Jametz aux XVe et XVIe siècles

Blason de Jametz

 

Je vous propose de continuer l’histoire de Jametz, et vous pourrez voir qu’elle est intimement liée à celle de l’ensemble du duché de Lorraine, du duché de Bar, du duché de Luxembourg, et même à celle de la France.

En effet, Jametz a été au centre de la guerre de la Ligue (union des catholiques formée en France à la fin du XVIe siècle pour combattre le protestantisme, et qui fut amenée à faire la guerre aux rois Henri III et Henri IV) pendant presque deux ans.

Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après le « Manuel de la Meuse » de Jean-François-Louis Jeantin – 1861

Echange de Jametz contre Cassel

- Pendant que René d’Anjou gémissait dans la prison de Dijon, où l’avait conduit la défaite de Bultegnéville (1431) …
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Pendant que Philippe le bon imposait à son captif la cession des droits du Barrois sur Cassel en Flandres, contre la cession des droits du Luxembourg sur Jametz …
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Pendant que le prince lorrain négociait l’échange des droits de Jeanne de Marle, sa coindivisionnaire à Cassel, contre l’abandon de sa propre part indivise à Jametz…
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Pendant l’intervalle du traité provisoire de 1432 au traité définitif du 25 mars 1437…
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Pendant, enfin, la purge de l’engagère de René, quant à l’une et quant à l’autre de ces deux terres, c’est-à-dire jusqu’en 1449,
1a possession de Jametz était restée incertaine, précaire, disputée, litigieuse, entre les arrières vassaux du Luxembourg et ceux de la Lorraine (accusations de violation de la foi féodale dirigées contre les Lamarck, et celles dirigées contre Godefroid de Jametz, par rapport aux évêques de Verdun).

D’un côté, celui du Luxembourg, voilà les du Hatois…

Jean du Hautoy était fils de Jacquemin de Beaumont, sire de Viller devant Orval, de Létanne, et seigneur du châtelet du Hatoi sous Margny, et de Lise de Samoigneux. Jean du Hautoy épousa Jeanne comtesse d’Hennemont et de Jeandelaincourt, en 1474. Il mourut en 1528.

De par son père, alors proscrit par la France, Jean était habile à se dire seigneur de Jametz, en partie, comme il le fut plus tard de Vaudoncourt, de Recicourt et de Gouraincourt. Les droits de ce mineur étaient maintenus par les officiers de Bourgogne, au gouvernement de Montmédy, et par Jean, dit le Bath, son oncle, que René II avait nommé gouverneur de Jametz en 1479, fonctions, purement nominales, et que le Bath ne put exercer.

De l’autre côté, celui des Barro-Lorrains… voici les de Marley…

Collart de Marley, sire de Dun, en partie, de Salcey et de Florenges. Ce chevalier était chambellan du roi de Sicile, et en 1428, il se reconnaissait feudataire d’Elisabeth de Gorlitz, princesse de Luxembourg, pour ce qu’il possédait en la ville et sur le ban de Jametz.

Cette vassalité n’était point éteinte, alors, par l’échange de 1437. Elle ne l’était pas même quand il mourut en 1446, car elle ne s’effaça que par l’accomplissement complet du traité. Voilà pourquoi, en 1448, les droits d’Ide du Châtelet, sa veuve douairière, étaient encore contestés.

Cette phase obscure de l’histoire de Jametz exige une attention, toute particulière, sur les transformations de noms des personnages, alors groupés à cet angle avancé de la Champagne, entre les deux Barrois (mouvant et non mouvant).

Voici les principaux acteurs, en 1415, après la funeste bataille d’Azincourt.

Le roi Jean de Bohême était tombé sur le champ de bataille de Crécy en 1346. Son fils Wenceslas, né de Béatrix de Bourbon, dame de Damvillers, lui avait succédé. Et Wenceslas était mort sans enfants, en 1383, laissant la succession, au duché de Luxembourg, ouverte aux luttes de divers prétendants. C’est la Bourgogne qui l’avait emporté.

Azincourt venait d’ouvrir celle du Barrois au cardinal de Bar, et à son neveu, le roi René d’Anjou.

Edouard III de Bar, en mourant célibataire, en 1415, avait laissé ses domaines aux autres enfants du duc Robert et de Marie de France, puis à leurs petits enfants.

Or, Robert et Marie avait eu :
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Henry, dit d’Oisy (+ 1397), marié à Marie de Marle, fille d’Enguérand, seigneur de Marle et de Coucy
-
Philippe, marié à Iolande d’Enghien
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Edouard, qui succéda à son père, les deux précédents étant pré-décédés
-
Louis, dit le cardinal de Bar, qui prit la toque ducale, pour la transmettre à René d’Anjou, fils de sa sœur
-
Charles, mort jeune
-
Jean, tué près de son frère Edouard, à la bataille d’Azincourt
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Iolande, mariée au roi d’Angleterre, puis reine d’Aragon, et qui fut mère de Réné d’Anjou
-
Marie, femme de Guillaume, comte de Namur
-
Bonne, mariée à Waleram de Luxembourg, comte de Saint Pol et Ligny
-
Robert, mort sans enfants, en 1411.

Mais de son union avec Marie de Marle, Henri de Bar, dit d’Oisy, avait eu un fils : ce fut Robert (de Bar), comte de Marle et de Soissons, lequel, marié à Jacqueline de Bethune, fut le père de Jeanne (de Bar), dame de Marle, mariée, en 1433 à Louis de Luxembourg, comte de Saint Pol, union d’où provint le bienheureux Pierre de Luxembourg.

C’est cette Jeanne de Marle, dame de Jametz, en partie, qui, après la perte de son premier mari, décapité, pour raisons politiques, sous le sombre Louis XI, c’est, disons-nous, cette Jeanne de Marle qui, par son consentement à l’échange de ses droits, sur Cassel, en Flandres, contre ceux du Barrois, à Jametz, par le traité de 1437, rendit possible la transmission intégrale de cette seigneurie aux princes de Sedan.

Jametz sous les princes de Sedan (de 1440 à 1589)

1èredivision – Jametz Orthodoxe

Ide du Châtelet (1446)

Après la mort de Colart de Marley, 1446, sa veuve, Ide du Châtelet, fut d’abord inquiétée dans sa possession exclusive (au nom de sa fille et son gendre) de dame douairière de Dun et de Jametz. Le gouverneur bourguignon de Montmédy, G. de Hodenmacre, fit abattre ses insignes de haute justicière, et il revendiqua les prérogatives du prévôt de Saint Mard dans toute l’étendue de la seigneurie.

C’était légal, alors que le roi de Sicile n’avait pas encore exécuté les conditions du traité qu’il avait subi. Ce n’était plus qu’un acte arbitraire, en 1448, alors que la loi politique avait dégagé Jametz de la suprématie du Luxembourg. Le gouverneur de Montmédy fut donc débouté de ses intentions, et Robert de la Marck, époux de Jeanne de Marle, entra en possession, pleine et franche, de sa petite principauté.

Robert Ier de Lamarck (1449 – 1489)

Robert était fils aîné de Jean Ier d’Arenberg, seigneur de Sedan, Aigremont, Neufchâtel, Lumain et Braquemont, chambellan du roi Charles VII (érecteur du château de Sedan, 1454), et d’Agnès de Vernonbourg.

Comme héritier du nom et du titre des anciens Lamarck de Westphalie, Jean portait : d’or, à la fasce échiquetée, d’argent et de gueules, de trois tires, au-lion issant, de gueules.

Comme héritière du nom et des armes de Marley (Marle et Marlières), Jeanne, sa brû, portait : de gueules, au lion, d’argent, armé, lampassé et couronné, d’or. Neufchastial ancien.

Robert Ier mourut, en 1489, au siège d’Yvoi, dans les rangs de l’armée française.

Il eut de Jeanne de Marle :
- Robert II, qui viendra après Evrard, son cadet
- Evrard, sire de Jametz, qui devint cardinal archevêque de Valence
- Claude, qui fut épouse de Louis de Lenoncour, seigneur de Gondrecourt
- Bonne, mariée, à Jametz, à Pierre Baudoche, des Paraiges de Metz, seigneur de Moulins. Lors de ce mariage Jametz était, déjà, une belle place, forte et bonne, en tous points.

Evrard, alors prince évêque de Liège, se désista de ses droits en faveur de Catherine de Croy, sa belle-sœur, lors de son mariage avec Robert II, son frère, en 1491.

Robert II de Lamarck (1491 – 1536)

Ce prince, que Brantôme n’a pas eu honte de qualifier de gentil capitaine, succéda à Evrard. Il ne vint à Jametz que pour en faire un centre d’excursions, meurtrières, dans les terres de Lorraine, de Trêves, de Namur et de Luxembourg en 1493, 1494, 1495, 1496, 1497, terres qu’il inonda de sang et couvrit de ruines… menaçant Dun et Stenay… brûlant Mouzay… faisant une guerre acharnée à la maison d’Autriche… se constituant ennemi déclaré de tous les alliés de cette famille… jetant un insolent défi à l’empereur, en pleine diète de Worms…

Jametz lui devait ses premiers remparts, fortifications, déjà redoutables, derrière lesquels son fils, dit de Fleuranges, repoussa, en 1521, les attaques du comte de Nassau.

Il eut de la vertueuse Catherine de Croy, six garçons et deux filles :
- Robert – Guillaume – Jean – Antoine – Philippe – Jacques – Philippine et Jacqueline. Le dernier des fils fut chevalier de Malte, l’avant-dernier fut archidiacre de Liège. Antoine fut abbé de Beaulieu, en Argonne. Restent le cadet et son puîné, qui suivront.

Guillaume de Jametz, mort sans enfants, en 1529, n’est indiqué que pour mémoire…

Jean de Lamarck (1536 – 1560)

Jean de Lamarck, dit du Saulcis, fut le plus remarquable des sires de notre première division. Il habita Jametz, presqu’à demeure fixe. Il constitua, avec sagesse, son petit état. Il l’administra avec prudence et bonté. Il lui donna des lois, une municipalité régulière, un corps de magistrature, etc.

François de Landreville, son écuyer et capitaine des gardes, eut le commandement militaire. Claude Marolles fut son bailli, ayant pour lieutenant Thierion Aubry, puis Thierion Richer. Jean des Prés, ensuite Claude des Chaumes, de Chaumont en Porcien, furent, successivement, ses procureurs généraux. Gérard de Bussy et Jean Juppin étaient receveurs de ses finances. Toussaint Aubry et Georges Bar occupèrent les deux premiers postes de la mairie.

En 1557, le bourg était complètement édifié et enceint de murailles. La ville renfermait 188 chefs de famille, non compris la noblesse, le clergé, la magistrature, les finances, les officiers civils et militaires, et la garnison du château.

Jean de Lamarck reçut chez lui, le 27 septembre 1543, la visite du roi François Ier, auquel il ne cessa d’être dévoué, sans réserves. Il accompagna Henry II dans cette promenade militaire, qui procura à la France la cession des trois évêchés. Il avait payé de sa personne, en 1542, à la prise de Damvillers. Il mourut en 1560, ne laissant, de son mariage avec Hélène de Bissipat, qu’une fille, prénommée Philippe, laquelle devint femme de Louis de Dompmartin, baron de Fontenois.

2èmeDivision – Jametz calviniste

Henri Robert de Lamarck (1560 – 1574)

Ce fut Henry Robert de Lamarck, duc de Bouillon, prince de Sedan, qui introduisit le protestantisme à Jametz.

Il était né, en 1539, de Robert IV, petit-fils de Robert de Fleuranges, et petit-neveu de Jean de Lamarck, lequel l’avait institué héritier, pour sa terre de Jametz.

Il avait épousé, en 1558, Françoise de Bourbon, fille de Louis, duc de Montpensier. Celle princesse remontait au trisaïeul d’Henry IV, devenu roi de Navarre en 1562.

Henry Robert fit de Sedan et de Jametz, des asiles sûrs pour les nombreux réformés, qui fuyaient les persécutions de la Ligue. Il procéda, ensuite, à la réformation des coutumes de ses Etats, notamment de celles de Sedan, de Raucourt et de Jametz.

A cette rédaction, concoururent Gilles du Han, bailli de Sedan, Claude de Marolles, bailli de Jametz, et autres jurisconsultes, pris de tous les pays de son obédience : y coopérèrent, aussi, Jean de Shélandre, comme élu de la noblesse, Thierion Aubry, Toussaint Aubry, Thomas Regnault, et Geoffroy Robert, comme élus de la bourgeoisie de Jametz.

Le duc établit ensuite une cour dite des hauts jours. Elle siégeait, alternativement, à Sedan et à Jametz. La population de 1557 était doublée en 1569.

On créa la rue Neuve sur l’emplacement du jardin du gouverneur, et la ville se trouva ainsi divisée : rue de la Porte du Brüe – du Temple – de la Halle – du Jardin Shelandre – du Four banal – du grand Château – de Sainte Marie du Mont – de Saint Anthoine – de la Porte de Remoiville – de Revongne – de la Rivière – de la Garenne – des Tanneries – du Moulin – des Pressoirs – enfin, rue Neuve… le tout entourant la place du château.

Les fortifications furent hérissées de défenses, et le vieux capitaine de reîtres Jehan Martin, dit Thin de Shelnders, inféodataire du fief de Sommazannes et de Goivaux, fut, à la mort de Landreville, installé à la tête de la garnison.

Henry Robert mourut, à Sedan, le 2 décembre 1574 : les protestants prétendirent que Catherine de Médicis l’avait fait empoisonner. Il laissait deux fils et une fille : Guillaume Robert, Jean et Charlotte. Ce fut l’aîné qui lui succéda.

Guillaume Robert de Lamarck (1574 – 1588)

Le règne de Guillaume Robert correspond au plus mauvais temps des fureurs de la Ligue, fureurs dépassées, bien souvent, par les représailles fanatiques des protestants.

Shelandre avait pris l’initiative du ravage sur les terres de l’évêché de Verdun, terres soumises à l’engagère des anciens temps.

Avec la compagnie des gens de pied du capitaine Herric, il investissait Mangiennes. Il appréhendait au corps les magistrats épiscopaux, et il appelait leurs justiciables aux plaids de Jametz. Il prélevait les redevances seigneuriales, contraignait les communautés à founir des travailleurs. Il faisait dévaster les forêts, pour ajouter aux fortifications.

Cette conduite était approuvée par le duc de Bouillon. Elle amena, en 1586, l’invasion de Sedan, Douzy, Raucourt, par Henry de Guise, dit le balafré. Puis, enfin, en février l686, les ban et arrière-ban de la noblesse lorraine furent convoqués, pour le renversement de Jametz, devenu le repaire du brigandage et le boulevard avancé de l’hérésie.

Pendant que les troupes assiégeantes s’assemblent, Shelandre poursuit une guerre de surprises et de razzias incessantes, sur les terres de Verdun. C’est alors que, sous ses coups, secondés par le capitaine prévôt de Sancy, tombèrent, l’un après l’autre, les châteaux-forts de Bréheville, de Ville, de Pilon, de Mangiennes, le fort de Brabant sur Meuse, etc.

Mais l’investissement de Jametz mit fin à cette guerre d’avant-postes, et le 13 avril 1589, la place fut enfin attaquée. Guillaume Robert et son frère ne virent pas la fin de ce siège. Jean tomba, aux côtés de son aîné, dans une déroute des bandes appelées d’outre Rhin, au secours du protestantisme, et Guillaume Robert, réfugié à Genève, y mourut, le 1er janvier 1588, à l’âge de 26 ans, après avoir institué Charlotte de la Marck sa légataire universelle, à la condition seule de maintenir dans ses Etats l’exercice du culte réformé. Il lui substituait le duc de Montpensier, François de Bourbon son oncle, pour le cas où elle décéderait sans enfants.

Charlotte de la Mark

A la mort de Guillaume Robert, la souveraineté, qu’il laissait à sa sœur, déjà était envahie par les troupes lorraines, et M. d’Haussonville, baron d’Ornes, avait porté son quartier général à Jametz.

Les assaillants se trouvèrent, alors, en face d’un corps de place quadrangulaire, ainsi distribué :
-
Un donjon précédé d’une vaste cour en rectangle
- les logements du gouverneur sur un des côtés
- un bastion dit de la Cloche, à l’ouest
- un boulevard, dit du Brut, au nord
- un bastion, dit de la Grille, à l’est
- un boulevard, dit du Robin, avec son éperon, au sud
- un boulevard, dit de la Porte, au sud ouest
- une porte, dite du Bourg
- une seconde porte, précédée d’un pont-levis et d’un pont.

Le tout était entouré de fossés pleins d’eau, fossés alimentés par la rivière du Loison.

A suivre : Jametz, terre conquise, sous la domination lorraine


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Jametz au XIVe siècle

Blason de JametzCarte de Louppy-sur-Loison

 

Continuons, si vous le voulez bien, l’histoire mouvementée des anciens seigneurs de cette bourgade de 240 habitants.

Les appellations anciennes ont été respectée.

D’après le « Manuel de la Meuse » de Jean-François-Louis Jeantin – 1861

Jametz, dans les transformations politiques du XIVe siècle

De Robert de Mirowald, fils ou neveu de Geoffrois Ier, il est probable, et père de Geoffrois II de Jametz… à Colart du Saulcy, père de Jeanne de Marle… tout est confusion et pêle mêle dans l’histoire des seigneurs de Jametz. C’est un écheveau presque inextricable.

De la prison de Henry III de Bar, à Bruges (1301), à la prison de René d’Anjou, à Dijon (1431), s’est étendu et épaissi un nuage que l’histoire n’a pu encore dissiper.

Ce nuage couvait l’éclosion des transformations politiques qui, par l’absorption du comté de Chiny dans le Luxembourg, par celle du Barrois dans la Lorraine, par celle des trois Evêchés dans la France, devaient conduire l’autonomie lotharingienne à l’unification.

Cette œuvre commence, en 1291, par la lutte de Philippe le Bel contre les princes de Flandres. Ceux-ci sont soutenus par l’empereur Adolphe de Nassau, par son vicaire général Jean de Bohême, et, surtout, par le roi Edouard d’Angleterre.

Le comte de Bar Henri III, qui avait épousé Eléonore, sœur de l’anglais, entre, à main armée, en Champagne, sous le prétexte de quelques droits territoriaux, notamment sur l’abbaye de Beaulieu en Argonne. Alors les seigneurs de Jametz et autres des basses Wabvres se divisent, d’après les origines de leurs mouvances, et d’après les liens respectifs de leur vassalité…. qui, pour le roi de France comme comte de Champagne…. qui, pour le roi de Bohême comme comte de Luxembourg… qui, enfin, et le plus grand nombre, pour le souverain du Barrois.

Celui-ci succombe!… il signe le traité de Bruges… se reconnaît homme lige du roi de France… part pour la Palestine… et il y meurt, en 1302.

Henry laisse sa couronne à Edouard Ier, son fils âgé de quatorze ans. Ce jeune prince épouse Marie de Bourgogne.

Henry IV, fils d’Edouard, lui succède : on le marie à Iolande de Flandres, fille de Robert de Cassel. Il meurt en 1344, laissant deux fils, en bas âge, Edouard II et Robert, qui, l’un après l’autre, lui succéderont.

Alors une lutte s’élève, entre la mère de ces princes et leur aïeule Jeanne de Tocy, mère du fameux brigand Pierre de Bar, sire de Pierrefort, mère aussi de Marie de Bar, femme de Gobert VI de Dun et d’Aspremont. Cette lutte se continue, après le remariage d’Iolande, entre elle et Jeanne de Bar comtesse de Varennes, fille de Henry III.

Il s’agissait de la main bournie des états du souverain, en minorité. La France soutient Iolande. Jeanne a l’appui de l’empereur, celui du roi de Bohême, celui, enfin, de Geoffrois IV de Dun, époux, en 1327, de Marguerite du Saulcy, dame en partie de Jametz.

L’engagère de Jametz subissait donc, alors, toutes les conséquences de ces agitations gouvernementales, et celles-ci, plus viscéralement encore, paralysaient les droits, en sous-ordre, des évêques de Verdun.

Il n’en pouvait être autrement, car voyez :

- La maison comtale de Chiny, amoindrie par ses partages de famille de 1267, avait perdu sa prépondérance dans le Dunois et dans le Verdunois.
- L’élection, précédée et suivie de vacances, et l’épiscopat des derniers prélats chiniens (Gérard et Arnoux de Granson, 1275, 1280) avaient été troublés par des brigues ardentes.
- Les divisions civiles, du cœur de la cité, s’étaient propagées aux confins du Luxembourg.
- La question de séparation des pouvoirs, spirituel et temporel, s’était dressée, de plus en plus menaçante, à Metz, à Toul, à Verdun.

Les trois lignages avaient soulevé le peuple, et, pour abolir la juridiction princière de leurs évêques, ces hautes familles avaient fait ligue avec les Citains de Toul, avec les Paraiges de Metz. Tous étaient animés du même esprit : l’indépendance. République et réforme étaient déjà le mot d’ordre des partis.

L’action souveraine était donc suspendue, de fait, autour de Jametz. Les villages du chapitre se soulevaient, l’un après l’autre, et ils se rangeaient sous l’obédience des châtelains révoltés.

Cette situation empira sous Jacques de Revigny (de 1289 à 1296), sous Jean de Richerécourt (de 1296 à 1301), époque des désastres du Barrois, sous Nicolas de Neuville (de 1305 à 1312). L’autorité épiscopale ne reprit quelque peu vigueur, que sous Henry d’Apremont, alors qu’en 1322, les familles d’Azenne eurent été expulsées de Verdun.

Le comte de Bar, Henry III, avait énergiquement soutenu l’église, dont la cause était la sienne, quant à l’engagère de Jametz. Mais sa lutte contre Philippe le bel avait, on vient de le voir, aboutit à la prison de Bruges, et au traité de 1301.

Des trois pouvoirs féodaux, superposés à Jametz, un seul restait debout, c’était celui du haut. Ce pouvoir était aux mains du roi Jean de Bohème, vicaire général de l’empire, et comte de Luxembourg. Il avait le droit, en principe. Il avait de plus la commise, ou détention de fait. Il soutenait les Citains, eu sousœuvre.

Aussi, bien qu’appuyé par son frère, Gobert VI de Dun époux de Marie de Bar, l’évéque, en 1318, en 1320, avait-il été contraint de pactiser avec lui : en 1314, en 1317, il acquérait d’Henry de Jemmais sa portion en cette seigneurie, et il lui cédait en échange les dixmes de Hans lez Marville. Enfin, en 1324, Jehan acquérait Damvillers.

Rien d’étonnant, dans cet état d’occupation armée, de ne plus trouver, à Verdun, d’actes de reprises, pour Jametz, à partir de 1294, et de voir, au contraire, Geoffroy II, non pas changer de mouvance, mais se reconnaître, comme de droit, homme lige de Wenceslas de Luxembourg. En 1358, le 13 août, un traité d’alliance, contre l’évêque de Verdun (Hugues de Bar), fut conclu entre Venceslas, roi de Bohême, duc de Luxembourg, et Iolande de Flandres, au nom de Robert de Bar, son fils.

Colart des Hermoises de Delut, sire de Jametz, y est mentionné. On le nommait aussi Colin. Ses enfants furent : Jean des Hermoises – Robert des Hermoises – Colart II des Hermoises – Richard des Hermoises, tous furent sires de Jametz et Marie des Hermoises, qui épousa Robert de Jametz.

Colart Ier des Hermoises était encore au service du barrois, de 1302 à 1508, époque où il fut décapité à Gondrecourt. Il avait épousé Marie de Chamblay, de la maison de Hagen de Cons et de Billy.

Disons encore qu’à cette époque, 1349, le comté de Chiny cessait d’exister, et que, dès 1337 et 1340, les prévôtés d’Ivoy, de Virton, de Saint Mard, et de Laferté, étaient passées, tout entières, au domaine du Luxembourg.

Voilà les faits qui dominent la position des derniers seigneurs, soit barrisiens, soit épiscopaux, soit luxembourgeois, de Jametz.

Passons-les en revue rapidement.

Henry de Jametz – 1317

En 1317, Henry de Failly, dit Ferry de Marville, dit aussi le Moine pour la plupart des historiens lorrains, cède à Jehan de Bohême ce qu’il a, ou pooit avoir, en la terre de Jemmais. En échange, ce monarque lui avait donné le village de Hans-lez-Marville.

Henry, fils d’Henrion et de Catherine de Bataille, était frère de Frustatus, époux de Marguerite de Jemmais. Apparaît alors Geoffrois Ier. A côté de lui, se montrent Richier et Gérard qui, dans leurs reprises, prennent le titre de sires de Jemmais.

Geoffrois Ier de Jametz – 1324

Geoffrois Ier de Jametz était un sire de Failli. Il donna ses aveux et dénombrement, en 1328, pour un sixième, quant aux fiefs de Moranville el de Châtillon sur les côtes.

Richier de Jametz, sire de Lulz, Thonne le Thil, Thoonne la Lon, tant en son nom qu’en celui de ses frères et sœur, donna, au duc Robert de Bar, en 1532, son dénombrement pour Viller devant Orval. Sa mère, Marguerite de Jametz, comme veuve et douairière de Fruste de Failly, en fit autant le 24 février 1333.

Cette seigneurie était de mouvance mi-champenoise, mi-luxembourgeoise. Elle fut enlevée au Barrois dans les luttes qui suivirent le traité de 1301. Aussi la charte d’affranchissement d’Orval, qui est de 1378, ne fut-elle donnée par le duc de Bar qu’au cas de souveraineté reconnue. Cette question fut tranchée au profit de la France, quant à la partie champenoise, par le traité d’échange de 1379, qui livra aux Français, Mouzon et partie des terres de la châtellenie d’Ivoy.

Gérard de Jametz, qui était un sire de Delut, en fait autant, en 1332, pour les mêmes fiefs, et pour des droits à Stenay, le tout mouvant du Barrois. Pareille reprise est encore faite, en 1364, par Thiéry de Longeville, pour sa femme Ancelle de Jametz. Geoffrois se trouvait copartiaire de Moranville et de Châtillon sous les côtes, comme étant aux droits de Thibault II de Failly-Saint Pancray, conjointement avec les anciens sires de Conflants, de Bouligny, el de Fleury, près Douaumont.

Tout indique qu’alors les domaines de Frustatus, lequel était tout dévoué à la cause barisienne, et qui mourut pour cette cause, avaient été confisqués par l’empereur. Ils se trouvaient dès lors dévolus au fisc luxembourgeois.

Après Godefroid, ou Geoffrois Ier, arrive Robert.

Robert II de Jametz – 1347

Robert II de Jametz avait épousé Alix de Vilaisnes, sœur de Robert Ier des Hermoises de Delut. On trouve ces deux époux dans les lettres de 1347, par lesquelles ils reprennent la Grange aux prés et Récicourt des mains de l’évêque Henry d’Apremont.

Ils donnèrent le jour, très probablement :
-
à Ancelle, qui épousa Thiéry de Longeville les Metz, sire de Florenville (reprise de 1364)
-
à Alix, première femme de Husson de Ville. Ce chevalier de Ville fut fait prisonnier, avec le duc Robert de Bar, à la bataille de Ligny, le 4 avril 1368. Il se remaria à Lise, ou Alix des Hermoises : c’est alors qu’ils acquirent la baronnie de Murault de Jehan de Morhenges et de Jean de Mondrieux, lesquels étaient héritiers des Milet (milites), anciens chevaliers d’Azenne et sires de cette châtellenie.

Marguerite de Jametz, douairière de Frustatus de Failly mort en 1332, avait, dit-on, laissé sa part en la terre de Jametz à Marguerite de Manonville. Celle-ci l’aurait transmise à la maison de Florenges : Lise de Florenges l’aurait apportée à Colart de Lenoncourt, et leur fille Jehanne en aurait pourvu Jehan de Marley, son mari, sieur du Saulcy. C’est ainsi que de Marguerite du Saulcy, épouse de Geoffrois IV de Dun, et de Jeanne du Saulcy, épouse de Gobert VIII, cette portion serait arrivée à Geoffrois II de Jametz, qui suit.

Geoffrois II de Jametz – 1370

Geoffrois II de Jametz était fils de Robert de Mirovault, frère de Gobert VIII de Dun-Aspremont, époux de Jeanne du Saulcy. Par son père, il descendait de Geoffrois IV de Dun et de Marguerite du Saulcy, dame de Jametz. Il était neveu de Ferry de Dun et de Marie, femme d’Olry de Fénétrange.

Son père et son oncle étaient morts, endettés de 90 000 florins envers Wenceslas, grand duc de Luxembourg. Ceci explique l’acte qui va suivre. Geoffrois n’était encore que simple escuyer, et son père n’avait pas eu d’autre titre, ce qui est important à noter.

En 1370, Geoffrois veut faire reconstruire l’ancienne maison-forte de Jametz. Aux termes de la loi féodale, il ne pouvait ériger cette munition sans l’agrément du suzerain, qui, alors, était, de droit et de fait, son créancier, le duc de Luxembourg. Telles furent les causes de l’acte d’assurance que donna Geoffroy à Wenceslas, sous le seing de son grand-oncle maternel Robert Ier, chevalier des Hermoises de Delut, second fils de Colart de Chaumont et de Marie de Chamblay (du Saulcy).

Dépouillé du comté de Dun en 1380, Geoffrois mourut en 1391, en laissant à Jean du Saulcy, son beau-père, la tutelle de son fils mineur Gobert VIII, réduit à la seigneurie d’Amblise et de Buzancy. Sa veuve Jeanne resta copartiaire de Jametz avec les anciens du Hatoy. Il n’eut, paraît-il, qu’une fille, prénommée Marguerite.

Cette fille épousa, dit-on, un sire de Manonville, et de ce mariage serait née Marie, laquelle aurait élé unie à Jean Ier du Saulcy, près Longwy, de la célèbre maison de Marle, unie à celle de Marlières.

De ce mariage naquit Jean II du Saulcy, seigneur de Marle et de Jametz, en partie. Lequel, ayant épousé Jeanne de Lenoncourt, le 2 juin 1403, devint seigneur de Florenges, près Thionville, aussi en partie.

L’autre portion de cette terre appartenait à Marguerite de Lenoncourt, sœur de Jehanne, laquelle, par acte du 3 février 1430, l’abandonna à son neveu Colart, fils unique de Jean II de Marley. Ce Colart épousa Ide de Chastelet. Enfin, de ce dernier mariage provint Jeanne, fiancée, en 1446, à Robert Ier de la Marck, prince de Sedan.

A suivre …

Jametz du XIe siècle au XIIIe siècle

Blason de JametzCarte de Louppy-sur-Loison

Jametz est une petite bourgade du canton de Montmédy dans le nord de la Meuse. Aujourd’hui, dans ce village bien tranquille de 240 habitants, il ne reste que quelques ruines de la forteresse ayant existé, et on a peine à imaginer que ce village a connu un siège célèbre, qui fixa, à son époque, l’attention de l’Europe entière.

C’est l’histoire de ce village que je vous propose de découvrir, à travers les péripéties de ses différents seigneurs. Cet article est long et difficile, mais si vous êtes intéressés par l’histoire de cette forteresse, vous aurez, je l’espère, suffisamment de patience pour lire les articles.

Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après le « Manuel de la Meuse » de Jean-François-Louis Jeantin – 1861

Nous sommes à la fin du XIe siècle… et voici Gemmatium prœdium.

Laurent de Liège a écrit qu’en mourant (1076), Godefroid le bossu, duc de la basse Lorraine, donna à l’église de Verdun son prœdium de Gemmatium. C’était à l’époque où son père Godefroid le grand venait de faire construire le château de Dun.

Gemmacum et castellum Meerenwaldi, sous les évêques de Verdun (de 1086 à 1186).

La lutte entre le prélat Thiéry et les comtes d’Ardenne-Bouillon, lutte qui ne cessa qu’au commencement du XIIe siècle, par la cession du comté de Verdun à l’évêque Richer de Briey, cette lutte laissa, quelque temps, la possession de Jametz et des basses Wabvres incertaine et fluctuante. Mais elle se fixa bientôt sous l’épiscopat de Richard de Grandpré.

Adalbéron de Chiny la rendit immuable, pour quelques siècles, par sa résistance aux convoitises du comte de Bar Renaud le borgne, et par le partage des domaines que la mort de la comtesse Mathilde avait laissé litigieux. Alors commencèrent les inféodations épiscopales des bassins de l’Azenne, de la Tinthe et du Loison, et celles des portions dépendantes du comté de Bouillon.

La plus anciennement connue des afféodations est celle de 1093, en faveur de Pierre de Mirevault, chevalier de Chiny (fils de Symon, petit-fils d’Amalric de Raucourt, dit de Frasno), lequel devint alors maître des Azennes et de Murault, en même temps qu’il était châtelain de Chauvancy et de Laferté. Mais ce ne fut que plus tard que les comtes de Luxembourg obtinrent la relevance directe, en partie, de Jametz et de ses dépendances, qui étaient, notamment, Chaumont, les Romagnes, Thil, Soumazannes, etc.

Le fief et les fiefés de Jametz, sous la Prévôté de Saint Mard, et sous la Châtellenie de Laferté (de 1101 à 1294).

Les anciens sires de Jametz portaient : d’azur, aux trois fasces, d’argent, chargé, à dextre, d’un franc quartier, de gueules.

Telles étaient les hachures du sceau d’Otho de Jemmas, à sa charte de reprises de 1250. Telles, mais plus pleinement franches, étaient les couleurs de son écu, alors que, châtelain de Laferté, s’intitulant Otho de Firmitate, il assistait, en 1214, aux noces de la comtesse Ermesinde et de Waleram d’Arlon, côte à côte avec ses voisins Thiébault de Colm et Pierre de Dumbraz, de l’ancienne maison des Wales, dits Failly.

Engagère de Jametz

Après la renonciation (1107 à 1110) de la comtesse Mathilde à ses droits patrimoniaux dans les basses Wabvres, en faveur de l’Eglise verdunoise pour solder la dette de ses prédécesseurs Thiéry et Richer de Briey, l’évêque Richard de Grandpré avait engagé Stenay, Mouzay et terres adjacentes, naguère litigieuses, à Guillaume de Luxembourg.

Peu de temps après, le comte Guillaume rétrocédait cette engagère à Renauld de Bar, héritier naturel de Mathilde, et qui se prétendait son chef dynastique par Sophie de Bar, mais sous réserve expresse, pour lui et ses successeurs, de l’hommage-lige et de la seigneurie directe des terres engagées. Voilà le fait capital, fait qui domine toutes les inféodations accordées, à Jametz, par les prélats verdunois. C’est de ce fait que dérivent la conduite et les actes des seigneurs de Jametz qui, à partir de Robert de Mirowald (1294), cessèrent de faire leurs reprises des comtes-évêques de Verdun. Passons à un autre fait, non moins relevant.

Avouerie des comtes de Luxembourg

Les comtes de Luxembourg-Arlon étaient avoués-nés de Saint Maximin de Trêves. Or, la grande abbaye maximinienne avait poussé ses pionniers, et ses possessions anciennes, presque aux portes de Verdun. Comme marchis d’Arlon, les princes luxembourgeois prétendaient donc à la suzeraineté de portion des terres de la curie de Mangiennes, qui comprenait Jametz, en partie, et à la suprématie de portion de celles de la curie de Marcey, près Briey, qui y confinaient pareillement.

Vouerie du couvent de Juvigny

Troisième fait : avant que les confiscations impériales eussent adjoint à l’église des Claves, Gemmacum, Castellum Meerenwaldi et l’abbaye de Juvigny, terres primitivement franches et de donation royale, ensuite ducale, une portion notable de ces terres avait passé aux quatre avoués du couvent.

Ces voués étaient les Châtelains
- de Monquintin, anciens sous-voués de Saint Maximin, à Arlon, et sires de Dampicourt
- de Laferté, anciens sous-voués de Saint Remy, de Rheims, châtellenie de Wart et Mézières
- de Louppy les deux châteaux, anciens sous-voués de la même église, dans le Castrois et le Rethelois, voire dans le Dormois, sous la châtellenie de Raucourt
- de Mirowalt, aux droits des anciens hauts voués de Dun.

Cette vouerie, d’après les chartes de 1263, 1269, 1270, se partageait, alors, entre :
- Henry de Mirowalt, occupateur des trois Caslelets (Murvaux, Lissey et Murault)
- Gérard de Haraucourt, sire en partie de Remoiville, Louppy et partie de Quincy
- Jean, sire de Laferté, Saint Mard et Jametz
- Hugues de Monquintin, sire d’Escouviers et de Dampicourt.

C’est pour cela que les Sires de Jametz portaient, à dextre, un franc quartier, sur fond d’azur, et que les fasces de leur écu étaient émaillées d’argent.

C’est pour cela aussi, que Dampicourt, Proiville, Cierges, Romagne sous Montfaucon, étaient annexes de Jametz.

C’est encore pour cela, que Remoiville appartenait : pour un quart aux sires de Jametz, pour un autre quart aux sires de Haraucourt, et pour le surplus aux dames de Juvigny.

C’est pour cela, enfin, qu’une indivision, de même nature, existait à Romagne sous les côtes, à Mangiennes, à Billy, à la suite d’autres engagères, dont les causes vont apparaître successivement.

Ces trois faits principaux s’étaient empreints sur les armoiries des premiers seigneurs de Jametz. Ajoutons-y un quatrième : Démembrement.

Démembrement du temporel épiscopal

Quand il eut comprimé la résistance des citains de sa ville épiscopale, l’évêque Henry de Winton, en 1129, s’était vu contraint à démembrer le temporel de son église, et à constituer un franc-fief au profit du chevalier Pierre de Murault, de la maison de Chiny.

De tout cela résulte qu’au XIIe siècle, le droit des évêques des Claves, sur Jametz et sur Saint Mard, était subordonné, à la fois à la dominance du Barrois saisi de l’engagère, à la prédominance du Luxembourg, réservateur de l’hommage-lige et de la seigneurie directe et, enfin, que ce droit était côtoyé, et colimité, par l’indépendance absolue de quelques francs tenanciers.

Qu’on ne s’étonne donc plus de voir les premiers Sires de Jametz compris au nombre des fiefés de la prévôté épiscopale de Saint Mard, en plus que de les trouver désignés, tantôt sous le titre d’une seigneurie, autre que celle de Jametz, mais située dans le ressort prévotal, soit de Marville, soit de St Mard… c’est-à-dire de les trouver, tout à la fois, vassaux barrisiens, vassaux épiscopaux, sous la prédominance du suzerain commun, le comte de Luxembourg-Arlon.

La difficulté historique consiste à reconnaître, dans chaque charte, la position complexe de chaque sous-inféodataire, sous ses appellations locales, diverses, d’après les actes géminatifs, soit de son indépendance, ici, soit de sa triple vassalité, là, ou ailleurs.

Aussi cet article est-il un des plus difficiles : il a eu, pour base, avant tout, les chartes virdunoises, barrisiennes, luxembourgeoises… Sans ce préambule, l’histoire de Jametz resterait inexplicable.

Les premiers sires de Gemmas

Les premiers sires de Gemmas n’offrent qu’une physionomie équivoque. Leurs traits se voilent sous des appellations, topographiques, plus ou moins applicables à leurs possessions diverses : les lois de la féodalité le voulaient ainsi. Rambault, Rambour, Rambas, sont successivement des indivisionnaires de Jametz. L’un est l’aïeul, l’autre est le père, l’autre est le petit-fils.

Rambault Ier de Jemmais

Rambault l’ancien, comte de Muscey, était un d’Aspremont. (Ch. de 1163 Châtillon) Il était frère de Gobert Ier de ce nom, époux d’Aleyde de Dun, ensuite d’Ide de Chiny. Il eut, paraît-il, deux femmes : Hadwide de Chiny, qui donna le jour à Pontius de Failly (Ch. de 1172, 1173), et Othana, dame de Othe, dont seraient nés : Hugues (de Mucey), dit de Jametz – Lieutard (de Muscey), dit de Bertrameix et Jourdain (de Muscey), dit Paganus, alias de Muceio.

Hugues de Jemmais

Hugues de Jemmais (Ch. de 1170, 1200, 1220) fut père d’Alexandre de la Fontaine de Marville. Lieutard de Jemmais Lieutard de Bertrameix, dit aussi de Jemmais, fut témoin à l’accord que firent, le 15 juin 1179, Agnès de Champagne comtesse de Bar, et Henry Ier son fils, avec le Chapitre de la cathédrale des Claves, pour l’administration temporelle de la vicomté de Verdun. On ne peut dire quand il mourut, ni s’il laissa des enfants.

Jourdain de Jemmais

Jourdain, frère des précédents, surnommé Paganus de Muceio (Ch. de 1160), pour ses déprédations contre l’Eglise, Jourdain prend le titre de sire de Jemmais dans une charte de 1165, par laquelle il donne aux moines de Châtillon, ses pâquis et portions de dixmes à Flassigny.

A cette charte, concourent sa femme Adelaïs et leurs cinq fils, lesquels formèrent cinq souches d’indivisionnaires à Jametz :
- Frédéric de Marceto, sire de Vernonbour, qui devint époux de Jeanne d’Argentel, fille de Ulrig d’Othanges, sire de Billy
- Reinier, qui devint sire de Viller et de Proyville lez Dun
- Raimond, dit Boemundus, qui fut sire de Remoiville et des Verneuil, sous Monquintin
- Simon II de Mirowault, qui fut sire des trois Castelets
- Richer de Prouilly, qui fut sire de Clarey, Cierges, Romagne en Argonne, Landreville, etc.

Voilà le principe des adjonctions successives à la terre de Gemmas, terre où se géminaient alors des possesseurs, dont l’assiette féodale était encore, plus ou moins, indéterminée.

Déjà on a vu poindre, à Jametz, trois ordres de coinféodataires : les uns relevant de Verdun, les autres de Bar, les autres d’Arlon.

Déjà vous apercevez comment Cierges, Romagne en Argonne, Viller, Proyville lez Dun ont pu se trouver annexés à la seigneurie de Jametz, sous les cinq fils de Paganus de Muceio. Arrivons à d’autres accroissements.

Simon de Jemmais

De l’an 1217 à l’an 1224, alors que l’évêque Jean d’Apremont était vice-gérant de la baronnie des Dunes, en l’absence de son frère Gobert IV, Jemmais advient, en partie, d’une manière plus affectative, à Simon II de Mirowalt, un des fils de Jourdain. Ce seigneur reçoit ce fief de l’évêque, avec Calidum montem… Chaumont sous Murault. Mais à quel titre ?

C’est à titre de gage, dit la charte, pour restitution du prêt de 140 bons petits provenisiens. On verra, bientôt, que cette engagère durait encore entre les mains des princes de Sedan. Voilà l’origine de l’adjonction de Romagne sous les côtes et terres adjacentes à la seigneurie de Jametz.

Passons à Remoiville, et de là à Dampicourt.

Rambour, Hugues et Rambas de Jemmais

De Rambour de Gemmais, prévôt de Stenay et capitaine de Chauvancy en 1181, descendent les Lafontaine, qui ne se montreront bien qu’à Marville.

Rambour est père de Hugues (Ch. de 1170 et 1220), et Hugues a donné le jour à Alexandre et à Rambas (Ch. de 1206 et 1232) de Jemmas. Celui-ci, sous l’approbation de Jacob de Cons, son seigneur dominant, et de Marie sa femme et de Puntia leur fille, renouvelle la cession de son aïeul, au couvent de Juvigny, de leurs dixmes à Hans sur Othain.

Alexandre de Jemmais

Alexandre, son frère, est prévôt de Marville et de Saint Mard : il est frère, aussi, de Wuitter, ou Wauthier de Dun, autrement dit Walterus, sire de Vilaisnes et de Bras. Il est frère, encore, de Gérard de Delut, et de Pierre de Dumbras (Ch. de 1243). Androinus, ou Drouin, de Remoiville est son fils ou son neveu.

C’est cet Alexandre qui, avec ce Gérard et avec ce Drouin, avait envahi, en 1289, les petites possessions des moines de Saint Hubert, à Iré le sec et à Rupt sur Othain.

Gérard de Jemmais

Gérard est dit sire de Jemmais, dans une charte de 1271, par laquelle il reprend Gouraincourt et Grimaucourt des mains de l’évêque Gérard de Granson, neveu du comte Louis de Chiny. A la même date, Flambas de Jametz reprend portion du fief de Froméréville, dépendant de l’évêché.

Arrivons au nid des Colet, des Colin, des Colart de Jametz.

Ce nid est au col d’Othange, dans la curie de Mercy. Du mariage de Frédéric de Vernonbour avec Marie d’Argentel, dame d’Othange, paraît être issu Nicolas, sire d’Othange, sire aussi de Hans et de Bazeilles, sur l’Othain (Ch. de 1208, 1211, 1239, 1291).

Jean de Jemmais

Voici un de ses fils : c’est Jean de Jametz, sire du mont Saint Martin, capitaine prévôt de Stenay, en 1259. Il est dit fils de Colet, en 1287, dans la charte d’affranchissement de Mont Saint Martin, Chaufour, et Quincy. Avec son frère Poincignon de la Fontaine, autre indivisionnaire de Jametz, il possédait aussi Saint Mard, dont celui-ci était prévôt.

Colas de Jemmais

Colas apparaît comme sire de Jametz, en 1297. Cette année-là, il eut un différent avec son voisin Mengin de Remoiville, fils de Menissier et neveu de Jehannot du Chaufour. Le comte de Bar intervint et le procès fut tranché par le prévôt de Stenay, sire Alain, commis arbitre à cette fin.

Colas avait marié sa fille Marguerite à Fruste de Failly, fils aîné de Henry, ou Henrion de Jamais. Il l’avait dotée de la moitié de ses dixmes au petit Failly.

Henrion de Jemmais

C’est là que paraît être l’origine des de Failly champenois. Fruste de Failly fut, comme on va le voir, dépouillé de ses héritages, et c’est pour cela qu’il fut surnommé Fruslatus. Son père était Henry Ier de Failly, dit Flétrier, lequel se fit moine, et sa mère était Catherine de Bataille, dame de Belair, près Mouzon. C’est encore pour cela qu’un hermite, tenant un chapelet, était figuré debout à la cime de son armet.

Sa femme se remaria à Waultier de Bras, fils d’Alexandre de Jametz. Il est mentionné dans une charte de 1386, par laquelle son cousin Thiébault II de Failly, dit le petit Thiébault (qui ne laissa que deux filles : les dames Floryot de Hatton-Chateil, et Arnoult de Longuion) explique cette transmission des dixmes de petit Failly.

Perrignon de Jemmais

En 1291, les moines de Saint Maximin de Trêves transmettent à Colart des Hermoises de Dehut, époux de l’héritière des Wales de Sorbey, plus à Pérignon de Ruette, et à Mahault, ou Marguerite, sa femme, tout ce qu’ils avaient, ou pouvaient avoir, en la ville et en confins de Jamais, par le greait et octroit d’Henry Cuens de Lucemborg, avoué de leur couvent.

Robert Ier de Jemmais

Enfin, en 1294, Robert de Jemmais, sire de Mirowalt et gendre de Colart Ier des Hermoises de Delut, beau-frère conséquemment, de Robert Ier des Hermoises, fait hommage, pour Jametz, à l’évêque de Verdun, Jacques de Revigny…

A partir de là, cessent tous aveux et dénombrements, au regard des prélats verdunois. Nous verrons les causes de cette abstention.

A suivre …

Les châteaux de Charmois à Mouzay (55)

Château bas Charmois MouzayCarte Mouzay CharmoisChâteau haut Charmois Mouzay

 

Charmois, hameau à l’écart de Mouzay, possède deux châteaux qui sont aujourd’hui des propriétés privées. Je vous propose de remonter le temps et découvrir les propriétaires de ces deux demeures, il y a quelques huit siècles.

Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après le « Manuel de la Meuse » de Jean François Louis Jeantin – 1861

Charmois, de tout temps, a été annexe de Mouzay, au moins à partir de 1069, époque à laquelle cette localité, possédée par Béatrix de Bar, épouse du duc Godefroid IV d’Ardenne dit le Grand, comte de Bouillon et de Verdun, dépendait des prairies indominicatœde sa terre de Dun.

Charmois est une ancienne villa romaine… apud villam vocabulo Colombariam, où étaient les sépultures du camp romain de Baalon. C’était le charnier probable de la voirie sépulturale des légions. Cette ancienne villa, avec ban séparé, a toujours eu son église, son château, sa haute, moyenne et basse justice, ses intérêts spirituels et temporels, son état religieux et même civil, entièrement distincts de ceux des deux Mouzay.

Les anciens sires de la Chermoye de Mouzay

Herbemont de Charmois porte D’azur, à trois fasces d’or – cimier : un pélican avec sa piétéL’histoire des lieux est inséparable de celle des personnes qui les ont, soit incolé, soit habité, soit surtout dominé.

Pour trouver le berceau des Herbemont de la Chermoye, il faut remonter, sur la Lesse, en Ardenne, à Giles de Rochefort, sire d’Aye et de Jamodine (charte d’Orval de 1231). Il faut ensuite, prendre la charte d’affranchissement d’Herbemont, sur la Semois, donnée par les fils de Giles en l’an 1268.

Là se trouvent trois frères :
- Jehan, sire d’Orgeoy et d’Herbemont
- Jacques, sire de Château-Thiéry sur Meuse et de Walsore
- Giles d’Orey, sire de Florenne et avoué de Dinant
tous trois de la maison de Walcourt-Rochefort-Montaigu, alliée à celle de Chiny, vers 1157.

Alors il devient évident que les branches de Herbemont, en Ardennes, et Herbemont, en Wabvres, sont deux sœurs, qui, par Giles d’Orey, dit Girondel, devenu sire d’Irey le sec, d’Ay à Baalay sur la Meuse, et d’Ay et Jamodine à Jamay, sur l’Azenne, se rallient dang le giron de leur mère, la grande maison de Rochefort…

Cette maison, tombée d’épée en quenouille, avait perdu ses armes comtales primitives… vairées d’or et d’argent, en fasce de quatre pièces et elle était dépouillée du manteau d’hermines, dont Gozelon de Bohagne, son auteur, avait été revêtu.

Mais, par les alliances successives de la maison comtale de Namur avec Duras, de Duras avec Walcourt et de Walcourt avec Chiny… les trois frères Jehan, Jacques, et Giles, n’en étaient pas moins encore de hauts et puissants potentats. Par Ermengarde de Namur, ils remontaient à Charles de France, et ils prétendaient à porter, en champ d’or, et d’azur, les fleurs de lys dans leurs armoiries.

Aussi, alors que le comte Arnoux III de Loos et Chiny, après avoir construit Montmédy, vers l’an 1220, voulut, au ban de Gironsart, établir sa neuve ville de Gérouville, en face d’Herbeval, a-t-il bien soin de deux choses :
-
obtenir le concours d’Henri de Bouillon, abbé d’Orval, haut seigneur, en fonds et très-fonds, du dit Herbeuval, et qui était aux droits de Gérard de Rochefort, un de ses antécesseurs, lequel avait baillé ses domaines au couvent, vers l’an 1204
-
et, tout en mettant ses habitants de Gérouville à la franchise de Belmont, réserver expressément, dans sa charte de 1258, la droiture de monseigneur Jehan (de Rochefort), dit l’Ardennois, qui alors était châtelain de la Ferté.

Trois branches des anciens Walcourt-Rochefort existaient donc encore dans les comtés de Loos et de Chiny, dans la seconde moitié du XIIIe siècle.

Toutes trois descendaient de la race anciennement royale de la première comtesse de Namur. Toutes trois étaient, plus immédiatement, de celle de Bar et de celle de Chiny. Car Thiéry de Walcourt, sire d’Orgeo, avait épousé Béatrix de Chiny, fille de Louis III et de Sophie de Bar (1157 à 1189), et, par cette alliance, il était beau-frère de Lorette de Chiny, épouse de Geoffroy Ier d’Apremont, sire de Dun et de Montmédy.

Mais le vent des révolutions vint souffler sur cette famille. Comme hommes de fief du comté de Loos, les descendants d’Herbemont-Rochefort étaient vassaux de la grande église de Liége. Cette vassalité fut cause de leur perte et amena la transportation de leurs derniers rejets.

Compromise dans les troubles des citains de Liège contre leurs évêques, la branche aînée perdit son dernier chef sur l’échafaud épiscopal, en 1408. Il n’en resta qu’une fille, prénommée Agnès, mariée à Eberard III de Lamarck, seigneur de Sedan, Raucourt, Braquemont, Aigremont, Floranville, Neuf-Château et Jametz, laquelle, par son petit-fils Guillaume, le Sanglier des Ardennes, transmit ses droits à Turenne, descendant des anciens Condé.

Proscrits à la suite des échauffourées des Dinantais contre les Namurois, Jacques d’Herbemont, sire de Château-Thiéry, et Giles d’Orey, châtelain de Dinant, trouvèrent un asile dans les états Barro-Chiniens de leurs parents.

Nous les trouvons, tous deux, installés chez nous vers la fin du XIIIe siècle : l’un à Irey le sec et à Jametz, l’autre à la Chermoye de Mouzay. Ils y deviennent principaux hommes de fief de la châtellenie de Stenay.

Maisons d’Orey et d’Irey

Voici ce qui résulte de leurs actes d’aveux et dénombrements : En 1299, Jacques de Herbemont-Rochefort, époux d’Alix Orgeo-Mouzay, fait ses reprises pour la Chermoye. Son fils Jehan n’a qu’une fille, prénommée Isabelle. En 1421, Isabelle de la Chermoye épouse son cousin Giles d’Orey, dit Girondel, sire d’Irey le sec, qui devient prévôt de Stenay, en 1422.

En 1455, Nicole, fille de Jehan d’Orey et d’Isabelle de la Chermoye, épouse François de Pouilly, sire de Mouzay, Quincy, Baalon, Cervisy, Inor, Laneuville, Cesse et Luzy en partie. De ce mariage, naquit Alix de Pouilly, qui devint femme de Nicolas de La Fontaine, prévôt de Stenay. Alors Charmoy entre, pour partie, dans les domaines des célèbres maisons de Pouilly-Lafontaine et de Lafontaine-Orey.

En 1488, Alix d’Irey, fille de Pierre d’Orey, prévôt de Stenay, et sœur de Jean et de Guillaume qui, successivement, exercèrent cette charge après leur père, Alix épouse Mangin Masson, pareillement prévôt de ladite châtellenie. Charmoy se trouvait alors indivis entre ces époux et leurs frères et avec Lafontaine-Pouilly.

En 1500, Pierre d’Orey et Nicole d’Orey apparaissent comme inféodataires uniques. Le 14 juin 1517, une sentence les déclare propriétaires haut justiciers du ban de Charmoy, à l’encontre des gens de Mouzay, qui leur contestaient ce droit. Cet acte souverain fixe, en même temps, les limites respectives de l’un et de l’autre ban.

En 1549, Ferry d’Herbemont de la Chermoye épouse Anne d’Orey, sœur de Jean et de Guillaume : les deux époux rachètent les deux tiers de leur coseigneurs et deviennent propriétaires du tout.

Cette dame d’Herbemont fut la dernière représentante de la famille des Orey, qui portait de gueules, semé de fleurs de lys d’or, avec l’écusson d’azur (de la maison de France) en abyme – cimier : deux oreilles d’or, avec ces mots : oreah ! écoutez !….

Mélancolique image des prétentions de leur ancêtre Charles de France, qui s’étaient abymées, dans la dernière lutte des Carlovingiens contre les Othoniens. Ce symbolisme présidait aussi, mais sur un champ de deuil (le sable), aux armoiries des Custines, premiers pairs de Rochefort, car telle était alors l’éloquence des blasons.

A partir de ce moment, Charmoy n’est plus sorti de la descendance d’Anne d’Orey et de Ferry d’Herbemont.

Leur dernier représentant, Exupère-Alphonse-François-Marie, comte d’Herbemont, s’est éteint en 1858, près de son épouse née de Bérenger, dans le vieux château de ses ancêtres, et a laissé ses domaines et son titre, à son fils adoptif, Alphonse-Charles, fils du colonel de Bérenger.

Les photographies des châteaux proviennent de cet excellent site sur le patrimoine lorrain et sont publiées avec l’aimable autorisation de monsieur Anthony Koenig. 

Lion-devant-Dun du VIe au XIIIe siècle

Carte Lion-devant-Dun

Petit village de 180 habitants, Lion-devant-Dun se situe au pied de la côte Saint-Germain, qui sert aujourd’hui de point d’envol aux amateurs de parapente.

Je vous propose de partager l’histoire de ce village, depuis la fin du VIe siècle et jusqu’au XVIIIe siècle. On a même un peu de mal à imaginer que tant d’événements s’y soient déroulés.

Les anciennes appellations ont été respectées.

D’après le « Manuel de la Meuse » de Jean François Louis Jeantin – 1861

Ancienne baronnie-pairie de la chastellenie de Dun.

Origines

Suivant Herric, moine d’Auxerre, auteur de la vie de saint Germain, un camp romain aurait été établi sur le plateau quasi elliptique de la côte, qu’il appelle Morfagne, et qui paraît être celui de notre côte Saint Germain.

Il en attribue les retranchements à l’empereur Adrien, lors de ses voyages dans les Gaules, ce qui en reporterait l’existence vers l’an 117 de notre ère. Quelle que soit l’identité, plus ou moins douteuse, cette tradition appliquée au plateau d’Arimont est assez probable (A toutes époques, on a trouvé de nombreuses médailles romaines sur la côte saint Germain).

Aucun emplacement, certes, ne répondit mieux aux exigences de l’ancienne castramétation. Arimont, à l’altitude de 350 mètres est le point dominateur de toutes nos dunes. Son plateau allongé, entouré d’une ceinture de fer, Meerenwaldi castellum, réunissait toutes les conditions, exigées alors, pour la défense et pour le stationnement, à poste fixe, d’une légion.

Au bas, de Milly à Baalay, près du lit de la vieille Meuse, passait la voie diverticulaire de Divodurum Mediomatricorum (Metz) à Durocortorum-Remorum (Rheims). Cette voie traversait, au pied du Castellum, les Prœdia : Putei villare, Bonum villare, Arei villare. Elle mettait en communication directe les stations de l’Argonne, ad Romanas, sous Montfaucon, avec les stations des Woepvres, ad Romanas, sous Mont Urbel.

Erection en commune par Gobert V d’Apremont et sa mère Julianne du Rosois, dame de Dun.
Causes : le mouvement des affranchissements, l’approche de la septième croisade, les besoins d’hommes et d’argent pour la défense des châteaux confiés à la garde des châtelaines.
Date de la charte d’affranchissement : avril 1251.

Par charte du duc Edouard de Bar, du 23 août 1311, les habitants de Lions ont droit de dépaissance et de glandée dans la forêt de Wabvre et dans les aisances de Mouzay. Les limites et la consistance de ce droit ont donné lieu à de nombreuses contestations. Ils sont en outre usagers dans les 4 925 ha de la forêt de Wabvre, qui étaient de l’apanage des Condé. Par indivis avec les habitants de Baalon, de Landzécourt et de Milly, ils prenaient 5ha 12a dans les 31ha 33a affectés à l’exercice de ce droit pour les trois communes.

Ordre spirituel

Diocèse de Rheims, par impignoration des anciens prélats de Trêves et de Verdun – Archidiaconné de Champagne, sous le titre de Saint Médard de Grandpré – Doyenné de Saint Giles de Dun.

Cure : celle de Saint Maur de Lions – Annexe et desserte : anciennement celle de Saint Vincent de Murvaulx.

Hermitage : celui de l’oratoire primitif et église matriculaire des chapelains de Saint Germain d’Arimont. L’enceinte fossoyée de cette chapelle est encore très apparente. On y aperçoit, çà et là, des ossements, qui doivent être ceux des derniers hermites et ceux des personnes considérables de Lions et de Murvaulx. Au commencement de ce siècle, ils étaient abrités par un orme colossal, qu’on apercevait des points les plus éloignés de l’horizon. Aujourd’hui cet arbre est remplacé par une croix. Une foire se tenait annuellement en ce lieu vénéré de toute antiquité.

Ordre temporel

Avouerie des anciens sires de Merevald et de Louppy (Chartes de 1199, 1222, 1253)
Patronage à la collation des comtes de Bar, comme seigneurs de Dun
Dixmage au profit des mêmes et de l’université de Rheims
Entretien du chœur et des bâtiments, idem.

Ordre politique

Ancienne cité de Trêves, limites contestées par le Remois et par le Verdunois – Royaume d’Austrasie, puis de Lotharingie – Empire Germanique – Ancien pagus des basses Wabvres, in fine Wabvrensi et Trevirensi – Baronnie de Lions – Pairie des six Pers de la chastellenie de Dun – Duché de Bar, ensuite de Lorraine – Comté de Dun, sous les Condé – Haute justice des anciens barons Fiefs et arrières-fiefs : ceux des terrages inféodés et la cense de Baalay.

Ordre judiciaire

Avant la rédaction des coutumes générales : Loi du Vermandois, dans le principe – ensuite loi de Beaumont. Mesures :
pour les grains et autres matières sèches, et pour les liquides, Bar le duc
pour les bois, idem et Chiny 
pour les terres seulement, Bar le duc.

Indication de l’étalon local : l’arpent, de 100 perches – le jour ou bonnier, de 80 perches – la perche, de 18 pieds 1 pouce 6 lignes.Après la rédaction des coutumes particulières : Coutume de Chiny, ensuite celle de Saint-Mihiel, en 1571.

Anciennes assises : à Dun, des sires de Dun, de Clarey, de Vilaisnes, de Prouville et de Landreville.
Cour supérieure des grands jours de Saint Mihiel. Ensuite Parlement de Metz, puis celui de Paris, comme Clermontois.
Ancien bailliage de Dun et Stenay, puis celui de Clermont, siégeant à Varennes.
Ancienne prévôté de Dun, puis celle de Clermont.

Histoire de Lions

On sait que dans la forêt de Wabvre, s’est élevé le castellum Meerenwaldi (Ch. de 1082). Sous l’emplacement de ce castellum est le bois du Deffois, ce bois que traversait la chaussée austrasienne de Metz à Rheims, au temps de la reine Brunehault. Le souvenir d’une grave révolte, defectus, doit être caché sous ce mot.

Le père de l’histoire de France, Grégoire de Tours, dans ses vieilles annales des Gaules, nous a conservé les détails d’un événement mémorable, que tout indique s’être passé, sur ce théâtre, en face et au pied de la rampe du castrum d’Arimont.

C’était en l’an 587, alors que le jeune Childebert régnait dans les deux Belgiques (Rheims et Metz), sous la mainbournie de son oncle et père adoptif Gontram, roi des Burgondes, et alors que sa mère Brunichilde, d’une main intelligente et sûre, tenait le sceptre de l’Austrasie.

En ce temps là, vivait Gunthram Bose, le mauvais génie des monarques des Gaules, courtisan insidieux, qui devint l’instigateur des crimes de Chilpéric et de Frédégunde, et qui fut le machinateur perfide de leurs trames contre Brunehault et contre son fils. Gunthram Bose périt dans l’oratoire de Saint Airy, à Verdun, où il avait cherché un refuge contre les exécuteurs de sa condamnation à mort. L’évêque fut mortellement affligé de cette violation de sa Sauvegarde : il éleva et il établit les enfants du Bose, qui parait être l’auteur de la race des Boson, ces leudes perfides tous fameux, par leur puissance et par leurs crimes, dans l’histoire des Wabvres et de la Lotharingie.

A Rheims, vivait un comte Lupus, duc des Calalauniens. Dépositaire fidèle des pouvoirs et de la confiance de la régente, ce Leude était en but aux machinations du Bose et de ses adhérents Berthefride et Ursion du castrum Wabrense.

Lupus avait été contraint de garnir de défenses toute la frontière campanienne de son département. Un jour, cependant il faillit succomber sous les attaques de ses ennemis. Ecoutez le récit de Grégoire de Tours.

Dans l’intention de se défaire du duc, Ursion et Berthefride avaient assemblé des cavaliers contre lui. De son côté, Lupus avait réuni les troupes dont il pouvait disposer dans son gouvernement. Celles-ci, venues de Rheims, avaient passé la Meuse à Milly, il est probable. Les autres étaient descendues des hauts de Metz, dans les basses Woepvres, et les deux armées se trouvaient en présence dans la campagne du prœdium Arei.

Brunehault, instruite du conflit, accourt de Metz. Elle traverse la forêt qui, encore aujourd’hui, porte son nom, près de Pilon et de Mangiennes. Elle débouche par la voie qui accède au castrum de Romagne, elle traverse la chaussée de Dampvillers à Brandeville, et du sommet de Hab-sault, elle se précipite au milieu des assaillants. Guerrière intrépide comme la foudre, elle tombe dans les escadrons qui s’arrêtent.

« Cessez, dit-elle, cessez, je vous en adjure, cessez cette guerre sacrilège. Abandonnez un dessein impie, cessez de poursuivre un innocent et de combattre votre roi. N’allez pas, par une haine personnelle contre son plus fidèle serviteur, porter la désolation dans toute une contrée ».

« Retire-toi ! lui répond Ursion, femme, retire toi… C’est bien assez que tu aies gouverné ce royaume quand vivait ton époux… aujourd’hui c’est ton fils qui porte la couronne, le pays n’a plus besoin de ta funeste protection. A nous, à nous seuls, désormais, de veiller à son repos. Hâte-toi, je t’en préviens, hâte toi de sortir de nos rangs, si tu ne veux que, foulée aux pieds, ton corps ne reste applati sous les fers de nos chevaux ».

Mais la peur n’a pas prise sur une âme trempée comme l’était celle de Brunehault… Elle insiste, elle adjure, elle persiste. Aucun refus ne la rebute : les armes tombent enfin des mains des rebelles… et ils se retirent. Lupus congédie ses troupes et il se retire dans un de ses châteaux.

Cependant, quelques jours après, les conjurés sont revenus à la charge. Furieux, ils se ruent sur les domaines du comte, ils forcent ses manoirs, ils pillent ses trésors. Des menaces de mort partent de leurs lèvres : « Non ! vivant, il n’échappera pas de nos mains ! » s’écrient-ils. Lupus, caché près de là, les entend. Il traverse la forêt de Wabvre, et, avec sa femme, il se réfugie dans un château voisin, lequel était occupé par les Burgondes, qui, alors, étaient maîtres du Verdunois.

L’historien nomme ce château la ville de Lugduni Clavati, expression qui localise la scène à Lions devant Dun.

L’aleud d’Arimont

Romare d’Arimont

A la charte de fondation du prieuré de Saint Giles, 1094, en outre de Wauthier, haut voué de Dun, figurent sept donateurs : Herbertus, Warinus, Lambertus, Varnerus, Romarus, Milo et Elbertus. Milon de Milly et Elbert de Cesse donnent un pré sur la Meuse, les cinq autres ont cédé l’aleud sur lequel est construit le couvent.

Comment cet aleud était-il en leurs mains ? Voici :

Herbert est avoué de la cathédrale virdunoise, à Chauvancy. Varin ou Gharin est châtelain de Laferté. Lambert, sire de Pouilly, parait être ce Lambertus de Sathanaco que, dans sa charte de 1107, la comtesse Mathilde de Toscane, donnant tout le Septiminium et le Mosagium à l’église des Claves, excepte, formellement, avec Dragon son frère, de sa concession. Varnier est sire du Verniacensis. Ce doit être un des auteurs des maisons de Wale et de Failly. Enfin Romarus, c’est le lion des montagnes : Romare, comme le dit son nom, dominait, il est probable, depuis Romagne sous les côtes jusqu’à Romagne sous Montfaucon.

Le Septiminium comprenait le versant des Argonnes, depuis Septsarges jusqu’à la Wiseppe – le Mosagium comprenait toute l’agence de la Meuse jusqu’à Mouzon, et notamment Stenay et Mouzay.

Voyez les témoins : Richerius de Dun, Fredericus de Dun, Leudo de Failly, Albertus de Briey, Aleranus de Mucey, Herbertus de Mangiennes, Ancelmus, de Chauvancy, Rodulphus de Dun, Ramardus de Rameray, Amalricus de Raucourt et Symon l’ancien, sire de Murault.

Falcon de Mérowald

Après Romare, le premier Arien alloti au Castellum de Mérowald ou Mirowaulx, est Falcon, frère de Philippe, Philippus de Lupeio, celui-ci premier seigneur connu de Louppy les deux châteaux (Ch. de 1172, de l’évêque Arnoux de Chiny, pour Chatillon). Falcon était oncle, conséquemment, d’Arnoux, sire de Louppi et du Mont Saint Martin (Ch. de 1279,1287), celui-ci fils puîné de Philippe de Louppi. Falcon mourut sans enfants, tout l’indique.

Gauthier de Mérowald

Apparaît ensuite Gauthier, Galtherus ou Waltherus, de Mérowald. Celui-ci avait épousé Azeline de Dun, fille unique (du premier lit) de Gobert Ier de Dun-Apremont (Ch. de 1150, 1156, 1163). Gauthier était fils de Pierre de Murault, il était petit-fils de Symon l’ancien.

En 1279, le 15 juin, Gauthier de Mérowald, avec son beaupère Gobert Ier de Dun-Apremont, avec Lieutard, seigneur de Jametz, avec Evrard d’Orne, avec Albert de Clermont dit le Loup, assiste, comme cofidéjusteur, au traité solennel conclu entre la comtesse Agnès de Bar, au nom de son fils Henry Ier, et le chapitre de la cathédrale des Claves, pour l’administration temporelle de la vicomté de Verdun. A ce traité figurait aussi Arnoux de Louppy, qui alors était gouverneur de la châtellenie de Stenay.

Gauthier de Mérowald, mort, paraît-il, sans postérité, disparaît pour faire place à Henry de Mérowald, frère de Gérard Ier de Louppy, sire d’Haraucourt et de Remoiville, l’un et l’autre fils d’Arnoux, sire de Louppy et du Mont Saint Martin.

A suivre…

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