Les ruines du château de Frauenberg (57)

blasonfrauenberg.pngruineschateaufrauenberg.jpg 

 

Classées aux monuments historiques par arrêté du 26 avril 1921, les ruines font l’objet d’une sauvegarde et d’une restauration de la part d’une association. Des visites guidées sont organisées chaque année, à l’occasion des journées du patrimoine.

Je vous propose de découvrir l’historique de ce château à travers ses différents propriétaires, et en même temps l’histoire d’une partie de la Moselle.

D’après un article écrit par M. Thilloy
et paru dans « Mémoires de la Société d’archéologie et d’histoire de la Moselle » – Année 1865

A six kilomètres de Sarreguemines, sur le flanc des collines escarpées qui rétrécissent le vallon de la Bliese, un vieux château élêve ses ruines encore imposantes. Ses hautes tours, ses murailles percées à jour et à demi écroulées, dominent au loin le cours sinueux de la rivière.

A ses pieds, et dans l’étroit espace qui règne entre la berge et la montagne, le village de Frauenberg s’allonge au bord des eaux, à demi caché par un rideau de peupliers. Puis, se repliant sur lui-même, il escalade une partie de la colline et lui fait une pittoresque ceinture de constructions rustiques. En face, les hauteurs de la rive droite décrivent une courbe peu étendue et dans la petite plaine qu’elles enserrent, le village de Habkirchen montre ses murs blanchis et ses toits de tuiles rouges au milieu d’un massif d’arbres fruitiers.

Vu du château, le paysage est charmant, mais il est bien plus pittoresque pour le voyageur qui arrive par la vallée. Des bords de la rivière, au-dessus du faîte des maisons et de la cime des peupliers, l’œil remonte le talus verdoyant. Il a hâte d’admirer la silhouette élégante de l’antique manoir, tantôt se détachant toute grise sur un beau ciel bleu, tantôt s’enlcvant lumineuse, sur un fonds de sombres nuages. Un vieux marronnier, d’un magnifique développement, planté au pied de la tourde garde, atteint à peine à la moitié de sa hauteur et masque de son épais feuillage, les énormes murailles du donjon placé un peu en arrière.

Quels furent les maîtres du château de Frauenburg ? Nul ne le sait dans le pays. Personne n’a conservé le souvenir des vieux barons, des nobles châtelaines qui ont vécu dans son enceinte. Personne n’a cherché à connaître leur nom et leur lignage, personne enfin ne s’est demandé si ces murs écroulés ont joué un rôle dans l’histoire du pays.

Tout enfant, j’ai aimé ces ruines. Je me suis passionné pour ce site romantique, pour la verte colline et sa noble couronne féodale. Plus tard, quand sont venues les années, quel vif désir n’ai-je pas éprouvé de rechercher le secret de ces débris ? Assis au pied de l’antique donjon, j’aurais voulu évoquer les ombres des chevaliers qui y ont arboré leur bannière et les interroger sur leur passé mystérieux.

A défaut de ces poétiques fantômes, il me restait la poussière des bibliothèques. Hélas! Les réponses ont été bien brièves et bien incomplètes. Frauenberg n’a point d’histoire, point de légendes. Le vieux château n’est jamais nommé dans les annales du pays. Bien peu de ses seigneurs ont porté son nom et le plus grand nombre d’entre eux semble n’avoir habité ce domaine que par accident et à de longs intervalles.

Mon récit, je le crains, ne sera donc que bien peu attrayant, et il ne me sera guère possible de donner au lecteur qu’une simple chronique, quelques éclaircissements sur l’ancienne géographie du pays et la nomenclature des barons qui, à travers les âges, se sont transmis la seigneurie de Frauenberg.

C’est en 1371 seulement que je trouve la première mention de Frauenburg dans les documents historiques ou plutôt dans les archives d’une maison seigneuriale. Le château de Frauenburg, toutefois, doit dater d’une époque un peu plus reculée. Tout en tenant compte des transformations qu’il a évidemment subies, et de la reconstruction bien visible d’une partie de ses murailles, son aspect général, sa haute tour, son énorme donjon semblent en faire remonter la fondation à la fin du XIIIe ou aux premières années du XIVe siècle.

L’histoire primitive des châteaux de nos contrées est, en général, enveloppée d’une grande obscurité, presque toujours leurs ruines recouvrent les débris de forteresses bien plus anciennes qu’eux-mêmes et auxquelles il est difficile d’assigner une date certaine. En est-il ainsi de Frauenburg, et doit-on admettre, avec une tradition du pays, que ses murailles cachent les fondations d’une station ou d’une védette romaine ? Aucun indice certain ne donne lieu de le penser. A Frauenburg même, l’on n’a jamais trouvé de vestiges romains, bien que le pays d’alentour porte l’empreinte incontestable du passage et du séjour des armées romaines dans la vallée de la Bliese inférieure.

A l’époque romaine, en effet, un embranchement détaché au Hiéraple (fort ou camp romain, au sommet d’une colline escarpée qui domine le village de Cocheren) de la grande voie de Metz à Mayence, franchissait la Sarre peut-être à Sarreguemines et, par les hauteurs qui séparent la vallée de la Sarre de celle de la Bliese, se dirigeait, en remontant cette dernière rivière, sur Bliescastel et le Palatinat bavarois. Partout le sol en conserve les traces.

A Bliesbrücken, les fondations d’une forteresse et des débris de toute nature. Au-delà de la frontière bavaroise, entre Bliesbrücken et Reinheim, les ruines bien caractérisées d’une immense villa. Au-dessus de Bliescastel, à Birbach, l’emplacement certain d’un camp permanent et d’un grand établissement militaire, démontrent d’une manière positive l’existence d’une voie de communication, sans doute d’une importance secondaire, mais qui, toutefois, devait être fréquentée. Cette voie, primitivement consacrée à la vallée de la Bliese, a dû, dans la suite des temps et à partir de Bliesbrücken, détacher un rameau qui s’est enfoncé dans les forêts du Pays de Bitche, et qui bientôt est devenu le principal moyen de communication avec l’Alsace septentrionale.

Après l’invasion des Barbares et la chute de l’empire romain, le pays, dépeuplé et désert semble, et pour bien longtemps, être retourné à l’état sauvage. Dès les premières années du VIIIe siècle, les bénédictins commencent à défricher les forêts et à bâtir des villages. Vers 740, le chorevêque saint Pirmin, fonde, à Gemünd-sur-la-Horn, le monastère plus tard célèbre sous le nom de Hornbach, et ses moines se répandent le long des affluents de la Bliese. En 777, dans le voisinage immédiat de Frauenburg, Villare (Blies-Guerschwiller) appartient à l’abbaye de Saint-Denis, en France. En 791, Ramesbach (Blies-Ranspach) et quelques villages contigus, font partie des domaines de Wido, comte salike deWorms et de Franconie et souverain de la majeure partie du Bliesgau.

Au moment où commence le IXe siècle, sur la rive droite de la Bliese et en face de la colline que couronnera un jour Frauenburg, le village actuel de Habkirchen constitue déjà un centre de population d’une certaine importance, et son nom seul indique suffisamment qu’il était, dès lors, le chef-lieu d’une paroisse.

Dès l’année 819, en effet, une charte de Louis-le-Débonnaire avait parlé de « Apponis ecclesia » in pago Blisinse. En 888, Arnulf, roi de Germanie, donne à Folckwin, l’un de ses nobles dans le Bliesgau, un certain nombre de villages parmi lesquels figure Appenchiridia. Ces deux dénominations, traduction l’une de l’autre, s’appliquent bien certainement au village actuel de Habkirchen, et la question paraît d’autant moins douteuse que la même donation comprend Wahalisheim et Medilinesheim, villages encore existants et situés l’un et l’autre dans le cercle de Deux-Ponts et à peu de distance de Habkirchen.

Au moyen âge, la grande route impériale qui reliait les Flandres à l’Italie et qui semble avoir été l’artère commerciale la plus suivie de ces provinces, passait non loin de Frauenburg, sinon tout à fait aux mêmes lieux que la voie romaine, du moins dans leur voisinage immédiat. Cette route, venant de Saarbrück, franchissait la Bliese à Sarreguemines et longeait cette rivière. Sa direction, que l’on peut suivre encore sur quelques parties du sol, indique qu’elle devait traverser les territoires de Frauenberg et de Bliesbrücken. Mais, abandonnant ici la vallée de la Bliese, elle se dirigeait sur Rimling et l’Alsace, et passait au pied des forteresses nouvelles que la féodalité élevait au milieu des forêts et des montagnes du comté de Bitche. Cette route était commandée par les châteaux de Bliesbrücken, de Rimling, de Lemberg et de Lichtemberg ; son prolongement oriental passait sous les murs des châteaux de Bitche, d’Eguelshard, Waldeck, Falkenstein, etc.

Dès les premiers temps de la féodalité, le château de Bliesbrücken avait commandé ces voies de communication. Plus tard, et peut-être après sa destruction, une autre forteresse située un peu plus bas sur la Bliese, le château de Mengen, avait dominé le cours de cette rivière.

Au XIVe siècle, les sires de Brücken ont depuis longtemps abandonné leur antique demeure, et peut-être retrouverons-nous leurs descendants châtelains de Hingsange pour les évêques de Metz. Les sires de Mengen ont suivi cet exemple ; ils quittent également le donjon patrimonial et vont devenir, pour les ducs de Lorraine, capitaines du château de Warsberg.

Par une coïncidence assez remarquable, au moment où le château de Mengen est abandonné et où le chef-lieu de l’antique seigneurie n’est plus qu’un simple village, on voit apparaître le château et la seigneurie de Frauenburg. Bien plus, à cette époque les deux fiefs appartiennent au même seigneur. Y aurait-il entre ces deux châteaux une connexion, un lien autre que ceux d’une possession simultanée ?

Les termes d’un arrêt rendu en 1702 par la cour souveraine de Lorraine, rapprochés de ce que je viens d’énoncer, vont peut-être nous donner la solution cette question et éclairer d’un jour nouveau les origines de Frauenburg. Cet arrêt, relatif à la mouvance de la seigneurie, rappelle et analyse d’anciens documents ; on y trouve entre autres les phrases suivantes, extraites de lettres de reprises de différentes époques : « La terre de l’Interdingen et Mingen en dépendant…. » « La terre et seigneurie de l’Interdingen et le château de Frawenberg en dépendant…. ».

D’après ces textes, Mengen, Frauenburg et Linterding ont évidemment, au point de vue féodal, une relation intime de dépendance persistante dans son existence et sa durée, mais variable dans ses termes et ses rapports. Mais qu’était-ce que cette terre de Linterdingen ? Etait-elle située, ainsi que Mengen, sur la rive bavaroise de la Bliese, ou bien s’étendait-elle sur la rive gauche de cette rivière et entourait-elle Frauenburg, sur le territoire français ?

Un dénombrement donné au duc Léopold, à la date du 15 mars 1701, nous fera d’abord connaître la valeur et la signification de ce nom de Linterdingen, absolument inconnu dans la géographie actuelle du pays : « La terre et seigneurie de Frawenberg, y est-il dit, est située sur la rivière de Blise entre Sarguemines et Bliscastelle. Elle consiste en un chasteau avec son pourpris et un bourg du même nom, avec un petit village appelé anciennement Linterdingen. Un moulin sur la Blise dans le village de Linterdinguin appartenant aussi en propre au seigneur de Frawenberg ».

La seigneurie de Frauenburg et celle de Linterdingen sont donc absolument la même chose. Primitivement, la terre portait le nom du petit village qui en était le centre, mais dans la suite des temps le nom du château a prévalu sur celui de l’ancien village et l’a fait oublier.

Mais où chercher aujourd’hui, ce village et ce moulin de Linterding, dont le nom même est perdu ? Je n’hésite pas à l’affirmer, dans le village de Frauenberg lui-même.

Les villages disparaissent et s’effacent, les moulins se transmettent à travers les âges. Liés aux accidents du sol, ils survivent aux localités que souvent ils ont vu naître. Le moulin sur la Bliese dont parle le dénombrement de 1701, et qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, ne peut et n’a pu être que le moulin de Frauenberg.

D’un autre côté, le village de Frauenberg se compose de deux parties encore aujourd’hui distinctes, bien que reliées par des constructions modernes. La plus nouvelle s’étage aux flancs de la colline sous les murs du château : c’est elle que le dénombrement de 1701 appelle le bourg de Frauenberg. La plus ancienne est au fond de la vallée : c’est la réunion, autour du moulin banal, des primitives cabanes, demeures des serfs, des vassaux, des colons du seigneur, cabanes détruites a chaque menace de guerre, à chaque invasion des turbulents barons du voisinage. Ce hameau des vassaux et des colons, c’est l’ancien village de Linterding.

Mais de même que les villages bâtis au pied du fort de Bitche ont, dans la suite des temps, perdu leur nom pour prendre celui du château et du fief de leur seigneur, de même le hameau de Linterding a quitté cette dénomination pour celle de Frauenberg, emprunté au donjon dont il dépendait, et au nouveau village avec lequel il allait désormais se confondre.

Le nom de Linterding, du reste, et l’antiquité de ce hameau peuvent s’expliquer facilement.

Nul doute qu’aux origines de la féodalité, la vallée de la Sarre n’ait renfermé un grand nombre de collonges ou fermes confiées à des colons par des seigneurs qui ne voulaient ou ne pouvaient les cultiver directement. En allemand, la collonge se nommait Ding ou Ding-hof, et à l’établissement d’une collonge se rattachent probablement l’origine et le nom d’un grand nombre de localités dans l’arrondissement de Sarreguemines.

Tels sont les villages ou les hameaux suivants : Alling, autrefois Alding ; Bedding, aujourd’hui ruiné ; Biding ; Diding ; Hœlling, autrefois Hœlding ; Laning, autrefois Landing ; Olberding ; Olding, aujourd’hui ruiné ; Opperding ; Rahling, autrefois Rahlding ; Rouhling, autrefois Ruhlding ; Theding ; Weiferding ; Zetting, autrefois Zœding ; etc…

Vraisemblablement, sur les bords de la Bliese, une collonge aura été connue sous le nom de Linterding ou sous un nom analogue ; plus tard, le château du seigneur s’est construit dans le voisinage et la ferme primitive est devenue un hameau.

Une circonstance particulière se rencontre et vient appuyer l’opinion que je propose. Dans toute collonge qu’un fermier cultive et exploite, le seigneur se réserve certains biens particuliers, l’ancienne terre salique, qu’il administre directement par ses vassaux et non par des colons. Cette réserve, c’est habituellement le Meiergut, ou Bien du maire, le moulin, le brühl ou pré communal, etc.

Eh bien ! À Frauenberg, nous retrouverons le Meiergut, qu’en 1686 le seigneur détachera de la terre et vendra séparément. Nous retrouvons le moulin que le dénombrement de 1701 nous indique comme appartenant en propre au seigneur. Le Meiergut, le moulin, c’est la terre salique, la part du maître réservée au centre de la collonge. Linterding, c’est bien la ferme, origine du village primitif. De là, le premier nom du fief, nom disparu dans le rayonnement féodal et militaire des tours de Frauenburg.

Que conclure de tout ce qui précède ? Linterding, ferme ou village, existait avant la construction des grandes demeures féodales des bords de la Bliese. Il appartenait sans doute aux barons qui bâtirent leur château sur la colline de Mengen, et il releva de ce château durant toute son existence féodale. Plus tard, et sans doute à l’époque où presque toutes les forteresses subirent une transformation radicale, les sires de Mengen se décidèrent à abandonner leur demeure patrimoniale, et à en construire une nouvelle mieux appropriée aux besoins de l’époque et plus en rapport avec les progrès de l’art militaire. Ils durent chercher dans les environs et sur leurs domaines, un endroit favorable à l’accomplissement de leurs projets et à l’édification de ce nouveau château qui allait devenir le centre féodal de la vieille terre de Linterding.

En remontant la Bliese, à mi-chemin de Mengen à Brücken, tout près de Linterding, s’ouvrait alors une route nouvelle. Embranchement de la grande voie impériale du pays de Bitche, elle allait, à l’abri des inondations de la Bliese et par le sommet des collines, rejoindre en ligne directe Bliescastel alors fameux dans l’histoire locale sous le nom de Castres et Deux-Ponts qui naissait à la vie féodale. Cette route reliait d’une manière immédiate deux des principaux fiefs de l’évêché de Metz, les comtés de Castres et de Puttelange et conquérait chaque jour une plus grande importance.

Au point où cette voie nouvelle coupait les anciennes routes du pays et où elle franchissait la Bliese, dans une situation qui, aux avantages cherchés, réunissait tous ceux qu’avaient les vieilles tours abandonnées. Sur un sommet où il devait être inexpugnable et dans la situation la plus pittoresque, s’éleva le nouveau château auquel son fondateur donna le nom chevaleresque de Frauenburg, la forteresse des dames.

Frauenburg eut-il pour fondateur les derniers sires de la maison de Mengen ou fut-il bâti par les barons de la maison de Sierck ? Je l’ignore et je n’ai pas, je l’avoue, essayé de résoudre ce problème. Je me suis borné à rechercher le premier avènement de Frauenburg à la vie historique et féodale, et j’ai pu constater ce fait : en 1371, Friederich de Sierck, qui venait d’être choisi pour arbitre d’une contestation entre le comte Jean III de Saarbrück et Eberhardt de Wolfstein, son vassal, portait, et du vivant de son père, le titre de seigneur de Frawenburg.

La maison de Sierck était de l’ancienne chevalerie lorraine et, depuis le commencement du XIIIe siècle, son nom était honorablement connu dans les vallées de la Moselle et de la Sarre. Avant 1270, elle était vassale des comtes de Saarbrück pour divers fiefs. Plus tard, elle avait obtenu des archevêques de Trêves les importants châteaux de Mensberg près de Sierck, et de Montcler sur la Sarre inférieure ; enfin, sur la Sarre supérieure, elle possédait divers domaines et le château de Saareck qui relevait à cette époque du duché de Lorraine, et qui, depuis, dépendit de la baronie de Fenestrange.

Je ne sais lequel des barons de cette maison a le premier possédé Frauenburg, mais il paraît certain que Jacques de Sierck, père de Friederich, a été seigneur de cette terre, que ses deux fils et leurs enfants en ont simultanément porté le nom, et nul doute que, suivant les usages du temps, ils n’aient possédé indivisément le fief et le château.

En 1391, Arnold de Sierck, sire de Frauenburg, frère de Friederich, figure parmi les vassaux du comte Philippe Ier de Nassau-Saarbrück, et quatre ans plus tard (1395), on le voit faire hommage au duc Charles II de Lorraine pour les dîmes de Mengen.

Cet Arnould de Sierck est connu dans la généalogie de sa maison sous le nom d’Arnould-le-Vieux. Il avait épousé Marguerite Bayer de Boppart, sœur de Conrad, évêque de Metz, et fille de Conrad Bayer, seigneur d’Albe (Sarralbe), Hingsange et Château-Bréhain, l’un des barons les plus intelligents, les plus actifs et les plus influents de la vallée de la Sarre.

En 1415, nouvelles reprises : Arnould de Sierck (probablement Arnould-le-Jeune, après la mort de son père) reprend du duc Charles II « la terre de l’Interdingen et Mingen en dépendant ».

Ces reprises ne font pas mention de Frauenburg, qui sans doute, à cette époque, appartenait d’une manière plus immédiate soit à Friederich de Sierck, soit à Jean de Sierck son fils, tandis que les deux Arnould occupaient soit Mensberg, soit Moncler, leurs principales résidences.

En 1431, le titre de sire de Frauenburg est noblement porté du vivant de son père et de son oncle, et simultanément avec eux, par un jeune chevalier, Gaspard de Sierck, filsd’Arnould-le-Jeune et d’Eva, Wild et Rheingræffin.

L’on connaît les grands événements, dont la Lorraine fut le théâtre après la mort du duc Charles II. La fille unique du duc, Isabelle, et son époux René d’Anjou, duc de Bar et plus tard roi de Sicile, avaient été reconnus comme souverains de la Lorraine par toute la noblesse du duché, lorsque le comte Antoine de Vaudémont prétendit que la couronne ducale était un fief masculin dont les filles devaient être exclues d’après les lois féodales et les coutumes du pays.

Seul descendant mâle du duc Jean, leur aïeul commun, il se prépara à soutenir par les armes ses prétentions et ses droits héréditaires. Avec l’aide du maréchal de Bourgogne (Antoine de Toulangeon, l’ennemi particulier de René d’Anjou), il rassembla les vieilles bandes de quelques capitaines d’aventure, leur adjoignit un corps de chevalerie bourguignonne et envahit le duché de Bar.

Pour résister à cette invasion, René appela aux armes tous ses vassaux, et les chevaliers de la Lorraine allemande accoururent en foule se ranger sous sa bannière. Le 2 juillet 1431, les deux armées se trouvèrent en présence à Bulgnéville. Suivant l’usage du temps, le duc René conféra, avant la bataille, l’ordre de chevalerie à plusieurs de ses jeunes vassaux. Parmi eux se trouvait Gaspard de Sierck, alors à peine âgé de 18 ans.

La journée fut terrible pour la chevalerie lorraine. Les Bourguignons occupaient une forte position. Couverts par un petit cours d’eau, appuyés à une forêt, défendus par des retranchements faits à la hâte et armés d’artillerie, ils supportèrent sans plier l’impétueuse attaque de l’armée ducale et y répondirent par une grêle de flèches et le feu de leurs cauleuvrines. Après un combat qui ne dura qu’un quart d’heure, les alliés de René prirent la fuite et ses troupes durent battre en retraite.

Une sanglante mêlée termina la bataille et fut fatale aux chevaliers lorrains, malgré une admirable défense et des prodiges de valeur. Là, périrent Jean V, comte de Salm, sire de Morhange ; Friederich, comte de Saarwerden ; Henri Bayer de Boppart, sire d’Albe, et son fils ; son frère, seigneur de Château-Bréhain, et trois de ses neveux ; une foule de comtes et de seigneurs furent faits prisonniers.

Entouré par les Bourguignons, le duc René lui-même allait périr, lorsque le jeune sire de Frauenburg s’élança devant lui, couvrit son suzerain de son corps et tomba sous les coups qui lui étaient destinés. Ainsi sauvé par le dévouement de son jeune vassal, René continua à combattre jusqu’au moment où, resté presque seul et atteint de trois blessures, il fut contraint de rendre son épée et fut emmené en captivité par les Bourguignons.

Après la mort de son fils unique, Arnould de Sierck se dévoua avec une sorte de passion au service de son prince, et c’est à ses actives démarches et à ses intelligentes négociations que René dut l’allègement et la prompte fin de sa captivité.

Cinq ans plus tard, René put payer la double dette de sa reconnaissance. Il donna à Arnould de Sierck, le comté de Forbach, et il consacra dans la charte de donation le souvenir du jeune sire de Frauenburg et de son héroïque dévouement.

En 1437, le titre de sire de Frauenburg était porté par Jean de Sierck, neveu d’Arnould-le-Vieux et fils de son frère Friederich de Sierck. Sans doute Jean mourut sans laisser d’héritiers de son nom, car la maison de Sierck devait s’éteindre avec Arnould-le-Jeune. Toujours est-il que peu de temps après, et par suite d’une mutation dont la date et le caractère nous sont inconnus, son cousin Arnould, sire de Mensberg, de Montcler et de Forbach, devint seul et unique seigneur du château et du domaine de Frauenburg.

Arnould ne laissa que des filles. L’une d’elles, Adelheid ou Adélaïde, épousa le comte Hanneman de Linange-Dagsbourg et lui apporta Frauenburg en même temps que la seigneurie de Forbach et plusieurs autres domaines.

Hanneman de Leiningen ou de Linange appartenait à une illustre famille du cercle du Rhin, dont l’origine se perd dans la nuit des temps féodaux, et dont les descendants existent encore aujourd’hui. Il vécut jusqu’à un âge très avancé (+ 1506), joua un rôle actif dans les affaires politiques et militaires de son temps, fut grand bailli d’Allemagne pour le duc de Lorraine, et, dans les chroniques messines, son nom est souvent mêlé à ceux des adversaires et des ennemis de la cité.

Ainsi que son beau-père Arnould, Hanneman de Linange mourut sans laisser d’enfant mâle. Ses deux filles, Elisabeth et Walpurge, se partagèrent par moitié les seigneuries de Réchicourt, Moersperg, Forbach et Frauenburg, qui composaient leur héritage, et les apportèrent ainsi divisées à leur époux.

Élisabeth de Linange fut mariée à Emich de Dann-Falkenstein, sire d’Oberstein, et leur petite-fille et unique héritière, Barbara de Daun, veuve du comte Simon Wecker de Deux-Ponts Bitche, (+ 1541), épousa en secondes noces Jean Jacob Ier, comte d’Eberstein.

De son côté, Walpurge de Linange avait épousé Jean de Hohenfels, sire de Reypoltzkirchen. Ils eurent pour fils Wolf de Hohenfels, sire de Forbach qui, en 1525, commandait l’avant-garde du duc Antoine dans la guerre des Rustauds, et qui, avec Jean de Braubach, châtelain de Gemünde, parvint à déloger de l’abbaye de Herbitzheim les paysans révoltés qui s’y étaient cantonnés.

Depuis plus d’un demi-siècle, les descendants des deux branches jouissaient en commun de leurs parts respectives dans l’héritage d’Adelaïde de Sierck, lorsqu’en 1555, Barbara de Daun proposa à ses cousins de Hohenfels de procéder à un partage. Elle leur offrit sa part de Forbach en échange de leur part de Frauenburg. Cette proposition fut acceptée, l’échange s’accomplit en 1556, et dès lors, Barbara de Daun fut seule et unique propriétaire et dame du château et de la seigneurie de Frauenburg.

L’acte original du partage ne nous a pas été conservé, mais des documents postérieurs nous apprennent qu’à cette époque, la portion de Barbara de Daun dans l’héritage d’Adelaïde de Sierck comprenait, outre la terre et le château de Frauenburg, les trois quarts de la seigneurie de Bousbach, dans le comté de Forbach, une quote part (probablement un sixième) dans la seigneurie de Mengen et Bolchen sur la Bliese, et un certain nombre de redevances seigneuriales dans plusieurs villages des environs de Frauenburg.

Les comtes d’Eberstein, seigneurs de Frauenburg, du chef de Barbara de Daun, appartenaient à la haute noblesse transrhénane et ils étaient vassaux immédiats de l’empire. Le berceau de cette maison existe encore près de Baden-Baden, et les ruines de cette grande demeure féodale sont chaque jour visitées par le monde de touristes qu’attirent les beautés pittoresques de ce charmant pays. Non loin d’Ebersteinburg, s’élevait Neu-Eberstein qui, au XIIIe siècle, avait succédé à l’antique forteresse et que le marckgraff Friederich de Baden reconstruisit à la fin du siècle dernier sous le nom d’Eberstein-Schloss.

Vers 1280, la maison d’Eberstein était près de s’éteindre faute d’héritier mâle. Elle fut relevée par le comte Simon de Deux-Ponts, fils de l’héritière d’Eberstein, qui recueillit les grands biens de sa mère et prit pour lui et ses descendants le nom et les armes d’Eberstein. Presqu’à la même époque, Eberhard, frère cadet du comte Simon et arrière-aïeul du premier mari de Barbara de Daun, acquérait le pays de Bitche et devenait le premier des comtes de Deux-Ponts-Bitche.

A cette époque, bien que depuis des siècles ses seigneurs fussent vassaux des ducs de Lorraine, Frauenburg ne relevait pas du duché ; c’était un fief d’empire. La bibliothèque de Metz renferme l’analyse de plaintes du comte Jean Jacob, adressées au duc de Lorraine au sujet de troubles faits par les officiers ducaux de Guemünd (Sarreguemines) contre sa seigneurie de Frauenburg, terre d’Empire.

Quelles qu’aient donc été plus tard les prétentions des ducs de Lorraine au sujet de la vassalité de Frauenburg, il n’en est pas moins vrai qu’au XVIe siècle les princes allemands, qui en étaient les maîtres, disaient tenir directement cette seigneurie de l’empire d’Allemagne, et l’on ne trouve à cette date aucun aveu ou dénombrement qui puisse démontrer le contraire ou appuyer la prétention des ducs.

Du reste, à cette époque les villages qui entouraient Frauenburg se trouvaient, pour la plupart, entre les mains de princes de l’empire qui en disputaient la souveraineté aux ducs de Lorraine.

Ainsi Blies-Ebersing, sorte d’annexe naturelle de Frauenburg, était détenu par les comtes de Nassau-Saarbrück, et ne fut définitivement attribué à la Lorraine et rattaché à la châtellenie de Guemünd que par une transaction conclue en 1581, entre le duc Charles II et le comte Philippe de Nassau-Saarbrück.

Bliesbrucken, Blies-Schweyen, faisaient partie de la baronie de Bliescastel et appartenaient au comte de la Leyen. Ils n’ont été cédés à la France qu’en 1782, comme partie intégrante de la baronie de Welferding.

Wieswiller et Wœlfling, bien plus éloignés, mais sur lesquels les seigneurs de Frauenburg devaient acquérir des droits importants, avaient appartenu aux barons de Steinkallenfels, seigneurs de Buntenbach ; ils étaient aux mains des comtes de Nassau-Saarbrück, et ne devaient revenir à la Lorraine qu’au XVIIe siècle.

Je ne parle pas des villages de la rive droite de la Bliese ; ils dépendaient de la baronie de Bliescastel, et plusieurs d’entre eux (parmi lesquels Mengen et Bolchen) étaient revendiqués par les comtes de Créhange, qui devaient plus tard transmettre leurs droits aux marckgrafs de Baden.

Toutefois ces relations féodales avec le Saint-Empire ne devaient pas durer longtemps.

Pendant 70 ans environ, les comtes d’Eberstein jouirent paisiblement de leur nouveau domaine. La terre de Frauenburg était peu considérable ; ils cherchèrent à l’agrandir et à en augmenter le revenu.

Tout à côté de Frauenberg et contigu à son territoire, s’étend le ban de Wising ou de Wisingen. Wising a peut-être été construit sur l’emplacement d’un ancien hameau détruit ; peut-être n’a-t-il jamais été qu’une grande ferme isolée entre plusieurs villages. Quelle que soit son origine et à quelque époque que l’on puisse faire remonter sa fondation, c’était au XVIIe siècle une belle cense-fief, d’une grande étendue, qui relevait de la Lorraine et était mouvante de la châtellenie de Bitche.

Les seigneurs de Frauenburg avaient peu à peu acquis les trois quarts de cette cense. En 1620, le duc Henri de Lorraine donna au comte Jean Jacob II d’Eberstein, petit-fils de Barbara de Daun, le dernier quart du ban de Wisingen à charge de reprendre de lui en fief le ban tout entier.

L’année suivante, le même duc Henri abandonna au seigneur de Frauenburg, sa part des dîmes de Wieswiller et Wœlfling, anciens villages dont la souveraineté était encore contestée aux ducs par les comtes de Nassau-Saarbrück, et dont l’église et les redevances féodales appartenaient, depuis le XIIe siècle, à l’abbaye de Sturtzelbronn, alors ruinée et à peu près détruite.

C’était un premier pas vers la solution des difficultés qui s’étaient élevées en 1565, au sujet de la vassalité de Frauenburg, et bien certainement cette question se fût résolue à l’amiable, sans les grands événements qui allaient changer la face des choses et les calamités sans nombre qui menaçaient les provinces rhénanes.

La Lorraine toute entière, mais en particulier la Lorraine allemande, allait traverser l’une des phases les plus douloureuses de la vie de cette petite souveraineté. La guerre de Trente ans entrait dans ce que l’on nomme la période franco-suédoise, et nos provinces devaient, durant longues années, servir de champ de bataille aux armées de l’empereur et du roi Louis XIII.

Gustave-Adolphe avait été tué à Lutzen et le général de Horn avait amené ses Suédois victorieux dans les plaines de l’Alsace. Il se préparait à envahir la Lorraine, et le seigneur de Frauenburg fut la première victime de cette invasion.

Au mois d’août 1633, le duc de Birkenfeld, à la tête d’un corps suédois, s’avançait sur Haguenau qu’il espérait emporter. Une vive escarmouche eut lieu près de Pfaffenhofen. Brisée contre la solide infanterie suédoise, la cavalerie lorraine prit la fuite et alla se rallier sous les murs des places voisines. Les Suédois poursuivirent les fuyards et arrivèrent inopinément devant les tours de Frauenhurg.

« Le duc de Birkenfeld, dit une lettre du temps, fit enlever le comte d’Eberstein, beau-frère du comte de Linange-Westerbury, de sa maison de Frauenburg, entre Deux-Ponts et Sarbruc, laquelle il fit piller, ne laissant à la comtesse sa femme (Marguerite, comtesse de Solms-Laubach) qu’une chemise, et mena ledit comte prisonnier avec sa robe de nuit, sans qu’il eut jamais rien eu à démêler avec M. de Lorraine et sa maison ayant toujours été à la dévotion de la France ».

Tel fut le premier acte de cette invasion alternative des Suédois et des troupes impériales qui, durant cinq années, causa de si horribles désastres, et à la suite de laquelle les armées françaises occupèrent la Lorraine pendant près de quarante ans.

Frauenburg, abandonné par ses seigneurs, subit probablement le sort de tous les châteaux-forts de la Lorraine allemande. Pris et repris par les uns et par les autres, il finit par devenir, ainsi que Forbach, un repaire de partisans qui faisaient la guerre pour leur propre compte. Lorrains contre les Suédois, Français contre les Impériaux, ces aventuriers pillaient tout le monde sans se soucier des partis ni des nationalités.

Le cardinal de Richelieu, pour mettre un terme à ces désordres, ordonna au maréchal de la Force de s’emparer de toutes ces forteresses, et bientôt après, il les fit impitoyablement raser. C’est alors que disparurent les châteaux de Forbach, de Hombourg-l’Evêque, de Sarreguemines et la plupart des forteresses féodales du pays de Bitche.

Quant au village, il suivit le sort du château : il fut incendié et détruit. Dans sa forme actuelle, en effet, il ne semble guère dater que de la seconde moitié du XVIIe siècle, de l’époque où le pays commença à se remettre de la crise qu’il venait de subir, et où les populations revinrent habiter les villages abandonnés pendant l’invasion suédoise. En 1755, 120 ans après les Suédois, Frauenberg ne comptait encore que vingt-sept feux : huit laboureurs et dix-neuf artisans ou manœuvres. Aujourd’hui, il se compose d’environ quatre-vingt-dix maisons, et sa population est d’un peu plus de cinq cents habitants.

Ainsi que tous les petits princes allemands des bords de la Sarre, le comte d’Eberstein se retira en Allemagne. Il y mourut en transmettant la propriété nominale de ses fiefs de Lorraine à ses descendants, qui ne vinrent réclamer son héritage que plus de cinquante années après le pillage du château de Frauenburg. Pendant l’occupation française, la seigneurie passa ainsi de Jean Jacob II à Jean Frédéric, qui avait épousé une comtesse de Créhange ; puis à Casimir, marié à une princesse de Nassau-Weilburg le 6 mai 1660, et mort le 22 décembre suivant. Peu de mois après ce décès, la comtesse d’Eberstein avait donné le jour à une fille posthume Albertine-Sophie-Esther, héritière de sa maison et dernière dame de Frauenburg, qui fut mariée, en 1679, à Frédéric-Auguste, duc de Wurtemberg et de Teck, et comte de Montbelliard.

Jusqu’à présent, l’on a pu remarquer que le château dont nous esquissons l’histoire, a porté exclusivement le nom féodal de Frauenburg, tandis qu’au village était réservé celui de Frauenberg.

A partir de l’invasion suédoise, il n’en sera plus ainsi. La forteresse, la burg, a été détruite, et son nom doit périr avec elle. Ici, du reste, commence une ère nouvelle pour le château et la seigneurie : la vieille baronie n’est plus rien qu’une terre noble. La phase féodale est terminée, l’influence germanique s’efface, nous entrons dans le rayonnement des idées françaises.

Au lieu d’être des princes allemands, les seigneurs de Frauenberg seront désormais des officiers au service des ducs de Lorraine ou des rois de France. Sous l’action de ces nouveaux maîtres, tous de race française, la langue française va pénétrer, bien faiblement il est vrai, dans la vallée de la Bliese.

Le nom de Frauenberg devient exclusif ; il doit désigner à la fois le château et la terre ; il va perdre un peu de sa physionomie germanique, et dans le langage usuel, il prendra souvent la forme contractée et plus euphonique de Framberg.

Le duc de Wurtemberg se hâta d’aliéner cette grande propriété. Mais avant de la vendre, il la démembra.

Le 31 janvier 1686, il détacha de la terre de Frauenberg la portion appelée Meiergut (le bien du maire), en constitua un arrière-fief relevant de la seigneurie, franc de corvées et de charges civiles, et il le donna, à charge de reprise, à son cher et féal Sébastien Thomin.

Quelle qu’en fut l’apparence, cet acte n’était pas une concession féodale et temporaire. C’était, sous une forme antique, une véritable aliénation et un démembrement réel de la propriété.

Sébastien Thomin, major de dragons au service de Lorraine, avait été anobli, le 28 juillet 1679, par le duc Charles V, pour « trente-quatre ans de services militaires, sa valeur et sa bonne conduite ». Il avait suivi la fortune des ducs de Lorraine pendant leur exil et leur vie errante. M. de Thomin n’habita pas Frauenberg, il avait fixé sa résidence à Ransbach, village situé à peu de distance, sur les bords de la Bliese.

Son fils, Jean de Thomin, capitaine au régiment de la Sarre, obtint, le 12 janvier 1707, du duc Léopold, des lettres portant confirmation « de l’état et rang de noblesse » que le duc Charles V avait jadis accordé aux belles actions de son père.

Il périt le 3 février 1715, dans les bois de Blies-Ransbach, où il chassait. Un journalier, nommé Peter Moor, l’assassina pour s’emparer des boutons d’argent qui ornaient son habit. Le corps, enfoui sous les feuilles, fut retrouvé grâce à l’instinct d’un chien de chasse, et rapporté au village. L’auteur du crime était inconnu et la justice seigneuriale eut recours, pour la dernière fois peut-être, à une épreuve judiciaire, l’épreuve du cercueil. Tous les habitants durent défiler processionnellement devant leur seigneur assassiné, et toucher de la main son cadavre. La tradition prétend qu’au moment où le meurtrier s’avança, la blessure s’ouvrit et le sang coula. Frappé d’épouvante et d’horreur, Peter Moor avoua son crime, indiqua l’endroit où il avait caché les boutons, objets de sa convoitise, et fut justicié à Deux-Ponts.

Jean de Thomin n’avait pas d’enfants, et ses trois sœurs se partagèrent son héritage et le transmirent à leurs descendants. Peu de temps après la concession des Biens du Maire, faite à Sébastien Thomin, le duc de Wurtemberg vendit le château et la seigneurie de Frauenberg à Jean-Daniel de Merlin et Dalheim, chevalier du Saint-Empire.

Ancien secrétaire du comte d’Apremont, Jean Daniel Merlin avait été l’un des agents les plus actifs du mariage du duc Charles IV, alors âgé de soixante-deux ans, avec Louise Marguerite d’Apremont, qui venait d’atteindre sa treizième année.

Charles était veuf. Ses deux femmes, la duchesse Nicole et la princesse de Cantecroix, étaient mortes ; son mariage avec Marianne Pajot avait été rompu, par la volonté de Louis XIV, au moment de s’accomplir. La belle chanoinesse de Ludres croyait l’avoir à tout jamais enchaîné à son char, lorsque des amis de la maison d’Apremont lui amenèrent la jeune et charmante comtesse. Le vieux duc s’enflamma d’une folle passion pour cette enfant dont il aurait pu être l’aïeul, et il demanda sa main. Le mariage tirait la maison d’Apremont de la misère où l’avaient plongée les événements politiques, et allait refaire sa fortune. Le contrat fut signé le 4 novembre 1665.

Merlin en fut l’un des témoins et le mariage devait se célébrer la même nuit. Mais à la dernière heure, soit qu’il eut honte d’une alliance si disproportionnée sous le rapport de l’âge, soit que l’enthousiasme de la passion eut fait place aux irrésolutions habituelles de son caractère si mobile, le duc voulut s’arrêter. Au moment où arrivait sa fiancée, il chercha, pour rompre le mariage, les prétextes les plus étranges : « Il était prêt, dit-il, à tenir sa promesse à l’heure même ; mais il ne se trouverait pas aisément un prêtre, à cause de l’absence du curé de Saint-Georges, dont il était le paroissien ».

Merlin comprit qu’avec un esprit aussi versatile que celui de Charles IV, le moindre retard perdait tout. Il joua d’audace et, à défaut du curé, il courut appeler le vicaire de la paroisse. Charles ne pouvait plus s’en dédire ; la bénédiction nuptiale fut donnée séance tenante, et Mlle d’Apremont devint duchesse de Lorraine, grâce à l’initiative et à la résolution du secrétaire de son père. Peu de temps après, Merlin fut anobli. Il acquit la seigneurie de Dalheim et enfin, le 13 avril 1686, la terre et le château de Frauenberg.

C’est probablement M. de Merlin qui releva le château de Frauenberg ou plutôt qui bâtit, à côté des tours encore debout, une maison moderne sur l’emplacement des remparts démolis par Richelieu. La façade de cette maison contiguë à la haute tour de garde, s’élève encore sur les massives assises de l’ancienne construction et fait contraste avec elles par la différence de ses dimensions et la légèreté relative de sa maçonnerie.

M. de Merlin habita Frauenberg toute sa vie. Il mourut sans enfants, vers la fin du XVIIe siècle, et laissa sa fortune à peu près entière à sa veuve, Jeanne-Catherine Dyvorel de la Roche. Mme de Merlin, comme l’avait fait son mari, fixa sa résidence à Frauenberg. A la restauration des ducs de Lorraine, après la paix de Ryswick, elle n’hésita pas à reconnaître, pour sa terre et son château, la souveraineté de la maison ducale. Le 20 juin 1700, elle avait fait ses reprises pour le ban de Wisingen mouvant du duc à cause du comté de Bitche ; le 15 mars 1701, elle se mit sous la protection de la Lorraine, et fit foi et hommage au duc Léopold pour la terre, la seigneurie et le château de Frauenberg.

Du reste, un procès qui s’éleva au sujet du testament de M. de Merlin entre sa veuve et ses héritiers, fournit bientôt au duc de Lorraine l’occasion de revendiquer la suzeraineté de Frauenberg. Le 15 février 1702, la cour souveraine posa en principe « que la terre et seigneurie de l’Interdingen et le château de Frawenberg en dépendant était (sic) un ancien fief mouvant du duché de Lorraine ; que les seigneurs et possesseurs de la dite terre, en ayant fait foi et hommage aux sérénissimes ducs, comme il paraît par l’acte de la veille de Saint-Jean-Baptiste 1415 par lequel il paraît qu’Arnould de Sirck avait repris la dite terre de l’Interdingen et Mingen en dépendant de Charles II, duc de Lorraine » fit défense à Mme de Merlin de comparaître devant la chambre impériale de Wetzlar où ses adversaires l’avaient appelée, prétendant que Frauenberg relevait de l’empire.

Dans cet arrêt, la cour souveraine avait quelque peu appliqué les fameuses théories de la Chambre de réunion de 1680. Quoiqu’il en soit, personne ne paraît avoir fait opposition à l’arrêt, et Frauenberg, dont on avait tu à la chambre impériale la situation en Lorraine, se vit ainsi incorporé d’une manière définitive au duché de Lorraine.

C’est vraisemblablement au temps de M. et Mme de Merlin et de leur séjour au château que l’on peut rattacher la fondation de la paroisse de Frauenberg. Jusqu’au XVIIe siècle, en effet, cette paroisse est inconnue et paraît ne pas exister : elle ne figure au pouillé de l’évêché de Metz ni en 1544, ni en 1606. Sans doute, sous les seigneurs vassaux immédiats de l’empire, la population du village, tout comme celle d’Ebersing et de Folperswiller, hameaux du voisinage, relevait pour le culte de l’église de Habkirchen.

Au moment où le château et ses dépendances ont été définitivement rattachés à la Lorraine, il est très probable que Frauenberg aura été érigé, sous le patronage de saint Jacques, en cure relevant de l’archiprêtré de Saint-Arnuald, tandis que Habkirchen ressortissait à l’archiprêtré de Neumunster. Cette cure resta en administration, et le patronage, bien que disputé un instant par l’abbaye de Tholey, fut attribué définitivement au seigneur de Frauenburg.

Mme de Merlin n’avait pas d’enfants, mais sa sœur, Mme d’Alba de Ville, avait trois filles. L’une d’elles, Élisabeth, épousa en 1711, au château de Frauenberg, le chevalier d’Aubery de Gobert, alors capitaine au régiment de Foix, au service du roi de France.

Après la mort de Mme de Merlin, ses biens furent partagés entre ses trois nièces. Soit que Mme d’Aubery eût été favorisée par sa tante, soit qu’elle eût, dans la suite, racheté les parts échues à ses sœurs, toujours est-il certain que, peu d’années après, M. et Mme d’Aubery possédaient, comme l’avait fait Mme de Merlin, la seigneurie entière de Frauenberg et de Wising.

Louis-Alphonse d’Aubery descendait d’une bonne famille du Dauphiné, anoblie par le roi Henri III en 1587. Après son mariage, il devint commandant d’un bataillon d’infanterie et mourut en 1770.

M. d’Aubery laissait deux fils. Le plus jeune, Frédéric-Louis, eut pour sa part la cense-fief de Wising. Il en prit le nom et y fixa sa résidence. L’ainé, Jean-Nicolas, conserva la seigneurie de Frauenberg. Il fut capitaine de cavalerie au régiment de Chamboran, porta le titre de comte et le nom de Frawenberg et le transmit à ses descendants.

Le comte d’Aubery de Frawenberg vécut jusque vers la fin de 1782. Il avait épousé, à un âge très avancé (vers 1771), Catherine-Thérèse Dorey de Crépy. Il en eut deux filles et trois fils, tous dans la première enfance au moment où leur père mourut.

Peu de temps après la mort du comte d’Aubery, la terre de Frauenberg fut vendue à M. de Vergennes. Charles Gravier, comte de Vergennes, « conseiller du Roi en tous ses conseils, commandeur des Ordres du Roi, chef de son Conseil des finances, conseiller d’État d’épée, ministre et secrétaire d’état des commandements et finances », était fils d’un président à mortier au parlement de Dijon.

Entré de bonne heure dans la carrière diplomatique, il avait été chargé des missions les plus délicates et avait rempli les fonctions d’ambassadeur à Constantinople et à Stockholm. Devenu ministre du roi Louis XVI, il forma le projet de se créer une grande seigneurie dans la Lorraine allemande. Par suite d’un traité d’échange avec le comte de la Leyen, la baronie de Welferding, terre d’empire enclavée dans la Lorraine, avait été cédée à la France, et le comte de Vergennes l’avait acquise de son précédent propriétaire. Cette seigneurie comprenait le bourg de Welferding, les villages de Woustwiller, Freymingen, Hecken-Ranspach (en partie), la cense de Dietzwiller, et enfin les villages de Blies-Brucken et Blies-Schweyen, contigus à la seigneurie de Frauenberg. A ces acquisitions, M. de Vergennes ajouta celles des seigneuries de Sarreinsming et de Rémelfing.

Il devint ainsi le plus grand propriétaire foncier des environs de Sarreguemines, et l’on suppose qu’il avait l’intention de faire ériger toutes ces seigneuries en une grande terre titrée, dont Frauenberg aurait été le principal manoir, Rémelfing la résidence seigneuriale, et Welferding le chef-lieu administratif et judiciaire.

La baronie de Welferding, en effet, avait encore sa justice particulière. Elle n’avait pu être atteinte par l’édit du mois de juin 1751, antérieur à sa réunion à la France, et elle jouissait d’une prévôté bailliagère rattachée, pour les cas spéciaux, au présidial de Dieuze. Ainsi que Welferding, et par une exception singulière, la terre de Frauenberg avait conservé sa justice seigneuriale indépendante, bien que limitée par le développement des institutions et l’établissement d’une hiérarchie judiciaire.

Les seigneurs de Frauenberg avaient droit de haute, moyenne et basse justice avec droit d’érection de deux signes patibulaires, et nul doute qu’ils n’aient joui de ce privilége de toute ancienneté. Ils avaient en outre une juridiction civile propre, organisée à deux degrés : les contestations soumises au maire étaient portées en appel devant le bailli seigneurial, et les jugements du bailli ne pouvaient ctre attaqués que devant le conseil du souverain. Ce privilége constituait ce qu’on nommait le droit de buffet. Sous les princes allemands, vassaux immédiats de l’empire, ce petit bailliage indépendant avait échappé au contrôle des bautes juridictions lorraines, et il n’avait évidemment ressorti qu’à la chambre impériale de Wetzlar.

Lorsque le duc Léopold reprit possession de ses états après la paix de Ryswick en 1698, il se hâta de réorganiser l’administration de la justice ducale. Le plus grand nombre des justices seigneuriales disparut dans cette réforme. Mais, soit que la suzeraineté de la Lorraine sur Frauenberg ne fût pas encore bien nettement établie, soit tout autre motif demeuré inconnu, la justice du seigneur demeura intacte. Elle échappa au contrôle des tribunaux ordinaires du duc. Ses privilèges furent respectés et les appels du buffet de Frauenberg se portèrent devant la cour souveraine de Lorraine, au lieu de ressortir au bailliage d’Allemagne, qu’un édit récent venait de transférer à Sarreguemines.

Cinquante-trois ans plus tard, un édit du roi Stanislas supprima tous les bailliages et les prévôtés, et créa de nouveaux tribunaux. Le buffet de Frauenberg n’est pas nominativement désigné dans l’édit de suppression, mais les villages de Frauenberg, de Mengen et de Bolchen sont compris dans la liste des localités ressortissant au bailliage de Sarreguemines. Toutefois, et je ne sais par suite de quelles circonstances, il est bien certain que le buffet de Frauenberg ne fut pas supprimé, et qu’il existait et fonctionnait encore à la veille de la Révolution.

M. de Vergennes avait donc dans ses terres deux justices bailliagères qu’il faisait administrer par ses officiers, les mêmes, du reste, pour les deux tribunaux.

Sous ce nouveau seigneur, dont les projets paraissaient sérieux, Frauenberg pouvait reconquérir son ancienne splendeur et peut-être devenir le chef-lieu d’une pairie ; il n’en fut point ainsi. Un incendie accidentel dévora le château peu de temps après son acquisition par M. de Vergennes. D’un autre côté, l’horizon politique s’assombrissait chaque jour. Absorbé par les affaires de l’Etat, le ministre négligea les projets qu’il avait conçus ; d’ailleurs, la mort vint le surprendre le 13 février 1787.

Ce qui restait du vieux château avait été loué, dès 1786, à un industriel qui y établit une faïencerie. Trois ans plus tard, cet industriel quittait lui-même cette installation provisoire et transportait à Vaudrevange sa fabrication qu’il devait rendre si florissante.

En 1793, les projets du baron de Welferding n’étaient plus qu’à l’état de souvenirs. La révolution avait éclaté. La famille de Vergennes était en émigration, le roi avait péri sur l’échafaud révolutionnaire, et l’Europe coalisée s’avançait contre les soldats de la République.

Après la prise des lignes de Wissembourg, l’armée de la Moselle avait dû battre en retraite. Elle avait abandonné (fin septembre 1793) les camps de Bliescastel et de Hornbach et s’était repliée sur la Sarre. Les avant-gardes prussiennes avaient attaqué Saarbruck et franchissant la Bliese, elles s’étaient avancées à travers le pays de Bitche jusqu’à Bouquenom et Phalsbourg.

L’armée de la Moselle se tenait immobile derrière la Sarre, lorsqu’à la fin d’octobre 1793, le général Hoche en reçut le commandement. A peine arrivé, il prit l’offensive. Le 27 brumaire, l’armée se mit en marche sur plusieurs colonnes : la gauche, partie de Sarrelouis, repoussa l’ennemi occupé sous les murs de Saarbruck, et se porta sur Tholey ; la droite, partant de Bouquenom, marcha sur Bitche et chassa les Prussiens qui, la nuit précédente, avaient voulu enlever le château de vive force. Au centre, le gros de l’armée s’avança de Sarreguemines sur Bliescaslel par Frauenberg. « L’attaque a commencé le 27 vers 6 heures » du matin, écrivait Hoche au comité du salut public, et pendant trois lieues, de hauteur en hauteur, par un épais brouillard et des chemins détestables, les sans-culottes ont repoussé les bien vêtus… ».

Après avoir chassé l’ennemi des hauteurs fortifiées de Bliescastel, Hoche s’élança à sa poursuite jusqu’au cœur du Palatinat, et ses colonnes victorieuses opérèrent leur jonction sous les murs de Kaiserslautern.

Mais, durant ces longs mois de l’invasion étrangère, Frauenberg avait été au pouvoir des avant-gardes ennemies. Les troupes étrangères avaient occupé le château de M. de Vergennes et l’avaient rendu tout à fait inhabitable.

C’est ce que constate un acte authentique contemporain ; je vais en citer un passage qui aura le double avantage de faire connaître l’état matériel des lieux et de donner une idée du style administratif de l’époque.

Le 26 vendémiaire an III, les commissaires du district de Sarreguemines procédaient à la vente des biens situés à Frauenberg, confisqués sur l’émigré Gravier de Vergennes. Aux termes du cahier des charges rédigé par le district, le premier lot comprenait « le ci-devant château dont l’entrée est absolument ruynée, ny ayant que l’aile qui donne du côté de la Blise qui subsiste et qui est dans un très mauvais état, ny ayant plus que deux appartement en assés mauvais état qu’on puisse occuper, les portes et croisées du restant ayant été brulées par les troupes qui y ont logé ».

Le château et ses dépendances, c’est-à-dire ses jardins, le logement du fermier, les granges et les bergeries, ne trouvèrent d’abord point d’amateurs et furent vendus, le III brumaire suivant, pour la somme de 12 100 livres à Mathis Calix, laboureur à Frauenberg. Le restant des biens, maison au village, moulins, terres et prés, fut divisé et adjugé en quarante-six lots à divers habitants de Frauenberg et des villages voisins.

A la même époque, on vendait également les biens que M. de Vergennes avait possédés à Sarreinsming, Rémelfing, Welferding et Woustwiller.

Ainsi finit la seigneurie de Frauenberg. Aujourd’hui les constructions modernes ont disparu presque complètement.

Du second château, il ne reste plus qu’un grand pignon percé de baies nombreuses et irrégulières. La vieille forteresse a mieux résisté à l’action du temps et à la main des hommes. Il est facile de suivre sur le sol son enceinte quadrangulaire, mais l’on ne retrouve même plus les premières assises des tours de l’est et du sud.

A l’intérieur, de petits jardins, dépendances des maisons voisines, occupent l’emplacement des cours et des corps de logis. Au milieu de l’un de ces jardins, s’ouvre une cave assez profonde : la tradition veut y voir l’entrée d’un souterrain qui descendait la montagne, passait sous la Bliese et donnait aux maîtres du château une issue mystérieuse dans la plaine de Habkirchen.

A l’ouest de l’enceinte, le grand donjon circulaire se lézarde et s’écroule chaque jour davantage malgré l’épaisseur et la solidité de sa maçonnerie. Un admirable lierre, vieux de bien des siècles, en tapissait jadis toute la face méridionale, et ses branches énormes, s’accrochant à toutes les saillies de la pierre, couvraient la vieille ruine d’un splendide manteau de verdure. Depuis peu d’années, ce lierre a péri, et l’œil contemple avec surprise l’immense développement de ses rameaux desséchés.

Au milieu de cette décadence générale, la grande tour du nord reste seule debout, solide et presqu’intacte, bien que découronnée. Seule, elle domine encore le paysage, et sa haute silhouette est, pour les populations indifférentes, l’unique souvenir des nobles seigneurs qu’elle a défendus pendant des siècles, et dont le nom et l’histoire sont si profondément oubliés.

En 2011, presque 150 ans après ce récit, les ruines sont toujours là, le souvenir aussi. Faisons en sorte que dans plus d’un siècle, d’autres Lorrains puissent encore admirer ces superbes ruines !


Archives pour la catégorie La Moselle d’Antan

La léproserie des Bordes

 

 

Aujourd’hui quartier de la ville de Metz, Les Bordes étaient au moyen-âge une annexe du village de Vallières et surtout une léproserie, principalement destinée aux indigents.

D’après le « Dictionnaire du département de la Moselle » de Claude Philippe de Viville – Année 1817

Les Bordes étaient une Léproserie qui appartenait à la cité de Metz, et où se retiraient les lépreux. Cet hospice se nommait ainsi, parce que les loges occupées par les lépreux bordaient les grands chemins.

On voit dans un rituel messin, imprimé en 1641 par l’ordre du Cardinal de Lorraine, Evêque de Metz, le détail des cérémonies humiliantes auxquelles l’Eglise soumettait le lépreux condamné à être retranché de la société.

Le curé chantait une messe où le lépreux assistait, le visage couvert et ambronché comme le jour des Trépassés. On lui faisait des obsèques, dans lesquelles le curé lui mettait trois fois, avec une pelle, de la terre du cimetière sur la tête, en disant : « Mon ami, c’est signe que vous êtes mort, quant au monde ».

Cela fait, le curé avec la croix et l’eau bénite, le doit mener en sa borde, en manière de procession, et quand il est à l’entrée de ladite borde, le curé le doit consoler, en disant : « Mon ami, demeurez ici en paix. Ne vous déconfortez point ; priez Dieu dévotement qu’il vous fasse la grâce de tout souffrir patiemment ; et si vous le faites, vous accomplirez votre purgatoire en ce monde et gagnerez le paradis ».

Le curé lui faisait les injonctions suivantes : « Gardez-vous d’entrer en nulle maison autre que votre Borde ; ainsi ne devez entrer en moulin, ni église quelconque. Quand vous parlerez, vous irez au-dessous du vent ; quand vous demanderez l’aumône, vous sonnerez votre tartelle (ou crécelle). Vous n’irez point loin de votre borde, sans avoir votre habillement du bon malade. Vous ne devez point boire à autre vaisseau qu’au vôtre. Vous ne regarderez, ne puiserez en puits ni en fontaine, sinon les vôtres. Vous aurez toujours devant votre borde, une écuelle fichée sur une petite croix de bois. Vous ne passerez point planches (ou ponceau) où il y ait appuye, sans avoir mis vos gants, etc ».

On voit, par ces précautions, combien cette cruelle maladie était contagieuse et redoutable.

Des actes d’ascensement de 1272 et de 1299, prouvent que les Bordes étaient administrées par des frères convers et par des sœurs converses qui prenaient soin des lépreux. Par un acte du 8 mars 1321, les Magistrats de la cité réunirent cette maison à l’hôpital de Saint Nicolas.

On rapporte au même temps, l’extermination par le supplice du feu, de tous les lépreux accusés d’avoir voulu empoisonner les puits et les fontaines, pour faire manquer la croisade que projetait alors Philippe V, roi de France.

Les Bordes furent brûlées en 1444, par Charles VII, roi de France, lorsqu’il vint assiéger Metz avec René d’Anjou, Roi de Sicile.

Les ruines du prieuré et du château de Châtel-Saint-Germain (57)

Blason Châtel saint GermainRuines Châtel saint GermainRuines Châtel saint GermainRuines Châtel saint Germain

 

Le village de Châtel-Saint-Germain, situé à quelques kilomètres de Metz, est dominé par le mont saint Germain, et c’est sur ce promontoire que l’on peut admirer les ruines du château et du prieuré.

Je vous propose une description des ruines au XIXe siècle, l’histoire du château et du prieuré fera l’objet d’un second article.

Les photos des ruines sont publiées avec l’aimable autorisation de Laurent.

D’après un article paru dans les « Mémoires de la société d’archéologie et d’histoire de la Moselle »
Année 1867

Châtel-Saint-Germain, ou Châté comme on dit au pays messin, un des villages les plus connus et les plus visités des environs, grâce à sa merveilleuse situation à l’entrée de la vallée de Montvaux, grâce à ses eaux limpides et abondantes, grâce aux bois pleins de fraîcheur qui l’entourent, est situé à 7 kilomètres de Metz, dans la direction du nord-ouest. Il fait partie du canton de Gorze. Sa population s’élève à mille âmes environ.

Les monuments ou fragments antiques que renferment ses rues, se réduisent à peu de chose. La chose la plus saillante, qui soit de nature à y attirer l’attention, consiste dans de grosses sphères de pierre de 40 à 60 centimètres de diamètre, dont on voit un certain nombre devant des maisons où elles servent de siège au repos des habitants.

Ces boulets, dont on a retrouvé plusieurs centaines dans les ruines du château, n’étaient pas destinés à être lancés au moyen de bouches à feu, à l’invention desquelles ils étaient du reste antérieurs. Ils étaient faits pour être roulés du haut de la colline sur les ennemis qui auraient gravi ses flancs escarpés et dénudés, et il ne pouvait guère y avoir, en présence de la disposition des lieux, d’arme plus redoutable pour arrêter l’élan d’un assaut, que ces lourdes masses rebondissant avec une vitesse décuplée par la hauteur de la chute et capables, dans ces bonds, d’emporter des files entières. Le plus grand nombre des 320 boulets trouvés, il y a peu d’années, ont déjà été brisés et utilisés comme moellons. Ils se feront bientôt rares.

Son église ne rachète par nulle qualité de détail, la pauvreté de la conception architecturale à laquelle elle a dû naissance. Une magnifique maison d’école, tout récemment élevée, est à tous les titres, au point de vue de l’art des constructions, le plus bel ornement du village.

Mais si on lève les yeux devant soi, en suivant la longue rue qui le traverse, on voit sur le sommet d’une côte escarpée, véritable promontoire jeté dans la vallée, un vieux pan de mur qui découpe sur le ciel son profil irrégulier et bizarre, et vers lequel un petit chemin en lacet, étroit et rocailleux, permet de se diriger au prix d’une ascension pénible.

Ce chemin, si difficile qu’il soit, a vu souvent les amateurs de nos antiquités locales le gravir avec résolution, dans le but d’aller donner un regard de curiosité ou une heure de méditation aux ruines importantes, vers lesquelles il serpente. Au prix d’un quart d’heure de marche fatigante, on parvient à hauteur du sommet, et disons alors quel aspect présente le long et étroit plateau sur lequel sont accumulées, de toutes parts, les décombres, les excavations et les traces de murailles et de tours, restes informes d’un prieuré de Bénédictins et d’un château-fort, intéressantes antiquités dont nous avons à nous entretenir.

Après avoir dépassé deux rochers escarpés, d’un aspect pittoresque, séparés par une coupure étroite, on arrive à une petite plate-forme, de 30m de longueur sur 15m de large, entourée de murs en ruines et recouvrant des souterrains obstrués. L’an dernier, un affaissement qui s’est produit dans le sol a permis de pénétrer, à 12 ou 15m de distance, dans un caveau à la voûte surbaissée. Le trou ouvert par cet affaissement, qui laisse encore voir aujourd’hui la structure d’une maçonnerie régulière de près de 50cm d’épaisseur, ne tardera pas à être comblé par les pierres qu’y jettent, pour s’en débarrasser, ceux qui cultivent ce sol rocailleux.

Au-delà de cette plate-forme, sont les ruines d’une église, formée d’une tour carrée de 6m de côté, dont une face est encore en partie debout et montre d’une manière distincte les formes et quelques détails de sa construction, d’une nef de 12m de largeur sur l4 de long, et d’une abside hémicirculaire, de 6m de profondeur.

Le hasard nous a fait retrouver, dans les ruines qui couvrent le sol, la clé de voûte du chœur. Elle se compose simplement de trois arcs, dont un perpendiculaire aux deux autres. Le profil est formé d’un boudin relevé en listel à sa partie antérieure. Le chœur ne comprenait donc que deux calottes de voûte et devait être éclairé par deux fenêtres situées symétriquement à droite et à gauche de l’axe. Cette indication permet de relever aisément, dans la pensée, le monument dont il s’agit, construit conformément aux données architecturales du douzième siècle et dans des conditions de simplicité marquées. A côté de l’église, et à sa gauche, est un petit espace bien nivelé et cultivé, de 7m de large, soutenu par un mur, et dans lequel il est facile de reconnaître l’emplacement du cimetière.

A quelque distance de là, on a découvert une espèce de caveau rempli d’ossements, qui servait, sans doute, de lieu de dépôt aux débris humains remis au jour lors des inhumations.

Immédiatement en arrière de la chapelle, et sur l’alignement de ses murs, on trouve des débris de muraille accumulés dont il est encore possible, malgré l’exubérante végétation des buissons qui les recouvrent, de reconstituer le plan.

Ce plan est formé par des murs à angles droits, de 27m de longueur sur 12 de large, coupés par deux murs de refend perpendiculaires au grand axe. Les traces d’une citerne sont encore, en cet endroit, aisément reconnaissables. Là s’élevait le prieuré. A droite de ce bâtiment, est un espace découvert et d’une culture facile, où s’étendait sans doute le jardin des religieux. Des masses de décombres, d’une figuration difficile à rétablir, se remarquent au-delà sur la droite. Là probablement, se trouvaient des défenses extérieures du château, dont les imposantes constructions couvraient, un peu en arrière, toute la surface supérieure de la montagne et englobaient nécessairement le prieuré, qui occupait le saillant.

En arrière de l’habitation des religieux, se rencontre une ligne de décombres qui coupe transversalement le plateau sur une longueur de 90m et une largeur de 8 à 10m, avec plusieurs saillies dirigées en avant. Vers l’extrémité droite, une dépression dans le sol indique la place d’une cave qui a été ouverte depuis longtemps et qui se prolonge, dit-on, selon tout un système de souterrains inexplorés.

A droite et à gauche de cette masse de pierres, deux fortes murailles, de 2 à 3m d’épaisseur, se prolongeaient en suivant la ligne de pente, pour former la clôture du château. Des inégalités, formées de décombres absolument méconnaissables, des excavations plus ou moins profondes indiquent l’emplacement des diverses constructions qui constituaient les éléments du château. Diverses parties planes et d’une culture facile montrent très nettement les points sur lesquels le sol était resté nu. Deux lignes perpendiculaires à l’axe, distantes de 12m à peu près, dont la plus rapprochée est à 50m environ de la première ligne dont nous avons parlé, permettent de constater l’existence d’une enceinte intérieure formant réduit. Là, selon toute apparence, devaient s’élever le donjon et les principales constructions de la forteresse.

La forme tourmentée des amas de décombres en ce point, autorise à penser qu’il y avait là plusieurs tours combinant leur action sur des cours basses communiquant par des poternes successives. C’est dans cet espace, que devait s’ouvrir une porte donnant accès à un des chemins aboutissant au château, chemin encore reconnaissable sur le flanc droit de la colline et vers l’entrée duquel étaient, selon l’usage, accumulées de nombreuses précautions défensives, dont on retrouve des traces informes.

La partie la plus avancée du château, où s’ouvraient trois cours encore distinctes, dans l’une desquelles s’élevait une tour de 12m de diamètre, couvre une surface de 60m de profondeur sur 110 de largeur environ. Elle se terminait par une longue ligne de bâtiments, de 65m de façade, flanquée à ses deux extrémités : à gauche par une tour carrée de 5m de côté ayant vue et sans doute issue sur une fausse-braie, revêtue jusqu’à la ligne de défense intérieure dont nous avons parlé, et à droite par une sorte de bastionnet carré, de 10m de côté, formant saillie sur la ligne et se reliant avec d’autres défenses extérieures jusque dans le voisinage de la porte d’entrée.

Enfin, en avant de cette partie, est une esplanade formant glacis, de 30m de profondeur sur 60m de large, fermée par une épaisse muraille flanquée à ses extrémités de deux tours, de 10m de diamètre, dont une, celle de gauche, a perdu son revêtement extérieur et conservé sa forme intérieure, tandis que celle de droite montre encore intacte sa construction formée de beaux blocs réguliers de pierre, de 30cm sur 60, d’une très belle exécution.

Le plan de ces ruines, difficilement reconnaissables dans beaucoup de leurs parties, occupe en somme un espace de près de 200m de long sur une largeur moyenne de 80, et l’espace compris dans le prieuré et qui, certainement, formait une dépendance de la forteresse, peut être figuré approximativement par un triangle de 80m de base sur l00 de hauteur. Ce qui donne une surface totale de plus de deux hectares, en grande partie couverte de constructions.

Il va sans dire, que l’on ne peut se faire une idée, par les débris qui jonchent le sol, de l’importance des matériaux employés pour la construction du château. Là, comme partout, les ruines ont été transformées en carrières, utilisées par les générations successives des habitants du pays, et les pierres de taille, comme les moellons d’échantillon, qui élevaient sur le sommet leurs assises régulières disposées avec un art et un soin, dont il reste le spécimen unique que nous venons de signaler, sont descendues par la suite des temps dans la vallée. Elles y ont servi à former des constructions modestes, où se sont écoulées des existences honnêtes et laborieuses, trop souvent encore troublées par des fléaux que n’avaient provoquées ni l’ambition ni l’injustice de ceux qui en étaient les victimes.

La tour aux puces de Thionville (57)

Blason ThionvilleTour aux Puces ThionvilleCarte Thionville

 

Bâtiment particulièrement original, inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1932, la Tour aux Puces ou Tour de Thion repose sur une base circulaire et comporte 14 côtés.

Ancien donjon et unique vestige du château féodal des comtes de Luxembourg, la Tour-aux-Puces abrite un musée d’histoire et d’archéologie.

Je vous propose une description de la ville de Thionville, au temps de son château et de ses remparts, et qui était « la place la mieux fortifiée du pays de Luxembourg ».

La photo est publiée avec l’aimable autorisation de Michel.

 

D’après « Histoire de Thionville – G.F Teissier » – Année 1828

Il n’est pas probable que Thionville ait été environné de murailles défensives avant le Xe siècle, soit pour les bâtiments de la résidence royale, soit pour les maisons d’habitation qui en dépendaient : un souverain n’aime point à être resserré dans sa demeure. Le Villa regia du VIIIe siècle devait embrasser sur la rive gauche, plus de terrains que la ville de nos jours, en y comprenant jusqu’aux extrémités du second glacis. Mais ces terrains, occupés par le palais et tous ses accessoires, par de vastes jardins, par des vergers, etc., ne devaient pas avoir pour limites de hautes et épaisses murailles qui eussent attristé ce séjour.

Les incursions des Normands et des Hongrois firent sentir la nécessité d’une enceinte de murs et de fossés qui mît à l’abri d’un coup de main. Thionville, devenu un lieu fortifié, n’eut plus qu’une étroite enceinte que la Moselle bornait au sud-est : c’était de ce côté une défense naturelle. Les jardins du palais durent être sacrifiés ou au moins mis au dehors. Les barbares, dans leurs invasions, n’avaient pas dû ménager la demeure des empereurs, eux qui ailleurs s’étaient attachés avec rage à détruire les monuments auxquels était uni le nom de Charlemagne, soit qu’il les eût élevés, soit qu’il n’en fût que le restaurateur. Ainsi, dès le XIe siècle, on ne voyait plus sans doute que des ruines du palais et de ses dépendances.

Depuis ce temps que de révolutions, que de guerres et de sièges, que de fortifications de divers systèmes sont venus culbuter l’aire primitive, niveler ou creuser le sol, détruire sous un règne ce que le précédent avait fondé a grands frais ! Comment donc a-t-on pu répéter au siècle dernier que l’on voyait encore à Thionville les cuisines de Charlemagne ? L’auteur (Stemer – Traité du département de Metz) l’avait peut-être appris sur les lieux : nombre de bourgeois le disent encore aux étrangers comme article de foi et s’offenseraient qu’on n’y crut pas. Les cuisines de Charlemagne sont pour eux des reliques dont il n’est pas permis de nier la vérité ni de prouver la fausseté.

D’après le mode de construction et comparaison faite avec quelques bâtimens d’une existence de quelques siècles, la salle voûtée et la cheminée vaste et élevée dont on faisait remonter l’origine jusqu’à Charlemagne, n’ont guéres plus de trois cents ans d’ancienneté…

Ce que l’on appelle le Château, est bien réellement l’emplacement du château féodal des comtes de Luxembourg, que l’imagination, peut se représenter entouré de hautes et larges murailles crénelées, garni de mâchicoulis, de tours, de terrasses. C’est ainsi qu’en suivant les bords du Rhin et de la Moselle, on aperçoit sur les coteaux une foule de manoirs du moyen-âge, qui ont plus ou moins résisté à l’effet des siècles, à la main destructive de l’homme. Le seul de ce genre, dans la sous-préfecture de Thionville, est celui de Mansberg, à 10 kilomètres de Sierck.

L’unique débris qui soit resté ici du château est la Tour-aux-Puces ou Tour de Thion. Encore n’est-il pas avéré qu’elle ait cinq siècles d’existence. Il en est souvent question dans les relations du siège de 1558.

Les maisons de la rue de Luxembourg, adossées au château, ont des traces de l’ancienne enceinte : dans l’une, c’est une voûte, dans une autre, le mur de revêtement d’un fossé ou les pieds-droits d’une entrée. Il y avait, du château à cette rue, une communication voûtée, assez large pour les voitures. On en voit l’entrée bien conservée dans une grange encore existante. La Tour-aux-Puces est aujourd’hui un magasin employé au service de l’artillerie.

Aux XIIIe, XIVe et XVe siècles, Thionville, d’après les écrivains du temps, était la place la mieux fortifiée du pays de Luxembourg : c’était le lieu de refuge de toute la province. On ne se trouvait en sûreté que là. En 1443, le duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon, échoue devant Thionville. Il marche sur Luxembourg et s’en empare en une nuit.

Néanmoins, ces fortifications ne consistaient encore qu’en une épaisse muraille, derrière laquelle se trouvait un étroit terre-plein, duquel les soldats tiraient sur l’ennemi par les embrasures des créneaux du parapet. Des tours construites aux angles et de distance en distance, dominaient ce terre-plein et servaient à en déloger l’ennemi en cas d’escalade. Les plates-formes de ces tours servaient aussi à découvrir une plus grande étendue des campagnes d’alentour, ainsi que du cours de la Moselle. Mais ces tours se flanquaient mal : leurs saillans n’étaient ni vus ni défendus. Des tours imposaient plus à la vue, qu’elles n’étaient profitables à la défense.

En avant des murailles, était un fossé, large et profond, probablement rempli d’eau dans une grande partie de son développement. Ce fossé, avec contreescarpe en maçonnerie, empêchait l’approche des machines de charpente, dont on se servait pour aborder les places et battre les murailles en brèche. Il rendait aussi l’accès des murailles moins facile lors d’une tentative d’escalade, et plus périlleux pour les assaillants.

Telle était la fortification dite ancienne, qui dura jusqu’au commencement du XVIe siècle. C’est alors qu’on inventa les bastions triangulaires, base de la fortification à la moderne, qui a pour maxime essentielle, qu’il ne doit y avoir aucune partie de l’enceinte d’une place qui ne soit vue et défendue par quelque autre. C’est sous François Ier et Charles-Quint qu’on mit en pratique ce nouveau moyen de défense. Les villes de Landrecies et du nouveau Hesdin sont citées les premières. Thionville les suivit de près, ou même peut leur disputer la priorité.

Lors de l’avènement de Charles-Quint au trône impérial, en 1519, les habitants, d’après le bruit qui se répandit d’une guerre prochaine entre le nouvel empereur et le roi de France, François Ier, se mirent à travailler aux fortifications, à leurs propres frais. Dirigés par des ingénieurs, ils élevèrent sur la Moselle un nouvel ouvrage, recreusèrent leurs fossés, et partout réparèrent les brèches des murailles et toutes les dégradations que le temps et la guerre avaient fait éprouver. Il serait impossible de retracer ce que les ingénieurs, employant une doctrine encore dans l’enfance, firent alors pour coordonner l’ancien et le nouveau système.

Lors du siège de 1558, « l’on tenoit ceste place, dit Vincent Carloix, pour des plus fortes qui fussent en l’obeyssance de l’empereur. On l’estimoit imprenable » (Mémoires de Vieilleville).

Aurait-on eu une pareille opinion, si déjà on n’y eût mis en pratique les moyens que l’on opposait à l’usage des bouches à feu et à la puissance des nouveaux procédés d’attaque ? Elle n’avait encore aucune défense sur la rive droite, et c’était sur cette rive que le duc de Guise avait d’abord établi son attaque. Cette attaque faite d’après l’opinion du maréchal Strozzi, fit perdre, sans succès, du temps et des hommes : on en revint à l’avis de Vieilleville et l’on attaqua vers la porte de Luxembourg.

Le long de la rive gauche de la Moselle, la ville était défendue par une longue courtine et par de hautes et larges tours, au nombre desquelles figurait la Tour-aux-Puces. La courtine et les tours des angles étaient battues par les eaux de la Moselle.

Écoutons les rapports des historiens. « C’étoit, dit Garniera, de toutes les places espagnoles celle qui passoit pour la plus forte, et qui incommodoit le plus la frontière, couverte en grande partie par la rivière : elle étoit enceinte d’une muraille épaisse, puis d’un fossé intérieur, et enfin d’un rempart, et se trouvoit par conséquent en état de soutenir au moins trois assauts consécutifs ».

J. A. de Thou dit une idée peu nette des moyens de défense de 1558. « Cette place a cinq angles et presque la figure d’une gibecière ; elle est située dans une plaine marécageuse, qui la rend presqu’inaccessible, et où elle n’est commandée par aucune éminence. A l’occident, vers le nord, elle a la Moselle qui y passe même dans un fossé fort profond. Du même côté, il y a deux grands bastions éloignez l’un de l’autre et qui n’ont pas assez de saillie pour battre ceux qui les attaquent en flanc ; elle a de grandes tours en dehors et un large rempart en dedans ».

De Thou cite la Tour-aux-Puces et une autre tour où les assiégés avaient mis en batterie quatre pièces qui faisaient un grand ravage dans le camp français, placé sur le territoire d’Yutz et sur le penchant du coteau du bois d’Illange. « On avait braqué, dit Carloix, six grandes coulevrines sur une butte distante d’environ mille cinq cents pas de la ville » : c’est le terrain entre la Nouvelle-Yutz et l’entrée du chemin d’Illange dans le bois.

Ce siège vit naître un nouveau moyen de défendre les tranchées : c’était de faire, des deux côtés de cette tranchée, des retours ou places d’armes et d’y loger des soldats pour soutenir les travailleurs.

Blaise de Montluc en fut l’inventeur, et voici comment il en parle dans ses commentaires : « M. le maréschal Strozzi me laissa faire les tranchées à ma fantaisie car nous les avions au commencement un peu trop étroites à l’appétit d’un ingénieur. Je faisois de vingt pas en vingt pas un arrière-coing, tantost à main gauche, tantost à main droiste, et le faisois si large que douze ou quinze soldats y pouvoient demeurer à chascun auecques arquebuses et hallebardes. Et ce faisois-je, afin que si les ennemis me gagnoient la tête de la tranchée et qu’ils fussent sautés dedans, que ceux qui estoient au arrière-coing, les combattissent car ceux des arrière-coings estoient plus maîtres de la tranchée que ceux qui estoient au long d’icelle, et trouvèrent monsieur de Guise et M. le Mareschal, fort bonne cette invention ».

« L’invention de Montluc était, dit M. Allent (Histoire du corps impérial du génie), un des premiers progrès de l’art des sièges et le germe de ses perfectionnemens ». Mais, depuis lui, la méthode de défendre les tranchées et d’en mettre les défenseurs a tout à fait changé de face. Le principal ingénieur, au siège de 1558, était La Roche-Guérin, ferrarois, qui y eut un oeil crevé. Alors, l’Italie et surtout les états de la maison de Médicis fournissaient des ingénieurs au reste de l’Europe. Catherine de Médicis, sous les règnes de son époux et de ses trois fils, en attira quelques-uns, pour exercer dans les armées et sur les frontières, une profession à laquelle, en France, peu de militaires se dévouaient.

On retrouve, à Thionville, l’ancienne muraille d’enceinte du XVIe siècle dans les fondations de la terrasse qui va du chevet de la nouvelle halle au bled à la rue de la Munitionnaire. En creusant, en 1821, le terrain sur lequel est élevée la nouvelle prison civile, on a aperçu des traces évidentes d’anciens fossés, ainsi l’ancienne enceinte, partant de l’extrémité de la terrasse, traversait le terrain de la place d’Armes actuelle, laissant dehors les deux tiers de son étendue au nord-ouest et allait gagner l’issue de la rue de la Vieille-Porte. Cette sortie de la ville était précisément le bâtiment nommé le Magasin tortu, qui sert de magasin à poudre.

Thionville ayant été rendu à l’Espagne en 1559, ses fortifications furent fort augmentées sous le règne de Philippe II. Il n’est pas hors de l’objet de cet écrit de faire observer que, sous cet odieux règne, les guerres civiles des Pays-Bas aidèrent au perfectionnement de la défense des places de guerre.

On imagina alors les demi-lunes, les ouvrages à corne, etc. « Avant ce temps là, dit Lanoue, nos pères se moquoient de tant d’inventions dont on se sert pour les fortifications des places, et disoient que c’étoient inventions italicques et qu’un bon rampart suffisoit pour garentir les hommes de l’impétuosité du canon, sur lequel il se falloit défendre pique à pique. Depuis on s’avisa dans quelques places de mettre une demi-lune devant la courtine et puis quelques redoutes et quelques fortins en des endroits d’où la muraille étoit commandée ».

Jean Baron de Wiltz, gouverneur particulier de Thionville, en augmenta les fortifications vers 1570, surtout dans la partie méridionale, par des fossés très profonds, des bastions, des tours, des portes. Ses efforts furent longs et constants. On voyait autrefois à l’angle d’un bastion, voisin de la Moselle, une table de pierre, portant l’écusson de ce gouverneur, et au-dessous des armoiries, cette phrase : Joannes Baro in Wiltz Gubernator hujus loci me fieri fecit, anno 1596. A l’angle d’un demi-bastion, vis-à-vis de la paroisse, on voyait, sur un arc-boutant, le millésime 1536. En quittant Thionville, on donna à Jean de Wiltz, pour retraite, le gouvernement plus paisible de Limbourg.

D’après ces accroissemens de fortifications, il est évident que le duc d’Enghien, en 1643, trouva Thionville tout autre qu’à l’époque où l’armée, commandée par le duc de Guise, l’avait pris de vive force.

« La place où est situé Thionville, dit un des biographes du grand Condé, est très fertile : des coteaux couverts de bois bordent cette plaine des deux côtés. L’avantage de ce poste et la beauté du lieu sont cause qu’on l’a fortifié avec beaucoup de dépense et de soin… La Moselle l’assure entièrement d’un côté ; elle n’a aussi de ce côté qu’un rempart revêtu, en ligne droite. Le reste de son enceinte est fortifié de cinq grands bastions revêtus de pierres de taille, et de deux demi-bastions aux deux bouts qui se vont rejoindre à la rivière. Son fossé est large, profond et plein d’eau. Sa contre-escarpe est fort grande, ses courtines sont couvertes de cinq demi-lunes, et devant la porte du côté de Sierck, il y a un grand ouvrage à cornes. La campagne est si rase et si unie de toutes parts, qu’on ne peut aborder la ville qu’à découvert ; les montagnes voisines commandent la plaine en beaucoup d’endroits, et en rendent la circonvallation fort difficile ».

« Son enceinte, dit un mémoire manuscrit, étoit composée comme aujourd’hui de bastions et de courtines. Il y avoit des demi-lunes en avant des courtines, et un ouvrage à corne pour couvrir la porte de Sierck ; les fossés étoient profonds et remplis d’eau, le tout environné d’un bon chemin couvert ».

Thionville et le Luxembourg français ayant été cédés à la France par des traités, les ministres de Louis XIV voulurent joindre à une garantie de droit public, celle qu’offrait l’art militaire. Il est probable que ce fut le chevalier de Clerville qui commença l’accroissement des fortifications, mais on le doit plus certainement à l’illustre Vauban qui, sorti des rangs de l’infanterie, a poussé la manière de fortifier les places, de les attaquer et de les défendre à un degré auquel nul autre n’était parvenu.

C’est à Vauban, dit-on, que l’on doit la disposition principale du système de défense du corps de la place, formant un heptagone irrégulier dans lequel il a conservé des ouvrages antérieurs à 1643, et surtout les bastions arrondis, revêtus en briques. Cette conservation de constructions, non conformes à ce que le maréchal aurait tracé pour une forteresse entièrement neuve, donne à la place de Thionville, quand on l’examine en détail, une apparence de défaut d’ensemble qui heureusement ne nuit pas à la défense. De l’aveu de tous les hommes de l’art, Vauban s’y montra digne de sa réputation. Que d’expérience devait avoir un ingénieur qui, dans sa carrière militaire, a conduit cinquante-trois sièges, fortifié trois cents places anciennes, élevé trente forteresses entièrement nouvelles, comme Sarrelouis, Neuf-Brisack, et qui s’est trouvé à cent quarante actions de vigueur !

En 1678, M. de Choisy, nommé commandant de Thionville et appartenant au corps des ingénieurs, en dirigea les fortifications : c’est le même qui fut nommé gouverneur de Sarrelouis avant que cette place existât, et qui en éleva les remparts et tous les moyens de défense, les ponts, les écluses, tout en conduisant en même temps les travaux des autres places fortes du nord.

Vauban mourut en 1707 : Thionville resta longtemps dans l’état de défense où il l’avait mis. On trouva enfin qu’un ouvrage à cornes et ses accessoires étaient trop faibles sur la rive droite, comparaison faite avec les autres parties de la place. Cormontaingne, qui, selon Bousmard, « était le plus heureux des disciples de Vauban dans les efforts faits pour ajouter à la force des places » fut envoyé à Thionville, ses projets furent adoptés et pleinement exécutés. On assure que, pendant la construction du vaste ouvrage nommé le Couronné d’Yutz, celle du canal et de tous les bâtimens militaires voisins, Cormontaingne demeurait dans la petite maison que l’on voit encore seule dans le terre-plein. Aujourd’hui, le bourgeois le plus modeste aurait peine à s’en contenter.

Cormontaingne ne resta pas constamment à Thionville, d’autres entreprises aussi importantes devaient partager son temps et ses soins. Le 12 septembre 1730, M. Quesnau de Clermont fut nommé directeur des fortifications à Thionville et pour d’autres places des Trois-Évêchés. On frappa, en 1732, une médaille de dix-huit lignes, à l’effigie du roi, et portant au revers pour légende : Pax Provida. Cette prévoyance était l’augmentation des fortifications de Metz et de Thionville.

En 1738, M. de Gourdon, ingénieur en chef à Verdun, fut envoyé à Thionville, sous les ordres du comte d’Aumale, directeur des fortifications, qui succéda à M. Quesnau de Clermont, admis à la retraite.

C’est sous le gouvernement de M. le marquis de Creil (1743 à 1753) que le fort de la Double-Couronne fut commencé. Suivant un écrit de la main de M. François Petit, maire de Thionville, ce gouverneur posa « la première pierre dans les fondations du ceintre des latrines de la droite ». On posa sous cette première pierre une plaque avec une inscription.

Le Pont des Morts à Metz

Metz pont des morts

Un des plus beaux ponts, sinon le plus beau, de la ville de Metz. Je vous propose de découvrir une partie de son histoire, et surtout pourquoi il porte ce curieux nom de « pont de morts ».

D’après un article paru dans le « Bulletin de la Société d’archéologie et d’histoire de la Moselle »
Année 1853

Metz renferme un grand nombre de ponts jetés, soit sur la Moselle, soit sur la Seille, depuis des siècles, sans qu’on ait encore songé à en écrire l’histoire. Il en est un surtout qui a été délaissé par nos écrivains, mais qui proteste contre cet oubli en faisant peau neuve sous la main intelligente de nos ingénieurs modernes : c’est du Moyen-Pont que je veux parler.

A-t-il remplacé un pont romain dans le genre de celui de Trèves ? Nous l’ignorons. Seulement, il est permis de le supposer, puisqu’en ce lieu jusqu’au siècle dernier, il se voyait une construction romaine, espèce de château-fort rappelant la porta nigra de Trèves, la porte d’Arroux d’Autun.

A ses pieds coulait la Moselle, qui, ne se divisant pas en plusieurs bras comme aujourd’hui, se dirigeait probablement suivant une ligne droite depuis Jouy jusqu’à l’embouchure de la Seille. Cette belle rivière faisait clôture à la ville du côté de l’Occident.

Toute la partie de terrain située au-delà de la rive gauche de la Moselle, à l’opposite de Metz, était livrée à la culture de la vigne et du chanvre et formait une agrégation de cabanes, de jardins et de vergers, appelée bourg d’Outre-Moselle.

A une époque restée inconnue, la Moselle a quitté son ancien lit pour s’éloigner des murs de Metz et traverser le bourg d’Outre-Moselle que la rivière divisa en deux parties : l’une en deçà, du côté de Metz, garda le nom de bourg d’Outre-Moselle ; l’autre au-delà s’appela Devant-lès-Ponts, parce qu’on y construisit sur le nouveau bras le pont à Mezelle, comme l’appelle un titre de 1227, et le pont Thiefroid mentionné et reconstruit en 1222.

En 1194, des chevaliers de Saint-Jean de Rhodes furent autorisés à créer une commanderie de leur ordre dans la porte romaine des bords de la Moselle. Cet établissement prit plus tard le nom d’Ospitaulx en Chambre et il a laissé le nom de ses religieux à l’abreuvoir Saint-Jean.

A l’ombre de la petite citadelle romaine, l’abbaye Saint-Martin d’Outre-Moselle avait fait bâtir une maison de refuge avec de vastes dépendances le long de la rive droite de la Moselle, non loin de l’abbaye Saint-Pierre. En 1187, au milieu de sa propriété, elle avait fait ériger une église dédiée à saint Hilaire.

La Moselle, en portant son cours au-delà du bourg d’Outre-Moselle, ne laissait plus arriver le long des murs de Metz qu’un faible filet d’eau. Aussi en vint-on à passer la Moselle au gué en temps ordinaire. Et quand, en 1221, un riche bourgeois de Metz installa, des Dominicains sur son domaine entre l’hôtel de Saint-Martin et l’hôpital en Chambre, ce gué de la Moselle (en latin wadum), appelé la Wade en 1227, ne fut plus connu que sous le nom de la Wade devant les preschours en 1241, ou le waide des prescheurs en 1542.

Ce gué n’était praticable que pour les voitures et les chevaux, les piétons passaient sans doute sur un ponceau en bois assis sur les piles du pont romain, sans doute par les chevaliers de Saint-Jean, puisqu’on ne l’appelait pas autrement que le pont de l’Hospitauls en Chambre.

Son état de vétusté fit songer à le rebâtir aux frais des habitants. L’évêque de Metz, Conrad de Scharpeneck, prit une décision qui fait époque dans nos annales. Ce chancelier de l’empire d’Allemagne créa un impôt particulier à Metz. Le 8 mars 1222, ce prélat ordonna  que lorsque mourrait dans l’archiprêtrise de Metz un clerc ou un laïc, grand ou petit, homme ou femme, le prêtre de chaque paroisse, avec deux prud’hommes, irait prélever le meilleur vêtement laissé par le défunt, et que le produit de cet impôt serait appliqué « as novel pont à faire permey Mezelle en droit l’ospitalz en Chambre ».

Un atour inédit du 8 septembre 1267, nous apprend que c’était au nom de la ville que se percevaient le droit des habits des morts et le péage sur les ponts. La cité vendit ces revenus à la léproserie de Saint-Ladre hors de Metz, à la condition de réparer les ponts. Semblable marché fut passé avec l’hôpital St-Nicolas situé dans le nouveau faubourg.

Il paraît que l’administration municipale fut peu satisfaite de la façon dont Saint-Ladre exécuta la convention, puisque nous voyons, le dimanche avant la Saint-Jean 1282, publier un atour qui défend à la maison de Saint-Ladre de réclamer dorénavant les habits des morts et le péage des ponts. C’est que la cité, le 16 juin, avait donné au grant ospital Saint-Nicolais de Mes on nuef bourc les passages des ponts les warnements com prans des mors, à la condition de reconstruire les ponts en pierre.

Ces deux atours nous apprennent que le pont de l’hopital en Chambre de 1222, et le pont à Moselle de 1227, avaient reçu le nom de ponts des morts à cause de l’impôt qui avait fait les frais de leur reconstruction : l’un s’appelait le premier pont des morts, l’autre le pont des morts. Ce n’est qu’en 1336 qu’ils furent reconstruits en pierre.

En 1347, un boucher de Metz, nommé Huguignon, avait fomenté une conspiration contre la noblesse messine. Il fut empoigné avec son frère et « tout en l’heure, dit le chroniqueur, furent menés au premier pont des morts et illec à la poterne de costé l’ospital de saint Jehan de Rodes en Chambre furent noyés et enterrés ». Ordinairement, c’était au grand pont des morts qu’avait lieu ce genre particulier d’exécution capitale qui s’opérait à l’aide d’un sac.

Une charte de la même année (1347) nous apprend que sur les deux ponts des morts de Metz, il y avait des petites tours à chaque extrémité, ce qui suppose qu’on y mit des herses ou bairres descendant jusque dans l’eau, mais ce qui n’est établi que pour le premier pont des morts.

En 1476, on élargit le moyen pont daier saint Jehan et on y construisit des allées (galeries crénelées) de chaque côté, pour y recevoir des munitions de siège et placer des soldats chargés de la défense et de la manœuvre des herses.

En 1484, le Moyen-Pont vit sa première arche, du côté de la ville, ensablée par les inondations. La ville fit fermer l’intérieur de cette arche par une double muraille et casemater ce réduit afin de défendre les bairres. De l’autre côté, depuis 1320, existait un gros boulevard casematé aussi avec force meurtrières, élevé sur les dépendances d’un ancien béguinage datant de l’an 1020 et qu’on appelait le couvent des pucelles en la vigne.

L’hôpital Saint-Nicolas négligeant de réparer les ponts, par acte du 15 juin 1581, la ville de Metz reprit ce soin qu’elle garda jusqu’à la Révolution, sous la direction de l’administration militaire.

En 1657, on répara le Moyen-Pont, comme l’indique un millésime. Les piles du côté du gros boulevard furent rhabillées. C’est sans doute alors qu’on fit disparaître l’appentis du côté de la ville. Celui qui régnait du côté de la campagne ne disparut qu’en 1743, quand la ville eut fait, en 1738, démolir les tournelles dont l’on peut juger du disgracieux effet dans les différents plans de Metz publiés en 1575, 1604, 1631, 1655, 1691.

12345

clomiphenefr |
allopurinolfr |
Parler l'anglais en Martinique |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | La Boite qui Mijote
| NON A LA MONARCHIE AU SENEG...
| Alain Daumer