La citadelle de Longwy (54)

Blason de LongwyCarte de Longwy-haut

Plan de la citadelle de LongwyTour de MalcouvertCitadelle de LongwyPorte de France Longwy

 

Classée monument historique en 1933, et inscrite au patrimoine mondial de l’humanité depuis le 7 juillet 2008, la ville haute de Longwy est l’une des plus belles villes fortifiées par Vauban en France.

La forteresse est construite sur un plan hexagonal, et renferme une église, un arsenal, onze casernes, ainsi que cinq puits. L’accès se faisait par deux portes : la porte de Bourgogne (détruite en 1914) et la porte de France. La place-forte est ordonnée en quadrilatères organisés autour d’une vaste place centrale.

Actuellement, la moitié de l’enceinte et des bastions, ainsi que la porte de France sont parfaitement conservés et la plupart des bâtiments construits par Vauban y sont toujours visibles : Hôtel de ville, l’église, les casernes, le puits central, la boulangerie.

Mais avant cette citadelle, il existait à Longwy un château-fort, dont il reste un vestige : la Tour de Malcouvert.

D’après des extraits de la monographie « Essais sur l’histoire de Longwy » – Année 1829

Les fondations de la ville de Longwy

L’ancienne ville de Longwy était divisée en trois corps.

Le premier était un château-fort, appelé originairement Longcastre (Long-Château), à cause de sa forme oblongue. Il était situé à l’extrémité et sur la croupe d’un long coteau qui se détache de la montagne voisine, où est maintenant la ville neuve de Longwy.

Ce château, presqu’inaccessible de trois côtés, était très spacieux, et renfermait une grande place d’armes une église paroissiale, un palais, des casernes et trente-six maisons. Un curé, quatre chapelains et une trentaine de bourgeois y faisaient leur résidence, et il servait de lieu de refuge à divers gentilshommes des environs, au prieur du mont Saint-Martin et aux moines des abbayes d’Orval et de Differdange. Au nord du château s’élevait un magnifique donjon, dont les murs et les tours étaient d’une épaisseur surprenante : les princes, ou, en leur absence, leurs lieutenants l’habitaient.

Le deuxième corps formait un bourg, assis sur la gorge du coteau, au-dessous du château, et habité par soixante et dix-sept familles bourgeoises. Il avait deux places de marché, l’une garnie d’une halle et l’autre d’un puits très profond. De beaux jardins et des vignes couvraient du haut en bas tout le revers de la montagne.

Enfin, le troisième corps était le faubourg, situé au bas de cette montagne, dans un vallon étroit, arrosé par la rivière de la Chiers. Il contenait cent vingt-cinq habitations.

De ces trois corps, le faubourg seul subsiste encore au même endroit qu’il occupait jadis, et forme aujourd’hui la ville-basse de Longwy. L’ancienne ville et le château ont été entièrement détruits sous Louis XIV, comme on le verra dans le cours de cette notice.

L’origine de Longcastre, qui fut le premier fondement de Longwy, remonte au 6e siècle. L’origine de la ville et du faubourg ne date que du siècle suivant.

Clotaire, fils de Clovis, roi de France et d’Austrasie, ayant marié Blitilde sa fille à Anselbert, marquis d’Anvers, lui créa, dans le royaume d’Austrasie, une seigneurie composée du pays entre Metz et Trèves, auquel il donna le titre de comté Mosellan, parce qu’il était sur les rives de la Moselle.

Anselbert fit construire le château de Longcastre avec les débris d’un camp romain (*) nommé Titelberg ou Titus, situé près de là. Ce château devînt le siège ou chef-lieu de la juridiction du comté Mosellan.

Le démantèlement de l’ancien château-fort

Le grand Condé, connu alors sous le titre de duc d’Enghein, investit Longwy en 1643. Mais il en leva le siège aussitôt sur l’assurance donnée par le prince Charles, qu’il ne prendrait aucune part à la guerre que la France soutenait alors. De là, c’est Thionville qui fut assiègé, et qui se rendit le 10 août de la même année.

En 1646, Longwy (seule place qui restait au prince Charles dans toute la Lorraine) fut investi et assiègé par le marquis de la Ferte-Senneterre, à la tête de 1 500 chevaux et de 4 000 fantassins.

Deux approches eurent lieu le 1er juillet, l’une sur le donjon, commandée par le marquis lui-même, et l’autre sur la ville. Le 9, les assiégeants firent jouer une mine sous le bastion derrière lequel était un retranchement occupé par l’élite de la garnison. Le marquis en personne, à la tête de ses gardes, appuyés du régiment royal italien du cardinal Mazarin, forcèrent ce retranchement et poursuivirent les assiégés, l’épée aux reins, jusqu’au pont-levis du château.

Le lendemain, les assiégeants s’emparèrent encore d’une demi-lune, et établirent quantité de mines au corps de la place, qui se rendit enfin le 12 juillet. La garnison sortit avec les honneurs de la guerre.

Longwy resta occupé par les troupes françaises jusqu’au traité de paix des Pyrénées, conclu le 7 novembre 1659, et publiée en cette ville le 27 février suivant. La place fut alors remise au prince Charles qui y établit un gouverneur.

De nouvelles intrigues du prince Charles contre la France, amenèrent Louis XIV à envahir une seconde fois la Lorraine. Au mois d’octobre 1670, le maréchal de Créquy se présenta, avec une armée nombreuse, devant Longwy, dont il s’empara après quelque résistance. Depuis lors, cette ville n’a plus cessé d’appartenir à la France.

Tous les châteaux et maisons fortes des environs de Longwy, entre autres, Mercy, Mussy, Tiercelet, Audun, Bassompierre, etc., furent detruits par ordre du roi qui, l’année suivante, ordonna aussi le démantèlement du château et de la ville de Longwy, ce qui fut aussitôt exécuté. Les habitants se réfugièrent à la ville-basse.

Par le traité de paix conclu à Nimègue le 19 août 1678, la prevôté de Longwy fut définitivement abandonnée à la France, moyennant une cession équivalente.

La construction de la citadelle

Louis XIV, voulant fortifier la frontière du royaume du côté de Luxembourg, resolut de faire construire une nouvelle place sur la hauteur au nord, et à environ 400 toises de l’ancien château. Le plan de cet ouvrage fut confié à Vauban.

Le terrain nécessaire ayant été toisé, estimé et payé aux propriétaires, le 10 août 1679, les lignes de la nouvelle forteresse furent tracées avec une charrue.

Quoiqu’il fallût tailler dans le roc pour creuser les fossés, huit bataillons des meilleures troupes employées à cet effet, poussèrent les travaux avec une telle activité, que le 18 avril de l’année suivante, on posa solennellement la première pierre pour le revêtement de la place.

Louis XIV vint en personne visiter les ouvrages. Sa Majesté dîna dans l’ancienne maison de refuge d’Orwal, qui existait encore au vieux château, et retourna dans sa capitale par Longuyon.

Louis XIV ordonna que les maisons qui subsistaient, tant au château qu’à l’ancienne ville, fussent totalement démolies, après en avoir fait payer de ses propres deniers, la valeur aux propriétaires, auxquels il permit d’en établir d’autres dans le nouveau Longwy. Désirant contribuer à l’agrandissement et au bien-être de la ville neuve de Longwy pour laquelle il avait une prédilection particulière, il lui accorda divers priviléges et prérogatives.

Description de la ville

Le pied de la montagne sur laquelle la forteresse est établie, est arrosé par la petite rivière de Chiers. Cette ville est divisée en ville haute et en ville basse. La ville basse est bâtie en amphithéâtre sur la croupe de la montagne et s’étend jusqu’à la rivière. La ville haute, ou ville neuve, est située sur un des points les plus elevés du département. Des précipices en défendent l’approche au nord-est et à l’est, et rendent sa position fort avantageuse. On y parvient de la ville basse par une route pratiquée en zigzags sur les flancs de la montagne.

Les deux villes sont séparées par un escarpement considérable, que l’industrie des habitants a su changer en jardins potagers plantés d’arbres fruitiers qui s’étendent jusqu’au sommet de la montagne où Louis XIV fit élever la ville neuve.

Le corps de la place est très bien construit. Il forme un hexagone regulier de 1 200 toises de circuit, composé de six bastions et de deux cavaliers.

Il renferme :
- neuf corps de casernes et sept pavillons pouvant loger 5 000 hommes d’infanterie et 800 chevaux
- sept corps-de-garde dont quatre à l’abri de la bombe
- plusieurs magasins à poudre et à fourrage
- un vaste arsenal, un hôpital et une boulangerie militaires
- trois grands souterrains, un hôtel-de-ville, un hôtel pour le gouverneur
- plusieurs autres édifices civils et religieux
- et près de quatre cents maisons, presque toutes bâties en pierre de taille.

Les remparts et quelques-uns des forts sont garnis d’un double rang de tilleuls. Ces arbres forment une promenade délicieuse qui offre un charmant abri dans les heures brûlantes du jour. Du haut du parapet, on découvre plusieurs points de vue très variés, dont l’aspect rend cette promenade encore plus agréable. L’intérieur de la ville est fort gai.

Il n’y a que deux portes d’entrée, celle de Bourgogne au nord, et celle de France au midi, du côté de la ville basse. La distance entre elles est de 182 toises. Le terrain, depuis la porte de Bourgogne, va toujours en s’inclinant vers la porte de France. Les rues sont tirées en ligne droite. La principale est dans la direction des deux portes, les autres lui sont parallèles ou la coupent transversalement et à angles droits.

Au centre de la ville se trouve la place d’Armes, qui forme un rectangle de 60 toises sur 53, partagé en deux parties égales par la route royale. Au nord de cette place est l’arsenal, à l’est, l’hôtel du gouverneur et à l’ouest, l’église paroissiale et l’hôtel-de-ville. Quelques maisons de particuliers en complètent le contour.

Sur la partie de la place située à l’est de la route et en face de l’hôtel du gouverneur, se trouve un puits voûté, à l’épreuve de la bombe, qui fournit l’eau à tous les habitants.

Sous la boulangerie militaire, se trouve une citerne d’une telle profondeur qu’un seul pouce quarré représente un volume de cent pièces d’eau (mesure de Bar).

L’hôpital est un corps de bâtiment isolé, adossé au rempart du bastion gauche de la porte de France. Il est long de 28 toises et large de 7. Il pourrait contenir 120 lits, mais la fixation n’est que de 70. Sa direction est de l’est-sud-est à l’ouest-nord-ouest. Comme c’était autrefois un corps de caserne, on pense bien qu’il n’est pas distribué fort avantageusement.

Les casemates ou voûtes souterraines, à l’épreuve de la bombe, sont destinées à loger la garnison et les habitants en tems de siège.

Les puits sont au nombre de quatre, dont un, celui de la place d’Armes, fournit l’eau aux habitants, et un autre à la garnison. Les deux autres sont délaissés. La profondeur de ces puits est très grande, et l’on ne peut en tirer l’eau qu’avec un travail pénible. Plusieurs personnes sont constamment occupées à marcher dans l’intérieur d’une grande roue, dont l’axe allongé passant au-dessus de l’ouverture du puits, fait tourner une corde, à chaque extrémité de laquelle est suspendu un seau qui va puiser à la fois environ 100 pintes d’une eau très limpide et très salutaire. Il ne faut pas moins d’un quart d’heure pour descendre et monter ce seau.

Le pavé de Longwy est assez commode. Il est formé de pierres calcaires. La grande rue seule est pavée avec un silex rougeâtre extrêmement dur.

Les ouvrages extérieurs de la ville, au nombre desquels se trouve aujourd’hui l’emplacement de l’ancienne ville, ou vieux château, sont tous faits d’après le système de Vauban. Ils consistent en un ouvrage à corne avec une demi-lune, six autres demi-lunes, en six lunettes avancées et enfin, en un champ de mars pour les exercices de la garnison. Les abords intérieurs des deux portes sont assez faciles.

(*)
Ce camp était placé sur une montagne à 8 kilomètres de Longwy, entre les villages de la Madelaine et de Rodange. A en juger par l’étendue du terrain et par les vestiges qui subsistent encore, ce camp, le plus célèbre peut-être qui ait existé dans l’Europe, a dû contenir très facilement deux légions romaines.

Journellement, les habitants des villages voisins, en creusant et labourant, découvrent des fondations d’édifices, des souterrrains, des tombeaux et quantité de pierres de taille, en partie sculptées et presque toutes brûlées d’un côté, ce qui fait supposer qu’en abandonnant cette place, les Romains l’auront incendiée.

Ce camp avait une forme presque circulaire : on pouvait encore reconnaître, il y a quelques années, les alignements des rues, les compartiments des maisons, ainsi que les ruines des murailles et des tours. Enfin, une espèce de chaussée qui communiquait de ce lieu à la hauteur voisine du côté du levant.

Les habitans de la Madelaine et de Rodange possèdent divers objets curieux, extraits de cet endroit, et particulièrement trouvés dans des tombeaux dont il a été découvert un grand nombre. Ces objets sont des vases, des armes, des armures et quantité de médailles en or, argent et cuivre.

Le nom de Tilelberg ou Titus, donné à cette montagne, pourrait faire supposer que l’empereur de ce nom, qui, sous Vespasien son père, porta les armes dans les Gaules, fut l’auteur du camp. Mais les médailles qui s’y trouvent, remontant jusqu’à Jules-César, semblent devoir reporter à un siècle plus éloigné l’existence de ce lieu fortifié. La diversité de ces médailles prouve aussi que les Romains ont occupé ce camp pendant 450 ans au moins. A savoir, depuis Jules-César jusqu’à Théodose et Arcadius, sous le règne desquels les Vandales, les Goths et les Francs se soulevèrent contre les Romains.


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Les ruines du château de Mussy (54)

Blason de LonguyonCarte des ruines du château de MussyRuines du château de Mussy 

De ce château-fort, ne subsistent aujourd’hui que quelques ruines, des vestiges inscrits à l’inventaire général du patrimoine culturel depuis 1989. Et pourtant, ce château était décrit comme « l’un des boulevards de la nationalité lorraine ».

Il a été totalement détruit en 1670, lors de la seconde occupation de la Lorraine par la France.

Les ruines du château de Mussy

A trois kilomètres au Sud-Ouest de Longuyon, la Chiers fait une pointe vers le midi pour contourner un éperon boisé, dont les pentes abruptes sont couronnées par les ruines du château de Mussy.

La nature a achevé l’oeuvre de la guerre : les arbres ont envahi les ruines, nivelant le sol, comblant les fossés et renversant ce qui restait des anciens remparts. C’est à peine s’il en reste aujourd’hui quelques débris. Le plus important est un beau pan de mur, construit en grand appareil. Il est tourné vers l’Ouest et présente un développement d’une quarantaine de mètres, sur une hauteur de 6 mètres environ, avec une épaisseur moyenne de 2,5 mètres au sommet.

A son extrémité méridionale, on remarque les restes d’une fenêtre et, du côté opposé, le rempart se termine par une sorte de guérite en cul de four, relativement bien conservée. Cette guérite, que les gens du pays ne manquent pas de présenter comme une oubliette, semble occuper l’angle saillant d’un bastion dont le flanc droit, tourné vers le Nord, était percé d’embrasures pratiquées pour l’artillerie. Deux d’entre elles sont encore visibles, bien que cette face soit éboulée presque entièrement.

Le château de Mussy-lès-Longuyon

A trois quarts de lieues de la petite ville de Longuyon, sur la crête d’un roc escarpé que la rivière de la Chiers sépare du village de Nœrs, s’élevait encore il y a 170 ans, le château de Mussy, l’un des boulevards de la nationalité lorraine dans la grande lutte de 1635.

Ce noble manoir, dont la juridiction féodale s’étendait sur les villages d’Esprez, de Manteville, de Noyers, de Xivry, de Xorbey et de Fresnoy, était dans l’origine un fief de l’évêché de Verdun, que desservait une noble famille qu’on disoit Mucey.

Elle le tenait depuis le XIIe siècle en seure garde et bonne gouvernance, quand, en 1311, les bourgeois de Verdun s’étant révolté contre leur évêque Nicolas de Neuville, prirent à leur solde dix chevaliers et trente écuyers de l’ost d’Erard de Bar, sire de Pierre-Pont.

« En la perplexité où ce reconfort d’hommes de guerre jeta Nicolas de Neuville, il fust implorer assistance de Pierre de Bar, sire de Pierre-Fort, au quel il octraya par advance et en pur don le chastel et la baronnie de Mucey. Le ruzé Barrisien feinta une grande reconnaissance, et fist fort belles promesses, mais quand il fust en bonne et solide possession des largesses du benning preslat, il tint un aultre langaige dont Nicolas de Neuville eust si grand desplaisir et mescompte qu’il abdiqua son authorité en faveur d’Henri d’Aspremont, et s’en fust en une retraicte tellement obscure qu’on a toujours ignoré le lieu et la date de sa mort.

Par ainsy, ajoute la chronique à laquelle nous empruntons ce récit, fust perdu pour l’estat verdunois la chastellenie de Mucey, dont les ducs de Bar, héritiers des sires de Pierre-Fort, se dispensèrent de faire reprise. Le seul qui releva Mucey, fust René, roi de Cecile. La cérémonie eust lieu, avecq grand appareil, le 29 novembre 1436, devant le maistre autel de Verdun, en présence des chanoines, de l’évesque de Metz et de beaucoup d’aultres seigneurs ».

« En l’an 1368, continue une autre chronique, il y eust une grande guerre entre ceulx de Mets et de Bar, ils se recontrèrent en armes dessoubs Ligny, le jour de sainct Ambroise, et se livrèrent une grosse bataille en laquelle le duc Robert et plus de soixante de sa noblesse demourèrent prisonniers, et à Mets fust le prince amené, dont grant deuil fust desmené.

Pour lors, le chastel qu’on dict Mucey estoit tenu en gagière par Collart des Armoises, bon chevellier en faict d’armes, mais fort brustal à l’encontre des citains, et ne leur faisant jamais mercy. Ayant appris que les Messins, après avoir bruslé Hez, Belleville, Briey et Churexey (Cherisey), s’apprestoient à accoustrer de mesme sa tour de Gondrecourt, il y courut avec quatorze bons compaignons et se maintenant quinze jours durant, mais faulte de vivres, il luy fallut se rendre.

Ses compaignons furent pendus par leur col, et luy Collart des Armoises, ne beut plus ni vin ni cervoise, renonça aux armes et espée, car il eust la teste coupée et fust en ce point accoustré par ung qu’estoit menestré.

Ceulx de Mets ayant ainsi faict, vinrent devers Mucey qui fust prins d’emblée le jeudy après l’Annonciation de la Vierge, et tout ars (brulé) ainsi que la ville dessoubs ».

Robert de Bar, rendu à la liberté, releva la ville et le château de Mussy, que Charles le Téméraire incendia tellement que le Duc René renonça à les rétablir.

Ce vieux manoir était donc délaissé depuis près de deux siècles, quand un valeureux Lorrain du nom de Richard, fit surgir de ses cendres, une puissante place d’armes.

Mais n’anticipons point sur les événements et laissons-les conter à Dom Drouyn, abbé de St Pierremont :

« J’allais, nous dit-il dans ses mémoires, passer les fêtes de pasques de l’an 1651, près d’un bon amy, M. de Vaulx d’Ottange, qui m’accompagna à Longuyon et m’y fit faire la connaissance de M. Richard, prévôt d’Etain et capitaine d’une compagnie de cavalerie pour le service de son Altesse de Lorraine. M. Richard était venu reconnaître un vieux château appelé Mussy, situé dans les bois et ruiné depuis près de deux siècles.

S’étant assuré que ses murailles étaient fort bonnes encore, il les fit restaurer et fortifier d’ouvrages modernes et réguliers. Il m’avait témoigné beaucoup de bienveillance, aussi je fus bien marri en apprenant, qu’ayant été mandé à Bruxelles pour affaires de service, il avait été assassiné à son retour par des cavaliers espagnols.

Il fut remplacé dans son commandement par M. de Remencourt, qui eut l’année suivante à lutter contre le corps d’armée du maréchal de la Ferté-Sénectère, et contre une division française aux ordres du baron de Marolles, gouverneur de Thionville ».

Le siège, la prise et la ruine du fort du château de Mussy

Après le grand effort de 1650 et l’échec de la tentative de Ligniville, la Lorraine était lentement retombée sous la domination royale. L’incursion de Condé, durant l’hiver 1652, n’avait été qu’un épisode de guerre sans lendemain et sans portée. L’opinion désespérait de voir des jours meilleurs et commençait à prendre en patience une occupation, qui d’ailleurs se faisait moins rude.

L’arrestation de Charles IV par ses alliés espagnols, son internement à Tolède ne contribuèrent pas peu à cet apaisement tardif. L’hostilité contre la France diminua de toute la haine qu’inspiraient désormais aux sujets du duc, les traîtres à la foi jurée.

Tandis que l’armée lorraine, après quelque hésitation, passait tout entière sous les drapeaux de Louis XIV, la duchesse Nicole, reconnue régente, signait, par l’entremise du duc de Guise, un traité de neutralité pour les places que, sur les frontières, ses soldats occupaient encore : Bitche, Homburg, Landstuhl, Mussy, Longuyon, Marsal et Dieuze.

Ainsi prendraient fin les courses et pillages, où s’exerçait depuis quelques années, l’activité de ces garnisons. Le pays, par cet accord, serait mis hors de la lutte. Le peuple travaillerait librement à réparer les ruines qu’avaient accumulées vingt années de misère.

Par malheur, on avait omis d’escompter la résistance des gouverneurs : Cronders à Homburg, Lhuillier à Landstuhl, Vautrin à Mussy, protestèrent assez justement qu’ils avaient des troupes à nourrir, et ne le pouvaient faire qu’en levant des contributions et des vivres sur les villages d’alentour. Au mépris du traité conclu, ils continuèrent leurs expéditions. Même, plus hardis que de coutume, des cavaliers de Bitche, en août 1655, s’avancèrent jusqu’à Tantonville où ils eurent, avec la garnison de Mirecourt, un assez vif engagement.

Saint-Martin et Mengin, agents du duc à Paris, cependant s’entremirent et, réchauffant le zèle des uns, obtenant pour les autres du cardinal Mazarin la promesse de quelques subsides, ils réprimèrent cette agitation naissante. (Les gouverneurs de Homburg, Landstuhl et Bitche reçurent une somme de 60.000 rixdalles en deux versements, le 2 mars 1656 et le 22 janvier 1657. La rixdalle, monnaie des Etats allemands du nord, valait environ 5 livres).

Au reste, il n’importait guère au gouvernement français que, dans leurs environs immédiats, Bitche, Landstuhl ou Homburg continuassent leurs déprédations : ces pilleries lointaines ne portaient à la province qu’un médiocre préjudice. Homburg et Landstuhl, d’ailleurs, n’étaient même pas en Lorraine. (Ces villes du Palatinat bavarois avaient été cédées à Charles IV en gages de sommes considérables prêtées leurs possesseurs).

Mussy se trouvait placé dans des conditions différentes.

Le gouverneur Vautrin était en position de menacer tout ensemble le Barrois, le Clermontois et les Trois-Evêchés. Son obstination rendait inutile la soumission de Longuyon. Sans quitter même ses murailles, il paralysait jusqu’aux portes de Metz le trafic et l’industrie, inquiétait, mettait sur les dents les corps français les plus proches et répandait la terreur dans tout le nord du duché.

Aussi M. de Marolles, qui commandait à Thionville et constatait chaque jour les inconvénients de ce voisinage, ne cessait dans ses rapports de réclamer une intervention : il était urgent, si l’on prétendait assurer de façon sérieuse la tranquillité publique, de réduire cette insolente forteresse.

La tentative, à bien voir, était plus malaisée qu’il ne semblait d’abord. De Marolles affirmait que le château ne saurait soutenir trois cents coups de canon. Charles IV, en 1653, avait manifesté qu’il avait en meilleure estime une assez bonne demi-lune, un large fossé et les murs épais qui défendaient la place. Sur quelques bruits que se préparait une attaque, il n’avait pas craint d’envoyer là cent cinquante hommes, des plus solides, avec mission de tenir ferme.

De Brinon pourtant, qui remplaçait à Nancy La Ferté-Sénectère absent, se laissa convaincre d’essayer l’entreprise. Il s’entendit avec Fabert, gouverneur de Sedan.

Dans les derniers jours de juillet 1655, des compagnies furent tirées des quartiers les moins éloignés une petite armée s’assembla. Elle comptait mille fantassins et traînait avec elle trois canons légers approvisionnés de six cents boulets. Fabert et de Marolles vinrent à Longuyon prendre le commandement. Mussy fut investi.

Fabert, au premier examen, dut reconnaître qu’une attaque brusquée était impossible : les Lorrains avertis se mettaient sur leurs gardes, la disposition des lieux d’ailleurs desservait les assaillants.

Un siège en règle présentait des difficultés aussi grandes :
- les bois de la haute futaie qui s’étendaient jusqu’aux remparts devaient rendre pénible le travail des tranchées
- des ravins entiers empêcheraient d’établir, entre les lignes, des communications assurées
- l’artillerie surtout paraissait insuffisante.

Le maréchal concluait que mieux valait se résoudre à abandonner la partie. Le succès serait en tout cas sans gloire, un échec serait ridicule.

Les officiers à cheval inspectaient les abords du fort et discutaient l’opportunité d’une retraite, lorsque Vautrin jugea convenable de souligner d’une canonnade ses volontés de résistance. La pièce fut pointée si bien que le boulet arriva droit sur le groupe de cavaliers. Fabert fut sauvé par un écart de sa monture, mais de Marolles s’abattit, la poitrine ouverte, tué sur le coup. Derrière lui Réchicourt, bas officier, eut une cuisse fracassée.

Le souci de venger la mort de son lieutenant n’irrita pas le maréchal à poursuivre une aventure, dont il attendait plus de désagrément que de profit. Les troupes françaises se retirèrent. Et si Vautrin désormais réprima par prudence l’excessive audace de ses soldats, cependant il demeura maître, sous la « protection » platonique du roi, de faire flotter en ce coin de terre, le drapeau lorrain.

Il devait succomber sans gloire en 1663, deux ans après que le duché fut restitué à son légitime possesseur.

Les agents du roi, demeurés pour surveiller, selon les clauses du traité de Vincennes, la démolition des fortifications de Nancy, imaginaient difficilement qu’après une occupation prolongée de trente années, leur maître eut renoncé à conserver la province. Ils ne cessaient point pour leur part de la traiter en pays conquis, et méprisaient ouvertement les droits souverains dont Charles IV avait repris l’usage.

Les mêmes sentiments animaient les gouverneurs des places fortes qui touchaient à la frontière. Les remontrances ministérielles les persuadaient mal de respecter une indépendance, dont ils ne voulaient pas croire qu’elle fut sincèrement reconnue.

En ces conditions, il parut assez naturel à quelques officiers de tenter, en dépit de la paix conclue, un coup de main contre Mussy. Le comte d’Apremont se mit à leur tête : une surprise fut préparée.

Pour abuser une garnison sans défiance, point n’était besoin d’un stratagème inédit. Travestis en paysans, des soldats, autour de charrettes chargées de sacs de grain, s’avancèrent jusqu’au fossé, parlementèrent avec le poste, furent aussitôt reçus, et prièrent qu’on les aidât à débarrasser leurs voitures.

Les hommes de garde avaient déposé leurs armes et saisi les sacs lorsque les conducteurs, tirant des pistolets cachés sous leurs blouses, les assaillirent, tuèrent les uns, maîtrisèrent les autres et dispersèrent les groupes étonnés qui accouraient au bruit. Cependant, quelques Lorrains se ralliaient, cherchaient à gagner la porte pour relever le pont-levis. La fortune était indécise. Apremont la fixe quand, sortant des bois où il tenait sa réserve, il se fut assuré la possession du pont. Les défenseurs composèrent : vainqueurs et vaincus évacuèrent ensemble la forteresse.

Charles IV était trop faible, trop incertain, trop indifférent aussi pour oser présenter des protestations ou des plaintes. Louis XIV ne voulut pas joindre à cette première atteinte au droit des gens, cette perpétuelle provocation qu’aurait été le maintien d’une garnison royale en territoire indépendant. Les choses restèrent en l’état, la place demeura vide.

Ce n’était là qu’un court répit. Lorsqu’en 1670 commença la seconde occupation française, l’un des premiers actes des envahisseurs fut de jeter bas ces murailles, devant lesquelles avait reculé Fabert et et qui n’avaient été violées que par guet-apens.

Mussy disparut obscurément de l’histoire, sans résistance et sans honneur. La Lorraine, épuisée de misère et de deuil, n’était plus capable même de tirer l’épée.

La légende de Jeanne de Remencourt

Le traité de Marsal, en restituant au Duc Charles IV une partie de ses états, rendit M.de Remencourt à son gouvernement. Il y revint accompagné de sa fille, jeune et belle héroïne, qui, si l’on en croit la tradition, avait pointé le canon qui tua de M. de Marolles.

Douce, pieuse et modeste, mademoiselle de Remencourt dominait toutes les volontés par les grâces de son esprit et les charmes de son extérieur. Toujours la première au feu, jamais on ne l’entendit proférer un conseil timide. Elle était l’idole du soldat et l’admiration des gentilshommes rangés sous le drapeau de son père. Tous s’efforçaient d’en être distingués, mais l’amazone livrée à ses rêves de gloire, se montrait indifférente, et n’eut peut-être point cessée de l’être, si dans une affaire d’avant-poste, elle n’eut été redevable de la vie à un jeune et brillant officier du nom de Waltrin.

La reconnaissance dont elle paya le dévouement du preux fut suivie d’un sentiment plus tendre, et l’antique forteresse se parait pour de nobles fiancailles, le jour même que Créquy menaçait ses remparts.

Mais Waltrin avait un rival qui, dans sa fureur jalouse, jura une atroce vengeance. Ce misérable était secrétaire du gouverneur, et savait qu’un souterrain partant du donjon, s’étendait au loin dans la campagne. Il court le révéler à Créquy, lui en livrer les clefs, et traiter du salaire de sa félonie.

C’est la nuit même au coup de minuit, quand l’artillerie donnera le signal de la danse aux flambeaux, que les Français doivent surgir de terre, massacrer la garnison  et n’épargner que mademoiselle de Remencourt. Les mesures du traître étaient trop bien prises pour ne point avoir un plein succès.

Déjà le vieux sang lorrain ruisselait à flot, Waltrin, Remencourt n’étaient plus, et les vainqueurs se félicitaient de leur facile conquête, quand au sommet de la tour aux artifices, apparaît l’héroïne, tenant d’une main l’étendard de Lorraine, et de l’autre une mèche allumée.

C’est aux sicaires de Créqui à trembler à leur tour, car ils ont compris les funérailles que Jeanne de Remencourt réserve à ses compagnons de gloire. Ils veulent fuir, regagner le souterrain, mais la terre manque sous leurs pieds. Une détonation terrible se fait entendre, et Mussy n’est plus qu’un monceau de décombres, où vainqueurs et vaincus confondent leur dernier soupir.

Le souvenir de la fille du gouverneur s’est religieusement conservé chez l’habitant des bords de la Chiers. Il vous redit avec orgueil le courage de l’héroïne, ses exploits et sa mort sublime. Il vous montre la croix élevée, là, où son boulet frappa Marolles, et vous raconte qu’à certains jours de l’année, elle descend sur les ruines de Mussy, vêtue de la robe des fiancées et la tête ceinte d’une auréole.

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