deniers par livre.
-
Les fers : 6 deniers par livre.
-
La coroixerie (cordonnerie) : 6 deniers par livre.
-
La pelleterie : 6 deniers par livre, 3 pour le vendeur, 3 pour l’acheteur.
-
Les wercolles (sellerie) et cordes : 6 deniers par livre.
-
Le fromage de presse : 6 deniers par livre, pour l’achat en gros, 3 deniers à chaque revente.
-
Les harengs et buquehotz (saurets) : 20 sols, 12 deniers par tonne.
-
Les œufs, fromages et fruits : 21 deniers la hottée.
-
Les bois mairiens : 12 deniers par livre, 6 le forain vendeur et 6 l’acheteur, marchand messin.
-
L’écorce et la waude (guède : sorte de plante servant à la teinture des laines) : 4 sols pour la cuve de waude, 2 deniers pour la quarte d’écorce. A la revente, l’acheteur payera 2 sols pour chaque cuve de waude, et un denier pour chaque quarte d’écorce.

Cette liste ne serait pas complète si l’on n’y ajoutait la maltôte des blés, lin, chanvre, pois, fêves, noix, pavots, oignons, aulx, etc., dont nous avons précédemment traité.

Enfin la maltôte des vins comptait parmi les plus importantes. On l’exigeait :
-
De tous les vins vendus en gros et en détail dans la ville et les faubourgs. L’Etat prenait pour lui-même un douzième de chaque mesure, savoir : un godet de la quarte, et pour la pinte et la chopine à l’avenant. Deux officiers, appelés douzemiers, recueillaient cet impôt dans chaque paroisse ; ils faisaient leur tournée le lundi, et quiconque avait droit de vendre du vin était obligé de leur déclarer la quantité vendue chaque semaine et de montrer les mesures servant au débit.
-
De tous les vins qu’on vendait en gros pour les conduire hors de la ville.

En 1476, la maltôte des vins vendus dans les paroisses s’éleva à 987 livres, 2 sols, 9 deniers. Les droits perçus pour l’issue et l’entrée des vins par les portes et les rives de la Moselle donnèrent 127 livres, 9 sols, 8 deniers. Enfin la vendange seule avait rapporté à la ville pour 3205 queues, à 12 deniers la queue, 160 livres, 5 sols.

Tout le monde devait la maltôte : les habitants de la cité quelle que fût leur condition, les ecclésiastiques, les forains.

La ville vendait les maltôtes à des particuliers ou les percevait elle-même. Elle employait pour cela, deux receveurs dans chaque paroisse, qui faisaient deux tournées par semaine, le mercredi et le vendredi, et remettaient tous les quinze jours ce qu’ils avaient recueilli entre les mains d’autres officiers annuels appelés les Sept de la maltôte (at. 1348). Ces derniers de leur côté devaient, quatre fois par année, rendre compte à la justice et aux trésoriers à la fête de saint Remi, à Noël, à Pâques, à la fête de saint Jean-Baptiste. L’argent était remis au trésorier par les Sept de la maltôte et par ceux-ci déposé dans la voûte.

En 1490, les maltôtes, tant vendues que non vendues, rapportèrent 2270 livres 2 sols 9 deniers.

Le projet de traité avec le duc Antoine de Lorraine (1529) proposait l’abolition de la maltôte de la mercerie et attribuait au duc celle des bêtes, des vins et des blés, excepté toutefois les blés des moulins et des quartiers.

L’ancien Metz connaissait les droits d’enregistrement, sous le nom d’impôt de la bullette. La bulle, c’était le sceau qui, d’après l’atour de 1380, devait être apposé sur tout écrit d’arche, concernant achats, dettes, baux, héritages, obligations, rédigé par aman, tabellion, notaire, et pour lequel la ville percevait un droit de 20 sols. Cet impôt se levait depuis longtemps par les amans (at. 1326, 1348,1355, 1565, 1565). Mais mal administré, comme il parait d’après l’atour de 1380, il s’en allait tout à niant.

Pour empêcher la ville d’en être frustrée à l’avenir, il fut alors ordonné aux Sept de la maltôte de faire un grand papier et d’y inscrire le nom de ceux qui acquittaient le droit de bullette pour des écrits scellés en arche ou hors d’arche.

Tout habitant de Metz et des faubourgs, homme ou femme, clerc ou laïque, le devait dans les douze semaines qui suivaient la rédaction de chaque acte. On n’était reçu en justice à aucune demande, si on ne l’avait payé.

En 1440, la ville acheta pour la bullette une maison située près de Sainte-Croix, à l’endroit où se joignent les rues Taison et Jurue. Dans la seconde moitié du XVe siècle, cet hôtel fut converti en prison et s’appela la maison de la ville.

La bullette ne semble pas avoir été un revenu très considérable : en 1491, elle rapporta 289 livres 12 deniers. D’après le projet de traité avec le duc Antoine de Lorraine, elle devait rester à la ville.

La cité de Metz sauvée par le boulanger Harelle en 1473

Boulangerie  

D’après un article paru dans la revue « L’union des arts » – Année 1851

Metz avait fait très anciennement partie du royaume de Lorraine, et ce souvenir entretenait chez les princes qui régnaient avec le titre de duc, l’idée d’un droit de possession sur cette ville.

C’était dans la pensée de faire valoir ce droit, que déjà le duc Charles II en 1429 et René Ier en 1444, avaient déclaré la guerre aux Messins.

Cependant, le duc Nicolas ayant pris, en 1470, le gouvernement de la Lorraine, ne montra que des dispositions amicales pour notre cité. On peut croire, même, qu’il y aurait persévéré sans les conseils de quelques serviteurs qui éveillèrent tout-à-coup en lui l’espoir de la mettre sous son autorité par un heureux coup-de-main.

A la tête des hommes qui le décidèrent à cette tentative, les écrivains du temps citent un chevalier allemand nommé Berthold Krantz, et deux seigneurs d’un rang élevé, Gaspard de Raville, maréchal de Lorraine, et Jean de Wisse, bailli d’Allemagne.

Krantz, homme de haute stature, était aussi un guerrier entreprenant, hardi, sans rival dans l’art des surprises, toujours le premier dans l’action et d’un courage que l’on appellerait héroïque, s’il ne s’était jamais agi que d’une bonne cause.

Il portait une longue barbe noire qui le faisait vulgairement désigner sous le nom de la Grand’Barbe. Comme il possédait à un haut degré, l’estime et la confiance du duc Nicolas, il lui fit part d’un stratagème de son invention et qui paraissait infaillible : dès le grand matin, à l’heure où les habitants d’une ville sont encore pour la plupart plongés dans le sommeil, on arriverait en armes, à l’une des portes de Metz. Par le moyen d’une machine dont il donnait la description, l’on empêcherait la herse de s’abattre, et les Lorrains pénétreraient sans obstacle, et en aussi grand nombre qu’ils voudraient, au-dedans des murs.

Le duc jugea l’idée excellente et chargea Krantz d’en préparer l’exécution. Mais préalablement, et pour mieux en assurer le succès, Gaspard de Raville et Jean de Wisse se rendirent à Metz, sous prétexte d’acheter des étoffes de prix.

En même temps, ils firent une reconnaissance des rues et des places principales, examinèrent surtout la disposition des portes et la manière dont on en faisait la garde. Ils explorèrent en particulier le château de la porte Serpenoise, c’est-à-dire la porte intérieure qui était du côté de la ville, et mesurèrent avec soin la hauteur de la coulisse, par où tombait la herse placée au-dessus de la voûte. On appelait château d’une porte, une porte fortifiée et particulièrement le corps-de-logis, construit au-dessus de la voûte, entre les deux tours.

Dans les visites qu’ils firent pendant leur séjour, chez divers habitants, ils étaient, on ne sait dans quel but, accompagnés d’un villageois qui répétait souvent, avec un sourire malin, que dans cette semaine, c’était celle avant le jour des palmes, les gros poissons arriveraient en Metz. Ils annoncèrent eux-mêmes aux religieux Célestins qu’ils reviendraient bientôt et qu’ils boiraient dans leur maison.

Sur les indications et les mesures fournies par les deux seigneurs, Berthold Krantz fit secrètement fabriquer, au château de Mousson, la machine dont il avait imaginé le plan.

Suivant la description que nous en donne la chronique dite de Praillon, c’était une poutre surmontée d’une forte traverse, dans laquelle se trouvaient plantées, par intervalles, cinq grandes chevilles de fer, à peu près comme les dents d’un râteau, mais dans une direction verticale. Cette machine, placée sur un char et habilement dissimulée, devait se dresser subitement sous la herse et la retenir. Le char était lui-même préparé de manière à pouvoir être promptement retiré et à permettre, même aux gens à cheval, d’entrer librement dans la ville. Par un surcroît de précaution, la poutre et sa traverse furent garnies de fer, sans doute pour résister, en cas d’attaque, aux atteintes de la hache.

Avec le premier char, on en fit un second, sur lequel on plaça des tonneaux pareils à ceux que conduisent les marchands de vin, mais remplis de marteaux tranchants, de grosses tenailles, de pieds-de-chèvre et autres instruments auxquels, s’il le fallait, on pourrait encore avoir recours.

Pendant que l’on exécutait ce travail dans le château de Mousson, le duc Nicolas voulant, autant que possible, dégarnir la ville de Metz des hommes capables de la défendre, manda aux seigneurs du pays messin qui avaient des fiefs en Lorraine, de se rendre près de lui avec leur équipement. Un vieux chevalier, homme d’expérience, leur représenta sagement le danger qu’il y aurait à s’éloigner de la cité en si grand nombre et au même moment. Alors pour concilier la sécurité de leur patrie avec l’obéissance qu’ils devaient, à cause de leurs fiefs, au prince lorrain, ils envoyèrent à leur place quelques-uns de leurs serviteurs. Le duc les fit aussitôt mettre à part et conduire comme prisonniers au château de Gondreville.

Enfin, tout étant bien disposé, le 8 avril, qui était un jeudi, le duc partit le soir de Nancy avec dix-huit cents cavaliers et huit mille piétons bien armés. Plupart ignoraient encore son dessein. Ce fut à Pont-à-Mousson, qu’il le leur fit connaître, puis continuant sa marche pendant la nuit, il arriva dans la plaine du Sablon, entre les églises de Saint-Ladre et de Saint-Privat, vers trois heures du matin.

Alors, il envoya en avant quelques-uns de ses hommes déguisés en marchands de poissons, pour conduire les deux chars qu’on avait couverts de façon à ne laisser rien soupçonner à personne.

Le châtelain et les deux portiers croyant, en effet, que c’étaient des gens qui venaient au marché du matin ne firent aucune difficulté d’ouvrir. D’ailleurs, ils ouvraient chaque jour de très bonne heure pour les vignerons et les mésoyers qui allaient déjà dans cette saison travailler à la campagne. Ils comptaient en outre recevoir, pour ce service, quelques pièces d’argent des poissonniers.

Le nommé Conrard Kretzer, prévôt de Sierck, fit passer en premier lieu le charriot qui portait la machine. Arrivés à la seconde porte, les Lorrains la dressèrent sous la herse, mais ils furent obligés de se reprendre à plusieurs fois pour bien l’assujettir.

Alors le gardien Pierson, étonné de voir tant de gens arrêtés en cet endroit et ne sachant ce qu’ils voulaient faire, leur cria d’un ton courroucé : « Que faites-vous donc là ? Que n’avancez-vous plus loin ? ». Au même instant, ce malheureux fut saisi et tué sur la place.

Le châtelain, témoin de la chose, s’élança aussitôt du rempart dans le fossé, avec les clefs du château en travers de son bras et se mit à courir vers la porte du Pont-des-Morts pour donner, par ce côté, l’alarme dans la ville. Mais cinq à six cents lorrains qui avaient suivi le char, n’attendent pas qu’il soit retiré, et laissant leurs chevaux en dehors, ils se précipitent dans la rue Serpenoise en sonnant de leurs trompettes et en criant de toutes leurs forces : « Ville gagnée ! Marchez, Marchez ! Vive Calabre ! Vive Lorraine ! ».

Berthold Krantz à leur tête, car il voulait, on le devine bien, avoir l’honneur de la journée, élevait en l’air son étendard, où était brodée en soie rouge, une image de saint Martin à cheval, entourée de devises en lettres dorées.

Avec Berthold Krantz, entrèrent le chevalier Engelhard de Mittelbourg, maréchal du duc de Bavière Frédéric – Jacques de Hamelstadt, qui portait le pannon de ce même duc – les deux frères Weckart et Frédéric, comtes de Bitche – Hennemann de Linange, seigneur de Forbach -Weckart de Linange – Jean de Salme, comte de Viviers, maréchal du duché de Bar, et plusieurs autres seigneurs, portant chacun leur bannière.

Ils allaient toujours en avant, au cri de Ville gagnée ! Vive Lorraine ! et ils purent, en effet, un moment, croire la ville en leur pouvoir.

Elle était encore presque tout entière endormie. Il n’y avait de levé, à cette heure, que quelques ouvriers vignerons ou mésoyers, et un petit nombre de personnes exerçant une profession très matinale.

Parmi ces dernières, le boulanger Harelle, qui demeurait près de la porte, était déjà occupé à cuire son pain.

Cet homme, pénétrant aussitôt la vraie cause de ce grand tumulte, traverse d’un air de sang-froid la foule des Lorrains, arrive au château, et voit un groupe d’ennemis cherchant l’entrée de l’escalier, pour aller planter l’étendard lorrain sur l’une des tours. Le châtelain, en se sauvant, avait heureusement laissé la petite porte des degrés ouverte.

Harelle offre aux ennemis de les conduire officieusement, passe le premier et referme aussitôt devant eux, le battant qu’il assujetti de l’intérieur. Montant au château, il y trouve les gardiens, qui, surpris dans leur sommeil par tout ce bruit, ne se rendaient pas bien compte de ce qui se passait. « Alarme ! leur crie Harelle, Vite aux pals, ou nous sommes des gens perdus ! » et, avec leur aide, le boulanger abat les pals, dont l’un perce le char par le milieu, et le cloue si bien à terre, qu’il devient impossible de le déranger.

En quelques instants, la porte est presque toute close et au grand étonnement des Lorrains. En fabriquant la machine, ils avaient cru faussement que tous les pals ou barreaux de la herse se tenaient ensemble et qu’il suffirait d’en arrêter un pour retenir tous les autres. Mais ils se mouvaient chacun séparément, et il n’y en eut que deux qui ne purent descendre : celui qui était au-dessus de la poutre, et un autre qui fut empêché par un éclat de tuile logé en travers de la coulisse.

Pendant ce temps, les Lorrains qui avaient pénétré dans la ville, poursuivaient leur course victorieuse à travers les rues de la Vieille-Boucherie, de Chaplerue et jusqu’à la pierre derrière Saint-Sauveur, à la hauteur des rues actuelles de la Tête-d’Or et du Petit-Paris. Ils se croyaient suivis de ceux qu’ils avaient laissés en arrière de la porte, mais ils furent fort surpris de ne les pas voir arriver.

D’autre part, l’alarme venait d’être donnée aux habitants. Les premiers qui avaient vu le péril, comme Harelle, s’étaient répandus dans les rues voisines, en criant : « Alarme ! Secours, aide à la porte Champenoise !(manière usitée alors de prononcer le mot Serpenoise) Les Lorrains sont dedans ». Et de toutes les maisons, sortaient des hommes à peine habillés, plusieurs même sans chaussure.

C’étaient en général, avec les mésoyers et les vignerons, des charpentiers établis en grand nombre dans les rues Serpenoise et Saint-Gengoult. Armés de bêches, de houes, de haches ou de gros bâtons, de tout ce qui s’est rencontré sous leur main, ils courent à la porte et résistent énergiquement à l’ennemi, pendant que Harelle et les gardiens lancent des traits et des pierres du haut de la voûte.

De leur côté, les bouchers de la Vieille-Boucherie, jettent par leurs fenêtres en travers de la rue, leurs tables, bancs, tréteaux, fûts de bois et tout ce qui peut servir à barrer le passage.

Bientôt les gens de guerre qui avaient été avertis, arrivent à leur tour, et la lutte devient terrible.

Krantz et ses compagnons ne se voyant pas secourus, regagnent la porte en toute hâte, et s’efforcent de la franchir, en se baissant par dessous le char, ou bien en passant à travers l’intervalle laissé par la barre qui n’avait pu descendre. Leur fuite fut vaillamment protégée par le chevalier Krantz. Il pouvait s’échapper un des premiers, mais voyant son entreprise manquée, il se fit un point d’honneur de sauver ceux qui l’avaient suivi.

Animé d’un courage intrépide, doué d’une force d’athlète et couvert d’une bonne armure, il combattit longtemps devant le char, ne voulant quitter la place que le dernier. Mais au moment où il cherchait à faire sa retraite, il fut mortellement atteint d’un coup de hache d’armes, et tomba sur le pavé, en criant encore : Vive Calabre !

Gaspard de Raville, qui s’était toujours tenu entre les deux portes et derrière le char, courut lui-même le plus grand danger. Renversé à terre et grièvement blessé, il ne fut sauvé de la mort que par ses sénateurs, qui l’arrachèrent à ses ennemis en l’entraînant, par la tête et par les pieds, hors de la porte. Deux de ces hommes dévoués furent tués sur son corps.

Il y eut du côté des Lorrains, de trente-trois à trente-cinq morts, parmi lesquels Berthold Krantz, Jacques de Halmestadt et Engelhard de Dullange. Mais Philippe de Vigneulles estime que sans la valeur du chevalier Krantz, plus de deux cents auraient, dans ce jour, trouvé leur perte. On avait fait cinquante prisonniers.

Les Messins comptèrent trois morts : le portier, un pauvre fou et un charpentier. Il y eut en outre cinq blessés : deux soldoyeurs, une femme, un écuyer et un nommé Martin d’Ingenheim, secrétaire de la cité.

Pendant que ces choses se passaient dans l’intérieur des murs, le duc Nicolas, qui s’était avancé jusqu’à la chapelle de Saint-Fiacre, à peu de distance de la porte, attendait l’issue de l’affaire. Il s’était revêtu d’une magnifique cotte d’armes, brodée de grandes feuilles de chêne d’or, et tenait son épée à la main.

Déjà il commençait à s’étonner, puisque la porte était prise, que l’on tardât si longtemps à l’avertir de s’avancer. Alors ceux qui avaient pu échapper, arrivèrent à lui, hors d’haleine, et lui dirent : « Fuyez ! Fuyez ! Sire, car tous vos gens qui étaient entrés, sont perdus ou blessés ».

Le prince frappé de stupeur et de tristesse, reprit le chemin de Pont-à-Mousson, d’un pas précipité. On le voyait tout pensif, porter de temps en temps à sa bouche, un petit bâton qu’il tenait à la main. Les Lorrains s’attendaient à être poursuivis, mais les Messins étaient eux-mêmes trop inquiets, pour s’occuper d’autre chose que des mesures de sûreté intérieure qu’un péril si subit et si étrange paraissait commander.

On peut se figurer, en effet, l’émotion profonde qui régna pendant cette journée, et les récits divers qui passèrent de bouche en bouche par toute la cité.

On sait combien, à la suite de semblables événements, les imaginations effrayées ajoutent encore de circonstances sinistres à la réalité et c’est ainsi, probablement, que l’on affirmait avoir entendu les Lorrains crier : « Tuez ! Tuez tout, femmes, enfants, n’épargnez personne ! ». Un ordre aussi atroce en lui-même, qu’inutile et contraire même au succès de l’entreprise, n’avait été certainement pas donné par le duc de Lorraine.

Mais les Lorrains à leur tour n’épargnèrent pas aux Messins le reproche d’inhumanité. Ils racontèrent, par exemple, que Berthold Krantz ayant demandé à se rendre en franc chevalier, on l’avait reçu à merci et qu’ensuite on l’avait fait mettre à mort, lâchement et sans pitié.

La vérité est que les Messins ne souillèrent leur victoire par aucun acte de ce genre, et qu’ils la célébrèrent d’une manière plus noble et plus glorieuse.

Ils recueillirent avec soin les étendards pris sur leurs ennemis et en firent des trophées qu’ils suspendirent dans l’église de Notre-Dame-de-la-Ronde. Ces étendards étaient au nombre de cinq, on y remarquait en particulier ceux de Berthold Krantz et de Jacques de Halmestadt.

Le 21 mai suivant, qui était un vendredi, on fit à Saint-Vincent une procession générale d’actions de grâces, et le frère Nicole Claussequin, de l’ordre des Prêcheurs, prononça à cette occasion un discours devant tout le peuple assemblé. Il paraît que cette procession fut depuis annuellement célébrée, le jour anniversaire de la délivrance de la cité.

Les Messins voulurent consacrer encore ce souvenir par un monument religieux. Ils élevèrent, près du grand portail de la Cathédrale, à côté de Notre-Dame-de-la-Ronde, une chapelle en l’honneur de la sainte Vierge, et que l’on appela chapelle de la Miséricorde ou des Lorrains.

Enfin, près de la porte Serpenoise, du côté droit, en entrant dans la ville, on érigea un autel avec une croix commémorative, dite des Lorrains.

Mais pour perpétuer aussi, par les traits d’une image sensible, la mémoire de l’événement, on en fit retracer les principaux détails dans un tableau que l’on attacha sous la voûte qui en avait été en partie le théâtre. Lorsque l’on abattit la porte Serpenoise, en 1563, ce tableau fut porté au Haut-Palais. Mais comme il y était négligé et qu’il se gâtait de jour en jour, le sieur Nicolas Maguin, syndic de la ville, le demanda et l’obtint pour le faire réparer. Il resta depuis ce temps dans sa maison.

Dans les derniers jours du mois de juillet suivant, la paix fut conclue entre les Messins et René II qui venait de succéder au duc Nicolas. Le trentième jour du même mois, les cinquante prisonniers lorrains, détenus à Metz, recouvrèrent leur liberté.

Cependant les Messins eurent, longtemps encore, à se tenir en garde contre les prétentions et les attaques de la maison de Lorraine. Ce fut, sans doute, pour répondre aux exigences de cette perpétuelle défensive que, dans les premières années du siècle suivant, ils fortifièrent de nouveaux ouvrages, les approches et les entrées de leur ville.

12345

clomiphenefr |
allopurinolfr |
Parler l'anglais en Martinique |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | La Boite qui Mijote
| NON A LA MONARCHIE AU SENEG...
| Alain Daumer