Scarpone

Carte de Dieulouard

 

D’après la « Notice historique sur Scarpone et Dieulouard » de l’abbé Melnotte – 1895

Suivant quelques historiens, la ville de Scarpone devrait son origine à une colonie de Troyens fugitifs, ayant à leur tête un nommé Serpanus.

Citons, à titre de curiosité, un extrait de la Chronique de Metz, mise en vers français, au XVe siècle, par Jean Châtelain :

Troyes la Grande fut détruite
L’an quatre mil deux cent et huit,
Par la fortune de Paris
Et d’Hélène tout fut péri.

Les Troyens prenant leur départ,
Cherchant refuge autre part,
Au long, au large, à la ronde,
Furent dispersés par le monde.

De ces Troyens de grande noblesse,
Vinrent neuf personnages à Metz,
Que l’on nommait Dividuum.
Tous étaient de nobles prudhommes.

L’un d’eux était nommé Serpanus,
Avec lui son frère Aurenus.
Ils étaient tous deux fils de Roi,
Et bons justiciers en leur loi…

Un château taillé et muré
Fit faire pour y demeuré.
Mais quand il fut bien élevé,
Le redéfit pour abrégé.

Ce château de noble façon
Etait au-delà de Monçon.
On l’abattît, ce fut dommage,
Mais on y fit un beau village.

Ce village fut nommé Serpane.

Est-il besoin de dire que c’est là un conte fabuleux ?

La vérité est que la fondation de Scarpone remonte aux premiers temps de la domination romaine dans nos contrées. Lorsque l’empereur Auguste établit les grandes chaussées qui reliaient les Gaules à Rome, un pont fut jeté sur la Moselle, vis-à-vis de la côte de Gellamont, pour servir à la grande voie qui allait de Metz à Toul. Puis, tout à coté, pour le protéger et en défendre passage, on éleva une forteresse qu’on nomma Scarpone, à cause des rochers escarpés au pied desquels elle était assise.

En même temps, les Romains, en habiles stratégistes, construisirent quelques ouvrages fortifiés, quelques retranchements, sur les collines environnantes de Gellamont, Cuite, Hermomont, Sainte-Geneviève, Mousson.

Attirés par la beauté de cette riche vallée, par la facilité des communications, et surtout par le voisinage d’une forteresse où ils pouvaient chercher un refuge en cas de danger, bon nombre de Romains et de Gaulois vinrent se fixer à Scarpone. Ils se bâtirent des villas tout autour de la forteresse et jusque sur les flancs des charmantes collines voisines.

De la sorte, Scarpone s’accrut rapidement en population et en étendue. Il devint une des villes les plus importantes du pays, bien qu’il n’ait jamais embrassé les sept lieues de tour que la tradition lui attribue.

« Il est aisé, dit Dom Calmet, de conjecturer par les vestiges des anciens monuments découverts à Scarpone, que cette ville a été une des plus considérables de la province ». Elle semble avoir atteint son plus haut degré de splendeur, son apogée, au commencement du IVe siècle. En effet, les morceaux d’architecture et de sculpture recueillis dans ses ruines appartiennent presque tous à cette époque.

La religion païenne était la religion primitive de Scarpone. On y adorait les principales divinités de Rome et de la Gaule, ainsi qu’en témoignent les nombreuses statues qu’on y a découvertes. Jupiter, le père des dieux du paganisme, y avait ses autels, Vénus y recevait des honneurs comme partout. Une statue en bronze de Vénus, trouvée dans les ruines de Scarpone, se trouve au musée lorrain.

Mercure, Junon, Bacchus, Diane, Morphée, y avaient leurs images. Sur la côte de Cuite, qui fixait la limite du pays messin et du pays leuquois, un temple était dédié au dieu Terme.

Il serait intéressant de connaître l’époque précise de l’introduction du christianisme à Scarpone. Malheureusement, l’histoire est muette sur ce point. Sans doute, il est permis raisonnablement de croire qu’il y avait des chrétiens dès les Ier et IIe siècles, comme il y en avait à Toul et à Metz. Mais en l’absence de documents authentiques, on en est réduit à de simples conjectures. Tout ce qu’on peut affirmer, c’est que la religion chrétienne s’y implanta sérieusement sous le règne de Constantin-le-Grand, et y fit de rapides progrès.

On sait que, dans le cours de l’année 311, ce prince quitta Trêves, sa résidence favorite, pour aller conquérir l’Italie. Un soir, vers le coucher du soleil, son camp est éclairé d’une vive lumière : c’est une croix de feu qui est apparue dans les airs, avec ces mots : « In hoc signo vinces, par ce signe tu vaincras ».

Converti et transporté de joie, Constantin arbore la croix dans ses étendards, traverse les Alpes et remporte deux victoires qui lui assurent la conquête du monde. De retour à Trêves, il s’applique à répandre la bonne nouvelle de l’Evangile, et élève partout des temples au vrai Dieu, notamment à Scarpone.

« Les Scarponois, dit Le Bonnetier, sont en droit de réclamer Constantin-le-Grand comme auteur de leur église (placée sous le patronage de St Georges). Cette église fut sans doute, desservie par un prêtre résidant, qui avait pour mission la conduite et l’instruction des néophytes ».

Certains auteurs ont pensé que l’apparition du Labarum avait eu lieu dans les environs de Scarpone, et que les habitants de cette ville avaient pu en être les témoins oculaires. Quoi qu’il en soit, ceux-ci élevèrent un bel obélisque qui rappelait ce fait miraculeux. Sur les faces du piédestal étaient des bas-reliefs représentant la victoire de Constantin sur Maxence et son entrée triomphale à Trêves. Le sommet était orné d’une croix en pierre, entourée de rayons, « semblable à une petite roue de carrosse ».

A partir de Constantin, Scarpone vit sa prospérité décroître, par suite des incursions des barbares.

La Gaule a toujours été pour les Allemands un objet d’ardentes convoitises. Plusieurs fois déjà, pendant les IIe et IIIe siècles, ils l’avaient envahie, sans pouvoir toutefois s’y établir. Or, rapporte l’historien Ammien Marcellin, ils l’envahirent de nouveau dès les premiers jours de l’année 366, et mirent en déroute les généraux romains chargés de surveiller les frontières.

L’empereur Valentinien Ier, qui se trouvait alors à Paris, ressentit le plus vif chagrin à la nouvelle de cette défaite, et aussitôt il envoya un autre général, Dagalaïf, pour les repousser. A son tour, Dagalaïf fut rappelé à cause de son indécision, et remplacé par Jovin, maître de cavalerie. A celui-ci, était réservé l’honneur de battre l’ennemi et de le chasser du territoire. Une première bande d’Allemands s’était avancée jusque Scarpone. Jovin tombe sur elle à l’improviste et l’extermine, sans qu’il lui en coûte, à lui, un seul homme.

Nous pensons, avec M. Digot, que cette première rencontre eut lieu à l’extrémité du bourg de Dieulouard, du côté de Nancy, sur la route nationale. Une chose nous confirme dans notre opinion, c’est que, il y a quelques années, on a découvert à cet endroit une énorme quantité d’ossements d’hommes et de chevaux, entassés pêle-mêle : ce qui indique évidemment l’emplacement d’un champ de bataille.

Puis, profitant de l’ardeur de ses soldats encouragés par ce succès inespéré, il marche contre un second corps d’Allemands que ses éclaireurs lui ont signalé sur la rive droite de la Moselle. Il s’en approche, sans être vu, en se glissant dans une vallée couverte de forêts. II les aperçoit qui sont occupés, les uns à se baigner, les autres à boire ou à se teindre les cheveux selon la mode de leur pays. De suite, il fait sonner la charge, se précipite sur eux, sans leur laisser le temps de courir aux armes et de se ranger en bataille. Il en fait un horrible carnage. Quelques-uns seulement parvinrent à s’échapper, en se sauvant par des sentiers étroits et tortueux.

Ce second combat fut livré, entre Atton et Loisy, au lieu appelé « terre maudite ». L’endroit où les morts furent enterrés se nomme encore « l’Atrée ou le cimetière des Allemands ».

Un siècle plus tard (451), Scarpone eut à subir un siège mémorable. Attila, le fléau de Dieu, a passé le Rhin à la tête de ses hordes innombrables. Longeant la chaîne des Vosges, il marche vers la Moselle. Tarquimpol, Mayence, Trêves, ne sont bientôt plus qu’un monceau de ruines.

Tous les habitants qui n’ont pu fuir sont passés au fil de l’épée. Dans le courant du mois de mars, raconte Paul Diacre, le Barbare parait devant Metz. Mais la ville lui ayant fermé ses portes, il ne jugea pas à propos d’en faire le siège, l’estimant trop forte. Et comme il avait hâte de pénétrer jusqu’au coeur même de la Gaule, il se contenta d’en ravager les environs, et continua sa route.

Maintenant, c’est au tour de Scarpone à trembler. Toutes les collines où s’élèvent aujourd’hui les villages de Dezaumont, Sainte-Geneviève, Landremont, sont couvertes de Huns, à l’aspect farouche et sauvage.

A la première nouvelle de leur approche, les Scarponois, sachant le sort qui leur sera réservé en cas de défaite, se sont empressés de mettre leur forteresse en état de défense. Ils ont réparé les murailles, coupé les ponts, dressé sur les remparts et sur les tours les machines de guerre, nettoyé le fossé de circonvallation, qui est la principale force de la place.

Longtemps, l’épouvante fut grande parmi eux. Mais enfin, après plusieurs assauts infructueux, les Huns, ayant appris que les murs de Metz venaient de s’écrouler subitement, retournèrent sur leurs pas, et s’emparèrent de cette dernière ville, qu’ils mirent à feu et à sang. Scarpone était sauvé.

Le danger disparu, on songea à réparer le mal. Les faubourgs étaient détruits, les nombreuses et riches villas semées alentour étaient brûlées et saccagées, on les releva. Au bout de quelques années, il ne restait plus guère de traces du passage des Huns.

Pendant les deux cents ans qui suivent, l’histoire garde un silence à peu près complet sur Scarpone. Nous n’avons à enregistrer aucun fait de quelque valeur.

Le VIIe siècle, qui vit la création de puissantes abbayes dans notre province, en particulier, celles de Luxeuil, Remiremont, Senones, Etival, Saint-Epvre, vit aussi la création d’une abbaye de Bénédictins à Scarpone, sur la colline de Gellamont.

D’où venaient ces religieux ? Combien étaient-ils ? Quel fut leur fondateur ? Autant de questions auxquelles il est impossible de répondre, les titres authentiques ayant disparu dans le pillage des guerres !

Tout récemment, on a découvert, dans la cour de cet ancien couvent, un tombeau en pierre qui renfermait un corps humain, à l’exception de la tête, et quelques fragments d’étoffe de soie. Sur le couvercle était taillée grossièrement une crosse d’abbé. Ne serait-on pas en présence des restes d’un des abbés de ce monastère ?

Toutefois, leur existence ne saurait être mise en doute. « Il y avait anciennement, près de Dieulouard, dit Dom Calmet, une abbaye de Bénédictins, nommée Gellamont, à laquelle succéda une Collégiale…. ».

L’aspect de la colline de Gellamont était alors bien différent de ce qu’il est aujourd’hui, avec ses maisons, ses vignes, ses vergers, ses houblonnières, ses champs cultivés. C’était un site rocailleux, couvert en partie de forêts. On y voyait encore quelques débris de fortifications romaines et des grottes, qui avaient dû servir de demeures aux premiers habitants du pays.

Les religieux commencèrent par aménager une de ces grottes pour en faire un oratoire, où ils pourraient chanter l’office divin et célébrer les saints mystères. Ils le mirent sous le patronage de St Romain, martyr. Puis, tout autour de la maison de Dieu, ils se construisirent d’humbles cellules réunies par un cloître. Enfin, ils portèrent la cognée dans les bois pour agrandir leur horizon.

Selon toute apparence, ils suivaient la règle de St Benoit, vrai chef-d’oeuvre de sagesse, de discrétion et de raison. Leur temps se partageait donc entre le travail et la prière. Sept heures de sommeil, coupées par la récitation de l’office à minuit. Pendant le jour, sept heures consacrées au travail manuel, deux heures à l’étude, le reste à la prière et à la méditation.

Dans les premières années du Xe siècle, ils quittèrent Gellamont et se rendirent à Morey, où ils construisirent un nouveau monastère sur l’emplacement du château actuel. Ils eurent pour successeurs les Chanoines de Montfaucon-d’Argonne. Les Bénédictins échangèrent leur couvent de Gellamont pour une terre que les Chanoines de Montfaucon possédaient sur les bords du Rhin.

Quand les Francs eurent succédé aux Romains dans les Gaules, Scarpone vit flotter sur ses murs le pavillon de Clovis, Charles Martel, Charlemagne. D’après une antique tradition, ce dernier serait venu l’assiéger et n’aurait pu y entrer qu’au bout de trois jours. Il en fit depuis une de ses résidences royales, où il aimait à venir se reposer de ses fatigues et de ses guerres. C’est lui, dit-on encore, qui planta les vignes appelées Charlemagne, au pied de la côte de Cuite, « car il n’était pas l’ennemi du bon vin ».

A cette époque, Scarpone n’était plus seulement le nom d’une ville, mais celui d’un comté. Ce comté s’étendait fort loin : il touchait au nord le pays messin, au midi le Toulois et la Voivre, au levant le Saunois. Il comprenait un grand nombre de villages, entre autres : Thiaucourt, Pannes, Gorze, Xammes, Essey-et-Maizerais, Ars-sur-Moselle, Novéant, Belleville, Pagny, Prény, Arnaville, Bayonville, Norroy, Champey, Mousson, Bouxières-sous-Froidmont, Millery, Autreville, Rosières-en-Haye, Les Saizerais, Marbache, Liverdun, etc…

Après la mort de Charlemagne, ce comté fit partie du royaume auquel Lothaire donna son nom. Plus tard (877), il se trouva enclave dans les domaines de Louis-le-Germanique et de ses enfants, et demeura attaché à l’Allemagne pour de longs siècles, bien que la langue allemande n’ait pu dépasser les cimes des Vosges et que ses habitants soient restés français de langage, de relations, de coeur et d’humeur guerrière.

En 945, il devint l’apanage de la famille de Godefroy de Verdun. Sous le gouvernement de ces princes, il eut beaucoup à souffrir de la rapacité et des déprédations des Normands. Portés sur des barques légères, d’un faible tirant d’eau, ces hardis aventuriers remontèrent plus d’une fois le cours de la Moselle et pénétrèrent jusque Scarpone, qu’ils pillèrent et rançonnèrent sans pitié, notamment en l’année 890.

D’autres, plus cruels encore, leur succédèrent. Nous voulons parler des « Hongrois ». Les historiens du moyen-âge nous en font un portrait épouvantable. C’étaient, nous disent-ils, des hommes de petite taille, mais d’une vivacité extraordinaire, ayant la tête rasée afin de ne donner aucune prise à leurs ennemis, les yeux enfoncés et étincelants, le visage couvert de cicatrices volontaires, se nourrissant de viande crue ou échauffée entre la selle et le dos de leur cheval.

Voilà le peuple qui envahit la Lorraine à cinq reprises différentes, en 910, 915, 926, 937 et 954. En 954, ils assiégèrent Scarpone, sans cependant pouvoir s’en emparer. Il faut croire qu’ils commirent de bien grandes atrocités, car leur souvenir est loin d’être effacé dans notre pays.

Quelques années après (984), la guerre ayant éclaté entre Othon, empereur d’Allemagne, et Lothaire, roi de France, ce dernier accourt en Lorraine, prend d’assaut Verdun, fait prisonnier le comte Godefroy et vient mettre le siège devant Scarpone.La femme du prisonnier, l’héroïque comtesse Mathilde, continua la lutte, sur les conseils du moine Gerbert, qui lui écrit: « Ma fille, je vous prie de ne pas vous laisser abattre par la mauvaise fortune, mais de conserver inviolablement la foi que vous avez jurée à l’empereur Othon, de n’écouter aucune proposition de la part des Français, et surtout de ne point vous dessaisir de Scarpone, Hatton-Châtel et des autres places qui vous ont été confiées ». Elle résista si bien, qu’elle finit par triompher de son redoutable adversaire.

Nous avons vu comment les chanoines de Montfaucon-d’Argonne avaient succédé aux Bénédictins à Gellamont, et comment ils étaient devenus propriétaires du couvent Saint Romain. Ils administrèrent ce domaine de Gellamont par un des leurs, député à cet effet, jusqu’à ce que Dudon y établit une collégiale, en 997.Dudon naquit à Gellamont vers 950. Son père, grand marchand de la ville de Verdun, accompagna en Espagne le bienheureux Jean de Vandières, abbé de Gorze, chargé d’une mission extraordinaire auprès du calife Abdérame.

On lit dans l’Histoire de Lorraine de A. Digot : « Otton V, qui désirait envoyer une ambassade au calife de Cordoue, Abdérame III, confia cette mission délicate à Jean de Vandières…. L’envoyé de l’empereur parvint à obtenir ce qu’il était venu demander, c’est-à-dire la promesse d’empêcher à l’avenir les courses des corsaires sarrazins, qui répandaient la terreur sur les côtes de la Provence et de l’Italie. Il revint ensuite au monastère, mais les ravages des pirates musulmans n’ayant pas cessé, l’empereur le chargea d’une seconde mission, et l’infatigable solitaire se remit en route, accompagné d’un marchand de Verdun, nommé Dudon, et se rendit de rechef à Cordoue », en passant par Scarpone où il fit ferrer son cheval.

A son retour, Dudon se fixa à Gellamont, et s’y rendit acquéreur de grandes propriétés. Son fils prit l’habit religieux à la collégiale de Montfaucon-d’Argonne, dont il devint bientôt le prévôt, en même temps que primicier de la cathédrale de Verdun.

A la mort de son père, persuadé qu’il ne pouvait faire un plus noble usage de ses biens patrimoniaux que de les consacrer à la gloire de Dieu, il s’en servit pour fonder une collégiale à Gellamont, et la doter richement.

Puis, il fit construire tout à côté, à grands frais d’argent et de peines, un château fortifié, où les chanoines pourraient trouver un asile en cas de danger, et une chapelle, dédiée à St Sébastien, pour l’usage des défenseurs du château.

Les choses en étaient là, quand le comté de Scarpone changea une fois encore de maîtres et passa sous le gouvernement des évêques de Verdun, en 997.

Voici dans quelles circonstances : Le comte Frédéric, fils et successeur de Godefroy-le-prisonnier, las de régner et méprisant le vain éclat des grandeurs humaines, se fit religieux à l’abbaye de St Vanne de Verdun, afin de se consacrer tout entier au service du grand Maître du ciel. C’était, dit Roussel, un prince accompli, dont la piété et les bons exemples servirent beaucoup à la réforme des personnes de grande et moindre condition, qui fit beaucoup de bien aux églises. Il était lié d’une étroite amitié avec Heimon, évêque de Verdun.

Sachant qu’il ne pourrait remettre ses Etats en meilleures mains qu’en celles de son illustre ami, il lui en fit « abandon et donation à lui et à ses successeurs », en stipulant toutefois, qu’il en conserverait la souveraineté jusqu’à sa mort. Heimon accepta cette donation, du consentement du suzerain, l’empereur Othon III.

Ensuite, il vint visiter son nouveau domaine de Scarpone. De la partie de la ville qui tenait à la côte de Gellamont, il fit un village. Or, à ce village, il fallait un nom. Pensant à son éloignement de Verdun, l’évêque étendit la main pour le bénir, en disant : « Dieu-le-wart », en d’autres termes : « Dieu le garde ».  D’où, par corruption, est venu le mot Dieulouard. « Voilà, dit Le Bonnetier, tout le mystère du nom de Dieulouard ».

Heimon n’avait pas tort de confier à la garde de Dieu, ce domaine isolé et lointain qui n’avait pas de soldats pour le protéger, et que plusieurs convoitaient avidement.

En 1007, Conrad II, roi de Germanie, tenta de s’en emparer. Il envahit donc, à la tête de ses Allemands, le comté de Scarpone. Il prend d’assaut la ville, la livre aux flammes et l’efface du nombre des cités d’Europe.

« Cette destruction fut si horrible, que la tradition s’en est conservée des vieux aux jeunes jusqu’à nous », dit Le Bonnetier. « Ceux des habitants qui avaient survécu au pillage et aux massacres allèrent se réfugier à Dieulouard. Les uns se retirèrent dans les antres des rochers qui bordaient la colline de Gellamont, les autres se construisirent des baraquements, comme ils purent, à l’entour du château ».

Telle fut la fin de cette antique cité gallo-romaine qui avait eu la gloire de résister aux cinq cent mille guerriers d’Attila (d’après Grégoire de Tours). Désormais, elle ne sera plus qu’un humble hameau dépendant de la communauté de Dieulouard. Elle perdra jusqu’à son nom véritable : elle s’appellera Xerpanne, Charpeigne, Charpagne.

« Sic transit gloria mundi, ainsi va le monde ! »


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Le château de Dieulouard (54)

Blason de DieulouardCarte de DieulouardChâteau de Dieulouard

 

Inscrit au titre des monuments historiques depuis le 19 juin 1927, il faut attendre 1970 pour qu’un début de réhabilitation soit entreprise, avec la restauration du logis épiscopal et la création d’un musée gallo-romain. Installé dans le château, le Musée des Amis du Vieux Pays à Dieulouard présente des objets provenant de l’antique cité de Scarpone.

Je vous propose de remonter le temps, et de découvrir l’histoire mouvementée de ce château, plusieurs fois détruit, puis reconstruit.

Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après « Le département de la Meurthe » d’Henri Lepage – 1843
et la « Notice historique sur Scarpone et Dieulouard » de l’abbé Melnotte – 1895

Le premier document qui parle de Dieulouard est un diplôme de l’an 1028 donné par l’empereur Conrad-le-Salique, à l’occasion de l’abbaye de Gellamont, bâtie près du château de Dieulouard, dans le pays de Scarpone.

Toutefois, Scarpone et Dieulouard n’ont jamais composé une seule et même ville, et le château de Dieulouard n’a jamais été la forteresse de Scarpone dont parle le fameux Gerbert dans sa 47e lettre. Il y a bien plus d’apparence que Dieulouard s’est accru, ou même s’est formé des débris de la ville de Scarpone, avec laquelle il ne fait à présent qu’une seule commune.

L’histoire, en effet, ne commence à parler de Dieulouard que dans le XIe siècle, auquel temps elle cesse de mentionner Scarpone. Il semble néanmoins que Dieulouard n’avait encore, dans le milieu du XIe siècle, aucun territoire ou ban particulier, et que celui de Scarpone n’en était pas encore séparé, puisque le vignoble qui en est proche dépendait encore alors de Scarpone. C’est ce que nous apprend Thierri, évêque de Verdun, confirmant et augmentant en 1047 la dotation de l’église collégiale de la Madeleine de Verdun.

Le voyageur qui a traversé le bourg de Dieulouard a certainement remarqué le ruisseau, appelé Chaudrup, dont les eaux, claires et limpides comme du cristal, s’échappent du pied du château, et s’en vont, après un parcours de quelques cents mètres, se jeter dans la Moselle, à l’endroit où fut Scarpone. Primitivement, ces eaux jaillissaient de tous côtés, en une multitude de sources, sans grand avantage pour les habitants. En l’an 1080, l’évêque Thierry-le-Grand les réunit en un canal, et sur ce canal, il fit construire un moulin, qui rendit dans la suite les plus précieux services. Son successeur, Richer, établit à Dieulouard une fabrique de monnaies.

On sait que, pendant le XIIe siècle, la guerre sévit dans toute la Lorraine, à l’état de fléau chronique entre les évêques de Verdun, de Metz, de Toul, les ducs de Lorraine et les comtes de Bar. Il ne faut donc pas s’étonner si, durant cette période, l’histoire de Dieulouard n’est à peu près remplie que du bruit de combats et de sièges.

En 1113, sous l’épiscopat de Richard de Grandpré, la guerre éclate entre Metz et Verdun. L’animosité était telle entre les belligérants, « qu’on arrêtait, emprisonnait et souvent qu’on mettait à mort, tous ceux qu’on rencontrait, appartenant au parti adverse ».

Or, un jour, les gens de Dieulouard surprennent un bourgeois messin qui faisait le commerce. Ils le dépouillent de ses marchandises et le jettent en prison. A cette nouvelle, les Messins accourent, assiègent le château, s’en emparent, y mettent le feu et le rasent, de telle sorte que Dieulouard « demeura comme ville champestre ».

Richard rebâtit son château, mais avant même qu’il soit achevé, les Messins reviennent l’assiéger (1115), et lui font subir le même sort que deux ans auparavant.

Pour la seconde fois, Richard le fait reconstruire. Puis, il réunit en Assemblée des Grands Jours, ses vassaux, barons et seigneurs, et, en leur présence, il déclare traître et félon, Renaud de Bar, lui enlève son titre de voué de l’église de Verdun, pour le punir de n’avoir pas secouru le château de Dieulouard, ainsi que sa qualité l’y obligeait.

Les voués ou avoués, au temps féodal, étaient des seigneurs séculiers qui prenaient soin de la défense des églises et des monastères. Les personnes les plus qualifiées se faisaient un honneur de ce titre de voué. Dans la suite, les voués abusèrent du pouvoir que leurs places leur donnaient, et devinrent un véritable fléau pour les églises et les couvents dont ils usurpaient les biens et les revenus.

Renaud, pour venger cet affront, descend de son castel de Mousson, à la tête d’une armée, et prend Dieulouard, où il exerce les plus grands ravages. Les maisons sont brûlées, les vignes arrachées, les arbres fruitiers coupés, les récoltes détruites, et les malheureux habitants obligés de chercher un refuge dans la profondeur des forêts.

Quelques années plus tard (1122), nouveaux malheurs. Les Messins qui prétendaient avoir encore à se plaindre des insultes des gens de Dieulouard, reviennent, pour la troisième fois, assiéger cette ville et la réduisent en cendres.

En 1238, Raoul de Torole, évêque de Verdun, engage, du consentement de son Chapitre, la châtellenie de Dieulouard et toutes ses dépendances à Eudes de Sorcy, évêque de Toul, pour 200 livres Provins, dont il avait besoin pour les affaires de son église.

Environ un siècle plus tard (1318), le comte de Bar vient assiéger le château de Dieulouard et le ruine. L’évêque Henri d’Apremont le fit reconstruire, afin de le mettre à l’avenir à l’abri d’un coup de main.

Ce prince généreux ne s’occupa pas seulement de relever les murs de la ville, il travailla aussi à améliorer la condition des habitants. Ce fut lui probablement qui les dota d’une charte d’affranchissement.

C’est sans doute aussi à cette époque qu’il faut fixer l’origine des armoiries de la ville de Dieulouard, comme de beaucoup d’autres villes affranchies par leurs seigneurs aux XIIIe et XIVe siècles. Dieulouard portait « de gueules, à la crosse épiscopale d’or, mise en pal, accostée de deux épines d’argent posées de même et la pointe en bas ».

Le château de Dieulouard, ruiné par le comte de Bar, avait été rétabli au XIVe siècle. Les murs avaient été flanqués de tours casematées, avec canonnières, fossés, terrasses, pont-levis et galeries crénelées.

Quoiqu’il soit maintenant défiguré, on en reconnaît pourtant encore l’enceinte, et sept tours, dont six rondes et une carrée, datée de 1595. Car il y a des constructions de toutes les époques dans cette vaste forteresse, depuis le XIe jusqu’au XVIIe siècle. Les fossés avaient, du côté du pont qui les traversait, et qui existe encore, 60 mètres de largeur. Ils sont comblés de maisons.

Dans l’intérieur, on retrouve le logement du prévôt, les culs de basse-fosse, trois citernes. On montre aussi l’endroit où était le pilori de la justice épiscopale, près de la porte, maintenant sans défense, et au-dessus de laquelle se trouve une statue de la Vierge avec cette inscription : « Sub tuum prœsidium ».

Les murs anciens ont presque partout de 2 à 3 mètres d’épaisseur, les embrasures sont nombreuses, en batteries couvertes, et paraissent avoir été destinées au feu des arquebuses et des fauconneaux. Mais le haut des tours et des murailles étant presque partout détruit, on ne peut pas bien se rendre compte du système de défense.

Pont-à-Mousson

Blason Pont-à-Mousson

 

D’après « L’histoire des villes de France » – Aristide Guilbert – 1845

A moitié route à peu près de Metz à Nancy, l’on trouve sur les deux rives de la Moselle une jolie petite ville, d’origine assez moderne, laquelle tire son nom du pont qui en réunit les deux moitiés : c’est Pont-à-Mousson.

Le nom latin de cette ville a souvent varié ; ainsi elle a été appelée indifféremment : Pons ad Montio, Pons ad Monliculum, Ponti-Mussum et Mussi-Pontum. Quant à l’origine de son nom, elle n’est pas difficile à saisir : la ville et le pont sont dominés par la montagne et le château de Monçon ou Mousson, dont le rôle a été grand dans le moyen âge. De là, la dénomination de la bourgade formée peu à peu au pied de la montagne.

Des titres de l’évêché de Toul, rédigés en 896, sous le roi Zwentibald, et en 905, sous Louis III, mentionnent déjà villa Pontus sub castro Montionis. Dès la fin du IXe siècle, il y avait donc en cet endroit un pont sur la Moselle et une bourgade.

En 1229, les Messins, guerroyant contre le comte de Bar, auquel appartenait la forteresse de Mousson, rompirent le pont afin d’empêcher ce prince de communiquer avec la garnison de la forteresse. Le duc Mathieu II, en 1232, brûla la ville pour punir le comte de Bar d’avoir secouru les Messins.Ce fut le comte de Bar Thiébaut, qui, en 1263, commença à bâtir l’église de Sainte-Croix-sur-le-Pont. Mais il n’en fit construire que le chœur, et l’église ne put être achevée qu’en 1450, par les soins d’Yolande d’Anjou.La ville de Pont-à-Mousson contenait trois hospices différents. Un titre du comte de Bar, Renaud Ier, écrit en 1147, en mentionne un, placé dans l’ancienne ville dudùm juxta pontem Sub monte. Thiebaut II, fonda en 1257, un second hôpital dans la ville neuve, vis-à-vis de l’église de Sainte-Croix.Enfin, dès 1257, existait à Pont-à-Mousson, la maison de saint Antoine qui tenait également lieu d’hospice. La multiplicité de ces établissements de charité tenait à ce que, chaque année, de nombreux pèlerins se rendaient dans cette ville, afin de se prémunir contre l’affreuse maladie, connue sous le nom de feu saint Antoine, qui fit tant de victimes pendant les XIe et XIIe siècles.

Vers le commencement du XIIIe, fut fondée la ville neuve de Pont-à-Mousson, sur l’autre rive de la Moselle. En mars 1261, Thiebaut II, afin d’y attirer des habitants, offrit à ceux des villages voisins des terrains pour bâtir, avec l’assurance qu’il leur serait permis de vivre sous le régime de la Loi de Beaumont. Cette mesure lui réussit à merveille, et la nouvelle ville ne tarda pas à se peupler. Les titres de cette époque parlent souvent de la centaine (centena) de la ville : il y a lieu de croire que c’est au corps de la bourgeoisie que s’applique cette désignation.

Régis d’abord par la Loi de Beaumont, les bourgeois furent ensuite soumis à la loi de Stenay. Ils avaient un mayeur et sept échevins qu’ils choisissaient chaque année. Un sénat à vie de quarante jurés complétait la constitution municipale de Pont-à-Mousson. Ce régime se maintint jusqu’à l’érection de la ville en marquisat par l’empereur Charles IV (1354).

Plus tard, Pont-à-Mousson obtint tous les privilèges des villes impériales, et la commune fut administrée par un échevin, assisté de sept jurés et de dix-huit conseillers. Cette nouvelle forme de gouvernement se maintint jusqu’à la réunion à la France.

Le 30 octobre 1369, les Messins s’emparèrent de la ville et la brûlèrent. En 1443, ils enlevèrent tous les bagages de la reine Isabelle, femme de René d’Anjou, venue en pèlerinage à Saint-Antoine du Pont.

Charles-le-Téméraire s’empara de la ville, en 1475, après huit jours de siège. Le duc René II y rentra, dans le mois d’octobre 1476, mais il n’y demeura qu’une nuit. Ses troupes s’étant révoltées, il fut obligé de se retirer et les Bourguignons y revinrent, dès le lendemain, sans éprouver la moindre résistance.

Le 8 avril 1552, le roi de France Henri II se saisit de Pont-à-Mousson, et ordonna sur-le-champ de fortifier la ville et le château. M. de Vieilleville, à l’abri derrière ses murs, ne cessa de tourmenter l’armée impériale, pendant toute la durée du fameux siège de Metz, en lui enlevant coup sur coup, les convois de toute nature qui lui étaient expédiés de l’Allemagne et des Pays-Bas.

Le comte d’Egmont, en 1553, étant parvenu à rentrer dans la place, au nom de Charles Quint, les travaux de fortification furent interrompus encore une fois. On les reprit plus tard, et la ville resta dans un état respectable jusqu’en 1670. M. de Créqui la fit alors démanteler complètement.

C’est au château de Mousson que s’opéra, en 1567, la jonction des protestants allemands amenés par Casimir, fils de Frédéric II, comte palatin du Rhin, avec les protestants français, commandés par le prince de Condé et l’amiral de Coligny. Le duc d’Aumale, pour ralentir ce mouvement, fit ruiner deux des arches du pont, lesquelles ne furent rétablies qu’en 1580, par le duc Charles III.

Déjà, en 1524, un effroyable débordement de la Moselle en avait détruit quatre arches, ainsi que plusieurs maisons et un très grand pan de la muraille d’enceinte. Vers 1640, il fut de nouveau emporté par les eaux : on le reconstruisit en bois, et c’est au duc Léopold qu’est dû le beau pont de pierre qui subsiste encore aujourd’hui.

En 1572, Charles III fonda à Pont-à-Mousson une université, devenue justement célèbre, et dont tout l’enseignement fut confié aux PP. Jésuites. En 1579, il accorda aux habitants quatre foires de quinze jours chacune. Le dernier événement militaire relatif à Pont-à-Mousson est sa reddition aux troupes françaises, le 7 août 1641. Tant que la ville dépendit du duché de Lorraine, elle fut le chef lieu d’un bailliage ressortissant à la cour souveraine de Nancy.

Les ruines du château de Mousson (54)

Blason Pont-à-MoussonRuines du château de MoussonRuines du château de MoussonCarte château de Mousson

D’après « L’histoire des villes de France » – Aristide Guilbert – 1845

Au sommet de la montagne de Mousson, couronnée de nos jours par les ruines imposantes de la forteresse du moyen âge, se trouvaient jadis un château-fort, un village, une église paroissiale et une chapelle castrale.

Le château date sans aucun doute d’une très-haute antiquité : les débris romains qu’on y a retrouvés, à diverses époques, ont fait penser qu’une station fortifiée avait existé sur ce point, et, de conjectures en conjectures, on est venu à prétendre que le nom latin Monsio n’était qu’une abréviation du nom primitif Mons Jovis.

Dès le XIe siècle, le château de Mousson joue un rôle important dans l’histoire du pays. A Louis de Montbéliard succède Thierry II, qui reporte le titre de comte de Mousson dans la maison de Bar, d’où il était sorti par le mariage de Louis avec Sophie, fille de Frédéric II.

En 1113, l’empereur Henri V, ayant fait prisonnier le comte Renaud Ier, successeur de Thierry, vint assiéger le château de Mousson. La comtesse Gillette, fille du comte Sigfrid de Briey, y était enfermée. Elle résista bravement aux efforts des troupes impériales. Henri V fit alors planter une potence devant le château et menaça la comtesse de faire pendre son mari si elle ne rendait la place. Dans la nuit même, Gillette accoucha d’un fils, depuis le comte Hugues, et le lendemain elle fit dire à l’empereur qu’il y avait un nouveau comte de Bar, et qu’il fit de l’ancien ce qu’il voudrait. Le monarque, furieux, allait faire pendre le comte Renaud, mais tous les seigneurs qui l’accompagnaient intercédèrent si bien pour le prisonnier, qu’il eut la vie sauve.

En 1492, un accident mit le feu au magasin à poudre du château de Mousson, qui fut presque entièrement brûlé. On le rétablit, et en 1567, il donna asile au prince de Condé et à l’amiral de Coligni. Il subit enfin le sort de toutes les places fortes de la Lorraine et fut démoli par les Français, en 1670.

Les ruines du château de Prény (54)

Ruines du château  de PrényCarte de Prény

 

Petit village situé en Meurthe-et-Moselle, Prény est dominé par les ruines de son château médiéval, qui fait l’objet d’un classement aux monuments historiques depuis 1862.

Je vous propose de découvrir l’histoire de ce château qui, à une époque, était qualifié comme étant l’un des plus puissants boulevard de la Lorraine.

Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après la monographie « Histoire de Pont-à-Mousson et des environs » – Napoléon Henry  - 1829
et d‘après un article paru dans la revue « L’Austrasie » en 1838

Une des ruines les mieux conservées est celle de cet antique manoir, dont le squelette atteste les fureurs de Richelieu, lorsqu’il perdit l’espoir de couronner sa nièce. Ce château existait dès l’an 960, comme on le voit par une charte de l’empereur Othon.

C’était un des plus puissants boulevards de la Lorraine. Les ducs, d’après la chronique, en tiraient leur cri de guerre, « prini ». Ils le portaient sur leurs casques en forme de devise, leurs preux le poussaient dans les combats, et, dit un auteur : « Ils crient prini ! Prini ! Honneur au riche duc Ferry ! Marchi entre trois royaumes ».

C’est le moyen âge qui fit la réputation de Preny. Le premier siège que cette forteresse eut à soutenir fut en 1139 contre Etienne de Bar, evêque de Metz. La troupe de ce prince allait s’emparer du château lorsqu’une réconciliation eut lieu avec le duc Matthieu Ier.

En 1207, Thiébaut Ier, comte de Bar, s’avança avec une troupe d’aventuriers, ruina Preny et fit son gendre prisonnier. Ferry, ayant recouvré sa liberté, reconstruisit la forteresse et l’augmenta de quatre hectares.

C’était un carré flanqué de hautes et fortes tours liées entre elles par d’épaisses murailles, et des galeries souterraines creusées dans le roc vif. A l’une des extrémités de ces constructions, qui formait le château proprement dit, s’élevait un second édifice entouré de fossés, flanqué également de tours sur l’une desquelles était placée la fameuse cloche nommée Mande-Guerre. Cette tour, la plus grosse, porte encore aujourd’hui ce nom.

Ce pâté de bâtiments, qu’on appelait le donjon, contenait la chapelle ducale et les grands appartements. On remarque une ruche immense dans l’une de ces tours, où l’on pénètre par une issue pratiquée nouvellement dans l’épaisse muraille, les prisonniers y étaient descendus par une ouverture à la voûte supérieure.

Une place d’armes, les logements de la garnison, les loges où se réfugiaient les paysans de la seigneurie en temps d’invasion, occupaient l’espace compris entre le donjon et le château, dont un double rang de fossés et trois fortes portes complétaient les moyens de défense.

En 1262, Thiébaut II, comte de Bar, l’assiégea en vain pendant cinq mois. Quatre ans après, ce même comte remporta sous ces murs une bataille sanglante sur les forces combinées du Luxembourg et de la Lorraine.

En 1286, Bouchard d’Avènes, soixante-septième évêque de Metz, l’investit avec 4 000 soldats et 100 cavaliers bardés de fer, à la solde journalière de cinquante tonneaux de vin et de 700 livres messines. Mais tous ses efforts échouèrent devant Milon de Vandières, l’un des types de ces barons de fer du moyen âge. La lutte dura cinq années. Bouchard y férit moult coups de lances, y captura moult prisonniers, entre autres messires Jehan et Girard de Rosières, Chivelliers, Tourraingeots, très aimés du cuens de Bar, Thiébaut II, pour lors allié du duc de La Hérègne, Ferry, troisième du nom.

Après une aussi belle défense, Preny devint l’apanage des fils aînés de Lorraine. Quand le duc était à Preny, les hommes de Pasgny étaient obligés de proseigner geline et d’y faire la garde une fois. L’abbesse de Saint Pierre de Metz, et son couvent, en qualité de dames de Nourroy, devaient à chacun an, à la recette de Preny, le cri et la chevauchée de ladite ville, un guet au chastel, deux charretées de vin du meilleur du cru, deux muids de blé, et deux gelines à chaque maistre d’hôtel.

Les sires de Vandières, de Vandelainville et Bayonville étaient également tenus à la garde de la forteresse. Preny, après quarante ans d’occupation bourguignonne, advint à Louis de Guise, il le possédait lorsque le chasteau du bon duc Ferry, tant merveilleusement accousté que place que l’on eût vue, se rendit à Richelieu.

On voit encore à Preny huit tours démolies à moitié, une partie des murs d’enceinte sur lesquels on remarque la croix à deux croissants inégaux de Réné, le héros de Nancy, une des trois portes du fort encore intacte, un corps de garde avec ses arceaux en ogive, un puits de 136 pieds de profondeur, aujourd’hui condamné, enfin de vastes souterrains. La magnifique chapelle castrale, dite des ducs de Lorraine, ne fut détruite qu’en 1785, et l’antique église du bourg n’a été rasée qu’en 1827.

Il y a aussi là une sainte fontaine qui guérit de la fièvre quarte. C’est là que s’arrêtèrent obstinément, à cause des mauvais chemins probablement, en 1634, les huit bœufs qui traînaient à la fonderie, la tonnante Mande-Guerre, qui tant de fois donna le signal du combat, et qui fit si souvent palpiter des cœurs généreux. En la brisant, on ne s’aperçut pas d’un large éclat tombé dans le bassin de la fontaine. Avec cette écaille, on fit la cloche actuelle.

En traçant un sillon dans un champ, on trouva un squelette à côté duquel était une javeline, et dernièrement, le propriétaire vient de faire réparer quelques souterrains.

Si des hauteurs qui dominent Prény, vous contemplez le fertile bassin de la Moselle, vingt siècles se dérouleront aussitôt devant vous, tant la vue plane sur une suite de lieux historiques.

Derrière, c’est Norroy-la-Romaine, c’est Mouçon de même origine, c’est le magnifique monastère des prémontrés de Pont-à-Mousson dans toute sa pompe architecturale.

En face, c’est Metz, c’est Jouy et ses arches gigantesques attribuées à Drusus, c’est Voisage aux féodales et pacifiques conférences, c’est Novéant et ses cachots aux vengeresses conjectures, mais ne cherchez plus sa romane église, empreinte du souvenir des Guise, elle a disparu.

Sur votre droite, c’est Vittonville où reposent les restes mortels du lieutenant-général Marie vicomte de Fréhault, type de l’honneur et de la fidélité.

Sur votre gauche, c’est Pagny, patrie du comte de Serre, l’orgueil de notre magistrature et l’une des plus belles gloires de notre tribune parlementaire.

Enfin, à trois quarts de lieue des ruines de Preny, gisent celles de l’abbaye de Sainte-Marie-aux-Bois, pieuse demeure fondée au XIIe siècle par Simon Ier, duc de Lorraine.

On le voit, tout ici parle le langage de l’histoire, tout semble s’unir pour inspirer de sérieuses méditations.

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