Les lépreux en Lorraine

 

 Les lépreux en Lorraine dans La Meurthe-et-Moselle d'Antan Maladerie-150x74

 

D’après un article paru dans les « Mémoires de l’Académie de Stanislas » – Année 1881

 

Parmi les maladies qui affligèrent les populations du moyen âge, il en est peu qui, autant que la lèpre, aient laissé dans l’histoire des traces de leur existence. Considérée comme un châtiment que Dieu infligeait à ceux qui en étaient atteints, redoutée par les populations en raison du caractère contagieux qu’on s’accordait à lui attribuer, la lèpre entourait les malheureux qui en étaient affectés, comme d’une auréole sinistre, dans laquelle à des pensées de charité et de sympathique commisération s’associaient des idées de répulsion et d’horreur. Sous l’influence de ces sentiments opposés, on fonda de bonne heure des refuges spéciaux pour les lépreux, on promulgua à leur égard des ordonnances, on prit des dispositions légales destinées tout à la fois à les protéger et à les séquestrer.

Il nous a semblé qu’il pouvait ne pas être sans quelque intérêt, de colliger, en les coordonnant, les éléments épars qui, dans notre histoire locale, se rapportent à la lèpre et de chercher à retracer ce que furent les lépreux en Lorraine.

Mazels, musel, mezel, mezieu, mezeauls, ladres (Les ladres invoquaient saint Ladre ou saint Lazare pour les guérir, d’où le nom qui leur fut donné. Les Italiens appellent la lèpre : il malo di santo Ladri), frères lépreux, soeurs lépreuses, bons hommes, bons malades, ou parfois simplement malades, telles étaient les dénominations par lesquelles au moyen âge, en Lorraine et ailleurs, on désignait les lépreux.

Il est probable que de bonne heure, sous l’influence de la pitié qu’inspiraient leurs maux et l’état de misère de la plupart d’entre eux, furent établies des maisons de refuge consacrées à ces malheureux. On les désignait sous les noms de mezelerie, ladrerie, et plus fréquemment de maladerie, malarie ou maladière.

La lèpre, comme la peste, est originaire de l’Orient. Elle était endémique en Egypte, Moïse en fait mention. Job et Pharaon en furent atteints, les Hébreux en furent frappés pendant la captivité de Babylone.

A quelle époque et par quelles voies, la lèpre envahit-elle l’Europe occidentale ? Les Sarrasins l’ont-ils importée en France au VIIIe siècle pendant leur séjour dans nos provinces méridionales, ou les débris des armées chrétiennes, à leur retour des premières croisades (1095-1147) ont-ils ramené avec eux des lépreux qui, ayant contracté le germe de leur maladie pendant leur séjour en Palestine, l’ont propagée dans nos pays, on l’ignore.

Ce qu’on peut affirmer, c’est que longtemps avant ces grands événements, la lèpre existait en France.

Les légendaires de la première Belgique racontent les guérisons miraculeuses de lépreux opérées au IVe siècle par saint Maximin, de Trèves, au VIe siècle, par saint Vannes, de Verdun, et par saint Géry, d’Ivoy. Dès 549, le concile d’Orléans, auquel assistait Désiré, évêque de Verdun, recommandait expressément les lépreux à la charité ecclésiastique et les confinait dans des maisons isolées placées sous la surveillance des évêques.

En 583, le concile de Lyon (et plus tard celui d’Aix-la-Chapelle en 809) imposait aux évêques le soin de veiller sur les lépreux, de les nourrir et de les vêtir, en échange de leurs héritages qui advenaient à l’Eglise. En 630, saint Arnould, évêque de Metz, qui s’était retiré sur le Saint-Mont, près de Remiremont, et y vivait, à la même époque que saint Romaric, dans la solitude et la prière, avait réuni des lépreux et poussait le dévoûment jusqu’à les soigner lui-même. En 634, Adalgise ou Grimont, diacre de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Verdun, neveu ou tout au moins proche parent du roi de France Dagobert Ier, dotait avec une libéralité princière les lépreux de Maestricht, Metz et Verdun en leur faisant don d’Audun-le-Roman et de terres très étendues. Au VIIe siècle, fut fondée à Metz, à une lieue de cette ville, la maison de Dieu ou maladrerie de Longeau ; elle fut créée et dotée par douze chefs de famille du val de Metz, pour servir d’asile aux ladres ou lépreux.

Godefroy de Bouillon partant pour la Terre-Sainte, y éleva une chapelle et fit donation de terres et de rentes pour l’entretien des malades. Enfin, au concile tenu à Compiégne en 756, le divorce fut déclaré facultatif de la part du lépreux, qui pouvait autoriser son époux à le quitter et à se marier avec un autre.

Tous ces faits ne prouvent-ils pas qu’au VIe siècle, déjà la lèpre était connue et même assez répandue en France et en Lorraine.

Dans les siècles suivants, des famines meurtrières, des guerres incessantes augmentèrent d’une manière effrayante le nombre des malheureux et multiplièrent ainsi le nombre de ceux qui étaient prédisposés à contracter la lèpre. En même temps, les relations de commerce et de guerre entre l’Orient et l’Europe occidentale devinrent plus fréquentes : faut-il s’étonner de l’augmentation progressive du nombre des lépreux et de la nécessité qui s’imposa dès lors, de créer des établissements spéciaux pour les recevoir et les séquestrer ? Sous le règne de Philippe Ier, après la première croisade (1095), fut fondé en France un ordre de religieux soldats appelés hospitaliers, dont la mission spéciale était de soigner les lépreux.

Aussi est-ce pendant les XIIe et XIIIe siècles que les asiles de lépreux sont les plus nombreux et les plus prospères. Sous saint Louis (1226-1270), la France n’en compte pas moins de deux mille. Il existait à cette époque neuf mille léproseries répandues dans la chrétienneté.

En Lorraine, nous avons pu relever l’existence de près de soixante léproseries existant dans des villes, des bourgs et jusqu’en de simples villages. Les plus nombreuses sont réparties dans les pays qui, de nos jours, forment le département de la Meuse.

Dans nombre de villages du département de la Meurthe, les noms de censes, cantons ruraux, champs, etc., rappellent l’existence de maladreries ou tout au moins de bordes de lépreux.

C’est au XIIe siècle que les bourgeois de Toul fondèrent, à une heure de cette ville, à Valcourt, une léproserie dans laquelle devaient demeurer un prêtre et douze lépreux, et dont l’administration fut confiée aux abbés et religieux de Saint-Epvre. Une charte verdunoise de 1185 fait mention d’une léproserie appelée les Grands-Malades ou Saint-Jean-des-Malades (située à quelque distance du faubourg du Pavé de Verdun, au pied de la côte Saint-Michel, sur l’emplacement du cimetière actuel).

Au XIIIe siècle, s’élèvent des léproseries nouvelles : à Verdun, sur la route qui conduit à Saint-Mihiel, la maladrerie de Haudainville, près du village de ce nom, qui, à partir de 1247, fut appelée les Petits-Malades ou les Pauvres-Malades, où étaient reçus les lépreux étrangers à Verdun ; à Toul, dans le faubourg Saint-Mansuy (elle fut fondée par les religieux de Saint-Mansuy et les bourgeois de Toul) ; à Laître-sous-Amance, à Leyr dans la vallée de la Seille, à Sommières dans la Meuse, à Saint-Aubin, dans les environs de Commercy, à Neuf- château, etc.

En 1273, à Nancy, sous le règne du duc Ferry III, existait déjà la léproserie de la Magdelaine, aux alentours de laquelle se sont successivement élevées les maisons qui ont fini par former de nos jours le faubourg Saint-Pierre. On l’appelait maladrerie de la Magdelaine-lez-Nancy ou devant-Nancy, pour la distinguer d’une léproserie de la Magdelaine élevée à Varangéville, à peu de distance de Saint-Nicolas-du-Port.

Le mai 1312, le duc Thiébaut II donna la léproserie de la Madelaine de Nancy, et confia le soin des lépreux aux Dames prêcheresses, religieuses de l’ordre de Saint-Dominique, qui, en 1292, étaient venues s’établir à Nancy et dont le couvent était peu distant. Cette donation fut confirmée en septembre 1328, par le duc Ferry IV.

En 1478, une chapelle fut construite à la Madelaine de Nancy. Cette maison jouissait de privilèges et franchises qui furent confirmés par le duc René Ier (22 mars 1436), par la duchesse Isabelle en 1441, par le duc Antoine en 1508 et par lettres patentes du 8 août 1603 du duc Charles III.

A Remiremont, dans les Vosges, existait une léproserie de la Madelaine, située aux portes de cette ville, près d’une ancienne chapelle dédiée à sainte Marie-Madelaine. Brûlée en 1645 par les gens de guerre, elle fut reconstruite peu après par les soins d’Antoinette Maillot, veuve d’Adam de la Madelaine. L’emplacement occupé par cette léproserie a conservé jusqu’à nos jours le nom de la Madelaine.

Vers le commencement du XIVe siècle, se trouvaient dans le val de Saint-Dié, trois léproseries : la Rouge-Pierre, Charémont et la Schenalle. En 1562, un chanoine du chapitre de Saint-Dié, convaincu de lèpre, fut condamné à terminer ses jours dans une cellule qu’il dut se faire construire au milieu des forêts, près de l’ermitage de la Madelaine.

 

La plupart des léproseries durent leur existence à l’initiative privée. C’était un ou plusieurs bourgeois riches d’une ville, tantôt quelque prince ecclésiastique ou temporel, qui, émus de pitié pour le triste sort des lépreux, fondaient par donation ou testament, et le plus souvent dotaient en même temps un hôpital pour les recevoir.

Pour subvenir à leur entretien, les ressources, loin de manquer, ne firent que s’accroître. Outre la charité publique qui subvenait aux menus besoins des lépreux et les redevances que ceux-ci étaient parfois tenus de leur payer, les léproseries s’enrichirent peu à peu par les libéralités et les donations des grands, par les droits, priviléges et franchises qui leur furent octroyés par les princes ou les villes. Devant quelques églises, existaient des troncs spéciaux dont les produits leur étaient destinés.

A Nancy, chaque lépreux occupant une maison de la Madelaine, payait un cens annuel d’un franc aux Dames prêcheresses, outre le droit d’entrée convenu de gré à gré avec elles. Un décret du duc Charles III (2 avril 1562) autorise « les bons malades de la Madelaine encore qu’ils ne soient de la paroisse de Nancy ou de Saint-Dizier à participer aux aumônes qui se distribuent les dimanches, jeudis et vendredis de chaque semaine ».

Au commencement du XVIIe siècle, les lépreux avaient la coutume de faire faire la quête des aumônes près de l’église collégiale Saint-Georges, par un lépreux qui, autorisé à se tenir dans une loge, faisait appel à la charité publique. Les comptes du cellerier de Nancy montrent que jusqu’en 1640, on délivrait par an « douze rézeaulx de bled aux bons malades de la Magdelaine pour subvenir à leur nourriture et autres nécessités de leur vie calamiteuse ».

Le soir du jour de la Toussaint, la ville faisait un don de trois francs aux malades de la Madelaine pour « faire leur bon soir ».

A Metz, dès 1196, un des trois deniers de l’impôt des morts établi par l’époque Bertram, était destiné à l’entretien des bons malades. En 1326, la ville de Metz donne la moitié des moulins de la Seille à la léproserie de Saint-Ladre ; en 1299, une donation considérable de terres est faite à la léproserie des Bordes. Plusieurs papes avaient dispensé de la dîme la maison de Dieu de Longeau ainsi que les autres léproseries de Metz, et une bulle du pape Honoré III confirma en 1435 tous ces privilèges.

A Verdun, la maladrerie des Petits-Malades, à part quelques pièces de terres et de prés, ne jouissait que d’un revenu annuel en argent de vingt-huit livres verdunoises. Des bulles de Martin IV et de Boniface III exemptaient de la dîme, les immeubles des malades et leur bétail. La cité les affranchissait de tous impôts. D’après le manuscrit intitulé les Droits de Verdun, les armes des vaincus en combat singulier leur étaient attribuées.

La léproserie des Grands-Malades était plus richement dotée. Par une charte de novembre 1213, Thiébaut IV, comte de Bar, avait institué les Grands-Malades usagers de la forêt de Dieue « pour tailler et prendre ce qu’il faudroit de bois pour lesdits malades, en telle manière qu’ils n’en peurent vendre ny donner aultre part ». Au XIVe siècle, cette maladrerie était exemptée de tous impôts par la cité, qui lui avait en outre attribué le droit de mortuaire. Elle possédait de nombreuses rentes en argent, grains et vin provenant de prés, terres, vignes et bois dont les seigneurs des environs lui avaient fait don. Outre ces ressources et les droits d’entrée assez onéreux qu’elle exigeait de ses pensionnaires, cette maladrerie possédait des rentes annuelles et perpétuelles, souscrites en sa faveur par des congrégations religieuses ou des corps ecclésiastiques, par de simples particuliers ou des familles, sous la condition de recevoir ceux de leurs membres qui viendraient à être entachés de lèpre.

La léproserie de la Madelaine à Remiremont, très pauvre à son origine, s’agrandit par les dons de la charité. Un chanoine de Remiremont, du nom de Fleury, fit en 1349, à cet hospice, donation de tous ses biens, en reconnaissance des bienfaits qu’il y avait reçus et aussi pour participer aux biens spirituels dont cet asile était enrichi.

Quelques villes, comme Toul et Verdun, eurent deux maladreries. Metz en a compté cinq. L’inégalité des conditions sociales se retrouvait dans les maladreries d’une même ville. A Metz, la léproserie des Bordes, qui appartenait à la cité, paraît avoir été principalement destinée aux indigents, comme à Verdun celle des Petits-Malades.

La léproserie des Grands-Malades ou Saint-Jean des malades est exclusivement réservée aux familles verdunoises auxquelles leur position de fortune permet d’acquitter une large prébende (prouvende) pour ceux de leurs membres qui devront entrer dans la maison.

Parmi les mézeaulx, existait aux Grands-Malades, à Verdun, une hiérarchie : les frères et les convers. Ces derniers « debvaient faire à la maison tout ce de bien qu’ils pourroient et entendre aux œuvres et labour d’icelle ». Il y avait encore de simples locataires (le plus souvent des nobles) auxquels n’était dû que le logement, leur entretien et leur nourriture restant à la charge de leur famille. Enfin, outre les malades, y résidaient, notamment au XIVe siècle, des personnes qui n’étaient point lépreuses, des haitiez (sains) qui moyennant une donation, s’y étaient assurés un asile et une prébende.

Sept miches de pain blanc et trois sols par semaine, par an quarante sols pour leur robe, douze sols pour leur lard, un cent de faixains (fagots) à deux harts, une part aux vignes communes, telle était la prébende que l’on trouvait à la léproserie de Saint-Ladre à Metz. Celle des Grands-Malades à Verdun devait lui ressembler beaucoup.

L’administration des léproseries a varié selon les localités et les époques. A Nancy, nous l’avons vu, les ducs de Lorraine avaient fait don de la Madelaine aux Dames prêcheresses. A Valcourt, près de Toul, la surveillance était confiée à l’abbé et aux religieux du monastère de Saint-Epvre de Toul.

Les deux maladreries de Verdun furent administrées par des maîtres, gouverneurs ou procureurs laïques, institués au XIIIe siècle « de par l’Eveske et par la citeit » et dont plus tard, après la lutte des lignages des corps de métiers contre l’autorité épiscopale, l’investiture passa exclusivement au corps municipal. Toujours élus parmi les jurés de la cité, ces gouverneurs furent presque tous d’anciens maîtres échevins pendant le XIVesiècle. Beaucoup d’entre eux remplirent plusieurs fois les mêmes fonctions.

Jusqu’en 1428, ils stipulaient pour la léproserie dans tous les actes d’acquêt ou de vente. Leur intervention était moins nécessaire pour les baux ou constitutions de cens. C’étaient les lépreux eux-mêmes qui signaient beaucoup d’actes de ce genre.

A Remiremont, jusqu’en 1645, le gouvernement de la Madelaine fut confié à des frères hospitaliers convers, ayant fait vœu de pauvreté et de chasteté et qui suivaient la même règle que ceux établis en 1140 en Angleterre, sous le règne de Henry Ier. Leur supérieur portait le nom de maître. Le curé de Remiremont, qui avait le droit d’installer et de surveiller ces religieux, était le supérieur principal de la léproserie. Aucun malade d’ailleurs n’y était reçu sans la permission expresse de l’évêque.

A côté de ces administrateurs ecclésiastiques ou laïques, nous ne serons point étonnés de ne jamais trouver, dans les asiles consacrés aux lépreux, de médecins chargés de les soigner et de soulager leurs maux. Considérant les lépreux comme des infortunés frappés par la main de Dieu, la société au moyen âge, logique avec elle-même, croyait avoir tout fait en pratiquant la charité chrétienne en faveur des malheureux qu’elle condamnait à l’isolement et à la séquestration.

 

Les léproseries étaient situées le plus souvent à une certaine distance des centres de population pour éviter les chances de contagion, tout en permettant aux malheureux qui y passaient le reste de leurs jours de revoir de temps à autre leurs parents et d’être plus à la portée des aumônes qu’ils recevaient de la charité publique.

Une fois par an, à Remiremont, les personnes bienfaisantes avaient l’habitude de visiter la Madelaine pour donner aux lépreux des pains, que par crainte de la contagion, on leur tendait au bout d’un bâton. Les lépreux ont disparu, mais le souvenir de cette charitable coutume a, pendant longues années, persisté à Remiremont. Naguère encore, les enfants portant des pains au bout d’une baguette, se rendaient en foule, à certain jour, à la Madelaine, qui jusqu’aujourd’hui a conservé son nom. On recevait les pains pour les distribuer aux pauvres de la ville, des féveroles étaient remises aux enfants, pour leur rappeler l’infime nourriture dont autrefois les lépreux devaient se contenter.

Les lépreux ou les membres d’une même famille de lépreux habitaient en général chacun une hutte ou maisonnette séparée, appelée en Lorraine, Borde, parce que dans l’origine, elles furent élevées le long des chemins, d’où la possibilité pour les lépreux d’implorer de leurs bordes la charité des passants.

La réunion de plusieurs d’entre elles était désignée sous le nom de Bordel, terme qui, dans l’origine synonyme de léproserie, perdit cette signification dès le XIVe siècle. Plus tard, les léproseries formèrent de petites et lugubres cités : la maladrerie des Grands-Malades à Verdun, entourée de murs, renfermait une église, un cimetière, un grand jardin et un cloître qu’entouraient les cellules des mézeaulx.

Le nombre légalement limité des maisons de lépreux dans chaque maladrerie (il y en avait seize dans celle de la Madelaine à Nancy en 1603, douze dans celle de Valcourt près de Toul, sept aux Petits-Malades de Verdun, etc.), impliquait la limitation du nombre de bons malades susceptibles d’y être admis. Parfois, il arrivait que dans les grandes villes, ou déjà comme de nos jours tendaient à affluer les malheureux, la totalité des loges de lépreux était occupée. C’est du moins ce que l’on peut inférer des lettres patentes du duc de Lorraine Charles III (8 août 1603), qui autorisent les Dames prêcheresses de Nancy à recevoir et loger dans la maladrerie de Madelaine de Nancy, les lépreux des ville, prévôté et banlieue de Nancy, des pays et terres de l’obéissance du duc (excepté le bourg de Saint-Nicolas où il y avait une léproserie), à condition que si les maisons, loges ou bordes où habitent les lépreux sont remplies, et s’il se présentait des lépreux des ville, prévôté ou banlieue de Nancy, les Dames prêcheresses devront faire déloger les forains pour leur faire place, quand même ils ne pourraient, vu leur pauvreté, payer de droit d’entrée.

 

L’horreur qu’au moyen âge on avait de la lèpre, la crainte qu’inspirait le danger de sa contagion, étaient telles, que découvrir ceux qui en étaient infectés, paraît avoir été une des préoccupations constantes des autorités.

Dans les anciens droits et privilèges de la ville de Saint-Avold, sont énumérées toutes les dispositions qui devront être prises contre les lépreux, dès qu’on aura connaissance du mal dont ils sont atteints.

A Metz, un atour ou règlement de police rendu en 1278 par les Treize, institue des commissaires spéciaux pour rechercher dans chaque paroisse les lépreux et condamne à la perte d’une oreille tout individu qui sans titre se livrerait à ces investigations. Le même règlement défend à tout mezel d’entrer dans Metz avant la Chandeleur (2 février), établit une amende de dix sols contre tout habitant qui leur donnerait quelque chose, et ordonne de séquestrer les lépreux aux ribauds ou sergents de ville, menaçant leur négligence du supplice de la xippe.

Aux XIVe et XVe siècles, les médecins de Metz prêtaient serment entre les mains du maître échevin de lui déclarer tous les cas de lèpre. Pendant longtemps cette obligation resta rigoureuse, elle ne commença à tomber en désuétude que vers le commencement du XVIIe siècle, quand les cas de lèpre ne furent plus devenus que très rares. Dès qu’une personne à Metz était soupçonnée d’être affectée de la lèpre, elle était conduite, pour être examinée, chez le myr, le physicien ou médecin stipendié de la cité, qui avait à se prononcer sur son état de maladie.

A Nancy, encore en 1623, la procédure suivie contre les lépreux était plus compliquée : toute personne soupçonnée de lèpre était, par les ordres de la Chambre de ville, arrêtée et conduite à Toul par un sergent, aux frais de la ville quand elle était pauvre. Là, elle était soumise par plusieurs chirurgiens à « l’examen de l’épreuve » qui se passait devant l’offcialité de Toul. A Pont-à-Mousson, toute personne soupçonnée de lèpre était pareillement conduite à Toul par un valet de ville.

A Verdun, dès qu’un individu était soupçonné d’être entaché de la lèpre, la police locale (dans l’évêché et comté de Verdun, les curés des paroisses) le soumettait à la visite d’un médecin ou d’un chirurgien. L’examen du praticien confirmait-il les premiers soupçons, le malade devait subir la Preuve.

Celle-ci n’était pas partout la même. Aussi la valeur qu’on lui reconnaissait variait-elle suivant la ville où elle avait été subie et arrivait-il au même malade d’être obligé de subir l’examen de la preuve dans plusieurs villes. En 1470, Nicole François, abbé de Saint-Vincent-lès-Metz, était « jugiés laidre par les preuves de Toul, Verdun et Triève ». En 1580, Jean de Schœnenburg, archevêque de Trèves, critiquait sévèrement les divers modes d’épreuve en usage dans les villes voisines, décrétait que nul de ses sujets dénoncé comme mezel ne serait rendu à la liberté, s’il n’était reconnu sain, pur, suivant l’antique épreuve de la cité de Trèves.

 

Dans le diocèse de Verdun, après avoir longtemps appartenu à l’évêque et été une des attributions des archidiacres, le droit super examine et condemnatione leprosorum, avait été à la fin du XVe siècle dévolu à l’officialité épiscopale.

C’était presque toujours à la léproserie que l’épreuve était subie. Souvent, par une disposition étrange, l’official adjoignait aux médecins un ou plusieurs lépreux de la maison. Parfois les curés prenaient la précaution de faire accompagner le prévenu par deux prud’hommes de la paroisse, afin de constater son identité devant les juges et d’empêcher une substitution de personne. On avait eu l’exemple de personnes saines qui s’étaient soumises à l’épreuve, sous le nom d’individus réellement lépreux, auxquels elles avaient cédé, à beaux deniers, les lettres d’absolution frauduleusement obtenues.

Au jour fixé pour le jugement, le malheureux sur lequel pesait la terrible prévention d’être lépreux, comparaissait seul et à huis clos devant la Cour spirituelle. Après avoir évoqué le nom de Dieu, l’official rappelait aux hommes de l’art que c’était un crime « sequestrare non sequestrandos, dimittere cum populo leprosos ». Il interpellait le misérable du sort duquel on allait décider, l’assurait de l’impartialité de ses juges et s’inspirant de l’Évangile, lui montrait en perspective la liberté ou le ciel. Enfin il lui faisait prêter serment de répondre avec vérité aux questions que lui adresseraient les médecins.

La mission de ceux-ci commençait. Ils interrogeaient le patient : comptait-il des ladres dans sa famille ? N’avait-il pas eu de relation avec les lépreux ? A quelles indispositions était-il sujet ? On procédait ensuite à deux séries d’épreuves dont M. Buvignier, dans son intéressant travail sur les Maladreries de la cité de Verdun, a retracé les péripéties. Dans une épreuve préliminaire, on examinait le sang du malade, qui était réparti en trois vases : quelques grains de sel, du vinaigre, de l’urine d’un jeune garçon servaient de réactifs. L’examen était-il favorable, le prévenu, proclamé sain, était renvoyé libre des faits de l’accusation, muni de lettres d’absolution dont le pasteur de la paroisse devait donner lecture au prône.

Dans le cas contraire, les médecins procédaient le lendemain, devant la Cour ecclésiastique, à une seconde série d’investigations et recherchaient la présence de quelques-uns des signes sur lesquels était basé le diagnostic de la lèpre. Leur absence était-elle constatée, le prévenu était déclaré sain et recevait des lettres d’absolution.

Quelques indices seulement venaient-ils confirmer les premières présomptions, il était déclaré cassot (cassatus), ou capot suspect de ladrerie et comme tel, renvoyé dans sa demeure où il restait interné et soumis aux visites des médecins et à certaines prescriptions hygiéniques.

Mais si le patient présentait des signes nombreux ou décisifs de la lèpre, la voix était-elle rauque, les bulbes des cheveux ou des poils étaient-ils entourés d’une sécrétion rougeâtre, la peau était-elle onctueuse ou présentait-elle des taches ou des ulcères, les urines étaient-elles cendreuses, la peau de la jambe et du talon était-elle insensible aux piqûres, le prévenu était déclaré lépreux et « cum multis verbis bonis et consolatoris sequestrandum a populo ».

La multiplicité des épreuves prescrites, la minutie des précautions observées avant de prononcer l’arrêt qui décidait du sort du patient accusé de lèpre n’a rien qui doive étonner. Pouvait-on entourer de trop de formes, de trop de solennité un acte qui retranchait de la société un de ses membres, un acte qu’il n’était pas rare d’avoir vu provoquer par la haine ou par la cupidité d’héritiers avides ? Le fait d’être reconnu lépreux n’avait-il pas pour sanction d’être mis au ban des chrétiens, d’être considéré comme mort civilement et condamné à l’isolement et à la séquestration ?

 

L’Église regardant le lépreux comme un infortuné que la main de Dieu avait frappé et qu’un miracle seul pouvait guérir, ne pouvait plus qu’invoquer en sa faveur la charité chrétienne. Aux yeux de la loi, il était tenu pour déchu de tous ses droits. L’autorité civile n’avait pour mission que de veiller à l’exécution de toutes les ordonnances restrictives de sa liberté.

La sentence rendue par le juge ecclésiastique, qui seul avait autorité en cette matière, le lépreux était mort au monde. Avant toutefois d’être exclu de la société, il y reparaissait une dernière fois pour entendre dire, à son intention, les prières des morts et, vivant, assister à ses funérailles.

Nous empruntons à M. Richard, le récit des lugubres cérémonies qui, à la fin du XVIe siècle, s’accomplirent à Remiremont lors des funérailles de deux lépreuses.

En 1597, deux jeunes filles, Marie et Jeanne de Ranfaing, ayant comparu devant le Consistoire, avaient été déclarées par les médecins qui les examinèrent, être atteintes de la lèpre, et d’après la sentence du juge ecclésiastique, condamnées à être transférées à la maladrerie de la Madelaine, près de Remiremont.

« Le 15 juin 1597, à huit heures du matin, au son de toutes les cloches de la ville, les lépreuses, recouvertes d’un grand voile noir, se rendirent à la porte de l’église paroissiale. Le curé, revêtu simplement d’une aube et d’une étole, vint les y recevoir, et après les avoir aspergées d’eau bénite, leur dit d’aller se placer devant l’autel de la sainte Vierge, qui était entouré d’une balustrade afin de séparer les lépreuses du peuple. Sur une table, dans un coin de cet enclos, étaient déposées deux housses ou robes longues, des gants, une cliquette, un baril et une panetière.

Les lépreuses entendirent la messe et communièrent dans cet enclos. Ensuite le curé, revêtu d’un surplis et d’une étole violette, vint bénir ce qui était sur la table et dit aux lépreuses en leur présentant les housses « Recevez ces habits et les revêtez en signe d’humilité, sans lesquels, désormais, je vous défends de sortir de votre maison, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Prenant le baril, il dit « Prenez ce baril pour recevoir ce qu’on vous donnera pour boire et je vous défends, sous peine de désobéissance, de boire aux rivières, ruisseaux, fon-taines et puits communs ; ne vous y lavez en quelque manière que ce soit, ni vos draps, chemises et toute autre chose qui ait touché votre corps ».

Leur offrant la cliquette, il dit « Prenez cette cliquette en signe qu’il vous est défendu de parler à personne, sinon à vos semblables. Si c’est par nécessité et si vous aviez besoin de quelque chose, le demanderez au son de cette cliquette, en vous te- nant loin des gens et au-dessous du vent ».

En leur donnant les gants, le curé dit « Prenez ces gants, par lesquels il vous est défendu de toucher chose aucune à mains nues, sinon ce qui vous appartient et ne doit venir entre les mains des autres ». En leur donnant la panetière, il dit « Prenez cette panetière pour y mettre ce qui vous sera donné par les gens de bien et aurez souvenance de vos bienfaiteurs ».

Ces recommandations faites, le curé donna aux lépreuses son aumône et exhorta tous les assistants à imiter son exemple. Ensuite, il les conduisit à la Madelaine avec la croix et l’eau bénite, accompagné du clergé et d’un grand concours de peuple récitant les litanies et des psaumes qu’on terminait par des « Orate pro eis ».

A la porte de la léproserie, le curé dit en se tournant vers les lépreuses : « Voici le lieu qui vous est donné pour y faire votre résidence. Je vous défends d’en sortir pour vous trouver aux places et assemblées publiques, comme églises, marchés, moulins, fours, tavernes et autres semblables. Cependant vous ne vous fâcherez pas d’être ainsi séquestrées, parce que cette séparation n’est que corporelle et que quant à l’esprit, qui est le principal, vous serez toujours autant avec nous que vous le fûtes autrefois et vous aurez constamment part et portion à toutes les prières de notre sainte Mère l’Église et comme si personnellement vous étiez tous les jours assistantes au service divin avec les autres. Et quant à vos petites nécessités, les gens de bien y pourvoiront et Dieu ne vous délaissera pas. Seulement, prenez bon courage et ayez patience. Dieu demeure avec vous ».

Après ce discours, le curé introduisit les lépreuses dans la léproserie, en referma la porte, devant laquelle il planta une croix en bois. Se tournant vers le peuple, il recommanda les lépreuses à ses prières, défendit expressément de les injurier, de les maltraiter et dit qu’elles étaient sous la protection de Dieu. Il termina en exhortant les frères convers de la léproserie, les parents et amis des lépreuses de les assister durant trente heures, afin de les fortifier dans le nouveau genre de vie qu’elles allaient forcément embrasser.

 

De la comparaison de ce récit, avec les prescriptions relatives aux funérailles des lépreux contenues dans le missel de Verdun de 1509, dans le rituel messin imprimé en 1541 par ordre du cardinal Jean de Lorraine, administrateur perpétuel de l’évêché de Metz, dans le Manuel à l’usage des prêtres du Verdunois, rédigé en 1554 par l’évêque Psaume et dans le rituel de Toul de 1616, il ressort qu’en Lorraine, comme du reste dans les autres provinces, ces cérémonies ont, à peu de choses près, offert pendant une longue série d’années, le même caractère d’un sinistre symbolisme.

Basées sur des croyances acceptées par tous, elles devaient exercer une influence profonde sur l’esprit de tous ceux qui assistaient à ce lugubre cérémonial et remplir les imaginations de terreur et d’effroi. Chacun ne pouvait-il pas redouter d’être un jour ou l’autre l’objet d’une condamnation semblable ?

Il s’en faut de beaucoup que les conditions civiles et religieuses, sous l’empire desquelles ont vécu les lépreux, aient, dans la suite des siècles, toujours été identiques. Jusqu’aux XIIe et XIIIe siècles furent observées les décisions des conciles relatives aux ladres, toutes empreintes d’un sentiment de religieuse pitié.

Le pape Urbain III faisait un devoir aux époux de suivre leur conjoint atteint de lèpre et de cohabiter avec lui. Jusqu’au milieu du XVe siècle, l’église de Verdun ne refusait aux lépreux à ses derniers moments ni les prières de ses prêtres, ni les sacrements.

Au XVIe siècle, on voit encore des ladres hériter, vendre, acquérir, comparaître en personne devant les notaires des officialités des archidiacres de Verdun. Le lépreux n’est pas encore maudit, sans relation avec le monde : des journaliers, des vignerons s’établissent à ses côtés, en se rendant adjudicataires de cellules et de vignes situées dans l’enceinte même des Grands-Malades de Verdun. De petits bourgeois attendent la vacance d’une prébende de lépreux qu’ils se disputent au plus offrant. La situation des mézeaulx paraît si peu à plaindre, que parfois des goujats simulent les plaies hideuses qui caractérisent la lèpre et forcent la police à sévir contre les faux lépreux.

Loin de frapper comme au XVIe siècle presque exclusivement des malheureux sans ressources, la lèpre, dans les siècles antérieurs, atteignait parfois les personnages les plus éminents : en 1160, Raoul, comte de Vermandois ; en 1185, Baudouin, roi de Jérusalem ; en 1291, Robert Bruce, le héros de l’Écosse, succombaient aux atteintes de la lèpre. Pendant sa campagne en Palestine (1249), saint Louis ne craignit pas d’admettre dans sa tente des chevaliers de Saint-Lazare atteints de lèpre. Attachés à sa personne, ils accompagnèrent le monarque, à son retour d’Orient, à la cour de France.

Peu à peu toutefois, à mesure que par suite des progrès de la civilisation le bien-être se développa, que les prescriptions de l’hygiène furent mieux observées, la lèpre cessa de chercher ses victimes dans les classes élevées de la société. Au lieu de frapper indistinctement nobles, prêtres, bourgeois ou manants, elle ne sévit plus que sur les classes peu aisées. Serait-ce par le fait de cette modification dans la répartition sociale du fléau, est-ce sous l’influence d’accusations odieuses autant qu’imméritées portées contre les lépreux, toujours est-il que vers la fin du XIVe siècle, un revirement se produisit à leur égard dans l’esprit des populations. Terribles en furent les conséquences.

 

A partir de cette époque, des mesures sévères sont prises contre eux. Elles tendent toutes au même but : mettre les lépreux au ban de la société.

Dans les villages ou dans les villes dans lesquelles n’existait pas de maladrerie, les lépreux durent élever leurs huttes au bord des chemins. Le plus grand nombre toutefois étaient condamnés à passer dans les léproseries leur triste existence.

Un grabat et quelques meubles composaient le chétif mobilier du lépreux. Une tunique, une housse à capuchon et collet pour couvrir les épaules et la poitrine, une ceinture de cuir pour la serrer, une panetière, des gants et des cliquettes, telle était sa garde-robe. La housse était toujours de couleur sombre : grise à Nancy et à Verdun, brune à Remiremont, noire dans d’autres localités. Elle était à Nancy, en 1607, munie de doubles marques en laiton aux armes de la ville, pour signaler à l’attention des passants ceux qui la portaient.

Aux termes des statuts synodaux du diocèse de Verdun, de 1507, si le ladre est à l’aise, c’est à ses héritiers à subvenir aux frais de ses funérailles, du costume qu’il ne devra plus quitter, à son mobilier, à la construction d’une cabane. Dans le cas contraire, ces dépenses incombent à la ville (c’était le cas à Nancy encore en 1623) ou à la paroisse dont le ladre faisait partie.

 

Quittait-il sa borde, le menton, la bouche et la partie inférieure du nez cachés par un bandeau, pour se procurer en ville les choses nécessaires à la vie, les humiliations attendent le lépreux à chaque pas. Veut-il adresser la parole à quelqu’un, il devra ne pas oublier de se placer sous le vent. Veut-il renouveler sa provision de vin, c’est à la porte du cabaret que le marchand lui remplit son baril, non sans se servir de l’entonnoir spécial qui appartient à chaque lépreux.

Désire-t-il acheter des fruits ou toute autre denrée, défense lui est faite d’y toucher avant qu’elle soit sienne, et ce n’est que de loin, qu’avec sa baguette il lui est permis de désigner d’une façon précise l’objet dont il a besoin.

Le lépreux ne peut passer sur un pont ayant appui sans avoir mis ses gants. Défense absolue lui est faite de dépasser le porche des églises, d’entrer dans les maisons où l’on cuit le pain. Sur les chemins, dans les rues, dans celles surtout qui sont étroites, sans cesse, tous les cinq ou six pas, il doit agiter ses cliquettes. A ce bruit redouté, le vide se fait autour de lui, tous se retirent à son approche, les mères notamment qui, de crainte de les exposer au danger de la contagion, se hâtent d’emporter leurs enfants.

Mendier était la principale sinon l’unique occupation des lépreux, quand leur mal ne les retenait pas cloués sur leur grabat. Encore cette liberté de mendier était-elle soumise à bien des restrictions.

Au XIIIe siècle, à Verdun, il ne leur était permis de venir mendier et quêter qu’en un certain lieu, devant le portail de l’église Saint-Airy. Plus tard, il leur fut accordé de mendier dans toutes les rues, mais seulement pendant quatre mois de l’année. Du 1er mars au 31 octobre, défense leur était faite de pénétrer dans Verdun. Durant ces huit mois, les jurés de la ville faisaient distribuer par mois à chaque lépreux trois setiers de vin, deux franchards de froment conseigle et alternativement un demi-franchard de pois et un demi-franchard de fèves.

Quand, en 1564, Nicolas Psaume, évêque de Verdun, institua l’aumône publique, la mendicité dans l’intérieur de la ville fut défendue aux ladres comme aux ordres mendiants. Malgré une indemnité de 12 gros qui en compensation leur fut allouée, et bien que l’aumône publique fût désormais chargée de subvenir aux besoins des lépreux, ils n’en continuèrent pas moins à mendier, stationnant près des portes de la ville et importunant les passants de leurs lamentations. En 1594, on les avait obligés à se re- tirer à une portée d’arquebuse des murailles, quand l’année suivante, la situation de l’administration charitable devient si précaire que force fut de permettre de nouveau aux ladres de venir, pendant les mois d’hiver, mendier dans les rues de Verdun.

A Nancy, on fut plus sévère à leur égard jusqu’en 1603, ce n’était qu’a certain jour, le soir de la fête de tous les Saints, qu’il était permis aux lépreux de venir quêter dans les rues et devant les portes de certaines églises. Leur entrée en ville était souvent l’occasion de rixes et de scandales qui rendaient nécessaire l’intervention des valets et sergents de ville. Peu d’années après cependant, le nombre des lépreux ayant notablement diminué, on paraît ne plus s’être opposé à ce qu’ils parcourussent les rues en demandant l’aumône. Du moins peut-on l’inférer de la permission accordée le 1er février 1624, à Nancy, à une femme récemment reçue bonne malade, de quêter en ville et ailleurs comme les autres.

Seul, au milieu de compagnons d’infortune aussi malheureux que lui, il ne restait au lépreux que ses souvenirs. Enfant, la justice lui refusait sa part de la succession paternelle. Marié, son union était rompue et sa femme libre de contracter d’autres liens. Père, il était séparé de ses enfants, le seuil de sa maison lui était interdit. Ses enfants, sous peine de perdre leur liberté et de partager le sort de leur père, ne pouvaient plus le voir ailleurs que dans la rue. Il ne leur était plus donné de l’embrasser.

Le lépreux jouissait-il du droit de bourgeoisie dans une ville, y exerçait-il des fonctions publiques, il en était déchu. Autrefois riche peut-être, il avait vu ses biens partagés entre ses héritiers. Le lépreux guérissait-il, le cas devait être des plus rares, il avait beau revendiquer sa femme et sa fortune, les tribunaux le déboutaient de sa demande, par la raison que sa femme lui avait alloué l’équivalent de ce que l’on donne à un mort que l’on enterre.

Riche, aimé, honoré hier, le lépreux se voyait aujourd’hui sans affection, sans fortune, sans autres ressources que la charité publique. Et près de lui, il savait les siens qui le fuyaient, ses biens possédés par ses héritiers.

Faut-il s’étonner dès lors si, considérés comme des morts tolérés parmi les vivants, les lépreux deviennent rapidement faux, trompeurs et dépravés, et si les léproseries méritent d’être appelées par Ambroise Paré de véritables sentines, des repaires de tous les vices. Les deux sexes y sont confondus, d’où résultent les désordres les plus violents.

En 1502, un jeudi saint, à Toul, les lépreux des bordes de Saint-Mansuy, excités par d’ignobles jalousies, assassinent l’un d’entre eux. Cinq sont exécutés à Foug, trois sont brûlés vifs, deux, traités avec plus d’indulgence, sont pendus.

C’est dans ces tristes refuges que, réuni à ses frères d’infortune aigris comme lui par le malheur et les privations, le lépreux terminera ses jours.

 

La mort elle-même ne le délivre pas de la malédiction qui pèse sur lui. L’Eglise lui ferme ses cimetières : c’est dans leurs bordes, dit l’évêque de Verdun, Wary de Dammartin (1507), que les ladres doivent être inhumés, quia cui non communicamus vivo, non communicamus mortuo. C’est dans le même esprit que les statuts synodaux de Toul de 1515 disposaient que « les lépreux ne doivent point être enterrés avec les saines gens, ni en un même cimetière, mais en leur cimetière, ou en leur tabernacle qui n’est aucunement bénit ». Dans quelques localités, après la mort du lépreux, on brûlait ses meubles et ses vêtements, quelquefois jusqu’à sa maison.

Un sort terrible était réservé aux lépreux qui, poussés par le désespoir, avaient le courage de fuir loin des léproseries, dans le voisinage desquelles ils devaient rester.

En 1351, deux lépreuses qui s’étaient échappées de la maladrerie de la Schenalle, dans le val de Saint-Dié, ayant été arrêtées de nouveau, furent jugées par Gérardin, prévôt du duc de Lorraine Ferry IV. Le prévôt, autorisé par son souverain, et s’appuyant sur une bulle de pape, qui vouait aux flammes les lépreux évadés, infligea à ces malheureuses la peine du fouet et les fit jeter vivantes sur le bûcher. Ce procès et cette exécution soulevèrent un conflit de juridiction : offensé de cet empiétement sur ses droits, le chapitre de Saint-Dié excommunia le prévôt Gérardin et porta ses plaintes devant le duc Ferry IV, qui y fit droit et ordonna à son prévôt de livrer les lépreuses à la justice ecclésiastique. Deux mannequins les représentant, furent présentés par le prévôt lui-même au chapitre de Saint-Dié qui les condamna à mort et les livra au bras séculier qui les fit brûler. Arnould, notaire impérial, dressa procès-verbal de cette seconde et bien étrange exécution.

 

Depuis le XIIIe siècle, époque à laquelle l’institution des léproseries atteignit son apogée, le nombre de ces établissements en Lorraine resta d’abord stationnaire, puis ne tendit plus qu’à diminuer. Des causes multiples y contribuèrent. Tout d’abord, il est probable que parmi les maladreries relativement nombreuses qui s’étaient constituées dans de petites localités, un certain nombre furent fermées par suite de l’état précaire de leurs ressources.

Quelques-unes, au contraire, grâce aux libéralités des grands, à la charité des fidèles avaient en peu de temps acquis des richesses considérables : les ladres, dès lors, excitèrent moins la pitié que l’envie. Aussi voit-on, en 1540, des chevaliers avides et besogneux spolier la maladrerie de Verdun, malgré la sauvegarde que, depuis plus d’un siècle, les comtes de Bar lui avaient accordée, malgré la bulle d’excommunication que le pape Benoit XII fulmina contre eux.

Pour s’emparer des biens des lépreux, on ne craignit pas souvent de leur imputer des forfaits imaginaires : au XIVe siècle, on les accusa d’enlever les enfants, d’entretenir commerce avec l’esprit malin. On leur prêta notamment le sinistre dessein de vouloir empoisonner les sources et les puits pour que, la lèpre devenant ainsi générale, la séquestration et les distinctions humiliantes qu’on leur faisait subir ne fussent plus justifiées. Ces accusations servirent de prétextes aux plus affreuses cruautés des bûchers s’élevèrent pour les juifs et les lépreux, malgré les défenses expresses de l’Église, énoncées au concile tenu à Auch en 1300, de se livrer à de mauvais traitements envers les lépreux.

A Metz, en 1321, sous l’échevinat de Bouguin Chiclaron, les lépreux et un grand nombre de juifs, accusés d’avoir pris part à un complot de ce genre, furent brûlés vifs. En ces temps d’ignorance et de barbarie, une épidémie, comme il n’arrivait que trop souvent, se déclarait-elle, aussitôt les populations affolées cherchant une cause au fléau, accusaient d’avoir voulu empoisonner les eaux, les lépreux qui, sans pitié, étaient livrés au bourreau. Philippe de Vigneulles raconte à ce sujet dans sa Chronique : « En 1390, eult en la cité de Mets, grande mortalité et au pays. Item, fut justice faicte des méseaulx, qui vollaient empoisonner les yawes (eaux) ».

 

Au XVIe siècle, bien des léproseries furent supprimées et réunies à des hôpitaux ordinaires, auxquels fut imposée dès lors l’obligation de recevoir les lépreux qui solliciteraient leur admission. En 1525, à Metz, la grande maladrerie de Saint-Ladre fut réunie à l’hôpital Saint-Nicolas dans lequel depuis lors les lépreux furent reçus comme pensionnaires. A Nancy, par une ordonnance du duc Léopold (11 mai 1696), les revenus de la maladrerie de Leyr furent, ainsi que ceux des hôpitaux de Bouxières-aux-Dames et de Bouxières-la-Grande (B.-aux-Chênes), réunis à ceux de l’hôpital de Saint-Charles de Nancy.

Grâce aux progrès de l’hygiène publique et privée, aux progrès de la médecine dans le traitement d’un grand nombre d’affections cutanées qui ne furent que trop souvent confondues avec la lèpre, le nombre des personnes tenues pour être affectées de la lèpre diminua sensiblement. Elle devint de plus en plus rare dans les classes supérieures de la société, pour ne plus sévir que parmi les pauvres, les gens sans asile placés sous l’influence des conditions hygiéniques les plus défavorables.

Pendant la première moitié du XVIIe siècle, les léproseries construites aux siècles précédents existaient encore. Toutefois le nombre des lépreux qui y étaient renfermés diminuait d’une manière si notable qu’un grand nombre d’entre elles, faute de raison d’être suffisante, furent supprimées.

La maladrerie de la Magdelaine à Nancy qui, en 1616, ne renfermait plus que quatre lépreux, existait encore en 1623, car le 28 décembre de cette année, les Dames Prêcheresses furent, par un arrêté du Conseil de ville, invitées à fournir une chambre à la femme de Nicolas Bagard, charretier, demeurant à Nancy, reconnue entachée de lèpre. Cette léproserie avec ses dépendances ayant été supprimée, les Dames Prêcheresses en firent dans la suite un gagnage (ferme) dont en 1790, le revenu annuel était de 1 509 livres au cours de Lorraine.

A Verdun, le dernier ladre conduit aux Petits-Malades (mise à sac et brûlée par les Croates en 1636) fut un boulanger de Verdun, du nom de Jean Génin ; il y entra en février 1627. En 1630, la maladrerie devenue déserte, changeant de nom, devenait l’ermitage de Saint-Privat et était concédée par le magistrat de Verdun à un ordre de solitaires venus de la Lozère. En 1695, les revenus des Petits-Malades furent définitivement réunis à ceux de l’hôpital général de Verdun.

Dès cette époque, le nombre des lépreux et la crainte qu’ils inspiraient diminuant, ils se mêlent peu à peu aux gens sains. Le 14 décembre 1623, à Nancy, il est donné commission à deux conseillers de ville de veiller à ce que les lépreux ne soient plus pêle-mêle avec les sains et qu’ils ne logent les mendiants, passants ou autres.

Dans les archives de la commanderie de Saint-Antoine, à Pont-à-Mousson, on trouve un traité conclu en 1628 entre cette ville et le commandeur, par lequel celui-ci s’engage à recevoir les lépreux de Pont-à-Mousson… selon le rapport qui en sera fait par les chirurgiens jurés commis par MM. les vicaires de Toul et de Metz, la ville de Pont-à- Mousson dépendant par partie de l’évêché de Toul et de celui de Metz.

 

La lèpre paraît donc n’avoir disparu complètement en Lorraine que dans la première moitié du XVIIe siècle. Les bâtiments des léproseries toutefois restèrent debout ; ils constituèrent une ressource précieuse pendant les épidémies de peste qui, à cette époque, décimaient les populations. Pendant la peste qui régna à Nancy de 1630 à 1633, les nombreux malades expulsés hors des murs de Nancy trouvèrent un asile à Maréville. Mais quand la place commença à y manquer, on en envoya aussi à la Magdelaine. Bon nombre de personnes sont portées sur les listes de décès de cette époque, comme étant mortes aux loges.

A Verdun, pendant les épidémies de peste de 1632 et 1636, l’ancienne léproserie des Petits-Malades fut convertie en un camp funèbre dans lequel on parqua les pestiférés. Des huttes y furent élevées dans lesquelles on envoyait misérablement périr les victimes du fléau.

Les léproseries ayant été supprimées, quelques-unes furent remises en Lorraine aux religieux de l’ordre de Saint-Lazare qui les premiers s’étaient exclusivement consacrés au service des lépreux (L’un des ordres de chevalerie religieuse les plus anciens fut celui de Saint-Lazare. Les chevaliers de cet ordre accueillaient dans leurs rangs les gentilshommes lépreux, leur grand-maître était lépreux).

La plupart des léproseries toutefois restèrent entre les mains des religieux qui étaient chargés de leur gestion. Quelques-unes furent transformées en ermitages ou en hospices, où étaient recueillis les pauvres et les infirmes, ou en aumôneries où, pendant quelques jours, les voyageurs pauvres étaient hébergés. Dans la plupart des maladreries existaient des chapelles, dans le plus grand nombre desquelles on continua de célébrer le culte divin jusque vers le milieu du XVIIIe siècle.

Les revenus des léproseries, parfois encore considérables malgré les dilapidations dont ils avaient été l’objet, furent réunis à ceux des hôpitaux des villes ou convertis en bénéfices ecclésiastiques. Dans quelques localités, ces revenus conservèrent une administration distincte jusqu’à la Révolution.

A partir du XVIIe siècle, avons-nous vu plus haut, il n’est plus question des lépreux en Lorraine. A supposer qu’il en existât encore, ils se retiraient selon toute vraisemblance dans une habitation solitaire, dans un endroit écarté, éloigné des villages, pour mieux se faire oublier des populations. Il ne paraît pas en avoir été de même partout en France.

 

Dans l’Ouest et surtout dans le Midi, sous l’influence des conditions hygiéniques qu’on y rencontre, le nombre des lépreux a dû être beaucoup plus considérable que dans l’Est et dans le Nord de la France, aussi les lépreux paraîtraient-ils y avoir laissé des descendants. Depuis le moyen âge, en effet, ont existé dans l’Ouest et dans le Midi, certains groupes d’individus qui, sous des dénominations diverses, présentent avec les lépreux de singulières analogies de telle sorte que certains auteurs, Francisque Michel dans son Histoire des races Maudites de France et d’Espagne, et le Dr V. de Rochas, dans son mémoire les Parias de France et d’Espagne (Paris, 1876), ont été conduits à les considérer comme les descendants des lépreux.

Désignés sous le nom

- de cagots sur le versant septentrional des Pyrénées (le nom de cagot viendrait de l’espagnol gafo, lépreux, d’où gafedad, lèpre, léproserie, qui dérive du roman gaf, croc ou crochet. Un des symptômes de la lèpre anesthésique consiste dans la rétraction des muscles fléchisseurs des doigts qui imitent la diposition d’une griffe d’oiseau de proie. Le mot de gafo signifiant un homme qui a les mains crochues, a servi ensuite à désigner les lépreux),
- de gafets ou gahets (ce terme est, dans les livres de coutumes du Midi de la France, indistinctement employé avec celui du lépreux) dans la Guyenne et le Bordelais,
- d’agotes dans la Navarre,
- de capots (mot qui rappellerait la casaque à capuchon obligatoire pour les lépreux) ou cassots (du terme de basse latinité cassatus, séparé du monde) dans la Gascogne et le Languedoc,
- de cacous ou caqueux (du breton kakod, qui signifie ladre) en Bretagne,

objets de l’aversion générale, tenus pour malsains, ces parias « forment une race séparée des autres en tout et pour tout, comme s’ils étaient lépreux et quasi-excommuniés » écrivait au commencement du XVIIe siècle un prêtre navarrais.

Habitant dans les campagnes, de pauvres cabanes séparées des villages par un cours d’eau ou un bouquet de bois, relégués dans les villes, dans un faubourg spécial où les personnes saines se gardaient bien de pénétrer, ces réprouvés n’en pouvaient sortir eux-mêmes sans porter bien en évidence sur leurs vêtements, un morceau de drap rouge taillé en patte d’oie.

Comme les lépreux, il leur était défendu de traverser, pieds nus, les villages, d’entrer dans les moulins, de danser ni de jouer avec leurs voisins, de venir boire aux fontaines, de laver aux lavoirs communs, de conduire leur bétail aux pâturages communaux, etc.

Comme les lépreux, ils entraient dans les églises par une petite porte spéciale, s’y plaçaient à l’extrémité de la nef, derrière les fidèles, qu’une balustrade en bois séparait de leur contact impur, prenaient de l’eau bénite dans un bénitier spécial ou la recevaient du bedeau au bout d’un bâton. Après leur mort, leur dépouille était enfouie sans nulle solennité et sur les registres des paroisses, comme dans les actes civils, l’épithète flétrissante de cagot accompagnait toujours leur nom.

Comme les lépreux enfin, ils étaient exempts de tailles, n’avaient pas le droit de porter des armes, n’étaient admis à témoigner en justice que dans des conditions exceptionnelles et alors il ne fallait pas moins de quatre ou même de sept cagots pour valoir un témoin ordinaire.

Encore de nos jours, persistent quelques traces de l’ostracisme qui pesait sur les cagots et leurs congénères. Jusqu’en 1830, les cagots ne se mariaient qu’entre eux. En 1848, pour la première fois, les gens de Michelena, petit hameau du pays basque entièrement habité par les descendants authentiques des anciens cagots, furent admis à faire partie du conseil municipal de leur commune. En 1872, en Bretagne, les descendants des cacous, tout en jouissant de la plénitude de leurs droits civils, n’en sont pas moins, dans les campagnes, l’objet du mépris général et d’une crainte superstitieuse. Dans la question de mariage subsiste encore, envers eux, le vieux préjugé. Les cacous, écrit à la même époque un médecin de Vannes, s’allient presque exclusivement entre eux ; ils habitent des faubourgs appelés Madeleine.

Et cependant si les cagots descendent des anciens lépreux, comment se fait-il, ainsi que l’a de visu, constaté le Dr de Rochas, qu’au point de vue physique et physiologique, ils ne se distinguent depuis longtemps plus en rien de leurs concitoyens ? Tous ceux qui vivent dans de bonnes conditions physiologiques sont sains et vigoureux.

Pour le comprendre, il importe de noter que dès le moyen âge, les médecins admettaient plusieurs variétés de lèpre, dont les deux principales, déjà décrites par les Grecs, sont l’éléphantiasis ou la vraie lèpre, et, d’autre part, la Leucé ou lèpre blanche.

La vraie lèpre est caractérisée par des tubercules de forme et de grosseur variables, siégeant surtout sur la peau du visage et des mains, dont l’ulcération survient souvent et a pour conséquences la destruction des parties profondes ou plus tard la formation de cicatrices, qui recourbent les doigts et impriment aux mains des déformations indélébiles.

C’est la lèpre blanche que les anciens médecins attribuent plus particulièrement aux caquots, capots et cagots, qu’ils appellent de son nom ladres blancs ou faux ladres. Enveloppés avec les vrais lépreux dans la réprobation générale, encore capables malgré leur mal d’entreprendre des travaux manuels et d’exercer certaines industries, les ladres blancs, dès la seconde moitié du XIVe siècle, cessent, à plus d’un égard, d’être entièrement assimilés aux lépreux affectés de lèpre éléphantiasique.

Quand, plus tard, celle-ci commença à décroître, c’est dans les mêmes lieux que sévit plus particulièrement la lèpre blanche qui la remplaçait et qui, beaucoup moins grave, devait s’user à son tour. Sans s’inquiéter toutefois de ces distinctions, le peuple ignorant des campagnes conserva pendant longtemps intacts des préjugés contre les descendants de ceux qui, à des degrés divers, avaient appartenu à la classe des lépreux, et il aura fallu attendre presque jusqu’à notre époque pour les voir entièrement disparaître.

 

 


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Le château de Cons-la-Grandville (54)

 

 

 

Situé en Meurthe-et-Moselle, non loin de Longwy, ville fortifiée par Vauban, le château de Cons-la-Grandville est une propriété privée. Haut lieu de la renaissance, trésor du patrimoine architectural lorrain, le château est classé aux Monuments Historiques.

Outre les visites, vous pouvez aussi organiser séminaires et réceptions. Pour tout renseignement supplémentaire, rendez-vous sur le site du château.

Je vous propose un petit historique de cette propriété. Les appellations d’origine ont été conservées. Les photos agrémentant l’article sont extraites du blog tenu par Anthony Koenig.

 

D’après un article paru dans la revue « L’Austrasie » de 1855

 

Le château de Cons-la-Grandville (54) dans Châteaux et forteresses en Lorraine Chateau-Cons-la-Grandville-150x112Le village de Cons-Lagrandville, situé sur la Chiers, à 7 kilomètres en aval de Longwy, ancien chef-lieu de la seigneurie importante de Cons, relevant du comté de Bar, a conservé, pour ainsi dire intact, son ancien château, dont la masse imposante domine un mamelon contourné par la Chiers.

La terre de Cons avait été érigée successivement en baronnie, et enfin en marquisat par lettres-patentes du duc Léopold, du 3 janvier 1719, en faveur de Nicolas-François, marquis de Lambertye, premier gentilhomme de sa chambre.

Le blason de Cons-Lagrandville est « d’argent à cinq roses de gueules, 1, et 2, tigées et feuillées de sinople », qui serait, suivant Durival, celui de l’ancienne maison de Cons.

On le retrouve sculpté sur l’une des clefs de voûte du vestibule du château et sur le sceau en cire rouge du tabellionage de Cons-Lagrandville, avec contre-scel identique, appendu par des lacs en soie bleue, à une pièce du 17 août 1722, faisant partie des archives de la famille de Lambertye, au château de Lagrandville.

Le monticule contourné par la Chiers, sur lequel a été bâti le château, est séparé du coteau qui lui fait suite vers le nord par un large fossé formant aujourd’hui une rue du village. La partie située au midi supporte l’église paroissiale et les bâtiments d’un ancien prieuré qui dépendait de l’abbaye de Saint-Hubert.

On voit encore à l’angle sud-est du château, entre l’escarpement du coteau et le fossé qui sépare la masse du château du cimetière qui entoure l’église, les restes d’une tour dont l’origine peut remonter à la fin du XIIe ou au commencement du XIIIe siècle. C’est là tout ce qui subsiste de l’ancienne résidence des sires de Cons.

Une inscription gravée en creux au-dessous d’une image de Saint-Martin, sculptée en haut relief dans une niche, au milieu de la façade septentrionale du château, donne la date précise de l’ensemble de l’édifice :
LAN MDLXXII HONORE SEIG
NEVR MARTIN DE CVSTINE SEIG
NEVR DE CONS ET DE VILLI
AIT COMENCÉ A REDIFFIER CEST
MAISON QVI CERVINOIT

Martin de Custine est représenté à genoux devant son patron. Ce pieux symbole de la charité, placé pour ainsi dire comme enseigne, sur la face principale du château, semblait dire aux passants : Frappez et l’on vous ouvrira.

Un acte de partage, du 6 juin 1573, conservé dans les archives de la famille de Lambertye, nous montre la signature, et le sceau pendant en cire verte de ce Martin de Custine, escuyer, seigneur de Cons et Villy, etc… qui réédifiait, en 1572, le château de Cons.

L’écusson aux armes de Martin de Custine se retrouve sur la clef de voûte de l’une des chambres de la tourelle d’angle du côté du couchant.

La façade septentrionale, remarquable à la fois par sa masse, entièrement construite en belles pierres de taille du pays, et par l’élégance de ses fenêtres de la renaissance, au-dessus desquelles on ne voit plus que la place des nombreux écus blasonnés aux armes des illustres alliances des nobles seigneurs de Cons. Ces mêmes blasons se retrouvent encore dans un état de mutilation moins complet dans la galerie voûtée formant le vestibule du côté de la cour. J’ai pu y distinguer encore entre beaucoup d’autres écus rendus méconnaissables, la croix engrelée des Lenoncourt et le lion naissant des Nouroy.

Le pignon qui termine l’aile orientale, du côté du midi offre des rampants, taillés en gradins garnis de statues représentant des arquebusiers en costume du temps de la renaissance.

Chateau-Cons-la-Grandville-2-150x112 dans La Meurthe-et-Moselle d'AntanLes faces du midi et de l’est sur la cour sont modernes, du siècle dernier ; cette reconstruction partielle fut motivée par les désastres de l’invasion suédoise. La porte percée dans la face occidentale, communiquant de la cour à la salle d’honneur, est monumentale et décorée de personnages allégoriques en haut-relief. Cette magnifique salle qui occupe toute la longueur de l’aile, est terminée à l’est par une petite abside en encorbellement faisant saillie sur la face orientale, qui permettait de la transformer au besoin en chapelle castrale.

La cheminée de cette salle présente un des beaux types de l’art de la renaissance. Elle est construite en pierre blanche d’un grain très fin, venant probablement de la Meuse. Les chapiteaux, ainsi que les têtes saillantes de la frise du haut et les espèces d’écussons sans blasons, encastrés au-dessous des trois sujets sculptés de la face principale, sont en pierre grise d’une toute autre nature, ou peut-être même en marbre.

On lit sur deux écussons en marbre noir incrustés dans les faces latérales, à gauche « Dieu est mon espoir » ; à droite « Dieu est mon confort ». Trois autres écussons, également en marbre noir, donnant la description des sujets, sont sculptés sur la face principale qu’ils accompagnent.

La frise courant au-dessous de la corniche de cette salle, est décorée de peintures à fresque représentant une série de sujets de chasse et de scènes empruntées aux délassements du seigneur châtelain à la campagne.

La plaque de fonte dressée au fond de l’âtre porte la date 1670. Elle montre les deux écus accolés de Lambertye et de Custine, surmontés d’une couronne de comte, avec la devise : « Faics ce que dois, arrive ce que pourra ».

C’est en 1641 que Marguerite de Custine, abbesse du chapitre de Bouxières, porta dans la maison de Lambertye les riches domaines de sa branche, en épousant messire Jean de Lambertye, gouverneur de Longwy pour le service du roi de France, Louis XIII.

Toute la partie centrale du château, habitée aujourd’hui par M. le comte Lucien de Lambertye, le propriétaire actuel, a conservé son ancien ameublement. Par une délicatesse du meilleur goût, l’une des chambres à coucher, au grand lit à baldaquin, habitée par le roi Stanislas, lors de la visite qu’il fit à Lagrandville, a même été maintenue dans l’état où elle se trouvait alors.

La plaque de fonte de l’une des cheminées, aux deux écus accolés de Lambertye et de Ligniville, rappelle l’alliance de messire Nicolas-François, marquis de Lambertye de Lagrandville et de madame Elisabeth de Ligniville, vers 1710. La même alliance est rappelée par les chenets de la cheminée d’une autre pièce, dont les faces portent l’écu mi-partie de Lambertye et de Ligniville.

On aime à retrouver au château de Lagrandville, une petite collection d’armes ayant autrefois fait partie de son arsenal. On y remarque des hallebardes, dont l’une peut remonter à la fin du XVIe siècle ; l’autre, plus moderne, porte l’initiale L du nom de Lambertye.

La première mention qui soit faite des seigneurs de Cons, remonte à l’an 1036 : Albert et Judith, comte et comtesse, fondateurs de l’abbaye de Bouzonville, donnent en 1036, à l’abbaye de Saint-Mathias de Trêves, leurs cours de Cons et de Berencastel.

Nous retrouvons ensuite dans un factum in-folio imprimé en 1739, pour les abbés, prieurs et religieux de Saint-Hubert, contre M. le marquis de Lambertye, à l’occasion de certains droits seigneuriaux, que Hadwide, comtesse de Chiny et Dodo, son mari, seigneur de Cons, fondèrent le prieuré de Cons-Lagrandville en 1088.

En 1208, Gilon de Cons fut donné pour otage par le duc Ferri II, à Thiébaut, comte de Bar, pour la somme de cent marcs. Giles de Cons eut pour fils, Jacques de Cons, qui rendit en 1218, à l’évêque de Verdun, Hatton-Château et la châtellenie de Sampigny.

Le même Jacques de Cons se déclara vassal du comte Valèran (de Limbourg) en 1217, et promit que son château de Bettange lui serait ouvert toutes et quantes fois il le requererait. Il donna pour caution de sa promesse, Théodore de Fontoy, Arnou de Roden-Macheren, Errard de Maisenburg, Jean d’Ottenge et Thierry de Thionville.

Jacques de Cons avait épousé Marie… dont il eut :
Jean de Cons, qui épousa Poince, et en eut une fille nommée :
Jacquette, qui épousa Renaud de Neu-Chatel de Varize, père de Jean de Neu-Chatel et de Varize, qui obtint un jugement à son avantage pour Cons, et eut un fils nommé :
Bertrand de Varize, père de Marguerite de Varize, mariée à Valtrin d’Epinal, de laquelle il eut :
Clément d’Epinal, qui épousa Jeanne de Pouilly et en eut :
Gérard d’Epinal, qui épousa Armangay, ou Ermengarde de Malberg et en eut deux filles :
Claude, mariée à Thiébaut de Custine, et Marguerite, mariée à Robert de Housse, lesquelles deux sœurs héritèrent de trois quarts dans la seigneurie de Cons, l’autre quart appartenant aux sieurs de la Haye ; et depuis, Gérard de Housse, fils de Thiébault, vendit sa part à Martin de Custine, son cousin.

En 1240, le sire Jacques de Cons, chevalier, accepte avec le consentement de Henry, comte de Bar, de ses vassaux et bourgeois de sa ville de Grand-Failly, la somme de trois cents francs pour rachat du guet que lesdits bourgeois lui devaient au chastel de Cons par chaque nuit.

Les archives de la commune de Grand-Failly contiennent plusieurs documents historiques intéressants et entre autres les trois pièces suivantes :
- Une copie faite en 1609 de la charte d’affranchissement donnée par Maheu, duc de Lorraine et marchi, et Jehan, seigneur de Cons, chevalier, le jour de la Saint Urbain, l’an 1247. Cette charte porte : « Affranchissons et mettons à la loi et à la franchisse de Belemont ».
- Une copie d’une lettre écrite en 1254 par Catherine, duchesse de Lorraine et marchise, à sa chère et bien-amée Ysabetz, dame de Cons, indiquant qu’elle a relâché à perpétuité, aux bourgeois et manans de Grand-Failly, sa part en une redevance de blé.
- Une autre pièce de la même année, par laquelle Ysabetz, dame de Cons, accorde le relaix en ce qui la touche.

Le jour de Sainte-Lucie 1245, Thiebault, comte de Bar, donne confirmation de la charte d’affranchissement de Cons par Jean, sire de Cons, et dame Poince, sa femme.

1287. Jehan, fils de seigneur Poinson, dit le maréchal, chevalier de Longwy, et damoizelle Hawy, sa femme, reconnoissent en fief et en hommage, de noble homme leur seigneur Jehan, seigneur de Cons, tous les hommes qu’ils ont à Halenzey.

1293. Jacomes de Longuyon, jadis selleriez de Longwy, reconnaît qu’il est homme de plein hommage à noble homme son seigneur Jehan, sire de Cons, à cause de son chaistel et chastellerie dudit Cons, et avoue tenir de lui ce qu’il possède au ban de Koëne (Cosne).

1301. Collignon le Jauls de Baionville, escuier, fils de Geoffroy Le Gronnaix, chevalier, vend à Gilles d’Avoncourt, escuyer, fils de monseigneur Jacques d’Avoncourt, chevalier, ce qu’il a en la terre de Cons, à savoir à Grant Failly, à Ewigny (Ugny) et à Montignv (sur Chiers).

1304. Perrin don Neuf Chaistez, escuyer, fils de monseigneur Regnalt don Neuf Chaistez , chevalier, vend à Jehan Haizart, chevalier, et à dame Allais, sa femme, le quart du chateau et maison de Cons qui lui était échu de par monseignour Jehan de Cons, chevalier, son oncle, sauf que ledit Perrin retient pour lui et ses hoirs après lui, le quart des hommages des francs hommes de Cons, de la chaistellerie et des appartenances, les fiefs, arrière-fiefs, les wardes et les seigneuries appartenant audit quart de chaistez de Cons, à Cons, à Euwigney, à Grant Failly, à Montigney, à Tallancourt, à Viller la Chièvre, à Cosne, à Vaulx, à Warniemons et à la grainge de Coussemont.

1310. Jehan de Mes, escuier, fils de madame Jake de Cons, vend à Perrin don Neuf Chaistel, escuier, le quart de la maison et du château de Cons, de toute la terre et de toutes les appendises de quelconques signoraige que ce soit, mouvant soit du comte de Bar, soit du comte de Luxembourg, soit d’autres que ledit Jehan de Mes avait et qui lui était échu de par monseigneur Jehan, chevalier, jadis seigneur de Cons, son oncle, qui fut.

1314. Edouard, comte de Bar, donne ce qu’il a acquesté de Jehan le Bertons, à Cons, dessous Lonwy sur Chier, en chastel, en la ville et en appartenances dudit chastel et de ladite ville, et en toutes seigneuries, à Giles d’Avoncourt, escuier, en récompense de ses bons services.

1315. Edouard, comte de Bar, donne confirmation de la vente faite par Collignon, dit le Jauls de Baionville, à Giles d’Avoncourt.

1315. Thiébaut Huars Prenes et Jacomin, frères, enfans de monseigneur Jehan Hazart, écuyer, qui fut, et de madame Alais, donnent en présence d’Edouard, comte de Bar, à Giles d’Avoulcourt, les droits et actions qu’ils pouvaient avoir en raison de ladite dame Alais sur les acquêts faits ou à faire par ledit Giles, en la ville de Cons.

1318. Edouard, comte de Bar, confirme la vente faite par Jehan de Mes à Perrin don NeufChaistel.

Jehans de Werrize, écuyer, est mentionné en 1338, comme sire de la terre de Cons en partie.

Jeoffroy de Warise, écuyer, et Bertrant de Warise, fils de Jehan de Warise, sont seigneurs de Cons en partie en 1379.

La seigneurie de Cons est indivise en 1380, entre Bertrand de Werrise ou de Varise, et Jehenne Davolcourt, femme en secondes noces de Ferry de Chambley, et en premières noces de Symont de Parroie, seigneur de Marchiéville.

1459. Clément Despinal, sire de Cons en partie, reçoit le dénombrement de Jehan de Culmont, fils de François de Culmont, escuier.

1460. Jehant de Quart, dit de Failly, seigneur de Tarsey, fait ses reprises de Clément Despinal, seigneur de Cons en partie, pour des biens situés à Grand-Failly.

Gérard Despinal, seigneur de Cons en partie, reçoit en 1487 le dénombrement de damoiselle Marie de Thonneletil, veuve de feu Henry de Villers.

Thiébault de Custine, seigneur de Villy et de Cons en partie, donne procuration, en 1537, à Martin de Custine, son fils, pour faire ses reprises du duc Antoine.

Noble escuyer Robert de Housse figure, en 1537, comme seigneur de Fermont et de Cons en partie.

Martin de Custine est seigneur de Villy et de Cons, pour les trois quarts, en 1563.

Nous avons vu plus haut qu’en 1572, il rebâtit le château de Cons-la-Grandville, dont il n’est cependant pas complètement seul seigneur. Un partage intervenu en 1573, entre Martin de Custine, Nicolas de Housse, seigneur de Fermont, Thiébault de Custine, seigneur d’Espiez en partie, au nom de damoyselle Catherine de Housse, sa femme, et damoizelle Claude de Housse, vient mettre fin à une partie de l’indivision pour quelques dépendances de la seigneurie, telles que des parts d’amendes à Villers-la-Chèvre, à Tellanconrt et à Praucourt.

Martin de Custine réunit, par suite de ce partage, ce qui dépend de la seigneurie de Cons, et ses co-partageants ont pour leur part le quart de la Court Daiche, située au lieu de Rosselange. Un aveu et dénombrement est donné la même année par Arnould de Gorcy, pour Petit-Xivry et Cosne, à Martin de Custine, seigneur pour cinq sixièmes dans la seigneurie de Cons, et à Philippe de la Haye pour l’autre sixième.

Jacques Drowet, demeurant à Marville, fait également, en 1573, ses reprises dans les mêmes conditions, pour ce qu’il a à Flabeuville, savoir de Martin de Custine pour cinq sixièmes dans la seigneurie de Cons, et de Philippe de la Haye pour le reste.

Louis de Custine, seigneur de Villy, etc., capitaine de Longwy, fait en 1612 ses reprises de Henry, duc de Lorraine, marchis, duc de Calabre, Bar, etc., pour ce qu’il tient en fief ez terres et seigneuries de Cons, Domey, Chénières, mouvant de la chastellenie de Longwy, et pour ce qu’il possède en la cense de Noël mouvant du chasteau de Longuion.

Jean de Custine est mentionné en 1625 avec les titres et qualités de baron et seigneur de Cons seul et pour le tout, de Bioncourt, Ugny, Tellancourt, Praucourt et de GrandFailly en partie.

Jean de Custine est le père de Marguerite de Custine qui porta, en 1641, la seigneurie de Cons dans la maison de Lambertye, par son mariage avec Jean de Lambertye.

Philippe de Tige, chevalier, seigneur de Petit-Failly, Pusieux et ban de Vivier en partie, donne, en 1681, son dénombrement à George de Lambertye, chevalier , marquis dudit lieu, baron de Cons et de Drouville, seigneur de Rechicourt, Arrey, Praucourt et Grand-Failly, pour la moitié et les deux tiers d’un seizième en la seigneurie de haute, moyenne et basse justice de Petit-Failly.

Le même George de Lambertye reçoit en 1682 le dénombrement de Philippe-François de Gorcey, seigneur dudit lieu et de Petit-Xivry en partie, pour ce que ce dernier tient en fief de lui à Petit-Xivry et à Rut, mouvant et dépendant du château, baronnie, terre et seigneurie de Cons.

Le marquisat de Cons-Lagrandville comprenait en 1719 : Cons-Lagrandville, Ugny, Viviers, les Couverts, la Caure, Procourt, la Cour-Villaume, Chénières, Cutry , Villers-laChèvre, Cosne, Cossémont, Fresnois-la-Montagne, Tellancourt, Buré-la-Ville, Cumont, Petit-Failly, Grand-Failly, Flabeuville, Vaux, Voirnimont, Beuveille, Doncourt, Pierrepont et Ham-devant-Pierrepont.

Fermont était une enclave dans le marquisat, il dépendait d’Arrancy. Plusieurs autres enclaves dépendaient de Longuion.

François Antoine, chevalier, marquis de Lambertye et de Cons-Lagrandville , lieutenant-colonel au régiment des gardes de S. A. R. M. le grand-duc de Toscane, chambellan de feu S. M. le roi de Pologne, mande en 1771, ses amés les gens tenants le siège en son marquisat cy-devant baronie de Cons, lui faire dans son château et maison-forte de Cons-Lagrandville les foi et hommage pour les fiefs qu’ils possèdent relevant de lui, à savoir : La Caurre, les Converts, Villers-la-Chèvre, Tellancourt, Buré-la-Ville, Flabeuville, Petit-Failly, Grand-Failly, masuage de Petit-Xivry, grand charruage de Gorcy, etc.

 

 

Le siège de Toul en 1420

 

Le siège de Toul en 1420 dans Anecdotes historiques pittoresques de Lorraine Blason-Toul-136x150

Extraits de la monographie imprimée
« Le siège de Toul, en 1420, sous l’épiscopat de Henri de Ville : fragments historiques »
par Charles Hequet – 1875

 

De tous les droits, régaliens et autres, dont jouissaient les ducs bénéficiaires de Lorraine, il en est un fort bizarre, exporté d’Allemagne, dont le privilège leur avait été concédé par les souverains de ce pays auxquels, lors de leur investiture, ils en faisaient hommage à titre de fief d’empire.

Ce droit, qu’ont également possédé les ducs héréditaires, était celui de propriété sur les fils de prêtres ou bâtards de l’Église.

L’origine de ce droit venait de ce que les membres du clergé, en raison des ordres sacrés qu’ils avaient reçus et de l’obligation qui leur était imposée de garder le célibat, ne pouvaient revendiquer celui de paternité. Leurs enfants, sans pères, sans protecteurs et sans noms, devenaient serfs dès leur naissance, et d’après une bulle du pape Calixte II, datée de l’an 1119, ils appartenaient au seigneur de la terre où ils étaient nés, et celui-ci s’en emparait, comme de tout ce qui était sans maître.

Depuis le duc Thierri Ier, l’exercice de ce droit régalien avait constamment éveillé la sollicitude des princes lorrains, les moeurs dissolues et l’incontinence du clergé d’alors, leur procurant un notable accroissement du nombre de leurs sujets.

Cédé, en 1429, aux chanoines de Saint-Dié, par la faiblesse du duc Mathieu, le droit de bâtardise acquit bientôt le dernier degré d’immoralité : il devint pour eux le stimulant du libertinage le plus effréné et de la cupidité la plus vile.

Ce regrettable état de choses subsista jusqu’en 1529, époque à laquelle le duc Antoine profita de la mésintelligence qui régnait entre ses officiers et le chapitre Galiléen pour retirer à ce dernier, la possession de ce scandaleux privilège, source des plus honteux désordres et des plus vils dérèglements.

Le droit de bâtardise excita souvent aussi la convoitise des chanoines de l’Église de Toul ; toutefois, rien n’indique qu’ils aient pu en obtenir, même temporairement, l’abandon en leur faveur. De là, un sujet d’incessantes querelles avec les ducs de Lorraine, querelles presque toujours suivies d’hostilités qui désolaient le pays et ruinaient les malheureux paysans réduits à supporter les tristes conséquences de ces déplorables conflits.

En 1421, sous l’épiscopat de Henry de Ville, soixante-sixième évêque, quelques-uns de ces enfants naturels s’étaient réfugiés dans la ville de Toul « comme dans un lieu protecteur, pour se soustraire à une sorte de servitude et à une note publique d’infamie ».

Le duc Charles II, qui venait de guerroyer avec les Messins, auxquels non content d’avoir saccagé leur pays, il avait encore enlevé le corps de saint Sigisbert déposé dans l’abbaye de Saint-Martin, somma les magistrats toulois de remettre ces enfants entre ses mains. Les Bourgeois, dont les habitudes hospitalières n’ont pas dégénéré, refusèrent de les lui livrer. Irrité de ce qu’il considérait comme un affront, Charles leur déclara la guerre.

Les dispositions menaçantes du prince n’intimidèrent point les Toulois, qui se préparèrent à une vigoureuse défense. Le salut de la cité excita dans leurs cœurs un vif enthousiasme ; tous s’animèrent réciproquement au combat, et rien ne fut négligé pour mettre promptement leurs remparts en état de pouvoir supporter un long siège. Ils interdirent également toute communication des sujets du duc de Lorraine avec leur ville, et appelèrent à leur aide le Damoiseau de Commercy.

Plusieurs seigneurs puissants prirent aussi parti pour eux. Ainsi secondés, les Toulois remportèrent d’abord quelques avantages sur les troupes lorraines : ils s’emparèrent du bourg de Gondreville, qui dépendait du duché, brûlèrent le faubourg de Nancy, et ruinèrent de fond en comble celui de Saint-Epvre, qui était, avec son abbaye, sous la protection immédiate et spéciale du duc.

Le comte de Vaudémont étant accouru au secours du duc son frère, se mit en devoir de cerner la ville avec ses troupes. Le duc de Lorraine fit occuper par les siennes le mont Saint-Michel et y éleva des retranchements.

Les Lorrains reprirent alors l’offensive, et firent subir aux Toulois de terribles représailles : ils ravagèrent toutes leurs métairies et maisons de campagne, fauchèrent les moissons, coupèrent les arbres, arrachèrent les vignes, et brûlèrent les moulins ainsi que tous les châteaux de leurs alliés ; ce ne furent, pendant près d’une année, que pillages et incendies dans toute la contrée.

Tandis que s’accomplissaient ces scènes de dévastations, le duc de Lorraine, au moyen de ses bombardes et serpentins placés sur le mont Saint-Michel, ne cessait de cribler la place d’une masse de projectiles qui, en pénétrant jusqu’au coeur de la ville, y causaient des dégâts considérables.

Enfin, après plusieurs semaines d’un siège meurtrier, les Bourgeois de Toul, écrasés par le feu de l’artillerie et la disette des vivres commençant à se faire sentir, demandèrent à capituler. Ils ouvrirent leurs portes au duc de Lorraine et conclurent avec lui une capitulation.

Cette convention, à laquelle on a donné le nom de Traité des fils de prêtres, eut pour effet de ramener dans la cité Touloise, le calme et la paix si souvent troublés sous l’épiscopat de Henri de Ville, et mit fin, au moins pour quelque temps, aux querelles des ducs de Lorraine avec les Bourgeois de cette ville, gardiens vigilants de leurs prérogatives et de leurs franchises municipales.

Les ruines de l’abbaye de Haute-Seille à Cirey-sur-Vezouze

Ruines abbaye Haute-Seille en 2011Dessin ruines abbaye Haute-Seille en 1887

 

De l’abbaye de Haute-Seille, il ne reste que de superbes vestiges, classés aux monuments historiques en 1927. Ils sont une propriété privée. L’ensemble du site a été converti en exploitations agricoles et forme actuellement un hameau.

L’ancien portail du XVIIIe siècle, de style classique, a été transformé en habitation. De l’église abbatiale, il ne subsiste qu’une partie de la façade, magnifique, mais inaccessible à la visite. Quel dommage !

Voici un petit historique de cette abbaye.

D’après les « Mémoires de la Société d’archéologie lorraine » – Année 1887

Haute-Seille est un petit hameau situé sur la Vezouse et faisant partie de la commune de Cirey.

Là, s’élevait avant la Révolution une grande et belle abbaye de l’ordre de Citeaux, dont il ne reste plus que des vestiges. Ce monastère, suivant un titre du XVIe siècle, n’était d’aucun diocèse, mais étant « assis au détroit du comté de Salm, il a toujours été, après Dieu, sous la garde de ces seigneurs ».

Ceux des bâtiments qui subsistent encore servaient autrefois, comme aujourd’hui, à l’exploitation des terres. Ce sont donc ceux qui offraient le moins d’intérêt au point de vue de l’architecture. Ils se composent d’une cour rectangulaire, entourée de constructions qui atteignent un développement extérieur de 125 mètres sur 83. Au point B, est une porte monumentale, dans le goût du XVIIe siècle, donnant accès dans la cour à travers laquelle un passage pavé mène à un corridor C, qui conduit aux jardins. Le moulin occupait, en D et E, l’emplacement du polissoir actuel.

Dans l’enclos, traversé par le canal M, se voient encore une serre (I), des remises (J) et deux petits étangs (K et L). Le vieux mur d’enceinte (O), haut de dix pieds et épais de deux, est bien conservé. On y a pratiqué une porte (P) par laquelle on rejoint le nouveau chemin de Haute-Seille à Cirey.

Quant aux constructions remarquables qui formaient le couvent proprement dit, il n’en reste plus que des débris informes. Seul le portail de l’église est encore debout, et cette ruine isolée au milieu des jardins a un caractère de tristesse et de grandeur qui doit impressionner vivement tous ceux qui la contemplent pour la première fois.

C’est un spécimen intéressant de l’architecture romane, si rare maintenant en Lorraine. Il se compose de cinq grandes arcades de même hauteur, mais de styles différents. Celle du milieu, qui servait de porte, est romane. Son ouverture intérieure est de 2,19 mètres. Elle était flanquée de huit colonnettes dont les chapiteaux seuls subsistent en partie. Six d’entre elles étaient engagées dans les angles de trois rentrants, leurs chapiteaux supportent une archivolte formée de trois tores variés. Le plus rapproché du centre est orné d’un ruban en spirale, le suivant d’une moulure en creux, le troisième est uni. Les deux autres colonnettes étaient dégagées de la façade. Sur leurs chapiteaux, retombe un large bandeau décoré de chevrons en relief ou plutôt d’une ligne en zigzag, il circonscrit l’archivolte et complète son ornementation.

Les deux arcatures voisines de la porte sont aveugles et n’ont d’autre but que de cacher la nudité de la muraille. Elles sont ogivales et formées d’un semblable bandeau à chevrons, dont les extrémités reposent, d’une part sur le chapiteau d’une colonnette qui se trouvait logée dans un rentrant de la façade, et de l’autre se confondent avec celles du bandeau de la porte, un peu au-dessus du point d’appui.

Les deux dernières arcades sont aussi aveugles, mais en plein cintre, quoique avec une légère tendance à l’ogive et sans aucune ornementation. On remarque dans celle de droite une petite porte murée.

Au-dessus d’une corniche unie, se trouve un étage comprenant trois fenêtres entre deux grands oculi. Ceux-ci, qui correspondent aux arcatures les plus éloignées de la porte, sont très ébrasés et inscrits dans un tore uni.

Les fenêtres, d’une grande élégance, sont en plein cintre et ne diffèrent entre elles que par leur ornementation. Les dimensions de l’ouverture sont à l’intérieur de 2 mètres environ de hauteur sur 75 centimètres de largeur. Elles sont plus rapprochées l’une de l’autre que les arcs qui se trouvent au-dessous en sorte que celle du milieu seule correspond exactement à la porte. Ces baies sont encore intactes et se composent chacune de quatre colonnettes supportant deux nervures dont la plus grande est décorée, dans la fenêtre centrale d’une série de traits verticaux et de demi-lunes diversement disposés, et dans les deux autres, d’un double rang de billettes, inscrit dans une moulure unie. La nervure intérieure est ornée d’une rangée de petits cercles ou anneaux qui, dans la fenêtre du milieu, sont différents de ceux que l’on voit dans les deux autres.

Tous les chapiteaux que nous avons mentionnés sont d’un style sévère, mais élégant et mériteraient une description particulière. Nous signalerons seulement un de ceux de gauche de la fenêtre de droite, sur lequel est sculptée une fleur de lys.

Le portail était complété, dit-on, par un pignon dont une rose ou oculus occupait le centre. Sa face intérieure est des plus simples, on n’y remarque que deux chapiteaux surmontant deux colonnes qui occupent l’espace laissé vide, entre les oculi et les fenêtres voisines.

Tout ce qui reste est en pierre de taille et d’une construction très soignée. L’épaisseur de la maçonnerie est de plus d’un mètre.

L’église, qui datait de la seconde moitié du XIIe siècle était en forme de croix latine et orientée. Les débris de ses murailles qui, servant de clôture, atteignent encore par places jusqu’à mètres de hauteur, permettent d’en retrouver à peu près toutes les dimensions. La nef avait 45 mètres de longueur et 15 mètres de largeur, les transepts 4,8 mètres sur 11 mètres. L’abside était à trois pans coupés, dont chacun avait 4 mètres. Il parait qu’elle a été copiée par l’architecte qui construisit l’église actuelle de Cirey. Une petite sculpture encastrée dans le mur de droite en entrant, attire l’attention : c’est un médaillon en pierre, de 50 centimètres environ de diamètre intérieur, représentant en demi-relief la Vierge couronnée, assise et tenant sur ses genoux l’Enfant Jésus dont la tête manque. Cette sculpture d’un travail médiocre dénote une époque reculée. La similitude qui existe entre ce médaillon et le sceau de l’abbaye est remarquable.

Le pavé a été enlevé, car il rendait impossible la transformation ridicule qui s’est accomplie depuis d’une église en un jardin potager, et les sépultures qu’il protégeait ont été profanées.

C’est ainsi qu’on découvrit, là et dans un terrain voisin qui servait de cimetière, un assez grand nombre de cercueils en grès, qui ont été en partie détruits et dont plusieurs servent d’auges dans le pays. Ce sont, en effet, de véritables auges pouvant contenir un corps humain. A la hauteur des épaules, la cavité se resserre en dessinant la forme de la tête. On y remarque, dans le fond, une rigole aboutissant à un trou percé aux trois quarts de la longueur.

Celles que nous avons vues ne portent ni inscriptions, ni croix, peut-être y en avait-il sur les couercles qui ont tous disparu. Il y en a encore une dans un pré non loin de l’église, ses dimensions intérieures sont de 1,72 m de longueur et de 35 cm de profondeur, sur une largeur de 52 cm à la tête et 35 cm aux pieds, l’épaisseur de la pierre est partout de 10 centimètres.

Ce sont les tombes des religieux des premiers temps du monastère. D’après une tradition qui s’est conservée jusqu’à nos jours, chacun d’eux devait dès son entrée, travailler à façonner de ses propres mains le cercueil qui devait le recevoir à sa mort, mais ce paraît être une fausse croyance.

On retrouve à peine quelques traces de l’emplacement qu’occupait le quartier abbatial qui se trouvait accolé au nord de l’église. Sa façade avait un développement de 31,5 mètres sur une profondeur de 14,8 m. L’épaisseur des murs était de 1,10 m. Il communiquait à l’église par une petite porte en plein cintre qui existe encore.

Le cloître situé sur le côté méridional de l’église avait 47 mètres parallèlement aux transepts, et 26 mètres de façade. Au-dessus étaient les logements des religieux. Une petite porte, semblable à la première, mettait de même cette partie du monastère en communication avec l’église.

C’est entre ces constructions et celles qui existent encore, que se tenait, à certains jours de fête, notamment à la Saint-Bernard, la foire où l’on venait des villages voisins. On a trouvé à plusieurs reprises des pièces de monnaie et des médailles de dévotion.

L’abbaye fut reconstruite presque entièrement dans le courant du siècle dernier, ses bâtiments étaient donc comme neufs au moment de sa ruine. Un état de ses biens, dressé en 1747 conformément à un arrêt du Conseil de Stanislas, avant la fin des reconstructions dont nous venons de parler, donne un aperçu intéressant de ce qu’elle était autrefois :

« L’abbaye est entourée de murailles tout autour de son enclos. Elle a son entrée par une grande porte du côté du village de Frémonville, flanquée de deux petites tournelles de part et d’autre d’icelle.

Une grande et vaste cour, tout autour de laquelle sont des logements de portier, jardinier et domestiques, avec des écuries, vacheries et greniers à foin. Dans la même cour, sont aussi deux maisons de fermiers-laboureurs avec les écuries, greniers à foin et autres commodités, et le toit paraissant tout neuf et en bon état. De suite est encore une seconde cour, grande et spacieuse, dans le fond de laquelle, à main gauche, est un bâtiment tout neuf, grand et spacieux, bâti à la moderne et proprement, et qui n’a pas encore été habité.

L’église se trouve à côté dudit bâtiment neuf. Elle est très grande et spacieuse, propre et en état, mais le clocher est à rebâtir à neuf, il menace ruine et écrase la voûte.

La maison et logement, ancien des religieux est en très mauvais état, étant même déjà démoli pour la plus grande partie des anciens bâtiments, dans le dessein de les rétablir à neuf. L’appartement qui était occupé par défunt M. l’abbé, de même que les chambres d’hôtes, sont et paraissent encore en mauvais état et même avec ruine évidente visible ce qui sera d’une dépense considérable.

Il y a dans l’enclos des jardins potagers et vergers, etc. ».

Au moment de la Révolution, le monastère possédait :

A Haute-Seille, une métairie, un moulin, une tuilerie, des étangs et des bois, avec le droit de pêche dans la Vezouse et de chasse sur son territoire

A Tanconville, des terres, des bois, les étangs et un moulin, la seigneurie foncière, le patronage de la cure et des dimes

A Hesse, une métairie, un moulin, des bois, la seigneurie foncière, le patronage de la cure et les dimes

A Lezey, une métairie, un étang et les deux tiers de la seigneurie foncière

Le patronage de la cure avec tout ou partie des dimes de Parux, Bertrambois, Hattigny, La Frimbolle, Landange, Aspach, Niderhoff, Fraquelfing, Neufmoulin, Languimberg, Fribourg, Ommeray, Rosheim, Rosenwiller, etc.

Des biens sur la plupart de ces finages et sur ceux de Cirey, le Val-de-Bon-Moutier, Harboué, Frémonville, Sainte-Pole, Vacqueville, Merviller, Thiaville, Hemoncourt, Xousse, Jambrot, Maizières-lès-Vic, Lorquin, etc.

Les dîmes en totalité ou en partie de Blâmont, Blémerey, Domjevin, Fréménil, Vého, Nitting, Hermelange, Maizières-lès-Vic, Gelucourt, Krafftel, Videlange, etc.

Enfin les métairies de la Neuve-Grange avec des bois, une scierie et un moulin d’Ormange avec des bois et des étangs, de Xirxange avec un moulin, des étangs et des bois ; de Récour avec un moulin et des bois ; de la Vigne, du Griffon, de Rotomoncel et de Saint-Benoît.

Il avait eu aussi des biens que le malheur des temps lui avait fait perdre successivement à Adelhouse, Albestroff, Azerailles, Azoudange, Badonviller, Bertrambois, Blanche-Eglise, Courtegain, Dorlitzheim Emberménil, Foulcrey, Guéblange, Hablulz, Hampont, Haut-Clocher, Hellocourt, Herbéville, Igney, Lafrimbolle, Leintrey, Marsal, Nossoncourt, Rambervillers, Réchicourt-le-Château, Richeval, Rosières-aux-Salines, Saint-Nicolas,

Sarrebourg, Thann, Varangéville, Xures, etc.

L’abbaye de Haute-Seille dut sans doute sa fondation à saint Bernard. Il est de tradition qu’il a a visité ce pays, où il est encore l’objet d’une vénération, notamment à Haute-Seille et à Cirey. Il existait, il y a peu de temps, à Cirey, une pratique superstitieuse, qui y avait été introduite de l’abbaye de Haute-Seille, et qui consistait à porter, en marchant à rebours aux pieds de la statue de saint Bernard, un balai neuf, dont on frottait la tête du saint et des pommes de terre dont on lui faisait présent.

Il est donc probable que la voix éloquente de ce grand fondateur de monastères, là comme dans tant d’autres lieux, sut réveiller la foi et obtenir des seigneurs, l’établissement d’une maison de son ordre.

Le territoire de Haute-Seille appartenait alors à la puissante maison de Salm, par suite de l’alliance de Hermann, comte de Salm, avec la comtesse Agnès de Langstein (Pierre-Percée), héritière de ce domaine.

C’était une « vaste solitude » en partie couverte de broussailles et de ronces et environnée de forêts. Quelques parcelles de terre y étaient cultivées par des serfs.

Tel était son aspect quand, en 1140, la comtesse de Langstein, veuve alors du comte de Salm, les comtes Henry et Hermann ses fils, Conrad, comte de Langtein, son épouse Hawide et Hugues leur fils, en firent don à l’Ordre de Citeaux, pour y établir un monastère sous l’invocation de sainte Marie de Haute-Seille, ce que prouve une charte d’Etienne, évêque de Metz, confimant les donations faites à l’abbaye pour sa fondation.

Des moines envoyés du monastère de Teuley vinrent aussitôt prendre possession de ces biens et, grâce à leur activité et surtout à l’appui de la comtesse Agnès, la construction des bâtiments et le défrichement du sol se firent si rapidement, qu’au bout de quelques années, l’abbaye se trouvait déjà dans une situation des plus prospères. Mais la pieuse femme qui la protégeait étant morte, ses héritiers ainsi que d’autres seigneurs qui avaient contribué à son établissement, voulurent y exercer leurs droits de souveraineté et de garde d’une manière tellement vexatoire que les religieux se disposaient à se retirer ailleurs, quand le même Etienne, évêque de Metz, informé de ce qui se passait, s’interposa en leur faveur. Il décida, en 1147, ces seigneurs qui étaient les comtes de Salm et de Langstein, Bencelin de Turquestein, Asselin de Walteringen et Béron de Busnes, tous ses parents ou alliés, à lui céder les droits qu’ils prétendaient avoir sur Haute-Seille, et l’évêque les ayant aussitôt transportés à l’abbaye, celle-ci fut alors tranquille, n’ayant plus rien à démêler avec personne. La même année, le pape Eugène III la confirma dans la possession de tous ses biens.

Ces puissantes interventions mirent pour quelque temps les religieux à l’abri des chicanes et de la malveillance, et ils purent jouir en paix de leurs domaines, qui déjà étaient considérables et s’augmentaient tous les ans par de nouveaux dons. C’est alors que les bâtiments furent terminés et Pierre de Brixey, évêque de Toul, dans le diocèse duquel se trouvait Haute-Seille, put, en 1176, consacrer l’église et les autels.

Malheureusement, ils étaient toujours à la merci des comtes de Salm qui paraissent avoir conservé, malgré la cession faite à l’évêque de Metz, leur droit de gardiens ou voués de Haute-Seille. Aussi les verrons-nous souvent s’ingérer dans les affaires de l’abbaye et lui causer les plus grands maux.

Le premier que l’on y voit apparaître est le comte Henry, qui était si mal disposé envers les religieux, qu’il voulait détourner le cours de la Vezouse, que ceux-ci avaient fait passer à leurs frais dans leur enclos (ce canal creusé de main d’homme et muré dans toute son étendue existe encore aujourd’hui), et retirer même les donations qu’ils avaient reçues de lui et de ses prédécesseurs.

Plus tard, changeant de sentiment, il confirma (en 1184) toutes ces donations, en y ajoutant celle de la forêt dite d’Everbois située entre l’abbaye et Cirey, et renonça, pour lui et pour ses successeurs, à toutes les prétentions qu’il pouvait avoir pour raison de fondation, d’avocatie ou de garde. Par de nouvelles largesses, il prouva dans la suite que ses sentiments étaient restés les mêmes, et le monastère, protégé par lui et bien administré, se trouva bientôt dans un état si florissant, qu’il put acheter, en 1244, à l’abbaye de Honcourt, les dîmes de Blâmont et des biens aux environs pour 120 marcs d’argent, somme considérable à cette époque.

Quelques années auparavant, Ferry de Salm avait succédé au comte Henry, son père, dans une partie de ses états. Le chroniqueur Richer, moine de Senones, qui vivait de son temps, a laissé le récit des maux qu’il fit à son monastère.

Ce seigneur faisait sa résidence habituelle au château de Blâmont, et Haute-Seille était trop à sa portée, pour ne pas avoir à souffrir aussi de sa convoitise et de ses violences. Jacques de Lorraine, évêque de Metz, fut, en 1254, obligé de s’interposer en faveur des religieux que Ferry avait dépouillés et maltraités « allant jusqu’à lever la main sur eux » et ordonner la restitution d’un troupeau de porcs qu’il leur avait fait enlever. Il est vrai que six ans plus tard, le même évêque s’étant emparé, inconsciemment sans doute, des dîmes et du droit de patronage de la cure d’Hattigny, qui appartenaient à l’abbaye, celle-ci dut porter plainte devant l’évêque de Toul et l’évêque de Metz, successeur de Jacques, qui la rétablirent dans la jouissance de ses droits.

En présence de cet état de choses, qui se continuait encore depuis que Henry Ier, sire de Blâmont avait succédé à Ferry, les pauvres religieux, sentant le besoin d’un puissant appui contre ceux-là même qui auraient dû être les premiers à les défendre, prirent le parti de s’adresser au duc de Lorraine. Celui-ci, par une charte de 1267, accorda sa sauvegarde à l’abbaye et prit sous sa protection, tous ses biens, à charge par elle de célébrer, pour le duc et ses successeurs quatre grands anniversaires le lendemain des Quatre-Temps de chaque année.

Mais cette protection ne semble pas avoir été toujours bien efficace, puisque l’on voit, en 1285, Bouchard d’Avesnes, évêque de Metz, donner à Haute-Seille, pour l’entretien de son infirmerie et à cause de ce qu’elle avait eu à souffrir des courses et des invasions des ennemis, le droit de patronage et les revenus des églises paroissiales de Landange et de Matoncourt (sans doute Martincourt près de La Garde) avec la chapelle d’Ommeray qui dépendaieut de son diocèse.

Quant au sire de Blâmont, il vécut dès lors en bonne intelligence avec les religieux. Il leur donna même, en 1280, ses fours banaux de Domjevin et de Frisonviller (hameau détruit près de Domjevin), à condition de partager la moitié dit produit. Il céda, par un traité fait en 1291, à Bouchard d’Avesnes, la garde du monastère et des métairies de Gresson et de Gemmigny (fermes situées sur le territoire de Frémonville et qui n’existent plus depuis longtemps), qui en dépendaient.

L’année suivante, une contestation s’étant élevée au sujet des bois de Haute-Seille entre l’abbaye et les bourgeois de Blâmont, qui prétendaient avoir le droit d’y prendre leur chauffage, il pria, d’accord avec l’abbé, l’évêque de Metz de faire un rapport établissant les droits des parties qui s’engagèrent d’avance à se soumettre à son jugement sous peine d’amende. Il fit enfin, en 1314, une transaction avec l’abbé au sujet des bois des Rappes et de l’Usuaire que le monastère avait acquis et pour lesquels ils étaient en désaccord. Il fut convenu que les sujets d’Henry jouiraient à l’avenir aux Rappes du droit d’usage et de pâture, et qu’au bois de l’Usuaire les religieux auraient le même droit, à condition de rendre au seigneur de Blâmont les fours banaux de Domjevin. Cette année aussi, Jean, comte de Salm, qui avait des prétentions sur ces bois, fit avec l’abbaye un accord semblable à celui qu’avait fait son cousin.

Pendant tout le reste du XIVe siècle, nous ignorons quelle fut la destinée de Haute-Seille. Toutefois, il est permis de supposer qu’elle ne dut être heureuse ni tranquille surtout à cause des guerres continuelles qui désolaient le pays. En 1334, le pape Jean XXII accorde à l’abbaye une bulle contre ceux qui la molestaient et cherchaient à s’emparer de ses biens. En 1391, notamment, un combat fut livré près de Cirey par Henry III, sire de Blâmont, aux Messins, qui le défirent et ravagèrent tous les environs.

C’est pour cela qu’en 1400, le duc de Lorraine, « considérant que ladite église et abbaye commence à descendre en ruine » lui accorda sa sauvegarde aux mêmes conditions que son prédécesseur.

L’année précédente, une confrérie, sous le titre de l’Annonciation de Notre-Dame, avait été établie dans l’église de Haute-Seille. Les statuts portaient qu’une messe serait chantée tous les samedis à l’autel de la Vierge pour tous les confrères et consœurs, qui devaient donner à cette intention 25 gros chacun, le jour de l’Annonciation. Le châtellier de la confrérie devait entretenir une lampe ardente devant l’autel et fournir douze cierges chaque année. Peu après, un décret du Chapitre général de l’ordre de Citeaux, associa aux prières de la congrégation, tous les membres de cette confrérie.

En 1407, Henry, sire de Blâmont, obtint des religieux la cession du droit de collation à la cure de Blâmont, pour le donner à la collégiale qu’il avait fondée en cette ville, moyennant un cens annuel et perpétuel de 5 gros et à condition qu’ils continueraient à jouir des grosses dîmes et des novales comme auparavant. Ce fait, si simple en apparence, occasionna dans la suite bien des procès entre le Chapitre de Blâmont et l’abbaye car, d’après les Statuts synodaux du diocèse de Toul, celle-ci comme décimatrice était tenue de faire certaines réparations ou fournitures à l’église paroissiale, les autres restant à la charge des chanoines en leur qualité de collateurs de la cure.

Le même seigneur, qui venait d’obtenir l’autorisation de faire un étang dans un terrain qui dépendait de la métairie de Gresson appartenant à l’abbaye, la prit, en reconnaissance sous sa protection en 1419. Ce qui n’empêcha pas Jean, fils du duc de Lorraine, à cause du « grand amenrissement et désolation de l’église et abbaye de Haute-Seille » de renouveler, quelques années plus tard, la sauvegarde qui lui avait été accordée. On a vu ce que valaient toutes ces protections qui, loin d’être avantageuses, n’étaient souvent qu’une charge de plus pour les maisons religieuses.

Au commencement du XVIe siècle, des difficultés dont on ne connaît pas l’origine s’étant élevées entre les religieux de Haute-Seille et les habitants de Frémonville, ceux-ci se laissèrent aller à des « battures, outrages, forces et violences » contre les gens de l’abbaye et contre la personne de l’abbé. Ils enlevèrent des troupeaux et commirent des dommages pour une valeur de plus de 100 florins d’or. Les moines se plaignirent au duc Antoine qui chargea les officiers de Blâmont d’informer. Mais ce prince étant sur les entrefaites parti pour la France, les habitants de Frémonville recommencèrent à vexer les religieux, venant les insulter jusqu’aux portes mêmes du monastère. Les officiers de Blâmont reçurent de nouveau l’ordre de se transporter sur les lieux, mais on ignore, et le résultat de l’enquête à laquelle ils durent se livrer, et la sentence qu’ils prononcèrent.

Ces faits peuvent s’expliquer, croyons-nous, par l’état de surexcitation où se trouvaient les esprits, même dans les pays où la Réforme ne put se maintenir à une époque où les doctrines de Luther commençaient à se répandre.

De nouvelles calamités, qui sans doute étaient dues à la même influence, ne tardèrent pas à fondre sur Haute-Seille. On les trouve consignées dans deux mémoires. Ils furent rédigés vers 1748, par les religieux, dans leur procès contre M. Alliot, nommé abbé commendataire, et avaient pour but de prouver, entre autres choses que Haute-Seille n’avait jamais été gouvernée que par des abbés réguliers et que le comte Antoine de Salm n’avait été ni élu, ni même nommé abbé commendataire, mais s’était emparé des biens du monastère.

« Jean de Xanrey fut élu abbé le 19 février 1556 à cette époque et dès auparavant, il y avoit guerre entre l’empereur Charles-Quint et la France, ce qui occasionna la dévastation de l’abbaye de Hauteseille située dans la terre de Salm qui étoit fief de l’Empire.

Ce fut sans doutte dans les circonstances de ces temps malheureux que le comte Anthoine de Salm dont la maison étoit puissante et attachée à l’Empire, pût s’emparer des biens de cette abbaye et en commetre la régie à M. Perini, curé de Landange. Mais, la paix s’étant faite en 1559, le calme succéda à l’orage, et il est certain qu’en supposant l’intrusion du comte Anthoine de Salm, ellc ne fut que momentanée et qu’il y renonça, soit volontairement, soit forcément, puisque Dom Jean de Xanrey, élu en 1556 abbé de l’abbaye de Hauteseille, continua de la gouverner en cette qualité, le fait est prouvé par des actes authentiques.

Le calme ramené par la paix de 1559 ne fut pas de durée ; de longues guerres d’état et de religion survinrent ensuitte et remirent en proye l’abbaye d’Hauteseille. Tout devint inculte, désert et abandonné en sorte que les abbés et religieux de cette abbaye, soit pour subsister, soit pour payer des contributions afin d’éviter des incendies, furent obligés, comme tous ceux qui vivoient dans ces temps de calamité de contracter plusieurs dettes.

Si le comte a touché quelque revenu de l’abbaye, ce ne peut être que par violence et usurpation [...]. Le comte se seroit violemment emparé en 1557 de quelques parts des biens de l’abbaye ce qui ne seroit pas sans exemple. L’on voit, en effet, dans toutes les histoires, qu’en ces temps malheureux, la pluspart des seigneurs s’emparoient des biens des monastères, où souvent ils s’établissoient avec leurs femmes et enfans auxquels ils les transmettoient comme des biens patrimoniaux.

Qui peut prouver que les Rhingraffs de Salm furent incapables d’excès envers l’abbaye de Hauteseille ? On le peut d’autant moins, qu’alors ils étoient infectés de l’hérésie de Luther, et que d’ailleurs, il est notoire que les seigneurs de cette maison vexèrent tellement l’abbaye de Senones, située comme Hauteseille dans la terre de Salm, que les religieux de ce monastère furent contraints de se réfugier à Rambervillers [...] ».

Quoi qu’il en soit de l’intrusion d’Antoine de Salm, il est certain qu’après sa retraite, l’abbaye était toujours dans la dépendance de ses parents. Dom Jean Périni, alors abbé essaya vainement de se soustraire à cette lourde charge. Il écrivit, en 1567, à la comtesse de Salm pour se plaindre « des violences que ses sujets de Badonviller avoient exercées à Haute-Seille le jour de la Nativité, de la juridiction que ses officiers prétendoient sur le monastère, ayant voulu prendre connaissance d’une petite bataille qui avoit eu lieu à l’abbaye entre des domestiques et des étrangers, et enfin d’une imposition de 500 francs à laquelle on les avoit taxés pour aides impériales ». Il se plaignit de même au comte de Salm, maréchal de Lorraine, que ses officiers de Badonviller accompagnés du doyen et de vingt-cinq arquebusiers, étaient venus à Haute-Seille pour y faire une saisie à cause du refus de payer les impositions.

Ses plaintes ne furent sans doute pas écoutées, car il dut protester de nouveau en 1572 contre les agissements des officiers des comtes qui avaient fait publier le cri de la fêtesans son consentement (droit seigneurial qui consistait à faire annoncer la fête patronale et à rendre une ordonnance concernant la police du champ de foire). Ils y avaient nommé leurs maîtres avant les religieux et en les qualifiant de seigneurs régaliens et fondateurs, tandis qu’anciennement et même du temps où Antoine de Salm était coadjuteur ou abbé, il se faisait ainsi « Au nom de Dieu et de la Vierge Marie, des seigneurs abbé et couvent et de Nos Seigneurs les comtes de Salm conservateurs et sauvegerdiens dudit monastère ».

Cette fois, les comtes voulurent en finir avec l’abbaye, ils lui imposèrent donc un traité par lequel elle s’engageait à payer 40 florins pour les sommes qu’elle avait refusé d’acquitter et à se soumettre à l’avenir aux aides impériales et à toutes les autres impositions. Mais le procureur général de l’évêché de Metz à Vic, informé de ce qui venait de se passer et jugeant un pareil accord préjudiciable à la juridiction que l’évêque prétendait avoir sur Haute-Seille, fit aussitôt assigner devant son tribunal l’abbé, qui déclara qu’il avait été contraint d’accepter ce traité contre lequel il avait protesté.

Ces difficultés se terminèrent, en 1573, par une transaction d’après laquelle les religieux promettaient de payer chaque année 50 francs pour aides impériales et droit de sauvegarde quant au cri de la fête, il fut convenu qu’il continuerait de se faire comme du passé, à condition que l’abbaye donnerait le past (repas) à ceux qui seraient députés pour l’assistance, cri et publication.

Par là, les comtes de Salm conservaient leur droit de sauvegarde à Haute-Seille. Ils en abusèrent à un tel point, qu’en 1596, l’abbé ayant répondu à une assignation à comparaître devant le procureur général de Vic, ils lui firent signifier défense de ne subir d’autrejuridiction que la leur.

Ils firent encore nommer en 1615, comme coadjuteur, un membre de leur famille, le comte Louis-Ernest, malgré l’abbé et les religieux, qui furent contraints de l’accepter, mais ceux-ci protestèrent si hautement que le comte, jugeant sa situation impossible malgré l’appui de ses parents, préféra faire sa renonciation.

Quelques années auparavant, s’était produit un événement d’une grande importance pour Haute-Seille. Nous voulons parler de l’annexion du prieuré de Hesse, situé dans le voisinage.

Ce monastère avait été fondé par les comtes de Dabo, parents du pape Léon IX et restauré dans la suite avec magnificence par les comtes de Linange, leurs successeurs. C’était d’abord une abbaye de bénédictines. Mais ces religieuses ayant été contraintes de l’abandonner à cause des guerres qui désolaient le pays et les avaient privées de ressources. Il fut uni, en 1447, à la collégiale de Sarrebourg puis donné vers 1483, à la demande des chanoines eux.mêmes, aux religieux de Saint-Augustin. Il devint enfin, en 1550, du consentement des comtes de Linange, un prieuré séculier, dont le dernier titulaire Nicolas Périni, jugeant son union à l’abbaye de Haute-Seille avantageuse, la demanda au pape avec l’assentiment de l’évêque de Metz, et en ayant obtenu les bulles en 1579, il prit lui-même l’habit à Haute-Seille, dont il fut élu abbé après la mort de Jean Périni, son frère.

Cette union, toutefois, ne se fit pas sans opposition de la part des comtes de Linange qui soutenaient qu’elle devait être annulée, parce qu’elle avait eu lieu sans leur consentement.

Après de longs débats, le pape ayant décidé que le consentement des fondateurs n’était point nécessaire, il y eut, en 1605, une transaction par laquelle les comtes reconnurent l’union du prieuré et la juridiction que l’abbaye de Haute-Seille y prétendait. L’abbé prenait la qualité de seigneur haut justicier à Hesse et avait obtenu de l’évêque de Metz le droit d’y avoir un signe patibulaire).

A charge par celle-ci de leur payer 100 écus d’or à chaque mutation d’abbé et de les recevoir, eux ou leurs officiers, quand il leur plairait d’aller à Hesse. Cela se nommait le droit d’hébergement. Les bons moines ne semblent pas avoir toujours donné satisfaction aux comtes de Linange sur cet article, car il y eut, en 1739, un procès à ce sujet, et une sentence du bailliage de Vic condamna l’abbaye à héberger indistinctement les comtes ou leurs officiers, chaque fois que l’occasion s’en présenterait.

L’instruction des procédures criminelles devaient se faire par les officiers de Hesse et l’exécution des criminels par ceux des comtes qui auraient le tiers dans les confiscations.

L’abbaye possédait à Blâmont et à Sarrebourg, des hôtels où elle mettait en sûreté ses titres et ses ornements les plus précieux pendant les temps de guerres ou de troubles. Le duc de Lorraine Charles IV lui accorda, en 1628, pour ces maisons, l’exemption du logement des soldats.

A cette époque déjà, les mouvements de troupes étaient plus fréquents et partout l’on se préparait à la guerre. Elle éclata bientôt, en effet, cette guerre sauvage qui ravagea notre pays et réduisit en quelques années, ses malheureux habitants à la plus affreuse misère.

Haute-Seille ne devait pas échapper à la ruine générale : ses champs furent dévastés, ses récoltes et ses bestiaux enlevés, et ses bâtiments, après avoir été mis au pillage, devinrent en partie la proie des flammes et nécessitèrent dans la suite de coûteuses reconstructions. Il en fut de même de la plupart des métairies qu’elle possédait et l’on sait que celle de Récour fut réduite en cendres, vers la Toussaint de 1635, par une armée qui y passait. Cette année, les religieux furent obligés de contracter un emprunt « pour réparer les ruines et incendies de leurs maisons et métairies, ce qui les a forcés de se retirer dans les villes voisines ».

L’année suivante, ils durent engager à Charles Massu, prévôt de Blâmont, les dimes de ce lieu et leur droit de rapportage (sorte de rente en nature) à Barbezieux, Barbas, Fremonville et Gogney, pour la somme de 1 900 francs. Un grand nombre de biens furent ainsi mis en gage à cette époque, dont beaucoup ne purent être rachetés et demeurèrent à jamais perdus.

En 1648, la situation de Haute-Seille était si précaire, que l’on voit l’abbé Dom Louis Fériet, afin d’arriver à dégager les biens que son monastère possédait à Rosheim, ayant épuisé toutes ses ressources, forcé de mettre sa crosse en gage pour 800 francs, et même de vendre à un marchand de Strasbourg toutes les cloches « que l’on disoit estre de Hesse et pesoient environ six milliers ». Plus tard, il fallut vendre la maison de Blâmont, pour parvenir à retirer les dimes de ce lieu et emprunter aux chartreux de Molsheim, pour « réparer l’église de Hesse, qui avoit été renversée et rétablir les bâtiments et les usines de ce prieuré, qui étaient entièrement abandonnés ».

Enfin l’abbaye se vit condamner, par une sentence du bailliage de Lunéville, après un long procès avec le chapitre de Blâmont, à reconstruire en partie l’église de cette ville, qui avait été brûlée pendant la guerre et à lui fournir un calice et les ornements nécessaires au culte.

Lorsque Dom Jacques Moreau de Vlautour fut nommé abbé en 1692, il fit faire, du monastère et de ses dépendances, un état qui montre dans quelle situation précaire Haute-Seille se trouvait encore. La communauté ne se composait que du prieur et de cinq religieux, dont le cellérier, le dépensier et le sacristain, de trois frères et de l’organiste. Il y avait en outre, trois religieux desservant les cures de Bertrambois, Hesse et Languimberg.

Les dettes se montaient à 40 952 frs barrois, le moulin était abandonné, les élangs ne rapportaient rien à cause du manque d’entretien des chaussées : « La pluspart des batiments estaient négligés depuis un très lontemps, il manquoit des vitres presque partout, il n’y avoit aucune cerrure dans aucune porte de l’abbaye, une grande partie des portes se trouvoient rompues, il manquoit des barreaux à toutes les fenestres du dortoir, grand grenier, etc. Le grand bâtiment de la grande cuisine menaçoit de ruine, il faloit retenir généralement toutes les houvertures, recurer touts les anciens conduits qui traversent l’abbaye et les murer à neuf, refaire plusieurs ruines dans la cloture et remettre la thuillerie sur pied qui estoit abandonnée ».

A Hesse, l’état de délabrement était le même : « la moitié de l’églize qui estoit abbatüe et ruinée de plus de la moitié, tant la voute qu’autres édifices, que le reste de la toiture tant de l’églize que de la tour, aussi bien que du reste de la nef et des collatéraux menaçoient ruine et une partie de la tour abbatüe les greniers et, écuries ont besoin d’estre rebatis tout à neuf, plusieurs gros batiments entièremeut ruinéz et tout, ce qui reste sur pied a besoin d’estre promptement rétablis ».

Dom Moreau prit solennellement possession de l’abbaye le 7 février 1693. On voit, par le procès-verbal qui en fut dressé, quelles étaient les formalités suivies à Haute-Seille en pareille circonstance.

M. Marchal, curé de Harbouey, notaire apostolique, l’investit d’abord du spirituel, « luy mettans en mains, dit-il, les clefs de l’église et luy faisans ouvrir, le faisans seoir dans le siège abbatialle ou tous les seigneurs religieux luy ont baisé la main le genouil en terre, le reconnaissans par cette soubmission leur abbé. Luy ay fait toucher le calice le livre des saints Evangiles, ouvrir le tabernacle ou re- pose le saint Sacrement, le tout au son des cloches, sans contredit de personne ».

Puis M. Boileau, juge des terres et seigneuries de Haute-Seille, le mit en possession du temporel, en exécution d’un arrêt du Parlemeut de Metz, « en conséquence de quoy, après avoir fait assembler les révérends prieur et religieux et touts les habitans dudit Hauteseille et leur fait lecture desdits brévet et arrest, nous nous sommes transportés dans l’appartement abbatial où nous avons mis ès mains dudit seigneur abbé Moreau, les clefs de la principale porte dudit appartement qu’il a ouvert et fermé. Ensuitte estans entrés dans la chambre abbatiale nous luy avons pareillement fait faire feu et fumée, et après, nous estans encor transportés dans la cour de ladite abbaye, nous luy avons mis en mains une pierre et une motte de terre, pour représentation générale et entière de la prise de possession qu’a fait ledit seigneur abbé ».

Grâce au règne réparateur du duc Léopold et à la paix que ce prince sut maintenir en Lorraine, grâce aussi à l’administration habile et économe de l’abbé Moreau, qui augmenta beaucoup les revenus du monastère et éteignit une partie de ses dettes, Haute-Seille se releva peu à peu de ses ruines. En 1707 et 1708, on rétablit les cloîtres, les stalles de l’église, etc. En 1711, des marchés furent passés avec Jean Vallier, de Nancy, sculpteur, pour « faire la sculpture qui devoit être autour du sanctuaire » et avec Antoine Malbert architecte « pour faire le bâtiment de trois faces à l’abbaye ».

Dom Moreau eut, en 1706, l’honneur de donner pendant quelques jours l’hospitalité au prince Camille et à l’abbé de Lorraine, son frère. Ce fait se trouve consigné dans les Mémoires de M. Moreau de Brazey, neveu de l’abbé de Haute-Seille.

Le calme où vivaient alors les religieux fut encore troublé par le prince de Salm. Mais, cette fois, c’était la faute de l’abbé. Celui-ci ayant cru pouvoir se qualifier, en 1725, de seigneur haut, moyen et bas justicier à Haute-Seille, le prince s’opposa aussitôt à cette prétention. Et un arrêt des commissaires députés pour examiner les droits de chaque partie, fit défense à l’abbé de prendre cette qualité. En conséquence, les plaids annaux de 1730 furent tenus par les officiers de la principauté et du comté de Salm dans la basse-cour même du monastère. L’abbé protesta, mais il est certain que ce fut en vain puisque l’état des biens de l’abbaye, dressé en 1747, dit que « la haute, moyenne et basse justice dans le lieu et ban de Hauteseille appartient pour moitié aux domaines en commun tant du comté que de la principauté de Salm, et y est exercé par les officiers en commun desdites principauté et comté, et l’abbaye n’y aucune part ».

A la même époque, les religieux perdirent encore un long procès contre ces mêmes officiers, au sujet de la seigneurie du village de Tanconville, qui commençait à s’élever dans un lieu désert et inculte de temps immémorial, qu’ils soutenaient appartenir à leur communauté avec tous les droits seigneuriaux, en vertu d’anciennes donations. On ne leur reconnut que la propriété de certaines terres, bois et étangs avec la seigneurie foncière, et le reste fut attribué aux comté et principauté de Salm.

Dom Henry Lecler, successeur de Dom Moreau, étant mort le 13 février 1747, Stanislas, en vertu de l’indult général qu’il avait obtenu du pape en 1740 pour les bénéfices situés en Lorraine, nomma abbé commendataire de Haute-Seille, par brevet du 6 mars suivant,

M. Nicolas-Joseph Alliot, simple clerc tonsuré, dont le seul titre à cette faveur était d’avoir pour père un des intendants du prince.

Le prieur et les religieux s’émurent de la nouvelle de cet acte imprévu et sans exemple dans les annales du monastère et, s’étant assemblés capitulairement, ils adressèrent au roi de Pologne un placet dans lequel ils demandaient qu’il leur fût permis d’élire un abbé régulier. « C’est un fait de notoriété publique, disaient-ils, que le droit d’élection étoit acquis et assuré à l’abbaye de Hauteseille tant par sa position dans la terre de Salm que par le Concordat Germanique auquel elle a toujours été soumise et par l’article trois du traité de Vienne de 1736 ; des titres aussi authentiques paraissoient devoir la mettre à couvert de la commande ».

Ils démontraient ensuite que la possession de l’abbaye par le comte Antoine de Salm qui l’avait eue en commende en 1557 ne pouvait servir de précédent, puisque le comte s’était emparé de ces biens, sans avoir jamais reçu aucune nomination. Mais le chancelier La Galaizière leur répondit par une défense expresse de procéder à cette élection et l’ordre d’avoir à mettre le nouvel abbé en possession de son bénéfice.

Sur ces entrefaites, le prince de Salm, jugeant ses intérêts lésés, parce que sa principauté était une terre de l’Empire, prit fait et cause pour les récalcitrants et écrivit au Pape pour le supplier de rejeter la nomination de M. Alliot et de confirmer les religieux dans la liberté de choisir leur abbé. C’est alors que ceux-ci forts de leur droit, élirent régulièrement Dom F. d’Estrepy qui, malgré les menaces et les persécutions dont il fut l’objet, déploya la plus grande activité pour faire confirmer son élection, que l’abbé de Morimont avait déjà ratifiée.

Il s’adressa d’abord au Pape qui, loin de lui être favorable, ratifia ce qui avait été fait, et donna, en 1749, à Stanislas et aux roix de France, ses successeurs en Lorraine, un bref de nomination de l’abbé de Haute-Seille. Il eut aussi recours à l’Empereur, dont il ne put rien obtenir, et enfin, décrété de prise de corps, il dut se retirer au-delà du Rhin pour mettre sa personne en sûreté.

Les procès engagés en cour de Rome entre les religieux et M. Alliot, tant à cause de la nomination de celui-ci que de la séparation des menses abbatiale et conventuelle, durèrent jusqu’au 14 janvier 1754, où ils prirent fin par une transaction, en vertu de laquelle les religieux prirent à bail de l’abbé pour toute la durée de sa vie, la mense abbatiale, et restèrent chargés de toutes dettes, réparations, procès et impositions prévues et imprévues. Ce qui fut confirmé par l’abbé de Citeaux.

A partir de cette époque, les abbés ne résidèrent plus à Haute-Seille, dont l’administration resta toute entière entre les mains du prieur. Dom de Marien, qui était alors revêtu de cette dignité, était un homme d’une haute valeur. Sous son intelligente direction, les travaux de réfection et d’embellissement, que les procès avaient forcé de laisser si longtemps interrompus, furent repris et poussés avec la plus grande activité, malgré des ressources fort restreintes.

Le procès-verbal d’une visite faite en 1759 par ordre de l’abbé de Citeaux, constate le bon ordre qui régnait alors dans le monastère : « Le bâtiment abbatial est beau et fort spatieux ainsy que les jardins et les basses cours, en sorte que tout ce qui regarde le temporel de l’abbaye à la charge entière des religieux, mérite de vrays applaudissements et fait honneur à Dom prieur ; le spirituel n’est pas moins bien conduit, la paix règne dans la maison, l’office s’y fait régulièrement et décemment ».

Jusqu’en 1789, l’abbaye semble avoir joui d’une paix profonde, troublée seulement par quelques procès sans importance. Ce fut certainement l’époque la plus heureuse de son existence, car on a vu quel avait été jusque-là le sort de ces religieux qu’on a tant accusés de passer leur vie dans l’abondance et l’oisiveté.

Bientôt éclatèrent les premiers troubles avant-coureurs des violences qui allaient être commises. On sait que les maisons religieuses furent les premières victimes de la rage des révolutionnaires.

Le 1eraoût 1789, en effet, les habitants des villages voisins, vinrent en grand nombre assaillir Haute-Seille dont ils enfoncèrent les portes, pillèrent les archives et dévastèrent les caves et les appartements. Un détachement de carabiniers, envoyé de Lunéville, dès qu’on y apprit de la bouche du prieur lui-même ce qui venait de se passer, arriva le lendemain dans la soirée et suffit à rétablir l’ordre. Les auteurs de ces actes de sauvagerie furent châtiés, mais les dégâts causés dans les archives étaient irréparables.

Une enquête fut faite quelques jours après par M. Laplante, conseiller du roi, délégué à cet effet, à la requête des religieux qui voulaient « faire constater par un acte juridique cette invasion et l’enlèvement des papiers qui en avoit été la suite ». Le commissaire put se rendre compte par lui-même que la porte de la pièce voûtée où se trouvaient les archives était entièrement hachée et brisée, que plusieurs armoires contenant les titres de propriété avaient été vidées ou bouleversées, et qu’enfin des vols et des dégâts avaient été commis dans toutes les parties du monastère.

Les religieux ne devaient pas jouir d’une longue tranquillité. Peu après, ils durent abandonner leur monastère décrété Propriété nationale. Dès le mois d’avril 1791, commença la vente de leurs biens, notamment de la maison qu’ils possédaient à Blâmont, puis ce fut le tour de l’abbaye comme l’apprend la pièce suivante :

« Ce jour 22 Décembre 1791, en la salle des séances du Directoire du District de Blâmont.

Première enchère et publication sur la mise de la somme de 5 300 livres, d’un corps de bien situé à Hauteseille, possédé ci-devant par les Bernardins dudit lieu, consistant en un bâtiment qu’occupoient les Religieux, une Eglise, le quartier abbatial, un hallier, une serre, treize jours huit ommées de jardin, les cours et le canal… ledit bien actuellement confié aux soins d’un gardien laïc ».

Mais la mise à prix, si dérisoire qu’elle fût, n’ayant tenté aucun amateur, le Directoire de Blâmont, après avoir entendu le procureur-syndic, remit l’adjudication à une autre époque ce qui fut approuvé par le Directoire de Nancy le 28 janvier suivant.

Nous n’avons pu, malgré toutes nos recherches, découvrir l’acte de vente de Haute-Seille qui devait contenir sa description complète. Il est probable que l’abbaye fut louée pendant plusieurs années avant de trouver un acquéreur qui la morcela et la réduisit à l’état où on la voit aujourd’hui.

Les ruines du portail offrent cependant encore assez d’intérêt aux archéologues, pour faire désirer qu’elles soient mises à l’abri de la destruction et débarrassées des plantes et des arbustes qui les recouvrent et qui, s’ils ajoutent au pittoresque de l’ensemble, n’en sont pas moins la cause de fréquentes dégradations.

Les ruines du château « Qui qu’en grogne » à Moyen (54)

Blason de Moyen (54)Château de MoyenChâteau de MoyenChâteau de Moyen

 

Ruines sauvegardées et restaurées depuis 1983 par l’association « Qui qu’en grogne« , elles sont inscrites au titre des monuments historiques depuis 1992. Une fête médiévale est d’ailleurs maintenant organisée à Moyen tous les ans.

Je vous propose de découvrir l’historique de ce château.

D’après un article paru dans la revue « Mémoires de l’académie de Stanislas » – Année 1859

Les ruines du château de Moyen se voient encore aujourd’hui sur une élévation qui domine le village de ce nom, traversé par la route départementale de Lunéville à Rambervillers.

Le village de Moyen était autrefois une des nombreuses possessions de l’évêché de Metz enclavées dans les états des ducs de Lorraine.

Le château fut commencé vers 1444 par Conrad Bayer de Boppart, évêque de Metz, qui contraignit les bourgeois d’Epinal, dont il était seigneur, à y faire des corvées. Les seigneurs des environs en murmurèrent. L’évêque ne s’en mit pas en peine et nomma ce château « Qui qu’en grogne », pour marquer le mépris qu’il faisait de leurs discours.

Le château de Moyen était carré, avec une grande enceinte fortifiée de cinq tours, placées aux côtés du nord et de l’orient. Le corps du château était environné de fossés et de murs bien solides.

En 1634, ce château, occupé par les troupes de Charles IV, fut assiégé par le maréchal de la Force, dans le but d’attirer le duc en campagne. Le château se rendit, faute d’eau, au bout de six jours. La garnison en sortit avec armes et bagages.

Les soldats lorrains, mal payés et mal disciplinés, continuaient cependant à désoler le pays sans distinction d’amis ou d’ennemis. Ils attaquèrent et reprirent ce château en 1636, et se servirent de ce lieu, comme d’une forteresse, pour exercer plus hardiment leurs ravages dans la province.

En 1639, du Hallier, gouverneur de Nancy, pour réprimer ces désordres, alla assiéger le château de Moyen. Thouvenin, capitaine du régiment lorrain de Saint-Baslemont, y était enfermé avec cent hommes. Le siège fut commencé le 1er août 1639, et le château ne fut pris que le 15 septembre de la même année. On y tira plus de 4000 coups de canon.

Quelque temps après, cette forteresse fut démolie, ainsi que la plupart des châteaux de la Lorraine.

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