Les cartes à jouer à Metz

Cartes

Il était une fois …

Extraits d’un article paru dans l’Annuaire de la Société d’Histoire et d’Archéologie Lorraine en 1926.

L’origine des cartes à jouer a toujours préoccupé les savants, parce qu’elle se rattache, non seulement à l’histoire des mœurs, mais encore à l’invention du papier, de la gravure et de l’imprimerie. Les uns attribuent leur invention aux Chinois, aux Lydiens, ou aux Egyptiens. Les autres prétendent qu’elles ont pris naissance, soit en Allemagne, soit en Italie, soit en Espagne. Nous nous occuperons plus particulièrement de leur introduction et de leur propagation en France.

Dans un compte de l’argentier Poupart, conservé autrefois dans les archives de la chambre des comptes de Paris, on lisait sous l’année 1392 : « Donné à Jacquemin Gringonner, peintre, pour trois jeux de cartes à or et à diverses figures, ornés de plusieurs devises, pour porter devant le seigneur roi, pour son esbattement, 50 sols parisis ».

Il n’y a pas d’amphibologie possible, on peint des jeux de cartes en France en l’an 1392. Puis ces jeux, qui ne semblaient d’abord destinés qu’à l’ébattement de Charles VI en démence, sont bientôt si répandus parmi la bourgeoisie, et même le peuple de Paris, que le prévôt de la capitale, dans une ordonnance du 22 janvier 1397, fait défense aux gens de métier de jouer à la paume, à la boule, aux dés, aux cartes et aux quilles, excepté les jours de fête.

C’est au règne de Charles VII (1422 – 1461), que se rapporte l’invention des cartes modernes, dites cartes françaises. On dit que le brave Lahire, ou un servant d’armes qui s’est personnifié dans l’image du valet de trèfle, réforma le jeu dit de Charles VI, de manière à lui donner l’apparence d’un jeu militaire.

Il y eut quatre couleurs : – Le trèfle, figurant la garde d’une épée – Le carreau, le fer carré d’une grosse flèche – Le pique, la lance d’une pertuisane – Le cœur, la pointe d’un trait d’arbalète.
Les as, nom d’une monnaie romaine, signifiaient l’argent pour la paye des troupes.
Les quatre Rois : David, Alexandre, César et Charles, représentaient les quatre grandes monarchies.
Les quatre Dames représentaient les quatre manières de régner par la piété, la liberté, la sagesse et le droit de naissance, figurées par Judith, Pallas, Rachel et Argine.
Les quatre Valets ou 
varlets représentaient la noblesse de France : Hector, père de Francus – Ogier, le Danois, l’un des pairs de Charlemagne – Lancelot, l’un des héros des romans de la Table Ronde, et Lahire, le plus brave capitaine de Charles VII.
Une compagnie de soldats, numérotés de deux à dix, fut rangée sous chaque couleur. On a donné d’autres significations à ces cartes, au nombre de 52. C’est alors aussi, que fut inventé le jeu de piquet, peut-être imité de l’allemand, le lansquenet.

Les cartes étaient d’abord enluminées, et coûtaient fort cher, mais la gravure sur bois, découverte entre 1420 et 1430, permit de reproduire à l’infini une empreinte grossière. Aussi a-t-on pu dire que les cartes à jouer conduisirent à l’invention de l’imprimerie.

Les tailleurs de forme imprimaient ces cartes en noir sur du papier, puis les peintres de cartes se chargeaient de les enluminer. Plus tard, on les coloriait au moyen de patrons découpés pour chaque couleur, procédé en usage chez les imagiers.

A partir du XVe siècle, les cartes à jouer furent répandues par toute l’Europe. A Metz, on jouait aux cartes en 1441, la Chronique de Praillon en parle comme d’une chose accoutumée dans le peuple : « Le vingt troisième jour dudit mois (septembre 1441), ung soldoieur de Mets, nommé le Gouverneur, en juant aux cartes, tua un aultre soldoieur nommé Forquignon, qui estoit son compaignon d’armes… ».

Depuis le milieu du XVe siècle en France, les cartes sont toujours comprises avec les dés, parmi les jeux défendus que condamnent les statuts synodaux des évêques et les ordonnances royales ou municipales.
Les magistrats de la République messine proscrivent, à leur tour, les jeux de hasard. Cette proscription s’explique par la nature des lieux où se rassemblaient les joueurs et gens dissolus. C’était dans les tavernes que se réfugiaient les jeux de hasard, chassés des maisons calmes et pieuses de la bourgeoisie.

Les jeux de cartes n’en restaient pas moins en usage chez les rois, les princes et les seigneurs, que n’atteignaient point les sentences de l’Eglise et des autorités civiles.

Le duc d’Orléans, frère de Charles VI, perdait beaucoup d’argent au glic, sorte de jeu de cartes. Un de ses descendants, le bon roi Louis XII, jouait au flux, autre jeu de cartes, sous les yeux mêmes de ses soldats. La petite cour galante et spirituelle de Marguerite de Navarre, sœur de François 1er, avait mis à la mode la Condemnade, jeu de cartes à trois personnages.

Rabelais, voulant peindre l’éducation qu’on donnait aux enfants de rois, du temps de François 1er, nous montre, en 1532, son héros Pantagruel, faisant déployer « force chartes, force dez et renfort de tabliers » pour jouer à deux cents jeux différents, parmi lesquels on remarque quinze ou vingt espèces de jeux de cartes inconnus la plupart aujourd’hui : la vole, la prime, la pille, la triomphe, la picarde, le maucontent, le cocu, la carte virade, la séquence, etc…

En dépit de ces proscriptions persévérantes, les jeux de cartes se multiplieront de plus en plus, et franchiront même les portes de certaines maisons religieuses. Le 16 juin 1676, Antoine Paget, abbé du Pontiffroy, de Metz, écrit aux religieux de son monastère : « On se plaint de vos jeux de cartes, ce qui est cause de querelles et de supercheries… Je défends à nos confrères de jouer aux cartes dans la maison avec des étrangers ou entre eux-mêmes… ».

La défense des jeux de hasard se continua pendant les XVIIe et XVIIIe siècles. Une ordonnance de la chambre de police de Metz du 12 septembre 1691, interdit aux aubergistes, cabaretiers et limonadiers, de donner à jouer ou de permettre de jouer dans leur établissement, à peine de 500 livres d’amende, le tiers applicable au dénonciateur, pour la première fois, et une punition corporelle pour la seconde fois. L’interdiction des jeux de hasard fut réitérée à Metz le 10 septembre 1733, le 19 avril 1769, le 30 avril 1793, le 8 février 1801 et le 9 août 1825.

On comprend qu’en présence de toutes ces défenses sans cesse renouvelées dans toute la France, l’industrie des cartiers était peu protégée et qu’on se contentait de la tolérer sous le manteau des papetiers et libraires.

A Metz, les cartiers étaient affiliés à la corporation des imprimeurs, libraires et relieurs. Dans l’un des articles des statuts de 1656, il est dit que : « Les dominotiers, cartiers, imagiers seront tenus aux mêmes conditions que les libraires, sans qu’ils puissent jouir des privilèges concédés à ceux-ci. Ils devront donc, avant d’exposer en vente des dominotures, placarts, etc., les faire voir au syndic et adjoint ».

Plus tard, lorsque les cartiers messins furent assez nombreux, ils formèrent une corporation indépendante, reglementée sans doute d’après les statuts en vigueur parmi les autres corporations de cartiers français. Aucun règlement particulier n’a été trouvé pour les cartiers messins. Toutefois, en raison des anciens privilèges de la ville de Metz, les cartiers avaient été exemptés des droits perçus sur les jeux fabriqués dans les autres villes de France.

Cette exemption de droits favorisa l’industrie cartière à Metz : dans la première moitié du XVIIIe siècle, on comptait huit ateliers de maîtres-cartiers. En 1745, ils devaient être dans une situation assez prospère, puisque le roi les imposa de deux offices d’inspecteur contrôleur de leur corps, qu’ils rachetèrent contre une somme de 165 livres. En conséquence de l’arrêt du conseil d’état du 9 novembre 1751, la ville de Metz était la seule de la province des Trois-Evéchés, où il était permis de fabriquer des cartes à jouer. L’article 9 du même arrêté de 1751 dit que « les cartiers établis dans les villes et lieux où la fabrication des cartes est prohibée, pourront s’établir dans les villes où elle est permise ». Cettte autorisation amena à Metz de nouveaux cartiers, qui y trouvèrent asile et protection.

De 1752 jusqu’à la révolution, l’industrie des cartes à jouer à Metz fut dans une situation très florissante. Les maîtres-cartiers exportaient leurs produits dans la vallée du Rhin et même jusqu’à Strasbourg. Cette concurrence excita la jalousie de la corporation des cartiers de Paris, qui adressa une réclamation au roi, au sujet de l’exemption des droits dont étaient exonérés les cartiers messins. Le 19 septembre 1778, le roi décidait que les cartes fabiquées à Metz seraient imposées aux mêmes droits que ceux qui grevaient les cartes venant du restant de la France.

Les cartes fabriquées à Metz furent imposées à partir du 1er octobre 1781. Le droit perçu sur les cartes à jouer fut aboli à partir du 1er avril 1791, en vertu du décret du 2 mars 1791, puis rétabli par arrêté du 3 Pluviôse An VI. Depuis cette époque, divers décrets, lois et ordonnances ont déterminé les conditions auxquelles sont soumis les fabricants de cartes munis d’une licence et patentés, le timbre à apposer, la forme des bandes et enveloppes, etc… C’est l’administration qui fournit le papier dont elles sont faites. Nul ne peut fabriquer, vendre des cartes sans avoir été agréé et commissionné par la régie des contributions indirectes. L’introduction et l’usage des cartes fabriquées à l’étranger sont prohibés.

Sous la révolution, les figures et désignations qui rappelaient les traditions de l’ancienne monarchie furent remplacées par des noms et des emblêmes en harmonie avec les idées de l’époque.

Le 1er Brumaire An II, la convention nationale, sur la proposition d’un membre tendant à faire disparaître des jeux de cartes, les signes de la royauté et de la féodalité, passait à l’ordre du jour, laissant le soin aux municipalités le soin d’exécuter le décret à cet égard. A Metz, ce changement fut opéré sans bruit, du moins les registres des délibérations n’en font aucune mention.

Comme dans toute la France, les nouveaux jeux fabriqués à Metz étaient républicains.
Les rois furent remplacés par des génies : génie de la guerre, de la paix, des arts, du commerce.
La liberté remplaça les Dames : Liberté des cultes, du mariage, de la presse, des professions.
L’égalité fut substituée aux Valets : Egalité de devoirs, de droits, de rangs, de couleurs.

Napoléon 1er fit supprimer ces figures et demanda à Louis David de dessiner des cartes nouvelles. Mais celles-ci n’eurent aucun succès, et vers les dernières années du Premier Empire, on revint aux dessins de l’ancien régime, dont le type n’a plus varié.

C’est en l’année 1648 que nous trouvons la première mention d’un fabricant de cartes à jouer à Metz : le mariage inscrit au registre de l’église réformée de cette ville de Jacob Collot, faiseur de cartes, avec Marie Florent le 16 août 1648 à la Horgne au Sablon.

Il est fort probable qu’avant 1648 des maîtres cartiers s’étaient établis dans la ville, mais nous ne pouvons apporter les précisions qu’il faudrait. Dans quelques actes, les noms suivants ont été relevés : Lambert d’Arivault, quartier (1561) – Henry Remy, le quartier (1563) – Jean François, quartier (1584) – Claude Brinque, cartier (1640). Mais cela ne nous apprend s’ils étaient réellement des fabricants de cartes, parce que l’on désignait également les quartiers-mesureurs de grains sous la même dénomination. Encore après le XVIIe siècle, des fabricants de cartes et des mesureurs de grains étaient appelés cartiers.

Les malheureux évènements de 1870 placèrent les derniers fabricants de cartes dans une pénible situation. L’industrie cartière à Metz a subi, après l’annexion, le même sort que d’autres industries qui faisaient vivre de nombreux ouvriers.  On ne se douterait guère aujourd’hui que cette ville a produit pendant plus de deux siècles, une multitude de petits cartons colorés, devenus tellement rares, que seuls les collectionneurs en possèdent quelques exemplaires.

Pour tout savoir sur les cartes à jouer, rendez-vous au musée de la carte à jouer .


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Les briquetages de la Seille

 

 

Les « Briquetages de la Seille » correspondent aux vestiges laissés par un ensemble de complexes de production « proto-industrielle » du sel datant de l’âge du Fer (VIIe-Ier siècles avant J.-C.).

Une série d’une quinzaine d’ateliers sont dispersés sur plus de 10 kilomètres de longueur, entre les villages actuels de Marsal et de Salonnes (Moselle). Ces installations exploitaient des sources salées naturelles, qui remontent du sous-sol une saumure provenant de la dissolution d’un immense banc de sel gemme enfoui à moins d’une centaine de mètres de profondeur.

Si les campagnes de fouilles, et surtout les techniques scientifiques de la fin du XXe siècle et du début du XXIe ont permis de dater la période des briquetages de la Seille, pendant des siècles, ces vestiges n’ont cessé d’être la source d’hypothèses multiples et parfois contradictoires.

Je vous propose un article datant du milieu du XIXe siècle, expliquant les différentes hypothèses de l’époque.

Pour plus de renseignements sur l’archéologie de la vallée de la Seille.

 

D’après le « Bulletin de la Société d’archéologie lorraine » – Année 1849

Dès les temps les plus reculés, la Seille coulait à travers des prairies souvent noyées sous ses eaux, et ne présentait, dans sa partie supérieure, depuis Marsal jusqu’à Burthecourt, sur une longueur d’environ 20 kilomètres, qu’un marais vaste et profond. Les filets d’eau qui se réunissaient pour la former n’étant pas rassemblés et contenus, comme ils le furent depuis, par les travaux d’art qu’exécutèrent les Romains et par ceux construits au moyen-âge pour créer l’étang de Lindres, d’où elle sort aujourd’hui, se répandaient irrégulièrement et contribuaient à entretenir une inondation presque continuelle.

Cependant, la fertilité et la richesse des plaines et des collines qui l’avoisinent, les nombreuses sources salées qui jaillissent près de ses rives, devaient, ce semble, y attirer de bonne heure des colons avides de cultiver un sol d’une fécondité remarquable, et dont les produits salins allaient devenir une branche importante d’exportations commerciales.

Rien n’indique néanmoins qu’une population indigène considérable y ait fixé et prolongé son séjour. On rencontre bien çà et là, au pied ou au sommet des coteaux, de rares vestiges des Celto-Gaulois, quelques tombeaux, monnaies, torques et pointes de javelots en silex. Mais, nulle part, aucune trace d’habitations agglomérées, de manière à former une ville ou une bourgade. Dans ces débris de l’antiquité gauloise, rien de local et de caractéristique comme à Divodurum, à Toul et à Solimariaca, cités qui eurent leurs monuments particuliers et leurs monnaies frappées au type national. Si la région supérieure de la Seille eût été habitée par une population aborigène aussi forte que l’ont insinué des savants distingués, on devrait au moins retrouver les traces de quelque cité qui lui eût servi de centre mais l’histoire, les traditions et les faits n’en fournissent pas le moindre soupçon.

Les souvenirs des Romains y sont en bien plus grand nombre. Leurs campements se reconnaissent en différents lieux. On y recueille fréquemment des médailles du Haut et du Bas-Empire, des figurines en terre et en bronze, beaucoup d’armes, des urnes cinéraires, des statues, des inscriptions et même des monuments votifs. Plusieurs voies romaines ont traversé la Seille ou sillonné les plaines environnantes, et, encore aujourd’hui, il est facile d’en suivre la direction.

Tout porte à croire que c’est vers la fin du règne d’Auguste et sous les règnes de ses successeurs immédiats, que les Gallo-Romains peuplèrent la vallée supérieure de la Seille, qu’ils y fondèrent des vicus où ils établirent leurs lois, leur culte et leur administration, et qu’ils semèrent de toutes parts une multitude de villas dont les produits servaient à alimenter les bourgs du voisinage.

Ces observations préliminaires nous ont paru indispensables avant d’arriver à discuter l’origine des briquetages de la Seille, parce qu’ils serviront à y répandre plus de lumière. (Pour être plus exact nous mettons ici le pluriel, puisqu’au lieu de former une masse compacte, ils se trouvent isolés les uns des autres par des lacunes considérables).

D’Artezé de La Sauvagère, officier au régiment de Champagne et ingénieur du Roi, fut envoyé, en cette qualité, à Marsal, vers le milieu du siècle dernier. Le premier, il a traité la question du briquetage, en s’appuyant sur des faits certains. Il fit plusieurs expériences pour en constater la nature, l’étendue et l’épaisseur, et en reconnut l’existence à Marsal, à Moyenvic et Burthecourt. Des sondages opérés plus récemment l’ont aussi fait reconnaître à Vic et à Salone.

Donnons-en une description rapide, puis nous passerons à l’examen des opinions émises sur l’origine de sa construction.

Au milieu des prairies qu’arrose la Seille, et immédiatement au-dessous des villes de Marsal, de Moyenvic et de Vic ainsi que des villages de Salone et de Burthecourt, existe une construction digne de fixer au plus haut point l’attention des archéologues. Il est bien permis de l’appeler unique en son genre, et l’un des plus étonnants ouvrages que l’antiquité nous ait laissés dans les Gaules. Dans chacune de ces localités, on peut le comparer à un vaste radier, entièrement formé de morceaux d’argiles, pétris avec la main ou enroulés autour d’un brin de bois avant d’avoir été soumis à l’action du feu.

Sur plusieurs, les marques des doigts sont encore empreintes. La forme en est très variée. Ils sont droits, courbes, cylindriques, triangulaires, coniques, parallélepipèdes. Les plus gros ont, environ de 27 à 30 centimètres de pourtour sur 18, 20, 24, 27 et 30 de longueur, et les autres offrent toutes sortes de dimensions. Liés ensemble sans aucun mortier et jetés confusément sur le marais, ils forment un massif d’une solidité telle que, depuis des siècles, il supporte l’énorme quantité de terres à laquelle il sert de fondement.

Il est assez difficile d’estimer sa superficie totale, d’autant plus que les expériences spéciales pour en déterminer les limites n’ont eu lieu qu’à Marsal et à Moyenvic. A Marsal, il a une longueur de 679 m, sur une largeur à droite de 194 m, et une largeur à gauche de 271,6 m, ce qui lui donne une superficie de 372 480 m2, son volume est de 279 360 m3. A Moyenvic, sa superficie est évaluée à 213 400 m2, et son volume à 160 048 m3. Son épaisseur moyenne est de 1,75 m. A Vic, cette dernière dimension est seulement de 60 cm, ainsi qu’il résulte d’un sondage effectué en 1819, dans l’intérieur de la ville.

Ce qui apparemment a donné lieu aux briquetages, a été la nécessité de dessécher des marais impraticables et de créer au-dessus d’eux, un terrain ferme qui permit de bâtir des vicus, d’exploiter les sources salées, en un mot, d’y asseoir les ouvrages qu’on jugea utiles à la colonie.

Celui de Moyenvic parait avoir eu une autre destination. Placé sur un sol qui n’est point marécageux, et presque à sa surface, il n’a pu servir qu’à donner une assiette solide à l’emplacement d’un camp romain.

Maintenant à quel peuple doit-on faire remonter la construction des briquetages de la Seille ?

Trois opinions sont en présence :
- l’une d’elles en attribue l’honneur aux Francs,
- une seconde la rapporte aux Celto-Gaulois,
- et une troisième aux Romains.

Nous adoptons la dernière, parce qu’elle nous semble appuyée sur de plus grandes probabilités. Essayons d’abord de discuter les deux autres.

M. Dupré, antiquaire distingué et ancien directeur de la saline de Moyenvic, attribue aux Francs le briquetage de la Seille. Selon lui, c’est un ouvrage grossier qui, par cela même, est en rapport avec l’état des arts à l’époque de l’occupation franke. Si les Romains, ajoute-t-il, en étaient les auteurs, on retrouverait, à sa superficie, des monuments d’origine romaine. Or, en creusant dans l’enceinte des villes de Moyenvic, Marsal et Vic, il ne s’est pas même présenté de médailles à la curiosité des amateurs, tandis qu’elles sont communes à Salone et sur les hauteurs voisines.

S’attaquant ensuite à La Sauvagère, il cherche à réfuter les arguments dont il s’est servi pour avancer que les Romains étaient les vrais constructeurs du briquetage.

Les trois principaux chefs de preuve de ce dernier sont tirés :
- 1° d’un débris de vase en terre de forme antique, sur lequel on lit le nom de l’artiste : Cassius F. ;
- 2° de fourneaux et de parcelles de cuivre déterrés aussi à Marsal, au-dessus du briquetage ; ce qui tendrait à prouver que cette ville avait une fonderie de cuivre sous la domination romaine ;
- 3° du passage à Marsal de la voie romaine qui conduisait de Metz à Strasbourg.

Le rapprochement de telles découvertes avait amené La Sauvagère à conclure qu’une œuvre si gigantesque ne pouvait appartenir qu’au peuple-roi. La conséquence n’a pas satisfait M. Dupré. Que prouve, dit-il, un fragment de poterie qui, peut-être, a été transporté en remblai avec les terres enlevées aux coteaux voisins ? La Sauvagère l’a-t-il vu lui-même ? Est-on sûr qu’il en ait bien lu l’inscription ? De plus, tel qu’il nous en a transmis le dessin, le cou est trop étroit pour que l’ouvrier y ait introduit la main et tracé des caractères sur le fond. Mais quel motif de soupçonner la bonne foi et la critique de La Sauvagère, d’autant plus, comme la remarque en a déjà été faite, qu’à l’inspection du vase, on en juge l’ouverture plus que suffisante pour y laisser passer la main.

Et ces fourneaux accompagnés de cendres, de scories et de parcelles de cuivre rouge et jaune trouvés à plus de 7 mètres de profondeur, est-il permis de soupçonner qu’un ingénieur instruit, qui les a eus sous les yeux, qui en a laissé le dessin, en ait méconnu la nature et la destination? En réponse, M. Dupré soutient qu’ils étaient employés pour la fabrication du sel et faisaient partie d’une saline existant déjà au commencement du VIIIe siècle. Mais des fouilles dirigées, il y a quelques années, par M. le colonel Gauthier, alors capitaine du génie à Marsal, ont amené la découverte du puits de l’ancienne saline et des ustensiles qui servaient à l’exploiter. En montrant que ces deux établissements étaient séparés par une distance de 70 mètres, que la fonderie était enfoncée de 7 mètres et la saline seulement de 2 mètres, cet officier supérieur a établi entre eux une distinction formelle et maintenu, dans son intégrité, l’affirmation de son docte confrère.

Laissant de côté quelques difficultés de détail, passons à la troisième objection.

M. Dupré nie l’existence d’une voie romaine traversant Marsal, parce que, dans son opinion, le chemin que l’on prend pour une route romaine n’offre rien de semblable aux chaussées du peuple-roi, dont les caractères d’uniformité sont partout les mêmes.

Cependant, selon le sens d’une observation de Bergier (Grands chemins de l’empire), cette uniformité ne fut pas tellement générale qu’elle n’ait subi des exceptions. La construction plus ou moins parfaite des voies romaines était réglée par l’importance des communications, et leur largeur, dépendant de la même cause, variait de 15 à 5 mètres. La forme qui leur était donnée et les matériaux qui y entraient étaient modifiés selon la différence des lieux et des temps. Voilà pourquoi il ne faut pas s’étonner si la voie de Marsal n’a qu’une largeur de 6 à 7 mètres, les autres voies de la Gaule n’en ont pas davantage, et si elle n’est pas revêtue à sa superficie d’un dallage en pierres de taille dans la partie du milieu et d’une couche de gravier dans les deux parties latérales, parce que ces matériaux sont étrangers au pays.

Qu’on y fasse une percée, et apparaîtront les couches fortement massivées qu’employaient les Romains :
- le statumen, qui se compose de moëllons plats noyés dans du mortier ;
- le rudus ou blocage de petites pierres mêlées au mortier,
- et enfin la couche supérieure, le summum dorsum, qui, au lieu de pierres de taille, était pavée de grosses pierres tirées des carrières voisines.

Il suffit d’examiner ce qui en reste, surtout la portion qui regarde la ferme de Bourache, à deux kilomètres de Marsal, où elle conserve-encore toute sa largeur et sa solidité, pour se convaincre qu’aucune autre chaussée romaine de la Gaule-Belgique n’a été construite avec plus de soin.

On a déterré, il y a quelques années, le long de cette route antique, et la même découverte s’est renouvelée en 1842, beaucoup de vases en terre rouge renfermant des cendres et des monnaies impériales, nouvelle preuve en faveur de notre thèse, puisque les Romains avaient coutume d’ériger, à côté des grandes routes, leurs monumens funéraires, afin de rappeler aux voyageurs le souvenir des hommes célèbres ou des événements mémorables. Enfin son exhaussement considérable au-dessus du sol, lui donne un dernier cachet d’antiquité.

Mais, ce qui ne permet plus de soutenir le système de M. Dupré, qu’il aurait sans doute modifié lui-même d’après les faits qui se sont révélés depuis la publication de son savant Mémoire, c’est le passage de la voie romaine retrouvé sur le briquetage.

C’est la découverte faite, en 1842, en creusant pour établir les fondements d’une nouvelle caserne à Marsal, d’une colonne élevée par les habitants de cette ville, déjà désignés sous le nom de Marosallenses, à l’empereur Claude Ier, revenant de la Grande-Bretagne. Ce sont les nombreuses monnaies romaines s’étendant d’Auguste à Julien II, la belle patère en terre rouge, recueillies lors du curage de la Seille dans la ville de Vie, à Burthecourt et à Salone. Tous ces objets se trouvant au-dessus et non au-dessous du briquetage, il n’est plus guère possible d’en attribuer la construction aux Franks.

La seconde opinion le fait remonter aux Celto-Gaulois. Elle a été soutenue et développée par M. de Saulcy dans une curieuse dissertation insérée au tome XVI des Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Le but de l’auteur est de décrire la colonne romaine trouvée à Marsal en 1842, laquelle remonte au Consulat de Passiénus Crispus et de Statlus Taurus, l’an 44 de Jésus-Christ. Au moyen de la critique si sûre qui le distingue, l’illustre savant présente une explication plus exacte de l’inscription qui y est gravée. L’interprétation nouvelle qu’il en donne lui sert à établir la haute antiquité de Marsal et à fixer les incertitudes des historiens au sujet des consuls de l’an 44. Opposant l’autorité d’un monument contemporain aux contestations des érudits, il a eu occasion de réformer les fastes consulaires pour cette année-là.

Ses conclusions sont rigoureuses. Toutefois, qu’il nous permette d’infirmer celle par laquelle il détermine l’origine des briquetages de la Seille.

Il résulte de l’inscription ci-dessus mentionnée que le viens de Marsal existait déjà avec son briquetage l’an 44. Or, conclut M. de Saulcy, le briquetage, œuvre gigantesque, a exigé au moins un siècle pour compléter l’ensemble et les détails de sa construction.

Le temps qui s’est écoulé depuis l’établissement des Romains dans la Gaule Orientale jusqu’à l’e'rection de la colonne de Marsal, est trop peu considérable pour qu’ils aient pu mener à bout une telle entreprise. C’est un ouvrage grandiose, il est vrai, mais simple et grossier, et, par conséquent, indigne de leur génie. Les empreintes des doigts, de grandeurs diverses, conservées sur les morceaux d’argile qui le composent, témoignent qu’une population entière d’hommes, de femmes et d’enfants a concouru à son achèvement. Cette population ne peut être que gauloise.

Telles sont, en substance, les raisons de M. de Saulcy. Examinons-en la valeur.

Nous avouons que le briquetage est une œuvre immense, qui a exigé beaucoup de temps pour être conduite à terme. Mais, par leur activité et leur persévérance, les Romains n’ont-ils pas su vaincre le temps et l’espace ? Quand on réfléchit que bientôt après l’établissement de leurs colonies dans l’intérieur des Gaules, sous Auguste et ses premiers successeurs, les villes et les bourgades s’élevèrent comme par enchantement, les grandes routes sillonnèrent le pays dans tous les sens, on n’est plus guère étonné de la rapidité mise à l’exécution des briquetages de la Seille.

Quand bien même nous admettrions l’exactitude des calculs de M. de Saulcy, que nous sommes loin de contester, mais qui n’ont toutefois qu’une valeur hypothétique, sa conclusion serait toujours plus large que les prémisses. Il en résulterait que le briquetage aurait été terminé l’an 44 de Jésus-Christ. Ce qui est assez difficile à soutenir, car les expériences qui ont été faites attestent qu’il y a eu des reprises dans son achèvement, et, en plusieurs endroits, il offre deux couches et une façon différentes.

La conclusion qui semble naturelle serait celle-ci, savoir :
- qu’en l’an 44, il avait reçu un commencement d’exécution ;
- que la portion sur laquelle Marsal est bâti était terminée ;
- encore s’agirait-il de montrer que la superficie du Marsal d’alors était aussi étendue que celle du Marsal d’aujourd’hui, et enfin que le reste a été achevé successivement et à d’autres époques.

Dans son Mémoire, le savant auteur paraît n’avoir pas connu l’existence du briquetage à Vic, Salone et Burthecourt. Ajoutons qu’une entreprise aux proportions si grandioses et qui implique tant de difficultés vaincues, n’a pu être conçue ni exécutée par les Celto-Gaulois, nation capricieuse, inconstante, vagabonde, qui ne nous a laissé aucun monument propre à lui faire attribuer celui-ci.

Marsal, comme l’indiquent son étymologie et la colonne décrite par M. de Saulcy, était une colonie romaine, composée, par conséquent, d’hommes, de femmes et d’enfants. Au lieu de recourir à une population celtique considérable, dont il faudrait prouver l’existence, il semble plus naturel de penser que, lorsqu’il a fallu rendre praticables les marais près desquels elle venait s’établir, toute la colonie, hommes, femmes et enfants, aidés de leurs voisins, se soit mise à œuvre pour hâter l’entreprise et en finir. Cette précipitation explique naturellement la grossièreté des matériaux qui y furent employés, et la simplicité du plan qui ne réalisa pas moins son but d’utilité pratique. Bien plus, il est permis de croire que les légions cantonnées dans le voisinage, exercées à l’art de dessécher les marais, ont aussi concouru à un travail, si prodigieux, qu’il étonne l’imagination la plus hardie.

Le plan et la construction du briquetage ont une analogie frappante avec le principe qui a présidé à ceux de quelques chaussées antiques, car, outre la ressemblance d’une même base solidement posée, on rencontre quelquefois des masses de terre cuite, des briques et des tuiles dans les couches inférieures des voies romaines.

Il est donc improbable que le briquetage de la Seille soit l’œuvre d’un peuple aborigène, d’autant plus que, dans les fouilles opérées jusqu’ici au-dessus de son massif, aucun monument celto-gaulois ne s’est rencontré.

On ne peut objecter les vingt squelettes gaulois découverts en 1839, lors de la création du nouveau lit de la Seille. Ils se trouvaient dans un terrain solide, près des hauteurs de Haraucourt et à 400 mètres environ des remparts. Or, de ce côté, les remparts forment la limite du briquetage.

De tout ce qui précède, nous croyons être en droit de conclure que la conjecture de La Sauvagère est encore aujourd’hui appuyée sur les probabilités les plus fortes. On sait qu’elle consiste à faire, des Romains, les auteurs du briquetage de Marsal et autres lieux voisins.

Les ruines de l’ermitage Saint-Michel de Volkrange (57)

Blason ThionvilleRuines ermitage Saint-Michel Volkrange

 

Il ne reste que deux pans de murs, et pourtant il y a 8 siècles, s’élevait sur cette colline, une chapelle. Je vous propose de découvrir à quelle occasion, elle a été édifiée.

Je ne cache pas que la dernière phrase de cette chronique m’a beaucoup plu, et correspond totalement avec ce que je pense aujourd’hui. Comme quoi, des « amoureux du patrimoine et de l’histoire » ont existé de tout temps !

D’après « Le lépreux de Wolkrange », chronique luxembourgeoise du XIIIe siècle publiée en 1837

En l’an de grâce 1214, vivait en la maison forte de Wolkrange, un chevalier de haut lignage qui avait nom de messire Arnoux. C’était un héros dans les combats et un sage dans les conseils de madame Ermesinde, comtesse de Luxembourg, qui dans sa reconnaissance octroya tant de largesses aux mérites du preux, qu’il put lever bannière et fonder ainsi la grandeur de sa race.

« Et pour ce, s’en vint messire Arnoux accompaigné de 50 lances siennes et de gens de trait qui y appartiennent, si porta sa bannière, laquelle estoit d’or à deux fasces de gueules, et n’avoit nullement bousté hors de son estuy, s’y la présenta au prince Henry de Limbourg, fils à madame Ermesinde, auquel il dict ainsy : Monseigneur, véez-cy ma bannière, je vous la baille par telle manière qu’il vous plaise la desvelopper et que dez aujourd’huy je la puisse lever, car Dieu mercy j’ai de quoy maintenir estat comme il appartient à ce. Il me plait bien, respondit le prince, adonc la prit par la hante, si la desveloppa et la rendit ez mains de messire Arnoux en lui disant : messire Arnoux, Dieu vous en laisse vostre preu faire ».

Dès lors, la maison forte de Wolkrange, à 2 lieues de Thionville, reçut le développement que comportait la résidence d’un chef-seignor.

Quatre fortes tours, surmontées de la girouette carrée, formèrent cet imposant donjon que l’on a en partie conservé dans les réédifications du XVIIe siècle, et qui s’élevait majestueusement au centre du château proprement dit, vaste et puissante enceinte où le desservant du fief esduquoit une jeune milice toujours prête à s’immoler pour le prince et la patrie, comme pour la cause de la justice et de l’innocence.

La religion qui en se mêlant à toutes les institutions du moyen-âge, les éleva jusqu’à l’enthousiasme de la vertu, lui prêtait sa voix éloquente pour expliquer à ses poursuivants de gloire le code des preux, si ingénieusement appelé fontaine de courtoisie qui vient de Dieu :

« Servez Dieu, leur disait-il, et il vous aidera ; soyez doux et courtois, en ôtant de vous tout orgueil ; ne soyez ni flatteurs ni rapporteurs car telles manières de gens ne viennent pas à grandes perfections ; soyez secourables à pauvres et à orphelins, et Dieu vous le guerdonnera ; soyez loyaux en vos faicts et dires, tenez vos paroles et promesses, car malheur à qui les oublie et notamment celles faites à son Dieu, à son sire ou à sa mie ».

Puis il leur enseignait cette pudeur de la gloire qui ne permettait pas de se louer soi même et faisait un devoir à chaque guerrier de publier les hauts faits de ses compagnons d’armes, « car, ajoutait-il, les vaillances d’un chevalier sont sa fortune, sa vie, et celui qui les tait est ravisseur du bien d’autruy ».

Et à ses lecons de sapience succédaient : Joustes, behours, essaiz et tournoyement, dont Gerlach de Neuersbourg (*) remportait le prix toutes les fois qu’en entrant en lice le vieux ménestrel du château s’en venait chantant :
Servans d’amour, regardez doulcement
Aux eschafaux ange de paradis ;
Lors vous jousterez fort et joyeusement,
Et vous serez honorez et chéris.

C’était l’avertir qu’Irmengarde de Wolkrange assisterait à leurs esbats, et il voulait s’élever jusqu’à elle par la gloire.

(*) Neuersbourg : Château gothique de la plus admirable conservation à un quart de lieue de Thionville, démoli en 1812 ; aujourd’hui ferme connue sous le nom de Gassion, de celui du maréchal de Gassion qui y prit ses quartiers en 1643 lors du siège de Thionville par le grand Condé.

Alors la chrétienté en tenait le ban ouvert aux champs de la Palestine, et pour la sixième fois conviait ses preux à de justes représailles contre les peuples qui les premiers l’avaient attaquée. Jeune, vaillant, plein de foi, Gerlach de Neuersbourg brûlait de répondre au belliqueux appel de se précipiter dans la sainte arène, et d’y conquérir le beau titre de chevalier, qui alors nivelait toutes les distances.

Ses voeux furent exaucés : Arnoux se croisa, lui confia sa bannière, et Irmengarde y joignit une écharpe à son chiffre, à ses couleurs. C’était le déclarer invincible, c’était présager ses exploits sous les murs de Damiette. Arnoux lui dut la vie ; les croisés, la prise de la tour du Nil.

Proclamé le brave des braves, armé chevalier des mains du roi de Jérusalem, le sire de Wolkrange mit le sceau à ses joies en lui accordant la main de sa fille. C’en était trop, tant de bonheur ne pouvait être le partage de ce monde.

A peine Gerlach a-t-il touché aux côtes de France, qu’il est saisi d’une fièvre ardente. Sa peau se dessèche, son corps se couvre d’ulcères… : il était atteint de la lèpre !

Abandonné de ses compagnons, tant le mal qui le ronge est contagieux, la religion s’assied à son chevet, relève son courage, et lui ouvre l’une des deux mille léproseries que desservaient dans notre France les chevaliers de l’ordre de Saint-Lazare, dont le grand-maître devait être pris parmi les lépreux. « Ainsi la charité, pour entrer plus avant dans les misères humaines, avait ennobli en quelque sorte ce qu’il y avait de plus dégoûtant dans les maladies de l’homme ».

Avant d’assister en personne à ses obsèques, embronché comme au jour des trépassés, et d’entendre les redoutables recommandations de l’officiant, le preux eut à travers une verrière une longue conférence avec son suzerain. Et Arnoux, dès son retour à Wolkrange, fit élever en l’honneur de Saint-Michel, patron des chevaliers, sur le sommet de la montagne qui en a retenu le nom, cette élégante chapelle qui fait un si admirable effet dans le paysage. Il y adjoignit une cellule, qu’Irmengarde, en proie à une profonde mélancolie, se plut à décorer de ses propres mains.

Et par une sombre nuit d’automne, un coche s’arrêta au pied du mont. Un homme en sortit, gravit lentement le sentier de l’hermitage. Cet homme, ce premier hôte du mont Saint-Michel était un lépreux ! Un objet de terreur et d’épouvante qu’osaient seuls affronter le prêtre, qui de temps en temps allait lui administrer les secours de son saint ministère, et le frère servant qui, chaque semaine, lui apportait ses provisions de l’hôpital.

Cependant, lorsque la lune éclairait l’horizon de ses pâles reflets, alors les regards du reclus se portaient vers les tours du donjon de Wolkrange ; alors aussi une forme svelte, gracieuse, une femme enfin apparaissait sur l’une de leurs plates-formes, et de douces larmes sillonnaient les joues brûlantes du mort-vivant. Ce fut ainsi qu’il vécut dix années.

Quant à Irmengarde, un étranger l’aurait crue heureuse : elle ne se plaignait point, elle ne pleurait point, elle ne parlait jamais de Gerlach de Neuersbourg. Et lorsqu’il ne fut plus, lorsque le prêtre et le frère servant lui eurent dit sa fin de prédestiné, elle dota convenablement la chapelle de l’ermitage, y fonda quatre messes annuelles, se retira aux dames de Sainte-Glossinde, de Metz, et y termina pieusement ses jours.

Ainsi, dans ces temps que le philosophisme se plaît à nommer barbares, l’infortune trouvait toujours en Dieu le remède, que trop souvent aujourd’hui, elle demande à la mort.

La descendance d’Arnoux, fortement trempée de l’esprit religieux et militaire du moyen-âge, soutint dignement son nom. On la retrouve à Massoure, à Woringen, à Crécy, partout où le Luxembourg eut, aux XIIIe et XIVe siècles, gloire à conquérir. Elle devint vassale au XVe siècle (nous ignorons à quel titre) de René II, duc de Lorraine, et lui fut en grande aide durant ses rudes démêlés avec Charles-leTéméraire.

Alors vingt-cinq fiefs, la plupart à clochers, relevaient de sa bannière, que guidaient dans les combats, trois preux, ses derniers rejetons. Après eux, Wolkrange passa successivement par héritage aux sires de Lellich, de Beichling, de Schmitbourg, de Nassau, et advint par acquisition, en 1680, à messire Jean de Pouilly. Sa fille unique le porta dans la maison du Mesnil, et son arrière petite-fille dans celle de Nonancourt qui le possède de nos jours.

Mais, en 1680, le maréchal de Créqui avait déjà visité notre Lorraine. Wolkrange n’était donc plus que quelques ruines sur lesquelles s’appuyèrent religieusement les reconstructions du sire de Pouilly, car en ces temps-là, on respectait encore la puissance des souvenirs.

Nous lui devons donc, et cette tour aux murs de six pieds d’épaisseur, et ces salles aux voûtes en ogive, aux clés armoriées, où tant de preux discoururent de guerre, de courtoisie et d’amour.

La lourde main des hommes, plus encore que celle du temps, s’est appesantie sur la chapelle du mont SaintMichel (réparée en 1655 par Elisabeth de Nassau), et bientôt, à l’instar de la cellule de l’ermite, elle ne sera plus qu’un monceau de décombres.

Cependant, quelques centaines de francs nous conserveraient ce témoin des autres âges, ou tout au moins, une simple porte préserverait de profanations nouvelles les fresques du Christ et ses douze apôtres, et la remarquable effigie de l’archange Michel, que firent ériger, en 1586, le pasteur de Wolkrange, l’échevin Jean Metzinger et l’habitant Jean Krutz de Beuvange.

Malheureusement, notre époque positive ne voit dans des ruines, que des moellons pour bâtir à neuf, et ne peut comprendre que sous de vieilles pierres sculptées, il y a toujours une pensée d’art, une pensée nationale, et comme une page taillée de notre histoire.

La photo des ruines est extraite de ce site, tenu par des adolescents passionnés d’histoire, voulant faire découvrir ou redécouvrir la richesse historique de notre région. Si rare à notre époque, que je me permets de le signaler.

Les ruines du château de Lutzelbourg (57)

blason LutzelbourgChâteau Lutzelbourg

Classé aux monuments historiques depuis février 1930, les ruines du château sont la propriété de la commune depuis 1977. D’importants travaux de rénovation ont été entrepris pour réhabiliter ce patrimoine. Le résultat est extraordinaire, et l’on n’a qu’une seule envie : parcourir ces ruines.

Je vous propose pour l’instant de découvrir l’histoire du château et du village de Lutzelbourg. Vous pouvez aussi découvrir d’autres photos du château de Lutzelbourg après la rénovation ici.

D’après un article paru dans les « Mémoires de la Société d’archéologie lorraine » – Année 1871

L’origine du château de Lutzelbourg se perd dans l’obscurité du moyen âge. Son nom est formé des mots allemands lützel et burg, qui signifient petit château, et il a été sans doute ainsi nommé à cause de son étendue peu considérable.

Bâti sur la crête rocailleuse d’une montagne dont l’altitude est de 322 mètres, et probablement sur les ruines d’un castel romain, il semblait, comme du temps du peuple-roi, préposé à barrer et à défendre le passage de la vallée de la Zorn. A sa construction, l’art de l’ingénieur avait déployé toutes ses ressources, et ses ruines imposantes attestent encore l’importance qu’il devait avoir dans ces temps, où l’art d’attaquer les places était encore dans son enfance.

Au pied de la montagne au sommet de laquelle s’élevait, haute et fière, la forteresse féodale, se groupèrent bientôt les habitations de modeste apparence, qui devaient donner naissance à un village auquel elle imprima son nom, et dont le voyageur, qui l’approche en remontant la Zorn, admire la situation pittoresque.

L’ensemble du château de Lutzelbourg présentait l’image d’une étoile à cinq rais, dont le centre était occupé par une tour pentagonale, qui servait probablement de donjon. Cette tour, revêtue de pierres diamantées, subsiste encore et forme aujourd’hui la partie la plus intéressante de cette ancienne forteresse. On ne pouvait y accéder que par une porte à plein-cintre, percée au premier étage, et à laquelle on serait tenté de donner le nom de fenêtre. L’escalier qui servait à monter jusqu’à son sommet était placé dans l’épaisseur du mur.

Ses cinq angles se liaient aux fortifications du pourtour de l’enceinte par des bâtiments qui divisaient le château en cinq compartiments parfaitement distincts et presque indépendants les uns des autres. Les cinq lignes de bâtiments qui divergeaient vers le mur d’enceinte, offraient, chacune à leur extrémité, une tour carrée. L’une de ces tours est encore debout, et élève sa tête brunie par les siècles du milieu des ruines qui l’entourent comme un phare sur un promontoire. Directement au-dessous de cette tour, se voit l’entrée d’un tunnel de 439 mètres de longueur, que traverse la double voie ferrée. Le mur d’enceinte était enté sur le roc escarpé, dont il suivait la sinuosité avec une bizarre exactitude.

Le château est dominé par les montagnes environnantes, et l’on y monte péniblement par un chemin rocailleux, disposé en pente assez raide. Du haut du plateau où il s’élève, la vue, quoique trop restreinte, est fort belle. Au pied du rocher s’étend le village de Lutzelbourg, aux blanches maisons, et l’on admire la vallée où la Zorn, aux capricieux méandres, roule ses eaux limpides. L’œil se plaît à suivre la nappe d’eau du canal de la Marne au Rhin, qui se dessine comme une bande d’argent à travers les prairies, et la ligne de fer, que parcourent les convois aux longs panaches de fumée pour se rendre à Paris ou à Strasbourg. Vers l’ouest, une échappée permet de jeter un coup d’œil dans la plaine accidentée du Westrich.

Quoique l’époque certaine de la fondation du château de Lutzelbourg ne soit pas connue, on peut admettre avec certitude qu’il existait déjà vers la fin du XIe siècle.

II était situé dans la Marche de Marmoutier, appartenait dans 1′origine à l’abbaye bénédictine de ce nom, et avait été, selon toute apparence, construit pour lui servir de boulevard, du côté de l’ouest. Mais il lui fut enlevé injustement et par violence, au commencement du XIIe siècle, par le comte Pierre, fils de Frédéric, comte de Moncion, et d’Agnès de Savoie. Ce seigneur adopta le nom du château qu’il avait usurpé et y fixa sa résidence.

L’acte de violence du comte Pierre donna lieu à une grave contestation entre ce seigneur et l’abbaye de Marmoutier. Le comte Pierre soutenait qu’il avait acquis la propriété du château dont il avait adopté le nom, en échange du prieuré de Saint-Quirin, tandis que l’abbaye de Marmoutier prétendait que cet échange n’avait jamais eu lieu, et qu’elle tenait le prieuré de Saint-Quirin de la libéralité de Louis, comte de Dagsbourg, aïeul maternel du pape saint Léon IX.

Quoique l’abbaye de Marmoutier eut le bon droit de son côté, elle ne pût jamais rentrer dans la propriété du château qui lui avait été enlevé, et le comte Pierre en resta l’heureux possesseur. Bien plus, il lui enleva violemment la forêt de Hiltenhausen, située dans le voisinage de ce château.

A 1a mort du comte Pierre, le château de Lutzelbourg advint par héritage à son fils Réginald, qui prit également le titre de comte de Lutzelbourg. Ce jeune seigneur, connu par ses édifiantes prodigalités envers l’Église, répara en partie l’injustice commise par son père, et restitua à l’abbaye, la forêt que celui-ci avait usurpée. Une charte, émise par l’abbé Anselme, qui présidait aux destinées de l’abbaye de Marmoutier de 1146 à 1154, nous donne quelques détails sur le différend qui s’était élevé entre Pierre, comte de Lutzelbourg, et le monastère, et raconte que la forêt que ce seigneur lui avait enlevée, lui avait été restituée par son fils Réginald.

Le comte Réginald de Lutzelbourg termina, en 1143, le cours de sa carrière terrestre, sans laisser de postérité. Etienne de Bar, évêque de Metz, son cousin, hérita du château de Lutzelbourg, et, après en avoir pris possession, il le donna en fief, sous la mouvance de son église, à Hugues, fils de Folmar, comte de Metz.

Après la mort de ce seigneur, Mathieu 1er, duc de Lorraine, fit, à la tête d’une noblesse impatiente de combats, diverses expéditions contre les seigneurs ses voisins. Il s’empara, vers 1151, du château de Lutzelbourg et de plusieurs autres forteresses de l’évêché de Metz, qui devinrent un sujet de sanglants démêlés. L’évêque Etienne de Bar tâcha, avec le secours de l’empereur Frédéric Barberousse, de récupérer les domaines dont il venait d’être dépouillé. Il reprit le château de Lutzelbourg et se rendit aussi maître de plusieurs autres forteresses. Le duc Mathieu, pour se venger des entreprises de l’évêque Etienne, se mit en campagne. Il remporta d’abord quelques avantages, mais il fut obligé de céder au nombre.

Les deux parties convinrent enfin de terminer une guerre, qui ne pouvait être que fort désavantageuse à toutes deux, et se réconcilièrent. L’évêque de Metz fit reconstruire le château de Lutzelbourg, qui avait été fortement endommagé pendant la guerre et ne présentait plus qu’un amas de ruines, puis il le réunit à sa crosse.

En 1154, l’évêque Etienne se ligua avec le duc Mathieu, contre le comte Folmar de Saarwerden. Les alliés marchèrent contre le château de Saarwerden, situé dans le Westrich, sur la Sarre, et en firent le siège. Après s’en être rendus maîtres, ils en rasèrent les fortifications et firent conduire le comte Folmar dans la forteresse de Lutzelbourg, où il fut retenu prisonnier.

Son fils Louis, outré de cet affront, jura d’en tirer vengeance. A peine son père avait-il fermé la paupière, que le comte Louis assembla quelques troupes, alla mettre le siège devant la forteresse où son père avait été retenu en captivité, et s’en empara. Mais l’évêque de Metz, Thierri de Lorraine, attaqua le comte de Saarwerden et le força de rendre la grande tour du château de Lutzelbourg, où il tenait garnison. Il ne le relâcha qu’à condition qu’il renoncerait à toutes ses prétentions sur ce château ! Ceci se passait vers l’an 1175.

Croll le jeune, de Deux-Ponts, suppose qu’il existait des liens de parenté entre le comte Réginald de Lutzelbourg et les comtes de Saarwerden, et que les prétentions que ces derniers avaient élevées sur sa riche succession, avaient occasionné les sanglantes querelles que nous venons de raconter.

Vers la fin du XIIe siècle, on vit paraître comme témoin dans une charte que l’évêque de Strasbourg, Conrad de Hunebourg, émit en faveur de l’abbaye de Neubourg, Hermann de Lucelnburch. Descendait-il du comte Pierre de Lutzelbourg ? Rien ne le prouve, et, selon toute apparence, il était simplement le vassal castrensien de l’évêché de Metz, et il adopta, selon l’usage du temps, le nom du château dont la garde lui était confiée. II fut l’auteur, la tige d’une nouvelle maison de Lutzelbourg, qui a joué, tant en Lorraine qu’en Alsace, un rôle, dont l’importance est attestée par une foule de documents et de monuments diplomatiques. La maison de Lutzelbourg portait d’argent au lion d’azur, la queue fourchue et passée en sautoir.

En 1235, le sire Bourchard de Geroldseck-ès-Vosges tourna ses armes contre le château de Lutzelbourg et s’en empara. L’évêque de Metz, Jean d’Apremont, résolut de reprendre ce manoir. Geoffroi d’Apremont, son neveu, à qui il avait confié le commandement de ses troupes, marcha contre le château, l’assiégea, ne négligea et ne ménagea aucuns moyens pour s’en rendre maître. Des pierres énormes furent lancées contre les tours et les murs et même dans l’intérieur du château, mais la garnison répondit aux projectiles par des projectiles, combattit avec le plus grand courage et opposa une résistance opiniâtre à un ennemi puissant, qui fit des efforts inouïs pour renverser les fortifications de la nature et de l’art. La forteresse restait debout et regardait les assiégeants d’un air menaçant.

Geoffroi d’Apremont venait de recevoir une blessure qui le priva d’un œil. Il redoubla d’efforts, s’empara du château et fit prisonnier le sire de Géroldseck et ses gens. Le vainqueur ne rendit la liberté à ses prisonniers que lorsque le sire de Géroldseck eut contracté l’engagement de lui payer pour leur rançon une grosse somme d’argent, qui fut hypothéquée sur les deux terres de Géroldseck, c’est-à-dire sur celle située en Alsace, près de Saverne, et sur celle située sur la Sarre, au territoire de Niederstinzel, dans le Westrich.

En 1296, Frédéric de Lichtenberg, archidiacre de l’église de Metz et grand-prévôt du chapitre de Strasbourg, avait, de l’autorité du chapitre de Metz, pendant la vacance du siége épiscopal, la garde des châteaux de Lutzelbourg, Turquestein et Castres. Il les restitua, en 1297, aux administrateurs et vice-gérants de Gérard, évêque élu de Metz, et informa les commandants de ces châteaux qu’il les avait rendus aux officiers de l’évêque. Il les pria en même temps d’obéir désormais à ce prélat, de lui rendre compte des revenus et de le servir sans contradiction.

Au XIVe siècle, Bourchard de Fénétrange était devenu le vassal, l’homme d’Adémare de Montil, évêque de Metz, et de son évêché. Par un acte dicté de la veille de Saint-Jean-Baptiste 1344, ce prélat fit donation à Bourchard de cinq cents livres petits tournois pour l’hommage qu’il lui avait rendu, et lui engagea à cet effet son château de Lutzelbourg. Il lui donna tout pouvoir de retirer des mains des comtes de la Petite-Pierre et des seigneurs voués de Wasslenheim (Wasselonne), les engagères qu’il leur avait faites, et lui assura la jouissance tant du château de Lutzelbourg que des domaines ainsi rachetés, jusqu’au remboursement de ladite somme de cinq cents livres et de celles qu’il pourrait avoir employées audit rachat.

L’évêque Adémare se réserva la faculté de rembourser lesdites sommes quand bon lui semblerait, et imposa au sire de Fénétrange la condition d’employer cette somme de cinq cents livres, après en avoir été payé, en acquêts qu’il tiendrait à toujours en foi et hommage de l’évêché de Metz.

L’embarras financier dans lequel se trouvait l’évêque Adémare, le força de recourir à la bourse de son vassal, le sire Bourchard de Fénétrange. Il lui emprunta, par acte du jeudi avant la fête de la Toussaint 1350, une somme de cinq cents livres petits tournois, et consentit que ce seigneur et ses descendants retinssent en leurs mains le château de Lucelbourg jusqu’au remboursement desdites deux sommes de cinq cents livres, faisant ensemble celle de mille livres.

Trente ans après, Bourchard de Fénétrange, qui ne possédait plus que la moitié de cet engagement, conclut, le dimanche Judica de l’année 1381 avec l’évêque Thierry Bayer de Boppart, une paix castrense (Burgfriede) qui porte en substance : l’évêque Thierry promet de laisser jouir Bourchard de Fénétrange et ses successeurs, de la moitié du château de Lutzelbourg, que ce seigneur tient en engagement de l’évêché de Metz, sans que ledit évêque ni ses successeurs puissent leur y apporter aucun trouble ou empêchement, tant et aussi longtemps que le rachat n’en aura pas été fait. Les deux parties prennent l’engagement de conserver ladite place à forces communes, de la défendre envers et contre tous en cas d’attaque et de la récupérer en cas de prise par leurs ennemis.

Peu après, l’évêque Thierry racheta l’engagère de Lutzelbourg, d’Olry de Fénétrange.

Le château de Lulzelbourg fut tourmenté d’une série non interrompue d’engagements qui jettent une grande confusion dans son histoire.

L’évêque de Metz Thierry Bayer de Boppart, fut forcé, par l’embarras de ses finances, à engager une partie du château de Lutzelbourg à l’évêché de Strasbourg, moyennant une somme de douze cents florins. L’évêque de Strasbourg, Frédéric de Blankenheim, donna en engagement, par acte du 1eravril 1385, le quart de ce château à son vice-dôme, Rodolphe dc Hohenstein, moyennant un prêt de sept cents florins.

L’évêque de Metz Raoul de Coucy, quelque peu remis à flot, remboursa à l’évêque de Strasbourg, Frédéric de Blankenheim, la somme de douze cents florins, qui formait le prix de son engagère, et les lettres d’engagement furent cassées et annulées, par un acte du lundi après la Nativité de Notre-Seigneur 1391. Toutefois, il ne parait pas que ce rachat ait été complet, car l’évêque Frédéric de Strasbourg retenait toujours une partie de ce château, et son successeur, Guillaume de Diest, se plaisait à y résider pendant la belle saison.

Le château de Lutzelbourg était devenu un ganerbiat (nom d’une antique et puissante association contre les brigands des temps féodaux, qui se forma en Allemagne, pendant le moyen âge, à l’époque où il n’y avait d’autre droit que la force, et qui subsista, mais bien dégénérée, jusqu’au milieu du XVIe siècle) et, en 1394, le 7 janvier, une paix castrense fut signée entre les comparsonniers Rodolphe de Hohenstein, Bechtold Münch de Wilsperg, Egenolphe de Lutzelbourg et Lutze de Lampertheim. Dieterich de Hohenstein, fils de Rodolphe, prit, dans le cours de la même année, l’engagement de se conformer à la teneur du susdit traité.

Le même engagement fut encore pris par Lutze et Hessemann de Lampertheim en 1398, par Henri Eckbrecht de Durigheim (Durkheim) en 1399, et le vendredi avant la mi-carême 1400, par l’évêque de Strasbourg, Guillaume de Diest, et par Gérard Dunne (Dauhn) de Linange, prévôt de Saverne.

Cette paix fut renouvelée, la veille de la Saint-Jacques 1404, entre Guillaume de Diest, évêque de Strasbourg, Henri Eckbrecht de Durnigheim (Durkheim), Jean de Heringen (Hérange), Berthold Krantz de Geispolsheim, Lutze et Hessemann de Lampertheim, Bernard et Jean de Lutzelbourg, et Martin Munch de Wilsperg.

La veille de la Saint-Michel de la même année, l’évêque Guillaume de Strasbourg s’entendit avec tous les ganerbes au sujet de la cotisation que chacun d’eux devait fournir aux frais de réparation et d’entretien du château. On convint d’avoir un édile ou directeur des bâtiments commun, lequel serait chargé tant de la garde du château que de l’administration des possessions communes.

Toutes les plaintes pour l’inexécution ou la violation de la paix castrense, toutes les contestations que l’un des ganerbes pourrait avoir à former contre l’autre, devaient être soumises à l’arbitrage d’Eberlin de Greifenstein le vieux.

Jean de Hérange et Berthold Krantz de Geipolsheim s’engagèrent, par un acte du 14 novembre 1404, à ne point s’opposer au rachat du château, dès que l’évêque Guillaume de Diest voudrait l’effectuer. Ce Berthold Krantz possédait aussi une hypothèque de cent florins sur la maison que les nobles d’Oberkirch possédaient à Lutzelbourg.

Les lettres en forme de dénombrement, que Bernard de Lutzelbourg et son frère Jean remirent, le jeudi avant la Saint-Luc 1405, à Raoul de Coucy, évêque de Metz, portent qu’ils tiennent en fief de cet évêché, le château de Lutzelbourg, la maison située dans ledit château, entre la tour dite de Fénétrange et le puits, avec la meule adossée à la grosse tour, la tour près de la porte d’entrée, les jardins et les prairies situées autour du château, le  village de Willer (Niederviller) et la mairie de ce lieu, à laquelle ressortissent les sujets de Bernard de Lutzelbourg, qui demeurent à Birchide (Bourscheid) le ban et le village de Schoenberg (Schoenbourg), le ban et le village de Gundwiller, (Guntzviller) ceux de Craffetzal (Craufthal) et d’Esperg (Eschbourg), avec les mairies desdits lieux, Prowiller (Brouviller) avec la mairie de ce lieu et celle dc Grenesniwiller (Kræmsviller), qui en est une dépendance. Le village de Kraemswiller ou Kramswiller ne subsiste plus. Il fut ruiné on ne sait à quelle époque et ses matériaux servirent à reconstruire celui de Drouviller.

Les guerres que l’évêque de Metz Raoul de Coucy eut à soutenir, le forcèrent d’engager en 1409, selon Dom Calmet, ou en 1402, selon Meurice, le quart du château et de la châtellenie de Lutzelbourg à Charles II, duc de Lorraine, pour la somme de huit cents florins du Rhin.

En 1410, l’évêque de Metz, Raoul de Coucy assura à Guillaume de Diest, évêque de Strasbourg, la jouissance viagère du quart du château de Lutzelbourg. Dans le cours de la même année, Jean de Lutzelbourg donna à l’évêque Guillaume de Strasbourg quittance de la somme de cent soixante florins, que ce prélat lui devait en compensation des pertes qu’il avait essuyées à son service, et pour laquelle il avait reçu en engagement le quart que l’évêché de Strasbourg possédait dans le château de Lutzelbourg.

L’evêque de Strasbourg Guillaume de Diest prit, le jour de l’Assomption de Notre-Dame 1421, l’engagement de rendre dans un certain temps à Conrad Bayer de Boppart, évèque de Metz, la moitié du château de Lutzelbourg et de lui remettre ès mains franchement et quittement les lettres d’engagement que l’évêque Thierry de Metz avait souscrites au profit de l’évêque Fredéric de Strasbourg. L’évêque Guillaume renouvela cet engagement, par acte du mardi après l’Annonciation de Notre-Dame 1434.

Egenolphe de Lutzelbourg donna, le mardi après la Division des Apôtres de l’an 1460, son dénombrement à la cour féodale de l’évêché de Metz, séant à Vic, pour le château de Lutzelbourg et les villages qui en dépendaient. Dans la même année 1460, Philippe Kraph de Sarrebourg reconnut tenir en fief de Georges de Bade, évêque de Metz, une maison au château de Lutzelbourg, le droit de haute conduite à Sarrebourg, quatre livres de rente à Varlsperswiller (Vasperswiller) et quatre livres de rente au Vivier (Voyer) et à Elwresweiler (Abreschwiller).

En 1469, Henri Blicker de Rothenbourg fit ses reprises de Georges de Bade, évêque de Metz, pour une maison de fief située en son château de Lutzelbourg, et lui promit l’obéissance qu’un fidèle vassal et sujet doit à son seigneur.

Wernher de Lutzelbourg fit ses reprises de l’évêque Georges de Metz pour le château de Lutzelbourg, avec sa tour et ses dépendances jusqu’à la tour dite de Fénétrange, le puits près de la grosse tour, le Steinburg de la porterie par où l’on entre, avec les villages et mairies en dépendant, et promit par acte du jeudi après la Saint-Valentin 1483, « de procurer le profit et d’empêcher le dommage dudit sieur évesque, ainsi qu’un fidèle vassal est tenu de faire envers son seigneur, à cause de son fief ».

Un noble alsacien, Michel de Blumeneck, fit, par acte du jeudi après la Saint-Michel de l’an 1495, ses reprises pour et au nom de Claire Wucher, sa femme, de l’évêque de Metz, Henri de Lorraine, pour une maison située au château de Lutzelbourg, la moitié d’un moulin, trois resaux de froment et trois resaux d’avoine de rente sur les grosses dîmes dudit Lutzelbourg, avec les menues dîmes, consistant en dix schillings et demi, monnaie de Strasbourg.

Au commencement du XVIe siècle, on comptait, parmi les ganerbes du château de Lutzelbourg qui prêtaient foi et hommage à l’évêque de Metz, sous condition de paix castrense, le célèbre Franz de Sickingen.

Après la mort de ce vaillant guerrier, qui fut frappé des éclats d’une poutre en défendant la brèche de son château de Landstuhl, le 7 mai 1525, le landgrave de Hesse, Philippe-le-Magnanime, l’électeur palatin, Louis-le-Pacifique, et l’électeur de Trèves, Richard Greifenklau de Wolfrat, se dirigèrent sur l’Alsace et marchèrent contre les châteaux de leur ennemi, où flottaient depuis trop longtemps les bannières de chevaliers pillards. Ils s’emparèrent successivement des châteaux de Hohenbourg, Dahnstein et Drachenfels, et les livrèrent aux flammes.

Ils remontèrent ensuite le pays et campèrent, le 18 mai, sous les murs de Pfaffenhofen, où ils passèrent dans le repos la journée du lendemain, qui était un dimanche. Le comte Philippe de Hanau satisfit à tous leurs besoins et leur envoya un renfort de troupes. Le lundi 20, ils marchèrent sur Saverne, passèrent sous les murs de cette ville et parurent inopinément à la vue du château de Lutzelbourg, qu’ils avaient résolu de détruire, parce qu’il avait servi plusieurs fois de refuge à Franz de Sickingen et à ses amis dans leurs courses aventureuses.

Un trompette vint sommer la garnison de se rendre. Celle-ci, intimidée et craignant que sa conduite passée n’appelât la vengeance, ne tenta pas la moindre résistance et capitula. Le château fut aussitôt livré aux flammes, puis les tours, les murs et ce que le feu n’avait pas consumé, furent démantelés et détruits.

Deux tours seules échappèrent à la destruction, grâce à la solidité et à l’épaisseur de leurs murailles. Les murs de la grande tour ont 2m 30 d’épaisseur, ceux de l’autre lour n’ont qu’une épaisseur de 2m 10. Elles sont encore debout et peuvent braver longtemps encore l’action de la vétusté.

L’hospitalité que le château de Lutzelbourg avait donnée à Franz de Sickingen et à ses amis fut la cause de sa ruine, et l’électeur palatin, qui le convoitait depuis longtemps, le réunit à son comté de la Petite-Pierre, avec les villages de Hazelbourg, Hultenhausen, Wilsberg et Mittelbronn.

Lorsque, deux ans après, le comte de Hanau alla visiter le duc Antoine de Lorraine dans son camp devant Saverne, pendant sa fameuse expédition contre les Rustauds d’Alsace, le prince lorrain se montra fort irrité contre lui et lui fit d’amères reproches de sa coopération à la destruction du château de Lutzelbourg, qui était un fief messin, appartenant son frère le cardinal de Lorraine et « où le capitaine Hans Brubac et ses compaignons étaient enclos ».

Cependant, les évêques de Metz ne renoncèrent pas aux droits qu’ils avaient sur ce château et ses dépendances et continuèrent à en donner à leurs vassaux une investiture de nulle valeur. En 1552, Henri Hass de Laufen, qui en avait été investi par l’électeur palatin, fut sommé par le cardinal de Lenoncourt, évêque de Metz, de lui prêter foi et hommage comme à son seigneur féodal. Mais, comme il tenait ce fief de la maison palatine, il écrivit au prélat messin, sous la date du 1eravril de ladite année, une lettre où il s’excusa de n’en pouvoir faire la reprise sans en donner avis au prince palalin, au préjudice duquel il ne voudrait attenter aucune chose, assurant toutefois le cardinal qu’il ne voulait pas contrevenir à la sommation qui lui avait été faite pour la reprise de ce fief, que si lui, évêque de Metz rentrait dans la possession du domaine direct de Lutzelbourg, il lui ferait aisément ses foi et hommage avec l’obéissance requise.

Le comté de la Petite-Pierre tomba, à la mort de l’électeur palatin qui décéda sans postérité le 12 février 1559, à la branche palitine de Deux-Ponts, qui était divisée en deux rameaux : Deux-Ponts et Veldenz, suivant le pacte sucessoire conclu entre les phinces de la maison palatine le 2 novembre 1553.

Par un traité fait à Augsbourg en l’année 1566, Wolfgang, duc de Deux-Ponts et son cousin Georges-Jean, prince de Veldenz, se partagèrent l’opulent héritage que leur avait laissé leur parent, l’électeur Othon-Henri. Georges-Jean eut en partage, le comté de la Petite-Pierre avec la seigneurie de Lutzelbourg, la moitié de la seigneurie de Gutenberg et Alsenz. Son cousin Wolfgang lui donna encore la souveraineté des comités de Veldenz et de Lautereck, que son père, Robert- le-Boiteux, n’avait possédés qu’à titre d’apanage ; ce qui lui donna voix et séance à la diète de l’Empire.

Le comte Georges-Jean, dès qu’il fut maître du comté de la Petite-Pierre, résolut d’élever au rang d’une ville, le village d’Einarzhausen, dont le château commandait le long et difficile défilé de Saverne, et, avant même d’en avoir obtenu l’autorisation de l’empereur Maximilien II, il l’entoura d’ouvrages de fortifications et lui donna le nom de Phalsbourg (ville palatine), qui désigne encore son ancien maitre et fondateur. Il acquit de Jean de Braubach, moyennant deux écrits florins, sa part de l’ancien château de Lutzelbourg, et construisit dans le village de ce nom une papeterie sur la Zorn, au bas de la fontaine, près de la maison de péage une maison pour un armurier, et en dehors du village, un moulin à poudre.

II rétablit, en 1568, le village de Hazelbourg, qui, depuis longtemps, était tombé en ruines, et dont il ne subsistait plus qu’une seule ferme, que tenait en fief Philippe Wambold d’Umstatt.

Maintenant, il nous reste à rechercher quel était l’état social des descendants de ceux qui étaient venus s’établir au pied de la forteresse de Lulzelbourg, dans l’espoir d’y trouver sécurité et protection.

Cet état était celui qui était alors commun à tous les hommes des classes inférieures : le servage de la glèbe. Toutes les personnes de l’un et de l’autre sexe qui voyaient le jour au village de Lutzelbourg, étaient considérées comme une adhérence du sol. Elles ne jouissaient pas de la faculté de changer librement de demeure et ne pouvaient sortir de la seigneurie qu’avec la permission du seigneur et qu’en se soumettant à lui payer le droit d’émigration connu sous le nom d’abzeeg, dont il fixait lui-même arbitrairement la quotité selon la fortune de l’émigrant.

Celui-ci avait la faculté de se faire remplacer en sa servitude par un autre sujet, qui était tenu de remplir toutes les obligations imposées au remplacé. En quelque lieu que l’émigrant se retirât, il était tenu de payer, sa vie durant, son cens au seigneur.

L’habitant de Lutzelbourg était tenu de payer au seigneur un droit de capitation, appelé leibbet, et l’impôt du feu ou de cheminée, qui consistait dans une poule livrable à la Saint-Martin ; il était assujetti à des corvées illimitées. Celui qui avait un attelage était astreint à faire des transports ou voiturages au profit du seigneur. Si un étranger héritait d’un bien quelconque à Lutzelbourg, il était tenu d’en payer un droit mortuaire, dont le montant était arbitrairement fixé par le seigneur.

Tous les droits de péage qui se percevaient dans cette localité appartenaient au seigneur seul. Celui-ci faisait percevoir un impôt indirect sur le vin vendu par les aubergistes ; le droit de cet impôt consistait, dans l’origine, en quatre pots de vin dus sur chaque mesure vendue. Les aubergistes s’en acquittaient suivant la taxe faite par les officiers seigneuriaux, la contenance de la mesure était évaluée à trente pots. Deux nouveaux pots furent, dans la suite, ajoutés aux quatre. Ainsi l’umgelt était un lourd impôt de six pots par mesure de trente pots, ou de vingt pour cent du prix de la vente des vins en détail.

L’église de Lutzelbourg était, dans le principe, filiale de l’église de Mittelbronn, et le curé de cette paroisse exerçait, tant au château qu’au village de Lutzelbourg, les fonctions curiales et y possédait tous les droits qui compétaient au curé. La moitié de la grosse dîme et des menues dîmes lui appartenait, et l’autre moitié en était réservée au seigneur. Ils prélevaient ensemble, pour dime sur les oignons, seize schillings, et le seigneur touchait seul pour dîme sur les foins douze schillings. Les habitants avaient le droit de nommer le sacristain, qui percevait, pour ses gages, les dimes de Dannelbourg, dont les habitants fréquentaient l’église de Lutzelbourg et enterraient leurs morts au cimetière qui y était attenant. De toute ancienneté, le château était exempt de toutes charges et de tout péage.

La commune de Lutzelbourg était administrée, sous la haute surveillance des officiers palatins, par un conseil municipal appelé gericht. Les fonctions de ce conseil étaient complexes : il était chargé à la fois de l’administration de la justice et de celle des affaires communales ; il était composé d’un prévôt (schutheiss) qui en était le président, d’un maire, appelé heimeyer, et de deux échevins comme assesseurs. Le prévôt était le représentant, l’homme du seigneur et le gardien local de ses droits, le heimeyer était l’homme d’affaires de la communauté. La nomination du prévôt, du maire, des échevins, voire de l’appariteur de la commune, appartenait au seigneur.

Les habitants de Lutzelbourg n’avaient pas la satisfaction de jouir de quelques franchises municipales et restèrent toujours dans leur ancienne dépendance envers le seigneur. Leur gericht n’osait se réunir que s’il était appelé, et traiter que des choses qui lui étaient proposées obligé d’obéir à l’impulsion qui lui venait d’en haut, il devait se courber devant des décisions auxquelles il n’aurait peut-être point adhéré. Toutes les amendes prononcées par le gericht local se percevaient au profit du seigneur.

La législation qui régissait la commune de Lutzelbourg était la coutume du comté de la Petite-Pierre, que le comte palatin Georges Jean, prince de Veldenz, fit consigner par écrit, vers 1570, comme un ensemble et un code.

Cette coutume, appelée Lutzelsteiner Landesordnung, présente une grande concordance avec le grand statuaire du Palatinat, et a pour base le droit romain.

Les habitants de Lutzelbourg, quoiqu’ils fussent établis dans une contrée montagneuse et peu fertile, et qu’ils cultivassent leurs maigres champs de leurs propres mains, ne pouvaient guère se réjouir des concessions qu’ils avaient obtenues de leurs seigneurs. Ils n’avaient droit ni au bois d’affouage, ni au bois de marnage et ne jouissaient dans les forêts seigneuriales que de la grasse pâture, contre une redevance qui était fixée par le gericht local, de concert avec les agents forestiers.

Selon une vague tradition, ils y auraient eu des droits plus étendus, mais ils en auraient été dépouillés par abus de la puissance féodale. Ils étaient aussi assujettis à l’odieux droit de banalité, qui les forçait à moudre leurs grains au moulin seigneurial.

Le comte Georges-Jean de Veldenz imposa même la banalité aux boulangers d’Einarzhausen (plus tard Phalsbourg). Il faisait gérer le moulin pour son propre compte, sous la surveillance de son receveur (schaffner), et entretenait une basse-cour fournie de volailles de toute espèce.

Il accordait au meunier qu’il prenait à son service, le logement au moulin et, pour ses gages annuels, cent florins et six aunettes de drap pour un habit d’hiver. Le meunier avait encore le droit de tenir dix poules et d’engraisser deux porcs, et la seigneurie lui fournissait l’huile nécessaire à l’éclairage du moulin. La femme du meunier recevait également tous les ans, six aunettes de drap pour une jupe, sous la condition de prendre soin de la basse-cour.

Ce moulin ayant été incendié en 1568 par les troupes du duc d’Aumale qui bordaient les frontières de l’Alsace, le comte de Veldenz le fit immédiatement reconstruire. Ce moulin, qui avait trois paires de meules, fut, peu de temps après, loué moyennant un canon de cent resaux de méteil et deux porcs gras, à livrer au château de Phalsbourg, et, en 1580, le meunier fut autorisé à s’arranger avec les boulangers de cette ville qui voudraient s’affranchir de la banalité.

La commune de Lutzelbourg était pauvre et dénuée de ressources et se vit, en 1557, dans la triste nécessité d’emprunter une misérable somme de cent florins pour pouvoir faire face à ses besoins. A cet effet, le prévôt de la commune, Ulrich Belsem, André Beek, heimeyer, Jean Muller et Christophe Schneider, gens de justice dudit lieu, cédèrent, du consentement du receveur du comté de la Petite-Pierre, à la léproserie de Saverne, une rente annuelle de cinq florins, monnaie de Strasbourg, le florin valant dix schillings et demi, ou quinze batz et trois kreuzers. Les représentants de la commune promirent de porter cette rente tous les ans à Saverne, le jour de la Sainte-Catherine, et de la payer exactement au receveur de ladite léproserie. Cette cession fut faite pour, et moyennant la somme de cent florins, que les autorités de Lutzelbourg reçurent comptant dudit receveur et qu’elles promirent d’employer pour le plus grand avantage de leur village, en se réservant toutefois la faculté de la rembourser en une seule fois quand bon leur semblerait.

Pour la sûreté du service exact de cette rente et du remboursement de son capital, les représentants de Lutzelbourg hypothéquèrent conventionnellement le village, son territoire, ses communaux, bois, terres, eaux, cours d’eau, pâturages, champs, prés, jardins, et même leurs biens propres. Cet acte fut scellé du grand sceau de la ville de Saverne, parce que les représentants de Lulzelbourg se trouvaient dans l’impossibilité de faire usage du sigille de leur commune, le mardi avant la sainte Catherine 1557. Il constate que le gericht de Lutzelbourg avait son sigille propre, mais toutes nos recherches pour en découvrir une empreinte ont été infructueuses.

Le gericht de Lutzelbourg perdit ses attributions judiciaires sous le gouvernement du comte palatin Georges-Jean de Veldenz. Ce prince créa et institua, par un décret du 4 février 1572, une prévôté bailliagère à Phalsbourg, ville qu’il venait de fonder. Cette prévôté se composait d’un prévôt, d’un lieutenant prévôt, d’un receveur et de six échevins ou gens de justice, et était chargée de connaître de toutes les affaires civiles et criminelles dans toute l’étendue de l’ancienne seigneurie de Lutzelbourg.

Mais, quand il s’agissait d’un crime pouvant entrainer la peine capitale, on adjoignait à cette cour de justice six échevins pris parmi ceux des villages, afin que le nombre des échevins fût toujours de douze.

La cour criminelle devait être présidée par le prévôt qui « tiendra le bâton et le rompra au jugement ». La partie qui se croyait lésée par la justice prévôtale pouvait en appeler au conseil de la Régence de la Petite-Pierre.

Le comte Georges-Jean de Veldenz introduisit le luthéranisme et le calvinisme à Phalsbourg et affecta à l’entretien des ministres de ces deux cultes, les revenus des églises de la seigneurie.

L’établissement de la ville de Phalsbourg et les nombreuses constructions que le comte Georges-Jean de Veldenz entreprit, le firent surnommer l’Ingénieur par ses contemporains, mais ils embarrassèrent ses finances, et il se vit dans la pénible nécessité de vendre, en 1570, aux sieurs Chrétien de Savigny, seigneur de Rosne, et Jean de Beauvau, seigneur de Pange, le huitième du village de Lutzelbourg.

A cette époque, l’idée d’un canal de communication de la Zorn avec la Sarre préoccupait déjà les esprits. Le besoin en était surtout ressenti dans l’intérêt de l’exploitation des belles forêts de la vallée de la Zorn. En 1573, le comte palatin Georges-Jean de Veldenz avait projeté le plan de la réunion de ces deux rivières, il résolut de de les rendre navigables au moyen d’un canal de jonction dont l’exécution devait amener un système de navigation et de flottage qui répandrait de nombreux germes de prospérité sur le bassin de la Zorn. Il réussit à faire assembler, à ce sujet, en 1574, les états d’Alsace, mais il fallut reculer non seulement devant la pénurie d’argent, mais encore devant les difficultés de l’exécution. Ce projet, gigantesque surtout pour l’époque, fut le précurseur d’un avenir qui ne devait s’accomplir que près de trois siècles plus tard, et l’honneur d’avoir conçu une telle idée restera éternellement au comte palatin Georges-Jean de Veldenz.

A peine la ville de Phalsbourg était-elle construite, que le prince Georges-Jean de Veldenz songea, en 1577, à rétablir le château de Lutzelbourg. Les dépenses de ce projet furent estimées à la somme de sept mille florins. Mais, ayant calculé que les intérêts de cette somme s’élèveraient annuellement à 350 florins, qu’à ces intérêts il faudrait joindre le traitement du gouverneur du château avec 150 florins, et la solde du portier et des soldats qui y tiendraient garnison avec 420 florins, de sorte qu’il faudrait prélever annuellement sur ses revenus ordinaires la somme de 900 florins, non compris ce que lui coûterait l’achat de quelques pièces d’artillerie, il renonça, par des considérations de prudente réserve dans l’intérêt de ses finances, au projet de reconstruire ce château.

Malgré cette renonciation, l’état de ses finances devenait de jour en jour plus embarrassant, et, en 1582, il se vit forcé de vendre aux sieurs Chrétien de Savigny et Jean de Bauvau, moyennant la somme de douze mille florins, le village de Lutzelbourg, la vieille ville et le château de Hazelbourg, en se réservant la faculté de les racheter pendant quinze années, et le droit d’ouverture tant au château de Lutzelbourg que dans la vieille ville de Hazelbourg. Cet engagement n’eut qu’une durée éphémère.

Pour sortir de la détresse où l’avait jeté sa passion immodérée de constructions dispendieuses, le comte Georges-Jean chercha, en 1578, à vendre le comté de la Petite-Pierre et la seigneurie de Lulzelbourg à la couronne de France. La correspondance qu’il engagea au sujet de ce projet d’aliénation avec l’évêque Jean de Manderscheid, évêque de Strasbourg, son seigneur direct, se continuait très active entre les deux princes. Mais ce malencontreux projet rencontra chez le prélat alsacien et les conseillers de sa régence une si vive opposition, que le prince de Veldenz fut obligé d’y renoncer.

Le château de Lutzelbourg, avec les villages qui en dépendaient, fut compris dans la cession que le comte palatin Georges-Jean de Veldenz fit, en 1583, à Charles III, duc de Lorraine, de la ville de Phalsbourg, moyennant la somme de quatre cent mille florins, et l’un des premiers soins de ce prince fut de faire disparaître dans la commune de Lutzelbourg, toute trace de la doctrine de Luther, qui y avait pénétré sous le règne du comte palatin Georges-Jean de Veldenz.

L’ancienne seigneurie de Lulzelbourg fut comprise dans la principauté éphémère de Phalsbourg, que le duc Henri de Lorraine fit ériger en 1624, peu de temps avant sa mort, en faveur de Louis de Guise, baron d’Ancerville. Elle subit toutes les horreurs de la guerre de Trente-Ans : les invasions continuelles avaient épuisé le pays et mis les habitants aux abois, la contagion désolait en même temps toute la contrée et réduisit la population à un nombre minime.

A la mort de la princesse Henriette de Phalsbourg, le 19 novembre 1660, Phalsbourg et les villages qui en dépendaient échurent, par droit d’hérédité, à son frère, Charles IV, duc de Lorraine, qui ne les posséda que quelques semaines. Ce prince, pour obtenir son rétablissement sur le trône, fut forcé de céder à Louis XIV, pour former le chemin que le roi s’était réservé pour le passage de ses troupes en Alsace, Moyenvic, Sarrebourg et Phalsbourg, et tous les villages situés le long de cette route à travers la Lorraine, notamment ceux de Héming, Niederviller, Courtzerode et Garrebourg. Ce traité, qui fut signé à Vincennes le 28 février 1661, portait que la France ne devait avoir qu’une demi-lieue de large en souveraineté. Il fit naître un grand nombre de difficultés, qui ne se terminèrent qu’à la mort de Louis XIV.

La France prétendait que la commune de Lutzelbourg se trouvait comprise dans cette cession, et ses habitants se virent forcés de rendre hommage à Louis XIV et de lui prêter serment de fidélité.

Lorsque ce prince joignit à ses conquêtes militaires celles de ses tribunaux, le prétendu seigneur de Lutzelbourg fut assigné dans la personne de Jean Paul, maire dudit lieu, devant la Chambre royale établie à Metz, pour faire les recherches des terres ou fiefs qui avaient pu dépendre des Trois-Evêchés, et pour les réunir à la couronne de France. L’arrêt que rendit cette Chambre, le 29 juin 1680, par défaut contre le prétendu seigneur de Lutzelbourg, ordonna que l’évêque de Metz rentrerait en la possession et jouissance du château de Lutzelbourg et de ses appartenances. Il fit défense aux possesseurs de ces lieux, à leurs officiers, vassaux et sujets, de reconnaître un autre souverain que le roi de France et une autre justice supérieure que celle du Parlement de Metz, et déclara le château de Lutzelbourg et les domaines énoncés dans les anciens engagements, arrière-fiefs de France.

La paix de Ryswick, qui fut conclue en 1697, restitua ses états à Léopold 1er, duc de Lorraine. La seigneurie de Lutzelbourg fut revendiquée par la Lorraine comme devant être comprise dans cette restitution, mais ce ne fut que le 21 janvier 1718, qu’un arrangement relatif aux limites et aux droits des possessions respectives de la France et de la Lorraine, fut conclu entre les deux pays, et mit fin aux difficultés et aux contestations qui subsistaient entre eux, en étendant les bornes de la route militaire qui conduisait en Alsace.

Par ce traité, il fut arrêté que Lutzelbourg demeurerait à la France. Le duc Léopold renonça également à tous ses droits sur Hultenhausen, Hazelhourg et les villages qui dépendaient autrefois de la principauté de Phalsbourg, moyennant un équivalent que lui donna la France.

Lutzelbourg faisait partie, avant la Révolution, de la prévôté royale et bailliagère de Phalsbourg, ressortissant au Parlement de Metz, et avait titre de paroisse dépendant du diocèse de Strasbourg et du chapitre rural de Beubur ou Saverne, et ayant pour annexe le village de Hultenhausen. La collation en appartenait au roi.

Lutzelbourg fait, depuis la Révolution, partie du département de la Meurthe et du canton de Phalsbourg.

Lors de la nouvelle division du territoire, les communes de l’ancien Westrich, et notamment Phalsbourg, Lixheim et Garrebourg, protestèrent contre leur réunion au département de la Meurthe et sollicitèrent la réunion au département du Bas-Rhin, de toutes les communes situées en deçà de la Sarre, depuis Saint-Quirin jusqu’à Bouquenom. Le vœu réciproque de ces communes était fondé sur des convenances locales qui méritaient l’attention du Corps législatif : « Elles sont, disaient-elles, éloignées de près de vingt lieues du chef-lieu du département de la Meurthe, tandis qu’elles ne sont qu’à dix lieues de Strasbourg. Toutes leurs relations commerciales sont dirigées vers le Bas-Rhin et elles n’en ont aucune avec le département de la Meurthe. Les lois qui, dans ce département, ne sont publiées qu’en français, restent ignorées de leurs concitoyens, qui, pour la majorité, n’entendent que l’allemand ». Le district de Haguenau et le département du Bas-Rhin appuyèrent vainement le vœu de ces communes.

Le territoire sur lequel fut construit le village de Lutzelbourg appartenait primitivement à deux provinces différentes : celui qui est situé sur la rive droite de la Zorn dépendait anciennement de la Marche de Marmoutier, et faisait par conséquent partie de l’Alsace, comme le prouve authentiquement la charte de l’abbé Anselme, tandis que le territoire de l’autre coté de cette rivière faisait jadis partie de la province du Westrich, dont un fragment, celui qui confinait à la Lorraine, fut appelé communément Lorraine allemande.

Le château lui-même, quoiqu’il fût situé sur la rive droite de la Zorn, fut généralement attribué au Westrich, à partir de l’époque où les évêques de Metz plantèrent leur bannière féodale sur ses tours. La montagne et le plateau que couronnent ses ruines sont devenus depuis longtemps des propriétés privées et ont été divisées en un grand nombre de parcelles que la culture a envahies. Sur le plateau comme sur les flancs jadis boisés de la montagne qui porte encore le nom de Schlossberg (montagne du Château), la main de l’homme a créé des vergers ou des champs, qui, à force de soins et d’engrais, produisent du seigle, de la luzerne et des pommes de terre.

Le domaine de l’État a vendu, le 20 septembre 1827, pour la somme de 150 francs, à Jean Seltier de Lunéville, les ruines du château, contenant 56 ares.

Des fouilles pratiquées, il y a quelques années, sur l’emplacement des ruines du château de Lutzelbourg, ont eu pour résultat la découverte d’un grand nombre de pointes de flèche, d’éperons, de fers de cheval et de clous de diverses formes et de diverses grandeurs. On y a aussi découvert des clés en fer travaillé de diverses formes, des fers à repasser, différents ustensiles plus ou moins oxydés, des fragments de carreaux de poële en terre cuite, décorés de lions, de chimères, de guirlandes, de feuilles ou d’autres ornements en relief, et un sceau sur lequel est gravé l’écusson de Hennite d’Urbeis, représentant une herse triangulaire, avec la légende en caractères gothiques : S. Hennite DE URBEIS. Une empreinte de ce sigille et plusieurs des objets ci-dessus mentionnés ont été donnés au Musée d’antiquités de Saverne.

Le château de Luttange (57)

Blason LuttangeChâteau de Luttange

 

Ancien fief luxembourgeois, Luttange possède un château inscrit aux monuments historiques depuis 1979. Ce château a été sauvegardé et rehabilité par l’Association des Amis du Château de Luttange, qui oeuvre depuis près de 40 ans. Le château est la propriété de la commune.

Je vous propose de découvrir l’historique de cette demeure à travers ses différents seigneurs propriétaires.

D’après un article paru dans le « Bulletin de la Société d’Archéologie et d’Histoire de la Moselle »
Année 1853

Le village de Luttange, situé sur un point très élevé, montre au loin les quatre tours de son ancien château et le clocher de son église. Placé aux confins du pays messin et du comté de Luxembourg dont il faisait partie, ce village est plusieurs fois mentionné dans les luttes dont le pays a été si souvent le théâtre au moyen-âge.

En 1325, dans les derniers jours d’avril, pendant la guerre du roi de Bohème contre la cité de Metz, ceux de Bertrange et de Luttange assaillent les Messins à leur passage, au retour d’une course dans le Luxembourg où ils avaient pris Hespérange. Quatre luxembourgeois furent tués dans cette affaire et trois autres emmenés prisonniers.

En 1366, les Messins vont arrêter, dans son château, Geoffroy de Luttange, qui pillait les passants sur les chemins, et ils le font décapiter devant la cathédrale.

Le 7 septembre 1638, pendant la guerre de Trente ans, le village est brûlé par la garnison française de Metz, en représailles de ce que le duc de Lorraine avait fait passer au fil de l’épée les habitants de Rambervillers et mis le feu à leur ville vers la fin du mois d’août de la même année.

C’est sans doute lors de cette dernière guerre qu’a été détruite la plus grande partie du château dont nous voyons encore les restes aujourd’hui. Il se compose d’une enceinte de bâtiments, disposés à peu près en rectangle, autour d’une cour intérieure. Ces constructions, défendues par un large fossé, sont flanquées à chaque angle d’une tour.

La tour Nord-Ouest mérite surtout de fixer l’attention. On y arrive par un pont de pierre jeté sur le fossé et qui a remplacé le pont-levis. Elle servait de poterne, ses épaisses murailles, les énormes gonds encore intacts de la porte, une voûte gothique qui semble remonter au XIVe siècle, donnent à cette partie du manoir un aspect tout à fait féodal. Malheureusement les constructions qui reliaient entre elles les quatre tours d’angle sont détruites et ont été remplacées au siècle dernier par des bâtiments modernes. Elles ont été élevées sur les anciennes fondations qu’on distingue encore parfaitement.

La tour d’entrée et la tour Nord-Est étaient réunies entre elles par une galerie souterraine dont la hauteur ne dépassait pas celle des fossés et qui est restée très visible. Les communications pouvaient ainsi se faire d’une tour à une autre, sans que les assiégés n’aient rien à craindre des assiégeants.

Luttange relevait des comtes de Luxembourg qui eux-mêmes rendaient hommage aux évêques de Metz, comme on le voit par plusieurs actes de reprises de 1284, de 1325 et de 1377. A partir du XVe siècle, il n’est plus question de l’évêché de Metz dans les actes de reprises.

Luttange a été le berceau d’une maison de chevalerie qui portait : d’argent à une aigle éployée d’azur sans bec ni membres.

Le premier seigneur de cette famille qui soit connu est Eustache de Luttange, qui signe en 1210 l’acte de donation du patronage de Kettenhoven faite par le comte d’Arlon à l’abbaye de Munster de Luxembourg. C’est aussi la première fois, à notre connaissance, que le nom de Luttange est mentionné dans les titres.

La famille de Luttange semble s’être éteinte vers le milieu du XVe siècle. On trouve parmi ses derniers rejetons : Jennette de Luttange, morte en août 1422, qui avait épousé Poince II le Gournaix, chevalier, maître-échevin en 1409, et Nicolas de Luttange, prieur des Célestins de Metz, qui vivait aussi à cette époque et qui a écrit une chronique de son couvent.

Elle comprenait trois parties :
- l° un traité des droits que l’empereur avait à Metz et une liste des maîtres-échevins
- 2° un journal de 1393 à 1439
- 3° un recueil d’anecdotes de différentes mains continué jusqu’en 1525.
Ce recueil est malheureusement perdu, mais les Bénédictins nous en ont conservé de nombreux fragments.

Au XVe siècle, la seigneurie de Luttange devient la propriété de la famille Perpignant. En 1424, Guillaume de Perpignant reprend de la duchesse de Gœrlitz, le village de Luttange comme fief mouvant du Luxembourg, ce relief étant fait tant en son nom, qu’au nom de sa mère et de Gérard son fils, en y comprenant tout ce que feue Agnès de Luttange, fille de Thielman et femme de Henri de Bereldange, avait possédé pendant sa vie.

La famille Perpignant semble, d’après cet acte,avoir eu des liens de parenté avec l’ancienne maison de Luttange, et comme à partir du XVe siècle, il nous a été permis de suivre sans interruption la filiation de tous les seigneurs de Luttange, cette terre aurait le rare privilège d’avoir été, depuis un temps immémorial, toujours transmise par héritage et sans l’intervention d’aucun acte de vente entre les différentes familles qui l’ont successivement possédée.

Guillaume Perpignant eut pour fils Gérard Perpignant, écuyer, seigneur de Luttange, maître-échevin en 1477. Ce dernier ne laissa de Georgette Roucel, fille de Nicolle Roucel, maître-échevin en 1446, qu’une fille Alixette Perpignant, dame de Luttange. Elle fut mariée le 24 novembre 1494, à 12 ans, à Jean de Gournay, écuyer, maître-échevin en 1484 et 1511, et n’en eut pas de postérité. A la mort d’Alixette Perpignant, ses grands biens, parmi lesquels se trouvait l’hôtel Perpignant, vis-à-vis Saint-Martin, furent recueillis par des héritiers collatéraux.

La seigneurie de Luttange échut en partage à un sieur Jehan Moné, Monet ou de Moné, qui, dans un acte de 1536 conservé aux archives du château de Cons-la-Grandville, est qualifié d’artiste de Sa Majesté Impériale Charles-Quint.

La parenté qui unissait ce Jehan Monet avec d’illustres familles messines, les Roucel, les Perpignant, les Gournaix, les Haiche, indique quelle pouvait être la considération attachée à cette charge d’artiste de Sa Majesté Impériale. Elle équivalait sans doute à la charge de valet de chambre, peintre ordinaire du roi.

On a conservé du reste, un échantillon du talent que ce seigneur pouvait avoir dans son art. La bibliothèque de Metz possède une copie d’un armorial qui est la propriété de M. le baron de Cressac, et où se trouvent relatés les quartiers de noblesse de l’ascendance de Jehan Monet.

Cet armorial est enrichi d’un grand nombre de blasons avec cimiers, supports et enluminures qui ont sans doute été dessinés par Jehan Monet lui-même et qui ne laissent rien à désirer au point de vue du goût artistique et des exigences de l’art héraldique. A la suite de cet armorial, qui contient les armoiries d’un grand nombre d’anciennes familles messines, se trouve une sorte de registre de l’état civil de la famille de Jehan Monet, écrit sans doute aussi par lui-même. Avant que les registres de l’état civil fussent tenus avec la régularité qui les caractérise aujourd’hui, un grand nombre de chefs de famille inscrivaient eux-mêmes, sur un livre religieusement tenu, les principaux événements qui se passaient autour d’eux. Tout le monde sait quelles paroles prophétiques l’aïeul du grand Bossuet écrivit sur son registre domestique le jour où naquit son petit-fils.

Jean Monet, marié le 25 août 1529 à Marie du Pont, eut neuf enfants. Les sept premiers naquirent à Malines et y furent baptisés. Le huitième naquit à Metz et le neuvième à Luttange.

Jehan Monet mourut en 1549. Les armes des Monet étaient : d’azur à la bande d’argent chargée d’une quinte-feuille accostée de deux coquilles de gueules.

Ce même Jean Moné ou Monet occupe aussi la tête d’un tableau généalogique des seigneurs de Luttange, dont M. Maxime de Lavernette possède une copie très exacte et qui a été dressé pour Guillaume-Ambroise de Cabanes, écuyer, seigneur de Luttange, Winsberg, etc., et Marcel-Herman de Cabanes, son frère, mort en 1689.

Jehan de Moné, qualifié dans cette généalogie, chevalier, seigneur de Luttange, Winsberg, Metzeresch, mort en 1549, eut de Marie du Pont entre autres enfants : Jean de Monet, chevalier, seigneur de Luttange. Ce dernier, mort en 1590, eut de Barbe de Huémont, une fille, Barbe de Monet Luttange, mariée à très noble Josais de Cabanes, seigneur de Luttange, Winsberg, Metzeresch, mort en 1628.

Depuis cette époque, la terre de Luttange n’a cessé d’appartenir à la famille de Cabanes et elle est encore aujourd’hui la propriété de Mme de La Vernette, petite-fille de Charles-Guillaume de Cabanes, chevalier, capitaine-commandant au régiment de Royal-Deux-Ponts, dernier seigneur de Luttange.

Il paraît qu’au XVIIe siècle et peut-être auparavant, la seigneurie était divisée entre plusieurs propriétaires. Jean Nicolas Maler, contrôleur, clerc-juré, munitionnaire du roi d’Espagne à Thionville, anobli le 10 août 1619 par l’archiduc Albert et l’infante d’Espagne, Claire Eugénie, était seigneur de Marange, Luttange et Mondelange en partie.

Sa fille Anne Maler épousa, le 12 septembre 1622, Jean Dattel, écuyer, conseiller d’Etat de Son Altesse. Il paraît d’ailleurs que les différents seigneurs de Luttange vécurent toujours dans la plus parfaite harmonie et cherchèrent à réunir leurs biens par des alliances. Lucie Dattel, fille de Jean-François baron Dattel de Luttange, mort le 10 août 1725, épousa Marcel de Cabanès, seigneur de Luttange. Il résulte même d’un acte de foi et hommage du 4 juillet 1681, qu’une partie du château, les prisons, le pont, l’entrée, la porterie, la fausse braye, etc., étaient possédés en commun par les seigneurs de Luttange.

Ce qu’il y a de certain, c’est que c’est la famille d’Attel qui habitait avant 1789, l’antique château de Luttange. On voit encore ses armoiries peintes sur une des cheminées : d’azur à trois tours d’argent maçonnées de gueules, et pour cimier une tour de l’écu entre deux pennes.

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