La forêt de Haye et la flottille de Boulogne en 1803

Flotille de Boulogne

D’après un article paru dans la revue « Le Pays Lorrain » – Année 1907

Qui croirait que notre forêt de Haye, si éloignée de la mer, ait jamais servi à des constructions navales ? Qui croirait que des arbres, sous lesquels les bonnes gens de Nancy étaient venus s’asseoir l’été en de joyeux pique-niques, aient été abattus pour l’équipement de cette flottille de Boulogne, qui devait jeter une forte armée de l’autre côté de la mer, et qui, pendant un temps, empêcha l’Angleterre de dormir ?

C’est pourtant ce qui advint, et les branches, qui avaient ouï les gais propos de nos dignes aïeux, les confidences d’amour de nos jolies aïeules, sont allées, transformées en avirons, entendre la grande voix des flots, souvent dominée par le fracas du canon.

La paix d’Amiens avec l’Angleterre avait été rompue en mai 1803.

Dès le mois de juillet, Bonaparte, Premier Consul, commençait l’organisation de la flottille qui était formidable : 500 chaloupes canonnières portant chacune 100 fantassins, 400 bateaux canonniers portant pareil nombre d’hommes, plus un canon de campagne, 300 péniches avec 60 hommes chacune.

Voilà les chiffres que donne Thiers dans son Histoire du Consulat et de l’Empire (tome IV).

Et pour qu’ils pussent franchir le détroit par n’importe quel vent ou même avec un calme plat, tous ces bateaux marchaient à la rame. C’étaient les soldats mêmes embarqués sur cette flottille, qui, préalablement exercés au maniement de l’aviron, devaient la faire avancer à travers le Pas-de-Calais.

A supposer qu’il n’y eut qu’un aviron pour deux hommes, une équipe se reposant pendant que l’autre ramait, on arriverait au total énorme d’environ 60 000 avirons, sans compter les avirons de rechange, et ces soldats transformés en marins durent bien en casser quelques uns avant de savoir les manier.

Or, on ne pouvait les demander aux forêts, peu nombreuses du reste, du littoral, qui suffisaient à peine à fournir les pieux nécessaires pour agrandir et fortifier les ports de Boulogne, d’Etaples, de Wimereux, où devait se réunir la flottille. Il fallut donc aller les prendre dans les forêts de l’intérieur, entre autres dans notre belle forêt de Haye.

C’est ce que montre une curieuse lettre administrative, que nous avons trouvée dans les archives communales de Frouard. Elle est datée du 10 vendémiaire an XII, c’est-à-dire du 3 octobre 1803, époque où la construction de la flottille était partout activement poussée.

On remarquera que le préfet d’alors, le citoyen Jean-Joseph Marquis, qui administra notre département de 1800 à 1808, écrit encore le nom de notre forêt Heys, vieille orthographe des XIIe et XIIIe siècles, encore en usage, parait-il.

On remarquera aussi le prix élevé de la journée de travail, 5 francs d’alors faisant bien 8 ou 9 francs d’aujourd’hui, preuve qu’on voulait aboutir à tout prix et à bref délai, et le préfet parle même d’employer la réquisition si on ne trouve pas assez d’ouvriers.

Nancy, 10 vendémiaire an XII.

Le Préfet du département de la Meurthe au maire de Frouard,

Citoyen,
La confection des avirons que l’on exploite dans la forêt de Heys pour le service de la marine, est entravée par le défaut d’ouvriers, et cependant l’intention du Premier Consul est qu’aucun moyen d’accélérer ce travail ne soit épargné.
Je vous prie en conséquence de faire tout votre possible pour déterminer quelques ouvriers en charpente de votre commune à y aller travailler sur le champ.
Ils seront payés très régulièrement par le fournisseur, à raison d’un sol le pied courant d’avirons, ce qui portera le prix de la journée d’un bon ouvrier à cinq francs au moins. Ils pourront au surplus convenir provisoirement d’un prix de journée.
Je ne doute pas que ces avantages ne décident un nombre suffisant d’ouvriers à se livrer à ce genre de travail, et que leur bonne volonté m’évitera le désagrément de recourir à la voie rigoureuse de réquisition.
Vous voudrez bien adresser les ouvriers qui se présenteront au citoyen Antoine, marchand de bois à Nancy, près la porte Saint-Georges, qui est chargé des pouvoirs du fournisseur, et qui leur désignera les points d’exploitation, et réglera avec eux les conditions.
Je vous salue.


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Les festivités à Lunéville en août 1761 et juillet 1762

Blason de LunévilleFeux d'artifice 

En 1761 et 1762, des festivités gigantesques eurent lieu à Lunéville, à l’occasion de la visite de Mesdames Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV. Mesdames étaient venues à Lunéville, saluer Stanislas, leur grand-père.

D’après la monographie « Essais historique sur la ville de Lunéville » de Guerrier – 1817

Mesdames Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV, vinrent prendre les eaux de Plombières, et voulurent en même-temps visiter leur grand-père chéri et la cour de Lunéville.

Leur arrivée étant fixée au 13 août, le roi de Pologne, dont l’empressement de revoir ses chères petites-filles, ne pouvait être égalé que par la tendresse qu’il avait pour elles, alla à leur rencontre trois heures plus tôt qu’elles ne devaient arriver. Il les attendit, avec une partie de sa cour, à quatre lieues de Lunéville.

Treize jeunes filles, dont l’une représentait Diane, et les autres, les Nymphes de sa suite, armées de flèches et de carquois, allèrent à deux lieues, dans les bois voisins de la route. Lorsque Mesdames parurent, Diane et ses Nymphes s’avancèrent, au bruit des cors-de-chasse, jusqu’à leur carrosse. Diane leur offrit du gibier. Ses Nymphes étaient dans un char décoré avec goût, elles se mirent à la suite de Mesdames jusqu’à Lunéville. A quelque distance de là, quatre-vingts jeunes-gens, en petit uniforme de chevaux-légers, reçurent Mesdames au bruit des timbales et des trompettes.

Quatre cents hommes, en uniforme gris, revers rouges, bordaient les rues, depuis l’entrée de la ville jusqu’au château. Ils avaient à leur tête une compagnie de grenadiers.

Les gardes-du-corps du roi de Pologne étaient rangés en bataille à la tête de toutes ces troupes. Les gardes à pied formaient une haie d’une grille du château à l’autre. Toutes les rues du faubourg et de la ville étaient illuminées et ornées de devises et d’emblèmes. Le château aurait présenté le plus beau coup d’œil, si un vent qui s’éleva, n’eût dérangé la symétrie de l’illumination, en éteignant ce qui y était exposé.

On avait construit, en face du château, un arc-de-triomphe qui lui servait de perspective.

Dans l’arc du milieu, qui formait une voûte, était un Bacchus d’une grandeur colossale, sur un tonneau élevé au-dessus d’un rocher factice. Il etait orné de lierre, tenait une coupe d’une main, et un raisin de l’autre. De chaque côté, étaient deux voûtes, où l’on voyait des fontaines de vin.

Il y avait une inscription latine, dont le sens était : « L’allégresse publique à l’arrivée de Mesdames de France ». Les tours de la Paroisse, qui sont très élevées, étaient illuminées avec beaucoup d’art, les chiffres de Mesdames étaient sur l’une et l’autre, celui du Roi était suspendu au milieu. Il partait de ces tours une quantité prodigieuse de fusées.

L’hôtel-de-ville se faisait remarquer par la multitude des lampions qui en décoraient la façade. On n’entendait partout que des cris d’allégresse mêlés au bruit confus de toutes sortes d’instruments.  Les cadets-gentilshommes avaient obtenu de Stanislas la permission d’établir une garde sous le perron de l’appartement de Mesdames. Il y avait tous les jours, un détachement de douze hommes avec un drapeau. La noblesse du pays vint rendre ses hommages à Mesdames.

L’après-midi, Mesdames allèrent voir le rocher, dont les figures exerçaient différents arts, et agissaient d’une manière si naturelle et si aisée, que les spectateurs y étaient trompés. L’eau était le principe caché de ces différents mouvements. On y voyait des moutons gravissant des rochers et broutant l’herbe - des béliers se frappant les uns les autres à coups de cornes et de tête - le berger jouant de la musette, son chien veillant sur le troupeau - un enfant criant dans son berceau – un autre qui le berce pour l’apaiser - des forgerons frappant en cadence sur un fer rouge - des scieurs de long, des charpentiers - enfin toutes sortes d’ouvriers travaillant si naturellement, que l’illusion était complète.

Mesdames admirèrent longtemps le jeu naturel de toutes ces figures, dont le peintre avait pris les modèles dans la bourgeoisie de Lunéville, qu’on reconnaissait aisément. Il y eut le soir un feu d’artifice devant l’appartement de Mesdames.

Le 15, l’infanterie et la cavalerie bourgeoises défilèrent sous les fenêtres de l’appartement de Mesdames, qui furent très satisfaites de leur belle tenue. Un char à la Chinoise fixa, pour quelque temps, leur attention. Le cocher, vêtu comme on représente les Chinois, avait la figure la plus grotesque.

Le 16, Mesdames dînèrent dans un très beau pavillon à l’Italienne, au-dessous duquel était une magnifique cascade. Les musiciens ordinaires du Roi y exécutèrent une pastorale, qui fut généralement goûtée.Vers la fin du repas, on annonça qu’un vaisseau paraissait sur le Canal qui était en face de la cascade, et qu’il portait pavillon hollandais. Mesdames se levèrent précipitamment et vinrent sur le balcon.

Ce vaisseau s’avançait lentement, on entendait un bruit confus d’instruments. On voyait beaucoup de monde, sans pouvoir distinguer la forme des habillements. Il aborda enfin au pied de la cascade, treize matelots, dont l’un était le chef, et douze matelotes, en sortirent deux-à-deux, et marchèrent en cadence. Chaque matelot avait une rame sur l’épaule. Cette troupe monta la double rampe dans le meilleur ordre, se forma aussitôt, et commença un ballet hollandais. Les figures, dessinées avec goût, furent exécutées avec la plus grande précision.

Le 18, la troupe de bergères d’Einville, qui avaient présenté la veille un agneau à Mesdames, arrivèrent dans un char de verdure. La messe fut précédée de la cérémonie du baptême du fils de M. de Clermont-Tonnerre, Gentilhomme de la Chambre du Roi, âgé d’environ trois ans. Le Roi de Pologne et Madame furent parrain et marraine. M. de Choiseul, Archevêque de Besançon, Primat de Lorraine et Grand-Aumônier du Roi, fit la cérémonie, à laquelle assista toute la Cour. A cinq heures, on se rendit dans la salle du bal. Mesdames l’ouvrirent par une contre-danse, il finit à huit heures.

Le 19, à l’issue de la messe, Mesdames montèrent en voiture pour aller dîner à Chanteheux, pavillon d’une forme élégante, à une demi-lieue de Lunéville, servant de perspective au château, d’un goût, d’une magnificence et d’une architecture dignes de l’attention des curieux. L’intérieur répondait parfaitement à l’extérieur. Tout y était recherché, mais avec une aisance qui ne faisait pas trop sentir la supériorité de l’art. L’escalier était d’une hardiesse étonnante, c’était un chef-d’œuvre en ce genre. La milice bourgeoise, tant cavalerie qu’infanterie, forma une haie le long de l’avenue.

Une troupe de jeunes filles du village de Chanteheux, habillées en bergères, vinrent, en chantant, à la rencontre de Mesdames. La plus élégante leur présenta un agneau orné de rubans. Après le dîner, toute la Cour revint au Château. Ensuite elle se rendit à la comédie. L’illumination précédente avait frappé Mesdames. Elles témoignèrent le desir d’en voir une seconde, ce qui fut exécuté à leur grande satisfaction.

Le 21, comme le Roi de Pologne était dans l’usage de se priver de musique le vendredi, Mesdames ne voulurent point qu’on intervertît pour elles l’ordre ordinaire. Ainsi, il n’y eut pas de fête ce jour-là. Pendant le souper, une Dame allemande pinça supérieurement de la harpe en s’accompagnant de la voix. Dans les intervalles où elle se reposait, une symphonie allemande se faisait entendre sous les fenêtres de la salle à manger, et continua sous celles de l’appartement de Mesdames.

Le 22, Mesdames dînèrent à la Chinoise. On fit jouer toutes les eaux, tant de la grotte que des fontaines du Salon. Les eaux qui jaillissaient dans les Bosquets, y étaient amenées par une double file de tuyaux, depuis l’étang de la Fourasse, sur une longueur d’environ 1750 toises de France. Cette file est détruite.

Le surtout, qui faisait l’ornement de la table, était un morceau très curieux. Les eaux jaillissaient de toutes parts et prenaient différentes formes, sans s’écarter de la direction qu’on leur donnait. Stanislas, qui avait imaginé ces sortes de surtouts, en avait dans toutes ses maisons de plaisance.

La table était aussi une pièce très curieuse. Dès qu’on avait desservi, il sortait de dessous terre, une autre table, sur laquelle on voyait des paysages, des maisons, des arbres, des bestiaux, des parterres garnis de fleurs naturelles, des rivières. Enfin tout ce qu’on peut rassembler de plus frappant pour former un paysage agréable. Le tout était en porcelaine assortie au surtout qui ne variait point.

Il y avait, dans ce salon, deux fontaines qui en faisaient l’ornement. Plusieurs oiseaux de grandeur naturelle, des conques marines, des cancres, et d’autres figures jetaient de l’eau dans différentes directions. Des bergers, placés au bord, sur des rocailles, jouaient de la flûte. Tous les animaux, ainsi que les coquilles, étaient dorés, et l’ensemble faisait un très beau coup d’œil.

Ce Salon était toujours extrêmement frais, parce que, outre les eaux, tant du surtout que des fontaines, il y avait, au lieu de vitres, un tissu de canne, qui permettait à l’air de circuler. Vis-à-vis de la porte, sous une espèce de vestibule, on voyait une fort belle grotte de rocaille, faite en cascade, où toutes sortes de figures jetaient de l’eau dans les différents bassins, ce qui faisait une très belle perspective.

Le Roi, qui joignait beaucoup de galanterie à tout ce qu’il faisait, voulut ménager à Mesdames le plaisir de la surprise. Il les avait bien prévenues qu’on souperait à Chanteheux, mais il ne leur avait pas parlé de l’illumination qui eut lieu, et qui fut la plus belle et la mieux entendue qu’on eût encore vue. L’idée qu’on pourrait en donner, serait toujours fort au-dessous de la réalité.

Qu’on se figure un espace d’une demi-lieue, (depuis la grille du Champ-de-Mars jusqu’à Chanteheux) dont une partie était occupée par des jardins , des bosquets, des jets-d’eau, des statues , des vases, etc. et l’autre partie, par une avenue d’arbres, au milieu de laquelle régnait, dans toute la longueur , une charmille taillée à hauteur d’appui, avec des boules également espacées, aboutissant à un gros pavillon carré, ayant une double galerie en dehors, des portiques soutenus par des colonnes avec des bas-reliefs.

La grande allée de marronniers, qui conduit à la grille des Bosquets, était éclairée par des lustres faits exprès, placés à chaque deuxième arbre. Le bassin qui était à l’extrémité, orné des quatre saisons couchées sur des piédestaux, était garni avec beaucoup d’ordre. Les corniches, les panneaux et les soubassements de ces piédestaux, étaient merveilleusement exprimés, de même que ceux des vases et des statues qui ornaient ce vaste jardin, dont le nombre était considérable.

Enfin, rien n’était oublié pour rendre cette fête la plus belle et la plus galante qu’on pût imaginer. L’Intérieur du Salon, qui était d’une magnificence inexprimable, était éclairé avec tant de soin, qu’on s’imaginait être dans le palais de la Fée Lumineuse. L’infanterie bourgeoise formait une haie, et la cavalerie accompagna Mesdames d’une grille à l’autre. Il y avait, près de Chanteheux, un camp qui présentait une seconde illumination. Des feux de toutes parts dans la campagne, plusieurs maisons de riches particuliers illuminées, les clochers des environs paraissant tout en feu. Chacun tâchait d’exprimer de son mieux son zèle et son amour pour le bon Stanislas et ses illustres petites-filles.Le 23 après-midi, il y eut un Te Deum en musique, dans l’Église Paroissiale, pour l’heureux rétablissement de Madame. Le Roi y assista avec toute sa Cour. Mesdames voulurent y aller à pied, par bonté pour le peuple, qui témoignait le plus grand empressement de les voir. La milice bourgeoise formait une haie jusqu’à l’église. Les acclamations furent continuelles. Mesdames revinrent à pied au Château.

Le premier valet-de-chambre du Roi, qui s’était déjà distingué par les soins qu’il s’était donnés pour former la troupe de matelots et par le char à la Chinoise, se distingua encore dans cette occasion. Il avait rassemblé une douzaine de jeunes Allemands et Allemandes, qu’il avait fait habiller très galamment. Ils entrèrent dans la salle du bal, précédés d’une musique allemande. Ils exécutèrent plusieurs danses de leur pays, au grand contentement de Mesdames, qui ouvrirent le bal et dansèrent quelques contre-danses.

Le 24, le Roi, Mesdames et toute la Cour montèrent en carrosse, pour aller dîner à Jolivet, jolie petite maison de plaisance du Roi de Pologne, à un quart de lieue de Lunéville, où l’on jouit d’une très belle vue. Mesdames, qui, la veille, avaient pris beaucoup de plaisir à voir danser les Allemands, furent enchantées de les retrouver à Jolivet. Ils varièrent extrêmement leurs danses. On continua le bal jusqu’à sept heures et demie.

Le Roi ne retint Mesdames si tard, que parce qu’il avait l’intention de faire illuminer le Château à l’occasion de la fête du Roi de France. Mais un orage qui survint, fit remettre la partie au surlendemain.

L’infanterie et la cavalerie bourgeoises formaient une haie sur l’avenue de Jolivet. Le Roi de Pologne ayant annoncé, la veille, son intention pour la célébration de la fête de St Louis, tout se trouva dans l’ordre qu’il desirait, pour honorer avec magnificence la mémoire de ce Saint Roi. On se rendit, sur les onze heures, à la chapelle du Château. L’archevêque de Besançon officia. Il y eut une messe en musique, chantée à grand chœur. La présence de Mesdames, filles de St Louis, rendit la cérémonie plus auguste et plus touchante.

Le même jour, les gardes-du-corps du Roi de Pologne passèrent en revue sous les fenêtres de l’appartement de Mesdames, qui furent frappées de la beauté de cette troupe. Elles en firent leur compliment au Roi. Les cadets-gentilshommes eurent le même honneur. Ils montrèrent leur adresse et leur habileté dans le maniement des armes et dans les différentes évolutions qu’ils exécutèrent. A sept heures, on illumina le Château. Mesdames ne se lassaient pas d’admirer l’illumination, et pour voir plus à leur aise, elles descendirent de voiture, se promenèrent d’une grille à l’autre, en disant : « Il n’est pas possible de voir une illumination plus belle ni mieux entendue ».

Le Roi de Pologne s’était fait porter dans la partie la plus éloignée de la place. Mesdames accompagnées de toute la Cour, s’y rendirent, on considéra longtemps l’ensemble de cette illumination. On entendait, au milieu du bruit des instruments, des acclamations continuelles de « Vive notre bon Roi ! vive le Roi de France ! Vivent Mesdames ! ». Le 26, après le dîner, Madame la Comtesse Humieska, arrivée la veille à Lunéville, donna à Mesdames le plaisir de voir danser plusieurs danses cosaques à un nain polonais, Joseph Boristawsky. La table sur laquelle on avait mangé, lui servit de salle de danse.La bourgeoisie avait pris les armes pour le départ de Mesdames, qui assistèrent au salut dans l’église des Carmes. Après quoi, le Roi, Mesdames et toute la cour prirent la route de la Malgrange, sous l’escorte de la cavalerie jusqu’à Dombasle. Une partie des Grenadiers avait pris les devants et formait une haie sur le pont.

Mesdames de France revinrent en 1762 à Lunéville, où on les revit avec les mêmes transports. Stanislas préparait de nouveaux plaisirs à ses petites-filles, qui continuaient de prendre les eaux de Plombières, d’où elles arrivèrent à Lunéville le 10 juillet.

On avait battu la générale vers midi. Près de 400 bourgeois en uniforme gris, relevé de rouge, avec une très belle compagnie de Grenadiers à leur tête, et environ 30 jeunes gens avec le même uniforme, prirent les armes.

Une troupe de 50 jeunes gens des meilleures familles, les prirent aussi. Cette troupe, en uniforme bleu de roi, revers rouges, boutons et boutonnières d’argent, et un galon sur le collet, guêtres et cocarde blanches, avaient fait broder sur leurs fourniments couverts de maroquin rouge, les chiffres de Mesdames. La bandoulière était blanche, bordée de rouge. Les officiers avaient un plumet blanc.

Cette troupe levée et disciplinée par les soins de M. de Froidefontaine, ancien capitaine, exempt des Cent Suisses de la garde ordinaire du Roi de France, avait un drapeau blanc, parsemé de fleurs de lys d’or, orné au centre et aux angles des chiffres de Mesdames. M. de Froidefontaine avait été présenté au Roi de Pologne, quelques jours auparavant avec trois officiers de sa troupe. Le Roi applaudit beaucoup à son zèle.

Le jour de l’arrivée de Mesdames, cette compagnie se rendit sur la petite place de la Cour, où le Marquis de Choiseul la passa en revue. Le Cardinal de Choiseul, plusieurs seigneurs et Dames de la Cour la virent maneuvrer avec plaisir. Environ 80 hommes en uniforme semblable à celui des Chevaux-Légers, timbales et trompettes à leur tête, allèrent au-devant de Mesdames. Le Roi partit à quatre heures, accompagné de toute sa Cour, et alla jusqu’à Gerbéviller à la rencontre des Princesses.

Dès les cinq heures, tout était disposé à Lunéville pour recevoir Mesdames. La Bourgeoisie enrégimentée formait une haie, depuis l’entrée du faubourg de Viller, jusqu’à la première grille. Les compagnies de sous-officiers invalides, faisant le service de garde à pied, étaient postées dans l’avant-cour du château, et formaient une haie d’une grille à l’autre.

Les cadets-gentilshommes du Roi de Pologne, ayant à leur tête le Marquis de Baye, maréchal de camp et leur commandant, étaient rangés en bataille entre la première grille et le grand escalier. Les cadets-volontaires de la ville étaient dans le même ordre, du côté opposé. Les chevaux-légers de la ville étaient allés à une lieue au-devant des Princesses, toute la troupe des Gardes du Roi les attendait à une demi-lieue. Le Roi précédait Mesdames de quelques instants.

Toutes les cloches donnèrent au peuple le signal de l’arrivée des Princesses ; on entendit une rumeur générale qui annonçait le plaisir dont on allait jouir. Mesdames étaient précédées de toute la cavalerie, au bruit des timbales et des trompettes. L’hôtel-de-ville était illuminé avec art. La noblesse du pays vint en foule rendre ses hommages aux Princesses. Les cadets-gentilshommes avaient établi, comme l’année précédente, une garde de douze hommes avec deux officiers sous le perron de l’appartement de Mesdames. La double rampe de ce perron et l’appui de la terrasse étaient garnis de cloches de verre renversées, dans lesquelles on avait mis des bougies, ce qui produisait une grande clarté, et faisait un effet très agréable.

Le 11, les Princesses assistèrent à une messe en musique. Le cardinal de Choiseul, grand aumônier du Roi, présenta l’eau-bénite à Mesdames, et leur donna l’évangile et la patène à baiser. Lunéville affluait d’étrangers que la curiosité y attirait de toutes parts.

A l’issue du dîner, les Princesses passèrent dans le grand cabinet, suivies de toute la cour, qui était très brillante et très nombreuse. Une enfant de 9 ans, fille de M. Chedville, chirurgien, mérita l’attention de Mesdames par la légèreté et la délicatesse avec lesquelles elle toucha du timpanon. Sur les 7 heures, les Princesses allèrent prendre le frais sur le perron avec le Roi et une partie de la Cour, jusqu’à l’heure du souper. Un magnifique feu d’artifice le fit un peu accélerer.

La décoration de ce feu, placé sur la terrasse, en face du péristyle, présentait une perspective fort agréable. Mesdames l’avaient vue avec plaisir pendant la journée. L’auteur de ce feu, M. Chevalier, Garde du Roi de Pologne, déjà connu par celui qu’il avait donné l’année précédente, attendait, avec une impatience mêlée de crainte, qu’on donnât le signal. Les timbales et les trompettes annoncèrent enfin l’arrivée des Princesses, plusieurs boîtes y répondirent. Une multitude de fusées, qui partirent en même temps, semblèrent avoir embrasé toute l’atmosphère. Les serpenteaux, les tourbillons se croisant, faisaient un feu terrible. Les cascades et les pyramides produisaient un effet admirable.

Quelques personnes employées au service de cet artifice, peu accoutumées à se trouver au milieu des flammes et de la fumée, en furent étourdies, et n’écoutèrent plus le commandement, ce qui fit qu’il y eut un peu de confusion à la gauche, et que quelques pièces furent allumées trop tôt, et d’autres oubliées. Mais cette petite lacune n’empêcha pas qu’on n’admirât beaucoup l’ensemble de l’illumination.

La terrasse contenait au moins 15 000 personnes. Mesdames rentrèrent dans leur appartement.

A une heure après minuit, les sentinelles aperçurent du feu au pavillon nommé le Kiosque. Elles crièrent, la garde s’y transporta, mais le feu ayant déjà percé la seconde coupe du toit, fit tant de progrès, qu’en un instant toutes les coupes furent embrasées, malgré les secours les plus prompts. C’était à une heure où tout le monde était plongé dans le plus profond sommeil.

La rapidité et les progrès de l’incendie sont aisés à imaginer. Un bâtiment construit en bois, peint en dedans et en dehors, devait s’embraser à l’instant. La toiture venait d’être renouvelée et peinte à l’huile, aussi semblait-elle être garnie d’artifices. L’architecte voyant que tous ses efforts seraient vains, et qu’il lui serait impossible de sauver ce bâtiment, tourna toute sa sollicitude sur les maisons de la ville, auxquelles une galerie, faisant corps avec ce pavillon, était adossée. Il fit couper, le plus promptement possible, cette communication. Mais, malgré toute sa diligence, il ne put empêcher le feu de gagner trois maisons voisines.

L’architecte s’était porté sur les toits pour être plus à portée de diriger les secours, suivant les circonstances. Il n’avait pas pris garde que le toit sur lequel il se trouvait, venant à s’embraser, ne lui laisserait plus la possibilité de se retirer, parce qu’il était adossé à un bâtiment dont les murs faisaient un angle qui excédait ce toit de plus de 10 pieds. Il se trouva réellement en danger. Cependant, malgré le péril où il était lui-même, il sauva la vie à un malheureux ouvrier, à qui le toit venait de manquer sous les pieds, et qui se tenait suspendu par sa hache au milieu des flammes qui l’eussent bientôt dévoré.

A force de secours, on vint à bout de ralentir l’activité du feu, qui n’avait pas à beaucoup près, autant de prise sur les maisons que sur ce pavillon, et environ à 6 heures, tout danger était passé.

L’appartement de Madame Victoire donnait sur la partie des Bosquets qui environnait ce pavillon, elle entendit quelque bruit, demanda ce que c’était, et sur la réponse qu’on lui fit, que le feu avait pris au Kiosque, elle alla sur le perron de son appartement, où elle vit ce spectacle effrayant, elle en fut frappée, et témoigna la plus vive inquiétude. Mais les assurances qu’on lui donna que ce bâtiment était isolé, la tranquillisèrent.

Une foule de monde accourut pour donner du secours. Tous les habitants des villages voisins, qui aperçurent le feu, s’y rendirent à toutes jambes. Ils croyaient que le château était en feu, ils se portèrent avec empressement partout où le danger était pressant. L’intention du Roi était de donner une fête dans l’enceinte qui renfermait ce pavillon, les dispositions étaient déjà faites. L’année précédente, il y en avait déjà donné une des plus galantes, mais celle-ci aurait été beaucoup plus magnifique.

La sage précaution qu’avait prise M. de Sobry, capitaine-commandant des sous-officiers invalides faisant le service de gardes-à-pied, de ne faire battre la générale que fort loin du château, et de mettre des sentinelles tout autour, afin d’éloigner le bruit, épargna au Roi et à Madame Adélaïde l’effroi et la considération du danger, que l’imagination est toujours portée à grossir.

Les Valets-de-chambre du Roi ne voulurent pas être les premiers à annoncer cette mauvaise nouvelle à leur Maître. Ce soin fut réservé à M. Alliot, qui entra dans l’appartement du Roi. Stanislas parla beaucoup de la fête de la veille, et en témoigna son contentement.

Oui, Sire dit M. Alliot, elle était belle, mais elle aurait été encore plus agréable, sans le petit accident qui est arrivé cette nuit. — Eh quoi donc ? demanda le Roi avec vivacité. Sire, votre Kiosque est réduit en cendres. Après un moment de silence : Eh bien ! Les maisons voisines n’ont-elles pas souffert ?  demanda le Roi avec cette tendre sollicitude qu’un père peut avoir pour ses enfants. M. Alliot ayant répondu qu’il y en avait eu trois un peu endommagées. Ah ! Tant pis, dit le Roi, qu’on répare promptement tout le mal.

Mesdames, qui savaient que ce pavillon faisait les délices du Roi, tant par sa situation et sa grande fraîcheur, que parce que c’était le premier ouvrage qu’il avait fait en Lorraine, étaient dans la plus grande inquiétude. Ces Princesses entrent dans l’appartement de leur grand-papa, et lui prodiguent les plus tendres caresses, en lui disant quelles prenaient toute la part possible à l’accident qui venait d’arriver.

Le Roi, qui avait regardé ce fâcheux événement d’un œil philosophique, ne s’en occupait déjà plus ; il crut que c’était tout autre chose, et pressa Mesdames de s’expliquer. Mais lorsqu’il fut éclairci du fait : Ah ! Mes chères Enfants, leur dit-il, combien les tendres sentiments que vous me témoignez, me touchent, et combien j’y suis sensible ! Mais tranquillisez-vous sur mon compte. Le plus grand déplaisir que j’aie ressenti de cet événement, ç’a été de ne pouvoir vous donner la fête que j’y faisais préparer. Que cela fût arrivé après, peu m’importait.

Plusieurs dames de la Cour entrèrent dans l’appartement du Roi. Stanislas, sans leur donner le temps de parler, leur dit : « Vous venez me féliciter, Mesdames, sur l’événement de cette nuit ? Vous me faites réellement plaisir ; je remercie le Seigneur de ce que les progrès de ce feu n’ont pas été plus considérables, et d’en être quitte à si bon marché ».

Il y a eu différentes opinions sur la cause de cet incendie. Mais quelle qu’elle soit, on fît une telle diligence pour rétablir ce Kiosque, qu’au bout de deux mois, le nouveau fut achevé.

Le 12, le Roi avait résolu de donner à dîner aux Princesses à Chanteheux. Mais sur la simple observation qu’on fit au Roi, que toute sa maison avait été sur pied toute la nuit, l’ordre fut révoqué.

Le 13, à l’issue de la messe, le Roi, Mesdames et toute la Cour allèrent dîner à Chanteheux, édifice dont on peut dire qu’il a le mérite rare de ne ressembler à rien de ce qui s’est fait en ce genre.

Le 14, toute la Cour se rendit à Einville, où elle resta jusqu’à cinq heures du soir. Vers 7 heures, Mesdames, accompagnées de toute la Cour, voulurent revoir le Rocher. Elles parurent y prendre autant de plaisir que la première fois. Ce tableau mouvant avait toujours le mérite d’intéresser. La nature y était trop bien imitée, pour qu’on ne se prêtât pas à l’illusion. Une foule étonnante s’était portée sur les pas des Princesses.

Le 15, le Roi, Mesdames et une partie de la Cour allèrent dîner à Jolivet, et revinrent vers 5 heures du soir. Pendant le souper, les musiciens ordinaires du Roi exécutèrent l’opéra de Zaïde.

Le 17, après la messe, Mesdames se rendirent à la cascade, accompagnées de toute la cour. Le Roi les y avait précédées. L’intérieur de cet édifice est un beau salon à l’Italienne, orné de peintures à fresque. Le bruit des eaux de cette cascade, la fraîcheur qu’elles procurent, la beauté et la variété des points de vue qu’offrent les quatre façades, et une excellente musique, faisaient sur l’âme l’impression la plus vive. La cour était très nombreuse, des tables furent dressées sous une tente voisine de la cascade.

Mesdames, de retour au château, entendirent un concerto à deux clavecins, exécuté par Mlle Boyard l’aînée, qui fût accompagnée par le Sr. Climeratte, maître de clavecin. Ces Princesses l’entendirent avec plaisir, témoignèrent leur satisfaction à cette Demoiselle, dont tout le monde loua la grâce, la précision et la légèreté. Sur les cinq heures, le Roi, Mesdames et toute la cour se rendirent dans la grande salle, où tout était disposé pour le bal, qui finit sur les 8 heures.

Une demi-heure après, toute la cour se rendit à la chapelle, où le cardinal de Choiseul baptisa le fils du marquis de Boësse, maréchal des camps et armées du Roi de France, gentilhomme de la chambre du Roi de Pologne, qui nomma cet enfant avec Madame Adélaïde. On lui donna les noms de Stanislas-Adélaïde. Les musiciens ordinaires du Roi exécutèrent, pendant le souper, tous les airs de l’opéra comique : On ne s’avise jamais de tout.

Le 18, le même opéra ayant été redemandé par Mesdames, fut encore exécuté pendant la dîner, avec le même succès.

Le 19, Mesdames partirent pour Nancy, d’où elles revinrent le 20.

Le 21, Mesdames allèrent voir le rocher pour la 3e fois. On exécuta, pendant le souper, les morceaux chantants de l’opéra comique la Servante maîtresse

Le 22, le petit opéra comique le Maréchal ferrant, fut exécuté pendant le dîner, les Princesses desirèrent qu’on le donnât encore à souper, et l’entendirent avec plaisir.

Vers 7 heures, les cadets volontaires de Lunéville passèrent en revue sous les fenêtres de l’appartement de Mesdames, et firent plusieurs évolutions militaires, après lesquelles le capitaine de cette troupe eut l’honneur de réciter aux Princesses ces quatre vers :
On succombe aisément sous le fardeau des armes,
Si l’amour pour son Roi n’y fait trouver des charmes.
Mais, Princesses, ce poids, qu’il a d’attraits pour nous,
Quand nos bras sont armés pour leur Prince et pour vous !

Mesdames témoignèrent leur satisfaction à ces jeunes gens. Le dessert parut amuser Mesdames. On avait représenté le château de Chanteheux, avec les jardins qui l’entourent, illuminés comme l’année précédente, excepté qu’ils l’étaient en petit sur ses quatre façades. Plusieurs troupes rangées en haie y étaient très bien exprimées. Tous les jours, la décoration des desserts a été variée, et l’on a exactement rendu toutes les fêtes qu’on donna dans ce temps-là aux Princesses.

Le 23, sur les 2 heures, le Roi envoya chercher son architecte, et lui dit que Mesdames voulant souper à la Cascade, il fallait qu’elle fût illuminée pour cette heure-là. Un si petit espace de temps n’était pas suffisant pour illuminer ce bâtiment. Aussi l’architecte ne regarda-t-il cela que comme un essai, et il ne songea qu’à exprimer le plan de la Cascade.

Le 24, on exécuta, pendant le dîner, le petit opéra comique le Devin du village. Les Princesses desirèrent qu’on le répétât pendant le souper, et l’entendirent encore arec plaisir.

Le 25, pendant le dîner, les musiciens exécutèrent plusieurs airs italiens, et des ariettes tirées du Peintre amoureux de son modèle.  M. Leroi, curé de la Paroisse, était venu, la veille, inviter Mesdames à honorer son église de leur présence, attendu que c’en était la fête. Ces Princesses eurent la bonté de le lui promettre, et de s’y rendre à pied sur les 5 heures. La milice bourgeoise bordait les rues, ayant à leur tête les grenadiers et les cadets-volontaires de la ville.

Le Roi avait précédé Mesdames, qui étaient allées et revenues à pied, pour satisfaire l’empressement du peuple. Elles eurent la satisfaction de voir l’impression que faisait leur présence, d’entendre les propos flatteurs dont elles étaient l’objet, et les regrets que leur départ allait causer.

Pour faire sa cour à Stanislas, qui était enchanté de procurer à ses chères petites filles quelque chose qu’elles n’eussent pas vu à Versailles, François Guillot, figuriste en cire, né à Nancy, représenta en cire, façon de porcelaine, la compagnie de cadets, composée de jeunes écoliers de Lunéville, avec uniforme bleu de ciel, galonné en argent. Il la plaça sur un bastion en forme de plateau, qu’il exposa sur la cheminée du salon du Château de Lunéville. Les glaces multipliées, répétant cette petite compagnie en divers endroits du salon, lui donnaient l’apparence d’une petite armée.

Le même artiste fit aussi en cire les portraits des Demoiselles de Lunéville, habillées en Nymphes, avec Diane à leur tête, sur le char dans lequel elles étaient allées au-devant des Princesses.

Sur les 6 heures, tout étant disposé, Mesdames, après les adieux les plus tendres, et les promesses réitérées du Roi, de les aller voir à Plombières, partirent et laissèrent tout le monde dans la plus grande consternation. Les chevaux-légers de la ville les accompagnèrent pendant plus d’une lieue. 

Lunéville de 1709 à 1760

Blason de Lunéville 

Continuons notre petite promenade en parcourant les événements qui ont marqué la belle ville de Lunéville.

D’après la monographie « Essais historique sur la ville de Lunéville » de Guerrier – 1817

Année 1709 : Léopold eut le malheur de voir ses sujets victimes de l’hiver mémorable de 1709. Le 6 janvier, il commença à geler extraordinairement fort. La veille, il avait plu tout le jour, et la pluie continua jusqu’à minuit. Alors le vent du Nord s’étant élevé, il gela d’une telle force, que, le 8, les rivières étaient entièrement glacées.

Ce grand froid dura 10 à 12 jours, et augmenta tellement, qu’il n’était pas possible de le soutenir, et qu’on fut forcé d’abréger l’office divin. Ce grand froid causa des maladies de poitrine, dont beaucoup de personnes moururent à Lunéville. Le grand froid cessa le 25 janvier, il dégela pendant 7 à 8 jours. Ensuite, il recommença à geler comme auparavant, et la gelée fut si forte, que les vignes, les arbres, et même les bleds en herbe furent gelés. Cette seconde gelée finit le 10 Février.

Pour comble de malheur, la récolte de 1708 ayant été mauvaise, il n’y avait plus de magasins ni de ressources contre la disette. Léopold avait, dès le mois de novembre 1708, rendu des ordonnances pour assurer la subsistance de ses sujets. Il avait fait arrher, par ses commissaires, chez les négociants et les rentiers, quantité de froment, dont il avait payé, de ses deniers, le 10ème du prix. On leur permettait ensuite de vendre aux-mêmes ces bleds au peuple par petites parties, au prix fixé, et l’on retirait les arrhes.

La défense d’exporter ne regardait d’abord que le froment. Léopold fut obligé de l’étendre sur le méteil, le seigle, l’orge et l’avoine, avec défense d’en débiter autrement qu’en détail et à ses sujets. Le 23 avril, l’avoine fut taxée à 12 francs le resal de Nancy, et il fut défendu, sous peine de la vie, d’exporter des grains. On faisait du pain mélangé d’un tiers de froment et de deux tiers d’avoine. Il n’était permis qu’à quelques boulangers de faire du pain blanc pour les malades seulement, et pour les personnes de distinction. Le nombre des bangards fut augmenté, pour empêcher de couper les épis avant leur maturité.

Il fut défendu de nourrir des pigeons domestiques. On accorda des privilèges à ceux qui prêteraient ou vendraient des grains pour les semailles. Les bleds de mars, comme orge, avoine promettaient une récolte abondante mais peu de froment avait échappé à la gelée. Ce peu fut destiné aux semailles, et remplacé par du froment des récoltes précédentes, que Léopold fit venir d’Allemagne. Chaque lieu fut obligé de se charger de ses pauvres et de les empêcher d’aller ailleurs.

Année 1710 : On a démoli, cette année, les remparts, depuis les Capucins jusqu’à la porte Joly. Dès que les maux causés par l’hiver de 1709 furent un peu réparés, on se livra à la joie, et l’on vit renaître les plaisirs à la cour de Lunéville. La Duchesse et ses enfants figuraient dans les ballets. Adrienne-le-Couvreur, qui devint dans la suite si célèbre, jouait la comédie à Lunéville dès l’âge de 18 ans. Léopold a fait construire derrière son château, pendant les années 1711 et 1712, de magnifiques jardins, appelés les Bosquets, sur les dessins de Gervais, le « Le Nôtre de la Lorraine ». Ces jardins étaient ornés de statues de la main de Nicolas Renard.

Année 1712 : Léopold transféra les Sœurs-Grises à l’entrée du faubourg de Viller. Il y posa la première pierre de leur église le 23 juin. Elle était sous l’invocation de St Antoine de Padoue, elle a été convertie en usine à plâtre. Léopold reçut, cette année, à sa Cour, le Roi et la Reine d’Angleterre, le Duc de Bavière, le Prince Emmanuel de Portugal, le Prince et la Princesse de Modène, Jacques III, sous le nom de Chevalier de St George. On a commencé cette année la construction des grands-moulins là où ils sont actuellement, ils étaient auparavant près du premier pont à droite en allant au faubourg.

Année 1714 : Stanislas, Roi de Pologne, avait vu en 1700, avant son élection, la Cour de Lorraine à Nancy. Il la revit, au mois de juillet de cette année, à Lunéville, où il passait sous le nom de Comte de Cronstein, pour se rendre à Deux-Ponts. Il fut, peu après, obligé de faire vendre secrètement des bijoux de grand prix à Lunéville. Le Marquis de Beauvau, depuis Prince de Craon, ayant su à qui ils appartenaient, le dit au Duc Léopold, qui les renvoya avec leur valeur en argent. Stanislas se plaisait à rappeler cette circonstance de sa vie, comme un motif de reconnaissance envers la Maison de Lorraine, et de son attachement pour celle de Beauvau.

Année 1715 : La Reine-Mère d’Angleterre vint visiter la Cour de Lunéville cette année, et son fils le Prétendant y vint l’année suivante.

Année 1716 : Le 10 juin, veille de la fête du St Sacrement, la chapelle de la Cour a été bénite par l’Abbé Huguin. Le Duc Léopold faisait fleurir dans ses États le commerce, l’agriculture et les arts. Il mérita, par ses bienfaits, le glorieux surnom de père de son peuple, et de restaurateur de sa noblesse et de sa patrie. Il trouva la Lorraine désolée et déserte, il la repeupla et l’enrichit. Il eut la prudence d’être toujours bien avec la France et l’Empire. Il procura à ses peuples l’abondance qu’ils ne connaissaient plus. Sa noblesse, réduite à la dernière misère, fut mise dans l’opulence par ses seuls bienfaits. Il faisait rebâtir à ses dépens les maisons des gentilshommes, payait leurs dettes, mariait leurs filles.

Les arts, dans sa petite province, produisaient une nouvelle circulation, qui fait la richesse des États. Sa Cour était formée sur celle de France. On ne croyait pas avoir changé de lieu, quand on passait de Versailles à Lunéville.

A l’exemple de Louis XIV, il faisait fleurir les belles-lettres. Il établit à Lunéville une espèce d’université, où la jeune noblesse d’Allemagne venait se former. On y apprenait les sciences dans des écoles où la physique était démontrée aux yeux par des machines admirables. Il cherchait les talents jusque dans les boutiques et les forêts, pour les mettre au jour et les encourager.

Enfin, pendant tout son règne, il ne s’est occupé que du soin de procurer à son peuple la tranquillité, les richesses et des plaisirs.

Année 1719 : Le mardi 3 Janvier, à 5 heures du matin, le feu prit à la partie du Château qui regarde la ville. La chapelle, les nouveaux bâtiments, l’ancien château, la voûte et le clocher furent réduits en cendres, et la cloche fondue. Plusieurs personnes périrent dans les flammes. On ne put rien sauver des richesses que renfermait cette partie du château, la perte fut de plusieurs millions. Léopold eut de grandes inquiétudes sur les papiers secrets de sa cassette. Il ne fut tranquille que lorsqu’on lui eut rapporté la serrure et les clefs, ce qui prouvait que tout le reste avait été la proie des flammes. On reconstruisit plus magnifiquement ce que le feu avait consumé.

Année 1721 : Cette année et les deux suivantes, la grande rue du faubourg de Viller a été bâtie.

Année 1722 : C’est depuis le dimanche 26 Avril de cette année qu’on chante deux grand’messes à la Paroisse , M. Sigisbert Verlet en ayant obtenu la permission de M. de Chamilly, évêque de Toul.

Année 1724 : La Confrairie des Agonisants a été établie cette année par M. Verlet, curé, qui établit aussi celle de l’adoration perpétuelle du St Sacrement. La ville commença la Maison de Charité dans une vieille maison qui appartenait à la Commanderie de St George, et qui fut payée par Léopold. Cet établissement se soutint par le zèle de la Demoiselle Gontier, et François III l’autorisa par lettres-patentes du 23 mars 1736.

Stanislas y fonda deux Sœurs de St Lazarre, par contrat du 15 Juillet 1746, on y mit une 3e Sœur en 1748, au moyen d’une rente, qui fait partie des rentes créées par le Roi de Pologne en faveur des pauvres de tous les lieux où il avait des résidences. Il confirma de nouveau ces fondations par lettres du 7 Février 1752. Il fit reconstruire à neuf et agrandir la maison sur une partie de l’emplacement de l’ancienne paroisse St Jacques. Par contrat du 6 Novembre 1756, et lettres-patentes du 17 Janvier 1757, ce Prince fonda une autre Sœur.

Année 1728 : On commença la Place Neuve et les rues qui y aboutissent. L’ordonnance du 10 juillet accorde des privilèges pendant plusieurs années à ceux qui y bâtiront.

Année 1729 : Cette année est remarquable par la mort de Léopold, législateur et bienfaiteur de son pays, qui le perdit le 27 mars. Un mot sublime fait son éloge « Je quitterais demain ma souveraineté, disait-il, si je ne pouvais faire du bien ». Aussi a-t-on vu, longtemps après sa mort, ses sujets verser des larmes en prononçant son nom. On a commencé cette année à démolir l’ancienne paroisse.

Année 1731 : La cérémonie de la béatification du Bienheureux Pierre Fourier, de Mattincourt, s’est faite dans l’église des Religieuses de la Congrégation, les 21, 23 et 24 Janvier, et à la Paroisse, au mois de juin suivant.

Année 1736 : La guerre entre la France et l’Empire étant terminée, et les préliminaires de la paix signés à Vienne, Stanislas fut reconnu Roi de Pologne, et Grand-Duc de Lithuanie, et il en conservait les titres et honneurs, avec restitution de ses biens et de ceux de la Reine son épouse.

L’Empereur consentait qu’il fût mis en possession du duché de Bar. Il était stipulé en outre que le Duc de Lorraine renoncerait à ses États en faveur de Stanislas, Roi de Pologne, qui en jouirait pendant sa vie, et qu’à sa mort, les duchés de Lorraine et de Bar seraient réunis à la France. Le Duc de Lorraine, François III, ne put se résoudre qu’avec le plus grand regret à abandonner ses sujets, dont il était adoré.

François III, ayant épousé à Vienne le 12 Février, l’Archiduchesse Marie-Thérèse, depuis Impératrice et mère de Joseph II, la Cour et les habitants de Lunéville s’empressèrent de célébrer cet événement par une fête qui répondît aux sentiments d’affection qui les animaient.

En conséquence, ils firent construire, entre les deux ailes du Château, un Temple de l’Hymen, de 80 pieds de haut, de figure octogone , avec quatre portiques ornés de pilastres et de colonnes d’ordre corynthien, qui soutenaient des trophées d’armes sculptés en relief. Il était fermé par une coupole terminée par un aigle. Aux deux faces principales étaient les armes de Lorraine et d’Autriche, peintes avec beaucoup de goût. On y entrait par quatre perrons.

Aux quatre coins de la place, il y avait quatre pyramides sur chacune desquelles étaient les médailles des Empereurs d’Autriche et des Ducs de Lorraine. Un aigle sculpté en relief terminait chacune de ces pyramides. Ce temple avait été dessiné par Jadot, architecte de François, et orné de peintures par Girardet.

Il y eut illumination, feu d’artifice, et quatre tables chacune de cent couverts. Pour garnir ces tables, on avait chassé dans toute la Lorraine et amené à Lunéville plus de 200 voitures de gibier, sans compter les volailles et les autres viandes. Les cuisiniers ordinaires de la Cour, les rôtisseurs, les pâtissiers, confiseurs, etc. furent augmentés de 400 qui travaillèrent pendant huit jours.

Année 1737 : Dès que la nouvelle de la renonciation du Duc François se fut répandue, on vit arriver des commissaires chargés, de sa part, de délier ses sujets de leur serment de fidélité.

Il en vint également de la part des Rois de Pologne et de France, pour recevoir le serment de fidélité de leurs nouveaux sujets :
- au Roi de Pologne, comme souverain actuel
- au Roi de France, comme souverain éventuel, après la mort de Stanislas, la Lorraine devant être alors réunie à la France, pour en faire une province. La consternation fut extrême, non seulement à Nancy et à Lunéville, mais aussi dans toute la Lorraine.

Le Duc François III ayant cédé la Lorraine pour la Toscane, et les vignes ayant été gelées le 16 mai, jour de la St Honoré, les plaisants dirent que S. A. R. avait vendu la Lorraine, et que St Honoré en avait bu les vins.

La Duchesse douairière de Lorraine et la Princesse Charlotte, sa fille cadette, quittèrent la Cour de Lunéville, pour se rendre à Commercy, dont la principauté avait été assignée à Madame la Régente, pour en jouir en toute souveraineté pendant sa vie. Elle fut reçue dans cette ville avec des démonstrations de joie extraordinaires, égales à la douleur extrême avec laquelle les peuples l’avaient vue quitter sa Cour de Lunéville.

Il est impossible de peindre la tristesse, la désolation des habitants de cette ville, chez qui le sentiment d’amour pour ses maîtres était porté jusqu’à l’adoration. Ces témoignages d’attachement, en ce cruel moment, firent jouir la Duchesse du triomphe le plus flatteur que les bons Princes puissent ambitionner, et du spectacle le plus touchant pour les Souverains qui savent se faire aimer.

Ce peuple accourut de toutes les parties de la Lorraine, se jetant aux genoux des Princesses, se prosternant autour de leur voiture, et s’élançant à corps perdu sous les roues et sous les pieds des chevaux. Arrêtées mille fois dans leur marche, les Princesses versaient des torrents de larmes parmi les cris et les sanglots de ce peuple, qui ignorait encore combien Stanislas, son nouveau maître, s’efforcerait, par ses bienfaits, d’essuyer ses larmes et de mériter son affection. Elles eurent toutes les peines du monde d’arriver à leur nouveau séjour.

Aussitôt après le départ des Princesses, les commissaires du Roi de Pologne arrivèrent, et prirent possession de la Lorraine dans l’ancien palais de Nancy, où étaient réunies toutes les autorités. On avait fait la même cérémonie dans le duché de Bar.

Le régiment des Gardes fut licencié, on laissa aux soldats leurs épées et leurs chevaux. Quelques officiers et la plupart des Gardes furent incorporés dans le nouveau régiment qui fut formé. Les Cent-Suisses et les Chevaux-Légers de la Garde du Duc prirent la route de Flandre, où François avait résolu de tenir sa Cour jusqu’au décès du Grand-Duc de Toscane. Une partie de l’ancienne Cour resta en Lorraine.

Quelques seigneurs, qui furent choisis, se rendirent en Flandre. Le rendez-vous pour le départ fut fixé à Nancy. On y conduisit la plus grande partie des meubles et des effets du château de Lunéville. Le Duc fit présent à Stanislas, de l’orangerie, des trumeaux et des glaces. La bibliothèque de Nancy, où Léopold avait réuni tout ce qui concerne la jurisprudence, fut accordée au Corps des Avocats.

Quant à celle de Lunéville, elle fut emballée avec une suite précieuse de médailles d’or, d’argent et de bronze - un cabinet de physique, formé pour l’académie de cette ville, des tableaux des plus grands maîtres, dont plusieurs de Rubens, et une chapelle enrichie de six chandeliers d’or, et de reliquaires ornés de pierreries.

On y joignit les archives de la Maison de Lorraine, et les plus belles tentures de tapisseries des palais de nos Ducs. Elles représentaient l’histoire de la création du monde - la guerre de Troye , dont quelques pans avaient été brûlés dans l’incendie du Château , en 1719 – l’histoire d’Alexandre - divers traits de la fable, ouvrages sortis de la manufacture des Gobelins, et dont Louis XV avait fait présent au Duc - les douze mois de l’année, et 25 pièces représentant les conquêtes du Duc Charles V, aïeul du Duc François - les deux dernières étaient doubles, et avaient été faites à Nancy, par des ouvriers des Gobelins, dont Léopold avait établi une manufacture près de son palais.

On y joignit plusieurs tentures de damas, un nombre considérable de portières, travaillées en or, et en soie -l’orangerie de la Malgrange, et les superbes décorations de la salle d’opéra. La vénerie, les médailles et le cabinet de physique passèrent à Vienne. Les comédiens et les musiciens furent envoyés à la cour de Commercy. L’orangerie et plusieurs meubles restèrent à Bruxelles.

La prise de possession du Barrois se fit à Bar, le 8 février, et celle de la Lorraine, le 21 Mars, à Nancy. Le célèbre Duvivier grava la médaille du Roi de Pologne, à l’occasion de son avènement.

Stanislas, Roi de Pologne, Grand-Duc de Lithuanie, Duc de Lorraine et de Bar, surnommé le Bienfaisant, étant informé que la prise de possession était consommée, fit ses dispositions pour se rendre dans ses nouveaux États.

Après ses adieux au Roi, à la Reine sa fille, et à la famille royale, il partit de Meudon le 1er avril, et arriva le 3 à Lunéville. La Reine de Pologne l’y joignit le 13. Leurs Majestés occupèrent d’abord l’hôtel de Craon, parce qu’on travaillait aux réparations du Château.

Stanislas s’occupa aussitôt à embellir les Bosquets qui accompagnent le Château.

Il fit construire :
- le magnifique Sallon de Chanteheux, qui terminait la vue du côté de Blâmont
- une cascade, à l’extrémité de l’allée dite des soupirs, et vis-à-vis le Canal. Au-dessus de cette cascade était un sallon
- Il fit dessécher un marais entre la Vezouze et le Canal, qu’on avait converti en promenades et en beaux jardins, dont chacun avait son pavillon
- un Kiosque, qui fut brûlé pendant un feu d’artifice
- une Chinoise
- Enfin un Rocher, de l’invention de François Richard, ancien horloger du Duc Léopold.

On voyait, sur ce Rocher, qui était appuyé contre le mur de la Terrasse, 80 figures mouvantes, de grandeur naturelle, qui, par le moyen des eaux, faisaient toutes sortes de mouvements. On y entendait des voix humaines, les cris de plusieurs animaux et le son de plusieurs instruments.

Au bas du rocher, était sur le Canal, un pont appelé le Pont Tournant, et sur la Vezouze, le Pont-Vert ; ces deux ponts conduisaient, en ligne droite, à la Belle-Croix.

Le même artiste, qui avait inventé le Rocher, fit le bateau de Lunéville, dans lequel deux hommes faisaient mouvoir douze rames avec une vitesse incroyable. Le célèbre Wayringe fit, pour le Roi de Pologne, un bateau propre à remonter les rivières. Stanislas en fit lui-même l’épreuve sur la Vezouze, depuis l’hermitage de Ste Anne jusqu’à la digue du grand Canal. Il remonta cette rivière sans chevaux, sans perche et sans aviron.

Les Bénédictins, établis à Léomont, ayant acheté du Prince de Craon, la maison et le jardin de Ménil, s’y établirent en 1737, avec l’agrément du Roi de Pologne, qu’ils obtinrent le 26 août de la même année.

Année 1738 : L’Hôtel des Pages et celui des Cadets-Gentilshommes furent construits entre les Deux-Ponts. Ces derniers formaient une compagnie, composée d’un commandant, de deux capitaines-lieutenants, d’un major, de 4 brigadiers et de 48 cadets, dont 24 Polonais et 24 Lorrains. Ils faisaient, pendant trois ans, le service militaire, avaient des maîtres de langues, de mathématiques, d’histoire et de géographie. Le Roi de Pologne leur donna, cette année, un règlement.

Année 1740 : Pour rendre l’établissement de la taille perpétuel dans l’Hôpital de Lunéville, Stanislas se servit du Baron de Meszek, Maréchal de sa Cour, qui acheta le 17 février, du Comte du Hautoy, la terre de Chanteheux, dont il faisait don à l’Hôpital St Jacques de Lunéville, après sa mort, celle du Duc Ossolinsky, de son épouse, et celle du Roi. Il a été disposé autrement de cette terre, mais le Roi de Pologne en assura la valeur à l’Hôpital, qui a un fonds suffisant pour y continuer l’opération de la taille à perpétuité, du 20 avril au 10 mai, et du 20 août au 10 septembre.

Année 1741 : La Lorraine souffrait beaucoup de l’extrême cherté du blé. La disette était si grande dans le duché de Bar, qu’on venait jusqu’à Lunéville acheter des sons pour en faire du pain. Le peuple de chaque ville voulut empêcher la sortie des grains pour les autres villes. Il y eut une émeute violente à Lunéville le 23 mai, pendant que le Roi de Pologne était à la Malgrange. A son retour, il fit rendre la liberté aux femmes qui étaient dans les prisons.

Année 1744 : Un incendie, commencé le 14 janvier, à sept heures et demie du soir, consuma l’aile du Château du côté du Canal. Elle était habitée par le Chancelier, le Comte de Bercheni, Grand-Écuyer, et d’autres personnes de la Cour. Personne n’y périt.

Le 8 Septembre, la Duchesse de Chartres et la Princesse de Conti sa mère, arrivèrent à Lunéville avec le Roi de Pologne. Le Duc de Chartres les y joignit le lendemain. Le Dauphin arriva le 21 septembre, à sept heures et demie du soir. Le 22, il jeta de l’argent au peuple. L’après-dîner, Madame et Mademoiselle Adélaïde arrivèrent, et furent reçues par deux cents jeunes filles habillées de blanc avec des écharpes bleues. La Reine de France arriva le 28, le Roi, le 29 à huit heures du soir. Tout était illuminé. Stanislas imagina toutes sortes de plaisirs pour rendre agréable au Roi son séjour à Lunéville.

Le 2 octobre, le Roi de France fit la revue des Gendarmes de sa Garde dans la plaine du Champ-de-Mars, et après avoir dîné au Château de Chanteheux, il partit pour Strasbourg. La Reine partit de Lunéville le 7. Mademoiselle de Charolais arriva le 18 octobre. Elle repartit le 28, après avoir vu célébrer l’anniversaire de la naissance de Stanislas.

Année 1745 : Le Prince de Conti passa à Lunéville le 16 avril, il allait prendre le commandement de l’armée du Rhin.

Année 1746 : Helvétius, fermier-général, s’arrêta quelques jours à Lunéville. Le mercredi 6 Juillet, un orage furieux, mêlé de grêle, ravagea une partie de la Lorraine, depuis Lunéville jusque vers l’Alsace. Le vent déracina des arbres, renversa des maisons, et détruisit toutes les récoltes. Les foins qui étaient coupés, furent emmenés par les eaux, les autres gâtés. Le dommage fut de plus d’un million et demi. On tira des magazins du Roi dix mille sacs de froment, qui furent prêtés aux Communes pour ensemencer les terres.

Année 1747 : Catherine Opalinska, Reine de Pologne, mourut à Lunéville, le 19 mars, à cinq heures et demie du soir, âgée de 66 ans. Cette Princesse épousa, à 16 ans, Stanislas Leczinski, qui n’en avait que 19. Elle avait beaucoup de dignité, était généreuse et charitable. La première élection de Stanislas, du 12 juillet 1704, avait été confirmée par son sacre et celui de Catherine, le 1er juillet 1705. Elle était à St Cyr pendant l’absence de son époux, lors de sa seconde élection. Son corps fut exposé le 20 Mars, et conduit à Bonsecours, où l’Abbé Clément prononça l’oraison funèbre. Stanislas fit ériger, dans la chapelle de l’église de Bonsecours, un mausolée à la Reine son épouse, par Adam le cadet.

Montesquieu, qui était venu en Lorraine, trouva à la Cour de Lunéville, des Sociétés dignes de lui, il travaillait alors à l’Esprit des lois. Il écrivait de Paris, le 17 juillet : « J’ai été comblé de bontés et d’honneurs à la Cour de Lunéville, et j’ai passé des moments délicieux avec le Roi de Pologne ».

Année 1749 : Gabrielle-Émilie de Breteuil, épouse du Marquis du Châtelet-Lomont, et amie de Voltaire, mourut le 10 septembre, à une heure du matin. Le 4, elle avait accouché d’une fille, après avoir mis la dernière main à son « Commentaire sur Newton ». Elle fut inhumée dans la nouvelle église. Voltaire partit le 13 de Lunéville.

Année 1751 : Le convoi funèbre du Maréchal de Saxe, mort à Chambort le 30 novembre précédent, passa le 1er février à Lunéville. Il allait à Strasbourg, où l’on avait érigé à ce grand homme un superbe mausolée dans le temple protestant de St Thomas.

Année 1752 : Girardet, Joly et d’autres peintres et sculpteurs employés par Stanislas, commencèrent sous ses yeux, au Château, le 15 novembre, des exercices de dessin, de peinture et de sculpture sur le modèle, pour former des élèves.

Année 1753 : Maupertuis a fait, cette année, quelque séjour à la Cour du Roi de Pologne.

Année 1755 : Le 6 février, le feu prit, à trois heures du matin, vers le milieu de l’aile du Château donnant sur le Canal. La flamme, rendue plus ardente par le froid excessif, dévora tout en trois heures de temps. On coupa ce qui liait cette aile au Château, pour empêcher la communication. Le comte de Lucé, averti par la fumée, se sauva demi-nu. Son valet-de-chambre sauta par la croisée, sur le canal glacé. Le Marquis de Menessaire sortit aussi en chemise par une croisée, au moyen d’une échelle. Une dame incommodée, dans son lit, fut emportée par un soldat des Gardes-Lorraines. Le Chancelier eut le temps de sauver ses papiers, et M. de Bercheny, celui de déloger. Personne ne périt.

Le 15 juin, à sept heures du soir, fut fondue et coulée, dans l’espace de trois minutes, par Barthelémy Guibal, la statue de Louis XV. Le 15 novembre suivant, on la chargea à l’endroit où elle avait été coulée, et on la conduisit le soir devant le Château. Le 16, à huit heures et demie du matin, elle partit de Lunéville sur un chariot fait exprès, et trainé par 32 chevaux, elle arriva à huit heures du soir à la porte St George, à Nancy. Le 17, elle entra dans la ville, et le 18, elle fut posée sur son piédestal.

Année 1757 : Le Maréchal de Richelieu passa le 20 juillet à Lunéville.

Année 1758 : Le 5 février, le Comte de Clermont, Prince du Sang, passa pour aller prendre le commandement de l’armée du Rhin. Le prince Xavier de Saxe était à la Cour du Roi de Pologne les 11 et 12 Juin. Stanislas lui fit rendre tous les honneurs dus à son rang, et lui donna de belles fêtes. Il était sans fiel, et caressait les enfants de son second compétiteur, comme il avait aimé le Maréchal de Saxe, fils du premier.

Année 1759 : Le Prince de Condé, venant de l’armée du Maréchal de Broglie, s’arrêta le 23 novembre à la Cour de Lunéville.

 

Lunéville jusqu’au début du XVIIIe siècle

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Ville de 20 000 habitants, située à une trentaine de kilomètres de Nancy, Lunéville fut la capitale princière du dernier duc de Lorraine.

Je vous propose de remonter le temps, et de découvrir les différents événements auxquels les habitants et la ville de Lunéville ont participé.

D’après la monographie « Essais historique sur la ville de Lunéville » de Guerrier – 1817

On croit communément que la ville de Lunéville tire son nom, Lunce villa, Lunaris villa, du culte qu’on y rendait à la Lune.

Après l’introduction du christianisme en Lorraine, cette ville n’était encore qu’une maison de chasse avec une chapelle fondée par le Duc Raoul en 1343, en l’honneur de la Ste Vierge et de St Antoine. Cette maison s’accrut tellement dans la suite, qu’au Xe siècle, c’était déjà le chef-lieu d’un comté considérable que Mathieu Ier unit à ses états en 1167.

Cette ville a été possédée, depuis le Xe siècle, par des seigneurs qui portaient le titre de comtes : ils descendaient des comtes de Metz.

Un de ces comtes, nommé Folmar le Vieux, fonda, vers l’an 999, l’abbaye de St Remi de Lunéville, pour des religieux bénédictins, qui furent remplacés, en 1034, par des bénédictines, et enfin, en 1135, par des chanoines réguliers de St Augustin qui subsistèrent jusqu’à la révolution.

Année 1265 : Cette année, les bourgeois de Lunéville furent mis sous la loi de Beaumont en Argonne, c’est à-dire qu’ils furent affranchis de la servitude.

Année 1476 : Sous le Duc René, plusieurs seigneurs lorrains, accompagnés de quelques troupes, vinrent assiéger Lunéville, qui était occupé par 400 hommes du Duc de Bourgogne. Ces seigneurs n’ayant point d’artillerie, donnèrent l’assaut pendant la nuit, et se rendirent maîtres de la porte de Chanteheux, mais ils ne purent s’y maintenir. Ils firent demander des hommes et de l’artillerie au Duc Réné II, qui était alors à Strasbourg. Il leur envoya 600 hommes d’armes, deux gros canons et dix serpentins, qui arrivèrent dans trois jours devant la place. Les assiégés offrirent de se rendre, la vie sauve, si le gouverneur de Nancy ne pouvait leur envoyer du secours. Ils députèrent à Nancy, où on leur fit dire qu’il n’y avait point de secours à espérer. Ainsi ils se rendirent.

Année 1481 : Cette année, Réné II établit les Sœurs-Grises à Lunéville, sur l’emplacement de la terrase actuelle du château et de la Comédie.

Année 1587 : Quand on fortifia Lunéville, lors de l’approche de l’armée des protestants d’Allemagne, le baron d’Haussonville, colonel de l’infanterie lorraine, transféra l’Abbaye de St Remi dans la ville, de même que la commanderie de St Georges, qui était voisine et hors de la ville.

Dans les terres qu’on rapporta de cette commanderie pour fortifier Lunéville, on trouva une figure de pierre, représentant un homme armé, qui portait une espèce d’enseigne chargée d’une lune, et quelque distance de cette commanderie, la figure d’une femme, ayant la tête couverte d’un grand croissant renversé, et dont les deux cornes tombaient sur les épaules. C’est là sans doute l’origine des armoiries de Lunéville.

Cette armée de protestants allant au secours des Huguenots de France, et passant à Lunéville au mois de septembre, le Baron d’Haussonville, commandant les troupes de Charles III, fortifia Lunéville, à la hâte, et fit si bonne contenance, que cette armée n’osa l’y attaquer.

Année 1600 : Dans le cours de cette année, les Minimes, dont la maison était en face de l’aile droite du château, furent appelés à Lunéville. C’est aujourd’hui une auberge.

Année 1629 : Les religieuses de la Congrégation vinrent à Lunéville, sur une permission de Charles IV du 19 Octobre 1629, et commencèrent leur établissement dans la maison d’un nommé Duvergy à la porte d’Allemagne. En 1671, elles furent transférées dans la Grande Rue. Leur église fut commencée, avec les secours de Léopold, en 1719 et achevée en 1722. Il y avait un pensionnat et une école. Leur couvent est à présent occupé par plusieurs particuliers.

Année 1634 : Des raisons d’état, obligeant le Cardinal Nicolas François, frère de Charles IV, d’épouser la Princesse Claude, sa cousine-germaine, il se retira à Lunéville, et y mena avec lui la Duchesse Nicole et les Princesses Claude et de Phaltzbourg. Le Maréchal de la Force, qui commandait les troupes françaises, craignant les suites de cette retraite, fit marcher sur-le-champ une partie de son armée, pour investir Lunéville, et empêcher qu’il se fît rien sans le consentement du Roi Louis XIII. Le Cardinal-Duc, averti que le Maréchal avait ordre de retirer les Princesses de ses mains et de les envoyer en France, pressa la Princesse Claude de l’épouser incessamment.

La Princesse y consentit d’autant plus volontiers, qu’elle avait, depuis longtemps, de l’estime et de l’affection pour ce Prince. La dispense de mariage, nécessaire entre cousins germains, était une grande difficulté. A dix heures du soir, on envoya chercher le Prieur et le Sous-Prieur des Chanoines Réguliers de Lunéville, à qui le Duc représenta le danger auquel la Lorraine serait exposée, si le Roi de France enlevait la Princesse Claude, comme il en avait le projet ; qu’il ne voyait d’autres moyens de prévenir ce malheur qu’en épousant, à l’heure même, sa cousine germaine, sans attendre la dispense du Pape, puisqu’on était si éloigné de Rome, et que Lunéville était déjà investi par les Français. Il pria ces deux Religieux de lui dire si, dans le cas présent, ce mariage serait valide ou non.

Deux heures après, ayant consulté les canonistes, les deux Chanoines répondirent que le Duc, en qualité d’évêque diocésain, pouvait se dispenser lui-même de la publication des bans, ou donner à quelqu’un le pouvoir de l’en dispenser ; qu’à la vérité, le pouvoir de donner dispense au second degré de parenté paraissait absolument réservé au Pape, mais que les évêques en avaient quelquefois dispensé dans une extrême nécessité.

« Je suis certainement dans ce cas » répondit le Cardinal Duc. « Y eut-il jamais un besoin plus pressant de précipiter la célébration d’un mariage tel que celui-ci, où il s’agit de procurer le repos d’une famille souveraine et d’un Etat ? J’espère que le Pape n’y trouvera point à redire, et qu’il fera expédier la dispense, dès que mon exprès lui aura présenté ma supplique ».

Après cette consultation, le Prieur donna, le 11 février, la bénédiction nuptiale au Cardinal François et à la Princesse Claude, en présence du Sous-Prieur, de la Duchesse Nicole, du Marquis de Mouy, de Mme de Chamblay, Dame d’honneur de la Duchesse Nicole, de Bornet, Gentilhomme de la chambre de la Princesse Claude et du secrétaire Hennequin. Tous les autres officiers et domestiques avaient été mis hors du château. Après la consommation du mariage, le Duc dépêcha un courrier à Rome, pour remontrer au Pape la nécessité où il avait été de précipiter ce mariage, et lui demander dispense.

La ville de Lunéville fut soumise aux Français sous les ordres du Maréchal de la Ferté Senneterre.

Année 1637 : Le Marquis de Ville, commandant les troupes de Charles IV, força la garnison à se retirer de Lunéville. Il entreprit de relever les fortifications de cette place, mais le Duc de Longueville, MM. de Belfonds et d’Arpajon y accoururent avec 35 000 hommes, et la reprirent, après six jours d’attaque.

Au mois de novembre. MM. de Ville et de Froville, gouverneurs de la place, furent faits prisonniers.

Année 1639 : Du Hallier, Gouverneur de Nancy, arriva à Lunéville le lundi 11 juillet, pour commencer à faire démolir les terrasses et les remparts de cette place, qui étaient doubles partout.

Année 1641 : Le jeudi 31 janvier, un officier français nommé Mattarel, fit commencer la démolition des remparts par des paysans mis en réquisition de 10 à 12 lieues à la ronde, et à qui l’on donnait un pain de deux livres et quatre gros d’argent (près de 60 centimes).

Le 17 février, Charles IV rentra à Lunéville, en réjouissance de quoi tous les bourgeois de la ville et les habitants des villages voisins firent des feux de joie.

Les Compagnies de cavalerie des Sieurs Malvoisin et de Hainville, ont été en garnison à Lunéville, au mois de mai. Elles y ont vécu à discrétion, et ont commis de tels désordres, qu’un cavalier en mourut. Le 10 du même mois, les bourgeois de Lunéville allèrent en procession à St Nicolas et à Notre-Dame de Bonsecours, pour obtenir par leurs prières, la paix en Lorraine.

Le 10 Octobre de la même année, on mit sur le bled qu’on mettait au moulin de Lunéville, une imposition de 18 gros par resal (un peu plus de 6o centimes), pour subvenir aux charges de la ville, cela dura deux ans.

La pauvreté et la famine étaient si grandes en Lorraine, et notamment à Lunéville et aux environs, qu’on déterrait des cadavres pour s’en nourrir. Plusieurs enfants furent tués pour assouvir la faim. On mangeait des bêtes mortes fourmillant de vers, du cuir, des glands, des racines, des souris, etc. Les loups ayant goûté dela chair humaine, se jetaient sur les passants et les étranglaient ; trois habitants du village de Mont eurent ce triste sort. Ces animaux voraces attaquaient de préférence les femmes, ce qui obligea ces dernières de changer d’habits. Les gens de la campagne qui travaillaient aux champs, étaient obligés de se faire escorter par d’autres personnes, qui guettaient les loups, et les empêchaient de se jeter sur ceux qui étaient occupés aux travaux de la campagne.

Année 1643 : La guerre, la peste et la famine avaient tellement diminué le nombre des chevaux et des bêtes propres au labourage, qu’on vit, cette année , des hommes et des femmes s’atteler à la charrue , pour remplacer les bêtes de trait.

Le 18 juin, on envoya à Lunéville, de la part du Roi de France, l’ordre de fournir des pionniers pour le siège de Thionville, ce qui fit que les bourgeois se retirèrent dans les bois.

Année 1645 : L’usage du papier timbré a commencé à Lunéville, le 9 avril de cette année.

Année 1665 : L’établissement des Capucins à Lunéville, dans la rue qui porte encore leur nom, date de 1633, mais leur église ne fut bénite que le dimanche 28 Juin 1665. Le père Grillot, Prieur des Chanoines Réguliers, y dit la première messe. Une partie de leur église est convertie en magazin de houille et de fagots, l’autre en salle de danse.

Année 1678 : L’ancien château de Lunéville, avait été démoli en partie cette année, sur ordre de Louis XIV. Par la suite, Leopold le fit raser entièrement.

Pendant les années 1678,1680, 1682 et suivantes, les troupes françaises passaient en si grand nombre à Lunéville, que les habitants furent obligés d’abandonner leurs maisons, et de se réfugier, avec leurs enfants et leurs effets dans les églises et les couvents, où ils souffrirent beaucoup de la faim et du froid.

Année 1682 : On ressentit cette année quelques secousses de tremblement de terre.

Année 1697 : Le 1er janvier, le Sr. Jean-Joseph George, Régent d’école, entonna, pendant la messe de paroisse, l’antienne Domine, salvum fac Ducem nostrum Leopoldum, au grand étonnement de tout le peuple, ce qui fit connaître que la paix était faite. Le 16 du même mois, le Maréchal de Carlinfort, Grand-Maître de la Maison de S. A. R. et M. le Bègue de Chanterenne, firent leur entrée à Lunéville, et prirent possession de la Lorraine pour S. A. R.

Année 1698 : Ce Prince, rétabli dans ses États par la paix de Riswick, arriva à Lunéville le 14 mai, et entra à Nancy, pour la première fois, le 17 août, à 10 heures du soir, par la brèche de la Porte St Georges. Il épousa, le 12 octobre suivant, Mademoiselle Elisabeth-Charlotte, fille de Philippe de France, Duc d’Orléans, frère unique de Louis XIV.

Année 1702 : Le Duc Léopold sortit de Nancy le 1er décembre, pour venir à Lunéville. Madame la Duchesse le suivit en chaise à porteurs, avec des douleurs extrêmes, à la suite desquelles elle accoucha, le lendemain, d’une Princesse qui fut nommée Gabrielle. Il a fait construire, au commencement de son règne, le château de Lunéville, sur les dessins de Boffrand, son architecte. La chapelle est en petit sur le modèle de celle de Versailles. Les tribunes sont portées au rez-de-chaussée par des colonnes d’ordre ionique, et au premier étage, par des colonnes d’ordre corynthien.

Année 1706 : L’hôpital était dans l’intérieur de la ville, mais ayant été ruiné par les guerres, le Duc Léopold, au moyen d’une loterie tirée en 1709, en fit construire un autre, près des Sœurs Grises, sous le titre de St Jacques.

Année 1708 : L’evêque de Toul transféra à cet hôpital la chapelle de St Nicolas de Maixe, avec la fondation de la Demoiselle Noirelle, par acte du 13 mai, plus, la chapelle de St Sébastien et de Ste Catherine de Tantimont, et celle du St Sacrement d’Ogéviller, avec les hôpitaux d’Ogéviller et d’Einville.

Ces chapelles et ces hôpitaux furent incorporés au grand hôpital de Lunéville, par acte du 6 Avril 1709. Léopold confirma le tout par des lettres patentes. Il donna des règles d’administration, le 30 Décembre 1712. En 1719, il y fonda quatre lits et un prêtre. Bivard, chirurgien renommé pour l’opération de la taille qu’il faisait à l’Hôtel-Dieu de Paris, fut appelé dans la suite par Léopold. Cet habile chirurgien a taillé à l’hôpital de Lunéville plus de 600 calculeux.

Le 17 mai a été posée, par Léopold, la première pierre de l’hôpital de Lunéville, en présence de M. Vernasson, curé, et de M. Jean-Pierre Lebrun, chef de Police. Et le 11 Septembre 1708, l’église de cet hôpital fut bénite par M. Huguin, Abbé des Chanoines Réguliers, qui y dit la première messe.

Léopold permit, cette année, l’établissement des Carmes sur la place qui porte encore leur nom. Leur église, en face du faubourg de Nancy, à qui elle servait de perspective, était plutôt jolie que belle. La première pierre en fut posée par Léopold, le 14 novembre. Ce couvent avait alors douze religieux.

La démolition de cette église a excité les regrets des habitants de ce faubourg. Les connaisseurs y admiraient un autel sculpté par Guibal, il représentait le Prophète Elie, montant au ciel sur un char de feu.

Avant d’habiter leur couvent de Lunéville, les Carmes occupèrent, pendant quelque temps, St Léopold, jolie maison de campagne, bâtie par le Duc Léopold, très agréablement située , et renommée pour l’excellente qualité du houblon que le propriétaire actuel y cultive en grand.

La prévôté de Longwy, pomme de discorde entre la France et la Lorraine

Blason de Longwy

 

D’après un article paru dans la revue « Mémoires de la société d’archéologie lorraine » en 1896.

Les appellations anciennes ont été respectées.

Négociations relatives à la prévôté de Longwy, par M. F. Nau, d’après des documents manuscrits de la bibliothèque nationale de Paris.

Le catalogue sommaire des manuscrits qui composent la collection de Lorraine, porte n° 78-79 « Traités entre la France et la Lorraine en 1718 », puis n° 504-511 « Longwy ».

Le plus grand nombre de pièces, que les douze volumes contiennent, est relatif à un même fait : l’échange de la prévôté de Longwy, que le traité de Ryswick permettait à Louis XIV de garder, contre un territoire équivalent qu’il s’agissait de déterminer.

Premier sujet de litige : La France veut garder Longwy.

Jusqu’en 1679, Longwy comprenait un château fort, une ville haute et une ville basse, et donnait son nom à une prévôté. Sa position sur la route la plus courte de Verdun à Luxembourg et à Thionville, lui donnait grande importance durant les guerres entre la France et l’Espagne.

Aussi, elle fut investie par Condé en 1643, prise par la Ferté-Senneterre en 1646, et rendue seulement à la Lorraine en 1659 à la paix des Pyrénées. Enfin en 1670, le maréchal de Créqui s’empara de nouveau de Longwy, et cette ville ne fit plus retour au duché de Lorraine. Louis XIV, voulant opposer une place forte respectable à Luxembourg que tenaient les Espagnols, fit raser le château fort et la ville haute, et fit tirer au cordeau les rues de la ville actuelle, que fortifia Vauban (1679).

De nombreux privilèges accordés par le roi, amenèrent bientôt de nombreux habitants dans la nouvelle forteresse qui eut jusqu’à 2 000 hommes de garnison.

A la paix de Ryswick (7 octobre 1697), les alliés imposèrent aux Français, l’obligation de rendre au duc de Lorraine tous ses États. Louis XIV fit sans doute valoir qu’il n’avait pas construit et fortifié Longwy pour le compte du duc. Aussi, dans un article spécial (art. 33), on permit au roi de conserver la prévôté de Longwy, à condition de rendre au duc une prévôté de même valeur et même étendue dans les Évêchés.

S’il était facile de trouver une prévôté de même étendue, il ne l’était pas autant, parait-il, d’en trouver une de même valeur, car les plénipotentiaires du roi et du duc, après plusieurs années consacrées à des enquêtes et à des discussions, ne purent arriver à s’entendre.

Premières négociations : 1698-1701

Citons d’abord quelques lignes d’un mémoire étendu sur la prévôté de Longwy, dont il va être constamment question :
- La prévôté de Longwy est située à l’extrémité de la Lorraine à l’occident.
- Elle est bornée par les prévôtés de Luxembourg, Thionville, Sancy, Arrancy, Longuyon, Mangiennes, Damvillers, Marville, Virton et Arlon.
- La rivière Chiers est remarquable en ce que ce fut sur ses bords que Lothaire, roi de France, donna la Lorraine en fief à Othon, second-empereur.
- La prévôté est fertile en grains. Le grain y est petit mais bon. Elle est utile pour faire passer les blés de Lorraine et les vins du Barrois et par l’Ardenne les marchandises de Liège et du pays de Bar.
- Elle est encore considérable par les mines de fer qui s’y rencontrent en plusieurs endroits, et de la grosse et de la riche. (Les mines d’Aumetz étaient indispensables aux forges des environs, en particulier à celle de Moyeuvre). Elle a aussi des bois en suffisance pour l’exploitation de ses forges.

Il fallait donc, conformément à l’article 33 du traité de Riswick, estimer la valeur de cette prévôté de Longwy, puis lui trouver un équivalent dans les Évêchés. Les plénipotentiaires furent M. de Turgot, intendant de Metz, pour le roi de France, et le sieur Jean-Baptiste, baron de Mahuet, conseiller d’Etat, pour le duc de Lorraine.

Les environs de Longwy avaient été ravagés durant la guerre de Trente ans par les Français (1631), les Suédois de Bernard de Saxe-Weimar (1635) et enfin par les troupes impériales, Polonais, Hongrois, Croates qui, envoyés pour défendre le pays, s’y signalèrent surtout par leurs pillages et leurs atrocités.

Aussi, le duc de Lorraine ne voulait pas estimer la valeur de la prévôté de Longwy uniquement d’après son état actuel, mais il voulait tenir compte de sa richesse passée qu’une longue paix devait lui rendre. On réunit donc pour en faire la comparaison, un certain nombre de comptes.

Nous avons à Paris ceux de 1629 et 1637, puis les comptes de Gérard Magnier, gruyer et receveur du domaine de Longwy pour les années 1657 et 1666, enfin le registre et contrôle vingt-neuvième de François Gérard, contrôleur du domaine et office de Longwy pour l’an 1667. Ces comptes fournissaient et fourniraient encore intéressante matière à comparaison entre l’état de la prévôté avant, pendant et après la période française de la guerre de Trente ans.

Les fours et moulins publics avaient été détruits. En 1666, il y avait dix-huit fours ruinés, un en bon état (Longwy-Bas) et deux affermés (Villers et Beuville). La plupart furent ruinés en 1636, celui de Longwy-Haut en 1641 et celui d’Errouville en 1677 par l’armée impériale.

Le nombre des habitants était aussi bien diminué. En 1698, Tiercelet ne comptait encore que 18 chefs de famille, dont 8 laboureurs, au lieu de 86 qu’il avait avant les guerres. Tellancourt en avait aussi 18, dont 6 laboureurs au lieu de 40. Hussigny n’avait plus un seul habitant.

La plupart des maisons étaient encore en ruines. A Ville, il y avait dix maisons sur pied et douze masures à Houdlemont, six maisons sur pied et cinq masures. A Tiercelet, vingt-huit maisons sur pied, « y compris celle du curé » et cinquante masures.

En 1698, la prévôté comprend une soixantaine de villages ou hameaux, avec 646 laboureurs, 1200 artisans ou manœuvres, et 184 femmes veuves. De nombreuses listes donnent le nombre et les noms des habitants de chaque village.

On trouve même un tableau qui n’a rien à envier pour le soin des détails à nos recensements actuels. Il donne le nombre des hommes, femmes, garçons et filles, avec l’état de chacun pour l’an 1696. Il y a alors dans la prévôté, 3163 hommes et jeunes garçons et 3211 femmes et jeunes filles, répartis en 1376 feux. Il y a aussi 36 moulins, 2 forges, 2 carrosses, 1 chaise, 413 1/2 chariots, 113 charrettes, 410 1/2 charrues, 2711 chevaux, 329 poulains, 8 baudets, 1 bourrique, 2306 vaches, 589 veaux, 3668 moutons, 2505 porcs, 170 chèvres.

Les premières négociations eurent lieu à Metz. Le 2 décembre 1698, le sieur Mahuet énonce douze sujets de grief contre M. de Turgot.

Enfin, on trouve le procès-verbal des séances du 1er au 4 décembre 1698 qui furent consacrées à de purs préliminaires, et paraissent n’avoir été suivies d’aucun résultat positif, car le 1ermars 1699, le duc Léopold accrédita Jean-Baptiste Mahuet pour aller demander au roi lui-même l’équivalent de Longwy.

On proposa alors au duc, cinq territoires différents pour l’équivalent de la prévôté :
-
La ville de Toul et 52 villages qui dépendent de la ville, évêché et chapitre de Toul, avec 8 villages de l’évêché de Verdun, Dieulouard, Belleville, Sivry, Moirey, Bezaumont, Landremont, Loisey, Sainte-Geneviève.
-
La ville de Vic et 64 villages dont 8 moitié lorrains.
-
Un équivalent dans les Évêchés proposés à Paris par M. Turgot le 26 décembre 1699, et comprenant en particulier les baronnies de Chatillon, Saint-Georges, Turquestein et des villages entre Vic et Sarrelouis.
-
Vers l’angle de la Franche-Comté entre les rivières de Saône, du Cosné, d’Angrogne et du Breuchain. Ce projet comme le second est du 22 décembre 1699.
-
Les prévôtés de Rambervillers, Vic, Moyen et Baccarat.

Il semble que ce luxe de projets devait amener un accord facile, mais il n’en fut rien. On parut se préoccuper surtout de trouver des objections.

Un auteur anonyme conseille au roi de donner l’équivalent cherché dans le baillage d’Allemagne, parce que « le bailliage d’Allemagne ne sera jamais un pays qui puisse payer beaucoup de subventions, il n’y est même pas accoutumé. Outre qu’il sent la poudre à canon, il sera toujours exposé aux premiers mouvements de guerre ». Les mêmes raisons suffirent sans doute pour faire exclure ce projet par les Lorrains.

Un autre mémoire est intitulé « Réflexions sur l’équivalent proposé du côté de la Bourgogne ». Il y a un tiers ou approchant de masures à rétablir, etc.

Ailleurs, on critique Rambervillers « ville fermée d’une simple muraille et d’un fossé mal entretenu, elle ne contient dans son enceinte et ses faubourgs que 350 habitants ».

Enfin, il y a des objections générales. M. Turgot propose des villages qui sont introuvables, du moins sur les cartes, ou qui sont déjà Lorrains, enfin il donne comme villages de simples censes ou hameaux. A tout cela, M. Turgot répondait par d’autres mémoires, et le temps passait entre les objections et les réponses, ou bien en enquêtes près des employés subalternes.

Ces retards avaient peut-être aussi une cause bien au-dessus de la volonté des négociateurs, car on sut depuis, que Louis XIV avait conclu avec le duc Léopold un traité secret lui donnant le duché de Milan, en échange de la Lorraine et du Barrois.

Il n’était donc plus nécessaire de chercher l’équivalent de Longwy, puisque tout devait rester au roi. Il suffisait de laisser tomber peu à peu les négociations. On arriva ainsi à la guerre de la succession d’Espagne (1701).

On sait que le duc Léopold dut recevoir une garnison française dans Nancy, et se retira à Lunéville (2 déc. 1702). Mais il sut maintenir la neutralité de la Lorraine, à l’exception de la prévôté de Longwy qui suivit la fortune de la France, et fut encore dévastée. Hussigny fut pillé par les ennemis la deuxième année de la guerre, Ottange fut brûlé et paya 3415 livres. Audun paya 700 livres pour deux prisonniers et Micheville 300 pour un prisonnier. A Tiercelet, les ennemis prirent 22 chevaux, etc. Les Français font aussi de nombreuses réquisitions.

Ainsi en une année, du 7 mai 1713 au 2 mars 1714, la prévôté fournit 1985 chariots pour l’évacuation de Luxembourg (10 mai 1713) et pour voiturer des vivres et des munitions de Verdun à Thionville et à Metz.

On trouve quelques rares mémoires composés durant la guerre de la succession d’Espagne On demande au roi de France en 1703 de donner l’équivalent de la prévôté ou de la rendre au duc de Lorraine, en se réservant seulement les murailles et fortifications de Longwy. Cette mesure aurait épargné à la prévôté les horreurs de la guerre.

Plus tard en 1706, le duc de Lorraine fait composer un mémoire « pour justifier l’étendue et la valeur de la prévôté de Longwy ».

On a un second mémoire de 1706 sur le même sujet, très bien documenté qui fait l’historique de la prise de Longwy et de la paix avec le duc de Lorraine, puis donne l’évaluation détaillée des revenus. Un dernier mémoire de 1706 donne l’évaluation des domaines. On trouve en tout  81 555 livres 8 sols 10 deniers et soutiennent que le domaine augmentera encore tous les jours, parce que le tiers de la prévôté se trouvant encore en ruine, suivant la reconnaissance que nous en avons faite, elle se rétablira par la paix.

Enfin, on nous apprend incidemment que en cette année 1709, les grains se vendaient fort chers, parce que le rigoureux hiver qu’on eut cette année perdit toutes les semences des blés.

Second sujet de litige : Les revenus de la prévôté de Longwy.

Ces retards apportés à l’échange de la prévôté de Longwy amenaient nécessairement un nouveau sujet de discussions.

Le roi n’ayant pas donné en 1698 un territoire équivalent, devait rendre les revenus, que depuis lors il percevait indûment. En d’autres termes, le roi détenait un capital appartenant depuis 1698 au duc de Lorraine, c’est-à-dire l’équivalent de la prévôté de Longwy, il devait donc en rendre les intérêts égaux aux revenus de Longwy. C’est autour de l’évaluation de ces revenus que vont maintenant avoir lieu les mémoires et les discussions pendant plusieurs années.

Secondes négociations : 1714-1718.

Au congrès d’Utrecht (1712), le duc fit réclamer les parties de ses états occupées par les Français, mais ses réclamations n’aboutirent à rien de solide. Ses envoyés firent protestation et opposition le 30 avril 1713.

En cette année 1713, se place un mémoire de M. Olivier de Hadonviller, prévoyant le cas où le roi ne garderait de la prévôté que Longwy et quelques villages, dont il donne le nombre des habitants et l’estimation des revenus.

En 1714, les troupes françaises évacuent Nancy et les autres places fortes de Lorraine, et les négociations relatives à Longwy sont reprises à Metz, où elles continuent l’année 1715. La mort de Louis XIV (1er septembre 1715) les interrompit durant quelques mois.

Enfin, elles reprirent en 1716 pour se terminer en 1718. Les négociateurs sont alors pour le roi de France, les sieurs Dominique de Barberie, seigneur de Saint-Contest, et Lefebure, seigneur d’Ormesson, et pour le duc de Lorraine, les sieurs Jean-Baptiste, baron de Mahuet, et François de Barrois, seigneur de Saint-Remy.

En 1715, la France propose Phalsbourg, Niederwiler, Saint-Epvre et Saint-Mansuy, le ban de Saint-Pierre Leywiler, etc., en échange de Longwy et de huit villages, mais ce projet souffre de nombreuses difficultés parce que, dit-on, plusieurs de ces villages appartiennent déjà de droit à la Lorraine.

En 1716, nous trouvons trois projets d’équivalent formés par le duc de Lorraine. Les deux premiers supposent l’échange de toute la prévôté de Longwy et demandent en place,
- l’un : la ville de Vic et son territoire, les mairies de Réméréville et de Saint-Clément, les terres et seigneuries de Lorquin, de Cerey, de Chatillon, etc.,
- l’autre : Rambervillers, Baccarat, Saint-Clément, Turquestein, Saint-Georges, etc.

Enfin, le troisième projet prévoit le cas où la France ne garderait que Longwy et quelques villages à l’entour. On demande Rambervillers en échange. Et « en cas que la France refuse absolument de nous abandonner la châtellenie de Rambervillers, on peut proposer les châtellenies de Baccarat et de Moyen, les mairies de Saint-Clément et de Réméréville et la seigneurie de Gerbévillers avec leurs bans finages et dépendances ».

Ils consistent en 770 habitants. Longwy n’en a que 650, mais « il y en a 400 dans Longwy qui est une ville et les habitants de Longwy valent beaucoup mieux que ceux des dites châtellenies ».

Cette opinion flatteuse pour les habitants de Longwy, ne fut sans doute pas partagée en France, car on se décida à donner Rambervillers en échange de Longwy et des villages situés à une demi-lieue à l’entour.

Il ne restait plus qu’à évaluer les revenus perçus indûment par le roi depuis 1698, et qu’il devait donc rendre au duc de Lorraine. Il aurait été assez simple de prendre pour la valeur des revenus de la prévôté, le montant du bail passé avec les fermiers généraux. Mais ici se présentait une difficulté.

Un certain François Rodemack de Ballieu s’était rendu sous-adjudicataire des domaines de la prévôté de Longwy pour 33 700 francs, monnaie lorraine, qui font 14 442 livres 17 sols de France, par année. L’acte fut passé devant Me Vergaland, notaire à Longwy. Les Lorrains prétendent que Rodemack était très solvable, mais ce n’était sans doute pas l’opinion de M. Turgot, car il accusa Rodemack « d’avoir oultré le prix de la prévôté et le fit mettre en prison ». Notons, à la décharge de M. Turgot, que dans les comptes de 1657 ne figure, parmi les habitants de Laix et de Bailleux, qu’un seul Rodemack (Pierre), classé parmi les manouvriers et mendiants.

Enfin M. Turgot rendit la liberté à François Rodemack, mais l’expulsa du pays, et mit à sa place Henry Laurent pour régir la prévôté. Mais « un régisseur s’applique moins au bien de la chose qu’à trouver son profit dans la régie », aussi les revenus ne furent que de 10 837 livres, 12 sols par an.

Le roi ne voulait rendre, comme revenu des domaines, que ce qu’il avait perçu par les mains de Henry Laurent, tandis que les Lorrains voulaient prendre comme base le bail de Rodemack, et prétendaient même (22 mars 1715) que les domaines ayant augmenté de valeur, le chiffre de Rodemack était trop faible et qu’il fallait évaluer leur revenu à 18 615 livres 15 sols par an.

Des difficultés analogues se présentaient pour évaluer les revenus des gabelles, des droits d’entrée et sortie, de la marque du fer, de la vente des offices, etc.. etc.

Les Lorrains demandaient ce que le duc aurait tiré du pays s’il l’avait exploité lui-même. Un mémoire est capital dans ce sens. On y trouve le chiffre définitif pour eux, des revenus en 20 ans (1698-1718). « Revenus sur le pied de l’administration des finances en Lorraine » : 2 034 881 livres 15 sols.

Le roi faisait estimer de son côté ce qu’il avait perçu, d’où une foule de comptes particuliers sur les revenus de la gabelle, des entrées et issues foraines, des ventes de bois, etc. et il prétendait, avec quelque raison, ne pas rendre davantage. Or, en additionnant leurs recettes, les Français ne trouvaient que 1 367 648 livres 12 sols.

Pour expliquer la différence considérable des deux comptes, les Lorrains ne manquent pas non plus de bonnes raisons :

1) Ils accusent les régisseurs de mauvaise gestion ou dilapidation. Nous l’avons déjà vu pour Henry Laurent. Cette accusation était trop fréquente pour n’avoir pas quelque raison d’être.

Le 25 décembre 1681, les habitants des prévôtés de Longwy et Sancy se plaignent des rigueurs et vexations que leur causent les fermiers, « ce qui les contraint à faire des traités onéreux avec les fermiers pour tâcher à vivre en repos », ce qu’ils ne trouvent pas dans la suite, à cause de l’impuissance où ils sont de les acquitter.

On trouve une accusation de dilapidation contre le sieur Nicolas Vergalant, avocat au bailliage de Longwy qui géra les domaines des prévôtés de Longwy, Longuyon et Norroy-le-Sec du 1er octobre 1691 au 1eroctobre 1697, et les domaines, la gabelle, les entrées et issues foraines de la prévôté de Longwy de 1701 à 1710. Avant lui, on consommait 160 muids de sel et la foraine produisait 3 000 francs par an. A ce moment, on n’en consomme plus que 100 muids, et la foraine ne produit que 1 000 francs, parce que Vergalland « qui n’a ny foy ny religion » laisse faire la contrebande des sels à l’un de ses proches parent qui est fermier des gabelles à Metz, et il loue trop bon marché les revenus royaux « à de ses intimes amis, de qui il reçoit plusieurs gratifications ».

On pouvait répondre du reste, que les dilapidations n’étaient pas moindres sous l’administration du duc de Lorraine, car on trouve une lettre de Le Gay, substitut à Longwy, du 14 octobre 1662, disant « que les fermiers gagnent la juste moitié. D’avantage, monseigneur, il n’est pas juste que quelqu’un de ces fermiers qui ont sucé toute la substance de vos sujets durant l’absence de votre Altesse et qui ont toute la richesse du pays, tirent encore la moitié des fruits de son domaine de Longwy, tandis que cette pauvre ville désolée et ruinée, faute d’entretien, se démantèle tous les jours, et va bientôt être un village par la chute de ses murailles ».

2) Le roi n’a pas établi le droit de marque des fers, mais il n’en doit pas moins le rembourser au duc, puisque celui-ci en aurait tiré profit, et en a été frustré.

Il y avait alors trois usines dans la prévôté, fabriquant annuellement plus de 1 500 milliers de fer, à Herserange, Villerupt et Ottange.
La forge de Herserange dont le fourneau est dans Athus est une forge à deux feux, avec une fonderie, une platinerie et une affinerie. Elle fabrique 400 milliers de fer par an.
Villerupt a son fourneau avec fonderie et affinerie, il fabrique tous les ans 300 milliers de fer.
Le fourneau d’Ottange fournit deux forges qui ont toute leur suite. Il fournit 800 milliers de fer.
Le droit de marque du fer est de 6 livres 15 le millier.

3) Outre les recettes accusées par ses régisseurs, le roi a imposé au pays de nombreuses contributions et corvées qu’il n’est pas facile d’estimer, mais qui n’en doivent pas moins entrer en compte dans les recettes.

Le duc demande des indemnités, à raison des affranchissements et octroys, que le roi a accordés aux habitants de la ville neuve de Longwy, pour la faciente de la bière, pour la banalité du four, pour les quatre foires (Rehon, Pierrepont, Haucourt et Longwy) transportées à Longwy, où l’on percevait auparavant le soixantième denier de toute marchandise vendue, pour le droit de cabaretage, etc., etc. La faciente était une redevance rattachée au commerce de vins ou de bière.

4) Le duc demande encore à être indemnisé pour certains dons, que fit le roi aux dépens du domaine.

Ainsi, le roi donna aux habitants de Longwy le bois de Xay (maintenant bois de Châ) de 258 arpents. Il donna à M. de Naue, gouverneur de Longwy, 95 jours de terre près de la porte de la ville. Enfin le 5 mai 1688, il donna à M. Mathieu, gouverneur de Longwy, le domaine du village d’Errouville, qui comprenait moulin et four banal, la moitié du terrage, la haute justice, le droit de bourgeoisie et de faciente de la bière, 150 arpents de bois et les amendes.

A l’aide de ces raisons et d’autres du même genre, les commissaires de Lorraine en arrivent non seulement à expliquer la différence entre les revenus sur le pied de l’administration des finances en Lorraine et en France, mais ils sont amenés à conclure que leur chiffre de 2 034 881 livres 15 sols est trop faible, et que le roi a tiré de la prévôté 2 342 309 livres 14 sols, qu’il doit donc rendre au duc de Lorraine.

Accord entre la France et la Lorraine.

Enfin l’accord sur les deux sujets de litige fut conclu en 1718. Par un traité en 68 articles, daté du 21 janvier 1718, le roi déclare garder uniquement la ville de Longwy et les villages à une demi-lieue à l’entour savoir Mexi, Herseranges, Longlaville, Mont-Saint-Martin, Glaba, Autru, Piedmont, Romain, Lexi et Rehon, et donner en place la ville et la châtellenie de Rambervillers.

Les autres articles concernent Sarrelouis et d’autres points en litige, mais surtout le commerce entre la France et la Lorraine.

Les deux exemplaires du traité sont signés l’un Louis et l’autre Léopold avec sceaux appendus. L’acte d’enregistrement au Parlement de Metz est daté du 24 février 1718. L’acte d’enregistrement au Conseil souverain d’Alsace pour les articles qui pourraient être de son ressort est du 25 février 1718.

Les lettres patentes pour l’exécution du traité furent données à Paris le 11 février et enregistrées au Parlement le 7 avril. Elles furent données à Lunéville le 30 juin, et enregistrées en la Cour souveraine de Lorraine et Barrois et en la Chambre des comptes de Lorraine le 7 et 9 juillet 1718.

Quant au second sujet de litige, on prit à peu près la moyenne entre les recettes accusées par les commissaires du roi et la somme réclamée par les commissaires de Lorraine. « Tout considéré, ouy le rapport, le roi étant en son conseil, de l’avis de M. le duc d’Orléans régent, a ordonné et ordonne que les fruits, jouissances et revenus perçus au nom et profit de sa Majesté ès ville et prévôté de Longwy pendant vingt ans, dont M. le duc de Lorraine doit être indemnisé et remboursé conformément à l’article 12 du traité du 21 janvier 1718, demeureront réglés et liquidés à la somme de 1 750 000 livres pour toutes indemnités, laquelle sera payée des fonds à ce destinés par sa Majesté ».

Le 27 février 1718, les envoyés du duc prennent possession de Rambervillers.

Mais c’est dans la prévôté de Longwy que cette reprise de possession, après une annexion de quarante-huit ans, eut un caractère grandiose. Les envoyés du duc vont de village en village, et font prêter serment à tous les habitants, partout on bénit à nouveau la terre, l’eau et le feu, on sonne les cloches, on chante le Te Deum.

On part de Longwy. A Haucourt, on trouve un bûcher, on sonne les cloches, on bénit le feu et la terre, on boit à la santé du duc. Près de Villers, est un autre bûcher près duquel se tiennent deux cents hommes armés, le tambour battant la marche de Lorraine. Ils ont le drapeau jaune et rouge et portent des cocardes de papier de même couleur.

Six femmes de Villers-la-Montagne se signalèrent en se rangeant avec les hommes, le fusil sur l’épaule. On nomme un prévôt à Villers, on fait prêter serment, on bénit la terre et le feu, on sonne les cloches, on chante le Te Deum et le Domine salvum fac ducem. On se dirige alors vers les villages d’Aumetz, Audun, Ottange, qui firent toujours partie de la prévôté de Longwy, c’est-à-dire de la Lorraine française, et on y est reçu avec les mêmes démonstrations de joie.

Le sentiment national était resté intact chez les Lorrains après quarante-huit ans d’annexion, et ils surent le faire voir à leurs ennemis d’alors, comme en témoigne la phrase suivante par laquelle je termine : « J’ai annoncé que les officiers de Longwy qui se vantaient de ruiner la chasse sur nos terres trouveraient à qui parler, et que les premiers soldats qui ravageraient nos bois du voisinage ou les jardins des villages, j’en ferais faire exemple du premier qui y serait attrapé ». 

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