Le siège de Metz en 1552

 

 

 

D’après la monographie « La France guerrière » – Charles d’Héricault – Louis Moland - 1868

 

Le siège de Metz est un des plus mémorables de l’ancienne France, et peu d’aventures de guerre excitèrent aussi vivement l’attention de l’Europe, l’émotion de l’Allemagne et l’enthousiasme de la France.

Le siège de Metz en 1552 dans La Moselle d'Antan Siege-de-1552-119x150La faiblesse de la ville, la puissance des moyens employés pour l’attaquer, les terribles conséquences que devait avoir sa reddition, tout explique cet intérêt que les incidents de la défense firent croître jusqu’à l’angoisse et l’exaltation patriotique.

Metz, dominée par des hauteurs voisines, était facile à battre de beaucoup de côtés, et elle ne pouvait même pas cacher aux ennemis les mouvements intérieurs de la défense, les préparatifs des sorties, les travaux des fortifications. Nous voyons que ce fut là un des grands sujets de préoccupation pour les assiégés. Elle était fortifiée à l’ancienne mode, c’est-à-dire de façon à ne pouvoir résister à l’artillerie.

Sa muraille était nue, non remparée. Elle n’avait aucun épaulement, aucun ouvrage avancé, aucun bastion. Entourée de trois côtés, au nord, à l’est et à l’ouest, par deux rivières, la Moselle et la Seille, elle était, du côté du sud, presque ouverte et défendue seulement par un vieux boulevard.

De plus, elle avait un développement considérable, il fallait presque une armée pour la défendre. Cette armée, la France menacée sur toute sa frontière du nord et de l’est, depuis Strasbourg jusqu’à Boulogne, et abandonnée par ses alliés, la France ne l’avait pas. Enfin, non seulement il n’y avait pas à se fier au dévouement des habitants, mais on devait compter, au contraire, sur l’antipathie, sur l’hostilité plus ou moins déclarée de la ville.

Celle-ci, hier encore, ville libre de l’Empire, république aristocratique, très fière, très riche, tout indépendante, occupée par surprise, était plus impériale sans doute que française, et M. de Brabançon, lieutenant de la reine de Hongrie, un des principaux officiers de l’Empereur, se vantait d’avoir des intelligences avec les plus notables habitants, les Tallanges, les Baudoche, les Gournay, « les plus anciens gentilshommes de la ville de Metz ».

Charles-Quint était là en personne, le puissant empereur, le redouté, le victorieux, avec une armée supérieure en nombre à toutes celles qu’il avait jamais mises sur pied. Il y avait réuni les plus braves de ses soldats, les plus énergiques représentants de ses peuples innombrables, depuis la Baltique jusqu’au détroit de Gibraltar. Tout ce qui était vaillant en haute et basse Allemagne, dans les Pays-Bas, en Espagne, en Italie, était venu se joindre à lui pour prendre part à cette curée de la France.

Il y avait autour de la ville cent quarante-trois enseignes allemandes, vingt-sept espagnoles, seize italiennes, plus de douze mille cavaliers, cent quatorze pièces d’artillerie, en résumé près de cent mille hommes, dont soixante mille de fort bonnes troupes et sept mille pionniers.

L’Empereur avait juré qu’après cette armée, il lui en viendrait une autre, deux autres, trois autres, et qu’il ne quitterait pas Metz avant d’avoir repris cette ville impériale, dont la conquête le menait, par la Champagne ouverte, jusqu’au cœur de la France. Il avait su intéresser à sa querelle la vanité germanique : comment laisser, entre les mains des Français, le duché de Lorraine et les trois évêchés Metz, Toul et Verdun ? N’était-ce pas terre allemande ?

C’était là encore ce qui donnait à ce siège un si poignant intérêt : la grosse querelle entre la Gaule et la Germanie, entre l’Empire et la France, continuait. Nous avions été bien souvent vaincus dans cette lutte, pendant le règne du grand et chevaleresque roi François Ier.

Le jeune Henri II allait-il être plus heureux ? Il avait su habilement profiter de la guerre religieuse et civile, des dissensions entre l’Empereur et les princes protestants, pour conquérir, au commencement de l’année l552, cette partie de « l’héritage des Francs», que les troubles de la féodalité en avaient séparé. Il voulait aller plus loin et reprendre tout le territoire de la Gaule jusqu’au Rhin. C’était un projet national et, dit Vieilleville, « toute la jeunesse des villes quittait père et mère, pour se faire enrôler ». On voulait voir la rivière du Rhin.

Mais les Allemands avaient bien vite fait la paix entre eux. Tous les confédérés avaient abandonné le roi de France. Seul, le margrave Albert de Brandebourg, l’un des fondateurs de la monarchie prussienne, lui était resté en apparence fidèle. Mais en réalité, préoccupé de projets de trahison, il cherchait uniquement à rendre cette trahison plus dangereuse pour la France. Il avait parfaitement réussi.

Après avoir, étant encore à la solde de la France, pillé les alliés de la France, mis à feu et à sang, avec une véritable rage, tous les pays qu’il parcourait, après avoir essayé de s’introduire, sous couleur d’amitié, dans Metz, il demanda, préparant de loin sa trahison, avec une fourberie de marchand plutôt que d’homme de guerre, au duc de Guise le partage des provisions, que celui-ci avait eu tant de peine à rassembler dans la ville.

Puis, sentant que sa conduite équivoque n’allait bientôt plus tromper le roi Henri II, il se jeta sur un petit corps de cavalerie française qui l’accompagnait, l’écrasa, fit prisonnier son chef, le duc d’Aumale, frère du duc de Guise, et, le traitant avec une insolence lâche et grossière, il l’amena à l’Empereur, auprès duquel il se rendit avec toute son armée.

Ce fut là une des causes de cette angoisse qui saisit les Français au commencement du siège. Il y en avait d’autres encore. Le comte de Reux, général de l’Empereur, avait envahi le nord de la France, avait pris Noyon, Nesle, Roie, Hesdin, une de nos villes les plus fortes. Il avait fallu que le roi et le connétable de Montmorency quittassent Saint-Mihiel où ils étaient venus pour secourir Metz et qu’ils se rendissent dans la Picardie avec la petite armée qu’ils avaient rassemblée.

Le duc de Guise n’avait donc plus rien à attendre que de lui, et du courage de ses soldats. Mais ses soldats étaient la fleur de la noblesse et de l’armée françaises. Quant à lui, il montra des qualités d’énergie, de prévoyance, de prudence et d’activité qui en font un de ces hommes de guerre dont la patrie peut être fière.

Il était arrivé dans la ville dès le 17 août, et depuis ce jour jusqu’à la fin du siège, personne ne lui vit plus donner une heure à son plaisir personnel. Tout était à faire en cette ville de huit à neuf mille pas de tour, et qui n’était réellement défendue en aucun endroit. Avec l’aide de gens experts en l’art des fortifications, de l’illustre Pierre Strozzi, de Camille Marini, de M. de Gounor et surtout du vieux M. de Saint-Remy, l’ingénieur qui commençait à enlever aux Italiens la renommée d’être les plus habiles artificiers du monde, avec l’aide de ces personnages, Guise s’était mis à visiter les murailles et à entreprendre de fortifier la place.Francois-de-Lorraine-duc-de-Guise-109x150 dans La Moselle d'Antan

Il y procéda avec cette fermeté qui ne reculait devant rien, avec ce génie d’observation qui ne se démentit jamais et qui lui fit dès lors, comme en toutes les circonstances du siège, deviner les réflexions, les projets, les ruses, les tentatives de l’ennemi, avec toutes ces qualités enfin que nous venons d’énumérer plus haut et parmi lesquelles il faut toujours rappeler une infatigable activité.

On rempara les murailles, on fit les fossés, les tranchées, les bastions. On abattit sans pitié tons les bâtiments qui joignaient les murs. On changea les églises en citadelles, et sur les hauts clochers on établit des plates-formes, chargées de canons destinés à répondre à ceux que les ennemis ne manqueraient pas de disposer sur les montagnes voisines.

Il fallait, tout en travaillant sans relâche et en faisant appel aux habitants du pays messin, songer à la moisson qui demandait tous les bras des paysans, car la récolte du blé et du raisin qui se préparait, était tout aussi nécessaire à la défense que les bonnes murailles et les plus grands courages.

Dès ce moment, on se mit donc à l’œuvre, et comme on continua de le faire au travers de toutes les péripéties du siège, « chacun, dit un des témoins, fut occupé à porter la terre pour remparer jour et nuit. Messieurs les princes, seigneurs, capitaines, lieutenants, les généraux, M. de Guise lui-même, portaient la hotte, pour donner courage aux soldats et aux citoyens à faire de même. Ce que tous faisaient, jusqu’aux dames et demoiselles. Et ceux qui n’avaient pas de hottes s’aidaient de chaudrons, paniers, sacs, draps, de tout ce qui pouvait servir à transporter la terre. Quant à M. de Guise, il faisait porter son diner aux endroits où l’on travaillait, pour surveiller et encourager, et il ne sortait de la ville que pour aller visiter le pays et se rendre bien compte des endroits où les ennemis seraient tentés de s’établir et où les Français pourraient dresser des embuscades ».

Il fit ensuite affluer dans la ville toutes les provisions du pays. Il fit améliorer et changer les vieilles poudres qui pourrissaient dans les magasins depuis quarante ans, et rompit à la future discipline du siège les soldats et les gentilshommes qui accouraient de toutes parts.

C’est alors qu’il dut se livrer à une lutte diplomatique avec ce margrave Albert de Brandebourg, qui, en invoquant sa position d’allié du roi de France dont il touchait la solde et qu’il se préparait à trahir, essayait toute fourberie, tantôt pour attirer Guise dans un guet-apens, tantôt pour se faire livrer une porte de la ville et introduire ses Prussiens dans la cité, mais surtout pour se faire donner les provisions que le gouverneur avait rassemblées à si grand’peine.

Guise se défiait de ce personnage et, sans lui donner prétexte de fâcherie, il sut déjouer toutes ses ruses. Mais la conduite du margrave devint si équivoque, que le connétable, campé à Saint-Mihiel, n’osa envoyer les secours d’hommes et d’artillerie attendus par la ville. Cette artillerie surtout fit grand défaut. Quant aux hommes, l’enthousiasme avec lequel toute la noblesse française accourait défendre cette porte d’entrée de la France, aida à combler les vides de la garnison.

Du reste, à ce moment on n’avait encore que des craintes. Ou savait que l’Empereur avait convoqué ses capitaines de tous pays et qu’il rassemblait, entre Inspruck, Munich, Augsbourg et Ulm, une année formidable. Puis cette armée s’ébranla. Elle passa le Rhin.

Les capitaines que Guise envoyait à la découverte lui rapportaient que les Impériaux étaient à Spire, puis aux Deux-Ponts, à quinze lieues de Metz. Les probabilités du siège augmentaient. On pressa la rentrée des provisions de toute sorte et on concentra dans la ville les petits corps répandus dans le voisinage. Puis, on détruisit tous les faubourgs de Metz, de crainte que les ennemis n’y trouvassent des facilités pour approcher les murailles et les battre à l’abri.

La fin de septembre était venue. L’automne était aussi beau que l’hiver devait être rigoureux. L’armée allemande avançait toujours et toujours grossissait. Elle touchait à la Moselle, puis à la Sarre. Elle était à Saarbruck, puis à Forbach, à sept lieues de Metz.

Il était difficile de douter désormais des intentions de l’Empereur. Les escarmouches commençaient entre la cavalerie envoyée par François de Guise et les coureurs de l’avant-garde allemande. Tous les renseignements étaient d’accord pour faire monter l’armée ennemie à plus de cent vingt mille hommes, et c’est aussi l’opinion de quelques-uns des annalistes contemporains.

Guise avait alors quatre mille cinq cents hommes de pied et six cent vingt hommes de cavalerie, et il prévoyait bien qu’il n’avait pas grand secours à espérer désormais. Mais il savait que cette petite armée « était composée de gens de bien, » et il se résolut à s’enfermer dans la place et à la défendre jusqu’à la mort.

Toutefois, comme il n’y avait à attendre que peu d’aide des habitants, et qu’il y avait à craindre la trahison de plusieurs d’entre eux, comme il fallait, en ce péril suprême, avec une si petite troupe, en face d’une telle armée, être au moins à peu près sûr de la cité qu’on défendait, le duc, après avoir pris toutes précautions pour protéger les biens des habitants, les engagea à quitter la ville et il n’y garda qu’une centaine de prêtres, pour célébrer le service divin, et environ deux mille ouvriers de tous états.

La noblesse française accourait toujours à Metz comme à un rendez-vous d’honneur. Un prince du sang de France, le prince de la Roche-sur-Yon venait d’arriver suivant deux princes lorrains, un prince de Savoie, le duc de Nemours, le duc Horace Farnèse, et une foule de seigneurs, de capitaines, de gens d’armes.

Les ennemis approchaient toujours, les escarmouches devenaient plus fréquentes, car Guise, suivant le système qu’il employa jour et nuit pendant tout le siège, ne laissait pas aux Impériaux une heure de repos.

Le 17 octobre, la cavalerie ennemie était aux Étangs, à trois lieues de Metz. Le 19, les deux généraux de l’Empereur, deux généraux renommés du seizième siècle, le duc d’Albe et le marquis de Marignan, vinrent, avec vingt mille hommes, reconnaître la ville. Le siège était commencé.

Du haut de la Belle-Croix, les généraux étudièrent attentivement les fortifications tandis que leurs troupes tâtaient les nôtres à divers endroits de la ville. Mais elles les trouvaient « roides et assurées ». L’escarmouche dura depuis onze heures jusqu’au soir. Les ennemis se retirèrent laissant les Français très fiers de ce début, et pendant trois jours, on fut en repos. On en profita pour activer le travail des fortifications, quoique avec une si grande ville et qui avait tant de côtés faibles, on ne sût « auquel on devait premièrement entendre ».

Le 20 du mois, à cinq heures du matin, un grand bruit de tambours battant aux champs annonça que l’armée approchait. En effet, à sept heures, quand le brouillard tomba, on vit apparaître l’avant-garde au nord de la cité. Une partie de l’armée ennemie grimpa le mont Chatillon, pour y asseoir le camp, tandis que le reste se tenait en bataille au nord-est, jusqu’à ce que le camp fût logé. Ce soir-là, à minuit, arrivèrent à Metz deux princes du sang de France, le duc d’Enghien, le prince de Condé, les deux fils du connétable, accompagnés d’une centaine de gentilshommes. On prit les dernières dispositions pour faire régner la plus dure discipline, pour ne laisser aux traîtres et aux espions aucune occasion d’intelligence avec les ennemis, et on distribua les postes de combat.

A la fin du mois le siége avait pris les plus vives allures, et comme le dit une des nombreuses chansons populaires qui célèbrent si curieusement ce grand évènement :

Le mardi, devant la Toussaint,
Est arrivée la Germanie
A la Belle-Croix des Messins,
Faisant grande escarmoucherie.
Mais les Français, d’âme hardie,
Au-devant d’eux s’en sont allés.
C’était pour rompre leur folie
De venir voir en nos fossés.

Doubles canons ils ont menés
A la Belle-Croix dessus dite,
Pour battre le Palais de Metz.
Les grandes églises et petites.
Mais ils ont trouvé les reliques.
Aux Carmes et aux Cordeliers,
De deux pièces d’artillerie
De quoi on les a salués.

Les Allemands rentrèrent à leur cantonnement du mont Chatillon. Mais ils y restèrent peu. Le jour de la Toussaint, ils commencèrent à descendre vers la partie méridionale. Le marquis de Brabançon, avec les gens des Pays-Bas, garda cette première position et y établit un camp que les Français nommèrent malicieusement le camp de la reine Marie. Le duc d’Albe et le gros de l’armée vinrent s’établir entre les deux rivières, en face de la muraille du sud, qui était la partie la moins naturellement forte de la place.

Les autres quartiers de la ville avaient jusque-là donné tant d’affaires aux assiégés, que l’on n’avait pu travailler beaucoup à celui-ci. L’on se mit à la besogne avec une sorte de fureur et au bout de huit jours l’on avait construit, derrière la vieille muraille, un rempart haut déjà de trois pieds, et de vingtquatre pieds de large. Les ennemis s’étaient établis dans toutes les ruines des faubourgs, des abbayes, des hameaux, situés entre la Moselle et la Seille. Les tranchées étaient commencées ainsi que tous les terrassements qui devaient porter l’artillerie des assiégeants.

Pendant ces huit jours, les mauvaises nouvelles se succédèrent, comme pour nous enlever le courage. D’abord, on vit, à l’essai, que la grosse artillerie, trouvée dans la ville, était mauvaise. Les pièces éclatèrent. Il nous fut impossible de nous opposer, autrement que par des sorties et des escarmouches, aux mouvements, un peu lointains, de l’ennemi. Il fallut que le duc improvisât des canonniers, pour essayer de faire refondre les vieilles pièces.

On apprit, d’un trompette ennemi, la prise de Hesdin par les troupes de l’Empereur, et les incidents qui forçaient le roi et le connétable à quitter les environs de la Lorraine et à faire perdre aux assiégés, l’espérance de secours.

Guise, à la première nouvelle de ces échecs en Picardie, avait, du reste, envoyé un homme d’esprit et de hardiesse, Thomas Delvêche, auprès du roi, pour lui dire qu’il ne s’inquiétât point de Metz : elle avait des vivres pour longtemps, et il connaissait assez le cœur et la vertu des gens de bien qui étaient dans la ville pour espérer, avec la grâce de Dieu, la défendre contre tous les assauts.

On avait découvert des espions et des intelligences entre la place et les assaillants. On remarquait aussi que tous les blessés mouraient et l’on en concluait que les médicaments étaient empoisonnés. Enfin, le marquis de Brandebourg avait mis fin à sa conduite hypocrite ; il avait, comme nous l’avons dit, écrasé un petit corps de troupes françaises qui l’accompagnait, et amenant, avec lui le frère de François de Guise, le duc d’Aumale, qu’il avait fait prisonnier et à qui il prodiguait les mauvais traitements, il vint, avec son armée de plus de vingt mille hommes, camper à l’occident de la ville. Il donnait les mains, à sa gauche, aux Impériaux de Brabançon, et, de sa droite, il touchait au grand camp du duc d’Albe. La cité était donc entourée par une ceinture d’ennemis.

Dans la nuit de la Toussaint, il était encore entré vingt-cinq ou trente gentilshommes venant de Verdun. Mais, à partir de ce jour, on ne put entrer dans la ville qu’avec difficulté, et cela devint bientôt comme impossible.

Toutefois, il y entra encore un homme, bien humble au regard des puissants princes qui se trouvaient là, et dont pourtant l’arrivée fut célébrée avec la même joie que la venue d’une troupe de renfort. Je veux parler du grand médecin Ambroise Paré. « On gagna un capitaine italien, dit Ambroise Paré lui-même, qui promit de me faire entrer. Je me mis en chemin avec lui, mon apothicaire, et un cheval qui portait sa pleine charge de drogues. Nous partîmes de Verdun. Nous n’allions que de nuit. Quand nous fûmes à une lieue et demie du camp, je vis, à deux lieues à la ronde, des feux allumés autour de la ville ; on eût dit que toute la terre brûlait, et il m’était avis que nous ne pourrions jamais passer autour de ces feux sans être découverts, et par conséquent, pendus ou étranglés. Pour vrai dire, j’eusse bien voulu être encore à Paris. Mais Dieu conduisit si bien notre affaire que nous entrâmes dans la ville à minuit, à l’aide d’un certain signal que mon capitaine fit à un autre capitaine de M. de Guise. J’allai trouver incontinent ce seigneur à son lit ; il me reçut de bonne grâce, étant tout joyeux de ma venue ».

Bientôt les tranchées s’approchent de la ville. Les redoutes sont élevées et garnies de canons formidables. L’artillerie commence à tonner et les batteries ennemies à mordre les murailles, tantôt ici, tantôt là, à essayer les murs, les tours, les bastions. Et, tantôt ici, tantôt là, les princes et pionniers couraient avec la hotte, les sacs de laine, les gabions, les fascines, appuyant, épaulant, bâtissant, répondant aux offres de capitulation, que l’on verrait plutôt la fin de la vie de l’Empereur que la fin du siège.

Puis, de jour et de nuit, sortant par les trois portes que l’on avait laissées ouvertes dans la ville, ils allaient tuer à coups d’épée les soldats dans les tranchées, dresser des embuscades aux troupes qui sortaient du camp, mettre en fuite et piller les fourrageurs et les convois des Allemands, faisant des reconnaissances de tout côté, échangeant parfois des coups de lances entre les capitaines, tandis que les arquebusiers se saluaient de coups de feu. Il ne se passait point de jour que nos soldats n’allassent donner l’alarme aux ennemis, battre les chemins entre le camp, faisant du butin, des prisonniers, du dégât.

« Nos gens faisaient souvent des sorties, dit encore Ambroise Paré. Dès la veille, il y avait presse à se faire enrôler pour ces sorties, car c’était une grande faveur d’avoir permission de courir sur l’ennemi. On sortait au nombre de cent ou cent vingt, bien armés, avec rondaches, coutelas, arquebuses, pistolets, piques, pertuisanes, hallebardes, et l’on allait jusqu’aux tranchées réveiller l’ennemi en sursaut. Alors l’alarme se donnait dans tout le camp. Leurs tambours sonnaient. Pareillement leurs trompettes et clairons ronflaient et sonnaient. Et tous leurs soldats criaient : A l’arme, à l’arme, aux armes, armes, comme l’on fait la huée après les loups. Tous criaient en divers langages, selon les pays, et on les voyait sortir de leurs tentes et petites loges pour secourir leurs compagnons qu’on égorgillait comme des moutons. La cavalerie venait également de tous côtés, au grand galop, et il leur tardait bien de se trouver au milieu de la mêlée, où l’on donnait et recevait les coups.

Quand les nôtres étaient forcés, ils revenaient vers la ville, toujours en combattant. Ceux qui les poursuivaient étaient repoussés à coups d’artillerie, qu’on avait chargée de cailloux, de morceaux de fer découpés en carrés et en triangles. Ceux de nos soldats qui étaient sur la muraille faisaient pleuvoir, dru comme grêle, un feu d’escopetterie et des balles sur les ennemis, pour les envoyer coucher, et plusieurs n’allaient pas bien loin, mais demeuraient surplace. Nos gens aussi ne s’en revenaient pas tous avec la peau entière. Il en restait toujours quelques-uns derrière pour la dîme. Mais ils étaient joyeux de mourir au lit d’honneur. Quelques jours après, on faisait d’autres sorties, ce qui fâchait fort les ennemis, parce qu’ils ne pouvaient dormir en sûreté ».

Toutefois, la tranchée avançait toujours et elle approcha bientôt assez pour que les soldats des deux partis pussent échanger des injures.

Le 20 novembre, l’Empereur arriva en personne au camp, et sa venue fut révélée aux assiégés par de grandes salves d’arquebuserie et d’artillerie. Il passa toute l’armée en revue. Cette arrivée décupla l’énergie des assiégeants. Et, tout étant prêt, commença la plus terrible canonnade qu’on eût encore entendue en Europe, et qui retentissait à quatre lieues à la ronde.

Ils avaient surtout une batterie de vingt-cinq à trente pièces, d’un calibre énorme pour le temps, et qui se mit à battre la muraille méridionale, aux environs de la porte Champenoise, avec une telle furie, qu’en peu d’heures on compta mille trois cent quarante-trois coups, et que la muraille fut percée en plusieurs endroits. La canonnade recommença les jours suivants, avec la même rage.

Pendant ce temps, de jour et de nuit, l’on travaillait à bâtir un nouveau rempart derrière ce mur entamé. Arriverait-on avant l’ennemi, dont l’artillerie, commandée par un des plus renommés généraux de cette arme, don Juan Manrique, faisait cruellement merveille ? Aurait-on bâti le rempart avant l’effondrement total de la muraille ?

« Le vingt-huitième de ce mois de novembre, dit un des témoins et chroniqueurs du siège, Bertrand de Salignac-Fénelon, les ennemis, continuant leurs batteries, ouvrirent la tour d’Enfer de dix-huit ou vingt pieds de large. Sur le midi, tout le pan de mur, entre les tours des Wassieux et des Lainiers, après avoir été fortement battu, assez près du sol, commença à pencher en dehors et à se séparer de la terre qui l’appuyait. Deux heures après, sous les coups de l’ennemi, ce mur tomba tout d’un coup dans le bastion. Heureusement, il s’affaissa plutôt qu’il ne tomba, rendant la montée malaisée pour l’assaut. Les Allemands, voyant renverser la muraille, jetèrent un cri et firent montre d’une grande joie, comme s’ils étaient sur le point d’arriver à la fin de leur entreprise. Mais quand la poussière abattue leur laissa voir derrière la brèche un rempart haut déjà de huit pieds, on n’entendit plus leur risée.
Un de nos soldats, nommé Montilly, fit la bravade de descendre immédiatement par la brèche, comme pour dire aux ennemis qu’il ne se souciait guère qu’on pût aisément y monter. Nos gens de guerre, de pied et de cheval, plantèrent leurs enseignes, guidons et cornettes sur le rempart, et tous les matins, au changement de garde, on ne manquait pas de lesy déployer ».

« Nos soldats, reprend Ambroise Paré, criaient à ceux du dehors : Au renard, au renard, au renard ! et échangeaient mille injures avec eux. Mais, M. de Guise ayant défendu, sous peine de mort, qu’on parlât aux assiégeants, de crainte que ce ne fût à quelque traître l’occasion de dévoiler ce qui se passait dans la ville, nos hommes attachaient des chats vivants au bout de leurs piques, échangeaient avec eux des cris de : Miaut, miaut, miaut, et les lâchaient. Les Impériaux étaient furieux d’avoir tant dépensé pour faire une brèche de quatre-vingts pas, où l’on pouvait entrer cinquante hommes de front, et de trouver derrière un rempart plus fort que la muraille ».

« Grand nombre de nos arquebusiers, continue Salignac, comme si cette muraille n’eut été pour eux rien autre chose qu’un obstacle, s’étaient mis dessus pour tirer dans les tranchées et les cavaliers de l’ennemi. Aussi leurs soldats de tranchée firent-ils de petites embrasures dans leurs terrassements, par lesquelles ils pouvaient tirer à couvert et en plein dans la brèche, pour empêcher les nôtres d’oser s’y présenter. Toutefois, les gens d’armes, ayant l’armet en tête et vêtus de leurs blouses de travail, montaient tout au haut de la muraille, pour vider les hottes de terre. Ils paraissaient si peu craindre le danger que les pionniers et les femmes mêmes, qui travaillaient au rempart, s’accoutumèrent peu à peu à monter avec eux.

Pendant tout le reste de ce jour, les ennemis essayèrent à coups de canon ce rempart qui les avait tellement surpris. Mais, quoiqu’il fût fraîchement fait, il se trouva assez fort, en plusieurs endroits, pour arrêter le boulet.

A la nuit, la canonnade cessa. Mille coups environ avaient été tirés ce jour-là. Nous nous mîmes au travail pendant les ténèbres et avec plus d’activité que jamais, pour élever et renforcer le rempart, pour étayer la tour qui s’était écroulée ».

Les assiégés attendaient l’assaut que le margrave Albert de Brandebourg avait demandé à l’Empereur la faveur de donner aux Français, promettant de prendre la ville sans grande difficulté. Pendant ce temps, nous continuions ces sorties hardies et furieuses, telles qu’on les estimait faites plutôt par des « esprits diaboliques que par des hommes mortels ».

Nous avions aussi au dehors divers corps de troupes qui, par leur courage et leur activité, se montraient dignes des assiégés. Elles étaient sous le commandement général de M. de Nevers. Elles couraient toute la Lorraine, prenant les villes occupées par les Impériaux, saccageant les villages où ils étaient cantonnés, enlevant leurs convois, exterminant les corps de troupes qui s’éloignaient du camp, et se livrant à une guerre de partisans, incessante, sans pitié, guerre toute de hardiesse et de ruses, guerre dramatique, pittoresque, joyeuse, dont Roger de Rabutin et le maréchal de Vieilleville se sont faits les historiens.

Le premier de ces deux capitaines avait son quartier général à Toul, sous M. de Nevers et sous ce vieux gouverneur d’Esclavolles qui, sommé de rendre cette place sans défense, répondait sévèrement : « Prenez d’abord Metz, nous causerons ensuite de Toul ».

C’est de Verdun que Vieilleville partait pour ces expéditions si habilement combinées, si énergiquement exécutées, qui le firent surnommer par Charles-Quint le Lion-Renard, et où il était conduit par l’irritation que lui avait causée la lâche trahison du margrave Albert de Brandebourg. Il est vrai que Vieilleville jouait gros jeu avec de tels personnages, avec ce vieil empereur auquel le sentiment de la générosité avait toujours été inconnu et qui mit à prix la tête du Lion-Renard et jura qu’il le ferait empaler.

Quant au margrave, à chaque défaite de ses soldats, il courait ivre de fureur près de son prisonnier, le duc d’Aumale, lui mettait le couteau sur la gorge avec force paroles insultantes, lui jurant qu’il le « crèverait à coups de pistolet ». Par un raffinement de grossièreté allemande, il se vengeait de ses échecs en forçant le prince lorrain à garder la même chemise pendant trente-six jours et en parant son propre corps « d’ivrogne, » des babils que le duc de Guise envoyait à son frère « pour le rafraîchir ».

Vieilleville continuait la guerre, enlevant les convois, prenant les châteaux, les villes même, parmi lesquelles Pont-à-Mousson, exterminant les petits corps d’armée et cherchant jusque tout près de Metz, les soldats du margrave. Il en tua mille aux portes du camp, dans ce village de Rougerieulle, situé dans la montagne, d’où il nous montre la ville de Metz, à l’aube, « là-bas, en la plaine, avec toute l’armée de l’Empereur, l’assiette du siège et des camps que l’on voyait aussi à clair que l’on voit Paris de Montmartre, Rouen du mont Sainte-Catherine, Lyon de Fourvières. Chose si admirable à voir que l’on ne pouvait rien désirer de mieux, surtout les tonnerres et les éclairs de chaque côté d’où l’on s’entre-tirait incessamment, surtout encore les volées des trente canons en batterie contre la brèche, là où les canonniers faisaient une telle diligence qu’en moins d’une heure nous en vîmes tirer dix-huit coups dont le tremblement était si fort qu’il nous soulevait et nous faisait perdre terre. Mais l’aube du jour apparut plus grande, car nous étions en décembre et il était près de sept heures. M. de Vieilleville commanda que chacun prît, s’il voulait, le plaisir de cette vue, mais qu’il se hâtât, car le marquis Albert était un fort mauvais voisin. Il fit sonner trompettes et partit en disant que ceux qui n’avaient pas dormi dormiraient à cheval ».

Malgré tous ces efforts, la position des assiégés ne s’améliorait guère. L’artillerie ennemie était tellement supérieure, qu’elle pouvait raser tout ce qu’elle voulait, et de fait il y avait des brèches de toute part. L’hiver était arrivé avec toutes ses rigueurs, la neige était tombée en grande masse, le froid était intense. La nuit, on entendait des bruits souterrains qui indiquaient le travail des mines. Le duc de Guise venait écouter au pied des murailles pour tâcher de saisir la direction de ces sapes, et comme le dit l’une des chansons populaires, « le vieil gendarme Saint-Remy nuit et jour cherchait dans les caves » pour trouver les endroits propres aux contre-mines. En effet l’on en commença plusieurs.

Le gouverneur, pour répondre aux rodomontades de l’Empereur, qui jurait qu’il ne quitterait pas Metz avant de l’avoir prise et d’avoir exterminé la garnison, dût-il y user trois armées, le gouverneur commença à mettre la garnison à la portion congrue. Il savait qu’il n’avait pas de secours à attendre avant longtemps. Il commença à diminuer d’un quart la nourriture des hommes, à faire tuer et manger les chevaux inutiles. On était du reste décidé à ne pas se rendre avant d’avoir mangé « ânes, mulets, chiens, chats, rats, même les bottes, les collets et les autres cuirs qu’on eût pu amollir et fricasser ».

Le 7 décembre, l’armée ennemie s’ébranla. On attendit l’assaut. Chacun se rendit à son poste de combat, aux brèches, aux bastions, aux places de secours, le long des murailles. On était peu de monde pour garder une si grande ville, mais tout le monde était prêt à bien faire. Les princes de Bourbon, de Lorraine, de Savoie et les fils du connétable prirent le premier rang à la grande brèche. Le vieux Saint-Remy avait préparé « tous ses artifices à feu et engins de guerre ».

L’armée ennemie s’avança, puis elle s’arrêta. On resta ainsi tout le jour. Les assiégés étaient graves, recueillis et déterminés. Quand la nuit vint sans avoir amené l’assaut, on supposa que les Allemands avaient vu la brèche garnie de trop de « museaux de fer, de morions et de corselets » pour oser s’aventurer.

Mais ce devait être sans doute partie remise, et maître Ambroise Paré nous indique les énergiques précautions des assiégés.

« On avait préparé toute espèce d’artifices de feu, comme boîtes, barricades (petits barils), grenades, pots à feu, lances ardentes, torches, fusées, cercles entourés de chausse-trapes, fagots brûlants. On avait, en outre, de l’eau bouillante, du plomb, de la poudre de chaux vive pour brûler les yeux des assaillants.
On avait donné l’ordre de percer les maisons de chaque côté pour loger les arquebusiers et prendre les ennemis en flanc. Les femmes devaient dépaver les rues et jeter par les fenêtres bûches, tables, tréteaux, escabelles pour effondrer les cervelles.
Plus loin, derrière la brèche, on avait établi un gros corps de garde remparé de charrettes, de palissades, de tonneaux pleins de terre, armé de petites pièces de canons qui eussent rompu les jambes et ainsi pris les Allemands en flanc, tête et queue. S’ils avaient forcé ces défenses, ils en eussent trouvé d’autres de cent pas en cent pas, qui ne se seraient pas mieux conduites que les précédentes et eussent fait beaucoup de veuves et d’orphelins. Enfin, il leur eût fallu encore emporter sept gros bastillons, commandés chacun par un prince et où tous étaient décidés à se défendre jusqu’au dernier soupir de leur âme.
On avait résolu de porter les trésors, l’argent, les joyaux, les plus riches meubles dans la grand’place et de les réduire en cendre, afin d’empêcher les ennemis d’en faire profit.
Il y avait, en outre, des hommes énergiques dont la mission était de mettre le feu aux maisons et aux poudres, afin de tout détruire, la ville, les Allemands et nous.
C’était le consentement de tous, qui préféraient voir ces extrémités que de tomber aux mains des cruels Espagnols. Et on eût vu là quelque chose qui eût rappelé la destruction de Troie et de Jérusalem ».

L’assaut ne se donnait pas, au grand déplaisir de l’Empereur, dont la situation d’esprit nous est peinte naïvement dans une lettre du duc d’Albe interceptée par Vieilleville.

« L’Empereur, sachant que la brèche était plus que raisonnable et que pas un de ses capitaines ne s’offrait pour y monter, s’y est fait porter par quatre lansquenets, et l’ayant vue, il dit en grande colère :
Comment, plaies de Dieu ! n’entre-t-on point là-dedans ? La brèche est grande et à fleur de fossé ! Vertu Dieu ! à quoi cela tient-il ?
Je lui ai répondu que nous étions avertis que le duc de Guise avait fait faire derrière la brèche un fort retranchement garni d’un milliasse d’artifices de feu, tellement qu’il n’y avait pas d’armée qui n’y dût périr.
Mort Dieu ! reprit l’Empereur, que ne l’avez-vous fait essayer ! Croyez-vous aveuglément ce que l’on vous rapporte ?
J’ai été contraint de lui répliquer que nous n’avions pas affaire à une ville d’Allemagne, qui se rend quand on la menace, mais qu’il y avait là-dedans dix mille braves hommes, soixante grands seigneurs, neuf ou dix princes du sang royal de France, comme Sa Très Sacrée Majesté a pu le connaître par les sanglantes et victorieuses saillies qu’ils ont faites sur nous. Sur cette remontrance sa colère s’est accrue.
Ah ! Je renie Dieu ! Je vois bien que je n’ai plus d’hommes ! Il me faut dire adieu à l’Empire, à toutes mes entreprises et au monde, et me confiner en quelque monastère, car je suis vendu et trahi, à tout le moins mal servi, et, par la mort Dieu ! avant trois ans je me ferai cordelier !
Il est vrai que nous avons mal réussi jusqu’ici. Nous avons eu tort de vouloir combattre les hommes et le temps ».

L’hiver était, en effet, le meilleur auxiliaire des assiégés. La peste, la faim, le froid décimaient les Allemands. Capitaines et soldats demandaient à grand cri qu’on les menât aux brèches aimant mieux périr de la main de l’ennemi que de misère. Mais les généraux, que les entreprises, les sorties et les attaques continuelles des Français portaient à la réflexion, craignaient que l’armée n’y fût anéantie et qu’un retour offensif des Français victorieux ne leur rendît, après des assauts meurtriers, la retraite difficile, sinon impossible.

Puis l’Empereur avait demandé quels étaient ceux qui se mouraient, si c’étaient des gens de marque. Quand il eut appris que c’étaient de pauvres soldats, il dit que c’était un bien qu’ils mourussent et qu’il y a toujours trop de chenilles et hannetons pour manger les fruits de la terre. Il ajouta encore qu’il prendrait la ville par force ou famine, car la prise de tant de seigneurs lui compenserait sa dépense au quadruple, et il voulait encore une fois aller visiter les bons Parisiens et se faire à Paris couronner roi de France.

Le siège continua. Mais ni brèche, ni sape, ni mine n’avaient amené de résultats. Nous n’étions ni moins fréquents ni moins hardis dans nos sorties et nos entreprises, et l’on savait que nous étions décidés à mourir avant de nous rendre. La vie dans les camps devenait intolérable. Les soldats désertaient et venaient hâves, déguenillés, presque mourants se rendre à nos coureurs qui les accueillaient et les soignaient. Les généraux désespéraient du succès. On commença dès le jour de Noël à voir de la ville certains mouvements annonçant que l’Empereur cédait enfin. Mais on n’y voulait pas croire.

Ce fut le 27 que, dans une de leurs sorties, les nôtres trouvèrent vide le camp des Italiens. Les Français redoublèrent d’activité. La retraite se faisait lentement et en force. L’Empereur était encore au camp. Le 27 et le 28, la canonnade dura plus forte que jamais.

Enfin le dimanche, premier de l’an 1553, l’empereur Charles-Quint abandonna le siège, furieux et désespéré de « cette bastonnade » la plus rude qu’il eût reçue en toute sa vie et dont la pensée l’empêcha désormais d’entreprendre rien de grand.

Mais François de Guise se tenait sur ses gardes, connaissant l’esprit rasé de l’Empereur et craignant qu’il n’eût simulé ces mouvements pour mettre le désordre parmi les assiégés, les engager à diminuer leur surveillance, les pousser à des sorties imprudentes pour ensuite enlever la ville par surprise.

Le lendemain, sur les onze heures de nuit, on vit deux fusées s’élever du grand camp méridional et du camp de la Reine Marie, au nord-est, et le duc d’Albe et le marquis de Brabançon délogèrent piteusement, sans bruit de trompette ou de tambour, dans un désordre inexprimable, laissant les tentes dressées, une énorme quantité d’armes, des tonneaux pleins de poudre, des meubles à foison, une partie de leur artillerie enterrée, et abandonnant une multitude incroyable de malades.

Les troupes de la ville et les bandes du duc de Nevers se mirent en route pour « chausser les éperons à messieurs les Espagnols » et pour activer leur retraite. Mais on trouvait les champs et les villages pleins de malheureux soldats en si grande misère, que les bêtes les plus cruelles eussent eu pitié de ces misérables tombant par les chemins et le plus souvent s’affaissant près des haies, au pied des buissons pour devenir la proie des chiens et des oiseaux. Les Français les prenaient en pitié et se jetaient sur les grosses troupes qui protégeaient la retraite.

Le margrave Albert de Brandebourg était resté le dernier dans son camp de l’ouest avec une armée bien supérieure en nombre encore à toutes les troupes françaises de Lorraine. Ce fut sur lui que se tourna l’effort des Français. On allait chercher ces Prussiens jusque dans leurs fortifications ; on les lardait de coups de piques jusque dans leurs loges ; on espérait les exaspérer, les attirer en bataille dans la plaine. Mais ils restaient unis et serrés, et bien leur en prenait, car tout ce qui était trouvé était « égosillé » par les maraudeurs et les gens du pays.

Enfin on fit porter par les soldats (car il n’y avait plus de chevaux ni guère de pionniers) des canons dans une île voisine du Pont des Morts, et l’on se mit à tirer sur le camp du margrave avec une telle furie, que l’on voyait du haut des clochers « mouvoir et remuer ces ivrognes aussi dru et menu que les fourmis dans une fourmilière où l’on a jeté de l’eau chaude, et ils ne savaient de quel côté se tourner ».

Le margrave délogea donc, embarquant son artillerie sur la Moselle et prenant avec le gros de son armée le chemin de Trèves. On se mit à sa poursuite, et « on avait bon marché de ses gens, affaiblis par le froid, la faim et toute misère, mais, au lieu de les tourmenter, bien souvent les Français leur ouvraient passage, ne souhaitant que tenir le chef pour payer l’écot de tous ».

Le 15 de janvier, il n’y avait plus un ennemi devant la ville, mais le spectacle que présentaient les camps était horrible. On y trouvait des bandes de soldats de toute nation, malades à la mort, renversés dans la neige boueuse, d’autres assis sur de grosses pierres, ayant les jambes dans la fange, les jambes gelées jusqu’aux genoux, qu’ils essayaient en vain de retirer en suppliant qu’on les achevât. Le duc de Guise, les seigneurs et les soldats les secoururent, les firent soigner et nourrir.

De tous côtés, en ce camp, on voyait la terre toute labourée et levée comme le cimetière Saint-Innocent, à Paris, après quelque grande mortalité, puis des tas de morts non enterrés. On entendait des cris de souffrance qui sortaient des misérables loges creusées en terre et à peine recouvertes d’un peu de chaume. Les soldats qui revenaient de donner la poursuite aux ennemis rapportaient que les chemins étaient pavés de morts, de charrettes remplies de moribonds et abandonnées, de canons, d’armes, de débris noircis, restes des poudres, des meubles et harnais que l’on avait fait brûler pour ne point les laisser aux mains des Français.

L’Empereur avait perdu trente mille hommes par les maladies, la faim et les coups de l’ennemi. Il avait fait la paix avec les princes allemands en leur promettant l’envahissement et la soumission de la France. Il fut obligé de reculer, dès le premier effort, devant une petite troupe et une ville qu’on fortifiait au jour le jour, sous le coup et sur l’indication de ses canons. La vanité germanique n’oublia pas aisément ce honteux échec. Le margrave Albert de Brandebourg s’en vengea sur le duc d’Aumale : il lui vola ses habits et lui fit payer soixante-dix mille écus de rançon.

Mais Metz, Toul et Verdun nous restèrent, et la gloire et le succès de cette défense rendirent inévitable la réunion de la Lorraine à la France.


Archive pour janvier, 2012

Petite promenade dans les rues de Verdun (1)

 

Verdun, ville martyre. Verdun, capitale mondiale de la paix. Mais avant d’être universellement connue à cause de la première guerre mondiale, Verdun avait déjà un long passé historique. C’est au travers d’une petite promenade, que je vous propose de découvrir la ville, au début des années 1900, avant cette guerre qui a tant fait de ravages.

 

D’après la monographie « Verdun promenade historique et pittoresque » – Edmond Pionnier – 1901

 

D’un repli du plateau de Langres descend un embryon de fleuve aux allures bien tranquilles, léger filet d’eau qui devient rapidement large et profond, et dont les flots verts vont se perdre dans les brumes de la mer du Nord. Sa vallée se déroule, étroite, tapissée de grasses prairies, où les villages se pressent nombreux et prospères, comme heureux de vivre, ignorant le malheur des temps où ce long couloir dans lequel ils se cachent servait de limite entre la Champagne et la Lorraine, entre les pays français et ceux dont la possession a été disputée par les voisins pendant tant de siècles. Pourtant, de-ci de-là, au sommet des hauteurs qui jalonnent les rives, quelque croupe dénudée et comme surélevée recouvre une forteresse, et l’on sent suspendue sur ce beau pays la menace angoissante d’une guerre possible avec son cortège de fléaux et de larmes.

Telle nous apparaît la Meuse.

En aval de Saint-Mihiel, les défenses se resserrent, les redoutes se multiplient. De tous côtés, l’horizon est borné par des meurtrières dont les embrasures se devinent tournées vers la Moselle. Au centre de ce mur d’airain, un promontoire se détache des collines de l’Ouest forçant la Meuse à décrire un long circuit. Sur cette boucle, que dominent au Nord et à l’Est des coteaux boisés ou couverts de vignes, s’étale, comme en un nid de verdure dont les bords se relèvent vers le Sud, la ville de Verdun, pelotonnée humblement autour d’un rocher presque inaccessible, sur lequel se détachent, altiers, l’évêché, la cathédrale, la citadelle.

Antique cité qui doit à son importance stratégique depuis longtemps reconnue, d’avoir été l’objet de toutes les convoitises et surtout le théâtre de toutes les calamités !

Placée sur la grande voie romaine de Reims à Metz, carrefour des routes qui conduisent vers Bar-le-Duc, Montfaucon, Dun, Luxembourg et Trèves, Neufchâteau et Langres, elle est brûlée par Attila qui la laisse, dit le chroniqueur Laurent de Liège, dans l’état d’un champ retourné par un sanglier. Assiégée par Clovis, malmenée à l’époque des guerres entre Brunehaut et Frédégonde, les Ostrasiens et les Neustriens, elle voit son territoire dévasté jusqu’au règne de Charlemagne. Puis c’est l’époque de Charles le Chauve et de ses incursions, des exactions de Hugues, fils de Lothaire II, des audacieuses pointes des Normands, des chevauchées terribles des Hongrois qui, par quatre fois différentes, envahissent le pays et rasent les villages, des rivalités sanglantes entre la France et le Saint-Empire pour la possession de la Lorraine.

Verdun est bloqué à trois reprises en 983 et la querelle des Investitures jette notre ville d’un parti dans l’autre, au grand dommage de ses habitants. Ce sont ensuite, sans compter les inondations et les incendies, les discordes civiles, luttes des bourgeois contre leur évêque, les révolutions intérieures, avec leur accompagnement funèbre de famines et de pestes. Pendant 67 ans, de 1579 à 1646, la peste s’abat quatorze fois sur Verdun et s’arrête vingt fois aux pieds de l’enceinte. En 1553, le roi de France Henri II occupe Verdun qui acquiert ainsi un protecteur puissant mais sévère. Enfin toutes les guerres qui ravagent, aux XVIIe et XVIIIe siècles, la frontière de l’Est, ont leur contre-coup jusque sur nos remparts.

Malgré la violence des tourmentes, un semblable passé n’a pu s’évanouir sans laisser de traces. A chaque pas dans nos rues, nous heurtons des souvenirs historiques qui se rattachent aux monuments restés debout ou évoquent ceux qui sont disparus. Ce sont ces souvenirs que nous allons transcrire ici, en parcourant successivement la ville haute et la ville basse qui s’étagent le long de la Meuse.

 

Saint-Paul – Saint-Pierre – Saint-Maur – La Belle-Vierge

 

L’avenue qui nous conduit de la gare par une sorte de chemin creux, à travers deux massifs d’arbres touffus, débouche, au delà du Pont-Levis, par la porte Saint-Paul sur la place du même nom. Autour de nous, des bâtiments d’une époque différente, les uns nés d’hier, les autres dont l’origine remonte aux premiers siècles du moyen âge : les Casernes, la Sous-Préfecture et le Palais de justice, la Synagogue, le Collège.

 

La ville fut obligée de loger des militaires au lendemain de l’entrée dans Verdun des troupes du roi de France (1552) et les habitants tenus à la date de 1559, « de bâtir incontinent et dresser en leurs maisons chambres à cheminées, propres et commodes pour loger gens de guerre de la garnison ». Cette lourde charge fatiguait singulièrement les bourgeois, qui en 1698 résolurent de s’adresser à la municipalité pour obtenir la construction de casernes aux frais de la cité. La municipalité fit d’abord la sourde oreille et n’obtempéra que lorsqu’elle y fut contrainte par la pression de l’opinion publique. En 1729, un arrêt du Conseil du roi autorisait l’entreprise, et le clergé, qui refusait de payer l’octroi destiné à couvrir la dépense, s’attira cette réponse des magistrats : « de la part de MM. a été dit que loin par MM. du clergé de désapprouver l’établissement des casernes, puisque cet établissement est avantageux au bien de l’État et au service et tourne au soulagement du peuple, ils devraient être les premiers à signaler leur zèle dans une occasion aussi intéressante et contribuer avec l’excédant de leurs grands revenus à soulager ce pauvre peuple ».

 

Petite promenade dans les rues de Verdun (1) dans La Meuse d'Antan Entree-caserne-Jeanne-dArc-Verdun-300x187Le 5 août 1729, le sieur Nicolas Henry était déclaré adjudicataire de la caserne Saint-Paul ainsi nommée parce qu’elle était construite au nord de l’abbaye de Saint-Paul dont la séparait une ruelle très étroite. Les bâtiments, contigus au rempart, s’achevèrent vers le milieu de l’année 1732, sur les plans conçus par M. de Rozières, ingénieur en chef des Trois-Évêchés. Le prix en fut de 176.068 livres 15 sous, à laquelle somme il convient d’ajouter l’achat de 475 lits pour 29.838 livres, ce qui porta le chiffre de l’installation à 205.906 livres 15 sous, près de 600.000 francs d’aujourd’hui. Cette solide construction, totalement dépourvue de tout cachet artistique, est placée sous l’invocation de la Vierge de Domremy, et s’appelle la caserne Jeanne d’Arc.

Le Palais de justice et la Sous-Préfecture, l’hôtel de la Cloche d’or, la place Saint-Paul dont une partie vague sert d’ordinaire de terrain d’exercices aux recrues casernées à Jeanne d’Arc, et dont l’autre forme un semblant de square, planté de magnifiques tilleuls, composaient à la fin du XVIIIe siècle un domaine respectable, propriété de l’abbaye de Saint-Paul.

 

L’abbaye de Saint-Paul, l’une des institutions les plus anciennes de la cité, avait été établie en dehors de l’enceinte par Wiefrid, évêque de Verdun. Jusqu’en 1790, elle subit bien des vicissitudes. Le nombre des religieux, de 10 qu’il était en 1702, atteignit 32 en 1775, pour retomber à 16 en 1790. A cette date, lors de la suppression du monastère, le relevé officiel des commissaires mentionne 13 pères, un vicaire et deux frères convers. L’église, fondée vers 973, fut complètement ruinée avec le monastère en 1246, lorsque les Verdunois, alors peu maniables, se soulevant contre leur évêque Gui de Melle, détruisirent Saint-Paul.

Une nouvelle église, magnifique construction ogivale, si l’on en croit les chroniqueurs, fut entreprise en 1249 et terminée vers 1312. Avec ses trois nefs élancées, ses vingt-neuf chapelles, ses légères fenêtres, aussi nombreuses que les jours de l’année, ses six portes monumentales, ses deux tours couronnées de flèches et de clochetons qui pointaient vers le ciel, l’église Saint-Paul faisait l’admiration de tous. Mais on avait compté sans les exigences de la guerre. Quand Charles-Quint assiégea Metz en 1552, on dut mettre Verdun en état de défense, et l’ordre fut donné de supprimer Saint-Paul qui s’étendait hors des murs et pouvait servir de refuge aux assiégeants. On eut beau prier, il fallut s’exécuter, et au bout de six jours il ne resta plus de Saint-Paul que le souvenir (septembre 1552). A la fin du XVIe siècle, le monastère fut reporté à l’intérieur des remparts. Les dépendances étaient fort considérables et presque complètement enfermées dans une cour qui donnait à l’Est sur la rue Saint-Paul actuelle.

 

L’église, édifiée entre 1556 et 1574, occupait l’angle sud de la cour de la Sous-Préfecture. Les religieux la trouvaient sans doute insuffisante puisqu’ils la reconstruisaient au moment du séquestre de l’abbaye sur un plan beaucoup plus vaste, et sur le modèle, mais en moindre proportion, de la basilique Saint-Paul de Londres. Elle fut immédiatement démolie, de même que le logement de l’abbé qui s’élevait sur la place.

Verdun-hotel-Cloche-dor-300x188 dans La Meuse d'AntanOn ne conserva que la procure, aujourd’hui hôtel de la Cloche d’or, et les habitations des religieux, aujourd’hui Sous-Préfecture et Palais de justice.

La Sous-Préfecture a conservé quelques vestiges intéressants de son antique destination dans la loge du concierge, une cheminée fort originale dont les sculptures représentent le sacrifice d’Abraham. Le cabinet du Sous-Préfet, d’aspect archaïque avec ses voûtes austères, la salle des archives, réfectoire des moines, de style renaissance avec ses colonnes légères et ses grandes baies qui s’ouvrent sur le jardin.

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Le Palais de justice continue et complète la Sous-Préfecture. C’est une bâtisse régulière et simple, en pierres et en briques. Les cellules ont été transformées, l’aménagement intérieur modifié, et il ne reste guère de l’ancien couvent que la salle des pas-perdus, autrefois cloître. La façade porte un fronton demi-circulaire, habilement fouillé, avec une inscription latine évocatrice du passé : Sanctis Paulo apostolo et Paulo Virdunensium antistiti (Dédié à l’apôtre saint Paul et à saint Paul, évêque de Verdun).

 

 

Sur la rue Basse-Saint-Paul, la seule qui desserve ce quartier il y a cent cinquante ans, s’élevait autrefois le couvent des frères prêcheurs ou Dominicains. Les frères prêcheurs ou Dominicains, appelés aussi Jacobins, parce que leur maison principale était située à Paris dans la rue Saint-Jacques, avaient été attirés en 1222 à Verdun par l’êvêque Jean d’Apremont. L’argent, que leur fournirent la famille d’Apremont et les nobles du lignage d’Azannes, leur permit de s’organiser princièrement et de « travailler à la sanctification des âmes ». Ils étaient 10 en 1618, 8 en 1775 et 4 seulement en 1790. Leur petit nombre ne les empêchait pas de se montrer très remuants.

Ardents jansénistes au XVIIIe siècle, ils scandalisaient le voisinage, et l’un d’eux, le P. Robinet, prononça en 1727 un sermon si hardi que les familles bien pensantes où il fréquentait d’ordinaire, refusèrent de lui rouvrir leurs portes. L’église se dressait à l’endroit où nous voyons la Synagogue, le portail tourné vers l’Ouest, le chœur vers l’Est. Les bâtiments du couvent touchaient au Collège.

Le Collège lui aussi, doit son origine à une fondation pieuse. An moyen Age, chaque abbaye avait son aumônerie, et l’aumônerie Saint-Paul, dont les moines s’étaient endettés au point d’en engager les biens, occupait l’emplacement du Collège.

Un riche bourgeois de Verdun, Constantius, acheta vers 1160 de ses deniers, l’hospitalité Saint-Paul, où il fonda un Hôtel-Dieu, une Maison-Dieu comme on disait alors, la Maison-Dieu de Saint-Nicolas de Gravière. En 1570, le grand évêque Nicolas Psaume, dont le nom est attaché à tant de réformes, octroyait, par lettres patentes du 23 septembre, tous les biens de Saint-Nicolas de Gravière aux jésuites qui devaient enseigner gratuitement les langues anciennes, les sciences et les belles-lettres.

Les jésuites n’étaient sans doute pas en odeur de sainteté auprès des Verdunois, car, s’il faut en croire une vieille tradition locale, il y eut une imposante levée de boucliers, et la population frondeuse parcourut les rues en chantant :
Les jésuites n’auront pas l’église de Saint Nique, nique
Les jésuites n’auront pas l’église de Saint-Nicolas.

On se soucia fort peu des clameurs de la foule et les jésuites purent jouir paisiblement du domaine qui leur avait été généreusement concédé. Ils instruisirent la jeunesse sans grand incident jusqu’au jour où le Parlement de Metz supprima l’ordre dans l’étendue de son ressort (6 août 1762). On leur substitua des prêtres séculiers, et le Collège dirigé par un bureau d’administration fut rattaché en 1766 à l’Université de Paris. Ses revenus étaient considérables et se montaient à 16436 livres 10 sous 9 deniers, plus de 40.000 francs. La maison avait ses armoiries, et son blason portait d’azur à fleur de lys d’or, accostée à senestre d’une branche de laurier, à dextre d’une palme surmontée d’une couronne royale.

Verdun-college-et-sa-chapelle-300x193Pendant la Révolution, le Collège ne fut fermé qu’en partie, et la ville y conserva quatre classes pour les sciences et les humanités. Lorsqu’en 1795 le gouvernement créa une école centrale par département, à Verdun échut celle de la Meuse qui devint en 1804 école secondaire pour s’intituler en vertu d’une ordonnance royale du 17 février 1815 collège communal. L’ancien bâtiment, plusieurs fois réparé et dont la ruine déjà dénoncée au XVIIIe siècle s’accentuait visiblement, a été culbuté. Les travaux commencés en janvier 1888, poussés très rapidement par M. Chenevier, architecte, sous la haute direction d’une municipalité prévoyante, ont été achevés pour la rentrée d’octobre 1890.

D’aspect élégant et gai, le Collège, dont les proportions lui permettent de recevoir 130 internes, 50 demi-pensionnaires et 200 externes, répond à toutes les exigences d’une éducation sagement entendue. Rien n’a été négligé pour assurer aux élèves toutes les commodités et le bien être désirables : grandes cours plantées d’arbres, réfectoires sainement compris, dortoirs vastes et bien aérés, études et classes luxueusement installées. Ce bel établissement, qui a bénéficié de tous les progrès récents, est certainement le plus confortable parmi les maisons similaires de la région, ceci soit dit sans aucune arrière-pensée de réclame.

Jusqu’en 1706, les élèves assistèrent aux offices dans l’église Saint-Nicolas de Gravière dont le portail méridional voisin de la tour Chaussée et la nef parallèle au rempart appartenaient au style ogival du XIIIe siècle. Mais son délabrement était devenu tel qu’on fut obligé de la détruire et de la remplacer par notre chapelle qui date de 1731.

Elle est formée d’une nef et de deux collatéraux dont les voûtes retombent sur des colonnes d’ordre ionique. De hautes fenêtres laissent pénétrer une lumière qu’on désirerait moins vive et moins crue. A signaler l’inscription gravée devant le grand autel à l’endroit où le cœur de Nicolas Psaume avait été déposé « Nicolaus Episcopus amicus vester dormit : orate pro eo : obiit 10 aug. anni 1575, aetatis suae anno 57 » (Ici repose l’évêque Nicolas Psaume, votre ami ; priez pour lui ; il est mort le 10 août 1575, à l’âge de 57 ans).

Tout auprès du Collège, à l’extrémité de l’impasse des Jacobins, s’élève la Synagogue, de style byzantin, construite aux frais de la communauté israélite de Verdun par M. Mazilier, architecte, sur l’emplacement de la synagogue primitive aménagée en 1803 dans les restes de l’ancien couvent des Jacobins. A l’intérieur, un rez-de-chaussée spécialement réservé aux hommes et des galeries hautes pour les dames. La décoration est extrêmement sobre, mais cette sobriété ne nuit nullement à la beauté de ce monument de tous points remarquable, et parfaitement approprié aux besoins du culte.

La rue Saint-Paul aboutit sur l’ancien Tournant-Saint-Pierre d’où partait, pour gravir la côte, une grande et belle voie qui depuis le XVIIe siècle a bien peu varié, la rue Saint-Pierre. A droite, vers le milieu de la montée, l’église Saint-Pierre l’Angelé ou l’engeôlé (saint Pierre en geôle, saint Pierre prisonnier ou saint Pierre-ès-liens dont la fête se célèbre le 1er août). Couronnant un haut tertre, le chœur vers l’Est, entourée d’un cimetière séparé de la rue par un mur de terrasse orné d’un crucifix sculpté, c’était, il y a cent ans environ, une église laide, vieille et branlante au point qu’on fut obligé de l’abandonner en 1780 par crainte d’une catastrophe ; le service paroissial se fit alors au Collège. Elle fut démolie en 1793 et la ville s’étant vu refuser l’autorisation de creuser au travers du cimetière un chemin vers les casernes, on y éleva les immeubles qui portent les numéros 18 à 28.

Au sommet de la rampe, au coin de la rue des Capucins, l’ancien couvent des Carmélites occupé le 18 juin 1634, dont les cellules, le cloître et quelques autres pièces sont compris dans des maisons particulières. Ce couvent, habité par 7 religieuses en 1634, par 19 dames et 4 sœurs en 1775 et par 16 sœurs et 4 converses le 14 mai 1790, le jour où les représentants du gouvernement s’y présentèrent, avait à l’Ouest une église plafonnée, sans voûte, et ornée de peintures sans valeur.

La rue des Capucins tombe perpendiculairement sur la rue Derrière-Saint-Paul. Au débouché de cette rue, face au Sud, le couvent des Capucins. Les Capucins venus à Verdun en 1585 sur les instances de l’évêque cardinal de Vaudémont, s’étaient primitivement retirés dans un faubourg que nous visiterons amplement, le faubourg Saint-Vannes. Lors de l’exécution des travaux que Marillac ordonna pour la réfection de la citadelle, force leur fut de s’expatrier. Le jour de la Toussaint de l’an 1629, les Capucins allèrent en grande pompe prendre possession de l’édifice que le roi Louis XIII leur avait cédé et qu’ils occupèrent jusqu’au 26 mai 1790. L’église, dans le goût de la Renaissance et placée sous l’invocation de saint Louis, bordait à l’Ouest le cloître. Elle fut fermée le 12 avril 1791. Au delà, dans le terrain dont une portion seulement est utilisée par le gymnase militaire, une ancienne carrière, appelée jusqu’au XVIIe siècle, la Carrière, limitée au Sud et au Sud-Ouest par Saint-Maur et par le cimetière de l’église paroissiale de Saint-Médard. Que de fois les paroissiens dont le sanctuaire était enfermé dans la clôture de Saint-Maur se plaignirent, et non sans motif, d’être distraits dans leurs dévotions par le bruit des jeux dont la Carrière retentissait trop souvent !

L’église Saint-Médard consacrée en 1721, sur l’emplacement d’une sorte de chapelle basse, étroite, peu éclairée, fut fermée le 27 mars 1791, mise en vente le 27 février 1792 et adjugée sur la modique mise à prix de 3.025 livres, avec cette clause expresse que les acquéreurs la détruiraient à leurs frais.

Toute la région qui s’étend entre les rues Porte-de-France et Saint-Maur était couverte au XVIIIe siècle par les dépendances de Saint-Maur et par le Logis du Roi.

L’origine de Saint-Maur remonte très haut. C’était au début de notre histoire un oratoire dédié à saint Jean-Baptiste et à saint Jean l’Évangéliste. Saccagé lors de l’invasion des Huns d’Attila en 451, il fut relevé par saint Airy sous le vocable de Saint-Médard réparé de nouveau par l’évêque Heimon, il prit le nom de Saint-Maur pendant qu’on réservait celui de Saint-Médard à l’église indiquée plus haut. Heimon y fonda un monastère de religieuses de l’ordre de saint Benoît, proche du ruisseau de la Scance, car, pour obéir à la règle, les religieuses devaient trouver dans leur enclos tout ce qui leur était nécessaire. Abattu comme Saint-Paul pour cause de sécurité publique en 1552,1e couvent fut réédifié plus avant dans la ville tandis que l’ancienne église seule restait debout enclavée dans les fortifications, et séparée des nouveaux locaux par le cimetière de Saint-Médard. Aussi les dames de Saint-Maur furent-elles obligées, pour se rendre dans leur église sans s’exposer aux regards de la foule, de jeter par-dessus la rue et le cimetière une galerie fermée.

Le 12 mai 1790, les officiers municipaux de Verdun se présentèrent à Saint-Maur pour procéder à l’inventaire des biens meubles et immeubles et notifier aux intéressées l’arrêté de suppression. Les religieuses qui, malgré l’arrêté, avaient été autorisées, par faveur spéciale, à continuer leur vie commune, durent se séparer en octobre 1792. Si l’église a disparu et s’il n’est resté, dit-on, de ses annexes, que le vieux puits de la porte de France, le couvent est demeuré avec sa façade restaurée en 1865. Le bureau de bienfaisance, créé après 1796, y fut établi en 1808 avec, à sa tête, des administrateurs que secondèrent dans leur tâche trois sœurs autrefois attachées à une institution de prévoyance nommée la Charité ; ces sœurs, dites de Saint-Vincent de Paul, l’occupent encore aujourd’hui.

Verdun-gendarmerie-300x186Le Logis du roi, devenu gendarmerie nationale, était destiné au gouverneur royal que la cité devait héberger. Tavannes qui le premier représenta le roi de France habita l’évêché. Ses successeurs se cantonnèrent dans le cloître du chapitre de la Madeleine où l’on fut obligé de leur fournir six maisons. De là des résistances, des débats qui se terminèrent d’ailleurs par une équitable décision chacun des trois corps, évêché, clergé, administration municipale concourraient à la dépense. Messieurs les gens du roi firent alors construire l’hôtel que la ville paya le 27 juin 1597. On y vit passer des noms illustres les d’Haussonville, les Marillac, les Nettancourt-Vaubecourt, les Feuquières. Louvois y séjourna deux fois.

Mais au XVIIIe siècle, les gouverneurs ne résidaient plus à Verdun et l’hôtel fut confié aux bons soins d’un concierge qui en tira le parti qu’il put pour le compte du maître. Le marquis de Chazeron, l’un des non-résidents, l’offrit à la ville moyennant une rente annuelle de 600 livres. La ville accepta, y fit pour 20.000 livres de réparations, et y aménagea huit appartements, une écurie pour 60 à 80 chevaux, une remise pour six voitures. Là, s’installèrent les officiers supérieurs des régiments en garnison à Verdun et dont la municipalité devait pourvoir au gîte, à moins que ces Messieurs ne fussent de très haut rang et obligés, de par leur fortune et leur qualité, de tenir un grand train de maison, auquel cas les magistrats poussaient la bonté d’âme jusqu’à meubler à force de frais des demeures particulières. Enfin, l’an 1802, le Logis du roi fut transformé en caserne, et affecté au corps de la gendarmerie créé en 1790 pour remplacer la maréchaussée.

La rue Chevert, anciennement Saint-Maur-rue, avec l’hôtel du gouvernement, acheté en 1860 par la ville, et dont le premier propriétaire, il y a cent ans environ, fut J.-B. Georgia, lieutenant général et civil au bailliage et siège présidial de Verdun, aboutit à la place d’Armes.

Verdun-place-darmes-300x188La place d’Armes n’eut pas toujours le même aspect. Jusqu’à la fin du XVIe siècle, ce fut une lande pierreuse, irrégulière, avec quelques granges ou écuries surveillées du côté de la cathédrale par la Tour-le-Princier qui lui donnait son nom et qui commandait l’entrée de la rue de la Belle-Vierge. En 1574, la ville accorde l’autorisation de bâtir des maisons d’habitation seulement, « avec chambres ou bouticles », avec interdiction « de loger bestes sur les dits devants ».

Sur la fin du siècle, on démolit la Tour-le-Princier, mais en revanche, l’administration militaire sollicite le droit d’y élever, sans doute pour l’embellir, une estrapade. L’estrapade consistait principalement en une potence de plusieurs mètres de haut, munie d’une forte corde. Au bout de cette corde, les mains et les pieds liés derrière le dos, un condamné que l’on précipitait plusieurs fois de suite du haut de la potence jusqu’à un mètre du sol, spectacle particulièrement doux pour le patient et récréatif pour les voisins. Les avis étaient partagés les uns préféraient la place Mazel, les autres la place de la Tour-le-Princier. Ceux-ci l’emportèrent et les bourgeois virent bientôt surgir d’une enceinte maçonnée à hauteur d’appui, dite Orbetour, l’horrible machine.

L’estrapade, abolie sous Louis XIII, avait disparu depuis longtemps, lorsqu’en 1682, MM. du Baillage firent aménager à l’angle Nord-Ouest, un nouveau Palais de justice et la place de l’Estrapade se nomma place du Palais. L’entrée du Palais qui portait cette inscription : « Haec domus amat, punit, conservat, honorat nequitiam, pucem, crimina, juraa, probos » (Ici l’on révère la paix, on punit le crime et la méchanceté, on sauvegarde le droit, on rend hommage à l’honnêteté) fut obstruée, à partir de 1728, grâce à M. le comte de Belle-Isle, gouverneur de la province, par un corps de garde, d’où l’appellation, qui n’est peut-être pas définitive, de place d’Armes. A cette date, la place d’Armes était à peu près ce qu’elle est maintenant, puisque le front Nord avait été complété au début du XVIIe siècle par le couvent des Carmélites.

La rue de la Belle-Vierge allait de la place d’Armes à la rue de la Madeleine et tirait son nom d’une statue de la Vierge qui décorait la porte d’entrée de la demeure du Princier, glorieux échantillon de l’architecture du XVIe siècle. Le Princier, ou plus exactement le Primicier, premier archidiacre de la cathédrale, était le personnage le plus considérable après l’évêque. Son pouvoir prenait des proportions si redoutables qu’en 1385, à la mort du titulaire, l’évêque et le Chapitre, qui n’aimaient pas les gêneurs, demandèrent au pape Clément VII la suppression de sa charge. Ils furent exaucés, mais l’habitation du Princier, propriété du Chapitre, continua de s’appeler la Princerie. Les deux frères Jacques et François de Musson, riches chanoines de la cathédrale qui la détenaient au commencement du XVIe siècle, la démolirent et la rééditèrent en 1525.

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Aujourd’hui, la Princerie porte les numéros 16 et 18. Le numéro 18 dont l’extérieur est récent, a conservé à l’intérieur sa belle colonnade renaissance. Le numéro 16 est resté extérieurementen partie de l’époque, avec sa remarquable entrée, sa sombre façade, ses fenêtres grillagées de fer croisillonné. Le fronton est surmonté d’une statue de la Belle-Vierge dont le qualificatif, en toute conscience, parait peu mérité. A l’intérieur, un porche monumental à colonnes massives, une petite chapelle à fenêtre ogivale avec voûte dont les clefs portent les armes de la famille de Musson.

La rue des Trois-Rois réunissait la rue Saint-Laurent et la rue de la Belle-Vierge.

La rue des Trois-Rois se terminait à la rue Châtel, et la rue Saint-Laurent sur la place de la cathédrale. A l’angle formé par les rues Saint-Laurent et des Prêtres, au XVIIe siècle, la chapelle Saint-Laurent. En juillet 1793, le conseil de la commune décréta que ces trois rues n’en formeraient plus qu’une, qui prendrait le nom de rue de la Montagne. Mais le peuple, par une allusion facile à comprendre, la débaptisa pour en faire la rue Montorgueil, et, le 12 mai 1807, la municipalité donnait aux trois tronçons la dénomination générale de rue de la Belle-Vierge.

La rue de la Madeleine nous conduit sur la place où l’on pouvait admirer encore à la fin du XVIIIe siècle la collégiale de la Madeleine. C’était un des édifices les plus antiques de la ville. Déjà restauré au milieu du VIIIe siècle, il devint le centre d’une communauté de filles qui ne surent pas maintenir, dans sa pureté originelle, la règle de leur cloître. Au commencement du XIe siècle, un riche clerc, l’archidiacre de la Woëvre, Ermenfroid, y établit un collège de chanoines. Aidé par l’évêque Heimon qui lui transmit le sanctuaire et le couvent, il jeta dès 1018 le fondement de cette église qui dura huit cents ans.

C’était un magnifique bâtiment de style roman, au portail occidental flanqué de deux tours carrées, sans flèche. Le chœur aux fenêtres longues, étroites, terminées par un plein cintre, dominait la rue Mazel. Le chevet couvrait de vastes cryptes. Les nefs reconstruites au XIVe siècle, étaient éclairées par des fenêtres ogivales. Sur le tout, une jolie balustrade à trèfles gothiques supportés par des contreforts savamment fouillés. Le cloître, à quatre côtés, et ses dépendances s’avançaient jusqu’au Tournant-Saint-Pierre. Avant 1556, au Sud de la place, s’abritait à l’ombre de la Madeleine une modeste église paroissiale, celle de Saint-Oury. Elle fut supprimée en 1556, et les paroissiens de Saint-Oury assistèrent aux offices dans la crypte de la collégiale.

Un regard en passant à l’entrée de la maison dite du pape Jules II, et que le pape Jules II n’habita jamais, mais qui s’élève peut-être sur l’emplacement de celle qui eut l’honneur de sa visite.

Mentionnons le couvent des sœurs de la Doctrine Chrétienne fixées d’abord rue Dame-Zabée (Dame Isabelle) en 1826, puis rue de l’Hôtel-de-Ville, enfin rue Mautroté en 1840. A l’angle sud-ouest de cette rue, l’établissement des sœurs de Saint-Joseph, dont l’église est due aux plans de M. Chenevier, architecte, qui en dirigea les travaux en 1888. De style roman, elle est assez curieuse avec ses tourelles et son abside circulaire fermée par une demi-coupole ; l’intérieur est divisé en rez-de-chaussée et en galerie que surplombe une voûte, dont les arcatures en fer ouvragé sont supportées par de hautes colonnes de fonte richement décorée.

Verdun-rue-de-la-grange-186x300La rue de la Belle-Vierge, qui donne accès à la place de la cathédrale, communique avec les quartiers bas par la rue Châtel que prolonge la rue de la Vieille-Prison, les Petits-Degrés, les Gros-Degrés, la rue des Gros-Degrés et la rue de la Grange.

La rue des Petits-Degrés est la partie supérieure de l’ancienne rue Brodier qui reliait jusqu’au XVIIe siècle la Meuse et la rue Châtel. Issue du Cognet de Faulcitey (en dehors de la Cité), recoin visible encore aujourd’hui, elle prenait aux pieds des limites probables de l’ancienne citadelle, ou, comme on disait au moyen-âge, de l’ancienne Fermeté. C’est par la rue Brodier, que l’évêque, lors de son entrée solennelle, se rendait à cheval, revêtu des insignes de Comte du Saint-Empire à la chapelle Saint-Laurent, où l’attendait le chapitre des chanoines. Autrefois très fréquentée, elle a conservé, solidement planté à moins de deux mètres du sol, dans le mur qui se dresse à gauche des gradins inférieurs, un énorme crampon où l’on accrochait des chaînes de fer pour entraver la circulation les jours de troubles.

Appuyés aux terrasses de la ville haute, deux édifices d’importance inégale bordaient la rue de la Vieille-Prison, l’un presque perpendiculaire à la rue de la Grange, la Grange ou Halle aux blés, massive et noire bâtisse, dont il est parlé déjà au XIe siècle, vendue et démolie en 1835, l’autre plus intéressant,vers le milieu de la montée où se voient les immeubles qui portent les numéros 5, 7 et 9 : c’est Montaubain, l’ancien Hôtel-de-Ville.

Acheté en 1338 à Simon la Porte, jadis échevin du Palais, qui l’avait construit dans les premières années du siècle, Montaubain, avec sa banale façade supportée par des piliers, était placé sous la garde d’un portier qui prenait soin du mobilier, fournissait l’éclairage et le chauffage à la chambre du conseil et joignait à ses importantes fonctions celle de geôlier des prisons creusées dans les sous-sols. On remarquait à Montaubain la salle du conseil dorée et la tour du beffroi, très haute, couronnée par un élégant campanile à jour décoré de clochetons, et où tintait les jours d’émeute, le bourdon populaire, la Mute. Une horloge indiquait l’heure sur un cadran de plomb doré.

Ce logis poussiéreux, décrépi, était indigne de la cité qui, le 6 février 1738, se transporta solennellement à l’Hôtel-de-Ville actuel. Montaubain survécut jusqu’en 1760 ; à cette date, on dut supprimer la tour qui menaçait ruine et l’horloge fut déposée pour un temps, au-dessus du fronton du nouvel hôtel. Il ne resta plus de l’antique siège du Sénat, que les prisons civiles agrandies et modifiées, où l’on attachait les prisonniers à des anneaux de fer, dont quelques uns sont demeurés dans la profondeur des caves.

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Les Gros-Degrés présentent certainement, dans tout ce vieux quartier, la physionomie la plus captivante et la plus caractéristique. Composés exactement de 79 marches divisés en 7 paliers, incrustés à droite dans des maisons pittoresquement construites et comme étagées dans le roc, menacés à gauche par de hautes murailles, vestiges de la forteresse primitive, les Gros-Degrés participent à la fois du donjon féodal et de la kasbah mauresque.

Leur origine remonte au-delà du XIIIe siècle, car le grand incendie de 1217 commença « aux Degrés », dits de Notre-Dame, parce qu’une statue de la Vierge s’enchassait dejà dans la paroi. En haut, la rampe, usée par le frottement de plusieurs siècles, laisse cependant lire une inscription qui ne date point d’hier : « Aux frais de M. N. Bousmard, grand prevost. Claude Amit a faict ceste besongne 1593 ».

 

 

 

De nombreux édifices ont par miracle échappé à l’enfer de la bataille. Vous pouvez découvrir de très belles photos de la Porte saint Paul, de l’hôtel de la Princerie, de l’hôtel de ville, sur le blog tenu par Anthony Koenig, fervent défenseur du patrimoine lorrain.

 

La promenade suivante nous emmènera dans les quartiers de la cathédrale, de l’Évêché, de Saint-Vannes.

 

 

La légende de la linotte

 

D’après « Légendes et contes lorrains d’autrefois »

 

Saint Vincent effectuait une tournée d’inspection dans le Toulois. Il s’en trouvait fort satisfait. Les vignes étaient parfaitement tenues, les pampres portaient de lourdes grappes violettes et les vendanges prochaines s’annonçaient prometteuse.

Sa longue marche, sous un chaud soleil de septembre, lui avait donnée soif. Il entra dans la maison d’un vigneron.

Il n’y avait personne au logis. Mais sur la table, il trouva un cruchon de ce petit vin de Toul si agréable au gosier. Il hésita bien un peu, puis, bah ! Il était le patron des vignerons, après tout ! Il s’en servi un plein verre.

En fin connaisseur, il en admira d’abord la belle couleur pourprée, le huma délicatement, narines dilatées, et, aspirant une petite gorgée, il s’en gargarisa la langue et le palais avant de l’avaler.
- Ah, mes amis, quel bouquet !

A ce moment, un petit oiseau gris entra par la fenêtre ouverte. Il avait reconnu saint Vincent et voulait profiter de l’occasion pour faire valoir ses droits.

Il se pencha avec sans-gêne sur le rebord du cruchon et entreprit le bienheureux :
- Grand saint Vincent, dit-il, je suis la linotte des vignes et je ne vous cache pas mon mécontentement. Depuis l’époque de Noé, je vais, je viens par les vignobles, détruisant maints insectes nuisibles et réjouissant par mon chant le vigneron fatigué. Or je n’ai encore reçu aucune décoration, alors que beaucoup d’autres oiseaux… Tenez, je ne vous citerai que le rouge-gorge…

La légende de la linotte dans Légendes de Lorraine Linotte-1-128x150Dans sa véhémence, la linotte glissa et chut dans le cruchon. Saint Vincent n’eut que le temps de la rattraper d’une main preste. Mais la gorge avait touché le vin …

Voilà pourquoi, depuis ce temps-là, la linotte porte sur la poitrine un beau plastron lie-de-vin.

 

 

 

 

 

Les ruines du château de Salm

Les ruines du château de Salm dans Châteaux et forteresses en Lorraine Ruines-chateau-La-Broque-150x112

Les ruines du château de Salm sont situées sur le territoire de la commune de La Broque (département du Bas-Rhin – Alsace), mais ce château faisait partie du comté de Salm-Lorraine.

Une association « Les veilleurs de Salm » a été crée en 2004. Elle a pour but de sauvegarder et d’entretenir les vestiges de la ruine. L’encadrement est assuré par un architecte du patrimoine du département, par un historien en civilisation rhénane et par des archéologues bénévoles.

 

Mais pourquoi présenter les ruines d’un château situé en Alsace ? Eh bien tout simplement, parce que, par le jeu des héritages, le comté de Salm passa pour une partie aux Ducs de Lorraine et pour l’autre aux descendants du rhingrave devenus princes de Salm à partir de 1623.

 

Carte-ruines-chateau-Salm-150x112 dans Les Vosges d'Antan

En 1751, un nouveau partage créa la Principauté autonome de Salm-Salm avec Senones comme capitale, qui englobait tout le Ban de Vipucelle (ou ban de Salm), formé de ce qui compose aujourd’hui les deux communes de La Broque et Grandfontaine. En 1793, les Révolutionnaires Français annexent la principauté après l’avoir soumise à un blocus économique. La Broque fut alors incorporée au département des Vosges.

A l’issue de la guerre franco-allemande de 1870 et en échange du canton de Belfort, le traité de Francfort détacha en 1871, la commune du département des Vosges pour la joindre au Reichsland Elsass-Lothringen. Après la libération de 1918, elle resta dans le Bas-Rhin.

 

D’après « Bulletin de la Société philomatique vosgienne » – 1883

 

Le château de Salm est un château situé sur une très haute montagne, entre le village de Plaine et celui de Framont. Le château existait déjà en 1190, et fut bâti par le comte Henri de Salm, qui lui donna son nom à cause de l’ancienne maison de Salm, établie dans les Ardennes, d’où le comte et ses prédécesseurs étaient sortis.

Ce château fut autrefois habité par les comtes sauvages de Salm. On prétend même qu’il est, avec celui de Langstein, l’un des plus anciens châteaux bâtis par ces seigneurs. Il n’offre aujourd’hui que des ruines à moitié détruites, autant par le ravage des temps que par les malheurs de la guerre.

On voit en avant de ce château une espèce de plate-forme ou donjon naturel, formé par les roches énormes de cette montagne. Ce donjon était défendu par un large fossé taillé dans le roc. On remarque encore les vestiges d’un pont-levis qui en défendait l’entrée.

Plus loin est le château, dont les bâtiments ne devaient pas être défendus, à en juger par le peu de terrain de son emplacement.

Ruines-chateau-de-Salm-150x103Un reste de tour moitié ronde, moitié carrée, et dont les murailles ont dix pieds d’épaisseur, est ce que l’on peut voir de plus entier, le reste est absolument tombé. Le chemin qui conduit à ce château est tortueux et difficile, il est taillé dans le rocher à plusieurs endroits. On a cru remarquer les vestiges d’une petite tour qui en défendait le passage.

La situation de ce château est peut-être l’endroit le plus désert et le plus sauvage que l’on puisse voir. De cette élévation, l’œil ne discerne que de très hautes montagnes dépouillées d’arbres et dont la cime est hérissée de rochers énormes, à moitié suspendues sur de pauvres habitations qui sont au pied de ces montagnes menaçantes.

Dans cette effrayante solitude, vous n’entendez que les cris plaintifs de quelques hiboux ou oiseaux de proie qui sont nichés dans les crevasses des rochers qui entourent, et qui sont l’asile ordinaire des uns et d’autres animaux sauvages dont ces montagnes sont remplies.

La Principauté de Salm

La Principauté de Salm dans Les Vosges d'Antan principaute-de-Salm-213x300

 

 

Lorraine de naissance et surtout de cœur, j’ai toujours entendu parler du comté ou de la principauté de Salm.

Mais quel ne fut pas mon étonnement de découvrir que la principauté de Salm avait été une enclave allemande en territoire français. J’ai retrouvé un article présentant les limites de cette principauté. C’est cette description que je vous propose de découvrir. Les appellations d’origine ont été conservées.

La carte de la Principauté est publiée avec l’aimable autorisation des administrateurs du site concernant le château de Salm.

 

 

D’après un article paru dans le « Bulletin de la société philomatique vosgienne » – 1898

 

Le traité qui séparait de la France une partie du territoire connu sous le nom de Comté et Principauté de Salm, ayant formé dans les Vosges, depuis 1571, un ensemble possédé en commun ou séparément par le duc de Lorraine et le prince de Salm-Salm, pour constituer une Principauté allemande autonome, enclavée dans le territoire français, en faveur du feld-maréchal Nicolas-Léopold, prince de Salm-Salm, chevalier de la toison d’or, avait été signé à Paris le 21 décembre 1751.

Les négociations entre la France et l’Empire, pour la Principauté de Salm, commencées après le traité de Vienne du 18 Novembre 1738, pour indemniser les princes allemands possessionnés en France, avaient duré treize ans.

Le maréchal prince de Belle-Isle, gouverneur des Trois-Évêchés, et le prince Louis-Charles Othon de Salm-Salm, fils aîné du prince Nicolas-Léopold, qui avait fait de longs séjours en France, où il possédait des abbayes en commende, assisté de l’abbé Rome, chanoine de Saint-Pierre de l’Isle, furent les négociateurs de ce traité, très difficile à terminer à cause de l’enclave allemande à créer en France, sans communication avec la frontière.

Mais, par suite de difficultés survenues au sujet des qualités prises par le prince de Salm-Salm, qu’il fallut un certain temps pour aplanir dans la convention du 21 décembre 1751, elle ne reçut pas d’exécution immédiate. Les lettres patentes assurant la mise en action de cette pièce si importante pour l’histoire de Senones, puisque cette ville devenait la capitale d’un État souverain, ne furent signées par le roi Stanislas qu’un an après, le 31 cécembre 1752.

Pour définir absolument le territoire appartenant en souveraineté au prince de Salm-Salm, sous la puissance suprême de l’empereur d’Allemagne, on dut procéder à un abornement complet du périmètre de la nouvelle Principauté, les cartes qui existaient alors ne suffisant pas pour établir des limites précises, qui étaient celles du « Comté et Principauté, » sauf la partie située à droite de la Plaine, devenue frontière.

L’abbé Thelosen, aumônier du prince Nicolas-Léopold, son fondé de pouvoirs, et Gautier, agent du roi de Pologne comme duc de Lorraine, procédèrent pendant quinze mois à cet abornement, et furent amenés à signer à Nancy le 5 Février 1755, trois originaux de son procès-verbal fait avec le plus grand soin.

L’abornement contient des noms de lieux si connus et placés dans des endroits si pittoresques, qu’en le lisant on éprouve le désir de suivre en réalité sur le terrain la ligne des frontières de l’ancienne Principauté. C’est une ligne historique s’il en fut, car elle remonte à des divisions de pays tracées dans la plus ancienne période de l’histoire locale des environs de Senones, et dans quelques parties elle doit se trouver bien près, sur les hauteurs de Saint-Stail, des frontières actuelles de la France et de l’Allemagne. Peut-être retrouverait-on, en la suivant, maintenant que le périmètre est connu, quelques bornes placées de 1753 à 1755, dont on ne connaît plus l’existence.

On ferait assurément dans la partie des forêts de montagne une course peut-être un peu fatigante, à cause des lignes droites tracées, mais à coup sûr des plus belles.

 

Procès verbal de Séparation et d’Abornement de la Principauté de Salm, des Terres de France et de Lorraine, en Exécution de la Convention entre leurs Majestés le Roy très Chrétien, le Roy de Pologne Duc de Lorraine et de Bar et M. le Prince de Salm Salm.

 

L’an mil sept cent cinquante trois le quatrième novembre et jours suivants, en exécution de l’article Trois de la convention passée le vingt et un décembre mil sept cent cinquante et un, entre leurs Majestés le Roy trés Chrétien, le Roy de Pologne Duc de Lorraine et de Bar, et M. le Prince de Salm Salm dont suit la Teneur.

En Conséquence des presentes Cessions faites par sa Majesté Polonaise, les Limites de la Principauté de Salm demeuront les mêmes au delà et à la gauche de la dite Rivière de Plaine, qu’elles étaient d’ancienneté, pour les Terres qui composoient la partie de la Principauté et Comté de Salm au delà et à la gauche de la dite Rivière de Plaine avant le présent partage. Et dans les Endroits ou la Principauté de Salm ne sera point séparée par des Rivières ou des Ruisseaux, des Terres de France ou de Lorraine, il sera mis des Bornes et des Limites armoriées, qui Etabliront la ligne de Séparation de la Principauté d’avec les Terres susdites, dont Procès Verbaux seront fait doubles par les Commissaires nommés à cet Effet par chacunes des parties contractantes, et les difficultés qui pouroient naitre à ce Sujet seront terminées amiablement par les dits commissaires.

Nous, Commissaires nommés de la part de Leurs Majestés très Chrétienne et Polonaise, et de la part de M. le Prince de Salm Salm, Jean Gautier Ingénieur du Roy de Pologne au nom de Leurs Majestés par Commission de M. Le Duc de Belleisle Pair et Maréchal de France, Prince du St-Empire, Chevalier des Ordres de Sa Majesté très Chrètienne, et de la Toison d’Or, Gouverneur et Commandant de la Province des Evêchés de Metz, Toul et Verdun, Lieutenant Général en Lorraine & a. La dite Commission donnée en Vertu de Ses pouvoirs à Paris le trente Janvier mil sept cent cinquante trois, et Jean Thélosen Conseiller de M. le Prince de Salm Salm, au nom du dit Prince par sa Commission donnée à Vienne le quinze Décembre mil sept cent cinquante deux.

Nous sommes rendus sur les Lieux, ou étant nous avons procédé à la Séparation de la dite Principauté de Salm d’avec les Terres de France et de Lorraine, toutes difficultés amiablement terminées après avoir averti les Seigneurs, leurs Officiers, les Propriétaires de Bans et Finages, et assemblé les Maires, Sindics, Forestiers, Gardes Chasse et anciens, pour être Exactement informés du Local suivant les indications cy après détaillées de la Scituation et distance des Bornes de pierre de taille armoriées que nous avons fait mettre pour les Limites de la dite Principauté.

 

La Scituation des Bornes a été déterminée par la disposition du Terrein et les distances mesurées ensuite à la Toise de France, de six pieds de Roy.

 

Première partie de l’Orient à l’Occident :
le Cours de la Rivière de Plaine depuis sa source jusques au Finage de Raon l’Etape Lorraine.

 

Première Borne.
Entre la Montagne du Petit Donon Alsace et Celle du Haut Donon Principauté, au Nord des dites Montagnes, dans la Vallée ou la Rivière de Plaine prend sa principale source, à trois toises deux pieds au-dessus de la dite Source, ou il n’y avoit point de Borne ; les Bois de l’abbaie de Domèvre, Finage de Raon les l’Eau Lorraine d’une part et les Bois nommés les Hans de Forges de Framont Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée de l’Ecu de Lorraine à droite et de l’Ecu de Salm à gauche.

Rivière de la Plaine
Le Milieu du Cours de la dite Rivière de Plaine depuis sa Source jusques au Finage de Raon-l’Etape Lorraine, fait la Séparation de la Lorraine, Baillage de Blamont, du Ban le Moine France, et du Comté de Salm Prévôté de Badonviller Lorraine, d’avec la Principauté conformément à l’article premier de la Convention de Leurs Majestés.

 

Seconde partie de l’Occident au Midy :
depuis le Finage de Raon l’Etape Lorraine, jusques aux Terres de France, Province d’Alsace, qui comprend les Finages de Raon l’Etape, de Moyenmoütier, de la Fontenelle, de Laitre et la grande Fosse Lorraine.

 

Deuxième Borne.
Dans les Prairies à gauche de la Rivière de Plaine, le Finage de Raon l’Etape Lorraine d’une part et le Finage de Celles Principauté de l’autre part à trente cinq Toises du Lit actuel de la dite Rivière, au-dessus de la Forge Evard Finage du dit Raon-l’Etape, au pied d’un seul arbre de Bouleau conservé dans la Prairie pour la Séparation ancienne et ordinaire des dits Finages ; la dite Borne armorié de l’Écu de Lorraine et l’Ecu de Salm.

Troisième Borne.
A la Lisière du Bois du Haut Port au-dessus et à droite du chemin de Raon-l’Etape à Celles, le dit Bois du Haut Port Finage de Raon-l’Etape Lorraine d’une part, et le Bois de Malhay Principauté de l’autre part, la dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée à la place d’une ancienne Borne qui a été levée et sous laquelle il ne s’est point trouvé de Témoins. Distance, cent vingt toises, cinq pieds de la seconde Borne.

Quatrième Borne.
En montant entre les dits Bois du Haut Port et du Malhay, armoriée comme cy-dessus, posée à la place d’une ancienne Borne qui a été levée et sous laquelle il s’est trouvé trois morceaux de Charbon pour Témoins. Distance, cent onze Toises de la Troisième Borne.

Cinquième Borne.
En montant entre les dits Bois, armoriée comme cy-dessus, posée à la place d’une ancienne Borne qui a été levée et sous laquelle il ne s’est point trouvé de Témoins. Distance, quatre-vingt-treize Toises, quatre pieds de la Quatrième Borne.

Sixième Borne.
En montant entre les dits Bois, armoriée comme cy-dessus, posée à la place d’une Roche sur laquelle s’est trouvé une Croix. Distance, Cent-quarante-sept Toises, deux pieds de la Cinquième Borne.

Septième Borne.
En montant entre les dits Bois, armoriée comme cy-dessus, posée au-dessus de la Basse du Haut Port où il n’y avait pas de Borne. Distance, cent quarante sept Toises, deux pieds de la Sixième Borne.

Huitième Borne.
En montant entre les dits Bois, armoriée comme cy-dessus posée au Haut d’Agron, à la place d’une grosse Roche dite Vulgairement la Pierre Borne, sur laquelle était une Croix accompagnée d’une plus petite Roche aussi avec une Croix marquant l’une et l’autre la Séparation du Finage de Raon-l’Etape de celui de Moyenmoutier Lorraine d’une part ; et le dit Bois du Malhay Principauté de l’autre part. Distance, cent-quarante-cinq Toises de la Septième Borne.

Neuvième Borne.
En descendant sur le Ruisseau de Ravine à la gauche de la Source de Quiriengoutte, le Bois de la Grande Basse Finage de Moyenmoutier d’une part, et le Bois de Compagnie Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée où il n’y en avoit point. Distance, Cent-trente-quatre Toises, un pied de la Huitième Borne.

Dixième Borne.
En descendant entre les dits Bois sur le ruisseau de Ravine, le Ruisseau de Quiriengoutte à droite, armoriée comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, deux-cent-trois Toises, deux pieds de la Neuvième Borne.

Onzième Borne.
Au bas des Bois de la Grande Basse, Finage de Moyenmoutier d’une part à ceux de Compagnie Principauté de l’autre part, armoriée comme cy-dessus, posée près d’une ancienne Roche qui servoit de Borne sur laquelle étoit une Croix. Distance, cent-soixante-six Toises de la Dixième Borne et à quinze toises du Ruisseau de Ravine.

Ruisseau de Ravine.
Le dit Ruisseau, a commencer vis-à-vis la Onzième Borne cy-dessus fait les limites jusques à l’Embouchure du Ruisseau de la Bonne femme, le Finage de Moyenmoyen Lorraine d’une part, et les Bois de Querelle Principauté de l’autre part.

Ruisseau de la Bonne Femme.
Le dit Ruisseau fait les Limites depuis son Embouchure dans le Ruisseau de Ravine jusques vis-à-vis la Fontaine nommée Cressonfontaine, auprés et au-dessus de laquelle l’Ecu de Salm a été Sculpté sur une Roche pour fixer la Scituation de la dite Fontaine Principauté.

Douzième Borne.
Vis-à-vis Cressonfontaine à la Lizière du Bois de Malfosse Finage de Moyenmoutier d’une part, et des Bois Communaux de Senones Principauté de l’autre part, la dite Borne armoriée de l’Ecu de Salm et de l’Ecu de Lorraine comme cy-dessus et posée où il n’y en avoit point. Distance, de la Roche et de l’Ecu de Salm de Cressonfontaine dix-huit Toises deux pieds.

Treizième Borne.
En montant entre les dits Bois, armoriée comme cy-dessus posée où il n’y en avoit point. Distance, cent huit Toises de la Douzième Borne.

Quatorzième Borne.
Idem, entre les dits Bois. Distance, cent dix Toises de la Treizième Borne.

Quinzième Borne.
A la hauteur de Malfosse, le Bois de Malfosse Ban de Moyenmoutier d’une part et les Bois Communaux de Senones Principauté de l’autre part, armoriée comme cy-dessus et posée à la place d’une très Grosse Roche qui servoit de Borne. Distance, cent seize Toises cinq pieds de la Quatorzième Borne.

Seizième Borne.
En descendant du côté du Val de Senones entre les dits Bois au-dessus de la Mortegoutte ou Margoutte, armoriée comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, quatre-vingt-dix-huit Toises de la Quinzième Borne.

Ruisseau de la Mortegoutte ou Margoutte.
Le dit Ruisseau fait les limites jusqu’à son Embouchure dans la Rivière de Rapodo ou Rivière de Senones.

Rivière de Rapodo.
Elle fait les limites depuis l’Embouchure du dit Ruisseau de la Margoutte jusques à l’Embouchure du Ruisseau de Chassonville.

Ruisseau de Chassonville.
Le dit Ruisseau fait les limites depuis son Embouchure dans la dite Rivière de Rapodo jusques à sa Source qu’il prend à la Fontaine de Marienfosse, le Finage de Moyenmoutier Lorraine, d’une part, et le Finage de Senones Principauté, de l’autre part.

Dix-septième Borne.
Entre les deux Sources de la Fontaine de Marienfosse, armoriée de l’Ecu de Lorraine et de l’Ecu de Salm, posée ou il n’y en avoit point.

Dix-huitième Borne.
Sur la hauteur dans les Terres entre la Borne précédente et le Bois du Pallon Principauté, le Finage de Moyenmoutier d’une part, et le Finage de Senones Principauté de l’autre part ; armoriée comme cy-dessus, posée à la place d’une ancienne Borne sur laquelle il y avoit une Croix, sans témoins. Distance, cent quatre toises, trois pieds de la dix-septième Borne.

Dix-neuvième Borne.
En montant à la Lisière du Bois de Pallon, auprès d’une ancienne Borne qui fait la Séparation du dit Bois et la division du Ban de Moyenmoutier de celui de la Fontenelle Lorraine, les dits Bans de Moyenmoutier et de la Fontenelle d’une part et le Bois du Pallon Finage de Senones Principauté de l’autre part. La dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, deux cent quinze Toises, deux pieds de la Dix-huitième Borne.

Vingtième Borne.
En descendant à la Lisière et angle du dit Bois du Pallon, sur les prés de Marigoutte, le Finage de la Fontenelle Lorraine, d’une part, et le dit Bois du Pallon Principauté de l’autre part, la dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, deux cent quatorze Toises, un pied de la Dix-neuvième Borne.

Vingt-unième Borne.
En descendant à la Lizière et angle du Bois du Pallon sur les prés de Romont, les près de Marigoutte Ban de la Fontenelle d’une part et le dit Bois du Pallon Principauté de l’autre part, armoriée comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, cent quatre-vingt Toises, quatre pieds de la Vingtième Borne.

Vingt-deuxième Borne.
Sur la hauteur des champs de Croÿ, le Finage de la Fontenelle Lorraine d’une part et le Finage de Menil Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, deux cent soixante-douze Toises, trois pieds de la Vingt-unième Borne.

Vingt-troisième Borne.
Au Canton de Longchamps sur le revers du côté des prés de Tauronaux, le Finage de Laitre Lorraine d’une part, et le Finage de Menil Principauté de l’autre part ; la dit Borne armoriée comme cy-dessus posée ou il n’y en avoit point. Distance, deux cent cinquante-neuf Toises de la Vingt-deuxième Borne.

Vingt-quatrième Borne.
Au-dessus du Cours des Eaux qui arrosent les prés des Champay, les Hayes, Finage de Laitre Lorraine, d’une part, et les dits prés des Champay, Finage de Menil, Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée cy-dessus, posée ou il n’y avoit point. Distance, cent quatre-vingt-dix-sept Toises, un pied de la Vingt-troisième Borne.

Depuis la dite vingt-quatrième Borne jusques à l’Embouchure du Ruisseau qui vient de Laitre, nommé le Ruisseau du Pré du Puits, dans celui de Lavaux, cent trente-quatre Toises, quatre pieds.

Ruisseau de Lavaux.
Le dit Ruisseau depuis l’Embouchure du Ruisseau du Pré du Puis passant au milieu du village de Châtay ou Chàta, la partie Méridionale Lorraine, la partie 
Septentrionale Principauté, fait les limites jusques à sa Source nommée la Fontaine du Grand houx, entre le Finage de Laitre Lorraine, et le Finage de Châta, Principauté.

Vingt-cinquième Borne.
Auprès et au-dessus de la Fondrière, qui fournit la Fontaine du Grand houx, Source du Ruisseau de Lavaux, les Bois de Belfeÿ, Finage de Laitre, Lorraine, d’une part, et les Bois de Débat, Principauté, de l’autre part ; la dite Borne armoriée de l’Ecu de Salm et de l’Ecu de Lorraine, posée ou il n’y en avoit point.

Vingt-sixième Borne.
En montant entre les dits Bois à la Séparation du Finage de Laitre de celui de la Grandefosse les dits Finages Lorraine d’une part, et l’angle du Bois de Débat Finage de Chàta Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus posée à la place d’une ancienne Borne. Distance, trente neuf Toises, cinq pieds de la Vingt-cinquième Borne.

Vingt-septième Borne.
A la Lisière des Bois Communaux de la Grandefosse du côté de la Cense du Haut du Bois, les dits Bois Communaux et Finage de la Grandefosse Lorraine d’une part, et les Bois de Débat Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée, ou il n’y en avoit point. Distance, cent trente-huit Toises, un pied de la Vingt-sixième Borne.

Vingt-huitième Borne.
Au-dessus, vis-à-vis et à la distance de vingt-deux Toises trois pieds de la Cense du Haut du Bois, les dits Bois et Finage de la Grandefosse, Lorraine, d’une part, et les dits Bois de Débat Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus posée ou il n’y en avoit point. Distance, cent quarante Toises, deux pieds de la Vingt-septième Borne.

Vingt-neuvième Borne.
Idem, en descendant entre les dits Bois. Distance, cent quatre-vingt-deux Toises cinq pieds de la Vingt-huitième Borne.

Trentième Borne.
Auprès d’une ancienne Borne dite la Mere Borne, les Terres et Finage de la Grandefosse, Lorraine d’une part et l’angle du Bois de Belfeÿ Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus posée ou il n’y en avoit point. Distance, cent quatre-vingt-quatre Toises de la Vingt-neuvième Borne.

Trente-unième Borne.
Borne ancienne dite la Mere Borne, joignant la précédente, la dite Borne conservée n’a point été levée ni armoriée, seulement numérotée et fait la Séparation de la Lorraine et de la France, Province d’Alsace, d’avec la Principauté de Salm.

 

Troisième partie : de l’Occident à 1′Orient
depuis les Terres de France Province d’Alsace jusques à la Rivière de Bruche autrefois la Brussine qui comprend le Finage de Saale Province d’Alsace, et le cours du Ruisseau de Grandroüé.

 

Trente-deuxième Borne.
Auprès de la précédante, les Terres du Finage de Saale, Province d’Alsace, d’une part, et les Terres de Belfeÿ Finage de Grandrupt Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée de l’Ecu de France et de l’Ecu de Salm, posée ou il n’y en avoit point.

Trente-troisième Borne.
Idem, entre les Terres et Finage de Saale Alsace et celles de Belfeÿ Principauté. Distance, cent quatre-vingt-dix Toises, un pied de la Trente-deuxième Borne.

Trente-quatrième Borne.
Idem. Distance, cent quarante-deux Toises, un pied de la Trente-troisième Borne.

Trente-cinquième Borne.
Vis-à-vis, au-dessus et à la Distance de dix-sept Toises de la Cense de Belfey, les Terres et Finage de Saale Alsace d’une part, et les prés de la dite Cense de Belfey Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, quatre-vingt Toises cinq pieds de la Trente-quatrième Borne.

Trente-sixième Borne.
A l’angle et à la Lisiére du Bois de Rigon Principauté ; les Terres et Finage de Saale Alsace d’une part, et le dit Bois de Rigon Finage de St-Stail de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus, posée ou il y en avoit point. Distance, cent quatre-vingt-quatorze Toises de la Trente-cinquième Borne.

Trente-septième Borne.
Idem, à l’angle suivant de la Lisiére du Bois de Rigon ; Distance, soixante-sept Toises un pied de la Trente-sixième Borne.

Trente-huitième Borne.
A l’angle des Bois Communaux de Saale et à la Liziére du dit Bois de Rigon, les Bois Communaux et le Finage du dit Saale Alsace d’une part et le Bois de Rigon Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy dessus posée ou il n’y en avoit point. Distance, deux cent soixante-douze Toises de la Trente-septième Borne.

Trente-neuvième Borne.
Idem entre les dits Bois Communaux de Saale et le dit Bois de Rigon Principauté, suivant les anciennes Exploitations. Distance, cent vingt-sept Toises de la Trente-huitième Borne.

Quarantième Borne.
Idem, entre les dits Bois. Distance, quatre-vingt-onze Toises quatre pieds de la Trente-neuvième Borne.

Quarante-unième Borne.
Idem, entre les dits Bois. Distance, cent soixante-dix Toises de la Quarantième Borne.

Quarante-deuxième Borne.
Idem, entre les dits Bois. Distance, quatre-vingt-sept Toises trois pieds de la Quarante-unième Borne.

Quarante-troisième Borne.
A quatre toises deux pieds au-dessus de la Fontaine des Aveux ou des Aveugles, les Terres de la Cense de Grandroué Finage de Saale Province d’Alsace d’une part, et les Terres Communales de St-Stail Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée de l’Ecu de France et de l’Ecu de Salm comme cy-dessus, posée ou il n’y en avoit point. Distance, cent treize Toises deux pieds de la Quarante-deuxième Borne.

Ruisseau de Grandroüé.
Le dit Ruisseau fait les Limites depuis la Fontaine des Aveux où il prend sa Source, jusques à son Embouchure dans la Rivière de Brûche.

 

Quatrième partie : du Midy à l’Orient
le Cours de la dite Rivière de Brûche jusques à l’Embouchure du Ruisseau de Vaquenback, qui comprend les Finages de St-Blaise, Foudai, Seblet, Roteau, la Neuf-ville ou Schirmeck Alsace.

 

Le Cours de la Rivière de Brûche fait les Limites jusques à l’Embouchure du Ruisseau du Vaquenback, au-dessous de Schirmeck Alsace et la Broque Principauté.

Pour prévenir qu’on ne puisse prendre le Canal du Moulin de Poutay pour le Cours de la dite Rivière, dont il reçoit presque toutes les Eaux, il a été ouvert un Fossé au point ou commence le dit Canal à la distance de deux cent soixante-trois Toises mesurées en ligne droite jusques à Rouë du dit Moulin ; les Prairies entre le dit Canal et le Cours de la Rivière, Finage de Plaine, Principauté.

 

Cinquième partie : du Midy au Septentrion
depuis l’Embouchure du Ruisseau de Vaquenback dans la Brûche jusques à la Source de la Rivière de Plaine, qui comprend le Cours du dit Ruisseau de Vaquenback le Finage de Schirmeck Terre de France Province d’Alsace et le Finage de Raon les l’Eau Lorraine.

 

Ruisseau de Vaquenback.
Le dit Ruisseau fait les Limites depuis son Embouchure dans la Rivière de Brûche comme dit est, jusques à sa Source au-dessus de Framont et Grand- fontaine Principauté ; la dite Source appelée la Goutte du Marteau.

Quarante-quatrième Borne.
Au pied du Haut Donon Principauté, à la Goutte du Marteau Source du Ruisseau de Vaquenback, les Prés et Bois de l’Evêché de Strasbourg Finage de Schirmeck d’une part, les Terres de la Cense de la Goutte du Marteau Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée de l’Ecu de France et de l’Ecu de Salm, posée ou il n’y en avoit point.

Quarante-cinquième Borne.
Sur la hauteur entre le Petit Donon Alsace et le Haut Donon Principauté, les Bois de l’Evêché de Strasbourg Finage de Schirmeck d’une part, et les Bois des Hans des Forges de Framont Principauté de l’autre part ; la dite Borne armoriée comme cy-dessus et posée à la place d’une ancienne Borne Séparative de l’Alsace et la Lorraine d’avec la Principauté. Distance, cent quatre Toises, cinq pieds de la Quarante-quatrième Borne.

Quarante-sixième et dernière Borne.
Auprès et joignant la précédente, les Bois de l’abbaie de Domêvre Finage de Raon les l’Eau Lorraine d’une part et les Bois des Forges de Framont de l’autre part, qui continuent jusques à la Source de la Rivière de Plaine ou la première Borne est posée ; la dite Quarante-sixième et dernière Borne armoriée de l’Ecu de Lorraine et de l’Ecu de Salm, posée comme la précédente & Distance cent trente deux Toises de la première 
Borne.

 

Les dites Bornes armoriées et plantées sont accompagnées chacune de Morceaux de Thuille platte et charbon pour Témoins, et Numérotées dans l’ordre cy-dessus.

La Scituation des Bornes posées ne détermine aucun allignement, les dites Bornes indiquent seulement les points fixes de la Séparation en ligne droite de l’une à l’autre.

Le milieu du Lit de la Rivière de Plaine de même que celui des Ruisseaux de Ravine, de la Bonnefemme, de la Margoutte, de la Rivière de Rapodo, des Ruisseaux de Chassonville, de Lavaux et de Grandroué, de la Rivière de Bruche et du Ruisseau de Vaquenback, en tout ou en partie, ainsi qu’il est cy-dessus détaillé ; fait les Limites de la Principauté de Salm avec la France et la Lorraine.

Le Cours des Eaux des dites Rivières et Ruisseaux est respectivement commun pour l’usage et la pêche, Entre la dite Principauté, la France Province d’Alsace et la Lorraine.

Il a été fait des Tranchées dans tous les Bois ou il y a des Bornes, sur cinq pieds de Roy de Largeur de part et d’autre du milieu des dites Bornes faisant dix pieds de Largeur totale, et des fossés de trois pieds de Largeur et de deux pieds de profondeur, suivant les allignemens tracés en Ligne droite d’une Borne à l’autre dans toutes les parties ou il n’y a ni Rivières ni Ruisseaux, Excepté dans les Endroits ou les Roches, les Tocs, les Chemins, les Hayës et autres obstacles n’ont pû le permettre, lesquelles tranchées et fossés seront entretenus en commun par les Communautés de Lorraine et d’Alsace avec celles de la Principauté de Salm, chacune par moitié sur Son Ban et Finage de même que les dites Bornes.

 

 

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