Le château de Lunéville (fin)

Blason de LunévilleLe Trèfle du château de LunévilleLe Rocher du château de LunévilleLa cascade et le pavillon des jardins du château de LunévilleLe canal et les Chartreuses du château de Lunéville

Terminons, si vous le désirez, notre promenade dans les jardins du château de Lunéville, au bord du canal.

D’après un article de « La Revue Lorraine Illustrée » – Année 1907

Bientôt, le roi de Pologne possédera à proximité de son château, de plus riches pavillons. Il restera fidèle à son caprice du début. Depuis Louis XV jusqu’aux filles de France, il n’est pas un hôte illustre à qui Stanislas n’ait fait les honneurs de sa maison turque. A la table du Kiosque s’assiéront, le 22 août 1761, Mesdames Adélaïde et Victoire. Dans le Kiosque, le grand-père se dispose, l’année suivante, à divertir de nouveau les princesses. Mais le 11 juillet, dans la nuit même qui précède cette réjouissance, la baguette d’un feu d’artifice incendie la trop inflammable charpente. Pour consoler le roi, Richard Mique, successeur de Héré, fit diligence. Deux mois après, un portique ionique remplaçait l’ancienne colonnade.

Entre le bras régularisé de la Vezouse, marquant en contre-bas la limite septentrionale des Bosquets, et le lit principal de cette rivière, en amont de la rue Saint-André, derrière les dépendances de l’hôtel des Pages ou de l’hôtel de Lunati-Visconti par exemple, s’étendaient, l’arrivée de Stanislas, des jardins et des vergers continués au levant par des prairies humides, remplies de joncs et de roseaux. Plus de huit hectares de ces terrains furent achetés en 1738 et 1739 à leurs propriétaires.

On en assécha les portions marécageuses, on en exhaussa le niveau. Ils constituèrent de seconds Petits Bosquets, déjà couverts pour la fin de l’année 1740 de menus bâtiments de plaisance. Ce nom de Petits Bosquets leur sera conservé même après leur désaffectation et leur morcellement. Toutefois, sous Stanislas, pour les distinguer des parterres du Kiosque et de la Comédie champêtre, on les appelait de préférence Nouveaux Bosquets ou Bas Bosquets.

Plus à l’est encore, et toujours dominés par le plateau du parc, de méchants herbages, semés de cailloux, succédaient, sur environ quatre autres hectares, à ce sol spongieux si vite transformé. Ils appartenaient au domaine. On en avait autrefois extrait du gravier pour les travaux de terrassement, et ces enlèvements y avaient produit une mare croupissante. Ce lieu fut le champ d’expérience où Emmanuel Héré, investi simultanément des fonctions d’architecte et de directeur des jardins, s’essaya à un art rendu difficile par des Hours et Gervais.

Le mur à parapet du fond des Bosquets fut prolongé jusqu’à la Vezouse. Une étendue ingrate se couvrit de luxuriants tapis. La flaque devint parterre d’eau.

Pour témoigner sa satisfaction, Stanislas accordait, le 27 février 1740, la jouissance de ce canton à Héré, moyennant une reconnaissance annuelle de six gros par arpent. Le censitaire y éleva alors pour son usage, en regard des Petits Bosquets, deux coquets pavillons. Le duc Ossolinski fut subrogé en 1750 à Héré dans le bénéfice de cette concession, que Richard Mique obtint également en 1760. Sans se confondre de fait avec les Bosquets, cet endroit minutieusement entretenu, clos sur trois côtés d’une charmille que circonscrivaient de larges allées, paraissait, à qui le contournait, n’être qu’un cabinet de verdure plus spacieux que les autres. Il laissait l’illusion de la complète unité du parc.

Cependant, le canal qui embrassait au levant et au midi les Nouveaux Bosquets de son coude, avait été une dernière fois rectifié. L’eau de la Vezouse, barrée par une vanne, y était amenée à l’aide d’une roue à feu.

D’abord perpendiculaire à la rivière, dont le séparait un pont de charpente, ce canal « le Grand Canal » tournait bientôt à angle droit, longeait les talus du parc et venait s’épanouir, au pied de la terrasse, en forme de croix ponctuée d’un jet d’eau. En aval d’un autre pont de bois à tablier cintré dans son plan, le pont Blanc ou pont des Cuisines, l’excès du débit s’échappait pour aller rejoindre, sous l’aile droite du château et à travers la ville, la Vezouse mère. Le Grand Canal avait une profondeur uniforme de six pieds. Son lit était habillé de maçonnerie, ses bords enjolivés de balustres de chêne peints en blanc.

Comme une étroite dérivation transversale les séparait à dessein du reste de l’île Saint-André, les Bas Bosquets étaient censés constituer une ile distincte. Cette île avait des quais plantés de tilleuls. Une autre pièce d’eau, dite la pièce Paquotte en souvenir de l’un des vendeurs du fonds, y étalait au nord sa nappe oblongue. Au bras gauche de la croix du Canal, écrasé sous une ample couverture, squameuse et gaufrée, d’où émergeait une façon de belvédère terminé en chapeau chinois, se remarquait le Trèfle.

Un vestibule sinueux, trois chambres à niche et à entresol, correspondant à trois lobes, au cœur une chambre ronde : le salon de marbre, composaient le logement de cet édicule étrange, qui avait la prétention de rappeler la feuille dont il portait le nom.

Flanqué de deux dépendances en bardeaux, réchauffoir et loge du suisse, avec ses quinconces et ses boqueteaux, le Trèfle apparaissait comme le manoir de la cité en miniature alignée au bord du Canal.

Cette agglomération comptait plusieurs maisonnettes, briquetées et à toit d’ardoises, toutes du même type, juste suffisantes pour grouper une salle à manger, trois cabinets et une cuisine. Des pavillons de service les accompagnaient. Elles étaient construites dans des jardins à la fois potagers et d’agrément, d’une contenance de deux à quatre arpents, séparés les uns des autres par des barrières treillisées et peinturlurées.

Le roi de Pologne destinait ces cottages à amuser ses préférés en l’amusant lui-même. Les locataires que désignait Stanislas, avaient le devoir d’y résider durant la belle saison. Le prince leur faisait l’honneur de diner ou de souper chez chacun d’eux une fois par mois, d’y goûter les légumes qu’ils avaient cultivés et les fruits qu’ils avaient cueillis. Pour tenir ses hôtes en haleine, le convive ne s’annonçait que trois heures à l’avance.

Le nombre des Chartreuses varia. Primitivement de huit, il fut de douze en 1753 et retomba plus tard à sept. Leszczynski, en effet, suivant qu’il voulait multiplier ses faveurs ou les rendre plus désirables, remaniait la topographie de ce royaume de Lilliput, agrandissait ou diminuait les parcelles, abattait et réédifiait. Longtemps, M. de la Galaizière profita d’un ermitage plus vaste que les voisins. Un double lot fut employé à la retraite dont le souverain gratifia Mme de Boufflers. A l’angle saillant du Canal, surplombait une rotonde à deux ailes, soutenue par des consoles de fer. C’était le Salon de la Pêche ou la Pêcherie, qui servait aussi de débarcadère.

Le Trèfle fut sans interruption affecté aux loisirs des grands maîtres de la maison de Stanislas : le duc Ossolinski, à sa mort, le prince de Beauvau. La population des autres pavillons changea plus souvent. A la recenser, un observateur un peu perspicace eût vite deviné quelle influence prédominait à la cour.

Jamais, en tout cas, les insulaires des Petits Bosquets ne furent gens plus aimables et plus spirituels que dans les dernières années du Duc-roi, alors qu’ils s’appelaient : Alliot, marquis de Mennessaire, Stanislas de Boufflers et, au départ du jeune abbé pour Saint-Sulpice, cardinal de Choiseul, comte de Choiseul-La Baume, marquise de Boufflers, comte de Lucé, maréchal de Berchény ; qu’ils avaient baptisé leur séjour l’Ile-Belle ; adopté, l’instar des bergers des Arcades, des noms de convention que, logeant dans des chartreuses, ils s’intitulaient plaisamment Chartreux. Étranger de droit à cette très profane communauté, Devaux, par la protection de l’unique femme admise, en avait été proclamé prieur, et, en cette qualité, le lecteur de Stanislas adressait aux membres de son couvent de souriantes homélies.

A ce moment, les Bas Bosquets offrirent le spectacle d’un Petit Trianon anticipé. Avant qu’à Versailles, pour plaire à Marie-Antoinette, des dames en panier ne tinssent dans leurs mains blanches la houlette enrubannée ou le battoir d’ébène, à Lunéville, afin de divertir Stanislas, de pimpants seigneurs, un prince de l’Église, un valeureux soldat, une indolente marquise maniaient la bêche et le rateau, guidaient des espaliers et arrosaient des salades.

Depuis la terrasse, du château, depuis le quinconce à l’italienne surtout qui, à l’opposite du perron réservé, avançait ses couloirs en berceaux, on jouissait d’un agréable coup d’œil sur l’Ile et le Canal. Des Bas Bosquets, l’accident de terrain était d’un effet moins heureux. Le Rocher en 1742, la Cascade l’année suivante, corrigèrent l’impression d’enfoncement que causait la nudité des murs de soutènement et le profil invariable des talus.

Accolé à l’escarpement des anciens remparts, destiné aussi à masquer à l’ouest les cuisines établies sur la berge, le Rocher, d’une longueur de 250 mètres, se développait en cinq pans qui emboîtaient pour ainsi dire, vis-à-vis du Trèfle, le côté droit de la croix d’eau. Le milieu et les ailes présentaient une superposition de blocs de grès vosgien, où des sentiers, des ruisselets, des buissons tentaient de reproduire un site montagneux. Moulins, ateliers et cabanes, en maçonnerie, en briques, en planches, s’éparpillaient dans ce chaos. Des automates de bois, mus par l’eau distribuée dans des conduits de plomb, s’y agitaient à l’envi.

Héré nous a transmis l’énumération de ces figures, personnages et animaux. Il les a décrites avec complaisance, depuis l’ermite, agenouillé dans une grotte, jusqu’au singe, accroupi sur l’appui d’une fenêtre et qu’un garçon taquine en lui refusant une pomme présentée au bout d’un bâton. « Ravi dans la contemplation, l’ermite lève de temps en temps la tête, et d’une main il se frappe la poitrine pour marquer la contrition de son cœur ». Le singe tâche d’attraper le fruit « il se jette dessus, se relève et montre les dents ».

« C’est un véritable rocher que l’on a formé avec beaucoup de soins et de dépenses », explique un autre contemporain, « et où l’on a ajusté plusieurs figures peintes qui représentent un village, maisons de paysans, femmes fileuses, coqs et poules, chèvres, moutons, chevrettes, cabaret et ivrogne, scieurs de bois, chat et rat, pigeons. Les coqs chantent, les moutons paissent ; le fumeur fume, et l’on voit sortir la fumée de sa bouche ; les chèvres se battent, le chat veut prendre le rat ; l’ivrogne boit, et sa femme, d’en haut, lui jette de l’eau ; le charretier veut faire marcher sa charrette dans une espèce de montagne ; les scieurs de long travaillent ; la femme file, une autre est à une escarpolette ».

Ces automates étaient si bien machinés qu’ils avaient l’apparence de la vie. Plus d’un voyageur, encore qu’averti, fit malaisément la part de la fiction et de la réalité. Deux sentinelles placées après 1752 devant le Rocher, ce qui porta à quatre-vingt-huit le nombre total des pièces, provoquaient en particulier de fréquentes méprises. A les voir aller et venir près de leur guérite, on s’imaginait des vigilants gardiens préposés à la conservation du hameau artificiel.

Hommes et femmes étaient d’excellents portraits. L’artiste chargé des visages avait choisi ses modèles dans la bourgeoisie de Lunéville. Et sur un tour de robinet, ces marionnettes ne se contentaient pas d’entrer en branle. Le Rocher résonnait de voix diverses, de cris de bêtes, du bruit des outils, de la mélodie des instruments.

Sur l’aile gauche, une perspective montrait, dans un décor d’architecture, la reine de Pologne venue parmi des dames et des seigneurs s’accouder à un balcon. Dans les deux retours encadrant ce triptyque animé, s’ouvraient des arches de grès rose d’où pendaient des stalactites tirées des cavernes de Franche-Comté. Certaines de ces concrétions calcaires, qu’admira le minéralogiste Guettard, eussent fait l’orgueil d’un cabinet d’histoire naturelle. Grâce à un audacieux pinceau, ces voûtes agrestes semblaient ménager des échappées sur de profonds lointains, de clairs paysages, des rives ensoleillées. Girardet y brossa plus tard, sous le quinconce, trois épisodes de la Fable. La partie mécanique du Rocher était l’œuvre de François Richard et de ses fils.

Pour l’horloger de Stanislas, cet agencement n’avait été qu’un jeu. Richard avait construit en 1727, à l’intention de Léopold, la plus curieuse des pendules, et le tableau mouvant à quinze plans et près de trois cents figures, où brillaient des éclairs, roulait le tonnerre et grondait le canon, combiné en 1733 et exhibé dans plusieurs cours de l’Europe, lui avait assurément coûté une bien autre peine.

On estimera aujourd’hui qu’en vue d’un si puéril résultat, c’était trop prodiguer encore et de science et d’adresse, que d’ailleurs cette scène de fantoches était presque une injure à L’ordonnance du château et la majesté du parc. Personne alors n’eût ainsi jugé, et de tant d’objets d’art renfermés dans les appartements, disséminés dans les Bosquets, aucun, il faut l’avouer, ne retint au même point l’attention que ces agaçantes poupées gesticulant sans but et sans fin.

Les hôtes de tout rang, les visiteurs les plus blasés ne se lassent pas de les contempler. Rentrés chez eux, plusieurs confieront au papier leur étonnement ravi. « C’est un travail prodigieux et une idée fort ingénieuse », déclare le duc de Luynes.

Et voici en quels termes un rédacteur du Journal de Trévoux, après avoir feuilleté le Recueil de Héré ou, détail topique, la plus vaste planche et les seules lignes de texte concernent le Rocher, surenchérit d’enthousiasme : « Ce morceau est une des choses les plus singulières que l’art ait jamais entreprises et exécutées. Si les anciens admirèrent les machines de Ctésibius d’Alexandrie, dont tout le pouvoir se bornait à faire rendre quelques sons au bois et l’airain par le moyen de l’eau et de l’air, qu’eussent-ils pensé de tout ce Rocher où quatre-vingt-six figures de grandeur naturelle font divers mouvements, trompent l’oreille et les yeux, et ornent infiniment les jardins et le palais de Lunéville ? Ce lieu était brut auparavant, c’est aujourd’hui la merveille de Lunéville. Comme au temps d’Orphée, les êtres les plus insensibles paraissent s’animer et suivre l’impulsion d’une touche puissante ».

Tel s’affirmait le goût du jour, que, non seulement pour Stanislas, mais pour quiconque s’était arrêté une heure dans cette résidence, Lunéville, sans son grand hochet, n’eût plus été Lunéville.

Le bâtiment de la Cascade, qui couronnait à la tête du Canal les talus désormais gravis par des rampes de pierre et descendus par des escaliers d’eau soulevés de bouillons et de girandes, constituait un trompe-l’œil d’un autre genre. De loin, on eût dit d’un palais solide autant qu’élégant. Une charpente plâtrée, d’habiles grisailles faisaient les frais de cette architecture. Simulés étaient les fûts et les chapiteaux doriques qui séparaient les baies du rez-de-chaussée ; simulés étaient les triglyphes et la corniche de l’entablement, les fenêtres et les consoles alternant sur l’attique, les trophées et les effigies des acrotères.

Cette mince construction renfermait toutefois un salon luxueux, de forme rectangulaire, où l’on pénétrait latéralement et en arrière par un vestibule bordé d’une colonnade véritable. La décoration de cette pièce était charmante. Une palette délicate en avait historié le plafond où Phœbus s’avançait radieux, dissipant autour de son quadrige les Vents et les Nuées. La table à manger était ronde. Un surtout de faïence à quatre colonnettes, terminé par un panier fleuri, s’y compliquait, comme celui du Kiosque, d’un bouquet liquide. Les portes-fenêtres de la façade principale donnaient accès sur une galerie, où des enfants nus domptaient des dragons vomissants.

De la balustrade, on embrassait à ses pieds, en un gracieux évasement, la fuite régulière des marches, la chute successive des nappes, le bondissement multiple des gerbes, l’assaut immobilisé des statues. Ces statues toutes bronzées, de même que les fontaines et la galerie, ajoutaient leur chaude mordorure à l’argent froid des ondes.

Plus bas s’apercevait, jusqu’à l’écartèlement de la croix, l’avenue du Canal, sillonnée par les cygnes et fendue par les gondoles. Les courtisans faisaient dans ce salon des parties d’été. Quand le roi y dinait, les musiciens s’installaient dans la Pêcherie. Une machine spéciale, disposée dans une tourelle sur la rive droite de la Vezouse, près de la cage de la roue à feu, alimentait à flots la cascade.

Avec ce pavillon des eaux, avec la rotonde de la Pêche, la série des Chartreuses, le Trèfle et le Rocher, les bords du Grand Canal devinrent un des endroits les plus fréquentés des jardins de Lunéville. Hier encore terminée en fâcheux bourbier d’où s’exhalaient des miasmes, l’Ile maintenant reçoit une société oisive et brillante. Affranchis d’un voisinage malsain, régularisés dans leurs contours, les Bosquets ont acquis en moins de quatre ans leurs nouvelles dimensions.

La Vezouse en constitue au nord la limite naturelle, et le promeneur qui, parti du château par l’allée méridionale, le Kiosque et la Comédie champêtre, gagne l’extrémité du parc, pour suivre à son retour la berge unie de la rivière et franchir, avant de remonter sur la terrasse, la digue du pont Blanc, accomplit, à l’ombre des marronniers et des tilleuls, une course toujours variée, souvent délicieuse, de plus de deux kilomètres et demi.


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Le château de Lunéville (suite)

Le kiosque du château de LunévilleBlason de LunévilleAllée des bosquets du château de LunévilleLe salon du kiosque du château de Lunéville

Continuons notre petite promenade dans le château, au temps de Stanislas.

D’après un article de « La Revue Lorraine Illustrée » – Année 1907

Quand, parvenu de la cour d’honneur sous le péristyle du donjon, on avait gravi les quinze marches de la rampe du vestibule droit, on entrait, au rez-de-chaussée, dans la vaste salle des gardes du corps. Autour des murs, tendus d’iberline, sont rangés vingt-six lits pour deux brigadiers et leurs hommes. On pénétrait de là, dans la salle de la livrée, toute garnie de cuir rouge. Au-dessus du billard, pend un lustre de cuivre à six branches. Des armoires de chêne renferment les capotes des gens de service.

Vient ensuite une magnifique pièce aux corniches ornées d’attributs guerriers. Les chambranles des portes sont rehaussés de trophées et de cartouches armoriés soutenus par des amours et des aigles. Stanislas en a fait sa salle à manger. Trois fenêtres donnent sur la grande terrasse, quatre sur la rue de la Chapelle et la petite place de la Cour (rue et place Stanislas). Serties dans les boiseries, douze toiles dues à Joseph Furon, représentent l’Histoire d’Achille. Au plafond, se balancent des girandoles de cristal.

Un énorme fourneau sert de réchauffoir. Sur la cheminée, entre deux vases dorés, a été placé le buste de Louis XV. Parmi les sièges de moquette ponceau, se différencie, comme partout où s’assied Stanislas, le fauteuil royal. Il est de velours cramoisi, galonné d’or.

Au fond de cette pièce, on accède, soit à gauche dans les appartements particuliers du prince, soit à droite dans la salle dite des suisses, antichambre au logement de la reine et où se donnent parfois les concerts. Furon y peignit, au temps de Léopold, les Vertus cardinales. Des tapisseries aux armes des Leszczynski y développent le thème des Saisons.

Au-dessus du foyer, l’image de Charles XII fait penser à l’entrevue décisive de Heilsberg. N’est-ce pas au conquérant suédois qu’en dernière analyse le château doit de posséder son hôte ?

Avant d’aboutir aux chambres de parade et de retraite de Catherine Opalinska, il faut aussi traverser le grand cabinet d’assemblée, meublé de taffetas vert et qui a vue par ses quatre fenêtres sur le parterre intérieur. Vingt-trois tables à brelan, à tric-trac, à piquet, à quadrille, en marquent la destination : « Le plus beau des appartements, c’est la salle d’assemblée. C’est là où les seigneurs et dames de la cour s’assemblent pour jouer. Tout est ici orné de petits tableaux merveilleux. On en compte plus d’une centaine, sans parler de tous les autres enjolivements ».

Un sofa des Gobelins, le portrait de Marie Leszczynska tenant sur ses bras le Dauphin l’âge de trois ans, attirent le regard. Le vert est la couleur dominante que l’on retrouverait en velours, en damas, relevé de crêpe d’or, dans les appartements de la femme de Stanislas, si ceux-ci n’étaient clos aux banales indiscrétions.

Revenons donc dans la salle à manger, pour gagner, à travers l’antichambre du roi, sa chambre de parade. Les panneaux, divisés par des pilastres d’or, y sont de velours cramoisi à éclatant ramage. Cramoisis et festonnés d’or, l’ample lit à l’impériale, les portières, les rideaux, les sièges. Voici de nouveau le Dauphin, gentil poupon de six mois, et la mélancolique Marie, costumée en vestale.

Voisine, la salle du trône, ou salle du Conseil, est également rouge et or. A l’abri d’un dais à crépine, le fauteuil du roi de Pologne se dresse sur une estrade recouverte d’un tapis de la Savonnerie.

Cinq vases de Saxe à guirlandes décorent la cheminée. Un bureau aux bronzes ciselés supporte une écritoire d’argent. Et une table de bois doré, une pendule d’or moulu. Quatre glaces multiplient les nombreux cadres où s’immobilisent en leurs attitudes diverses le roi et la reine de France, le duc et la duchesse d’Orléans, Louis XIV et Frédéric-Guillaume Ier, les souverains espagnols, le maître de céans lui-même. Un visage étonne : Mme de La Vallière.

Comptons les fenêtres : ce sont les huitième, neuvième et dixième ouvrant sur la terrasse à partir de l’angle du donjon. Nous sommes dans la pièce avant toutes historique, et de façon bien autre que celle où mourra Stanislas. Ici, non seulement se donnent les grandes audiences, mais se plaident des causes importantes. Assisté de son chancelier, le monarque nominal y écoute impuissant les doléances de la Lorraine, tient ses simulacres de lits de justice, gourmande les magistrats, annonce les exils.

Ici, pendant près de vingt-neuf années, les conseillers d’État et des finances prêteront une forme opportune aux articles élaborés à Versailles, signeront les arrêts qui bientôt ne doivent plus laisser entre l’administration de la Province et l’administration du royaume que de péjoratives exceptions.

Comme un frappant symbole, ce salon où commandent, invisibles et présents, Louis XV et ses ministres, communique à la pièce où repose et s’endort Stanislas.

La tapisserie de la chambre à coucher du prince est de velours blanc à bandes vertes et galons d’argent. Le lit, drapé d’une étoffe identique, montre sous ses bonnes grâces un haut dossier tout brodé d’argent. La garniture de la cheminée se compose de six porcelaines de Hollande. Entre les deux fenêtres, une commode en palissandre marqueté est surmontée d’un second buste de Louis XV en faïence. Des encoignures de palissandre tiennent lieu de bibliothèques.

Aux murs se groupe et se penche la famille de Stanislas : ses aïeux maternels, son père Raphaël et sa mère Anne Jablonowska ; sa femme, sa fille et son gendre ; quatre de ses petits-enfants le Dauphin, Mesdames Elisabeth, Adélaïde et Victoire ; le duc et la duchesse Ossolinski, la princesse de Talmont, ses cousins.

Ce sont aussi les hommes qui causèrent à Stanislas la plus, ineffaçable impression : dans l’intervalle des croisées, Charles XII ; au-dessus de la glace de la cheminée, Frédéric de Prusse, prince royal, tel qu’il fut en 1735 à Kœnigsberg. Deux amours s’ébattent sous le verre d’un pastel.

Mais une part est faite aux sujets moins profanes. La Vierge-Mère, une Assomption, les Disciples d’Emmaüs, les patrons du couple royal, saint Stanislas et sainte Catherine, invitent le monarque au recueillement, sollicitent sa dévotion.

On soulève une portière de Turquie et l’on se trouve dans le grand cabinet de jour, aux parois entièrement sculptées. Cette pièce est également connue des habitués du château sous le nom de Cabinet boisé. L’amusant éclectisme des tableaux en est la note dominante. On y remarquera finalement le Christ et la Vierge, les martyres de saint Pierre et de saint André, à côté du minuscule Polonais Borwslaski porté par un heiduque ; le chien du roi et son singe, à qui le nain Bébé offre une gaufre, y feront pendant aux Révérends Pères Agatange et Cassini.

Sur la façade orientale, le long de la terrasse particulière, entourée de vases et de statues, par laquelle Stanislas descend dans les Bosquets, se succèdent trois autres pièces curieuses. L’une, appelée Cabinet des découpures, est toute lambrissée de vernis Martin et meublée de soie jonquille. Dans les cloisons en laque de Chine de la seconde, boudoir de jolie femme croirait-on, s’enfonce une alcôve et se mirent des coussins de satin blanc. La troisième, aux tapisseries des Gobelins et aux sièges cramoisis, renferme jusqu’à vingt-huit consoles de bois doré, surchargées d’ivoires, de jattes de Saxe, de boites exotiques, de théières. Louis XIII en triomphe et une scène du Purgatoire y sont peints sur porphyre.

Marie Leszczynska en habit d’hiver, le Dauphin et les deux Dauphines, trois de Mesdames de France, don Philippe de Parme, le roi et la reine de Suède, Mle de La Roche-sur-Yon « dans les bains », dix personnages encore, s’y regardent et s’y sourient. Là, prennent fin les appartements de retraite de Stanislas, et, avec la dernière porte-fenêtre ouvrant sur la terrasse réservée, commencent les petits appartements de Catherine Opalinska. Ils se continuent jusqu’à la Comédie, au rez-de-chaussée et à l’étage du bâtiment de plus faible élévation où Léopold et François III avaient établi leur chancellerie. Ils ont simultanément aspect au levant sur les jardins, au couchant sur le parterre intérieur.

Pendant cette promenade, le visiteur a sans doute pénétré dans la chapelle, séparée de la salle de la livrée par un vestibule transversal que dessert, du côté de la ville, un perron spécial. Il n’a pas manqué alors d’observer qu’elle est non seulement « dans son goût de simplicité ce qu’est celle de Versailles dans sa magnificence », mais que Stanislas Leszczynski, pour accentuer le rapport, a fait placer dans sa tribune « un prie-Dieu semblable à celui du roi de France ».

Si, pour terminer, il jette un coup d’œil dans la salle de spectacle, il aperçoit plusieurs des loges élégantes exécutées par le Bolonais Bibbiena pour l’Opéra de Nancy. En mars 1738, elles ont été transportées et réajustées à Lunéville. La louange décernée naguère au théâtre princier de la capitale, s’applique maintenant à celui de la résidence.

Sans retard, le Mercure de France en avait, au reste, averti ses lecteurs « Le roi a fait embellir la salle de la comédie du château. Elle peut passer aujourd’hui pour l’une des plus belles de l’Europe ».

De l’autre côté du parterre intérieur, dans l’aile secondaire parallèle aux petits appartements de Catherine Opalinska, se trouvent au rez-de-chaussée, le logement du commandant des gardes du corps et au-dessus, ceux du grand écuyer de la reine. Par le perron qui y mène depuis la ville, on entre aussi directement, à gauche du vestibule, dans la salle des suisses. Grâce à cette disposition, des audiences et des réceptions distinctes sont possibles, à la même heure, chez le roi et chez la reine, sans que leurs courtisans ou leurs invités se rencontrent.

Sur ce perron, qu’après la mort de la femme de Stanislas, les marquises du Châtelet et de Boufflers empruntèrent si souvent, à l’aube du 10 septembre 1749, Voltaire, pleurant la divine Émilie, viendra s’effondrer, éperdu.

Le grand maitre et le grand maréchal de la cour habitaient au-dessus des salons et des chambres de parade. Les pièces qui, à l’étage, correspondaient au péristyle du donjon, aux salles des gardes et de la livrée, étaient occupées par la duchesse Ossolinska. A leur suite, un appartement avait été aménagé, au nord, pour le grand aumônier. Les deux premiers médecins se partageaient, sur la cour d’honneur, le pavillon bas de l’aile gauche. Du même côté, sur l’avant-cour, demeuraient le premier architecte et, plus près de la grille d’entrée, le grand chambellan.

Dans l’aile droite extérieure, étaient les appartements et les bureaux du chancelier-intendant. Là, s’installèrent aussi en 1745, M. de Lucé, ministre de France, et en 1748, M. de La Galaizière fils. Au bout du même corps de logis, vers la place du Château, demeurait le grand écuyer.

Deux fois, durant le règne, cette aile fut détruite. Le 14 janvier 1744, un incendie s’y déclare à sept heures et demie du soir, qui la consume rapidement. Personne ne périt et les voûtes des écuries ne furent pas enfoncées. Une somme de 7 000 livres tournois, prélevée sur la recette générale de Lorraine, subvint à une reconstruction immédiate.

Mais le jeudi gras 6 février 1755, à trois heures du matin, l’aile s’embrasa au niveau du perron médian. Le spectacle fut terrifiant. Averti par la fumée, le comte de Lucé se sauve à demi-nu. Son valet de chambre saute de très haut, par une fenêtre, sur la berge du canal. Le chancelier parvient à mettre ses papiers en lieu sûr. à chaque extrémité du bâtiment, Mme de La Galaizière et le grand écuyer, M. de Berchény, n’ont que le temps de s’enfuir. Un premier gentilhomme, le marquis de Mennessaire, en est réduit à s’échapper, dévêtu, par une échelle qu’on lui tend. Une chanoinesse, incommodée dans son lit, ne doit la vie qu’à un sergent des Gardes lorraines.

La Vezouse était gelée, l’eau manquait. Tout fut anéanti en trois heures. Pour empêcher que le fléau ne se propageât, il fallut même couper la communication avec la cour d’honneur. « Je ne sais si vous savez ce qui est arrivé à Lunéville », écrivait quelques jours après Marie Leszczynska au président Hénault. « Il y a eu une aile entière de brûlée par la négligence des gens de M. de Lucé. C’est la même qui l’avait été il y a onze ans, et que mon papa a rétablie. Heureusement que l’on l’a laissé dormir et qu’il ne l’a su qu’à son réveil ».

Le 11 décembre 1759, un troisième incendie se déclarera dans la cuisine du grand écuyer. On en sera quitte pour une vive alarme. C’est cette aile que, par une singulière fatalité, les flammes devaient encore dévorer le 31 décembre 1813, quinze jours avant 1′entrée des alliés à Lunéville.

Un peu partout, dans le corps central, le bâtiment princier et les ailes, étaient disséminées des chambres de gentilshommes et de dames du palais. Les logements d’étrangers s’y comptaient en nombre considérable. A l’exception de l’appartement du grand aumônier, toute l’aile droite de la cour d’honneur, par exemple, leur était réservée. Les pièces mêmes régnant au-dessus de la chambre à coucher et des cabinets de retraite de Stanislas, avaient semblable destination. Tels hôtes fidèles jouissaient à Lunéville d’un pied-à-terre attitré. D’autres s’y installaient, à chaque voyage, au hasard des locaux disponibles, selon leur rang ou leur notoriété.

Plusieurs immeubles, bâtiments et terrains, dépendaient en 1737 du château. Stanislas les utilisa, sans modifier pour la plupart leur destination, ni sans y effectuer de transformations appréciables. Une quinzaine de maisons, situées dans le voisinage immédiat du palais ou éparses dans la cité, servaient sous Léopold et François III à loger des fournisseurs de la cour, des officiers subalternes, de vieux serviteurs.

De l’aveu de l’intendant aulique, presque toutes étaient sans commodité aucune, sinon sombres et malsaines. A mesure que le roi de Pologne élargit les cadres de sa suite, se complut dans la société des courtisans beaux esprits, des commensaux plus considérables virent leurs aisances réduites et quittèrent pour ces demeures maussades, les pièces qui leur avaient été primitivement assignées au château.

Afin que M. de La Galaizière puisse faire place près de lui à son frère et à son fils, les bureaux de la chancellerie sont transférés, avec les greffes des Conseils, dans la « longue et étroite » maison habitée sur la Grande-Rue, à côté du monastère des Dames de la Congrégation, par le secrétaire en chef.

Le premier architecte ne vivait plus en 1766 au château, mais logeait, conjointement avec un des premiers gentilshommes, dans un médiocre hôtel vis-à-vis de la Comédie, sur la place de ce nom. Le chirurgien ordinaire du roi s’est vu attribué une maison peu salubre de la rue de la Vieille-Boucherie (Germain-Charrier), le médecin ordinaire et un autre premier gentilhomme, l’immeuble qui fait le coin de la rue Banaudon et de la rue des Sœurs-Grises (Castara).

Le secrétaire du cabinet, le Père confesseur, trois premiers valets de chambre, deux musiciennes, se répartissent la double maison donnant sur la petite place de la Cour et sur la rue de la Chapelle. Le pourvoyeur habitait rue de Viller. Au fond du faubourg d’Allemagne (rue de Villebois-Mareuil), non loin du château du prince Charles, le serrurier-machiniste et le marbrier- stucateur occupaient deux petites propriétés contiguës.

Sur la place de la Cour, à gauche du couvent des Minimes, demeurait l’apothicaire du roi. Et, à l’angle de cette même place et de la rue de la Grande-Boucherie (de l’Abattoir), une « grosse maison » était commune au premier écuyer, au garde-meuble général, au contrôleur des équipages, au maréchal et à l’éperonnier. Elle commandait la profonde cour des remises, ou arsenal, où se trouvaient rangés presque tous les carrosses. Des hangars moins importants, adossés au mur de ville, rue Hargaut (du Rempart), abritaient le reste. Le magasin à fourrage était rue de Viller, et la fourrière, pour les provisions de bois et de charbon, sur la Place Neuve (place Léopold).

Entre les ponts, dans la rue Saint-André (Chanzy), à droite en sortant de la ville, les pages du roi de Pologne étaient venus prendre possession de l’hôtel acquis pour les siens par Léopold. C’est en face, à l’Académie, pourvue d’un grand manège couvert, que le monarque logeait ses cadets gentilshommes, lorrains et polonais. Les gardes du corps avaient remplacé dans leur caserne de la place Saint-Léopold (des Carmes) les Suisses de François III. Derrière ce quartier, s’étendaient les bâtiments et les cours de la Vénerie, où demeurait le grand veneur.

L’Orangerie donnait sur la rue de ce nom (rue des Bosquets). Le Grand Potager la joignait au levant et se continuait lui-même au midi par la Melonnerie ou Melonnière, qui aboutissait sur la rue de la Fonderie (d’Alsace).

Entre les anciens remparts et le Pré-aux-Ours, se voyait la Ménagerie de la Duchesse régente. On sait le sens un peu vieilli qu’il faut, au XVIIIe siècle, prêter ce nom de ménagerie. Celle-ci, spacieuse et de contours fort irréguliers, avait son entrée dans l’axe de la rue Banaudon. Elle se prolongeait par derrière les maisons de la Grande-Rue jusqu’à la hauteur de la rue Pacatte.

Peu de jours avant l’arrivée de Stanislas, par acte du 29 mars 1737, Élisabeth-Charlotte l’avait cédée en toute propriété au prince de Craon, en échange de l’usufruit viager de la terre de Ville-Issey, dans la principauté de Commercy. Stanislas en payait un loyer annuel de 600 livres et l’utilisait comme second grand potager. Mentionnons enfin la Faisanderie, créée par François III en 1730 et située sur une colline à une demi-lieue de Lunéville. Ce vaste enclos, comprenant un pavillon pour le faisandier, des loges d’élevage et des halliers, s’apercevait aisément depuis la cour d’honneur du château. Il en agrémentait l’horizon.

Stanislas respecta le plan des Bosquets. Il n’apporta au tracé d’Yves des Hours et de Gervais que des modifications de détail. Au-devant de la terrasse, les allées continuèrent de s’allonger parallèles ; plus loin, les cabinets de verdure et les labyrinthes de se partager de grands quadrilatères méthodiquement déchiquetés par un lacis de blonds sentiers. Leszczynski, sans doute, augmenta le nombre des statues ; il multiplia les eaux vives.

Une nature, déjà contrainte, se fit plus tourmentée. Des bordures en treillage sont l’accompagnement obligé des plates-bandes. Les bassins s’entourent des galeries arrachées aux balcons de l’Opéra de Nancy. Les angles des gazons s’arrondissent, les lignes droites s’échancrent les courbes se festonnent. Les ifs et les buis subissent des tailles d’une complication inusitée. Sous de patients ciseaux, après dix années de torture, les charmilles figureront, à la joie de Stanislas, des centaines d’orangers plantés dans leurs caisses à boules. Tout s’attife et se pomponne, mais sous ce léger maquillage, le parc reste reconnaissable. Il conserve son essentielle beauté. Tels ces visages aux traits purs, que le fard ni les colifichets ne parviennent pas à enlaidir.

Elle est d’une demeure souveraine cette terrasse où fuse, entre des saisons de pierre, un jet d’eau altier, dont dix groupes, sculptés par Nicolas Renard, gardent le degré. L’allée médiane, bordée tour à tour de parterres chatoyants et de nappes bruissantes, d’urnes et de corbeilles, rendez-vous de dieux et de déesses, ne déparerait pas les jardins les plus fameux, ni ce rond-point où tiennent cercle Apollon et les Muses tandis qu’au centre, dans le bassin du Dauphin, Arion, entouré d’enfants qui chevauchent des hérons et des cygnes, vogue, la lyre en mains, sur l’animal saumur.

Ce qui manquait au parc de François III, c’est la convenance des abords, monotones à l’est, au nord franchement laids. Par des adjonctions considérables, Stanislas effaça ces taches. Il procura aux Bosquets des environs plus dignes d’eux. Le cadre aimable qu’il leur donna fut le domaine où s’exerça sa verve. Là, le Polonais prit sa revanche de la symétrie et de la mesure.

La faiblesse de Léopold envers un époux facile avait naguère consenti au prince de Craon, le droit de disposer exclusivement de la partie des Bosquets située derrière son hôtel. En 1737, une enclave, fermée d’une grille, empiétait donc malencontreusement sur le côté méridional du parc. Leszczynski s’empressa de revendiquer ce terrain. Et en vue des appartements de la reine, le long de la Comédie et des propriétés de la rue d’Allemagne, un parterre, spécialement réservé au monarque et sa femme, égaya de sa grâce mignarde ce coin jusqu’alors un peu triste.

L’infatigable bâtisseur que devait être le roi de Pologne, y commanda sa première construction : le Kiosque.

Il s’agit d’un pavillon carré auquel un toit retroussé et pointu prêtait un faux air de pagode, et qui se reliait, au moyen d’un court appendice perpendiculaire, à un promenoir ouvert, surmonté d’une galerie close soutenue par dix colonnes.

Le mur de ce promenoir, appliqué aux habitations de la ville, était orné de fresques et creusé en son milieu d’une sorte de grotte. Un salon somptueux, que surélève une tribune à musique, répétée en sens contraire au dehors, occupe le pavillon. Une profusion d’attributs et de guirlandes de stuc polychrome le décore. De hautes fenêtres ou l’été, pour activer la circulation de l’air, un fin tissu de canne remplace le vitrage, l’ajourent sur ses quatre pans.

Une table, qu’un mécanisme ingénieux fait à point voulu surgir du plancher, présente un surtout de porcelaine ou s’entrecroisent des jets d’eau. De petits bergers hydrauliques, posés sur des consoles de rocaille, jouent de la flûte et du biniou. Deux buffets, entièrement dorés, imitent un amoncellement de plantes et d’animaux marins. L’eau crachée par des échassiers, s’écoule et se répand à travers les algues et les conques. Dans l’intervalle des buffets, s’aperçoit le ruissellement de la niche en cascade du promenoir, surchargée de statuettes et de coupes. A l’exception des colonnes de pierre, tout l’assemblage du Kiosque est de sapin vernissé. Singulière alliance de matériaux et de styles.

Des chapiteaux doriques s’accommodent d’une structure de chalet. Pour Stanislas, c’est une maison turque. Mais les étrangers confondent volontiers. Ils vantent les surprises de la chinoise. « J’ai vu ce salon magnifique, moitié turc et moitié chinois, où le goût moderne et l’antique, sans se nuire, ont uni leurs lois ». Voltaire sourit évidemment du vague exotisme de la combinaison hybride. Sous sa plume, l’éloge doit s’entendre par douce raillerie.

Cette fantaisie pourtant mérite d’arrêter l’historien. Certes, le roi de Pologne en revendiquait l’invention, mais du moins dans la pratique eut-il un collaborateur. Or, ce collaborateur s’appelait Emmanuel Héré. C’est à monter ce joujou qu’un artiste encore obscur se révèle à son maître, peut-être à soi-même.

Le Kiosque n’est pas seulement, par sa disposition intérieure, le prototype du Salon de Chanteheux. Si paradoxale que semble d’abord l’assertion, il faut admettre qu’on y retrouve déjà, avec les baies en plein cintre empruntées à Boffrand, puis fidèlement répétées dans chacune de ses œuvres, la signature du célèbre architecte.

Ici, Stanislas se plaisait à oublier l’apparat de la grande allée. Il venait souvent faire sa sieste dans le Kiosque, y entendre un concert ou souper. La galerie renfermait une salle de bains ovale, revêtue de faïence. Et il n’était pas rare qu’aux jours les plus chauds, le roi passât la nuit dans un petit cabinet contigu, bercé par le sanglot des fontaines.

Au printemps de 1739, un théâtre de verdure ajouta à l’agrément du jardin privé. Ses banquettes de gazon, embaumées d’orangers, s’étageaient entre le Kiosque et la porte des Bosquets, communiquant avec la rue d’Allemagne. La Comédie champêtre de Lunéville eut son heure de réputation : « Ce théâtre est un des plus beaux morceaux qu’on puisse voir, tant par le goût d’architecture qui y règne que par la variété et la singularité du jeu des eaux qui l’environnent ».

Le 26 août 1739, à l’occasion du mariage de Madame Louise-Élisabeth avec l’infant don Philippe, la noblesse du pays se pressait sur ces gradins.

A l’issue du spectacle, un dîner réunissait deux cents convives dans le Kiosque et sa galerie. L’orchestre gagnait ensuite la tribune extérieure, et un bal commençait sur la scène rustique pour durer jusqu’au matin. Cinquante mille lampions étaient réfléchis par les bassins et les cascades, « si bien qu’à peine pouvait-on soutenir l’éclat de toutes ces lumières, surtout celles du théâtre qu’on eût dit sorti du milieu des eaux ». Ce fut l’inauguration officielle des premiers Petits Bosquets.

A suivre …

Le château de Lunéville (54)

Entrée du château de Lunéville au temps du duc StanislasBlason de LunévilleChâteau de Lunéville

 

Le « Versailles lorrain »

Le château de Lunéville constitue un des chefs-d’œuvre de l’architecture du XVIIIe siècle, et attire chaque année des milliers de visiteurs. Il a été classé monument historique par des arrêtés successifs de 1901, 1929, 1992, 1998 et appartient au ministère de la défense (appartements princiers), ainsi qu’au conseil général de Meurthe-et-Moselle, à qui la ville de Lunéville a transmis depuis 1999 les bâtiments dont elle était propriétaire (chapelle, communs …).

Dans la soirée du 2 janvier 2003, notre « petit Versailles » a été la proie d’un gigantesque incendie, qui a ravagé toute la partie sud-est du château. Patiemment, les travaux engagés effacent les traces de ce sinistre majeur. C’est le plus grand chantier de restauration patrimonial en Europe ! Et depuis le mois de septembre 2010, la chapelle du château est réouverte au public.

En attendant que tous les travaux de restauration soient terminés, je vous propose une promenade virtuelle dans le château, à l’époque où les ducs Léopold et Stanislas y logeaient. Vous verrez, on s’y croirait presque !

La description de ce joyau est tellement longue qu’elle fera l’objet plusieurs articles.

D’après un article de « La Revue Lorraine Illustrée » – Année 1907

Privé de toute initiative en matière gouvernementale, de plus en plus immobilisé par le geste restrictif des ministres de Louis XV, Stanislas Leszczynski, souverain nominal de Lorraine et de Bar, eut du moins la liberté de disposer à sa convenance des parties du domaine dont jouissaient personnellement ses prédécesseurs. Il lui fut loisible de transformer ou de délaisser leurs châteaux, de les rebâtir ou de les renverser sans retour.

Le nouveau Duc avait renoncé à habiter Nancy. Dans ce qui subsistait du vieux palais de René II et d’Antoine, sous ce toit où planaient tant de souvenirs dynastiques, le Polonais se fùt, de toutes façons, trouvé mal à l’aise. Le 24 juillet 1739, il en accorda à la Ville, titre d’accensement perpétuel, bâtiments et terrains. Le Louvre interrompu de Léopold fut, avec l’Opéra, l’hôtel des Pages, l’hôtel de la Gendarmerie, la fourrière, compris dans cette cession significative. Ce n’est que par exception, en des occasions majeures, que Stanislas séjournera dans sa capitale.

Pas une seule fois, Bar-le-Duc ne vit Stanislas Leszczynski gravir, vers son château aux murailles noircies, les rues escarpées de la cité haute. A Ligny, dans son trais vallon, au bord de l’Ornain, le château des Luxembourg demeura pareillement clos et démeublé, jusqu’à l’arrêt du Conseil des finances du 25 juin 1746 qui en ordonna la démolition. On n’en conserva que le beau parc, converti, après une seconde décision du 5 janvier 1748, en promenade publique.

Mais à Lunéville, Stanislas étendit les jardins. Ils les couvrit de pavillons et d’ornements accessoires.

Avec Chanteheux et Jolivet, payés de ses deniers, il donne à sa demeure principale, deux proches et gracieuses annexes. Einville, non loin de là, gagne en importance et en charme. La Malgrange, dont une boutade de l’Electeur de Bavière avait, en 1715, suspendu l’achèvement, est jetée bas. Au même endroit, Stanislas Leszczynski fait surgir une maison vraiment sienne. Au décès de la Duchesse douairière, encore, le monarque prend avec empressement possession de Commercy, devenu en peu de mois un lieu enchanté.

Le prince errant, qui depuis Poltava en était réduit à des logis d’emprunt, à des hospitalités marchandées, put ainsi endormir ses regrets et déguiser son impuissance, en coulant une douce oisiveté dans d’aimables résidences, où affluèrent les visiteurs et que firent connaître aux cours amies les grands atlas de Héré. Il fut beaucoup parlé alors des châteaux du roi Stanislas.

Ils n’eurent qu’une durée éphémère. La mort de Stanislas Leszczynski est le signal de leur anéantissement ou de leur irrémédiable déchéance. La Malgrange, Chanteheux, Einville, « s’effacent comme de beaux rêves ». Supprimés, les bosquets de Commercy. Mutilés, ceux de Lunéville. Pour les deux palais dont ces jardins étaient la précieuse parure, s’ouvre l’ère des dégradations désolantes et d’un humiliant oubli.

Nous nous proposons de conduire le lecteur dans chacune de ces habitations royales, de lui en ouvrir les salons, de le guider à travers les parterres d’alentour. Nous lui dirons, ensuite, quelle hâte folle de destruction abolit ces merveilles.

 

En choisissant Lunéville pour sa résidence ordinaire, Stanislas conformait ses préférences à celles des derniers Ducs. Au cours des hostilités de la Succession d’Espagne, quand, en décembre 1702, les troupes françaises avaient occupé Nancy, c’est un refuge provisoire que Léopold était venu chercher, avec sa famille, sur les rives de la Vezouse.

Délabré et démantelé, le château construit par Henri II, moitié forteresse, moitié maison de plaisance, offrait un bien piteux asile en comparaison du palais de la capitale. Des remparts en ruine et des fossés stagnants l’enserraient d’une triste ceinture. Partout sur les façades, dans les appartements, les misères du règne de Charles IV, les sièges, les sacs, le feu, un long isolement, avaient laissé leurs traces. Moins inhospitalier, l’édifice n’aurait peut-être subi que des réparations hâtives. Son lamentable état décida de sa fortune. Dans les circonstances politiques où il se trouvait et qu’il prévoyait ne devoir que trop se prolonger et se renouveler, comment Léopold n’eût-il pas repris le projet un instant caressé par son bisaïeul, semble-t-il, d’abandonner Nancy pour Lunéville ?

A une époque où il n’était prince en Europe qui ne rêvat de posséder son Versailles, l’orgueil de sa maison, ses prodigalités faciles, tout devait engager le Duc à cette solution séduisante. A côté, puis sur l’emplacement de l’habitation du dix-huitième siècle, à mesure sacrifiée, un nouveau château avait donc commencé à s’élever.

Trois ans plus tard, ce qui en était debout promettait un magnifique ensemble. Et lorsqu’en novembre 1714, après les traités de Rastatt et d’Utrecht, il avait été permis à Léopold de rentrer sans humiliation dans sa capitale évacuée, c’est désormais le palais de Lunéville qui faisait tort au palais de Nancy. Dans ce dernier, la cour ne passera plus guère que les hivers. Chaque année, on le vit abréger ses séjours. Finalement, elle n’y revint plus.

Aussi bien, la demeure que la dynastie de Lorraine laissait à Stanislas justifiait-elle cette prédilection croissante. Rien n’a été négligé pour sa commodité et son agrément. Tour à tour, Léopold, François III, Elisabeth-Charlotte y ont affecté des sommes considérables. Germain Boffrand, l’élève de Mansart, a fourni les plans du château. L’intendant des bâtiments Christophe André et le sculpteur Pierre Bourdier, eux-mêmes entourés d’une pléiade d’artistes distingués, ont secondé à merveille l’éminent architecte.

La conception de Boffrand était à peine réalisée dans son ampleur, que, le 3 janvier 1719, un violent incendie avait dévoré les appartements ducaux. Une aile presque entière, la chapelle, ce qui restait encore englobé de la construction précédente, sont en cendres. Ce sinistre avait été l’occasion d’un prompt relèvement prétexte à une décoration intérieure plus somptueuse. Pour 1723, le désastre était réparé.

Cependant que des sculpteurs comme Jean et François Vallier, Louis Menuet ou Barthelémy Mesny, travaillaient sans relâche la pierre, le bois, le plâtre, fouillant les rampes d’escalier, ciselant les agrafes des claveaux et les consoles des fenêtres, enjolivant les boiseries et déroulant les corniches, Claude Charles, Chamant ou Furon, Charles-Louis Chéron, Jacquard et Provençal, continuaient d’enrichir de leur pinceau, au coloris divers et savant, la succession des salons. Pas un jour, les maîtres du lieu n’avaient cessé de poursuivre son embellissement. En 1735, la grave question de la cession des Duchés déjà s’agite à Vienne, que la salle de spectacle, dont la Régente ordonna la construction, n’est pas débarrassée de ses derniers échafaudages.

La partie centrale du château a été édifiée sur une légère éminence. On accède au couchant par la montée de deux cours successives, au levant, par la pente insensible du parc et le plain-pied d’une spacieuse terrasse. Qu’on s’en approche dans l’un ou l’autre sens, ce qui frappe en ce bâtiment à l’unique étage, coiffé d’une toiture en comble le long de laquelle court une balustrade, c’est l’avant-corps du milieu.

Quatre hautes colonnes dégagées, d’ordre composite, s’élancent de socles massifs. Elles soutiennent au moyen d’un entablement très simple un grand fronton triangulaire, dont le tympan est orné d’un cartouche aux armes accolées de Lorraine et de Bourbon-Orléans, d’aigles essorants, d’attributs guerriers. En guise d’amortissement, ce fronton est couronné d’une horloge. Sur le bleu turquoise du cadran, les heures s’inscrivent en chiffres d’or. Dans la portion inférieure de l’entre-colonnement, trois baies cintrées, d’égale dimension, se découpent. Les six arcades ainsi ouvertes constituent un imposant péristyle, d’où les larges degrés de deux vestibules, bordés de colonnes et de pilastres ioniques, conduisent, à droite et à gauche, aux appartements du rez-de-chaussée.

Au-dessus des portiques, la toiture s’amplifie et s’exhausse en un donjon octogonal, terminé par une plate-forme que ceint une galerie ajourée. On peut voir dans cette disposition une allusion heureuse, non seulement à la demeure disparue d’Henri II, mais à la demeure féodale qu’elle-même remplaça. Vers l’ouest, deux ailes s’avancent, d’abord d’allure identique au corps principal, puis qui s’allègent bientôt en pavillons d’élévation moindre et d’ornementation plus discrète. Près de l’angle rentrant formé à leur naissance, s’offre dans chacune d’elles, sous des arcades jumelles, un escalier monumental qui dessert le premier étage. Une grille en fer forgé déploie d’un pavillon à l’autre sa convexité gracieuse. Elle limite la cour d’honneur.

Fermée d’une grille pareillement contournée, l’avant-cour, plus vaste, s’élargit entre deux corps de logis en léger recul sur les précédents. Ces ailes reposent sur de solides assises qui corrigent la déclivité du sol et dans lesquelles s’enfoncent des écuries voûtées. L’aile de droite est reliée aux bâtiments de la cour d’honneur par une construction basse. Celle de gauche reste détachée. Une porte en ferronnerie, qui donne vue et communication sur la ville, masque l’intervalle.

Trois perrons interrompent l’uniformité des façades longitudinales de ces ailes extérieures. Bien campées sur le tronçon pyramidal de leur base épaisse, érigeant fièrement leurs frontons, répliques de celui du donjon, les étroites façades transversales encadrent la perspective de pierre. Elles regardent la place de la cité par où l’on arrive au palais. Sur cette place de la Cour, aujourd’hui place du Château est une fontaine à vasques. Deux enfants joufflus, accrochés à un dauphin, s’y lutinent.

De cet endroit, comme des deux cours, les logements réservés au souverain ne sont pas visibles. L’architecte les a reportés, telle une calme et auguste retraite, dans le décor plus riant du parc. Ici, la façade centrale y est marquée en ses extrémités que par les faibles saillies de larges avant-corps. Mais à son coin droit, le bâtiment princier vient se présenter diagonalement. L’épaisseur d’une pièce qui prend jour sur la terrasse au nord, et au midi sur la ville, confond en apparence les deux constructions distinctes. La dualité réelle est ainsi déguisée. On a l’illusion d’une aile émise vers les jardins. Une seconde pièce, puis la chapelle surmontée au couchant de deux courtes tours en lanternes, se continuent au flanc de l’aile gauche de la cour d’honneur. Elles complètent l’ingénieuse soudure.

Quant au bâtiment princier, il se décompose en un corps de logis augmenté de deux ailes secondaires, dirigées au midi. Du dehors, il constituerait un carré parfait, si le parterre à fleurs qu’il embrasse de ses trois façades internes, n’était, sur le quatrième côté, aéré et dégagé à la faveur d’un mur à balustre. La Comédie enfin, plus en retrait encore au sud-est, vers la ville, se rapproche, angle à angle, de l’aile gauche du pavillon princier.

Une galerie extérieure, en équerre, assure la communication directe entre les appartements ducaux et la salle de théâtre. L’ensemble a grand air. Il apparaît d’une suprême distinction. Boffrand, ailleurs plus pompeux ou plus brillant, n’a rien produit de plus noble dans l’ordonnance, de plus correct dans les détails. Un constant souci de l’unité de style a guidé l’artiste. Tout a été calculé pour la pureté des lignes et l’accord des rencontres.

Ce sont les ailes de l’avant-cour qui s’écartent comme pour accueillir, et dont la masse pesante n’a rien qui choque ou qui contrarie le regard. Ce sont les ailes de la cour d’honneur qui perdent de leur importance à mesure qu’elles se développent. Elles conservent ainsi sa valeur relative au corps principal. C’est, au coeur de l’édifice, le donjon qui brise, de si propice manière, la rigidité du faite, l’altière colonnade qui proclame la majesté du lieu et prépare à l’étiquette du seuil, les triples baies qui, sous le péristyle, laissent passer à flots la lumière, enlevant toute lourdeur à la façade de fond, lui prêtant je ne sais quelle sévère élégance. Il n’est pas jusqu’au pavillon ducal qui n’emprunte plus de grâce sereine et d’agrément hautain à des dehors si réguliers et si sobres, qu’à une ornementation plus riche ou à un appareil plus chargé.

Et l’œuvre de Boffrand mérite d’autant mieux l’estime, que le maître qui professait que l’attention de l’architecte doit se porter tout particulièrement sur le choix d’un bel emplacement, s’est, à Lunéville, trouvé dans la nécessité de construire sur un terrain des moins favorables.

On se heurtait à l’inégalité des pentes, aux caprices du relief. Au midi, où les maisons de la ville l’encaissent, il était impossible de procurer au château un dégagement suffisant. Au nord, il fallait compter avec les vestiges des primitifs remparts et un bras vaseux de la Vezouse, qui mesuraient l’espace, exigeaient des substructions énormes. Ce n’est qu’à force d’habileté, de science, que les difficultés ont été vaincues.

Les jardins ou plutôt, selon le terme adopté dès l’origine, les Bosquets, n’avaient pas exigé moins d’argent, d’efforts, de talent.

L’ancien château ne possédait qu’un médiocre parterre. Pour donner au nouveau parc sa superficie grandiose, ses créateurs durent surmonter des obstacles considérables. Nivellements à opérer, fossés à combler, héritages à acquérir, des maisons à raser, un monastère à déplacer, rien n’avait arrêté Léopold. De 1711 à 1718, Yves des Hours, l’émule de Le Nôtre, avait dirigé la tâche colossale, et peu à peu, on avait vu, sous la magie de ses cordeaux, se préciser et s’étendre un parc au solennel tracé.

Les restes des fortifications ont servi à appuyer la grande terrasse. Les eaux paresseuses qui s’attardaient en un lit changeant ou débordaient leurs berges incertaines, coulent assagies entre les bords d’un canal, que dominent les talus gazonnés de trois allées en gradins. Puis Léopold s’était décidé à doubler les Bosquets, en les continuant au levant. D’autres terres, d’autres prés, d’autres chènevières sont achetés, égalisés, confondus.

Vers 1724, le futur dessinateur du parc de Schœnbrunn, alors presque un adolescent, Louis Gervais, revenu d’étudier à Meudon et à Vienne sous de Gost et sous Zinner, reprend le plan du vieux des Hours. Il prolonge, juxtapose, et par d’intelligentes retouches, aboutit à la plus harmonieuse fusion. Mieux servi en superficie que des Hours, disciple d’une école plus moderne, Gervais, sans se départir des règles essentielles du grand art, sans manquer au culte de la ligne, saura donner plus d’imprévu et de charme à ses combinaisons. Sa géométrie, plus souple, lui réserve plus de ressources. De la raideur guindée des parterres en broderie ou de l’uniformité des ras boulingrins, on va passer, dans ces jardins agrandis, au rayonnement des étoiles, à la surprise oblique des quinconces, à la sinuosité caressante des berceaux.

Les Bosquets eurent dès lors, presque exactement, les dimensions auxquelles, après les augmentations éphémères du règne de Stanislas, ils devaient retomber et qu’ils conservent de nos jours. Mais dans quelle splendeur, peut-être un peu neuve pour le complet triomphe des frondaisons, ce parc superbe s’offrait-il au roi de Pologne, avec le miroitement de ses nappes limpides, le bruit de ses gerbes irisées, son peuple de statues.

Des travaux importants, effectués dans la forêt de Mondon, y ont amené la réserve des étangs de la Fourasse, et Vauringe, le « sorcier du Duc », est parvenu, grâce une machine hydraulique de son invention, à dresser cinq jets liquides jusqu’à soixante pieds de hauteur. Toute une mythologie disperse dans la verdure ses blancheurs de marbre, reflète dans les bassins ses enlacements de métal. Groupes et fontaines de plomb fondu de Jacob-Sigisbert Adam, puissantes allégories de Nicolas Renard, divinités un peu frêles mais si charmantes de Guibal, se font cortège ou se répondent.

« On ne croyait presque pas avoir changé de lieu, quand on passait de Versailles à Lunéville », écrit Voltaire en 1738, dans le Siècle de Louis XIV. L’éloge doit s’entendre ici de la cour de Léopold, « formée sur le modèle de celle de France ». Mais les mœurs polies, les fêtes fastueuses, les générosités inlassables du Duc, le goût des lettres, l’éclat d’une jeunesse d’élite accourue pour s’instruire à l’Académie lorraine et briller dans les salons, n’étaient pas seuls à rapprocher les deux résidences princières.

De ses yeux, Arouet avait pu s’en rendre compte, quand il était venu à Lunéville en mai 1735. Avant même d’avoir contemplé la richesse des lambris et les gloires du parc, nul visiteur, en effet, ne franchissait les grilles du château, sans songer à la cour de marbre et à la cour d’honneur du palais préféré de Louis XIV, sans noter la position identique de la chapelle, dont l’intérieur, avec ses étages ionique et corinthien, ses claires verrières cintrées, sa galerie circulaire, renforçait l’analogie.

La ville, au début du siècle encore modeste bourgade, mais qui avait subi sous Léopold d’appréciables transformations, dont la population, comptant 2 699 habitants en 1708, sans les gens du Duc, devait atteindre environ 12 000 âmes en 1753, n’échappait pas, les contemporains l’affirment, à cette similitude.

Bien que ne possédant, en dehors du château, aucun monument remarquable, sinon trois autres constructions de Boffrand (l’hôtel de Craon, adossé au mur méridional des Bosquets – au sud-est de ceux-ci, la coquette maison du prince Charles-Alexandre, oubliée dans un parc dont le triangle allongé rappelait un clavecin – la nouvelle église paroissiale, aussi, commencée en 1730 et achevée en 1747 avec les tours adornées de Héré), elle plaisait par la régularité de plusieurs de ses rues et l’animation qu’y entretenait la présence du souverain.

Un voyageur qui traverse Lunéville en 1741, déclare la localité « fort gracieuse. Les maisons sont bien bâties, la plupart en bois de charpente et peu en moellons ; elles n’ont qu’un étage et sont plates dessus. Le château est en petit dans le goût de celui de Versailles ». Un Bourguignon qui s’y arrête en 1753, la trouve « au moins aussi bien bâtie et même mieux que Versailles ». Il vante ses voies « larges et bien percées ».

Au dire encore du savant jésuite Feller, de passage en 1765, Lunéville est une « fort jolie ville. Le palais du roi Stanislas qu’on y voit est magnifique. Oui, vraiment, c’est Versailles en petit ».

Si cette comparaison ne pouvait que flatter Leszczynski, le style du château correspondait peu à son esthétique spéciale. Mais comment toucher sans dommage à cette architecture, pour lui trop classique et trop froide ? Le prince eut la discrétion de ne pas s’y essayer à de fâcheuses surcharges.

Lorsque, au-dessus des portiques, l’aigle sarmate et le cavalier lithuanien eurent succédé à l’écu de France au lambel, et, sur les frontons des ailes, aux alérions, tout se borna à des remaniements intérieurs.

Aussitôt après l’inoubliable scène du 6 mars 1737, où les princesses en larmes s’arrachaient à l’affection de leurs sujets et s’éloignaient à jamais du palais de Léopold, les ouvriers de François III avaient continué le déménagement, un instant interrompu pour le mariage de la reine de Sardaigne, et, de leur côté, les ouvriers de Stanislas s’étaient empressés de tout préparer afin d’accueillir le maitre étranger.

On s’agitait à la fois, dans la hâte et la confusion, pour la maison de Lorraine et pour le Polonais. Dans la vulgarité de ces détails, le règne finissant et le règne commençant se superposaient.

La date récente du château, son excellent entretien, écartaient l’obligation de réparations coûteuses dans le bâtiment central, les ailes, les communs. François III, qui dépouilla jusqu’à la nudité ses demeures de leurs trésors, à Lunéville abandonnait par exception à son successeur, avec les orangers des Bosquets, quelques glaces et quelques trumeaux.

Mais les vides laissés sur maints panneaux par ces opulents gobelins, par ces suites remarquables sorties des ateliers de Nancy, de la Malgrange ou de Lunéville, les Batailles du duc Charles V ou les Douze Mois de l’annéede Mitté, qu’on admire maintenant à la Hofburg de Vienne et au Hradschin de Prague, par ces portraits d’ancêtres depuis Matthieu Ier jusqu’à Charles IV, qui, restés à Florence en 1745, se voient aux Uffizi, restitutions fantaisistes ou sincères chefs-d’oeuvre comme cette Marguerite de Lorrainede Van Dyck dans la salle du Baroccio, mais les sculptures arrachées et les encadrements veufs exigeaient qu’on restaurat les salons de réception. Du moins n’y toucha-t-on guère aux boiseries et aux corniches. Les chiffres entrelacés de Léopold et d’Élisabeth-Charlotte s’y lisent toujours. Ainsi que sous les voûtes du donjon, autour des vestibules, le long des escaliers, les trophées turcs, étendards à queue de cheval, carquois, yatagans, continuent d’y redire les exploits de Charles V à Saint-Gothard, la valeureuse conduite de son fils à la journée de Temesvar.

Pendant que l’on procédait à ces besognes, les bagages de Stanislas, envoyés de Paris en septembre précédent et demeurés, au cours de laborieuses négociations diplomatiques, en détresse sur la frontière champenoise, à Saint-Dizier, avaient pu s’avancer.

A mesure que les pièces étaient prêtes, on ouvrait les caisses et l’on disposait les meubles. Mais à son arrivée, le 3 avril, Leszczynski n’avait pas approuvé la distribution de ses appartements. Il avait tenu à en régler les commodités, à prescrire l’exécution de subits caprices. Ce sont ces pièces, destinées à Stanislas et à Catherine Opalinska, que, dans les derniers jours de mai, un familier du château, le cardinal de Rohan, eut peine à reconnaître « par les nouvelles dispositions qu’on y avait faites et par les ornements qu’on y avait ajoutés ».

Descendu provisoirement à l’hôtel de Craon, le Duc-roi suivait avec une impatiente fierté ces transformations. Le mot d’ordre était donné pour que le public, hier instruit de ses malheurs, ne fût pas moins informé aujourd’hui de la beauté de son logis. On avait su que des commandes complémentaires avaient été transmises à Paris, que l’on s’occupait au Vieux-Louvre à des assortiments recherchés, que Louis XV faisait don à son beau-père de trente-six pans de tapisseries, que le personnel des Gobelins remplaçait, sur les bordures, les fleurs de lys par le mufle de sable. Après avoir occupé le monde de ses tribulations, il ne déplaisait pas à Stanislas de s’imaginer qu’il le passionnait du nombre de ses sièges et du choix de ses tentures.

Enfin, le 12 juillet, au retour d’un voyage à Saverne, le prince était rentré directement au château et y avait couché pour la première fois. La reine sa femme l’avait précédé de la veille. M. de La Galaizière, installé au debut dans la maison du prince Charles, l’y attendait depuis plusieurs semaines. Chacun s’était alors empressé de lui venir faire sa cour, et un murmure de flatteuse surprise avait agréablement chatouillé l’orgueil du propriétaire.

« On a été plus de quatre mois à mettre ce château en état de recevoir Leurs Majestés », mandait le 18 juillet aux gazettes un correspondant officieux, « et quelque superbe qu’il fût auparavant, on ne laisse pas que d’y admirer les divers changements qui ont été faits, et surtout le bon goût et la magnificence des meubles ».

Longtemps encore Stanislas s’ingéniera à parer ces appartements, y exercer le talent de ses artistes habituels. Il y entassera avec joie les objets les plus disparates, des souvenirs, des présents, et c’est aux visiteurs qui les traversèrent entre 1755 et 1760, qu’ils apparurent dans la pleine abondance de leur luxe un peu violent.

A suivre …

Les ruines du château de Châteauvoué (57)

Blason de ChateauvouéRuines du château de ChâteauvouéCarte de ChâteauvouéRuines du château de Châteauvoué

Du château de Châteauvoué, il ne reste que d’imposantes ruines. Je vous propose de remonter le temps, et de découvrir l’histoire et la description cette demeure seigneuriale.

Les appellations anciennes ont été respectées.

 

 

D’après un article paru dans le « Journal de la Société d’archéologie et du Comité du Musée lorrain »
Année 1895

C’est en 966, dans la charte de fondation de l’abbaye de Vergaville, que Châteauvoué apparaît pour la première fois. D’un beau mot latin, on l’appelle Castellum, dénomination qui lui est venue sans doute d’un château ou emplacement fortifié. On ne sait, absolument rien de positif, faute de documents, sur ce qu’aurait été ce premier château.

Hincmar, nous dit cette charte, possédait des biens à Castellum, consistant en vignes, forêts, moulin, église et chapelle. Ces biens furent donnés vers 930 en dot par Hincmar à sa parente Betta, femme du comte Sigeric.

Betta accepta les biens d’Hincmar et, de concert avec son mari, elle les donna à l’abbaye qu’elle fondait à Vergaville, l’abbaye des dames Bénédictines. Et Sigeric a soin de dire qu’il leur remet en toute propriété « tous les biens susdits de Castellum, de Zuzelinga (Sotzeling), etc. des trois comtés de Destry, de Sarrebourg et de Mortagne pour qu’elles les aient, les tiennent, les possèdent en droit perpétuel, les cultivent et fassent valoir, et qu’elles constituent selon leur bon plaisir dans les dites possessions leurs ministériaux, c’est-à-dire un régisseur, un échevin de justice et autres officiers, à condition cependant, que ledit bien soit à jamais sous la tutelle de notre descendance légitime. Nous le confions à notre fils Déoderic et à ses héritiers, leur défendant d’en rien distraire, enlever ou aliéner ».

Hincmar et Sigeric étaient donc certainement au Xe siècle, seigneurs de Châteauvoué et du village voisin Sotzeling, aujourd’hui annexe de Châteauvoué, et le château, si château il y avait, pouvait bien leur appartenir.

De plus, le défenseur ou protecteur de tous ces biens, le voué en un mot, c’est Sigeric. Après lui, c’est son fils Déoderic ou Théodoric, et, après son fils, ses héritiers. On peut donc penser qu’un héritier de Sigeric fit construire « lai for maison de Chaistel voiet » (charte 1342) pour y installer un voué. Dès lors Castellum s’appela Châteauvoué.

Et à quelle date fut fondée la vouerie et fut construit le château-fort ? Il est impossible actuellement de le préciser d’une façon certaine.

Les traditions de Vergaville et les opinions des historiens sont d’accord pour dire que c’est la famille de Salm qui a fourni tous les voués des abbayes de Vergaville et de Salival. Or, on pense que Sigeric et Théodoric sont les ancêtres des Salm. La fondation de l’abbaye de Salival au milieu du XIIe siècle est due à la générosité de Mathilde de Hombourg, épouse d’Arnoux que l’on croit comte de Salm.

Par là, les comtes de Salm devenaient les protecteurs naturels des deux abbayes de Vergaville et de Salival, et Châteauvoué qui est placé entre les deux, à égale distance de l’une et de l’autre, était tout indiqué pour y établir une vouerie également disposée pour défendre les deux monastères.

On a trouvé dans l’église de Salival les inscriptions de plusieurs comtes de Salm, entre autres, d’Henri comte de Salm, mort en 1292, de Jean de Salm, chevalier, mort le 10 novembre 1313.

Nous pensons que c’est à l’époque de la fondation de l’abbaye des Prémontrés de Salival, que fut construit le château de Châteauvoué. D’après le style et l’ensemble, nous croyons pouvoir lui assigner cette date.

La description du château nous est fournie par le plan cadastral de la commune de Châteauvoué, et surtout par Toepfer, l’auteur du Cartulaire de la maison d’Hunolstein.

Le château domine les plaines du nord, du sud et de l’ouest, la plaine de l’ouest surtout qui s’étend fertile et verdoyante jusqu’à Château-Salins. A l’est, la vue suit le coteau de Châteauvoué et s’arrête au point où il se rattache à la chaîne des collines qui délimitent les deux bassins de la Seille et de la Sarre.

Il n’en faut pas davantage pour prouver que c’est là un point stratégique important. Aussi, le duc de Lorraine s’en est-il servi fort à propos pendant la guerre de Trente-Ans contre le général de Grancey.

Un fossé large et profond, creusé de mains d’hommes, entoure le vieux chastel. Sur le fossé, est jeté un pont-levis donnant entrée dans la cour intérieure. Cette cour forme un double trapèze.

Le grand trapèze, désignant la cour proprement dite, a trente-sept pas du côté Est, vingt-huit pas des trois autres côtés. Chacun de ces trois côtés égaux est marqué par de solides corps de bâtiment servant d’habitation aux seigneurs. Les quatre angles de ce grand trapèze sont occupés chacun par une forte tour ronde.

Le petit trapèze est ce qu’on pourrait appeler l’avant-cour. Il est placé du côté Est et ses deux lignes non parallèles sont constituées par les épaisses murailles, qui en se rapprochant finissent par former la grande porte d’entrée. De chaque côté de cette porte, se trouve une tourelle destinée à la fois à la protéger et à l’orner.

Le contour de la forteresse est donc considérable : l’épaisseur des murailles est en proportion, puisque les murs des quatre tours sont épais de dix pieds lorrains, soit de deux mètres quatre-vingt-cinq.

Cette immense construction est d’une architecture simple, mais solide. Les gros moellons et les pierres de taille viennent des carrières du pays. Quant au mortier, il est extrêmement résistant et en tous points comparable au mortier des Romains. Il est vrai qu’il y a dans la région une argile qui a servi admirablement aux armées romaines pour leurs châteaux forts, leurs villas et toutes leurs constructions, et qui à leurs yeux, remplaçait avantageusement la pouzzolane qu’ils avaient dans la Campanie et aux environs de Rome.

Quoi qu’il en soit, il n’y a qu’un seigneur puissant qui ait pu construire de la sorte le château qui nous occupe.

Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une tour habitée par une famille d’ouvriers, une partie des vastes caves qui servaient de prisons, et quelques pans de murs.

La tour a encore environ dix mètres de haut, mais son sommet est entièrement démoli. La famille qui l’habite, l’a fait recouvrir en tuiles comme les maisons du village, puis elle a transformé la partie inférieure en aire et en étable (C’était le cuisine du château. On voit encore la cheminée) et la partie supérieure en grenier à fourrage.

L’unique cave qui subsiste encore, est voûtée à la façon des substructions romaines et très bien conservée. Les caves voisines ont été comblées et le propriétaire actuel n’a pu jusqu’ici les utiliser. Les pans de murs de l’ancienne construction sont presque tous chargés de bâtisse moderne.

Enfin, on a trouvé éparses, quelques pierres de taille portant une ornementation assez primitive. Ainsi, dans la muraille du sud, construite dans les temps modernes, se voient deux de ces pierres de taille.

C’est au XVIe siècle, que Jehan de Helmstatt a ajouté au vieux château d’importantes dépendances. Mais n’empiétons pas sur les événements. Nous avons un mot à dire de l’historique du château et de ses différents partages.

 

La plus ancienne charte qui fait mention de « lai for maison de Chaistel voiet » est de 1342. Par cette charte, nous voyons que le château était alors, sans savoir de quel droit, habité par plusieurs seigneurs vassaux du duc de Lorraine.

En 1342, Henri de Guermange prenait possession d’un quart du château, tandis que les trois autres quarts appartenaient à une autre famille seigneuriale dite de Chaistelvowey.

On pourrait admettre avec vraisemblance que depuis la fin du XIIIe siècle, les deux familles de Guermange et de Chaistelvowey habitaient chacune sa part du chastel. Et comme la famille de Chaislelvowey était, vers 1390, représentée par deux chevaliers remarquables, Poinsignon et Bertrand (assimilés par certains auteurs aux Wolmerange de la Nied), qui se donnaient volontiers le titre de seigneurs de Châteauvoué, la part du château revenant à cette famille était partagée en deux portions égales.

Ainsi, à la fin du XIVe siècle, Poinsignon avait la moitié des trois quarts ou les trois huitièmes, Bertrand en occupait tout autant, et Henri de Guermange tenait le reste, c’est-à-dire le quart.

Au commencement du siècle suivant, Henri de Guermange vient à mourir sans avoir de descendants pour leur laisser sa part du château. Bertrand venait de marier sa fille Elisabeth à un chevalier allemand.

L’occasion était favorable, les nouveaux mariés firent l’acquisition, en 1404, de la part de Bertrand et de la part d’Henri de Guermange, de sorte qu’ils possédaient « le quart devant dict avec la moitié des autres trois quarts du dict chastel, soit cinq huitièmes en tout ». Les trois autres huitièmes étaient toujours à Poinsignon.

Une dizaine d’années plus tard, Elisabeth de Châteauvoué et son mari Hannus de Paffenhofen cédaient, « la moitié des trois pars du chastel et forteresse de Chastelvouel et le quart dudict chastel et forteresse » à Henri Hase de Dievelich, aussi d’origine allemande.

Ce seigneur passa toute sa vie, soit dans ce château, soit à Hombourg-Saint-Avold et il est à croire qu’il acheta dans ses dernières années la part du défunt Poinsignon, mais ce fut après 1445, car une charte de cette année-là ne mentionne encore que « la moitié des trois quarts du château et forteresse de Chastelwouel et le quart d’iceux ».

A la mort de Henri Hase arrivée vers 1461, ses trois petits-fils, Jacques et Henri de Helmstatt et Egenolf de Rathsamhausen, partagèrent le château en trois parts égales et chacun en eut une.

Dès 1473, l’une des parts étant devenue le douaire de la veuve de Jacques de Helmstatt, les autres n’en continuèrent pas moins à habiter ensemble pendant une année.

A force de guerroyer contre les Bourguignons qui envahissaient la Lorraine, ils irritèrent le duc de Bourgogne, au point qu’il assiégea et incendia le château en 1476. La douairière se plaignit amèrement de ses deux beaux-frères, qui convinrent toutefois de lui faire une rente annuelle de vingt florins pour les pertes subies. De là, on peut conclure que l’habitation de tout le château équivalait à cette époque à une rente de soixante florins.

Les deux guerriers réparèrent le château à leurs frais et, dès 1480, l’ayant rendu habitable, ils le divisèrent en deux parts inégales. Le plus âgé, Henri de Helmstatt, eut la moitié plus le demi-quart. Le plus jeune, Egenolf de Rathsamhausen prit le reste, soit les trois huitièmes.

Au mois d’août 1491, la part d’Henri fut partagée par deux de ses fils en deux lots égaux, ce qui faisait à chacun cinq seizièmes de tout le château, soit un peu plus d’un quart. En 1497, l’un des deux fils, Frédéric, héritant la part de son frère défunt, fut en possession de tout le lot de son père.

En 1509, Frédéric mourut et la part qu’il possédait revint à ses deux frères entrés dans les Ordres. Ceux-ci cédèrent l’héritage à Egenolf moyennant une rente annuelle de cinquante florins. De cette façon, Egenolf possédait tout le château, malgré les trois parts toujours existantes : une part lui appartenait par voie d’héritage, une deuxième part était payée vingt florins l’an et une troisième cinquante florins.

Une violente contestation eut lieu en 1517 entre Egenolf et les héritiers Helmstatt, qui habitaient en commun avec lui, au sujet des parts du château. On finit cependant par s’entendre : on fit deux portions égales. L’une revint à Egenolf, l’autre aux héritiers Helmstatt, c’est-à-dire à Jean et à Philippe-Jacques, petits-fils de Jacques de Helmstatt, qui pour lors, eurent chacun un quart du château.

Un arrangement ayant eu lieu entre les deux héritiers Helmstatt, Jean occupa la moitié du château dès 1518. Mais trouvant bientôt cette moitié insuffisante, il fit construire de nouveaux bâtiments attenant à la part qu’il habitait, sans écouter les protestations des copropriétaires, les héritiers d’Egenolf.

La part d’Egenolf, en effet, avait été divisée en deux parties égales en 1520, de sorte que ses deux filles eurent chacune le quart du château. L’une d’elles étant morte sans enfants, en 1549, l’autre hérita, et dès lors devint propriétaire de la seconde moitié du château.

Or, cette autre fille était Elisabeth, mariée dès 1502 à Adam de Hunolstein. Pendant cinquante ans, les Helmstatt et les Hunolstein, devenus seuls propriétaires, vécurent côte à côte dans leurs moitiés respectives de l’antique chastel.

Les moeurs des seigneurs s’étaient adoucies au point que les membres de chacune des deux familles aimaient mieux habiter en commun que de faire de nouveaux et incessants partages toujours ruineux.

Enfin, en 1599, Guillaume de Hunolstein, arrière petit-fils d’Adam, acheta la moitié occupée par les Helmstatt, et dès lors tout le château appartint aux Hunolstein. A partir de cette époque, le château n’eut plus qu’un seul seigneur jusqu’à la Révolution.

Le 7 floréal an III de la République, les administrateurs du Directoire du district de Salins-libre (Château-Salins) vendirent au citoyen Nicolas Lucy de cette ville pour 39 100 livres en papier monnaie « le château avec les fossés, le grand jardin potager clos de murs contenant environ 40 ares 88 centiares, avec le passage et aisances dans la basse-cour, et trois jours trois quarts un huitième, un seize et dix-huit toises de jardin verger au derrière ».

Le dit adjudicataire avait charge de démolir les tourelles et combler les fossés à ses frais dans le délai d’un an. Le jardin fut revendu quatre jours après, le 11 floréal an III, à Dominique Brandebourg de Châteauvoué, qui déjà avait acheté sur l’État les dépendances voisines, « biens provenant de l’émigré Hunolstein », comprenant la grange, l’emplacement d’un tesseau, les écuries y attenant avec la remise au-devant, située entre la marcairie et le jardin potager du ci-devant château.

Dépendances et jardin, sauf « la remise au-devant » sont devenus depuis 1837, le presbytère de Châteauvoué.

 

Quant à la distribution des pièces et appartements du château, nous n’en savons pas grand chose. Nous allons pourtant essayer d’en donner une idée en prenant le passage d’une charte qui y fait allusion.

Cette charte est de 1623 : Jean-Guillaume laisse à sa mère « la partie du château qu’on a à droite, quand on entre par la grande porte, aussi loin que va le toit en tuiles, ainsi que la grande cuisine près de l’escalier en escargot ». D’autre part, le mobilier était considérable, puisque le prix des meubles vendus par les révolutionnaires se montait à 15 000 livres « en papier monnoye » (Inventaire dressé par Jacques Michel Collenot, ancien intendant du château, fait à Nancy le 1er floréal An VI).

 

Enfin, la Révolution a pris et déposé dans ses magasins tous les fers, ustensiles et batterie de cuisine en rosette, cuivre et étain, les balcons, les grandes portes de fer des basses-cours et jardins, les cloches et clochettes, sur lesquels nous n’avons pu jusqu’ici trouver aucun renseignement.

Pendant l’affreuse guerre de Trente-Ans, le château avait été épargné par le roi de France, tandis que tous les environs de Châteauvoué étaient brûlés et ravagés.

Le château n’a point été démantelé en 1670, comme le dit M. Schmit dans ses « Promenades antiques aux environs de Château-Salins ».

Les textes des chartes que nous avons sous les yeux nous prouvent le contraire. C’est la Révolution qui en a décrété le démantèlement.

Au reste, Jacques-Michel Collenot nous en fait cette description en 1796 : « Le château très ancien et très bien entretenu, flanqué de quatre tours et défendu par des fossés, formant des réservoirs peuplés d’excellents poissons, vaste cour, basse-cour, jardin verger clos de haies vives, jardin potager clos de murs, colombier, bergerie, markairie, pressoir. Tout cet ensemble était établi sur quinze arpens de terrain ».

Enfin, cette description rapprochée de celle de 1404, je veux dire de celle qui fut faite quatre cents ans auparavant, montre que, pendant toute son histoire, le chastel de Châteauvoué n’a pas subi, malgré quelques modifications, de transformation fondamentale. Le château avait alors, comme en 1796, « ensemble toutes ses appartenances en muers, en tours, en foussés, en colombiers et en toutes autres choses » (Réversales de 1404).

 

 

 Le 7 décembre 2012, signalement de détritus dans l’ancien fossé du château

Quand les gens vont-ils enfin comprendre que le peu qu’il nous reste doit être préservé ?

 

 

Le château de Tichémont à Giraumont (54)

Blason GiraumontChâteau deTichémont GiraumontChâteau de Tichémont GiraumontCarte château de Tichémont à Giraumont 

 

Le château de Tichémont à Giraumont est une propriété privée, possédant l’un des plus vastes jardins en terrasses de Lorraine. Vous pourrez découvrir dans le parc, un potager et une orangerie.

Ouvert en juin les samedis et les dimanches – Ouvert de juillet à septembre, tous les jours sauf le lundi.
Visites guidées à 14h30 et 16h30.

Je vous propose de découvrir l’histoire de cette demeure, ainsi que celle des seigneurs de Tichémont. Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après les « Mémoires de la société d’archéologie et d’histoire de la Moselle » – Année 1864

 

Le château de Tichémont avec ses dépendances offre la figure d’un grand carré long, occupant au fond d’un vallon, tout l’intervalle compris entre les deux bras d’un ruisseau qui se jette dans l’Orne, un demi-kilomètre plus loin.

Sur trois côtés de ce quadrilatère, un grand et deux petits, règne une double enceinte qu’on appelle encore aujourd’hui les fausses braies, sorte de boulevard d’une largeur constante de huit mètres environ. Cette fortification vient butter contre un gros donjon voûté au rez-de-chaussée et qui sert de porche donnant accès dans la cour du château. Le pont actuel, qui le précède, a remplacé un pont-levis.

On remarque encore sur la droite les traces d’une poterne et de mâchicoulis. Au-dessus de l’arc ogival qui forme la porte on aperçoit une ouverture qui permettait de faire le guet du côté de l’entrée principale. La quatrième face de ce parallélogramme est formée par des bâtiments de dépendances, et enfin par le château qui occupe l’angle nord-est. Il est précédé d’une cour, dont le sol domine la basse-cour et un jardin qui sont tous deux compris dans la même enceinte.

Le château, de construction moderne, ne se recommande à l’archéologue que par une tour carrée assez élevée qui est flanquée, au dehors, d’une tourelle en style renaissance. Sur la face nord, au-dessus d’une porte, on lit la date de 1568, répétée au-dessus de la fenêtre.

La cour se trouvait coupée, à une époque récente, par un large canal qui traversait l’enceinte en son milieu et qui était probablement destiné à séparer les habitations des deux seigneurs qui se sont partagé cette terre à la fin du XVIe siècle et durant le siècle suivant. Ce canal n’a entièrement disparu que de nos jours.

L’histoire de cette localité est celle de ses seigneurs, qui ont tous occupés un rang élevé dans la hiérarchie féodale.

La première mention où apparaisse le nom de Tichémont, nous est fournie par un acte de 1055, tiré du Cartulaire de Gorze, et portant donation par Henri, abbé de Gorze, de terres qu’il concède à Martin de Tichémont, à condition que ses enfants resteront attachés à cette abbaye, et qu’ils épouseront des femmes qui en dépendent.

Cette charte vient nous confirmer dans l’opinion que Dom Calmet insérait dans sa Notice de Lorraine, à savoir qu’il y a eu anciennement des seigneurs du nom de Tichémont.

Il en donne, en effet, pour preuve que Essignon dit Walle de Thichemont, écuyer, vendit par acte daté du jour de l’Annonciation 1362, à Franque de Huisse et à Marie sa femme « septante sols tournois » qu’il prenait tous les ans sur le tonneu de Briey et qu’il avait acquis de Jean de Naives, chevalier. Cette terre passa ensuite dans la maison des Armoises.

Richard des Armoises II du nom, fils de Richard Ier, était pensionnaire de la ville de Verdun, en 1385. Il est nommé chevalier en 1391 et maréchal du Barrois en 1397.

En 1407 et 1408, il est nommé seigneur de Richemont (ou Tichémont) et chevalier. Il joignit ses forces à celles du duc de Bar et du prévôt de la Chaussée, qui ayant à leur tête le marquis de Pont-à-Mousson, marchèrent la nuit contre la ville de Metz espérant la surprendre. Mais la division s’étant mise parmi eux, ils manquèrent leur coup et revinrent à Pont-à-Mousson.

Le duc de Bar, en considération des services de Richier des Armoises, l’institua, en 1407, son châtelain et garde de son château de Conflans, avec cinquante francs d’or par an.

En 1416, Richard des Armoises, chevalier, était gouverneur du duché de Bar, sous le cardinal de ce nom.

Le 6 février 1423, Robert des Armoises, sire de Tichémont, chevalier (peut-être fils de Richard II), confesse et avoue tenir en foi, fief et hommage-lige de M. le duc de Bar, comte de Guise, « le chastel, forteresse et maison-forte de Tichémont, l’étang, moulin et appartenances en ressort et souveraineté et en sa prévôté de Briey, juvables et rendables à grande et petite force, priant F. Vauthier, abbé de Saint-Pierremont, de sceller avec lui. Scellé de deux sceaux en cire verte ».

Robert des Armoises ayant fait passer la terre de Norroy en mains étrangères sans la participation de René, duc de Bar, ce dernier la confisqua et la donna à Jean d’Autel, seigneur d’Apremont, à charge de la reprendre de lui.

Sous la date du 8 septembre 1435, l’Inventaire des Titres de Lorraine de du Fourni rapporte des « lettres en papier, de Geoffroy d’Aspremont, seigneur de Han, que comme le duc d’Anjou, de Lorraine et de Bar, lui ait mis en main la forteresse, terre et appartenance de Tischemont apartenante à M. Robert des Armoises, chevalier et luy en ait baillé le gouvernement de l’administration, suivant certains moyens et conditions déclarées ès lettres dudit Duc, du 8 septembre 1435, y transcrites ; laquelle terre avoit été saisie sur ledit des Armoises pour cause de désobéissance ; à la charge dudit d’Aspremont d’employer les levées qu’il en fera à l’entretien de ceux qu’il y ordonnera et que pendant qu’il en aura le gouvernement, il n’y mettra, recevra ou favorisera en ladite place ledit des Armoises ny aucuns de ses serviteurs ou aydans si ce n’est de l’exprès commandement du duc ou des gens de son conseil et sera tenu de la rendre réellement et de fait toutes les fois qu’il en sera requis sans contredit ou refus ; ce que ledit Geoffroy par serment et par la foy de son corps promet et sur son honneur. Scellé en placard de cire rouge aux armes dudit Aspremont ».

Philibert des Armoises et Jeanne de La Force, sa femme, vendent, vers 1459, la terre de Richemont à Didier de Landres et à Jeanne de Puligny sa femme.

Le 30 avril 1472, Didier de Landres, Ier du nom, chevalier, seigneur haut voué de Landres et seigneur d’Avillers, de Murville, etc., confesse tenir en « foy et hommage du roy de Sicile, duc de Bar, à cause de son château de Briey, le chastel et forteresse de Tichemont appartenances et dépendances promet d’en faire les services tels qu’il appartient. Scellé en cire vermeille de ses armes. Trois paux ». Il mourut à Tichémont, le 15 novembre 1483.

Son fils, Perrin de Landres, écuyer, seigneur de Tichémont, né en 1461, épousa Walburge de Haussonville, fille de Balthazard de Haussonville et d’Anne d’Anglure.

En 1489, « le sieur de Bassonpierre et Perrin de Landre demandoient plusieurs hommes et femmes menant en la cité, lesquelx ilz disoient estre à eux serfs de condicions ; et pourtant que la cité ne les vouloit point delivrer, ilz usoient de grant menaisses ».

Nous trouvons dans un acte, du 16 juillet 1499, passé devant Nicolas de Bresselet dit Naze, prévôt d’Étain, garde scel du tabellionnage de la prévosté dudit Estain, la remise faite par noble escuyer Perrin de Landres et damoiselle Waubourg, sa femme, à noble escuyer François de Custine et à demoiselle Yde Deviset, sa femme « du droit, action et poursuite et raison que feu messire Didier de Landres en son vivant chevalier sr dudit Landres avoit povoit et prétendoit avoir à rencontre de Phillebert des Hermoises, escuier à cause de l’achet de la fort maison de Thechiemont circonstances et dépendances tant en rentes revenues que aultrement que ledit Phillibert avoit fait à un appelle Thomasse de Cappe jadis capitaine de certains nombre de gendarmes soulz la compaignie de monseigneur le duc Charles de Bourgogne lequel seigneur de Landres disoit l’avoir gaingnies, et recouverte en temps d’ostilité et reprins par fait d’armes sur ses ennemis dont par aultres foix proces débat et question en a este meu lesdis seiur Phillebert et ledit messire Didier de Landres ». Signé à l’original : « Lescuyer et Debar clers jurez au tabellionnage d’Etain ».

Il n’est pas douteux que les fers de lance qu’on trouva, vers 1845, quand on creusa une pièce d’eau près du château, ne proviennent de la lutte à laquelle il est fait allusion ici.

On rencontre encore au nom du même seigneur un contrat de donation fait, le 4 octobre 1507 par noble homme Me Thomas de Failli, procureur fondé de noble homme Georges de Failly et dame Ydion, sa femme, à noble écuyer Perrin de Landres, seigneur deTichémont et dudit Landres en partie et par noble damoiselle Walbourg de Hassonville, sa femme, de la part appartenante aux donataires dans le moulin de Labri et une chenevière située audit lieu.

Le 11 novembre 1534, nous voyons un dénombrement donné à S. A. par Perrin de Landres seigneur de Tichémont, de Landres et Avillers, en partie de tout ce que messire Claude Baudoche, chevalier, seigneur de Molin, tient en arrière-fief de lui en la ville, ban et finage de Hatrize. Ce titre est scellé du sceau dudit Perrin de Landres et de celui de messire Philippe de Norroy, chevalier, son cousin.

Le 26 septembre 1535, institution d’un chapelain pourvu de la chapelle érigée en l’église paroissiale de Hatrize sur la présentation faite par noble et généreux seigneur Perrin de Landres, de Briey, seigneur de Tichémont, etc., et dame Wulburge de Haussonville, fondateurs et patrons.

Cette chapelle, qui sert de sacristie depuis 1841, occupe le côté droit de l’avant-chœur de l’église de Hatrize.
Sa superficie de 25,9 m est couverte par une voûte brisée, partagée par des nervures dont les clefs de voûtes représentent :
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au milieu, les armoiries des de Landres : d’or ou d’argent à trois pals de gueulle
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autour du point central : d’or à la croix de gueulle qui est Watronville, aïeule de Perrin de Landres
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puis d’or à la croix de gueulle frettée d’argent qui sont les armes de sa femme Walburge de Haussonville
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et enfin de gueulle à trois pals de vair au chef d’or, chargée d’une merlette de sable qui est Chatillon de la branche du second fils du connétable de Chatillon, comte de Porcean, écartelé au 2 et 3, d’or semé de grillets d’argent, soutenus d’un croissant de gueulles qui est Anglure mère de Walburge.

Cette chapelle est éclairée par une large fenêtre formée par un grand arc ogival qui en contient trois autres plus petits. L’ornementation accuse le style flamboyant de l’époque. Ce fut dans cette chapelle, placée sous le vocable de la Conception de Notre-Dame, que Perrin de Landre fut inhumé cette même année (1535). Sa femme, qui lui survécut d’un an, fut enterrée à Sainte-Marie de Metz.

Leur fils Warin de Landres, chevalier, seigneur en partie dudit lieu, seigneur des maison, place et territoire de Tichémont, né en 1502, obtint à la date du 30 mai 1541, du duc Anthoine « droit, authorité et haute justice en ladite maison, fief, ban et appartenances d’icelle avec puissance d’y instituer maire et gens de justice qui aient authorité de recevoir et donner tous actes de haute justice, connoissent de tous ces cas et qu’ils puissent dresser et ériger sept carcans, fourches et gibet à deux piliers ou jambages de bois en un lieu dudit ban qui, par le procureur général du duché de Bar et officiers de Briey, sera trouvé convenable, d’avoir prison pour tenir prisonniers et malfaiteurs et leur faire et parfaire leurs procès réservant à luy et à son bailli de Saint-Mihiel commis de député de ses hauts jours le ressort et connaissance de ses appellations et réformations comme du passé ».

Warin de Landres, seigneur de Tichémont et de Landres, donna, le 26 septembre 1539, un ascensement à un habitant de Hatrize ce qui tend à prouver qu’il hérita des biens que son père avait à Hatrize. Il eut aussi la seigneurie de Jarny par sentence obtenue contre François de Choiseul et mourut, en 1548, laissant quatre fils : François – Valentin Ier – Claude – Nicolas.

François de Landres, frère aîné de Valentin Ier, qui est qualifié seigneur de Tichémont dans un dénombrement sans date pour la moitié du moulin de Labry, céda la moitié de Tichémont qui lui était advenue par héritage à African de Haussonville.

Valentin Ier qui eut l’autre moitié la céda, le 15 octobre 1570, à ses deux frères Claude et Nicolas. Ce dernier abandonna, le 30 du même mois, sa part à son frère Claude, de sorte que ce fut celui-ci qui, de la famille des Landres, resta seul seigneur de Tichémont.

Aussi, à la date du 14 janvier 1573, voit-on un dénombrement donné par Claude de Landres dict de Briey, seigneur de Landres, Avillers, Tichémont, Haulcourt, etc., en partie de plusieurs fiefs partageables par moitié contre honoré messire Didier de Landres, chevalier, sieur desdits lieux, en partie capitaine et prévôt de Briey, son beau-père. Signé dudit Claude de Landres, scellé de son scel armorié de ses armes et de celui de Warin de Saint-Beaussant, sieur d’Immonville.

Le nom de sa femme, Marguerite de Landres, nous est donné par un acte du 30 mai 1588, portant acquêt de divers biens situés à Hatrize, et celui de sa mère, Blanche de Barbanson, intitulée douairière de Tichémont dans un contrat d’acquêt du 1er juillet 1589.

Nicolas de Landres qui avait été un instant seigneur de Tichémont, et qui mourut en 1583, demanda que son corps fût transporté à Hatrize dans la chapelle que ses ancêtres avaient fondée dans l’église paroissiale.

Quant à Claude de Landres, qui possédait Tichémont et en partie Hatrize, il mourut en 1592 laissant pour fils, Didier de Landres, deuxième du nom, marié, le 5 juin 1587, à Judith du Hautoy.

Le 5 mai 1597, nous voyons le dénombrement donné par Didier de Landres, seigneur de Tichémont, dudit Landres, Mont, Murville, Bauzet, Haitrise en partie, écuyer d’escuries de Monseigneur de Vaudémont, de tout ce qu’il possède au village de Haitrise, etc. Signé et scellé des sceaux dudit Didier de Landres et de messire François du Hautoy, chevalier, seigneur de Nubecourt, Bullainville, Bauzet, etc., chambellan de S. A.

Didier de Landres ne cessa de faire des acquisitions ou des échanges de terres à Hatrize depuis le 1er mars 1597 jusqu’au 28 février 1635.

Le 12 octobre 1602, il obtint du bailliage de Saint-Mihiel une sentence afin de forcer les habitants de Hatrize à lui faire les corvées qui lui étaient dues. Et le 11 août 1603, il fit un partage de bois qui se trouvaient indivis entre lui et Jacqueline de Saint-Blaise, femme de Pierre de Gournay.

Le 5 juin 1619, Didier de Landres dit de Briey, seigneur de Tichémont et d’Hatrize, conseiller, chambellan de S. A., capitaine et prévost de Briey donne, tant en sa qualité d’exécuteur testamentaire du testament de feue Barbe de Hault, que comme collateur et propriétaire de la chapelle de la Conception Notre-Dame érigée en l’église de Hatrize, quittance de 150 francs par François de Hault, faisant moitié de celle de 300, légués à cette chapelle par sa sœur. Laquelle somme était due à la testatrice par feu Jean de Hault, écuyer, demeurant audit Hatrize, son père, ledit paiement fait par ledit François de Hault comme héritier seul et universel dudit Jean de Hault, son père. L’autre moitié desdits 300 fr. demeurant à la charge des héritiers de feue demoiselle Claude de Blaville, vivante femme dudit Jean de Hault, mère de ladite Barbe et belle-mère dudit François de Hault.

Didier de Landres, dit de Briey, est encore qualifié seigneur de Tichémont, dudit Landres, Mont, Murville, conseiller d’estat de S. A., capitaine et prevost dudit Briey, garde du scel du tabellionage dudit lieu dans un acte, du 28 novembre 1620, portant acquisition pour François de Baigecourt, seigneur d’Amnéville, d’une maison sise audit lieu.

La maison Des Salles nous apprend qu’Anne Dorothée de Landres, héritière unique « de tous les biens délaissées par deffunt illustre seigneur monsieur de Tichemont (Didier de Landres) », épousa en premières noces Claude, fils d’Ahraham du Hautoy seigneur de Récicourt.

Le 23 avril 1664, leur fils François du Hautoy, seigneur en partie de Landres, Mont, Murville, Tichémont, les cinq villes, Joppécourt, Hatrize, donna son dénombrement au duc de Lorraine, notamment pour cette dernière seigneurie.

Le 21 février I695, il acquit de Paul de Gournay, le tiers dans la seigneurie de Hatrize qui appartenait à la seconde femme de ce dernier. François du Hautoy obtint encore, le 9 novembre 1692, un traité qui mettait fin aux difficultés qu’il avait éprouvées près des habitants de Hatrize qui se refusaient à faire des corvées.

Le 8 octobre 1682, d’après le dénombrement que ce dernier avait donné à la chambre royale établie près le Parlement de Metz pour la moitié de la seigneurie de Tichémont, deux tiers de celle de Hatrize, pour le fief de Froidevaux et pour la vouerie du Jarnisy, il paraît qu’il y avait alors un étang flottant contre les murailles des deux châteaux. Cet acte porte à côté de sa signature le cachet de ses armes qui sont : d’argent au lion de gueulle, la queue nouée passée en sautoir, armé, compassé et couronné d’or.

L’autre moitié de la terre de Tichémont appartenait, en effet, à François de Nettancourt ou plutôt à son gendre, Charles de Lenoncourt, qui avait épousé sa fille, Charlotte de Nettancourt, et qui donna son dénombrement à la Chambre royale, le 25 octobre 1681, pour cette moitié de Tichémont et aussi pour une maison située à Labrye.

On parle dans cet acte, du vieux château qui est démoli et dont il ne reste plus que quelques murailles qui servent de séparation avec la propriété voisine. On ne voit, ajoute-t-on, en fait de construction ancienne, que « la tour et portière de la basse-cour et un petit logement de fermier, le tout fermé de fossé avec un pont-levis ».

François de Nettancourt tenait ses droits de son père, Henry de Nettancourt, seigneur de Passavant, Jopécourt, Moncel, Saint-André et Tichémont, gentilhomme de la Chambre de Mgr le duc de Bar et capitaine entretenu pour le service de France, qui figure en cette qualité dans un bail du moulin de Labry, du 13 juillet 1607, et dans une procuration, du 6 juillet 1622, qu’il donna à Symon de Broallant, escuyer, son admoniateur, demeurant à Tichémont pour vendre le quart à lui appartenant dans le moulin de Labry. Henri de Nettancourt tenait probablement ses droits sur Tichémont de son aïeul maternel, African de Haussonville.

De son mariage (1663) avec Suzanne de Constant de Trières, dame de Francfossé, François du Hautoy, qui vivait encore en 1703, laissa une fille unique, Anne Dorothée du Hautoy, mariée à Charles-François de Béon-Luxembourg, marquis de Béon, arrière-petit fils de Jean de Luxembourg, comte de Ligni et de Brienne, et Guillemette de la Marck.

Ses armes sont : écartelé au 1 de Luxembourg qui est d’argent au lion de gueules, armé, compassé de couronne d’or, la queue nouée et passée en sautoir ; au 2 d’or à la face échiqueté d’argent et de gueules; au 3 de gueule à la croix d’argent ; au 4 de France au bâton de gueule péri en bande qui est Bourbon-Condé et sur le tout d’or à deux vaches de gueule qui est de Béon maison du Languedoc.

On lit encore la date de 1702, sur un contrefort des terrasses dont la construction rappelle le grand régne, et annonce en même temps, la puissance de celui qui pouvait faire entreprendre un travail de ce genre. Aussi en fait-on honneur au marquis de Béon-Luxembourg. Les magnifiques arbres qui dominent la colline contre laquelle elles sont adossées sont évidemment de la même époque.

Veuve le 8 août 1725, Anne Dorothée du Hautoy mourut en juin 1755, sans enfant, et laissa à son neveu à la mode de Bretagne, Léopold Charles comte du Hautoy, qu’elle avait adopté, la terre de Tichémont qui se composait :
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d’un château, basses-cours immenses, belles écuries, granges, remises, greniers superbes, deux grands colombiers bien peuplés, trois maisons de ferme grandes et bien bâties, maisons de jardinier, chasseur, berger, manœuvre
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des deux maisons, jardins et enclos contenant : 100 jours de terres de jardins, vergers, chènevières, légumiers, orangerie, canaux, réservoirs – 900 jours de terres labourables – 120 fauchées de prés – 1 700 à 1 800 arpents de bois – une lieue de pêche dans la rivière d’Orne
- de la vouerie du Jarnisy qui donnait le droit de chasse sur 20 à 24 bans de la baronie de Froideveau qui n’est rien autre chose qu’un fief situé sur un terrain où est à présent bâti partie de la ville de Briey
-
d’un colombier à Jarny et enfin d’un logement, jardin et pré à l’hermitage de Vallières.

M. Léopold-Charles, comte du Hautoy, seigneur de Gussainville et de Tichémont, chevalier de Saint-Louis, capitaine au régiment d’infanterie du roi, céda cette terre, sauf l’ermitage de Vallières par transactions des 12 et 22 novembre 1768, à M. Joseph-François Coster, avocat au Parlement, conseiller du roy, secrétaire et greffier de sa Majesté aux états et commandement du Languedoc.

Ce dernier vendit cette seigneurie, le 14 octobre 1769, à M. Pierre-Gabriel Launay de Montaigu, commissaire des guerres, gouverneur de Badonvillers, et, le 31 octobre suivant, il lui vendit aussi un logement, un jardin et un pré à Vallières.

Le 2 février 1770, le roi confirma, comme dépendant directement de lui, cette acquisition de Tichémont avec la baronnie de Froideveau et la vouerie du Jarnisy au sieur Launay de Montaigu, seigneur de Tichémont et de Cirey en Vosges, qui en fit hommage à la Chambre des Comptes de Lorraine et Barrois, les 16 et 21 mai 1770.

Sa veuve, dame Marthe-Françoise-Gabrielle de Tourville, assistée du curateur de ses enfants mineurs, vendit cette terre, le 22 novembre 1776, à M. Antoine Dominique Jacques Joseph Dosquet, écuyer, conseiller, secrétaire du roi, lieutenant-colonel de la milice bourgeoise de Metz, et à son épouse dame Claude-Antoinette Martinfort.

Le roi confirma cette acquisition, le 14 février 1777, et M. Dosquet fut mis en possession de la vouerie du Jarnisy, le 8 août suivant, par un sieur Damien Nicolas, notaire, tabellion royal au bailliage de Briey, en recevant sur la place devant l’église de Jarny, une pierre afin d’en opérer la tradition : formalité qui est aujourd’hui remplacée par la transcription du contrat au bureau des hypothèques.

Cette terre passa enfin, le 6 prairial an XI (26 mai 1803), entre les mains de M. François-Benoit-Charles-Pantaléon Durand, conservateur général des forêts des départements de la Moselle, des Ardennes et des Forêts, et à dame Anne Charlotte Lançon, son épouse, suivant les termes du contrat d’acquisition. Leur fille, Mme la baronne de Bonaffos, l’habite aujourd’hui.

Ceux qui ne sont pas indifférents aux beautés un peu sévères de la nature, peuvent contempler dans tout leur développement, les nombreuses plantations dont M. Durand s’est plu à embellir sa propriété.

 

Les photographies du château de Tichémont proviennent de ce site qui répertorie tous les châteaux de France, et sont publiées avec l’aimable autorisation des administrateurs du site.

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