Petite promenade dans les rues de Verdun (4)

 

 

Quatrième promenade dans les rues de Verdun au début du XXe siècle. Je vous invite à visiter les ponts et la Tour Chaussée.

 

D’après la monographie « Verdun promenade historique et pittoresque » — Edmond Pionnier – 1901

La Meuse – Les ponts – La Tour Chaussée

 

Petite promenade dans les rues de Verdun (4) dans La Meuse d'Antan La-Meuse-150x91La Meuse en amont de Verdun se bifurque en deux bras : l’un prend la direction Nord. Arrêté dans sa course par le Mont Saint-Vannes, il tourne vers l’Est et pénètre en ville à hauteur de l’église Saint-Amand. C’est le bras Saint-Vannes, le plus important au XVe siècle, et que les bateliers utilisèrent jusqu’au jour où ils durent l’abandonner, à cause de ses périlleuses fantaisies, pour le deuxième bras, le Moson.

Le Moson, protégé à son entrée dans le rempart par la grande Grille, divisé dans son parcours en plusieurs canaux, constituait la route suivie du XVIe au XVIIIe siècle par les barques qui traversaient Verdun. Un troisième bras, que le Moson saignait aux hautes écluses, par une dérivation faite de main d’homme, n’avait nullement l’importance qu’il a acquise à la fin du XVIIe siècle et surtout depuis que le canal de l’Est, branche Nord, emprunte son lit. On l’appelait le Preillon ou Praillon, ruisseau du Pré, faubourg à peine habité et enserré entre le Preillon et le bras Saint-Vannes. Une partie de ses eaux se mêlait à celles d’un bras du Moson, le petit bras ou Brachieul ; une autre partie, la Ruisselette ou Rousselette, contournait à l’Ouest le Pré et tombait dans le bras Saint-Vannes, en face de Saint-Amand.

Ce ne fut que lorsque Vauban eut modifié le système de défense que le Preillon fut élargi et régularisé. Comme aujourd’hui, le bras Saint-Vannes rejoignait le Preillon en aval du Pont des Augustins, et le Moson confluait en amont du Pont de la Chaussée.

Le bras Saint-Vannes était barré par la porte aux Foins ou de Notre-Dame qui s’ouvrait aux temps de la fenaison à l’extrémité nord-est du pré l’Évêque, par le pont des Raines (Pont des Grenouilles) ou pont Saint-Amand depuis la translation de l’église, et par le Moulin-l’Évêque, établi au XIe siècle par l’Évêque Albéron de Chiny, puis passé par la suite dans le domaine du Chapitre et qui aurait été détruit en 1772 sans l’habileté des propriétaires. Les ingénieurs prétendaient, non sans raison, que son bief occasionnait de continuels dégâts dans les prairies supérieures. C’est actuellement une usine destinée à produire l’étectricité nécessaire à l’éclairage de la ville.

Le pont Saint Nicolas ou pont des Augustins était mal agencé, peu solide. On y parvenait par de véritables cloaques impraticables à des voitures lourdement chargées. Il était fermé par une porte flanquée de deux tourelles, qui s’effondraient au début du XVIIIe siècle. En 1730, on démolit la porte et on ne laissa subsister des tourelles que les assises inférieures, parce que l’une d’elles servait de point d’appui à la toiture d’un corps de garde que l’on voulait conserver. Ces débris disparurent en 1739. Lors des fouilles faites en 1873, dans le jardin dont la pointe sépare les deux bras de la Meuse, on découvrit des substructions, vestiges possibles des anciennes tours. Un pont, charpenté de fer, succède au pont de bois visible il y a quelques années encore.

Pont-et-rue-Beaurepaire-150x97 dans La Meuse d'AntanLe pont Sainte-Croix, devenu pont Beaurepaire, le plus ancien de Verdun, était protégé du côté de Mazel par une porte que l’on supprima en même temps que les tronçons des tourelles des Augustins, lorsque le comte de Belle-Isle, gouverneur de la province, prescrivit l’alignement et l’élargissement des rues les plus fréquentées. Son nom lui vient d’une croix qui surmontait au moyen âge l’arche centrale.

Une légende sinistre se rattache à son histoire : vers l’an 540, Deutérie, la femme du roi d’Ostrasie Théodebert, jalouse d’une fille qu’elle avait eue de son premier mariage, aposta, lors du passage de son enfant dans Verdun, des gens qui au moment où elle s’engageait sur le pont, la précipitèrent avec son lourd chariot et les bœufs qui le traînaient dans les flots de la Meuse.

Un pont construit vers 1090 relia pendant moins de deux siècles la rue du Port et la rive droite. Au XVIIIe siècle, son emplacement était occupé par deux moulins, celui de la Madeleine situé à l’extrémité de la rue du Port, celui de Saint-Maur planté de l’autre côté, et réunis par un fort barrage en pierres de taille.

Pont-et-Porte-Chausée-150x95Enfin, au pied de la tour Chaussée, le pont Chaussée. Le pont Chaussée doit son origine aux fondateurs de l’hôpital saint Nicolas de Gravière, Constantius et sa femme Efficia. On le connut sous le nom de pont Dame Deie, ou de la Maison-Dieu (domus dei), c’est-à-dire de l’hôpital, puis pont à Gravière, ensuite de pont de la Chaussée parce qu’il aboutissait à la belle route que les chartes intitulent « la chaulcie fuers Verdun », et qui fut également l’œuvre de Constantius et d’Efficia. Ce pont, en bois comme celui de Sainte-Croix et des Augustins, s’étendait à peu près jusqu’à la naissance du rempart du Sud et portait vers son milieu, la tour du Pont-Levis, supprimée en 1688.

La Meuse n’était pas endiguée et des inondations désolaient souvent les quartiers bas. En décembre 1740, le débordement le plus considérable, dont les registres publics aient gardé le souvenir, renversa la plupart des ponts et des moulins, abattit des pans entiers de l’enceinte primitive, se répandit dans toute la ville basse et en certains endroits atteignit la hauteur du premier étage. Ces catastrophes provenaient d’abord du peu de largeur du pont Sainte-Croix, tellement étroit, qu’en temps de crue, le débit y était moitié moindre que celui du Preillon et du bras Saint-Vannes. D’autre part, le barrage des moulins de la Madeleine et de Saint-Maur maintenait les eaux à un niveau trop élevé et augmentait encore les difficultés de l’écoulement. Aussi, à partir de 1775 fit-on disparaître le barrage, ce qui entraîna la suppression des moulins de la Madeleine et de Saint-Maur. Quant au pont Sainte-Croix, rebâti en pierres de 1782 à 1785, il fut allongé de cinq mètres environ. Ces travaux eurent pour conséquence d’abaisser le niveau des eaux et d’arrêter ces accidents, auxquels a mis fin le tracé du canal de l’Est.

En 1876-1877, on dragua la Meuse pour la rendre navigable et l’on retira de la vase des objets de toutes les époques, que les vingt siècles de l’histoire de Verdun avaient dispersés dans ses flots : des épées, des fers de lance, des haches, des clefs, des serrures, des médailles, des monnaies. On retrouva les poutres en cœur de chêne, dures comme du fer, du pont du XIe siècle, mais aucune trace du char de la fille de Deutérie.

Aujourd’hui, la rive droite est suivie par un quai magnifique, et il ne reste, témoins des temps écoulés, que les façades postérieures des maisons de la rue Neuve, quelques coins pittoresques de la rue des Rouyers et la tour Chaussée.

La-tour-chausée-150x95La tour Chaussée fut élevée par le magistrat Jean Wautrec. Elle remonte à la seconde partie du XIVe siècle. D’aspect imposant avec deux grosses tours jumelles, rondes, rattachées par un portique qui abrite le couloir et la chambre des herses, elle comprend trois étages et se termine par un couronnement à créneaux et mâchicoulis.

Échantillon presque vierge de l’architecture militaire du moyen-âge, elle a été déflorée par un portail en plein-cintre surmonté d’un fronton d’ordre toscan qui dissimule l’ancienne porte ogivale, et qu’on lui a annexé en 1690. A cette date, le sol s’affaissa et l’on dut restaurer la moitié contiguë à la ruelle des Sergents. Sauf l’innovation signalée, on a copié la moitié septentrionale demeurée telle qu’au XIVe siècle.

En 1755, l’État l’obtint gratuitement de la ville et en fit jusqu’à 1860 une prison militaire. En compensation, la cité fut déchargée du paiement des gages du concierge et de l’entretien des anciennes prisons. L’État s’est trouvé de nos jours embarrassé de son acquisition. Il l’a mise en vente et la ville, en 1899, a racheté ce qui logiquement lui appartenait pour la modique somme de 5 025 francs. Il y a une vingtaine d’années, le Génie trouva le porche trop étroit pour la circulation des troupes et voulut y percer une seconde ouverture. On parla même de renverser la tour, mais l’opinion publique s’émut et la tour demeura intacte. Cependant le pont-levis fut supprimé, et l’on creusa au nord dans le rempart une large voie. Enfin, l’émotion se calma lorsqu’un arrêté du 21 mars 1881, classant la tour comme monument historique, en garantit la perpétuité.

 

Promenade suivante sur la rive droite de la Meuse – L’hôtel de ville – La place Marché

 

 


Archive pour 11 février, 2012

Petite promenade dans les rues de Verdun (4)

 

 

Quatrième promenade dans les rues de Verdun au début du XXe siècle. Je vous invite à visiter les ponts et la Tour Chaussée.

 

D’après la monographie « Verdun promenade historique et pittoresque » — Edmond Pionnier – 1901

La Meuse – Les ponts – La Tour Chaussée

 

Petite promenade dans les rues de Verdun (4) dans La Meuse d'Antan La-Meuse-150x91La Meuse en amont de Verdun se bifurque en deux bras : l’un prend la direction Nord. Arrêté dans sa course par le Mont Saint-Vannes, il tourne vers l’Est et pénètre en ville à hauteur de l’église Saint-Amand. C’est le bras Saint-Vannes, le plus important au XVe siècle, et que les bateliers utilisèrent jusqu’au jour où ils durent l’abandonner, à cause de ses périlleuses fantaisies, pour le deuxième bras, le Moson.

Le Moson, protégé à son entrée dans le rempart par la grande Grille, divisé dans son parcours en plusieurs canaux, constituait la route suivie du XVIe au XVIIIe siècle par les barques qui traversaient Verdun. Un troisième bras, que le Moson saignait aux hautes écluses, par une dérivation faite de main d’homme, n’avait nullement l’importance qu’il a acquise à la fin du XVIIe siècle et surtout depuis que le canal de l’Est, branche Nord, emprunte son lit. On l’appelait le Preillon ou Praillon, ruisseau du Pré, faubourg à peine habité et enserré entre le Preillon et le bras Saint-Vannes. Une partie de ses eaux se mêlait à celles d’un bras du Moson, le petit bras ou Brachieul ; une autre partie, la Ruisselette ou Rousselette, contournait à l’Ouest le Pré et tombait dans le bras Saint-Vannes, en face de Saint-Amand.

Ce ne fut que lorsque Vauban eut modifié le système de défense que le Preillon fut élargi et régularisé. Comme aujourd’hui, le bras Saint-Vannes rejoignait le Preillon en aval du Pont des Augustins, et le Moson confluait en amont du Pont de la Chaussée.

Le bras Saint-Vannes était barré par la porte aux Foins ou de Notre-Dame qui s’ouvrait aux temps de la fenaison à l’extrémité nord-est du pré l’Évêque, par le pont des Raines (Pont des Grenouilles) ou pont Saint-Amand depuis la translation de l’église, et par le Moulin-l’Évêque, établi au XIe siècle par l’Évêque Albéron de Chiny, puis passé par la suite dans le domaine du Chapitre et qui aurait été détruit en 1772 sans l’habileté des propriétaires. Les ingénieurs prétendaient, non sans raison, que son bief occasionnait de continuels dégâts dans les prairies supérieures. C’est actuellement une usine destinée à produire l’étectricité nécessaire à l’éclairage de la ville.

Le pont Saint Nicolas ou pont des Augustins était mal agencé, peu solide. On y parvenait par de véritables cloaques impraticables à des voitures lourdement chargées. Il était fermé par une porte flanquée de deux tourelles, qui s’effondraient au début du XVIIIe siècle. En 1730, on démolit la porte et on ne laissa subsister des tourelles que les assises inférieures, parce que l’une d’elles servait de point d’appui à la toiture d’un corps de garde que l’on voulait conserver. Ces débris disparurent en 1739. Lors des fouilles faites en 1873, dans le jardin dont la pointe sépare les deux bras de la Meuse, on découvrit des substructions, vestiges possibles des anciennes tours. Un pont, charpenté de fer, succède au pont de bois visible il y a quelques années encore.

Pont-et-rue-Beaurepaire-150x97 dans La Meuse d'AntanLe pont Sainte-Croix, devenu pont Beaurepaire, le plus ancien de Verdun, était protégé du côté de Mazel par une porte que l’on supprima en même temps que les tronçons des tourelles des Augustins, lorsque le comte de Belle-Isle, gouverneur de la province, prescrivit l’alignement et l’élargissement des rues les plus fréquentées. Son nom lui vient d’une croix qui surmontait au moyen âge l’arche centrale.

Une légende sinistre se rattache à son histoire : vers l’an 540, Deutérie, la femme du roi d’Ostrasie Théodebert, jalouse d’une fille qu’elle avait eue de son premier mariage, aposta, lors du passage de son enfant dans Verdun, des gens qui au moment où elle s’engageait sur le pont, la précipitèrent avec son lourd chariot et les bœufs qui le traînaient dans les flots de la Meuse.

Un pont construit vers 1090 relia pendant moins de deux siècles la rue du Port et la rive droite. Au XVIIIe siècle, son emplacement était occupé par deux moulins, celui de la Madeleine situé à l’extrémité de la rue du Port, celui de Saint-Maur planté de l’autre côté, et réunis par un fort barrage en pierres de taille.

Pont-et-Porte-Chausée-150x95Enfin, au pied de la tour Chaussée, le pont Chaussée. Le pont Chaussée doit son origine aux fondateurs de l’hôpital saint Nicolas de Gravière, Constantius et sa femme Efficia. On le connut sous le nom de pont Dame Deie, ou de la Maison-Dieu (domus dei), c’est-à-dire de l’hôpital, puis pont à Gravière, ensuite de pont de la Chaussée parce qu’il aboutissait à la belle route que les chartes intitulent « la chaulcie fuers Verdun », et qui fut également l’œuvre de Constantius et d’Efficia. Ce pont, en bois comme celui de Sainte-Croix et des Augustins, s’étendait à peu près jusqu’à la naissance du rempart du Sud et portait vers son milieu, la tour du Pont-Levis, supprimée en 1688.

La Meuse n’était pas endiguée et des inondations désolaient souvent les quartiers bas. En décembre 1740, le débordement le plus considérable, dont les registres publics aient gardé le souvenir, renversa la plupart des ponts et des moulins, abattit des pans entiers de l’enceinte primitive, se répandit dans toute la ville basse et en certains endroits atteignit la hauteur du premier étage. Ces catastrophes provenaient d’abord du peu de largeur du pont Sainte-Croix, tellement étroit, qu’en temps de crue, le débit y était moitié moindre que celui du Preillon et du bras Saint-Vannes. D’autre part, le barrage des moulins de la Madeleine et de Saint-Maur maintenait les eaux à un niveau trop élevé et augmentait encore les difficultés de l’écoulement. Aussi, à partir de 1775 fit-on disparaître le barrage, ce qui entraîna la suppression des moulins de la Madeleine et de Saint-Maur. Quant au pont Sainte-Croix, rebâti en pierres de 1782 à 1785, il fut allongé de cinq mètres environ. Ces travaux eurent pour conséquence d’abaisser le niveau des eaux et d’arrêter ces accidents, auxquels a mis fin le tracé du canal de l’Est.

En 1876-1877, on dragua la Meuse pour la rendre navigable et l’on retira de la vase des objets de toutes les époques, que les vingt siècles de l’histoire de Verdun avaient dispersés dans ses flots : des épées, des fers de lance, des haches, des clefs, des serrures, des médailles, des monnaies. On retrouva les poutres en cœur de chêne, dures comme du fer, du pont du XIe siècle, mais aucune trace du char de la fille de Deutérie.

Aujourd’hui, la rive droite est suivie par un quai magnifique, et il ne reste, témoins des temps écoulés, que les façades postérieures des maisons de la rue Neuve, quelques coins pittoresques de la rue des Rouyers et la tour Chaussée.

La-tour-chausée-150x95La tour Chaussée fut élevée par le magistrat Jean Wautrec. Elle remonte à la seconde partie du XIVe siècle. D’aspect imposant avec deux grosses tours jumelles, rondes, rattachées par un portique qui abrite le couloir et la chambre des herses, elle comprend trois étages et se termine par un couronnement à créneaux et mâchicoulis.

Échantillon presque vierge de l’architecture militaire du moyen-âge, elle a été déflorée par un portail en plein-cintre surmonté d’un fronton d’ordre toscan qui dissimule l’ancienne porte ogivale, et qu’on lui a annexé en 1690. A cette date, le sol s’affaissa et l’on dut restaurer la moitié contiguë à la ruelle des Sergents. Sauf l’innovation signalée, on a copié la moitié septentrionale demeurée telle qu’au XIVe siècle.

En 1755, l’État l’obtint gratuitement de la ville et en fit jusqu’à 1860 une prison militaire. En compensation, la cité fut déchargée du paiement des gages du concierge et de l’entretien des anciennes prisons. L’État s’est trouvé de nos jours embarrassé de son acquisition. Il l’a mise en vente et la ville, en 1899, a racheté ce qui logiquement lui appartenait pour la modique somme de 5 025 francs. Il y a une vingtaine d’années, le Génie trouva le porche trop étroit pour la circulation des troupes et voulut y percer une seconde ouverture. On parla même de renverser la tour, mais l’opinion publique s’émut et la tour demeura intacte. Cependant le pont-levis fut supprimé, et l’on creusa au nord dans le rempart une large voie. Enfin, l’émotion se calma lorsqu’un arrêté du 21 mars 1881, classant la tour comme monument historique, en garantit la perpétuité.

 

Promenade suivante sur la rive droite de la Meuse – L’hôtel de ville – La place Marché

 

 

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