Les lépreux en Lorraine

 

 Les lépreux en Lorraine dans La Meurthe-et-Moselle d'Antan Maladerie-150x74

 

D’après un article paru dans les « Mémoires de l’Académie de Stanislas » – Année 1881

 

Parmi les maladies qui affligèrent les populations du moyen âge, il en est peu qui, autant que la lèpre, aient laissé dans l’histoire des traces de leur existence. Considérée comme un châtiment que Dieu infligeait à ceux qui en étaient atteints, redoutée par les populations en raison du caractère contagieux qu’on s’accordait à lui attribuer, la lèpre entourait les malheureux qui en étaient affectés, comme d’une auréole sinistre, dans laquelle à des pensées de charité et de sympathique commisération s’associaient des idées de répulsion et d’horreur. Sous l’influence de ces sentiments opposés, on fonda de bonne heure des refuges spéciaux pour les lépreux, on promulgua à leur égard des ordonnances, on prit des dispositions légales destinées tout à la fois à les protéger et à les séquestrer.

Il nous a semblé qu’il pouvait ne pas être sans quelque intérêt, de colliger, en les coordonnant, les éléments épars qui, dans notre histoire locale, se rapportent à la lèpre et de chercher à retracer ce que furent les lépreux en Lorraine.

Mazels, musel, mezel, mezieu, mezeauls, ladres (Les ladres invoquaient saint Ladre ou saint Lazare pour les guérir, d’où le nom qui leur fut donné. Les Italiens appellent la lèpre : il malo di santo Ladri), frères lépreux, soeurs lépreuses, bons hommes, bons malades, ou parfois simplement malades, telles étaient les dénominations par lesquelles au moyen âge, en Lorraine et ailleurs, on désignait les lépreux.

Il est probable que de bonne heure, sous l’influence de la pitié qu’inspiraient leurs maux et l’état de misère de la plupart d’entre eux, furent établies des maisons de refuge consacrées à ces malheureux. On les désignait sous les noms de mezelerie, ladrerie, et plus fréquemment de maladerie, malarie ou maladière.

La lèpre, comme la peste, est originaire de l’Orient. Elle était endémique en Egypte, Moïse en fait mention. Job et Pharaon en furent atteints, les Hébreux en furent frappés pendant la captivité de Babylone.

A quelle époque et par quelles voies, la lèpre envahit-elle l’Europe occidentale ? Les Sarrasins l’ont-ils importée en France au VIIIe siècle pendant leur séjour dans nos provinces méridionales, ou les débris des armées chrétiennes, à leur retour des premières croisades (1095-1147) ont-ils ramené avec eux des lépreux qui, ayant contracté le germe de leur maladie pendant leur séjour en Palestine, l’ont propagée dans nos pays, on l’ignore.

Ce qu’on peut affirmer, c’est que longtemps avant ces grands événements, la lèpre existait en France.

Les légendaires de la première Belgique racontent les guérisons miraculeuses de lépreux opérées au IVe siècle par saint Maximin, de Trèves, au VIe siècle, par saint Vannes, de Verdun, et par saint Géry, d’Ivoy. Dès 549, le concile d’Orléans, auquel assistait Désiré, évêque de Verdun, recommandait expressément les lépreux à la charité ecclésiastique et les confinait dans des maisons isolées placées sous la surveillance des évêques.

En 583, le concile de Lyon (et plus tard celui d’Aix-la-Chapelle en 809) imposait aux évêques le soin de veiller sur les lépreux, de les nourrir et de les vêtir, en échange de leurs héritages qui advenaient à l’Eglise. En 630, saint Arnould, évêque de Metz, qui s’était retiré sur le Saint-Mont, près de Remiremont, et y vivait, à la même époque que saint Romaric, dans la solitude et la prière, avait réuni des lépreux et poussait le dévoûment jusqu’à les soigner lui-même. En 634, Adalgise ou Grimont, diacre de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Verdun, neveu ou tout au moins proche parent du roi de France Dagobert Ier, dotait avec une libéralité princière les lépreux de Maestricht, Metz et Verdun en leur faisant don d’Audun-le-Roman et de terres très étendues. Au VIIe siècle, fut fondée à Metz, à une lieue de cette ville, la maison de Dieu ou maladrerie de Longeau ; elle fut créée et dotée par douze chefs de famille du val de Metz, pour servir d’asile aux ladres ou lépreux.

Godefroy de Bouillon partant pour la Terre-Sainte, y éleva une chapelle et fit donation de terres et de rentes pour l’entretien des malades. Enfin, au concile tenu à Compiégne en 756, le divorce fut déclaré facultatif de la part du lépreux, qui pouvait autoriser son époux à le quitter et à se marier avec un autre.

Tous ces faits ne prouvent-ils pas qu’au VIe siècle, déjà la lèpre était connue et même assez répandue en France et en Lorraine.

Dans les siècles suivants, des famines meurtrières, des guerres incessantes augmentèrent d’une manière effrayante le nombre des malheureux et multiplièrent ainsi le nombre de ceux qui étaient prédisposés à contracter la lèpre. En même temps, les relations de commerce et de guerre entre l’Orient et l’Europe occidentale devinrent plus fréquentes : faut-il s’étonner de l’augmentation progressive du nombre des lépreux et de la nécessité qui s’imposa dès lors, de créer des établissements spéciaux pour les recevoir et les séquestrer ? Sous le règne de Philippe Ier, après la première croisade (1095), fut fondé en France un ordre de religieux soldats appelés hospitaliers, dont la mission spéciale était de soigner les lépreux.

Aussi est-ce pendant les XIIe et XIIIe siècles que les asiles de lépreux sont les plus nombreux et les plus prospères. Sous saint Louis (1226-1270), la France n’en compte pas moins de deux mille. Il existait à cette époque neuf mille léproseries répandues dans la chrétienneté.

En Lorraine, nous avons pu relever l’existence de près de soixante léproseries existant dans des villes, des bourgs et jusqu’en de simples villages. Les plus nombreuses sont réparties dans les pays qui, de nos jours, forment le département de la Meuse.

Dans nombre de villages du département de la Meurthe, les noms de censes, cantons ruraux, champs, etc., rappellent l’existence de maladreries ou tout au moins de bordes de lépreux.

C’est au XIIe siècle que les bourgeois de Toul fondèrent, à une heure de cette ville, à Valcourt, une léproserie dans laquelle devaient demeurer un prêtre et douze lépreux, et dont l’administration fut confiée aux abbés et religieux de Saint-Epvre. Une charte verdunoise de 1185 fait mention d’une léproserie appelée les Grands-Malades ou Saint-Jean-des-Malades (située à quelque distance du faubourg du Pavé de Verdun, au pied de la côte Saint-Michel, sur l’emplacement du cimetière actuel).

Au XIIIe siècle, s’élèvent des léproseries nouvelles : à Verdun, sur la route qui conduit à Saint-Mihiel, la maladrerie de Haudainville, près du village de ce nom, qui, à partir de 1247, fut appelée les Petits-Malades ou les Pauvres-Malades, où étaient reçus les lépreux étrangers à Verdun ; à Toul, dans le faubourg Saint-Mansuy (elle fut fondée par les religieux de Saint-Mansuy et les bourgeois de Toul) ; à Laître-sous-Amance, à Leyr dans la vallée de la Seille, à Sommières dans la Meuse, à Saint-Aubin, dans les environs de Commercy, à Neuf- château, etc.

En 1273, à Nancy, sous le règne du duc Ferry III, existait déjà la léproserie de la Magdelaine, aux alentours de laquelle se sont successivement élevées les maisons qui ont fini par former de nos jours le faubourg Saint-Pierre. On l’appelait maladrerie de la Magdelaine-lez-Nancy ou devant-Nancy, pour la distinguer d’une léproserie de la Magdelaine élevée à Varangéville, à peu de distance de Saint-Nicolas-du-Port.

Le mai 1312, le duc Thiébaut II donna la léproserie de la Madelaine de Nancy, et confia le soin des lépreux aux Dames prêcheresses, religieuses de l’ordre de Saint-Dominique, qui, en 1292, étaient venues s’établir à Nancy et dont le couvent était peu distant. Cette donation fut confirmée en septembre 1328, par le duc Ferry IV.

En 1478, une chapelle fut construite à la Madelaine de Nancy. Cette maison jouissait de privilèges et franchises qui furent confirmés par le duc René Ier (22 mars 1436), par la duchesse Isabelle en 1441, par le duc Antoine en 1508 et par lettres patentes du 8 août 1603 du duc Charles III.

A Remiremont, dans les Vosges, existait une léproserie de la Madelaine, située aux portes de cette ville, près d’une ancienne chapelle dédiée à sainte Marie-Madelaine. Brûlée en 1645 par les gens de guerre, elle fut reconstruite peu après par les soins d’Antoinette Maillot, veuve d’Adam de la Madelaine. L’emplacement occupé par cette léproserie a conservé jusqu’à nos jours le nom de la Madelaine.

Vers le commencement du XIVe siècle, se trouvaient dans le val de Saint-Dié, trois léproseries : la Rouge-Pierre, Charémont et la Schenalle. En 1562, un chanoine du chapitre de Saint-Dié, convaincu de lèpre, fut condamné à terminer ses jours dans une cellule qu’il dut se faire construire au milieu des forêts, près de l’ermitage de la Madelaine.

 

La plupart des léproseries durent leur existence à l’initiative privée. C’était un ou plusieurs bourgeois riches d’une ville, tantôt quelque prince ecclésiastique ou temporel, qui, émus de pitié pour le triste sort des lépreux, fondaient par donation ou testament, et le plus souvent dotaient en même temps un hôpital pour les recevoir.

Pour subvenir à leur entretien, les ressources, loin de manquer, ne firent que s’accroître. Outre la charité publique qui subvenait aux menus besoins des lépreux et les redevances que ceux-ci étaient parfois tenus de leur payer, les léproseries s’enrichirent peu à peu par les libéralités et les donations des grands, par les droits, priviléges et franchises qui leur furent octroyés par les princes ou les villes. Devant quelques églises, existaient des troncs spéciaux dont les produits leur étaient destinés.

A Nancy, chaque lépreux occupant une maison de la Madelaine, payait un cens annuel d’un franc aux Dames prêcheresses, outre le droit d’entrée convenu de gré à gré avec elles. Un décret du duc Charles III (2 avril 1562) autorise « les bons malades de la Madelaine encore qu’ils ne soient de la paroisse de Nancy ou de Saint-Dizier à participer aux aumônes qui se distribuent les dimanches, jeudis et vendredis de chaque semaine ».

Au commencement du XVIIe siècle, les lépreux avaient la coutume de faire faire la quête des aumônes près de l’église collégiale Saint-Georges, par un lépreux qui, autorisé à se tenir dans une loge, faisait appel à la charité publique. Les comptes du cellerier de Nancy montrent que jusqu’en 1640, on délivrait par an « douze rézeaulx de bled aux bons malades de la Magdelaine pour subvenir à leur nourriture et autres nécessités de leur vie calamiteuse ».

Le soir du jour de la Toussaint, la ville faisait un don de trois francs aux malades de la Madelaine pour « faire leur bon soir ».

A Metz, dès 1196, un des trois deniers de l’impôt des morts établi par l’époque Bertram, était destiné à l’entretien des bons malades. En 1326, la ville de Metz donne la moitié des moulins de la Seille à la léproserie de Saint-Ladre ; en 1299, une donation considérable de terres est faite à la léproserie des Bordes. Plusieurs papes avaient dispensé de la dîme la maison de Dieu de Longeau ainsi que les autres léproseries de Metz, et une bulle du pape Honoré III confirma en 1435 tous ces privilèges.

A Verdun, la maladrerie des Petits-Malades, à part quelques pièces de terres et de prés, ne jouissait que d’un revenu annuel en argent de vingt-huit livres verdunoises. Des bulles de Martin IV et de Boniface III exemptaient de la dîme, les immeubles des malades et leur bétail. La cité les affranchissait de tous impôts. D’après le manuscrit intitulé les Droits de Verdun, les armes des vaincus en combat singulier leur étaient attribuées.

La léproserie des Grands-Malades était plus richement dotée. Par une charte de novembre 1213, Thiébaut IV, comte de Bar, avait institué les Grands-Malades usagers de la forêt de Dieue « pour tailler et prendre ce qu’il faudroit de bois pour lesdits malades, en telle manière qu’ils n’en peurent vendre ny donner aultre part ». Au XIVe siècle, cette maladrerie était exemptée de tous impôts par la cité, qui lui avait en outre attribué le droit de mortuaire. Elle possédait de nombreuses rentes en argent, grains et vin provenant de prés, terres, vignes et bois dont les seigneurs des environs lui avaient fait don. Outre ces ressources et les droits d’entrée assez onéreux qu’elle exigeait de ses pensionnaires, cette maladrerie possédait des rentes annuelles et perpétuelles, souscrites en sa faveur par des congrégations religieuses ou des corps ecclésiastiques, par de simples particuliers ou des familles, sous la condition de recevoir ceux de leurs membres qui viendraient à être entachés de lèpre.

La léproserie de la Madelaine à Remiremont, très pauvre à son origine, s’agrandit par les dons de la charité. Un chanoine de Remiremont, du nom de Fleury, fit en 1349, à cet hospice, donation de tous ses biens, en reconnaissance des bienfaits qu’il y avait reçus et aussi pour participer aux biens spirituels dont cet asile était enrichi.

Quelques villes, comme Toul et Verdun, eurent deux maladreries. Metz en a compté cinq. L’inégalité des conditions sociales se retrouvait dans les maladreries d’une même ville. A Metz, la léproserie des Bordes, qui appartenait à la cité, paraît avoir été principalement destinée aux indigents, comme à Verdun celle des Petits-Malades.

La léproserie des Grands-Malades ou Saint-Jean des malades est exclusivement réservée aux familles verdunoises auxquelles leur position de fortune permet d’acquitter une large prébende (prouvende) pour ceux de leurs membres qui devront entrer dans la maison.

Parmi les mézeaulx, existait aux Grands-Malades, à Verdun, une hiérarchie : les frères et les convers. Ces derniers « debvaient faire à la maison tout ce de bien qu’ils pourroient et entendre aux œuvres et labour d’icelle ». Il y avait encore de simples locataires (le plus souvent des nobles) auxquels n’était dû que le logement, leur entretien et leur nourriture restant à la charge de leur famille. Enfin, outre les malades, y résidaient, notamment au XIVe siècle, des personnes qui n’étaient point lépreuses, des haitiez (sains) qui moyennant une donation, s’y étaient assurés un asile et une prébende.

Sept miches de pain blanc et trois sols par semaine, par an quarante sols pour leur robe, douze sols pour leur lard, un cent de faixains (fagots) à deux harts, une part aux vignes communes, telle était la prébende que l’on trouvait à la léproserie de Saint-Ladre à Metz. Celle des Grands-Malades à Verdun devait lui ressembler beaucoup.

L’administration des léproseries a varié selon les localités et les époques. A Nancy, nous l’avons vu, les ducs de Lorraine avaient fait don de la Madelaine aux Dames prêcheresses. A Valcourt, près de Toul, la surveillance était confiée à l’abbé et aux religieux du monastère de Saint-Epvre de Toul.

Les deux maladreries de Verdun furent administrées par des maîtres, gouverneurs ou procureurs laïques, institués au XIIIe siècle « de par l’Eveske et par la citeit » et dont plus tard, après la lutte des lignages des corps de métiers contre l’autorité épiscopale, l’investiture passa exclusivement au corps municipal. Toujours élus parmi les jurés de la cité, ces gouverneurs furent presque tous d’anciens maîtres échevins pendant le XIVesiècle. Beaucoup d’entre eux remplirent plusieurs fois les mêmes fonctions.

Jusqu’en 1428, ils stipulaient pour la léproserie dans tous les actes d’acquêt ou de vente. Leur intervention était moins nécessaire pour les baux ou constitutions de cens. C’étaient les lépreux eux-mêmes qui signaient beaucoup d’actes de ce genre.

A Remiremont, jusqu’en 1645, le gouvernement de la Madelaine fut confié à des frères hospitaliers convers, ayant fait vœu de pauvreté et de chasteté et qui suivaient la même règle que ceux établis en 1140 en Angleterre, sous le règne de Henry Ier. Leur supérieur portait le nom de maître. Le curé de Remiremont, qui avait le droit d’installer et de surveiller ces religieux, était le supérieur principal de la léproserie. Aucun malade d’ailleurs n’y était reçu sans la permission expresse de l’évêque.

A côté de ces administrateurs ecclésiastiques ou laïques, nous ne serons point étonnés de ne jamais trouver, dans les asiles consacrés aux lépreux, de médecins chargés de les soigner et de soulager leurs maux. Considérant les lépreux comme des infortunés frappés par la main de Dieu, la société au moyen âge, logique avec elle-même, croyait avoir tout fait en pratiquant la charité chrétienne en faveur des malheureux qu’elle condamnait à l’isolement et à la séquestration.

 

Les léproseries étaient situées le plus souvent à une certaine distance des centres de population pour éviter les chances de contagion, tout en permettant aux malheureux qui y passaient le reste de leurs jours de revoir de temps à autre leurs parents et d’être plus à la portée des aumônes qu’ils recevaient de la charité publique.

Une fois par an, à Remiremont, les personnes bienfaisantes avaient l’habitude de visiter la Madelaine pour donner aux lépreux des pains, que par crainte de la contagion, on leur tendait au bout d’un bâton. Les lépreux ont disparu, mais le souvenir de cette charitable coutume a, pendant longues années, persisté à Remiremont. Naguère encore, les enfants portant des pains au bout d’une baguette, se rendaient en foule, à certain jour, à la Madelaine, qui jusqu’aujourd’hui a conservé son nom. On recevait les pains pour les distribuer aux pauvres de la ville, des féveroles étaient remises aux enfants, pour leur rappeler l’infime nourriture dont autrefois les lépreux devaient se contenter.

Les lépreux ou les membres d’une même famille de lépreux habitaient en général chacun une hutte ou maisonnette séparée, appelée en Lorraine, Borde, parce que dans l’origine, elles furent élevées le long des chemins, d’où la possibilité pour les lépreux d’implorer de leurs bordes la charité des passants.

La réunion de plusieurs d’entre elles était désignée sous le nom de Bordel, terme qui, dans l’origine synonyme de léproserie, perdit cette signification dès le XIVe siècle. Plus tard, les léproseries formèrent de petites et lugubres cités : la maladrerie des Grands-Malades à Verdun, entourée de murs, renfermait une église, un cimetière, un grand jardin et un cloître qu’entouraient les cellules des mézeaulx.

Le nombre légalement limité des maisons de lépreux dans chaque maladrerie (il y en avait seize dans celle de la Madelaine à Nancy en 1603, douze dans celle de Valcourt près de Toul, sept aux Petits-Malades de Verdun, etc.), impliquait la limitation du nombre de bons malades susceptibles d’y être admis. Parfois, il arrivait que dans les grandes villes, ou déjà comme de nos jours tendaient à affluer les malheureux, la totalité des loges de lépreux était occupée. C’est du moins ce que l’on peut inférer des lettres patentes du duc de Lorraine Charles III (8 août 1603), qui autorisent les Dames prêcheresses de Nancy à recevoir et loger dans la maladrerie de Madelaine de Nancy, les lépreux des ville, prévôté et banlieue de Nancy, des pays et terres de l’obéissance du duc (excepté le bourg de Saint-Nicolas où il y avait une léproserie), à condition que si les maisons, loges ou bordes où habitent les lépreux sont remplies, et s’il se présentait des lépreux des ville, prévôté ou banlieue de Nancy, les Dames prêcheresses devront faire déloger les forains pour leur faire place, quand même ils ne pourraient, vu leur pauvreté, payer de droit d’entrée.

 

L’horreur qu’au moyen âge on avait de la lèpre, la crainte qu’inspirait le danger de sa contagion, étaient telles, que découvrir ceux qui en étaient infectés, paraît avoir été une des préoccupations constantes des autorités.

Dans les anciens droits et privilèges de la ville de Saint-Avold, sont énumérées toutes les dispositions qui devront être prises contre les lépreux, dès qu’on aura connaissance du mal dont ils sont atteints.

A Metz, un atour ou règlement de police rendu en 1278 par les Treize, institue des commissaires spéciaux pour rechercher dans chaque paroisse les lépreux et condamne à la perte d’une oreille tout individu qui sans titre se livrerait à ces investigations. Le même règlement défend à tout mezel d’entrer dans Metz avant la Chandeleur (2 février), établit une amende de dix sols contre tout habitant qui leur donnerait quelque chose, et ordonne de séquestrer les lépreux aux ribauds ou sergents de ville, menaçant leur négligence du supplice de la xippe.

Aux XIVe et XVe siècles, les médecins de Metz prêtaient serment entre les mains du maître échevin de lui déclarer tous les cas de lèpre. Pendant longtemps cette obligation resta rigoureuse, elle ne commença à tomber en désuétude que vers le commencement du XVIIe siècle, quand les cas de lèpre ne furent plus devenus que très rares. Dès qu’une personne à Metz était soupçonnée d’être affectée de la lèpre, elle était conduite, pour être examinée, chez le myr, le physicien ou médecin stipendié de la cité, qui avait à se prononcer sur son état de maladie.

A Nancy, encore en 1623, la procédure suivie contre les lépreux était plus compliquée : toute personne soupçonnée de lèpre était, par les ordres de la Chambre de ville, arrêtée et conduite à Toul par un sergent, aux frais de la ville quand elle était pauvre. Là, elle était soumise par plusieurs chirurgiens à « l’examen de l’épreuve » qui se passait devant l’offcialité de Toul. A Pont-à-Mousson, toute personne soupçonnée de lèpre était pareillement conduite à Toul par un valet de ville.

A Verdun, dès qu’un individu était soupçonné d’être entaché de la lèpre, la police locale (dans l’évêché et comté de Verdun, les curés des paroisses) le soumettait à la visite d’un médecin ou d’un chirurgien. L’examen du praticien confirmait-il les premiers soupçons, le malade devait subir la Preuve.

Celle-ci n’était pas partout la même. Aussi la valeur qu’on lui reconnaissait variait-elle suivant la ville où elle avait été subie et arrivait-il au même malade d’être obligé de subir l’examen de la preuve dans plusieurs villes. En 1470, Nicole François, abbé de Saint-Vincent-lès-Metz, était « jugiés laidre par les preuves de Toul, Verdun et Triève ». En 1580, Jean de Schœnenburg, archevêque de Trèves, critiquait sévèrement les divers modes d’épreuve en usage dans les villes voisines, décrétait que nul de ses sujets dénoncé comme mezel ne serait rendu à la liberté, s’il n’était reconnu sain, pur, suivant l’antique épreuve de la cité de Trèves.

 

Dans le diocèse de Verdun, après avoir longtemps appartenu à l’évêque et été une des attributions des archidiacres, le droit super examine et condemnatione leprosorum, avait été à la fin du XVe siècle dévolu à l’officialité épiscopale.

C’était presque toujours à la léproserie que l’épreuve était subie. Souvent, par une disposition étrange, l’official adjoignait aux médecins un ou plusieurs lépreux de la maison. Parfois les curés prenaient la précaution de faire accompagner le prévenu par deux prud’hommes de la paroisse, afin de constater son identité devant les juges et d’empêcher une substitution de personne. On avait eu l’exemple de personnes saines qui s’étaient soumises à l’épreuve, sous le nom d’individus réellement lépreux, auxquels elles avaient cédé, à beaux deniers, les lettres d’absolution frauduleusement obtenues.

Au jour fixé pour le jugement, le malheureux sur lequel pesait la terrible prévention d’être lépreux, comparaissait seul et à huis clos devant la Cour spirituelle. Après avoir évoqué le nom de Dieu, l’official rappelait aux hommes de l’art que c’était un crime « sequestrare non sequestrandos, dimittere cum populo leprosos ». Il interpellait le misérable du sort duquel on allait décider, l’assurait de l’impartialité de ses juges et s’inspirant de l’Évangile, lui montrait en perspective la liberté ou le ciel. Enfin il lui faisait prêter serment de répondre avec vérité aux questions que lui adresseraient les médecins.

La mission de ceux-ci commençait. Ils interrogeaient le patient : comptait-il des ladres dans sa famille ? N’avait-il pas eu de relation avec les lépreux ? A quelles indispositions était-il sujet ? On procédait ensuite à deux séries d’épreuves dont M. Buvignier, dans son intéressant travail sur les Maladreries de la cité de Verdun, a retracé les péripéties. Dans une épreuve préliminaire, on examinait le sang du malade, qui était réparti en trois vases : quelques grains de sel, du vinaigre, de l’urine d’un jeune garçon servaient de réactifs. L’examen était-il favorable, le prévenu, proclamé sain, était renvoyé libre des faits de l’accusation, muni de lettres d’absolution dont le pasteur de la paroisse devait donner lecture au prône.

Dans le cas contraire, les médecins procédaient le lendemain, devant la Cour ecclésiastique, à une seconde série d’investigations et recherchaient la présence de quelques-uns des signes sur lesquels était basé le diagnostic de la lèpre. Leur absence était-elle constatée, le prévenu était déclaré sain et recevait des lettres d’absolution.

Quelques indices seulement venaient-ils confirmer les premières présomptions, il était déclaré cassot (cassatus), ou capot suspect de ladrerie et comme tel, renvoyé dans sa demeure où il restait interné et soumis aux visites des médecins et à certaines prescriptions hygiéniques.

Mais si le patient présentait des signes nombreux ou décisifs de la lèpre, la voix était-elle rauque, les bulbes des cheveux ou des poils étaient-ils entourés d’une sécrétion rougeâtre, la peau était-elle onctueuse ou présentait-elle des taches ou des ulcères, les urines étaient-elles cendreuses, la peau de la jambe et du talon était-elle insensible aux piqûres, le prévenu était déclaré lépreux et « cum multis verbis bonis et consolatoris sequestrandum a populo ».

La multiplicité des épreuves prescrites, la minutie des précautions observées avant de prononcer l’arrêt qui décidait du sort du patient accusé de lèpre n’a rien qui doive étonner. Pouvait-on entourer de trop de formes, de trop de solennité un acte qui retranchait de la société un de ses membres, un acte qu’il n’était pas rare d’avoir vu provoquer par la haine ou par la cupidité d’héritiers avides ? Le fait d’être reconnu lépreux n’avait-il pas pour sanction d’être mis au ban des chrétiens, d’être considéré comme mort civilement et condamné à l’isolement et à la séquestration ?

 

L’Église regardant le lépreux comme un infortuné que la main de Dieu avait frappé et qu’un miracle seul pouvait guérir, ne pouvait plus qu’invoquer en sa faveur la charité chrétienne. Aux yeux de la loi, il était tenu pour déchu de tous ses droits. L’autorité civile n’avait pour mission que de veiller à l’exécution de toutes les ordonnances restrictives de sa liberté.

La sentence rendue par le juge ecclésiastique, qui seul avait autorité en cette matière, le lépreux était mort au monde. Avant toutefois d’être exclu de la société, il y reparaissait une dernière fois pour entendre dire, à son intention, les prières des morts et, vivant, assister à ses funérailles.

Nous empruntons à M. Richard, le récit des lugubres cérémonies qui, à la fin du XVIe siècle, s’accomplirent à Remiremont lors des funérailles de deux lépreuses.

En 1597, deux jeunes filles, Marie et Jeanne de Ranfaing, ayant comparu devant le Consistoire, avaient été déclarées par les médecins qui les examinèrent, être atteintes de la lèpre, et d’après la sentence du juge ecclésiastique, condamnées à être transférées à la maladrerie de la Madelaine, près de Remiremont.

« Le 15 juin 1597, à huit heures du matin, au son de toutes les cloches de la ville, les lépreuses, recouvertes d’un grand voile noir, se rendirent à la porte de l’église paroissiale. Le curé, revêtu simplement d’une aube et d’une étole, vint les y recevoir, et après les avoir aspergées d’eau bénite, leur dit d’aller se placer devant l’autel de la sainte Vierge, qui était entouré d’une balustrade afin de séparer les lépreuses du peuple. Sur une table, dans un coin de cet enclos, étaient déposées deux housses ou robes longues, des gants, une cliquette, un baril et une panetière.

Les lépreuses entendirent la messe et communièrent dans cet enclos. Ensuite le curé, revêtu d’un surplis et d’une étole violette, vint bénir ce qui était sur la table et dit aux lépreuses en leur présentant les housses « Recevez ces habits et les revêtez en signe d’humilité, sans lesquels, désormais, je vous défends de sortir de votre maison, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Prenant le baril, il dit « Prenez ce baril pour recevoir ce qu’on vous donnera pour boire et je vous défends, sous peine de désobéissance, de boire aux rivières, ruisseaux, fon-taines et puits communs ; ne vous y lavez en quelque manière que ce soit, ni vos draps, chemises et toute autre chose qui ait touché votre corps ».

Leur offrant la cliquette, il dit « Prenez cette cliquette en signe qu’il vous est défendu de parler à personne, sinon à vos semblables. Si c’est par nécessité et si vous aviez besoin de quelque chose, le demanderez au son de cette cliquette, en vous te- nant loin des gens et au-dessous du vent ».

En leur donnant les gants, le curé dit « Prenez ces gants, par lesquels il vous est défendu de toucher chose aucune à mains nues, sinon ce qui vous appartient et ne doit venir entre les mains des autres ». En leur donnant la panetière, il dit « Prenez cette panetière pour y mettre ce qui vous sera donné par les gens de bien et aurez souvenance de vos bienfaiteurs ».

Ces recommandations faites, le curé donna aux lépreuses son aumône et exhorta tous les assistants à imiter son exemple. Ensuite, il les conduisit à la Madelaine avec la croix et l’eau bénite, accompagné du clergé et d’un grand concours de peuple récitant les litanies et des psaumes qu’on terminait par des « Orate pro eis ».

A la porte de la léproserie, le curé dit en se tournant vers les lépreuses : « Voici le lieu qui vous est donné pour y faire votre résidence. Je vous défends d’en sortir pour vous trouver aux places et assemblées publiques, comme églises, marchés, moulins, fours, tavernes et autres semblables. Cependant vous ne vous fâcherez pas d’être ainsi séquestrées, parce que cette séparation n’est que corporelle et que quant à l’esprit, qui est le principal, vous serez toujours autant avec nous que vous le fûtes autrefois et vous aurez constamment part et portion à toutes les prières de notre sainte Mère l’Église et comme si personnellement vous étiez tous les jours assistantes au service divin avec les autres. Et quant à vos petites nécessités, les gens de bien y pourvoiront et Dieu ne vous délaissera pas. Seulement, prenez bon courage et ayez patience. Dieu demeure avec vous ».

Après ce discours, le curé introduisit les lépreuses dans la léproserie, en referma la porte, devant laquelle il planta une croix en bois. Se tournant vers le peuple, il recommanda les lépreuses à ses prières, défendit expressément de les injurier, de les maltraiter et dit qu’elles étaient sous la protection de Dieu. Il termina en exhortant les frères convers de la léproserie, les parents et amis des lépreuses de les assister durant trente heures, afin de les fortifier dans le nouveau genre de vie qu’elles allaient forcément embrasser.

 

De la comparaison de ce récit, avec les prescriptions relatives aux funérailles des lépreux contenues dans le missel de Verdun de 1509, dans le rituel messin imprimé en 1541 par ordre du cardinal Jean de Lorraine, administrateur perpétuel de l’évêché de Metz, dans le Manuel à l’usage des prêtres du Verdunois, rédigé en 1554 par l’évêque Psaume et dans le rituel de Toul de 1616, il ressort qu’en Lorraine, comme du reste dans les autres provinces, ces cérémonies ont, à peu de choses près, offert pendant une longue série d’années, le même caractère d’un sinistre symbolisme.

Basées sur des croyances acceptées par tous, elles devaient exercer une influence profonde sur l’esprit de tous ceux qui assistaient à ce lugubre cérémonial et remplir les imaginations de terreur et d’effroi. Chacun ne pouvait-il pas redouter d’être un jour ou l’autre l’objet d’une condamnation semblable ?

Il s’en faut de beaucoup que les conditions civiles et religieuses, sous l’empire desquelles ont vécu les lépreux, aient, dans la suite des siècles, toujours été identiques. Jusqu’aux XIIe et XIIIe siècles furent observées les décisions des conciles relatives aux ladres, toutes empreintes d’un sentiment de religieuse pitié.

Le pape Urbain III faisait un devoir aux époux de suivre leur conjoint atteint de lèpre et de cohabiter avec lui. Jusqu’au milieu du XVe siècle, l’église de Verdun ne refusait aux lépreux à ses derniers moments ni les prières de ses prêtres, ni les sacrements.

Au XVIe siècle, on voit encore des ladres hériter, vendre, acquérir, comparaître en personne devant les notaires des officialités des archidiacres de Verdun. Le lépreux n’est pas encore maudit, sans relation avec le monde : des journaliers, des vignerons s’établissent à ses côtés, en se rendant adjudicataires de cellules et de vignes situées dans l’enceinte même des Grands-Malades de Verdun. De petits bourgeois attendent la vacance d’une prébende de lépreux qu’ils se disputent au plus offrant. La situation des mézeaulx paraît si peu à plaindre, que parfois des goujats simulent les plaies hideuses qui caractérisent la lèpre et forcent la police à sévir contre les faux lépreux.

Loin de frapper comme au XVIe siècle presque exclusivement des malheureux sans ressources, la lèpre, dans les siècles antérieurs, atteignait parfois les personnages les plus éminents : en 1160, Raoul, comte de Vermandois ; en 1185, Baudouin, roi de Jérusalem ; en 1291, Robert Bruce, le héros de l’Écosse, succombaient aux atteintes de la lèpre. Pendant sa campagne en Palestine (1249), saint Louis ne craignit pas d’admettre dans sa tente des chevaliers de Saint-Lazare atteints de lèpre. Attachés à sa personne, ils accompagnèrent le monarque, à son retour d’Orient, à la cour de France.

Peu à peu toutefois, à mesure que par suite des progrès de la civilisation le bien-être se développa, que les prescriptions de l’hygiène furent mieux observées, la lèpre cessa de chercher ses victimes dans les classes élevées de la société. Au lieu de frapper indistinctement nobles, prêtres, bourgeois ou manants, elle ne sévit plus que sur les classes peu aisées. Serait-ce par le fait de cette modification dans la répartition sociale du fléau, est-ce sous l’influence d’accusations odieuses autant qu’imméritées portées contre les lépreux, toujours est-il que vers la fin du XIVe siècle, un revirement se produisit à leur égard dans l’esprit des populations. Terribles en furent les conséquences.

 

A partir de cette époque, des mesures sévères sont prises contre eux. Elles tendent toutes au même but : mettre les lépreux au ban de la société.

Dans les villages ou dans les villes dans lesquelles n’existait pas de maladrerie, les lépreux durent élever leurs huttes au bord des chemins. Le plus grand nombre toutefois étaient condamnés à passer dans les léproseries leur triste existence.

Un grabat et quelques meubles composaient le chétif mobilier du lépreux. Une tunique, une housse à capuchon et collet pour couvrir les épaules et la poitrine, une ceinture de cuir pour la serrer, une panetière, des gants et des cliquettes, telle était sa garde-robe. La housse était toujours de couleur sombre : grise à Nancy et à Verdun, brune à Remiremont, noire dans d’autres localités. Elle était à Nancy, en 1607, munie de doubles marques en laiton aux armes de la ville, pour signaler à l’attention des passants ceux qui la portaient.

Aux termes des statuts synodaux du diocèse de Verdun, de 1507, si le ladre est à l’aise, c’est à ses héritiers à subvenir aux frais de ses funérailles, du costume qu’il ne devra plus quitter, à son mobilier, à la construction d’une cabane. Dans le cas contraire, ces dépenses incombent à la ville (c’était le cas à Nancy encore en 1623) ou à la paroisse dont le ladre faisait partie.

 

Quittait-il sa borde, le menton, la bouche et la partie inférieure du nez cachés par un bandeau, pour se procurer en ville les choses nécessaires à la vie, les humiliations attendent le lépreux à chaque pas. Veut-il adresser la parole à quelqu’un, il devra ne pas oublier de se placer sous le vent. Veut-il renouveler sa provision de vin, c’est à la porte du cabaret que le marchand lui remplit son baril, non sans se servir de l’entonnoir spécial qui appartient à chaque lépreux.

Désire-t-il acheter des fruits ou toute autre denrée, défense lui est faite d’y toucher avant qu’elle soit sienne, et ce n’est que de loin, qu’avec sa baguette il lui est permis de désigner d’une façon précise l’objet dont il a besoin.

Le lépreux ne peut passer sur un pont ayant appui sans avoir mis ses gants. Défense absolue lui est faite de dépasser le porche des églises, d’entrer dans les maisons où l’on cuit le pain. Sur les chemins, dans les rues, dans celles surtout qui sont étroites, sans cesse, tous les cinq ou six pas, il doit agiter ses cliquettes. A ce bruit redouté, le vide se fait autour de lui, tous se retirent à son approche, les mères notamment qui, de crainte de les exposer au danger de la contagion, se hâtent d’emporter leurs enfants.

Mendier était la principale sinon l’unique occupation des lépreux, quand leur mal ne les retenait pas cloués sur leur grabat. Encore cette liberté de mendier était-elle soumise à bien des restrictions.

Au XIIIe siècle, à Verdun, il ne leur était permis de venir mendier et quêter qu’en un certain lieu, devant le portail de l’église Saint-Airy. Plus tard, il leur fut accordé de mendier dans toutes les rues, mais seulement pendant quatre mois de l’année. Du 1er mars au 31 octobre, défense leur était faite de pénétrer dans Verdun. Durant ces huit mois, les jurés de la ville faisaient distribuer par mois à chaque lépreux trois setiers de vin, deux franchards de froment conseigle et alternativement un demi-franchard de pois et un demi-franchard de fèves.

Quand, en 1564, Nicolas Psaume, évêque de Verdun, institua l’aumône publique, la mendicité dans l’intérieur de la ville fut défendue aux ladres comme aux ordres mendiants. Malgré une indemnité de 12 gros qui en compensation leur fut allouée, et bien que l’aumône publique fût désormais chargée de subvenir aux besoins des lépreux, ils n’en continuèrent pas moins à mendier, stationnant près des portes de la ville et importunant les passants de leurs lamentations. En 1594, on les avait obligés à se re- tirer à une portée d’arquebuse des murailles, quand l’année suivante, la situation de l’administration charitable devient si précaire que force fut de permettre de nouveau aux ladres de venir, pendant les mois d’hiver, mendier dans les rues de Verdun.

A Nancy, on fut plus sévère à leur égard jusqu’en 1603, ce n’était qu’a certain jour, le soir de la fête de tous les Saints, qu’il était permis aux lépreux de venir quêter dans les rues et devant les portes de certaines églises. Leur entrée en ville était souvent l’occasion de rixes et de scandales qui rendaient nécessaire l’intervention des valets et sergents de ville. Peu d’années après cependant, le nombre des lépreux ayant notablement diminué, on paraît ne plus s’être opposé à ce qu’ils parcourussent les rues en demandant l’aumône. Du moins peut-on l’inférer de la permission accordée le 1er février 1624, à Nancy, à une femme récemment reçue bonne malade, de quêter en ville et ailleurs comme les autres.

Seul, au milieu de compagnons d’infortune aussi malheureux que lui, il ne restait au lépreux que ses souvenirs. Enfant, la justice lui refusait sa part de la succession paternelle. Marié, son union était rompue et sa femme libre de contracter d’autres liens. Père, il était séparé de ses enfants, le seuil de sa maison lui était interdit. Ses enfants, sous peine de perdre leur liberté et de partager le sort de leur père, ne pouvaient plus le voir ailleurs que dans la rue. Il ne leur était plus donné de l’embrasser.

Le lépreux jouissait-il du droit de bourgeoisie dans une ville, y exerçait-il des fonctions publiques, il en était déchu. Autrefois riche peut-être, il avait vu ses biens partagés entre ses héritiers. Le lépreux guérissait-il, le cas devait être des plus rares, il avait beau revendiquer sa femme et sa fortune, les tribunaux le déboutaient de sa demande, par la raison que sa femme lui avait alloué l’équivalent de ce que l’on donne à un mort que l’on enterre.

Riche, aimé, honoré hier, le lépreux se voyait aujourd’hui sans affection, sans fortune, sans autres ressources que la charité publique. Et près de lui, il savait les siens qui le fuyaient, ses biens possédés par ses héritiers.

Faut-il s’étonner dès lors si, considérés comme des morts tolérés parmi les vivants, les lépreux deviennent rapidement faux, trompeurs et dépravés, et si les léproseries méritent d’être appelées par Ambroise Paré de véritables sentines, des repaires de tous les vices. Les deux sexes y sont confondus, d’où résultent les désordres les plus violents.

En 1502, un jeudi saint, à Toul, les lépreux des bordes de Saint-Mansuy, excités par d’ignobles jalousies, assassinent l’un d’entre eux. Cinq sont exécutés à Foug, trois sont brûlés vifs, deux, traités avec plus d’indulgence, sont pendus.

C’est dans ces tristes refuges que, réuni à ses frères d’infortune aigris comme lui par le malheur et les privations, le lépreux terminera ses jours.

 

La mort elle-même ne le délivre pas de la malédiction qui pèse sur lui. L’Eglise lui ferme ses cimetières : c’est dans leurs bordes, dit l’évêque de Verdun, Wary de Dammartin (1507), que les ladres doivent être inhumés, quia cui non communicamus vivo, non communicamus mortuo. C’est dans le même esprit que les statuts synodaux de Toul de 1515 disposaient que « les lépreux ne doivent point être enterrés avec les saines gens, ni en un même cimetière, mais en leur cimetière, ou en leur tabernacle qui n’est aucunement bénit ». Dans quelques localités, après la mort du lépreux, on brûlait ses meubles et ses vêtements, quelquefois jusqu’à sa maison.

Un sort terrible était réservé aux lépreux qui, poussés par le désespoir, avaient le courage de fuir loin des léproseries, dans le voisinage desquelles ils devaient rester.

En 1351, deux lépreuses qui s’étaient échappées de la maladrerie de la Schenalle, dans le val de Saint-Dié, ayant été arrêtées de nouveau, furent jugées par Gérardin, prévôt du duc de Lorraine Ferry IV. Le prévôt, autorisé par son souverain, et s’appuyant sur une bulle de pape, qui vouait aux flammes les lépreux évadés, infligea à ces malheureuses la peine du fouet et les fit jeter vivantes sur le bûcher. Ce procès et cette exécution soulevèrent un conflit de juridiction : offensé de cet empiétement sur ses droits, le chapitre de Saint-Dié excommunia le prévôt Gérardin et porta ses plaintes devant le duc Ferry IV, qui y fit droit et ordonna à son prévôt de livrer les lépreuses à la justice ecclésiastique. Deux mannequins les représentant, furent présentés par le prévôt lui-même au chapitre de Saint-Dié qui les condamna à mort et les livra au bras séculier qui les fit brûler. Arnould, notaire impérial, dressa procès-verbal de cette seconde et bien étrange exécution.

 

Depuis le XIIIe siècle, époque à laquelle l’institution des léproseries atteignit son apogée, le nombre de ces établissements en Lorraine resta d’abord stationnaire, puis ne tendit plus qu’à diminuer. Des causes multiples y contribuèrent. Tout d’abord, il est probable que parmi les maladreries relativement nombreuses qui s’étaient constituées dans de petites localités, un certain nombre furent fermées par suite de l’état précaire de leurs ressources.

Quelques-unes, au contraire, grâce aux libéralités des grands, à la charité des fidèles avaient en peu de temps acquis des richesses considérables : les ladres, dès lors, excitèrent moins la pitié que l’envie. Aussi voit-on, en 1540, des chevaliers avides et besogneux spolier la maladrerie de Verdun, malgré la sauvegarde que, depuis plus d’un siècle, les comtes de Bar lui avaient accordée, malgré la bulle d’excommunication que le pape Benoit XII fulmina contre eux.

Pour s’emparer des biens des lépreux, on ne craignit pas souvent de leur imputer des forfaits imaginaires : au XIVe siècle, on les accusa d’enlever les enfants, d’entretenir commerce avec l’esprit malin. On leur prêta notamment le sinistre dessein de vouloir empoisonner les sources et les puits pour que, la lèpre devenant ainsi générale, la séquestration et les distinctions humiliantes qu’on leur faisait subir ne fussent plus justifiées. Ces accusations servirent de prétextes aux plus affreuses cruautés des bûchers s’élevèrent pour les juifs et les lépreux, malgré les défenses expresses de l’Église, énoncées au concile tenu à Auch en 1300, de se livrer à de mauvais traitements envers les lépreux.

A Metz, en 1321, sous l’échevinat de Bouguin Chiclaron, les lépreux et un grand nombre de juifs, accusés d’avoir pris part à un complot de ce genre, furent brûlés vifs. En ces temps d’ignorance et de barbarie, une épidémie, comme il n’arrivait que trop souvent, se déclarait-elle, aussitôt les populations affolées cherchant une cause au fléau, accusaient d’avoir voulu empoisonner les eaux, les lépreux qui, sans pitié, étaient livrés au bourreau. Philippe de Vigneulles raconte à ce sujet dans sa Chronique : « En 1390, eult en la cité de Mets, grande mortalité et au pays. Item, fut justice faicte des méseaulx, qui vollaient empoisonner les yawes (eaux) ».

 

Au XVIe siècle, bien des léproseries furent supprimées et réunies à des hôpitaux ordinaires, auxquels fut imposée dès lors l’obligation de recevoir les lépreux qui solliciteraient leur admission. En 1525, à Metz, la grande maladrerie de Saint-Ladre fut réunie à l’hôpital Saint-Nicolas dans lequel depuis lors les lépreux furent reçus comme pensionnaires. A Nancy, par une ordonnance du duc Léopold (11 mai 1696), les revenus de la maladrerie de Leyr furent, ainsi que ceux des hôpitaux de Bouxières-aux-Dames et de Bouxières-la-Grande (B.-aux-Chênes), réunis à ceux de l’hôpital de Saint-Charles de Nancy.

Grâce aux progrès de l’hygiène publique et privée, aux progrès de la médecine dans le traitement d’un grand nombre d’affections cutanées qui ne furent que trop souvent confondues avec la lèpre, le nombre des personnes tenues pour être affectées de la lèpre diminua sensiblement. Elle devint de plus en plus rare dans les classes supérieures de la société, pour ne plus sévir que parmi les pauvres, les gens sans asile placés sous l’influence des conditions hygiéniques les plus défavorables.

Pendant la première moitié du XVIIe siècle, les léproseries construites aux siècles précédents existaient encore. Toutefois le nombre des lépreux qui y étaient renfermés diminuait d’une manière si notable qu’un grand nombre d’entre elles, faute de raison d’être suffisante, furent supprimées.

La maladrerie de la Magdelaine à Nancy qui, en 1616, ne renfermait plus que quatre lépreux, existait encore en 1623, car le 28 décembre de cette année, les Dames Prêcheresses furent, par un arrêté du Conseil de ville, invitées à fournir une chambre à la femme de Nicolas Bagard, charretier, demeurant à Nancy, reconnue entachée de lèpre. Cette léproserie avec ses dépendances ayant été supprimée, les Dames Prêcheresses en firent dans la suite un gagnage (ferme) dont en 1790, le revenu annuel était de 1 509 livres au cours de Lorraine.

A Verdun, le dernier ladre conduit aux Petits-Malades (mise à sac et brûlée par les Croates en 1636) fut un boulanger de Verdun, du nom de Jean Génin ; il y entra en février 1627. En 1630, la maladrerie devenue déserte, changeant de nom, devenait l’ermitage de Saint-Privat et était concédée par le magistrat de Verdun à un ordre de solitaires venus de la Lozère. En 1695, les revenus des Petits-Malades furent définitivement réunis à ceux de l’hôpital général de Verdun.

Dès cette époque, le nombre des lépreux et la crainte qu’ils inspiraient diminuant, ils se mêlent peu à peu aux gens sains. Le 14 décembre 1623, à Nancy, il est donné commission à deux conseillers de ville de veiller à ce que les lépreux ne soient plus pêle-mêle avec les sains et qu’ils ne logent les mendiants, passants ou autres.

Dans les archives de la commanderie de Saint-Antoine, à Pont-à-Mousson, on trouve un traité conclu en 1628 entre cette ville et le commandeur, par lequel celui-ci s’engage à recevoir les lépreux de Pont-à-Mousson… selon le rapport qui en sera fait par les chirurgiens jurés commis par MM. les vicaires de Toul et de Metz, la ville de Pont-à- Mousson dépendant par partie de l’évêché de Toul et de celui de Metz.

 

La lèpre paraît donc n’avoir disparu complètement en Lorraine que dans la première moitié du XVIIe siècle. Les bâtiments des léproseries toutefois restèrent debout ; ils constituèrent une ressource précieuse pendant les épidémies de peste qui, à cette époque, décimaient les populations. Pendant la peste qui régna à Nancy de 1630 à 1633, les nombreux malades expulsés hors des murs de Nancy trouvèrent un asile à Maréville. Mais quand la place commença à y manquer, on en envoya aussi à la Magdelaine. Bon nombre de personnes sont portées sur les listes de décès de cette époque, comme étant mortes aux loges.

A Verdun, pendant les épidémies de peste de 1632 et 1636, l’ancienne léproserie des Petits-Malades fut convertie en un camp funèbre dans lequel on parqua les pestiférés. Des huttes y furent élevées dans lesquelles on envoyait misérablement périr les victimes du fléau.

Les léproseries ayant été supprimées, quelques-unes furent remises en Lorraine aux religieux de l’ordre de Saint-Lazare qui les premiers s’étaient exclusivement consacrés au service des lépreux (L’un des ordres de chevalerie religieuse les plus anciens fut celui de Saint-Lazare. Les chevaliers de cet ordre accueillaient dans leurs rangs les gentilshommes lépreux, leur grand-maître était lépreux).

La plupart des léproseries toutefois restèrent entre les mains des religieux qui étaient chargés de leur gestion. Quelques-unes furent transformées en ermitages ou en hospices, où étaient recueillis les pauvres et les infirmes, ou en aumôneries où, pendant quelques jours, les voyageurs pauvres étaient hébergés. Dans la plupart des maladreries existaient des chapelles, dans le plus grand nombre desquelles on continua de célébrer le culte divin jusque vers le milieu du XVIIIe siècle.

Les revenus des léproseries, parfois encore considérables malgré les dilapidations dont ils avaient été l’objet, furent réunis à ceux des hôpitaux des villes ou convertis en bénéfices ecclésiastiques. Dans quelques localités, ces revenus conservèrent une administration distincte jusqu’à la Révolution.

A partir du XVIIe siècle, avons-nous vu plus haut, il n’est plus question des lépreux en Lorraine. A supposer qu’il en existât encore, ils se retiraient selon toute vraisemblance dans une habitation solitaire, dans un endroit écarté, éloigné des villages, pour mieux se faire oublier des populations. Il ne paraît pas en avoir été de même partout en France.

 

Dans l’Ouest et surtout dans le Midi, sous l’influence des conditions hygiéniques qu’on y rencontre, le nombre des lépreux a dû être beaucoup plus considérable que dans l’Est et dans le Nord de la France, aussi les lépreux paraîtraient-ils y avoir laissé des descendants. Depuis le moyen âge, en effet, ont existé dans l’Ouest et dans le Midi, certains groupes d’individus qui, sous des dénominations diverses, présentent avec les lépreux de singulières analogies de telle sorte que certains auteurs, Francisque Michel dans son Histoire des races Maudites de France et d’Espagne, et le Dr V. de Rochas, dans son mémoire les Parias de France et d’Espagne (Paris, 1876), ont été conduits à les considérer comme les descendants des lépreux.

Désignés sous le nom

- de cagots sur le versant septentrional des Pyrénées (le nom de cagot viendrait de l’espagnol gafo, lépreux, d’où gafedad, lèpre, léproserie, qui dérive du roman gaf, croc ou crochet. Un des symptômes de la lèpre anesthésique consiste dans la rétraction des muscles fléchisseurs des doigts qui imitent la diposition d’une griffe d’oiseau de proie. Le mot de gafo signifiant un homme qui a les mains crochues, a servi ensuite à désigner les lépreux),
- de gafets ou gahets (ce terme est, dans les livres de coutumes du Midi de la France, indistinctement employé avec celui du lépreux) dans la Guyenne et le Bordelais,
- d’agotes dans la Navarre,
- de capots (mot qui rappellerait la casaque à capuchon obligatoire pour les lépreux) ou cassots (du terme de basse latinité cassatus, séparé du monde) dans la Gascogne et le Languedoc,
- de cacous ou caqueux (du breton kakod, qui signifie ladre) en Bretagne,

objets de l’aversion générale, tenus pour malsains, ces parias « forment une race séparée des autres en tout et pour tout, comme s’ils étaient lépreux et quasi-excommuniés » écrivait au commencement du XVIIe siècle un prêtre navarrais.

Habitant dans les campagnes, de pauvres cabanes séparées des villages par un cours d’eau ou un bouquet de bois, relégués dans les villes, dans un faubourg spécial où les personnes saines se gardaient bien de pénétrer, ces réprouvés n’en pouvaient sortir eux-mêmes sans porter bien en évidence sur leurs vêtements, un morceau de drap rouge taillé en patte d’oie.

Comme les lépreux, il leur était défendu de traverser, pieds nus, les villages, d’entrer dans les moulins, de danser ni de jouer avec leurs voisins, de venir boire aux fontaines, de laver aux lavoirs communs, de conduire leur bétail aux pâturages communaux, etc.

Comme les lépreux, ils entraient dans les églises par une petite porte spéciale, s’y plaçaient à l’extrémité de la nef, derrière les fidèles, qu’une balustrade en bois séparait de leur contact impur, prenaient de l’eau bénite dans un bénitier spécial ou la recevaient du bedeau au bout d’un bâton. Après leur mort, leur dépouille était enfouie sans nulle solennité et sur les registres des paroisses, comme dans les actes civils, l’épithète flétrissante de cagot accompagnait toujours leur nom.

Comme les lépreux enfin, ils étaient exempts de tailles, n’avaient pas le droit de porter des armes, n’étaient admis à témoigner en justice que dans des conditions exceptionnelles et alors il ne fallait pas moins de quatre ou même de sept cagots pour valoir un témoin ordinaire.

Encore de nos jours, persistent quelques traces de l’ostracisme qui pesait sur les cagots et leurs congénères. Jusqu’en 1830, les cagots ne se mariaient qu’entre eux. En 1848, pour la première fois, les gens de Michelena, petit hameau du pays basque entièrement habité par les descendants authentiques des anciens cagots, furent admis à faire partie du conseil municipal de leur commune. En 1872, en Bretagne, les descendants des cacous, tout en jouissant de la plénitude de leurs droits civils, n’en sont pas moins, dans les campagnes, l’objet du mépris général et d’une crainte superstitieuse. Dans la question de mariage subsiste encore, envers eux, le vieux préjugé. Les cacous, écrit à la même époque un médecin de Vannes, s’allient presque exclusivement entre eux ; ils habitent des faubourgs appelés Madeleine.

Et cependant si les cagots descendent des anciens lépreux, comment se fait-il, ainsi que l’a de visu, constaté le Dr de Rochas, qu’au point de vue physique et physiologique, ils ne se distinguent depuis longtemps plus en rien de leurs concitoyens ? Tous ceux qui vivent dans de bonnes conditions physiologiques sont sains et vigoureux.

Pour le comprendre, il importe de noter que dès le moyen âge, les médecins admettaient plusieurs variétés de lèpre, dont les deux principales, déjà décrites par les Grecs, sont l’éléphantiasis ou la vraie lèpre, et, d’autre part, la Leucé ou lèpre blanche.

La vraie lèpre est caractérisée par des tubercules de forme et de grosseur variables, siégeant surtout sur la peau du visage et des mains, dont l’ulcération survient souvent et a pour conséquences la destruction des parties profondes ou plus tard la formation de cicatrices, qui recourbent les doigts et impriment aux mains des déformations indélébiles.

C’est la lèpre blanche que les anciens médecins attribuent plus particulièrement aux caquots, capots et cagots, qu’ils appellent de son nom ladres blancs ou faux ladres. Enveloppés avec les vrais lépreux dans la réprobation générale, encore capables malgré leur mal d’entreprendre des travaux manuels et d’exercer certaines industries, les ladres blancs, dès la seconde moitié du XIVe siècle, cessent, à plus d’un égard, d’être entièrement assimilés aux lépreux affectés de lèpre éléphantiasique.

Quand, plus tard, celle-ci commença à décroître, c’est dans les mêmes lieux que sévit plus particulièrement la lèpre blanche qui la remplaçait et qui, beaucoup moins grave, devait s’user à son tour. Sans s’inquiéter toutefois de ces distinctions, le peuple ignorant des campagnes conserva pendant longtemps intacts des préjugés contre les descendants de ceux qui, à des degrés divers, avaient appartenu à la classe des lépreux, et il aura fallu attendre presque jusqu’à notre époque pour les voir entièrement disparaître.

 

 


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Petite promenade dans les rues de Verdun (3)

 

Suite de notre promenade dans les rues de Verdun au début du XXe siècle. Je vous emmène sur la rive gauche de la Meuse.

 

D’après la monographie « Verdun promenade historique et pittoresque » — Edmond Pionnier – 1901

La rive gauche de la Meuse

 

La route qui descend la pente de la Roche rejoint après un long détour l’extrémité de la rue du Rû, dont le nom lui vient peut-être du bras de la Meuse que l’on surnommait le Rû.

Cette voie, que la citadelle et l’évêché surplombent de leur formidable hauteur, se termine par l’ancienne église Saint-Amand. La paroisse de Saint-Amand était considérable, et l’église l’une des plus belles de Verdun. Aussi accueillit-on fort mal l’ordre de destruction quand Marillac dut la culbuter pour transformer la citadelle. Le sanctuaire fut transféré au bas du Mont Saint-Vannes, dans l’hôpital militaire de Saint-Vincent que l’on consacra à l’exercice du culte.

En 1762, Saint-Amand menaçait ruine, bien qu’elle n’eût pas cent trente ans d’existence. La paroisse comprenait alors le quartier de Rû, Montgaud, la Roche, la citadelle, les faubourgs de Jardin-Fontaine, Glorieux, Regret et Baleycourt. Or les habitants des faubourgs, éloignés de leur église, et qui étaient les plus nombreux, se montraient fort mécontents de trouver les portes closes quand ils venaient la nuit réclamer les secours de la religion. Ils auraient désiré que l’église fût reportée en dehors des murs.

La ville appuyait leur requête qui fut rejetée, et le bâtiment fut reconstruit en 1765 à sa place primitive. Il est de style toscan et sans aucune valeur architecturale. En 1827, l’évêque, M. de Villeneuve, obtint d’y établir une chapelle pour le service religieux des soldats condamnés aux travaux des fortifications, et le 4 novembre 1828, on célébra en grande pompe une solennité en l’honneur de saint Charles, patron du roi Charles X. Vers 1830, l’église fut fermée, abandonnée au commandant de place qui la convertit en magasins et en écurie, et la fabrique de Fromezey hérita de l’autel et du tabernacle.

Petite promenade dans les rues de Verdun (3) dans La Meuse d'Antan Verdun-prison-rue-du-Ru-98x150La maison d’arrêt occupe l’emplacement de l’Orphanotrophe (Maison d’éducation pour les orphelins) de Nicolas Psaume qui disposa l’hôpital Saint-Jacques de façon à ce qu’il pût recevoir vingt-quatre orphelins. Il y eut, aux frais de l’évêque, des cours de théologie, de philosophie, de jurisprudence, faits par des professeurs venus en droite ligne de la Sorbonne. Mais en 1565, les ressources de Nicolas Psaume étant épuisées, maîtres et élèves quittèrent la maison. Nicolas Psaume prescrivit en vain dans son testament d’y faire instruire dix orphelins sous la direction d’un prêtre. Cette nouvelle tentative ne réussit pas davantage, et en 1590, les bâtiments étaient cédés aux religieux de Châtillon-1′Abbaye. En 1683, comme on l’a lu plus haut, l’Orphanotrophe fut racheté par l’évêque et servit de séminaire jusqu’à la Révolution. La Révolution y logea la gendarmerie, puis différents corps de la garnison. Reconstruit de 1741 à 1749, le séminaire devint en 1812 la prison civile.

Verdun-rue-du-pont-des-Augustins-150x96 dans La Meuse d'AntanLa rue de Rû s’embranche sur la rue du Pont-des-Augustins où se dressent à l’Ouest, le marché couvert et la bibliothèque publique.

Là, se voyait autrefois la maison des Sacs, c’est-à-dire des religieux de la Pénitence de Jésus-Christ que l’on appelait à cause de leur vêtement Sacs ou Sachets et qui, soumis plus tard à la règle de saint Augustin, prirent le nom de leur patron. Attirés à Verdun vers l’an 1310 par l’évêque Nicolas de Neuville qui leur donna le droit de mendier, ils purent par leurs économies acheter l’immeuble qu’ils occupèrent jusqu’à la Révolution. Quantité de fondations pieuses augmentèrent leurs ressources, entre autres la messe Marillac pour le repos de l’âme du maréchal. On tint en 1567 dans leur cloître un véritable chapitre national des Augustins. En 1775, il y avait sept pères, un ecclésiastique et deux frères convers. En 1790, il restait encore cinq pères et deux frères. Les recettes pour l’exercice de 1789, d’après le procès-verbal des commissaires du gouvernement, se montaient à 2316 1. 17 sous 2 deniers. C’était, parait-il, insuffisant et la communauté passait pour la plus pauvre de la cité. L’église, dont le chœur, remplacé maintenant par la façade de la bibliothèque, regardait l’Orient, était signalée comme un beau spécimen de l’architecture ogivale du XIVe siècle. L’évêque constitutionnel Aubry voulut la conserver pour l’usage des habitants du faubourg du Pré, mais elle disparut et l’on en fit une salle de spectacle, propriété privée, qui fut inaugurée au carnaval de 1797 par un bal public. La ville racheta cette propriété vers 1830, y construisit un porche assez insignifiant, et y installa son théâtre.

Cet édifice sert actuellement de bibliothèque municipale avec, au premier étage, trois pièces principales, le bureau, la salle des livres et la salle de lecture, grande et belle, fort bien décorée, grâce aux anciennes boiseries de Saint-Paul, et qui reçoit le jour par une vaste verrière. Les vitrines contiennent, à coté de nombreux manuscrits, des livres aussi précieux que rares. Le fonds provient des anciens établissements ecclésiastiques de Verdun, et principalement des abbayes de Saint-Paul, Saint-Vannes, Saint-Airy, du collège des Jésuites, etc. Quantité de collections privées se sont déversées dans le trésor primitif, entre autres, celle des de Plaine, des d’Attel de Luttange. Outre 475 manuscrits (Récolement de 1900), la bibliothèque possède plus de 35 000 volumes. C’est donc une des plus riches de la contrée.

Le quai de la Boucherie, perpendiculaire à la rue du pont-des-Augustins, portait à l’époque où il fut exaucé (1785-1789) l’abattoir et la boucherie commune, où devaient étaler sous peine d’une forte amende, les quatre maîtres du « boucher grand », c’est-à-dire ceux qui débitaient le bœuf, le mouton ou le veau. C’est aujourd’hui le quai de la Comédie, et cette appellation est d’autant mieux méritée que nous y trouvons le théâtre construit sur l’emplacement de la boucherie commune, depuis halle aux blés, et incendiée pendant le grand bombardement des 13, 14 et 15 octobre 1870.

Verdun-theatre-et-bibliotheque-150x93Le théâtre, œuvre de M. Chenevier, inauguré le 4 novembre 1893, par M. Poincaré, alors ministre des beaux-arts, figure au premier rang parmi les embellissements dont la ville est redevable à l’intelligente initiative de la municipalité. Ce bâtiment est orienté de telle façon qu’il apparaisse tout entier avec son caractère monumental de la promenade de la Digue. La façade, haute et large, s’appuie sur de fines colonnes corinthiennes que supporte un balcon de grande allure. Des niches creusées dans l’épaisseur du mur devaient recevoir, d’après le projet primitif, les statues des Muses de la danse, de la tragédie et de la comédie. La bordure supérieure est faite de motifs de décorations gracieux et achevés.

En arrière-plan, une lyre surmonte la partie postérieure de l’édifice. L’intérieur comprend un vaste pérystile, de larges escaliers, un foyer spacieux et élégant s’ouvrant par de hautes fenêtres sur le balcon. La salle, où peuvent se ranger commodément près de 800 spectateurs, est ornée avec goût et resplendit de dorures. Le plafond, dont l’exécution a été confiée à un artiste nancéien, représente un soleil flamboyant sur lequel une lyre d’or, symbolisant Apollon le dieu des Arts. Ses rayons illuminent et inspirent la musique, la comédie, la poésie, que des génies couronnent de fleurs. Ces motifs, peints dans un ton clair mais très précis, ressortent nettement sur un ciel d’un bleu limpide. Autour de la coupole, court une guirlande qui ajoute encore à la fraîcheur du décor. Les plus minutieuses précautions ont été prises contre l’incendie.

Verdun-place-Mazel-2-150x98La rue Beaurepaire réunit le pont Beaurepaire et la place Mazel, le vieux Mazel du XVIe siècle. La dénomination de Mazel neuf s’appliquait au terrain gagné sur la rivière. Le Mazel (macellum, marché) était certainement le quartier le plus ancien de ce côté de la Meuse, après le Châtel ou Fermeté. La place Mazel comme la place d’Armes fut rétrécie au début du XVIIe siècle. On y trafiquait dans les Estaulx de Mazel, boutiques en plein vent, dont la propriété se transmettait par vente ou par héritage de père en fils. Dans un coin, le pilori où l’on exposait les bourgeois coupables de certains délits.

A l’angle Nord de la place Mazel, entre la rue et la place, l’hôtel des Quatre-Clochers dont les quatre tourelles à flèches fort pointues sont très visibles sur les vieilles vues de Verdun. Là, logeaient sans doute les comtes de Bar, voués de Verdun, lorsqu’ils se rendaient dans la cité. L’hôtel des Quatre-Clochers prenait jour par de hautes fenêtres ogivales ornées d’animaux fantastiques, et dont la dernière ne disparut que vers 1840. Ce qui restait de la façade a été démoli vers 1865.

Verdun-rue-Mazel-3-150x95Jusqu’au XVIIe siècle, la rue Mazel était barrée par la porte Ancel-rue, vulgairement Nancel-rue (porte de la rue d’Anselme). Cette porte, jetée entre l’ancienne Fermeté et la portion de l’enceinte qu’on appelait le petit rempart, devenait un obstacle sérieux pour la circulation, depuis qu’elle était englobée dans les nombreuses constructions qui se pressaient autour des Jésuites, du Tournant-Saint-Pierre et de la Tour Chaussée. Aussi fut-elle supprimée en 1618, à la grande joie des voisins. Mais le souvenir en est resté dans l’inscription très apparente qui a été gravée au-dessus de la porte du n° 40 « Ici souloit estre la porte à Nancelrue, qui fut démolie l’an 1618 ».

A cette date, la rue Neuve, autrefois rue Neuve-sur-l’Eau, était à peine ébauchée, car les bourgeois étaient rares qui s’enhardissaient jusqu’à édifier, sur les décombres de la rive, des maisons que les colères du fleuve ne respectaient pas toujours. La rue Neuve coupée par la rue du port de la Madeleine se terminait au Fossé Lambin qui changea de nom plusieurs fois. Une enseigne d’hôtellerie, dit-on, suffit à débaptiser le Fossé Lambin, rue Jean-Boucart au XVIe siècle, pour en faire la rue du Saint-Esprit.

Verdun-rue-des-Rouyers-150x90Le quartier de la Tour Chaussée était sillonné surtout par les voies de Fornel-rue et des Rouyers. Fornel-rue, la rue du Four, a disparu sans qu’il soit possible de retrouver sa trace. La rue des Rouyers est demeurée, mais elle a perdu jusqu’à l’apparence même de ce mouvement qui l’animait à l’époque où de nombreux ateliers de rouyers, de fabricants de roues, c’est-à-dire de charrons, donnaient à ce coin, l’un des plus industrieux de Verdun, une physionomie si active et si gaie.

Les Rouyers formaient une corporation dont les statuts, sur parchemin, scellés du sceau du Saint-Empire, sont conservés aux archives de notre ville. La confrérie, dont les membres devaient fêter la Saint-Eloi et assister à la messe célébrée ce jour-là, était tenue d’entretenir deux torches pour « la dévotion et l’honneur » de la procession du saint-sacrement. Les compagnons s’obligeaient « à la conduite du mariage » ou des obsèques de l’un d’entre eux sous peine d’amende. Ils recevaient d’ailleurs, pour ce dérangement, une indemnité suffisante. Les maîtres de l’art, élus le lendemain de la Saint-Eloi, inspectaient les boutiques et veillaient à ce que les rouyers forains, de passage à Verdun, payassent, sans trop maugréer, le droit fixé pour l’exercice de leur profession.

Proche de la rue des Rouyers, l’étroite et pittoresque ruelle des Sergents nous fait songer à quelque sombre coin du vieux Barcelone et communique à cette partie de Verdun, péniblement arrachée aux boues de la Meuse, un air de mystère qui ne lui messied point.

 

 Notre prochaine promenade nous conduira sur les ponts de Verdun et la Tour Chaussée.

 

 

Petite promenade dans les rues de Verdun (2)

 

 

Après avoir visité les quartiers Saint-Paul – Saint-Pierre – Saint-Maur – La Belle-Vierge, continuons, si vous le voulez, notre promenade dans les rues de Verdun, au début du XXe siècle.

 

D’après la monographie « Verdun promenade historique et pittoresque » — Edmond Pionnier – 1901

 

La Cathédrale – L’Evêché – Saint-Vannes

 

La place de la cathédrale, l’un des points culminants de la ville, la patrie des courants d’air, rendez-vous perpétuel de tous les vents de l’atmosphère qui semblent s’y être réunis pour lutter comme en un champ clos, est dominée par la Cathédrale, l’Evêché, le Séminaire, dont la masse imposante contraste étrangement avec la ville basse prosternée aux pieds de la colline.

Peu de monuments ont un passé aussi mouvementé que celui de la Cathédrale de Verdun.

Petite promenade dans les rues de Verdun (2) dans La Meuse d'Antan Cathedrale-4-150x97Située d’abord vers le IVe siècle hors des murs de la ville, puis dans l’endroit où elle se dresse maintenant, elle fut brûlée une première fois vers l’an 740, puis par les Normands, par le duc Boson vers 917, par les Hongrois et enfin vers 1050 sous l’évêque Thierry.  Ravagée en 1135 par Renaud, comte de Bar et voué de Verdun, qui avait non loin de là une tour d’où il incommodait et rançonnait les habitants, elle fut reconstituée en 1139 après que l’évêque Albéron eut défait le comte Renaud et consacrée, bien qu’inachevée, par le pape Eugène III en 1147. Ce fut, sauf quelques modifications de détail, le monument que l’on put voir jusqu’en 1755. Son auteur, l’architecte Garin, avait copié les églises métropolitaines de Trêves et de Mayence.

C’était une grande construction, de style roman, semblable à une croix de Lorraine, avec deux transepts, et deux chœurs, l’un à l’Orient, le grand chœur, l’autre à l’Occident, le vieux chœur. Le chœur oriental, très haut, était environné sur ses côtés par un mur auquel s’adossaient les stalles des chanoines. Le vieux chœur, élevé de 12 degrés au-dessus du transept, avait été embelli vers la fin du XIIe siècle par un pavé en mosaïque d’une merveilleuse beauté. Chaque abside était flanquée de deux tours carrées dont la plate-forme était surmontée d’une flèche aiguë, terminée par la croix ; à la partie supérieure, un double rang d’arcades fermées encadrait d’autres arcades concentriques de moindre dimension. Pas de voûte à l’intérieur, mais un lambris horizontal à plusieurs compartiments décorés avec goût, supporté par une charpente ouvragée, peinte et dorée. Les fenêtres étroites et cintrées ; l’entrée principale probablement placée vers le milieu de la face Nord, deux autres portes sur le flanc Est du transept, peut-être d’autres sur la face Sud. Des cryptes, dont l’une, celle sous l’abside du côté de l’épître, a été déblayée et où l’on distingue encore des peintures murales, le Christ en croix, l’Annonciation, etc.

Au XIIIe siècle, on ajoute au sud une sacristie, belle salle ogivale, éclairée par deux grandes baies geminées, sobrement ornées : c’est la Sorbonne, ainsi appelée peut-être parce qu’elle servait soit aux réunions du Chapitre, soit aux conférences théologiques, ou comme le veut l’abbé Cloüet, parce qu’on y fit longtemps un grand catéchisme que l’on s’avisa, par plaisanterie, de comparer aux leçons de la célèbre Sorbonne de Paris.

Au XIVe siècle, on perce la plupart des chapelles latérales, quelques fenêtres. Vers la fin de ce siècle, quand Jean Wautrec, doyen séculier et premier magistrat de la cité, eut pris à sa solde les ouvriers restés sans travail par suite de l’achèvement du grand rempart, il les employa sous la direction d’un personnage alors inconnu, Pierre Perrat, depuis architecte des cathédrales de Metz et de Toul, à voûter la nef et à refaire dans le style de l’époque le chevet oriental. Au XVIe siècle enfin, on érigea le monument de Wassebourg. Tel était l’aspect de l’ancienne Cathédrale qui avait en somme fort grand air avec sa toiture en plomb, ses quatre tours élancées et ses 13 cloches dont une, la Sainte-Marguerite, pesait 18 000 l. Cela n’empêchait pas un dicton populaire de la comparer, à cause de ses quatre clochers, à un bahut renversé. Et les Huguenots, qui essayèrent en 1562 de surprendre la ville, se proposaient de retourner le bahut et de le replacer sur ses quatre pieds.

Vers 10 heures du soir, le 2 avril 1755, la foudre qui avait atteint déjà la Cathédrale en 1717 et 1738, s’abattit avec un bruit effroyable sur la tour du Sud-Ouest qui en un clin d’œil fut en flammes. L’incendie se propagea avec une extraordinaire rapidité, et l’évêque, M. de Nicolaï, qui était accouru pour se rendre compte de la gravité du danger, dut se retirer devant les ruisseaux de plomb fondu qui se précipitaient en cascades de la toiture. La force du vent et l’intensité des flammes étaient telles que plusieurs régions de la ville et même le faubourg de Glorieux craignirent pour leur sécurité. Ce ne fut qu’après un effort de trente heures que l’on put se rendre définitivement maître du feu. On admira la courageuse conduite d’un brave couvreur, Lambert Dumey, qui reçut une gratification de 30 l. et fut exempt de guet et de garde pendant 10 ans.

Les registres publics ont gardé le souvenir de cette catastrophe et le procureur syndic écrivait le 26 avril 1755 dans un rapport présenté au conseil : « l’alarme a été si vive qu’on a appréhendé pendant sept à huit heures, que le feu ne se communiquât aux maisons voisines de la Cathédrale, et de là, à celles des alentours, ce qui aurait pu occasionner le plus funeste embrasement capable de réduire en cendres sinon la totalité de la ville, du moins la plus grande et la plus considérable partie ».

Cathedrale-2-150x94 dans La Meuse d'AntanLa Cathédrale fut restaurée dans le mauvais goût de l’époque et perdit son cachet artistique pour s’enlaidir et se vulgariser. Les quatre clochers furent remplacés par les deux tours occidentales, carrées et lourdes, beaucoup moins hautes que les précédentes, avec une grossière balustrade. Aux riches verrières qui ne laissaient filtrer qu’une lumière douce et tamisée, succédèrent d’insignifiantes ouvertures cintrées à vitres blanches. Le chœur occidental et ses cryptes disparurent, et l’on installa dans l’abside les fonts baptismaux et les grandes orgues.

Le chœur oriental fut abaissé, ce qui entraîna le comblement d’une partie des cryptes et la destruction de leurs voûtes. Le sol était recouvert de pierres tombales qui cachaient la sépulture des bienfaiteurs de la cité ou de ceux qui avaient brillé de quelque éclat parmi leurs contemporains. Là reposaient environ vingt évêques dont Nicolas Psaume, H. de Béthune, des bourgeois comme Constantius et Wautrec. Aux dalles funéraires, on préféra un pavé quelconque d’une régularité désespérante. L’ogive se transforma trop souvent en plein cintre. On respecta bien certaines parties de l’œuvre de Garin, mais en les modernisant. Ainsi les piliers romans, sur qui les siècles avaient étendu une pâtine vénérable, furent déshonorés par un consciencieux grattage, fouillés de canelures, surchargés de motifs du style le plus prosaïque.

Ce fut ce même style qui inspira la facture des nouvelles portes placées à l’extrémité septentrionale des deux transepts, ainsi que celle du portail central, orné par le sculpteur Watrinette. Le Chapitre était convaincu de la magnificence de ces embellissements qui lui coûtèrent plus de 600 000 l, non compris un don de 50 000 l. dû à la générosité du roi et les sommes considérables que l’évêque M. de Nicolaï y consacra personnellement.

La municipalité fut plus clairvoyante. « On ne peut pas dire que le Chapitre embellit, puisqu’il a supprimé deux belles flèches qui subsistaient et qu’au lieu d’une couverture générale en plomb très solide et très distinguée, il en substitue simplement une d’ardoises ». (Délibération du11 juillet 1755).

Il est vrai que les boiseries du sanctuaire et des chapelles latérales, la chaire à prêcher, les hauts panneaux de l’Est sont des merveilles d’ébénisterie dues en général au ciseau de Lacour de Toul. On a prodigué les marbres et les dorures. Le chœur entouré d’une magnifique balustrade en marbre et dont les portes et les ouvrages de ferronnerie sont du pur style Louis XV, l’autel en marbre d’un travail parfait, le colossal baldaquin, entièrement en bois, masqué par une épaisse couche de dorure et dont la croix terminale touche la voûte, avec ses quatre monumentales colonnes torses en marbre gris d’Italie, excitent l’admiration de tous les visiteurs. Les plans du baldaquin qui reproduit, mais sur une moindre échelle, celui de Saint-Pierre de Rome, avaient été rapportés de la ville éternelle par un savant et joyeux chanoine, l’abbé de Plaine.

Pendant une courte période de la Révolution, ce temple devint le tribunal révolutionnaire. Les juges siégeaient au choeur et l’accusateur public tonnait du haut de la chaire à prêcher. Telle quelle, la Cathédrale mesure à l’intérieur 94 mètres de long – 35,30 mètres de large – 19 mètres de hauteur du pavé à l’arête de la voûte – 38,65 mètres pour la longueur du sanctuaire et du chœur sur une largeur de 12 mètres. On l’a dotée récemment d’un agréable jeu de cloches et d’un gai carillon que l’on projette de rattacher à la sonnerie de l’horloge.

En résumé, avec son abside orientale du XIIe siècle, et la porte Saint-Jean ou Saint-Martin aujourd’hui murée, mais du roman le plus pur, la Sorbonne du XIIIe siècle, la plupart des chapelles latérales du XIVe, quelques fenêtres du XVe et du XVIe, le monument de Wassebourg de la Renaissance et l’ensemble du XVIIIe siècle, la Cathédrale est un étrange composé de tous les styles dont le concours nuit évidemment à l’harmonie de l’édifice.

Verdun-eveche-et-grand-seminaire-150x91Le grand séminaire doit son origine à l’évêque M. d’Hocquincourt qui obtint par lettres patentes du roi, octroyées à Versailles en novembre 1678, la fondation à Verdun d’une école ecclésiastique où l’on éduquerait les jeunes clercs. En décembre de la même année, on inaugurait au palais épiscopal le cours de théologie. Mais il fallut bientôt déménager pour cause d’exiguïté, et acheter aux religieux de Châtillon-l’Abbaye, l’hôpital Saint-Jacques dans la ville basse (1682). Au bout de 50 ans, le séminaire tombait en ruines, et l’évêque, M. d’Hallencourt, le reconstruisait entièrement. Les travaux durèrent huit ans. En 1749, ils étaient achevés et l’on prenait possession des locaux qui servent aujourd’hui de prison civile rue de Rû. Les séminaristes avaient en outre à Jardin-Fontaine une fort belle propriété qui passa par plusieurs mains et finalement échut le 1er août 1819 à Louis Fossée au prix de 12.800 francs.

Après le séminaire constitutionnel, ce fut le séminaire de Nancy, dont le diocèse comprenait les trois départements de la Meurthe, de la Meuse et des Vosges, qui fut chargé de préparer le clergé meusien. En 1823, M. d’Arbou, à peine installé à Verdun, disposa dans la galerie et les chambres de l’evêché, des salles destinées aux jeunes lévites qu’il rappela de Nancy. Le grand séminaire devint donc une partie intégrante de l’évêché et fut aménagé de 1829 à 1837. La chapelle n’a été terminée qu’en 1856. En 1828, M. de Villeneuve faisait l’acquisition pour le séminaire d’une maison de campagne sise au Coulmier et payée 16.000 francs. On la revendit en 1836 pour la remplacer bientôt par celle de Glorieux.

Verdun-cloître-de-lEvêché-150x93Le grand séminaire possède un bijou artistique : le cloître, construit de 1509 à 1517 par maître Nicolas, « masson » de Verdun. Ce cloître, qui entoure de trois côtés une cour fermée vers le Nord par la cathédrale, se compose de 19 ouvertures, toutes de dessin différent, mais toutes admirables par la variété, la légèreté des rinceaux qui s’entrecroisent dans chaque arcade. Ce cloître merveilleusement conservé est certainement l’un des plus beaux modèles de la période architecturale appelée le gothique flamboyant. Les contemporains l’appréciaient et le Chapitre fut tellement satisfait du travail de maître Nicolas qu’on lui alloua des gratifications considérables et que l’on fit présent à sa femme d’un couvre-chef et d’un pellisson. A l’extrémité méridionale, sur l’emplacement actuel de la cave du séminaire, trônait autrefois l’écolâtre : c’était un chanoine chargé, entre autres choses, d’exercer les enfants de chœur et d’apprendre à lire et à écrire à toute la jeunesse du cloître. On l’avait affublé du surnom irrévérencieux de « Chauffe-cul », allusion certaine aux procédés pédagogiques qu’il mettait en pratique.

L’Evêché, assis sur l’avancée sud-est du plateau occupé par la ville haute et couronnant un escarpement d’environ 35 mètres de hauteur au-dessus de la ville basse, commande toute la campagne environnante qu’il découvre dans un splendide panorama.

De proportions moins considérables avant le XVIIIe siècle, l’évêché se dressa probablement de tout temps sur cette partie du rocher. Brûlé en 1028, reconstruit en 1040, brûlé à nouveau en 1048, il fut souvent inhabité, surtout pendant la seconde moitié du moyen âge. La population de Verdun s’ameutait volontiers et les évêques préféraient, pour leur sûreté personnelle, se retirer dans leurs châteaux de Charny ou de Hattonchâtel. Nicolas Psaume le reconstruisit tout à neuf en 1548 pour s’en faire expulser quatre ans après à l’arrivée des Français. Ce fut dès lors pour un moment le logis du gouverneur et son quartier général.

Nicolas Psaume ne put rentrer en possession de sa maison qu’au bout de 12 ans, et lorsqu’il mourut en 1575, on y caserna une compagnie de gens de guerre qui le saccagèrent. Presque tous les évêques qui se succédèrent pendant un siècle et demi y firent des réparations jusqu’au jour où vint s’asseoir sur le siège épiscopal de Verdun le « maçon mitré » M. d’Hallencourt. Le moment était bien choisi. Ses bois offraient des ressources extraordinaires. M. d’Hallencourt voulut en profiter et remanier de fond en comble l’évêché. Ses démarches aboutirent et les travaux commencèrent en 1725, dirigée au début par M. de Cotte, écuyer, chevalier de l’ordre de Saint-Michel, conseiller du roi et premier architecte de sa majesté, puis par M. de Cotte Fils, intendant et contrôleur des bâtiments du roi, avec ordre de se conformer aux plans de son père. Les murs montaient lentement : en 1741, une portion seulement était achevée. En 1754, l’évêché n’était pas encore terminé et avait absorbé 500.000 1, soit plus d’un million de francs d’aujourd’hui.

C’est ainsi que fut érigé sans grande hâte ce palais « trop superbe pour les successeurs des apôtres » (Abbé Langlois), aussi admirable par la grandeur des proportions que par l’intelligence des détails.

Au XVIIe et au XVIIIe siècle, l’évêché recevait des hôtes de distinction. C’est à l’évêché qu’on hébergea le roi à son passage en 1632, la reine en 1633, le roi Louis XV en 1744 lors de sa chevauchée vers Metz, la reine Marie Leczinska en août 1725, lorsqu’elle vint rejoindre son mari, le jeune roi LouisXV. On lui rendit des honneurs magnifiques. On l’escorta en grande pompe à l’évêché, où les chevaliers de l’Ordre Social, réunion de beaux esprits, lui débitèrent des vers de mirliton.

Verdun-cour-honneur-eveche-150x95A la Révolution, l’évêque constitutionnel Aubry, personnage très modeste, se contenta d’un simple appartement, et l’évêché servit à l’administration du district, puis aux bureaux de la Sous-Préfecture qui furent en 1803 transférés à Saint-Paul. A cette date, un sénatus-consulte créa 35 sénatoreries dotées d’un hôtel et de revenus pris sur les biens nationaux, et l’évêché fut affecté à la sénatorerie de Nancy. Le titulaire, un certain Vimar, n’y séjourna que rarement. Pendant la Restauration, à partir de 1814, les généraux commandant le département de la Meuse y eurent leur quartier général. Mais en 1823, lorsque l’évêché de Verdun fut rétabli, le palais épiscopal redevint la maison d’habitation des évêques.

Porte-chatel-2-150x92La place Châtel et la rue Porte-Châtel nous conduisent au plus ancien monument de Verdun, la porte Châtel, dite porte Champenoise, parce qu’elle s’ouvrait du côté de la Champagne. C’est un reste de la forteresse primitive qui constitua Verdun avant la conquête romaine. Cette forteresse, sorte de camp sous les Romains, prit au moyen âge le nom de Châtel ou ancienne Fermeté. On y pénétrait par trois portes, celle du Princier, proche de la Tour-le-Princier, celle de Mazel, vers les Petits-Degrés et celle de Châtel, la seule que les années aient épargnée. Un chemin allait de la porte Châtel au Champ des Gentils que D. Cajot place sur la côte Saint-Barthélemy et où les païens, les gentils, faisaient des sacrifices avec force réjouissances. Est-ce cette particularité qui aurait fait surnommer ces parages Mont de la joie, Mons gaudii, d’où nous est venue la rue Montgaud ? Nous l’ignorons.

A l’Ouest de la porte Châtel, à l’extrémité de la rue des Hauts-Fins, s’étend l’esplanade de la Roche. Toute la région qui comprend l’esplanade de la Roche et la citadelle s’appelait au XVIe siècle le Mont Saint-Vannes. Immédiatement après l’occupation de la ville par Henri II, on avait entouré le Mont Saint-Vannes d’un soupçon de fortification. Ces ouvrages n’étaient séparés de la ville que par un fossé, et la porte Châtel était reliée directement à la porte du rempart, dite porte au Mainil ou en France, sur le grand chemin de Champagne et qui se confondait à peu près avec la porte de secours de la citadelle.

Mais que pouvaient ces murailles dans une guerre sérieuse, surtout lorsque l’aristocratie verdunoise ne supportait qu’impatiemment le joug du roi de France, et que l’évêque ne songeait qu’à reconquérir son indépendance ?

La construction de solides remparts s’imposait, aussi bien contre les ennemis du dehors que contre ces mauvaises têtes de Verdunois, toujours prêts à la révolte.

Louis XIII envoya à Verdun un maréchal de camp avec des forces suffisantes pour étouffer toute tentative de rébellion. Le maréchal de camp Marillac arriva en 1620. Il avait sous ses ordres trois ingénieurs, Châtillon, Allaume et d’Argencourt. En 1624, on se mit l’oeuvre, et la citadelle fut à peu près terminée en 1630 ou 1631.

Elle se composait de 7 bastions reliés par des courtines et dont deux regardaient la ville. L’escarpement du Sud, négligé au XVIe siècle, fut renforcé comme le reste de l’enceinte.

Verdun-porte-de-France-150x100La vieille porte au Mainil, celle qui donnait accès sur la Champagne, était la seule qui existât sur la rive gauche de la Meuse. Le trafic était déjà considérable, et les denrées, pour entrer à Verdun où en sortir de ce côté, devaient traverser la citadelle qu’il fallait laisser constamment ouverte. Marillac supprima la porte au Mainil et la relégua à l’extérieur des nouveaux ouvrages, dans l’angle rentrant formé par le rempart à l’Est de la citadelle et à l’Ouest de Saint-Maur. Plus tard, en 1636 seulement, fut percée, aux frais du roi, la porte de France, et la ville entreprit de ses deniers la rue Porte-de-France sur l’emplacement d’une grange qui dépendait de la maison d’un riche bourgeois, Geoffroy de la Plume.

Tous ces travaux, complétés à la fin du XVIIe siècle par Vauban, modifièrent considérablement cette partie de la Cité. L’arrangement de ces bastions, de ces fossés, de ces glacis, l’obligation de tenir les alentours découverts, forcèrent Marillac à dépeupler le Mont Saint-Vannes. Trois faubourgs qui entouraient Saint-Vannes furent en majeure partie culbutés : Haute-Escance (Glorieux) sur le versant nord-ouest de la colline, le ban Saint-Vannes à l’Est au sommet, et le Mainil sur le versant sud. Le faubourg de Glorieux se prolongeait sans interruption jusqu’à la porte au Mainil. Marillac fit détruire 200 maisons et les propriétaires s’exilèrent dans le hameau qu’ils appelèrent Regret et dont le sens se passe de commentaire.

« Le ban Saint-Vannes a eu le sort du faubourg de Glorieux. Plus de 160 habitations démolies de fond en comble, pour ménager une esplanade entre la ville et la citadelle, ont causé le renversement des églises paroissiales de Saint-Remy et de Saint-Amand et réduit à la mendicité près de 200 familles depuis la clôture de Saint-Vannes jusqu’à la porte Châtel ». (D. Cajot).

Saint-Remy disparut pour toujours. Saint-Amand qui avait eu la malchance de se trouver sur le tracé du front bastionné fut reconstruit au Sud du plateau, et les Capucins, comme nous le savons, durent s’expatrier. Le terrain qui séparait l’évêché et la porte Châtel du fossé de la citadelle, terrain non aplani, couvert de broussailles, s’appela le Broussy. Or la porte de France n’était accessible aux habitants de ces quartiers que par la rue Montgaud dont la pente était rude. On réclamait une voie moins ardue. Comme d’autre part Verdun ne possédait aucune promenade publique, sur la proposition de M. François Clouet, maire de la ville, on nivela et planta d’arbres, entre les années 1782 et 1783, l’esplanade. On aménagea de même l’avenue de Jardin-Fontaine, l’allée que nous nommons allée des Soupirs et qui porta pendant quelque temps le nom de Cloueterie. Des officiers du génie surveillèrent les travaux dont la dépense atteignit 6 500 livres environ.

On régularisa de plus le versant sud, et on rendit accessible aux voitures, en faisant sauter les rochers qui obstruaient le passage, le chemin qui descend vers la Meuse. C’est probablement à cette époque que l’esplanade, et pour cause, fut baptisée la Roche. On l’inaugura le soir du 2 août 1783, à l’occasion du voyage du frère du roi Louis XVI, le comte de Provence, futur Louis XVIII. Elle fut illuminée jusqu’à la porte de France par des « pots à feu », placés entre les arbres. Au centre, on avait élevé une pyramide, où étaient peintes sur des transparents éclairés, les armes du prince et celles de la ville. Ainsi s’est embellie cette promenade publique, ombragée aujourd’hui d’arbres séculaires, et d’où la vue embrasse la vallée que drainent lentement les eaux de la Meuse.

La clôture de la citadelle englobait l’abbaye de Saint-Vannes. L’église des apôtres Saint-Pierre et Saint-Paul, dite ensuite de Saint-Vannes, fut la cathédrale des quatre premiers évêques de Verdun. Leurs successeurs immédiats, après que le siège épiscopal eut été transféré dans la cité, en firent leur lieu de sépulture et Saint-Vannes, le 8e évêque, en établit une communauté de religieux. Au début du Xe siècle, l’évêque Barnoin, y installa des clercs et 8 chanoines, dont la vie ne fut pas un exemple de régularité. Aussi son successeur Bérenger les remplaça-t-il en 952 par des moines de l’ordre de saint Benoit. Ce fut l’origine de l’abbaye de Saint-Vannes qui demeura jusqu’à la Révolution.

L’abbaye de Saint-Vannes était située hors de l’ancienne Fermeté, sur la hauteur qui relie à l’Ouest le Châtel et la côte Saint-Barthélémy. Ses nombreux bâtiments, ses beaux jardins entourés de fortes murailles, étaient bordés au Midi par la route qui partait de la porte Châtel, aboutissait à la porte au Mainil et se dirigeait vers la Champagne et Paris. Les constructions entouraient deux cours : celle de l’Ouest comprenait le logement de l’abbé ; celle de l’Est renfermait le cloître, la salle capitulaire, la bibliothèque, le réfectoire, les cellules des religieux. Elle touchait au Sud à l’immense et belle église dont une des tours reste debout.

Quand au XVIIe siècle, Saint-Vannes eut été enserré dans l’enceinte fortifiée, certaines de ses dépendances furent utilisées pour le service militaire. Ainsi l’hôpital ou aumônerie, vaste salle du XIIe et du début du XIIIe siècle, avec ses trois nefs séparées par deux rangées d’arcades ogivales, devint l’arsenal. La Révolution prit possession du monastère le 17 mai 1790. Les religieux déclarant qu’ils ne voulaient pas abandonner leur retraite, on réunit à Saint-Vannes tous les moines des différentes communautés qui préféraient vivre en commun, mais qui durent se disperser le 14 octobre 1793. L’abbaye fut convertie en caserne et l’église fermée.

L’église et le cloître de Saint-Vannes méritent une mention spéciale. L’église fut rebâtie trois fois, au XIe, au XIIIe et au XVe siècle, et chaque fois avec la plus grande magnificence. Au XIe siècle, l’abbé Richard de Banton, qui dirigea l’abbaye de 1004 à 1046, présida à la première réfection. L’église reposait apparemment, à juger du moins par ce qu’il en reste aujourd’hui, sur piliers massifs, dans la proportion et le style des cathédrales romanes de la vallée du Rhin.

Elle avait son grand portail à l’Occident. Il s’ouvrait entre deux grosses tours carrées sur une nef centrale éclairée par des fenêtres cintrées, recouverte par un plafond horizontal à compartiments et terminée par trois absides voûtées et décorées d’arcades à l’intérieur et à l’extérieur. Au XIIIe siècle, l’abbé Louis de Hirgis, qui administra Saint-Vannes de 1197 à 1237, entreprit une seconde restauration dans laquelle il maintint le plein-cintre et conserva à la basilique la forme de la croix qu’il accusa davantage encore. Mais l’église qu’on a pu admirer jusqu’au XIXe siècle fut l’oeuvre d’Étienne Bourgeois, abbé de Saint-Vannes, qui vers 1430 en entreprit la reconstruction dans le style ogival. Elle fut achevée en 1520 par son successeur Nicolas Goberti.

Étienne Bourgeois garda le portail et les tours romanes et y adjoignit un vaisseau à trois nefs de hauteur presque égale, qui mesurait près de 60 mètres de long, 24 mètres de large et 18 mètres de hauteur sous la clef de voûte, et comptait 12 travées en dehors de la porte romane. Les trois nefs étaient séparées par des arcades ogivales, portées par des colonnes élancées et couronnées de chapiteaux savamment fouillés. Des losanges ou des roses d’un dessin varié, d’une exécution soignée, surmontaient les fenêtres, gracieuses et légères, à trois lancettes. Les voûtes étaient également ouvragées et les clefs sculptées. Celle qui dominait l’autel principal s’ornait de l’aigle à deux têtes du Saint-Empire.

Entre les contreforts extérieurs, de chaque côté des nefs secondaires, six chapelles très régulières à petites fenêtres ogivales. Au milieu des deux tours de la façade occidentale, brillait une magnifique rosace de création romane mais modifiée au XVe siècle dans le goût de l’époque. A l’intérieur, un mobilier d’une grande richesse dont les premières pièces dataient de Richard de Banton. L’extérieur, dont la pierre, qu’on s’était heureusement gardé de gratter ou de peindre, avait conservé sa belle teinte rosée, était surmonté de gracieux clochetons, et sur le haut des murs, régnait une longue balustrade, délicate comme une broderie.

Verdun-cloitre-Saint-Vannes-150x96Le cloître s’étendait au Nord de l’église, avec laquelle il communiquait sur trois côtés de la cour. Edifié au XIIIe siècle, dans le style ogival, il comptait 18 travées entières et 2 demi-travées. D’une régularité en quelque sorte mathématique, il se distinguait par l’harmonie des proportions, la grâce et le fini des détails.

Ces merveilles ont presque totalement disparu aujourd’hui. Tous les événements semblent avoir conspiré à leur perte. Dès la construction de la citadelle, on parla de culbuter Saint.Vannes. En 1552, on découronna les tours pour y mettre du canon. Marillac voulut raser l’abbaye. Sa disgrâce n’empêcha pas les projets d’abonder.

Louis XIV, frappé de la grandeur de l’église qu’il visita en 1687, en interdit la destruction. Lors de la Révolution, le Génie reçut la garde des bâtiments. La couverture de l’église menaçait ruine. Le colonel directeur Thiébaut proposa en 1817 un devis de 4 500 francs pour la réparation. Le comité des fortifications rejeta la proposition, prétendant que c’était à la ville à pourvoir à cette dépense. La ville trouva cette décision d’autant plus étrange qu’elle n’était pas propriétaire, et comme elle était fort pauvre à ce moment, elle n’accepta pas cette nouvelle charge, persuadée que le département de la guerre reviendrait à de meilleurs sentiments. Il n’en fut rien. Une visite que fit en 1818 à Saint-Vannes le duc d’Angoulême ne modifia nullement la situation.

Ordre fut donné en 1820 d’enlever la toiture pour éviter les accidents et dès lors, les voûtes à nu se corrompirent très vite. Le 11 octobre 1826 parut une note qui prescrivait la démolition complète de l’église. Le directeur du génie, à qui l’on ne doit nullement imputer la perte du monument, fit tout ce qu’il était possible pour sauver ce qui restait. Les colonels Petitot et Olry présentèrent de nouveaux rapports. Tout fut inutile et, entre 1831 et 1832, on supprima la basilique, sauf la tour septentrionale qui a survécu, grâce à l’idée émise par le colonel Petitot de la transformer en silo destiné à la conservation des grains et des farines de la garnison, idée qui ne fut d’ailleurs jamais réalisée.

On respectait le cloître, la salle capitulaire contiguë, et l’ancienne aumônerie. La grande rose centrale du portail fut léguée plus tard à l’église de la Chalade.

Verdun-tour-saint-Vannes-150x96Le siège de 1870 a consommé la destruction : l’incendie causé par le feu de l’ennemi a détruit les annexes du cloître. Le cloître a singulièrement souffert, la salle capitulaire s’est effondrée et tous les bâtiments ont été criblés de boulets. Le délabrement où ils se trouvaient n’a pas permis de les conserver, et de tout cet asile de méditation, de travail et de paix que fut Saint-Vannes, il ne subsiste, à cette heure, que la tour romane du XIe siècle, dressant sa silhouette dépaysée au milieu des murailles bastionnées et des parcs d’artillerie.

En 1873, la Société philomathique intervint, et, grâce à certaine initiative privée, on eut le bonheur de recueillir et de déposer au Musée ou dans l’ancien cimetière de Saint-Victor quelques-uns de ces fragments très précieux, mais trop peu nombreux, qui devinrent, par la suite, la propriété de la ville.

Un amateur distingué, M. Clément, qui avait acheté ces débris, a entrepris tout récemment de relever, dans la cour de la maison qu’il habite rue de l’Hôtel-de-Ville, une partie du cloître Saint-Vannes. Il a pu reconstituer, outre la fameuse porte de la salle capitulaire, celle qui se trouve décrite dans le dictionnaire d’architecture de Viollet-le-Duc (tome VII, page 457) et dont la composition vaut un chef-d’œuvre. Nous espérons bien que M. Clément, dont le culte des belles choses est universellement connu à Verdun, ne s’arrêtera pas en si bon chemin, et continuera cette résurrection que tous ceux qui s’intéressent à notre histoire locale désirent sincèrement.

 

De très belles photos de la cathédrale et de la porte Châtel sur le blog d’Anthony Koenig.

 

 La prochaine promenade nous emmènera sur la rive gauche de la Meuse.

 

 

Petite promenade dans les rues de Verdun (1)

 

Verdun, ville martyre. Verdun, capitale mondiale de la paix. Mais avant d’être universellement connue à cause de la première guerre mondiale, Verdun avait déjà un long passé historique. C’est au travers d’une petite promenade, que je vous propose de découvrir la ville, au début des années 1900, avant cette guerre qui a tant fait de ravages.

 

D’après la monographie « Verdun promenade historique et pittoresque » – Edmond Pionnier – 1901

 

D’un repli du plateau de Langres descend un embryon de fleuve aux allures bien tranquilles, léger filet d’eau qui devient rapidement large et profond, et dont les flots verts vont se perdre dans les brumes de la mer du Nord. Sa vallée se déroule, étroite, tapissée de grasses prairies, où les villages se pressent nombreux et prospères, comme heureux de vivre, ignorant le malheur des temps où ce long couloir dans lequel ils se cachent servait de limite entre la Champagne et la Lorraine, entre les pays français et ceux dont la possession a été disputée par les voisins pendant tant de siècles. Pourtant, de-ci de-là, au sommet des hauteurs qui jalonnent les rives, quelque croupe dénudée et comme surélevée recouvre une forteresse, et l’on sent suspendue sur ce beau pays la menace angoissante d’une guerre possible avec son cortège de fléaux et de larmes.

Telle nous apparaît la Meuse.

En aval de Saint-Mihiel, les défenses se resserrent, les redoutes se multiplient. De tous côtés, l’horizon est borné par des meurtrières dont les embrasures se devinent tournées vers la Moselle. Au centre de ce mur d’airain, un promontoire se détache des collines de l’Ouest forçant la Meuse à décrire un long circuit. Sur cette boucle, que dominent au Nord et à l’Est des coteaux boisés ou couverts de vignes, s’étale, comme en un nid de verdure dont les bords se relèvent vers le Sud, la ville de Verdun, pelotonnée humblement autour d’un rocher presque inaccessible, sur lequel se détachent, altiers, l’évêché, la cathédrale, la citadelle.

Antique cité qui doit à son importance stratégique depuis longtemps reconnue, d’avoir été l’objet de toutes les convoitises et surtout le théâtre de toutes les calamités !

Placée sur la grande voie romaine de Reims à Metz, carrefour des routes qui conduisent vers Bar-le-Duc, Montfaucon, Dun, Luxembourg et Trèves, Neufchâteau et Langres, elle est brûlée par Attila qui la laisse, dit le chroniqueur Laurent de Liège, dans l’état d’un champ retourné par un sanglier. Assiégée par Clovis, malmenée à l’époque des guerres entre Brunehaut et Frédégonde, les Ostrasiens et les Neustriens, elle voit son territoire dévasté jusqu’au règne de Charlemagne. Puis c’est l’époque de Charles le Chauve et de ses incursions, des exactions de Hugues, fils de Lothaire II, des audacieuses pointes des Normands, des chevauchées terribles des Hongrois qui, par quatre fois différentes, envahissent le pays et rasent les villages, des rivalités sanglantes entre la France et le Saint-Empire pour la possession de la Lorraine.

Verdun est bloqué à trois reprises en 983 et la querelle des Investitures jette notre ville d’un parti dans l’autre, au grand dommage de ses habitants. Ce sont ensuite, sans compter les inondations et les incendies, les discordes civiles, luttes des bourgeois contre leur évêque, les révolutions intérieures, avec leur accompagnement funèbre de famines et de pestes. Pendant 67 ans, de 1579 à 1646, la peste s’abat quatorze fois sur Verdun et s’arrête vingt fois aux pieds de l’enceinte. En 1553, le roi de France Henri II occupe Verdun qui acquiert ainsi un protecteur puissant mais sévère. Enfin toutes les guerres qui ravagent, aux XVIIe et XVIIIe siècles, la frontière de l’Est, ont leur contre-coup jusque sur nos remparts.

Malgré la violence des tourmentes, un semblable passé n’a pu s’évanouir sans laisser de traces. A chaque pas dans nos rues, nous heurtons des souvenirs historiques qui se rattachent aux monuments restés debout ou évoquent ceux qui sont disparus. Ce sont ces souvenirs que nous allons transcrire ici, en parcourant successivement la ville haute et la ville basse qui s’étagent le long de la Meuse.

 

Saint-Paul – Saint-Pierre – Saint-Maur – La Belle-Vierge

 

L’avenue qui nous conduit de la gare par une sorte de chemin creux, à travers deux massifs d’arbres touffus, débouche, au delà du Pont-Levis, par la porte Saint-Paul sur la place du même nom. Autour de nous, des bâtiments d’une époque différente, les uns nés d’hier, les autres dont l’origine remonte aux premiers siècles du moyen âge : les Casernes, la Sous-Préfecture et le Palais de justice, la Synagogue, le Collège.

 

La ville fut obligée de loger des militaires au lendemain de l’entrée dans Verdun des troupes du roi de France (1552) et les habitants tenus à la date de 1559, « de bâtir incontinent et dresser en leurs maisons chambres à cheminées, propres et commodes pour loger gens de guerre de la garnison ». Cette lourde charge fatiguait singulièrement les bourgeois, qui en 1698 résolurent de s’adresser à la municipalité pour obtenir la construction de casernes aux frais de la cité. La municipalité fit d’abord la sourde oreille et n’obtempéra que lorsqu’elle y fut contrainte par la pression de l’opinion publique. En 1729, un arrêt du Conseil du roi autorisait l’entreprise, et le clergé, qui refusait de payer l’octroi destiné à couvrir la dépense, s’attira cette réponse des magistrats : « de la part de MM. a été dit que loin par MM. du clergé de désapprouver l’établissement des casernes, puisque cet établissement est avantageux au bien de l’État et au service et tourne au soulagement du peuple, ils devraient être les premiers à signaler leur zèle dans une occasion aussi intéressante et contribuer avec l’excédant de leurs grands revenus à soulager ce pauvre peuple ».

 

Petite promenade dans les rues de Verdun (1) dans La Meuse d'Antan Entree-caserne-Jeanne-dArc-Verdun-300x187Le 5 août 1729, le sieur Nicolas Henry était déclaré adjudicataire de la caserne Saint-Paul ainsi nommée parce qu’elle était construite au nord de l’abbaye de Saint-Paul dont la séparait une ruelle très étroite. Les bâtiments, contigus au rempart, s’achevèrent vers le milieu de l’année 1732, sur les plans conçus par M. de Rozières, ingénieur en chef des Trois-Évêchés. Le prix en fut de 176.068 livres 15 sous, à laquelle somme il convient d’ajouter l’achat de 475 lits pour 29.838 livres, ce qui porta le chiffre de l’installation à 205.906 livres 15 sous, près de 600.000 francs d’aujourd’hui. Cette solide construction, totalement dépourvue de tout cachet artistique, est placée sous l’invocation de la Vierge de Domremy, et s’appelle la caserne Jeanne d’Arc.

Le Palais de justice et la Sous-Préfecture, l’hôtel de la Cloche d’or, la place Saint-Paul dont une partie vague sert d’ordinaire de terrain d’exercices aux recrues casernées à Jeanne d’Arc, et dont l’autre forme un semblant de square, planté de magnifiques tilleuls, composaient à la fin du XVIIIe siècle un domaine respectable, propriété de l’abbaye de Saint-Paul.

 

L’abbaye de Saint-Paul, l’une des institutions les plus anciennes de la cité, avait été établie en dehors de l’enceinte par Wiefrid, évêque de Verdun. Jusqu’en 1790, elle subit bien des vicissitudes. Le nombre des religieux, de 10 qu’il était en 1702, atteignit 32 en 1775, pour retomber à 16 en 1790. A cette date, lors de la suppression du monastère, le relevé officiel des commissaires mentionne 13 pères, un vicaire et deux frères convers. L’église, fondée vers 973, fut complètement ruinée avec le monastère en 1246, lorsque les Verdunois, alors peu maniables, se soulevant contre leur évêque Gui de Melle, détruisirent Saint-Paul.

Une nouvelle église, magnifique construction ogivale, si l’on en croit les chroniqueurs, fut entreprise en 1249 et terminée vers 1312. Avec ses trois nefs élancées, ses vingt-neuf chapelles, ses légères fenêtres, aussi nombreuses que les jours de l’année, ses six portes monumentales, ses deux tours couronnées de flèches et de clochetons qui pointaient vers le ciel, l’église Saint-Paul faisait l’admiration de tous. Mais on avait compté sans les exigences de la guerre. Quand Charles-Quint assiégea Metz en 1552, on dut mettre Verdun en état de défense, et l’ordre fut donné de supprimer Saint-Paul qui s’étendait hors des murs et pouvait servir de refuge aux assiégeants. On eut beau prier, il fallut s’exécuter, et au bout de six jours il ne resta plus de Saint-Paul que le souvenir (septembre 1552). A la fin du XVIe siècle, le monastère fut reporté à l’intérieur des remparts. Les dépendances étaient fort considérables et presque complètement enfermées dans une cour qui donnait à l’Est sur la rue Saint-Paul actuelle.

 

L’église, édifiée entre 1556 et 1574, occupait l’angle sud de la cour de la Sous-Préfecture. Les religieux la trouvaient sans doute insuffisante puisqu’ils la reconstruisaient au moment du séquestre de l’abbaye sur un plan beaucoup plus vaste, et sur le modèle, mais en moindre proportion, de la basilique Saint-Paul de Londres. Elle fut immédiatement démolie, de même que le logement de l’abbé qui s’élevait sur la place.

Verdun-hotel-Cloche-dor-300x188 dans La Meuse d'AntanOn ne conserva que la procure, aujourd’hui hôtel de la Cloche d’or, et les habitations des religieux, aujourd’hui Sous-Préfecture et Palais de justice.

La Sous-Préfecture a conservé quelques vestiges intéressants de son antique destination dans la loge du concierge, une cheminée fort originale dont les sculptures représentent le sacrifice d’Abraham. Le cabinet du Sous-Préfet, d’aspect archaïque avec ses voûtes austères, la salle des archives, réfectoire des moines, de style renaissance avec ses colonnes légères et ses grandes baies qui s’ouvrent sur le jardin.

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Le Palais de justice continue et complète la Sous-Préfecture. C’est une bâtisse régulière et simple, en pierres et en briques. Les cellules ont été transformées, l’aménagement intérieur modifié, et il ne reste guère de l’ancien couvent que la salle des pas-perdus, autrefois cloître. La façade porte un fronton demi-circulaire, habilement fouillé, avec une inscription latine évocatrice du passé : Sanctis Paulo apostolo et Paulo Virdunensium antistiti (Dédié à l’apôtre saint Paul et à saint Paul, évêque de Verdun).

 

 

Sur la rue Basse-Saint-Paul, la seule qui desserve ce quartier il y a cent cinquante ans, s’élevait autrefois le couvent des frères prêcheurs ou Dominicains. Les frères prêcheurs ou Dominicains, appelés aussi Jacobins, parce que leur maison principale était située à Paris dans la rue Saint-Jacques, avaient été attirés en 1222 à Verdun par l’êvêque Jean d’Apremont. L’argent, que leur fournirent la famille d’Apremont et les nobles du lignage d’Azannes, leur permit de s’organiser princièrement et de « travailler à la sanctification des âmes ». Ils étaient 10 en 1618, 8 en 1775 et 4 seulement en 1790. Leur petit nombre ne les empêchait pas de se montrer très remuants.

Ardents jansénistes au XVIIIe siècle, ils scandalisaient le voisinage, et l’un d’eux, le P. Robinet, prononça en 1727 un sermon si hardi que les familles bien pensantes où il fréquentait d’ordinaire, refusèrent de lui rouvrir leurs portes. L’église se dressait à l’endroit où nous voyons la Synagogue, le portail tourné vers l’Ouest, le chœur vers l’Est. Les bâtiments du couvent touchaient au Collège.

Le Collège lui aussi, doit son origine à une fondation pieuse. An moyen Age, chaque abbaye avait son aumônerie, et l’aumônerie Saint-Paul, dont les moines s’étaient endettés au point d’en engager les biens, occupait l’emplacement du Collège.

Un riche bourgeois de Verdun, Constantius, acheta vers 1160 de ses deniers, l’hospitalité Saint-Paul, où il fonda un Hôtel-Dieu, une Maison-Dieu comme on disait alors, la Maison-Dieu de Saint-Nicolas de Gravière. En 1570, le grand évêque Nicolas Psaume, dont le nom est attaché à tant de réformes, octroyait, par lettres patentes du 23 septembre, tous les biens de Saint-Nicolas de Gravière aux jésuites qui devaient enseigner gratuitement les langues anciennes, les sciences et les belles-lettres.

Les jésuites n’étaient sans doute pas en odeur de sainteté auprès des Verdunois, car, s’il faut en croire une vieille tradition locale, il y eut une imposante levée de boucliers, et la population frondeuse parcourut les rues en chantant :
Les jésuites n’auront pas l’église de Saint Nique, nique
Les jésuites n’auront pas l’église de Saint-Nicolas.

On se soucia fort peu des clameurs de la foule et les jésuites purent jouir paisiblement du domaine qui leur avait été généreusement concédé. Ils instruisirent la jeunesse sans grand incident jusqu’au jour où le Parlement de Metz supprima l’ordre dans l’étendue de son ressort (6 août 1762). On leur substitua des prêtres séculiers, et le Collège dirigé par un bureau d’administration fut rattaché en 1766 à l’Université de Paris. Ses revenus étaient considérables et se montaient à 16436 livres 10 sous 9 deniers, plus de 40.000 francs. La maison avait ses armoiries, et son blason portait d’azur à fleur de lys d’or, accostée à senestre d’une branche de laurier, à dextre d’une palme surmontée d’une couronne royale.

Verdun-college-et-sa-chapelle-300x193Pendant la Révolution, le Collège ne fut fermé qu’en partie, et la ville y conserva quatre classes pour les sciences et les humanités. Lorsqu’en 1795 le gouvernement créa une école centrale par département, à Verdun échut celle de la Meuse qui devint en 1804 école secondaire pour s’intituler en vertu d’une ordonnance royale du 17 février 1815 collège communal. L’ancien bâtiment, plusieurs fois réparé et dont la ruine déjà dénoncée au XVIIIe siècle s’accentuait visiblement, a été culbuté. Les travaux commencés en janvier 1888, poussés très rapidement par M. Chenevier, architecte, sous la haute direction d’une municipalité prévoyante, ont été achevés pour la rentrée d’octobre 1890.

D’aspect élégant et gai, le Collège, dont les proportions lui permettent de recevoir 130 internes, 50 demi-pensionnaires et 200 externes, répond à toutes les exigences d’une éducation sagement entendue. Rien n’a été négligé pour assurer aux élèves toutes les commodités et le bien être désirables : grandes cours plantées d’arbres, réfectoires sainement compris, dortoirs vastes et bien aérés, études et classes luxueusement installées. Ce bel établissement, qui a bénéficié de tous les progrès récents, est certainement le plus confortable parmi les maisons similaires de la région, ceci soit dit sans aucune arrière-pensée de réclame.

Jusqu’en 1706, les élèves assistèrent aux offices dans l’église Saint-Nicolas de Gravière dont le portail méridional voisin de la tour Chaussée et la nef parallèle au rempart appartenaient au style ogival du XIIIe siècle. Mais son délabrement était devenu tel qu’on fut obligé de la détruire et de la remplacer par notre chapelle qui date de 1731.

Elle est formée d’une nef et de deux collatéraux dont les voûtes retombent sur des colonnes d’ordre ionique. De hautes fenêtres laissent pénétrer une lumière qu’on désirerait moins vive et moins crue. A signaler l’inscription gravée devant le grand autel à l’endroit où le cœur de Nicolas Psaume avait été déposé « Nicolaus Episcopus amicus vester dormit : orate pro eo : obiit 10 aug. anni 1575, aetatis suae anno 57 » (Ici repose l’évêque Nicolas Psaume, votre ami ; priez pour lui ; il est mort le 10 août 1575, à l’âge de 57 ans).

Tout auprès du Collège, à l’extrémité de l’impasse des Jacobins, s’élève la Synagogue, de style byzantin, construite aux frais de la communauté israélite de Verdun par M. Mazilier, architecte, sur l’emplacement de la synagogue primitive aménagée en 1803 dans les restes de l’ancien couvent des Jacobins. A l’intérieur, un rez-de-chaussée spécialement réservé aux hommes et des galeries hautes pour les dames. La décoration est extrêmement sobre, mais cette sobriété ne nuit nullement à la beauté de ce monument de tous points remarquable, et parfaitement approprié aux besoins du culte.

La rue Saint-Paul aboutit sur l’ancien Tournant-Saint-Pierre d’où partait, pour gravir la côte, une grande et belle voie qui depuis le XVIIe siècle a bien peu varié, la rue Saint-Pierre. A droite, vers le milieu de la montée, l’église Saint-Pierre l’Angelé ou l’engeôlé (saint Pierre en geôle, saint Pierre prisonnier ou saint Pierre-ès-liens dont la fête se célèbre le 1er août). Couronnant un haut tertre, le chœur vers l’Est, entourée d’un cimetière séparé de la rue par un mur de terrasse orné d’un crucifix sculpté, c’était, il y a cent ans environ, une église laide, vieille et branlante au point qu’on fut obligé de l’abandonner en 1780 par crainte d’une catastrophe ; le service paroissial se fit alors au Collège. Elle fut démolie en 1793 et la ville s’étant vu refuser l’autorisation de creuser au travers du cimetière un chemin vers les casernes, on y éleva les immeubles qui portent les numéros 18 à 28.

Au sommet de la rampe, au coin de la rue des Capucins, l’ancien couvent des Carmélites occupé le 18 juin 1634, dont les cellules, le cloître et quelques autres pièces sont compris dans des maisons particulières. Ce couvent, habité par 7 religieuses en 1634, par 19 dames et 4 sœurs en 1775 et par 16 sœurs et 4 converses le 14 mai 1790, le jour où les représentants du gouvernement s’y présentèrent, avait à l’Ouest une église plafonnée, sans voûte, et ornée de peintures sans valeur.

La rue des Capucins tombe perpendiculairement sur la rue Derrière-Saint-Paul. Au débouché de cette rue, face au Sud, le couvent des Capucins. Les Capucins venus à Verdun en 1585 sur les instances de l’évêque cardinal de Vaudémont, s’étaient primitivement retirés dans un faubourg que nous visiterons amplement, le faubourg Saint-Vannes. Lors de l’exécution des travaux que Marillac ordonna pour la réfection de la citadelle, force leur fut de s’expatrier. Le jour de la Toussaint de l’an 1629, les Capucins allèrent en grande pompe prendre possession de l’édifice que le roi Louis XIII leur avait cédé et qu’ils occupèrent jusqu’au 26 mai 1790. L’église, dans le goût de la Renaissance et placée sous l’invocation de saint Louis, bordait à l’Ouest le cloître. Elle fut fermée le 12 avril 1791. Au delà, dans le terrain dont une portion seulement est utilisée par le gymnase militaire, une ancienne carrière, appelée jusqu’au XVIIe siècle, la Carrière, limitée au Sud et au Sud-Ouest par Saint-Maur et par le cimetière de l’église paroissiale de Saint-Médard. Que de fois les paroissiens dont le sanctuaire était enfermé dans la clôture de Saint-Maur se plaignirent, et non sans motif, d’être distraits dans leurs dévotions par le bruit des jeux dont la Carrière retentissait trop souvent !

L’église Saint-Médard consacrée en 1721, sur l’emplacement d’une sorte de chapelle basse, étroite, peu éclairée, fut fermée le 27 mars 1791, mise en vente le 27 février 1792 et adjugée sur la modique mise à prix de 3.025 livres, avec cette clause expresse que les acquéreurs la détruiraient à leurs frais.

Toute la région qui s’étend entre les rues Porte-de-France et Saint-Maur était couverte au XVIIIe siècle par les dépendances de Saint-Maur et par le Logis du Roi.

L’origine de Saint-Maur remonte très haut. C’était au début de notre histoire un oratoire dédié à saint Jean-Baptiste et à saint Jean l’Évangéliste. Saccagé lors de l’invasion des Huns d’Attila en 451, il fut relevé par saint Airy sous le vocable de Saint-Médard réparé de nouveau par l’évêque Heimon, il prit le nom de Saint-Maur pendant qu’on réservait celui de Saint-Médard à l’église indiquée plus haut. Heimon y fonda un monastère de religieuses de l’ordre de saint Benoît, proche du ruisseau de la Scance, car, pour obéir à la règle, les religieuses devaient trouver dans leur enclos tout ce qui leur était nécessaire. Abattu comme Saint-Paul pour cause de sécurité publique en 1552,1e couvent fut réédifié plus avant dans la ville tandis que l’ancienne église seule restait debout enclavée dans les fortifications, et séparée des nouveaux locaux par le cimetière de Saint-Médard. Aussi les dames de Saint-Maur furent-elles obligées, pour se rendre dans leur église sans s’exposer aux regards de la foule, de jeter par-dessus la rue et le cimetière une galerie fermée.

Le 12 mai 1790, les officiers municipaux de Verdun se présentèrent à Saint-Maur pour procéder à l’inventaire des biens meubles et immeubles et notifier aux intéressées l’arrêté de suppression. Les religieuses qui, malgré l’arrêté, avaient été autorisées, par faveur spéciale, à continuer leur vie commune, durent se séparer en octobre 1792. Si l’église a disparu et s’il n’est resté, dit-on, de ses annexes, que le vieux puits de la porte de France, le couvent est demeuré avec sa façade restaurée en 1865. Le bureau de bienfaisance, créé après 1796, y fut établi en 1808 avec, à sa tête, des administrateurs que secondèrent dans leur tâche trois sœurs autrefois attachées à une institution de prévoyance nommée la Charité ; ces sœurs, dites de Saint-Vincent de Paul, l’occupent encore aujourd’hui.

Verdun-gendarmerie-300x186Le Logis du roi, devenu gendarmerie nationale, était destiné au gouverneur royal que la cité devait héberger. Tavannes qui le premier représenta le roi de France habita l’évêché. Ses successeurs se cantonnèrent dans le cloître du chapitre de la Madeleine où l’on fut obligé de leur fournir six maisons. De là des résistances, des débats qui se terminèrent d’ailleurs par une équitable décision chacun des trois corps, évêché, clergé, administration municipale concourraient à la dépense. Messieurs les gens du roi firent alors construire l’hôtel que la ville paya le 27 juin 1597. On y vit passer des noms illustres les d’Haussonville, les Marillac, les Nettancourt-Vaubecourt, les Feuquières. Louvois y séjourna deux fois.

Mais au XVIIIe siècle, les gouverneurs ne résidaient plus à Verdun et l’hôtel fut confié aux bons soins d’un concierge qui en tira le parti qu’il put pour le compte du maître. Le marquis de Chazeron, l’un des non-résidents, l’offrit à la ville moyennant une rente annuelle de 600 livres. La ville accepta, y fit pour 20.000 livres de réparations, et y aménagea huit appartements, une écurie pour 60 à 80 chevaux, une remise pour six voitures. Là, s’installèrent les officiers supérieurs des régiments en garnison à Verdun et dont la municipalité devait pourvoir au gîte, à moins que ces Messieurs ne fussent de très haut rang et obligés, de par leur fortune et leur qualité, de tenir un grand train de maison, auquel cas les magistrats poussaient la bonté d’âme jusqu’à meubler à force de frais des demeures particulières. Enfin, l’an 1802, le Logis du roi fut transformé en caserne, et affecté au corps de la gendarmerie créé en 1790 pour remplacer la maréchaussée.

La rue Chevert, anciennement Saint-Maur-rue, avec l’hôtel du gouvernement, acheté en 1860 par la ville, et dont le premier propriétaire, il y a cent ans environ, fut J.-B. Georgia, lieutenant général et civil au bailliage et siège présidial de Verdun, aboutit à la place d’Armes.

Verdun-place-darmes-300x188La place d’Armes n’eut pas toujours le même aspect. Jusqu’à la fin du XVIe siècle, ce fut une lande pierreuse, irrégulière, avec quelques granges ou écuries surveillées du côté de la cathédrale par la Tour-le-Princier qui lui donnait son nom et qui commandait l’entrée de la rue de la Belle-Vierge. En 1574, la ville accorde l’autorisation de bâtir des maisons d’habitation seulement, « avec chambres ou bouticles », avec interdiction « de loger bestes sur les dits devants ».

Sur la fin du siècle, on démolit la Tour-le-Princier, mais en revanche, l’administration militaire sollicite le droit d’y élever, sans doute pour l’embellir, une estrapade. L’estrapade consistait principalement en une potence de plusieurs mètres de haut, munie d’une forte corde. Au bout de cette corde, les mains et les pieds liés derrière le dos, un condamné que l’on précipitait plusieurs fois de suite du haut de la potence jusqu’à un mètre du sol, spectacle particulièrement doux pour le patient et récréatif pour les voisins. Les avis étaient partagés les uns préféraient la place Mazel, les autres la place de la Tour-le-Princier. Ceux-ci l’emportèrent et les bourgeois virent bientôt surgir d’une enceinte maçonnée à hauteur d’appui, dite Orbetour, l’horrible machine.

L’estrapade, abolie sous Louis XIII, avait disparu depuis longtemps, lorsqu’en 1682, MM. du Baillage firent aménager à l’angle Nord-Ouest, un nouveau Palais de justice et la place de l’Estrapade se nomma place du Palais. L’entrée du Palais qui portait cette inscription : « Haec domus amat, punit, conservat, honorat nequitiam, pucem, crimina, juraa, probos » (Ici l’on révère la paix, on punit le crime et la méchanceté, on sauvegarde le droit, on rend hommage à l’honnêteté) fut obstruée, à partir de 1728, grâce à M. le comte de Belle-Isle, gouverneur de la province, par un corps de garde, d’où l’appellation, qui n’est peut-être pas définitive, de place d’Armes. A cette date, la place d’Armes était à peu près ce qu’elle est maintenant, puisque le front Nord avait été complété au début du XVIIe siècle par le couvent des Carmélites.

La rue de la Belle-Vierge allait de la place d’Armes à la rue de la Madeleine et tirait son nom d’une statue de la Vierge qui décorait la porte d’entrée de la demeure du Princier, glorieux échantillon de l’architecture du XVIe siècle. Le Princier, ou plus exactement le Primicier, premier archidiacre de la cathédrale, était le personnage le plus considérable après l’évêque. Son pouvoir prenait des proportions si redoutables qu’en 1385, à la mort du titulaire, l’évêque et le Chapitre, qui n’aimaient pas les gêneurs, demandèrent au pape Clément VII la suppression de sa charge. Ils furent exaucés, mais l’habitation du Princier, propriété du Chapitre, continua de s’appeler la Princerie. Les deux frères Jacques et François de Musson, riches chanoines de la cathédrale qui la détenaient au commencement du XVIe siècle, la démolirent et la rééditèrent en 1525.

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Aujourd’hui, la Princerie porte les numéros 16 et 18. Le numéro 18 dont l’extérieur est récent, a conservé à l’intérieur sa belle colonnade renaissance. Le numéro 16 est resté extérieurementen partie de l’époque, avec sa remarquable entrée, sa sombre façade, ses fenêtres grillagées de fer croisillonné. Le fronton est surmonté d’une statue de la Belle-Vierge dont le qualificatif, en toute conscience, parait peu mérité. A l’intérieur, un porche monumental à colonnes massives, une petite chapelle à fenêtre ogivale avec voûte dont les clefs portent les armes de la famille de Musson.

La rue des Trois-Rois réunissait la rue Saint-Laurent et la rue de la Belle-Vierge.

La rue des Trois-Rois se terminait à la rue Châtel, et la rue Saint-Laurent sur la place de la cathédrale. A l’angle formé par les rues Saint-Laurent et des Prêtres, au XVIIe siècle, la chapelle Saint-Laurent. En juillet 1793, le conseil de la commune décréta que ces trois rues n’en formeraient plus qu’une, qui prendrait le nom de rue de la Montagne. Mais le peuple, par une allusion facile à comprendre, la débaptisa pour en faire la rue Montorgueil, et, le 12 mai 1807, la municipalité donnait aux trois tronçons la dénomination générale de rue de la Belle-Vierge.

La rue de la Madeleine nous conduit sur la place où l’on pouvait admirer encore à la fin du XVIIIe siècle la collégiale de la Madeleine. C’était un des édifices les plus antiques de la ville. Déjà restauré au milieu du VIIIe siècle, il devint le centre d’une communauté de filles qui ne surent pas maintenir, dans sa pureté originelle, la règle de leur cloître. Au commencement du XIe siècle, un riche clerc, l’archidiacre de la Woëvre, Ermenfroid, y établit un collège de chanoines. Aidé par l’évêque Heimon qui lui transmit le sanctuaire et le couvent, il jeta dès 1018 le fondement de cette église qui dura huit cents ans.

C’était un magnifique bâtiment de style roman, au portail occidental flanqué de deux tours carrées, sans flèche. Le chœur aux fenêtres longues, étroites, terminées par un plein cintre, dominait la rue Mazel. Le chevet couvrait de vastes cryptes. Les nefs reconstruites au XIVe siècle, étaient éclairées par des fenêtres ogivales. Sur le tout, une jolie balustrade à trèfles gothiques supportés par des contreforts savamment fouillés. Le cloître, à quatre côtés, et ses dépendances s’avançaient jusqu’au Tournant-Saint-Pierre. Avant 1556, au Sud de la place, s’abritait à l’ombre de la Madeleine une modeste église paroissiale, celle de Saint-Oury. Elle fut supprimée en 1556, et les paroissiens de Saint-Oury assistèrent aux offices dans la crypte de la collégiale.

Un regard en passant à l’entrée de la maison dite du pape Jules II, et que le pape Jules II n’habita jamais, mais qui s’élève peut-être sur l’emplacement de celle qui eut l’honneur de sa visite.

Mentionnons le couvent des sœurs de la Doctrine Chrétienne fixées d’abord rue Dame-Zabée (Dame Isabelle) en 1826, puis rue de l’Hôtel-de-Ville, enfin rue Mautroté en 1840. A l’angle sud-ouest de cette rue, l’établissement des sœurs de Saint-Joseph, dont l’église est due aux plans de M. Chenevier, architecte, qui en dirigea les travaux en 1888. De style roman, elle est assez curieuse avec ses tourelles et son abside circulaire fermée par une demi-coupole ; l’intérieur est divisé en rez-de-chaussée et en galerie que surplombe une voûte, dont les arcatures en fer ouvragé sont supportées par de hautes colonnes de fonte richement décorée.

Verdun-rue-de-la-grange-186x300La rue de la Belle-Vierge, qui donne accès à la place de la cathédrale, communique avec les quartiers bas par la rue Châtel que prolonge la rue de la Vieille-Prison, les Petits-Degrés, les Gros-Degrés, la rue des Gros-Degrés et la rue de la Grange.

La rue des Petits-Degrés est la partie supérieure de l’ancienne rue Brodier qui reliait jusqu’au XVIIe siècle la Meuse et la rue Châtel. Issue du Cognet de Faulcitey (en dehors de la Cité), recoin visible encore aujourd’hui, elle prenait aux pieds des limites probables de l’ancienne citadelle, ou, comme on disait au moyen-âge, de l’ancienne Fermeté. C’est par la rue Brodier, que l’évêque, lors de son entrée solennelle, se rendait à cheval, revêtu des insignes de Comte du Saint-Empire à la chapelle Saint-Laurent, où l’attendait le chapitre des chanoines. Autrefois très fréquentée, elle a conservé, solidement planté à moins de deux mètres du sol, dans le mur qui se dresse à gauche des gradins inférieurs, un énorme crampon où l’on accrochait des chaînes de fer pour entraver la circulation les jours de troubles.

Appuyés aux terrasses de la ville haute, deux édifices d’importance inégale bordaient la rue de la Vieille-Prison, l’un presque perpendiculaire à la rue de la Grange, la Grange ou Halle aux blés, massive et noire bâtisse, dont il est parlé déjà au XIe siècle, vendue et démolie en 1835, l’autre plus intéressant,vers le milieu de la montée où se voient les immeubles qui portent les numéros 5, 7 et 9 : c’est Montaubain, l’ancien Hôtel-de-Ville.

Acheté en 1338 à Simon la Porte, jadis échevin du Palais, qui l’avait construit dans les premières années du siècle, Montaubain, avec sa banale façade supportée par des piliers, était placé sous la garde d’un portier qui prenait soin du mobilier, fournissait l’éclairage et le chauffage à la chambre du conseil et joignait à ses importantes fonctions celle de geôlier des prisons creusées dans les sous-sols. On remarquait à Montaubain la salle du conseil dorée et la tour du beffroi, très haute, couronnée par un élégant campanile à jour décoré de clochetons, et où tintait les jours d’émeute, le bourdon populaire, la Mute. Une horloge indiquait l’heure sur un cadran de plomb doré.

Ce logis poussiéreux, décrépi, était indigne de la cité qui, le 6 février 1738, se transporta solennellement à l’Hôtel-de-Ville actuel. Montaubain survécut jusqu’en 1760 ; à cette date, on dut supprimer la tour qui menaçait ruine et l’horloge fut déposée pour un temps, au-dessus du fronton du nouvel hôtel. Il ne resta plus de l’antique siège du Sénat, que les prisons civiles agrandies et modifiées, où l’on attachait les prisonniers à des anneaux de fer, dont quelques uns sont demeurés dans la profondeur des caves.

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Les Gros-Degrés présentent certainement, dans tout ce vieux quartier, la physionomie la plus captivante et la plus caractéristique. Composés exactement de 79 marches divisés en 7 paliers, incrustés à droite dans des maisons pittoresquement construites et comme étagées dans le roc, menacés à gauche par de hautes murailles, vestiges de la forteresse primitive, les Gros-Degrés participent à la fois du donjon féodal et de la kasbah mauresque.

Leur origine remonte au-delà du XIIIe siècle, car le grand incendie de 1217 commença « aux Degrés », dits de Notre-Dame, parce qu’une statue de la Vierge s’enchassait dejà dans la paroi. En haut, la rampe, usée par le frottement de plusieurs siècles, laisse cependant lire une inscription qui ne date point d’hier : « Aux frais de M. N. Bousmard, grand prevost. Claude Amit a faict ceste besongne 1593 ».

 

 

 

De nombreux édifices ont par miracle échappé à l’enfer de la bataille. Vous pouvez découvrir de très belles photos de la Porte saint Paul, de l’hôtel de la Princerie, de l’hôtel de ville, sur le blog tenu par Anthony Koenig, fervent défenseur du patrimoine lorrain.

 

La promenade suivante nous emmènera dans les quartiers de la cathédrale, de l’Évêché, de Saint-Vannes.

 

 

Le Châtelet de Bréhéville

 

 

D’après un article paru dans la publication de la « Société des amateurs-naturalistes du nord de la Meuse » – Année 1900

Le Châtelet est un canton boisé situé à une altitude de près de 400 mètres, à la pointe nord-est des hauteurs qui viennent finir entre Bréhéville et Lissey. C’est apparemment, d’après sa dénomination, l’emplacement d’un camp antique ou d’un château féodal, dont il ne resterait aucun vestige, et, à ce point de vue, il mérite d’être visité et étudié. Tel fut l’objet de notre excursion du 5 juin 1900.

Le Châtelet de Bréhéville dans La Meuse d'Antan Carte-Le-Chatelet-Breheville-Lissey-1-300x225Pour se rendre de Bréhéville au Châtelet, le chemin le plus court, mais aussi le plus impraticable, est assurément la ligne droite, mais comment gravir cette pente si raide et ces roches coupées à pic ? Mieux vaut prendre un détour et suivre le sentier du Launois, qui contourne le monticule. Cette voie est d’un accès assez difficile, mais la beauté du site fait quelque peu oublier la fatigue du chemin rocailleux à droite et à gauche, de grandes haies d’aubépines, au-delà desquelles s’élève toute une forêt d’arbres fruitiers qui, en bonne année, emplissent le fruitier des propriétaires.

Nous quittons l’oxfordien de la vallée pour le corallien de la montagne, et nous arrivons sur un plateau d’où l’horizon est magnifique, et là-bas, bien loin, brillent au soleil les vitres des casemates de Montmédy-haut.

Nous nous engageons dans la grande tranchée de la forêt, dans laquelle, grâce à l’épais feuillage des grands hêtres, n’arrivent pas les rayons du soleil : de l’ombre sur nos têtes et à nos pieds un gazon moelleux.

Nous quittons la grande tranchée pour une ligne de démarcation de coupes, et bientôt nous voici devant un fossé, large encore de 10 mètres, au-delà duquel se dresse une levée de terre mesurant environ de 10 à 12 mètres de hauteur à l’extérieur et de 6 mètres à l’intérieur. Ce fossé et ce rempart franchis, nous nous trouvons sur l’emplacement d’un ancien château, nous disent, d’après la tradition, MM. Robert et Duchesne, d’un camp romain, d’après M. F. Liénard (Archéologie de la Meuse).

Nous explorons les lieux et bientôt nous reconnaissons que ce plateau forme une sorte d’éperon s’avançant au nord-est et dominant le pays vers Montmédy et Longwy. Il est tout à fait piriforme et mesure, d’après feu M. Liénard, 150 mètres de long sur 120 mètres de large. Sa superficie est de 1 hectare 40 ares. Vers la pointe nord se voit une cavité, connue sous le nom de puits, mesurant environ de 6 à 8 mètres de diamètre.

Le Châtelet, occupé par les bois de Lissey et de Bréhéville, est entièrement boisé, de sorte que son exploration est assez difficile, à cause de la futaie déjà haute. Il faudrait y revenir dans une quinzaine d’années, après l’exploitation des coupes.

De l’extrémité nord de ce point culminant, l’horizon est très étendu et le panorama magnifique. Une immense plaine ou du moins une région qui, du lieu où nous nous trouvons, nous paraît être une plaine se déroule à nos pieds, arrosée qu’elle est par la Loison, l’Othain, la Chiers et leurs affluents, et en partie traversée par la grande forêt de Woëvre, avec, blottis dans des replis de terrain, de nombreux villages : Bréhéville, Brandeville, Jametz, Remoiville, Louppy, Juvigny, dont les maisons blanchies à la chaux et les tuiles rouges des toits égayent le paysage.

Les hauteurs boisées de Han-les-Juvigny nous masquent la ville-haute de Montmédy, que vainement nous cherchons à découvrir dans l’horizon. Au second plan, se dressent la corne boisée de Géranvaux, avec les hauteurs du Haut-des-Forêts, et bien loin, dans le fond, se confondant avec le gris du ciel, l’immense forêt de Merlanvaux et l’Ardenne belge. Le mont Saint-Walfroy et son monastère se détachent nettement sur la gauche. Dans toutes les directions se déroulent, sous nos yeux, comme un immense tapis bariolé des teintes les plus diverses, dont les houleuses ondulations vont se perdre en la brume des lointains.

Le Châtelet fut-il un camp romain ou fut-il un ancien château, ainsi que le veut la tradition locale ? Si on y opérait des fouilles, peut-être la question serait-elle tranchée dans un sens ou dans l’autre.

Châtelet (anciennement petit château), Châtel ou plutôt chastel, ancienne forme du mot château, et châté dans le patois lorrain, sont synonymes : l’un et l’autre ont désigné le chastel du moyen-âge. De là, l’idée d’un château sur cette hauteur. Si cette opinion était vraie, on y découvrirait encore quelques traces de murailles et rien n’en fait pressentir l’existence. En outre, l’histoire n’aurait pu oublier cette maison-forte de Lissey ou de Bréhéville, qui aurait pu ou dû jouer un certain rôle politique au moins pendant les sièges de Damvillers et de Jametz, et nulle part, du moins à notre connaissance, il n’en est fait mention. Aussi opinons-nous, jusqu’à preuve du contraire, pour un camp antique.

D’ailleurs, l’emplacement du Châtelet, tout comme celui du mont Saint-Germain, celui du Chatel (commune de Sassey), et celui de Romagne-sous-les-Côtes ne pouvait être mieux choisi, soit pour un point de défense, soit pour un poste d’observation. En avant, vers le nord, des côtes abruptes, coupées presque à pic, rendaient ce castrum inaccessible du côté de la Belgique, d’où pouvait venir le danger. De là aussi, les conquérants de la Gaule pouvaient surveiller la vallée de la Meuse. En outre, le peu d’éloignement de ces quatre points fortifiés facilitait les communications de l’un à l’autre. En avant de cette ligne de retranchements, se dressaient les camps de Baâlon et de la Romanette (commune de Velosnes), et plus loin, à l’est, celui du Titelberg, et à l’ouest le camp antique de Stonne.

Ce poste militaire, ainsi que nous l’avons déjà dit, est protégé au nord, à l’est et au sud-est par des pentes abruptes et inaccesibles, dont les crêtes ou arêtes sont bordées par une terrasse haute d’un mètre, avec banquette ou chemin de ronde à l’extérieur. Sur les bords de cette banquette, se dressent d’énormes roches que M. F. Liénard a cru grossièrement taillées. Nous n’y avons reconnu aucune trace de la main des hommes, ce sont les roches naturelles qui forment la carcasse de la montagne. Il est défendu au sud-ouest par la levée de terre et le fossé que nous venons de franchir.

A part la forme carrée qu’affectaient généralement les castra romains, tout ici rappelle bien le campement ou camp fortifié des légions césariennes. Quant à la forme, on a dû, au Châtelet comme à Saint-Germain, adopter celle toute tracée par la nature et la disposition des lieux. Les côtés accessibles du castrum étaient toujours entourés d’un retranchement (agger). Ce rempart artificiel, dont les Romains entouraient leur camp ou les positions qu’ils voulaient occuper un certain temps pendant la guerre, était ordinairement, comme ici, une levée de terre surmontée de palissades (vallum) et protégée extérieurement par une tranchée (fossa) qui n’était autre chose que toute l’étendue du terrain creusée pour former l’agger.

Lorsque la nature du sol ne permettait pas de faire une levée de terre, on avait recours à d’autres matériaux faciles à trouver : l’agger était alors construit d’une enceinte de troncs d’arbres qu’on remplissait de broussailles, etc. Le sommet était couvert par un vallum ou palissade et une galerie de planches qui devait protéger les soldats. La palissade était formée de jeunes troncs d’arbres avec leurs branches latérales raccourcies et taillées en pointe, de manière à former des espèces de chevaux de frise.

M. F. Liénard dit que le castrum du Châtelet n’a pas encore été fouillé, ce qui nous paraît exact. On trouve, ajoute-t-il, à l’intérieur de ce lieu de défense, de grandes tuiles plates à rebords.

PuitsLa cavité cylindrique que nous avons indiquée plus haut ne saurait avoir été un puits, bien que sa dénomination soit telle, car il aurait fallu creuser à une trop grande profondeur pour arriver à une nappe d’eau. C’était plus apparemment une citerne dans laquelle on recueillait les eaux pluviales pour servir au besoin des troupes.

Porte. Entre le rempart et la terrasse du sud, se trouve la porte ou entrée, à laquelle aboutissent deux chemins : le chemin du Châtelet, descendant à Lissey, et la Plate-Voie, qui traverse le plateau dans le sens de sa longueur.

Habituellement, chacun des quatre côtés d’un camp avait une vaste porte pour l’entrée et la sortie. La plus éloignée de la position de l’ennemi, celle où nous nous trouvons en ce qui concerne le Châtelet, était appelée Porta decumana. Celle qui faisait immédiatement face à cette position, Porta prœtoria, les deux autres étaient Porta principalis dextra et Porta principalis sinistra.

Le Châtelet, d’après la disposition du terrain, ne pouvait avoir qu’une seule porte ou deux, tout au plus. La seconde, dans le cas où il y en aurait eu une deuxième, ne saurait être que l’endroit par lequel nous sommes entrés au camp.

Ligne de circonvallationCe n’est que vers l’ouest, par le plateau de la montagne, que les troupes du Châtelet pouvaient craindre une surprise de la part de l’ennemi. Aussi est-il naturel qu’elles aient de ce côté défendu l’accès du camp, par une ligne de circonvallation établie à 500 mètres au sud-ouest du campement. Cette ligne de circonvallation, qui s’étend sur une longueur d’environ 700 mètres, est formée d’une levée de terre encore haute de plus d’un mètre, à l’extérieur de laquelle il y a un fossé de 5 à 6 mètres de large. Elle traverse tout le plateau de la montagne et présente, dans sa partie centrale, une longue ligne dont les extrémités se courbent, dans la direction du camp, d’une part, au nord, où elle arrive jusqu’au sommet de la crête, vers Bréhéville, d’autre part, au sud, vers le versant qui regarde Lissey.

Que dut être l’importance du Châtelet ? Elle fut évidemment moindre que celle du Mont Saint-Germain et surtout que celle du Titelberg. C’était probablement un petit castrum, un castellum, dans lequel se tenait un poste militaire destiné au ravitaillement des troupes, ou à protéger soit la frontière et les voies de communication, soit la population agricole contre les excursions des ennemis. Cette position parait avoir été passagère plutôt que sédentaire.

Difficilement, nous traversons le fourré pour, ensuite, suivre un sentier nous conduisant vers le bois communal d’Ecurey, où nous espérons trouver la Borne-Trouée, monument mégalithique signalé par M. F. Liénard, qui, d’après cet auteur, « s’il ne remonte pas à l’époque druidique, était certainement la borne limitative citée sous le nom de Pertusa-Petra, dans les limites de l’ancien comté de Verdun ».

Voici des terres cultivées avec une maison actuellement inhabitée, le tout enclavé dans la forêt : c’est le Champ-de-Pâques ou Jean-le-Pâque, d’après l’ancien cadastre. Cette dénomination paraît rappeler celle de son ancien propriétaire, un certain Lepâque ou plutôt Lapâque.

Nous arrivons au chemin séparant les bois communaux de Lissey et de Bréhéville de ceux d’Ecurey, et à l’ombre d’un beau hêtre, émerge de terre une borne qui n’a rien de particulier, sinon qu’elle n’est pas trouée, et que M. Robert nous dit être la Borne-Trouée. Grande fut notre déception, à la vue de ce si peu intéressant monolithe.

De dépit autant que de fatigue, nous nous laissons choir sur la pelouse gazonnante, à l’ombre du beau Fagus Sylvatica L. Instinctivement, notre vue se reporte sur la borne en question. Non, il n’est pas possible que M. F. Liénard ait pris ce trop vulgaire bloc de pierre pour un monument mégalithique. Il n’est pas possible que ce soit là, la Pertusa Petra, à laquelle la féconde verve de feu M. Jeantin a consacré des pages entières. Il y a, mon cher Monsieur Robert, ailleurs, dans les bois communaux d’Ecurey, autre chose que cette commune pierre.

Pour aujourd’hui, il nous faut en prendre notre parti et renoncer à voir la Borne-Trouée. En guise de douche consolatrice, M. Duchesne nous signale dans les environs « le Trou des Fées ». Une légende se rapporte évidemment à ce lieu dit et c’est grand dommage que notre collègue ne la connaisse point. Il nous dit bien que les fées se rendaient au sabbat à cheval sur un manche à balai, mais cela est trop général, il doit y avoir un conte plus particulier qu’il importerait de signaler, avant qu’il ne soit tout à fait tombé dans l’oubli. Ce Trou des Fées, ne serait-ce pas le puits du Châtelet ?

Nous nous remettons en marche et bientôt nous voici sur un vaste plateau en plein corallien, où se remarquent d’abondants fragments ferrugineux. A notre gauche, le long de la route de Bréhéville à Haumont, nous apercevons un massif d’arbres, à l’ombre desquels s’abrite une croix : c’est la Croix du Moulin à vent. Sur cet emplacement, s’élevait jadis un moulin à vent, dont le meunier fut, dit-on, pendu pour avoir refusé de payer ses redevances à son seigneur.

Nous descendons, à travers la côte, par un sentier qui abrège notre route, et bientôt nous sommes à Bréhéville.

 

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