Petite promenade dans les rues de Verdun (3)

 

Suite de notre promenade dans les rues de Verdun au début du XXe siècle. Je vous emmène sur la rive gauche de la Meuse.

 

D’après la monographie « Verdun promenade historique et pittoresque » — Edmond Pionnier – 1901

La rive gauche de la Meuse

 

La route qui descend la pente de la Roche rejoint après un long détour l’extrémité de la rue du Rû, dont le nom lui vient peut-être du bras de la Meuse que l’on surnommait le Rû.

Cette voie, que la citadelle et l’évêché surplombent de leur formidable hauteur, se termine par l’ancienne église Saint-Amand. La paroisse de Saint-Amand était considérable, et l’église l’une des plus belles de Verdun. Aussi accueillit-on fort mal l’ordre de destruction quand Marillac dut la culbuter pour transformer la citadelle. Le sanctuaire fut transféré au bas du Mont Saint-Vannes, dans l’hôpital militaire de Saint-Vincent que l’on consacra à l’exercice du culte.

En 1762, Saint-Amand menaçait ruine, bien qu’elle n’eût pas cent trente ans d’existence. La paroisse comprenait alors le quartier de Rû, Montgaud, la Roche, la citadelle, les faubourgs de Jardin-Fontaine, Glorieux, Regret et Baleycourt. Or les habitants des faubourgs, éloignés de leur église, et qui étaient les plus nombreux, se montraient fort mécontents de trouver les portes closes quand ils venaient la nuit réclamer les secours de la religion. Ils auraient désiré que l’église fût reportée en dehors des murs.

La ville appuyait leur requête qui fut rejetée, et le bâtiment fut reconstruit en 1765 à sa place primitive. Il est de style toscan et sans aucune valeur architecturale. En 1827, l’évêque, M. de Villeneuve, obtint d’y établir une chapelle pour le service religieux des soldats condamnés aux travaux des fortifications, et le 4 novembre 1828, on célébra en grande pompe une solennité en l’honneur de saint Charles, patron du roi Charles X. Vers 1830, l’église fut fermée, abandonnée au commandant de place qui la convertit en magasins et en écurie, et la fabrique de Fromezey hérita de l’autel et du tabernacle.

Petite promenade dans les rues de Verdun (3) dans La Meuse d'Antan Verdun-prison-rue-du-Ru-98x150La maison d’arrêt occupe l’emplacement de l’Orphanotrophe (Maison d’éducation pour les orphelins) de Nicolas Psaume qui disposa l’hôpital Saint-Jacques de façon à ce qu’il pût recevoir vingt-quatre orphelins. Il y eut, aux frais de l’évêque, des cours de théologie, de philosophie, de jurisprudence, faits par des professeurs venus en droite ligne de la Sorbonne. Mais en 1565, les ressources de Nicolas Psaume étant épuisées, maîtres et élèves quittèrent la maison. Nicolas Psaume prescrivit en vain dans son testament d’y faire instruire dix orphelins sous la direction d’un prêtre. Cette nouvelle tentative ne réussit pas davantage, et en 1590, les bâtiments étaient cédés aux religieux de Châtillon-1′Abbaye. En 1683, comme on l’a lu plus haut, l’Orphanotrophe fut racheté par l’évêque et servit de séminaire jusqu’à la Révolution. La Révolution y logea la gendarmerie, puis différents corps de la garnison. Reconstruit de 1741 à 1749, le séminaire devint en 1812 la prison civile.

Verdun-rue-du-pont-des-Augustins-150x96 dans La Meuse d'AntanLa rue de Rû s’embranche sur la rue du Pont-des-Augustins où se dressent à l’Ouest, le marché couvert et la bibliothèque publique.

Là, se voyait autrefois la maison des Sacs, c’est-à-dire des religieux de la Pénitence de Jésus-Christ que l’on appelait à cause de leur vêtement Sacs ou Sachets et qui, soumis plus tard à la règle de saint Augustin, prirent le nom de leur patron. Attirés à Verdun vers l’an 1310 par l’évêque Nicolas de Neuville qui leur donna le droit de mendier, ils purent par leurs économies acheter l’immeuble qu’ils occupèrent jusqu’à la Révolution. Quantité de fondations pieuses augmentèrent leurs ressources, entre autres la messe Marillac pour le repos de l’âme du maréchal. On tint en 1567 dans leur cloître un véritable chapitre national des Augustins. En 1775, il y avait sept pères, un ecclésiastique et deux frères convers. En 1790, il restait encore cinq pères et deux frères. Les recettes pour l’exercice de 1789, d’après le procès-verbal des commissaires du gouvernement, se montaient à 2316 1. 17 sous 2 deniers. C’était, parait-il, insuffisant et la communauté passait pour la plus pauvre de la cité. L’église, dont le chœur, remplacé maintenant par la façade de la bibliothèque, regardait l’Orient, était signalée comme un beau spécimen de l’architecture ogivale du XIVe siècle. L’évêque constitutionnel Aubry voulut la conserver pour l’usage des habitants du faubourg du Pré, mais elle disparut et l’on en fit une salle de spectacle, propriété privée, qui fut inaugurée au carnaval de 1797 par un bal public. La ville racheta cette propriété vers 1830, y construisit un porche assez insignifiant, et y installa son théâtre.

Cet édifice sert actuellement de bibliothèque municipale avec, au premier étage, trois pièces principales, le bureau, la salle des livres et la salle de lecture, grande et belle, fort bien décorée, grâce aux anciennes boiseries de Saint-Paul, et qui reçoit le jour par une vaste verrière. Les vitrines contiennent, à coté de nombreux manuscrits, des livres aussi précieux que rares. Le fonds provient des anciens établissements ecclésiastiques de Verdun, et principalement des abbayes de Saint-Paul, Saint-Vannes, Saint-Airy, du collège des Jésuites, etc. Quantité de collections privées se sont déversées dans le trésor primitif, entre autres, celle des de Plaine, des d’Attel de Luttange. Outre 475 manuscrits (Récolement de 1900), la bibliothèque possède plus de 35 000 volumes. C’est donc une des plus riches de la contrée.

Le quai de la Boucherie, perpendiculaire à la rue du pont-des-Augustins, portait à l’époque où il fut exaucé (1785-1789) l’abattoir et la boucherie commune, où devaient étaler sous peine d’une forte amende, les quatre maîtres du « boucher grand », c’est-à-dire ceux qui débitaient le bœuf, le mouton ou le veau. C’est aujourd’hui le quai de la Comédie, et cette appellation est d’autant mieux méritée que nous y trouvons le théâtre construit sur l’emplacement de la boucherie commune, depuis halle aux blés, et incendiée pendant le grand bombardement des 13, 14 et 15 octobre 1870.

Verdun-theatre-et-bibliotheque-150x93Le théâtre, œuvre de M. Chenevier, inauguré le 4 novembre 1893, par M. Poincaré, alors ministre des beaux-arts, figure au premier rang parmi les embellissements dont la ville est redevable à l’intelligente initiative de la municipalité. Ce bâtiment est orienté de telle façon qu’il apparaisse tout entier avec son caractère monumental de la promenade de la Digue. La façade, haute et large, s’appuie sur de fines colonnes corinthiennes que supporte un balcon de grande allure. Des niches creusées dans l’épaisseur du mur devaient recevoir, d’après le projet primitif, les statues des Muses de la danse, de la tragédie et de la comédie. La bordure supérieure est faite de motifs de décorations gracieux et achevés.

En arrière-plan, une lyre surmonte la partie postérieure de l’édifice. L’intérieur comprend un vaste pérystile, de larges escaliers, un foyer spacieux et élégant s’ouvrant par de hautes fenêtres sur le balcon. La salle, où peuvent se ranger commodément près de 800 spectateurs, est ornée avec goût et resplendit de dorures. Le plafond, dont l’exécution a été confiée à un artiste nancéien, représente un soleil flamboyant sur lequel une lyre d’or, symbolisant Apollon le dieu des Arts. Ses rayons illuminent et inspirent la musique, la comédie, la poésie, que des génies couronnent de fleurs. Ces motifs, peints dans un ton clair mais très précis, ressortent nettement sur un ciel d’un bleu limpide. Autour de la coupole, court une guirlande qui ajoute encore à la fraîcheur du décor. Les plus minutieuses précautions ont été prises contre l’incendie.

Verdun-place-Mazel-2-150x98La rue Beaurepaire réunit le pont Beaurepaire et la place Mazel, le vieux Mazel du XVIe siècle. La dénomination de Mazel neuf s’appliquait au terrain gagné sur la rivière. Le Mazel (macellum, marché) était certainement le quartier le plus ancien de ce côté de la Meuse, après le Châtel ou Fermeté. La place Mazel comme la place d’Armes fut rétrécie au début du XVIIe siècle. On y trafiquait dans les Estaulx de Mazel, boutiques en plein vent, dont la propriété se transmettait par vente ou par héritage de père en fils. Dans un coin, le pilori où l’on exposait les bourgeois coupables de certains délits.

A l’angle Nord de la place Mazel, entre la rue et la place, l’hôtel des Quatre-Clochers dont les quatre tourelles à flèches fort pointues sont très visibles sur les vieilles vues de Verdun. Là, logeaient sans doute les comtes de Bar, voués de Verdun, lorsqu’ils se rendaient dans la cité. L’hôtel des Quatre-Clochers prenait jour par de hautes fenêtres ogivales ornées d’animaux fantastiques, et dont la dernière ne disparut que vers 1840. Ce qui restait de la façade a été démoli vers 1865.

Verdun-rue-Mazel-3-150x95Jusqu’au XVIIe siècle, la rue Mazel était barrée par la porte Ancel-rue, vulgairement Nancel-rue (porte de la rue d’Anselme). Cette porte, jetée entre l’ancienne Fermeté et la portion de l’enceinte qu’on appelait le petit rempart, devenait un obstacle sérieux pour la circulation, depuis qu’elle était englobée dans les nombreuses constructions qui se pressaient autour des Jésuites, du Tournant-Saint-Pierre et de la Tour Chaussée. Aussi fut-elle supprimée en 1618, à la grande joie des voisins. Mais le souvenir en est resté dans l’inscription très apparente qui a été gravée au-dessus de la porte du n° 40 « Ici souloit estre la porte à Nancelrue, qui fut démolie l’an 1618 ».

A cette date, la rue Neuve, autrefois rue Neuve-sur-l’Eau, était à peine ébauchée, car les bourgeois étaient rares qui s’enhardissaient jusqu’à édifier, sur les décombres de la rive, des maisons que les colères du fleuve ne respectaient pas toujours. La rue Neuve coupée par la rue du port de la Madeleine se terminait au Fossé Lambin qui changea de nom plusieurs fois. Une enseigne d’hôtellerie, dit-on, suffit à débaptiser le Fossé Lambin, rue Jean-Boucart au XVIe siècle, pour en faire la rue du Saint-Esprit.

Verdun-rue-des-Rouyers-150x90Le quartier de la Tour Chaussée était sillonné surtout par les voies de Fornel-rue et des Rouyers. Fornel-rue, la rue du Four, a disparu sans qu’il soit possible de retrouver sa trace. La rue des Rouyers est demeurée, mais elle a perdu jusqu’à l’apparence même de ce mouvement qui l’animait à l’époque où de nombreux ateliers de rouyers, de fabricants de roues, c’est-à-dire de charrons, donnaient à ce coin, l’un des plus industrieux de Verdun, une physionomie si active et si gaie.

Les Rouyers formaient une corporation dont les statuts, sur parchemin, scellés du sceau du Saint-Empire, sont conservés aux archives de notre ville. La confrérie, dont les membres devaient fêter la Saint-Eloi et assister à la messe célébrée ce jour-là, était tenue d’entretenir deux torches pour « la dévotion et l’honneur » de la procession du saint-sacrement. Les compagnons s’obligeaient « à la conduite du mariage » ou des obsèques de l’un d’entre eux sous peine d’amende. Ils recevaient d’ailleurs, pour ce dérangement, une indemnité suffisante. Les maîtres de l’art, élus le lendemain de la Saint-Eloi, inspectaient les boutiques et veillaient à ce que les rouyers forains, de passage à Verdun, payassent, sans trop maugréer, le droit fixé pour l’exercice de leur profession.

Proche de la rue des Rouyers, l’étroite et pittoresque ruelle des Sergents nous fait songer à quelque sombre coin du vieux Barcelone et communique à cette partie de Verdun, péniblement arrachée aux boues de la Meuse, un air de mystère qui ne lui messied point.

 

 Notre prochaine promenade nous conduira sur les ponts de Verdun et la Tour Chaussée.

 

 


Archive pour janvier, 2012

Le château de Cons-la-Grandville (54)

 

 

 

Situé en Meurthe-et-Moselle, non loin de Longwy, ville fortifiée par Vauban, le château de Cons-la-Grandville est une propriété privée. Haut lieu de la renaissance, trésor du patrimoine architectural lorrain, le château est classé aux Monuments Historiques.

Outre les visites, vous pouvez aussi organiser séminaires et réceptions. Pour tout renseignement supplémentaire, rendez-vous sur le site du château.

Je vous propose un petit historique de cette propriété. Les appellations d’origine ont été conservées. Les photos agrémentant l’article sont extraites du blog tenu par Anthony Koenig.

 

D’après un article paru dans la revue « L’Austrasie » de 1855

 

Le château de Cons-la-Grandville (54) dans Châteaux et forteresses en Lorraine Chateau-Cons-la-Grandville-150x112Le village de Cons-Lagrandville, situé sur la Chiers, à 7 kilomètres en aval de Longwy, ancien chef-lieu de la seigneurie importante de Cons, relevant du comté de Bar, a conservé, pour ainsi dire intact, son ancien château, dont la masse imposante domine un mamelon contourné par la Chiers.

La terre de Cons avait été érigée successivement en baronnie, et enfin en marquisat par lettres-patentes du duc Léopold, du 3 janvier 1719, en faveur de Nicolas-François, marquis de Lambertye, premier gentilhomme de sa chambre.

Le blason de Cons-Lagrandville est « d’argent à cinq roses de gueules, 1, et 2, tigées et feuillées de sinople », qui serait, suivant Durival, celui de l’ancienne maison de Cons.

On le retrouve sculpté sur l’une des clefs de voûte du vestibule du château et sur le sceau en cire rouge du tabellionage de Cons-Lagrandville, avec contre-scel identique, appendu par des lacs en soie bleue, à une pièce du 17 août 1722, faisant partie des archives de la famille de Lambertye, au château de Lagrandville.

Le monticule contourné par la Chiers, sur lequel a été bâti le château, est séparé du coteau qui lui fait suite vers le nord par un large fossé formant aujourd’hui une rue du village. La partie située au midi supporte l’église paroissiale et les bâtiments d’un ancien prieuré qui dépendait de l’abbaye de Saint-Hubert.

On voit encore à l’angle sud-est du château, entre l’escarpement du coteau et le fossé qui sépare la masse du château du cimetière qui entoure l’église, les restes d’une tour dont l’origine peut remonter à la fin du XIIe ou au commencement du XIIIe siècle. C’est là tout ce qui subsiste de l’ancienne résidence des sires de Cons.

Une inscription gravée en creux au-dessous d’une image de Saint-Martin, sculptée en haut relief dans une niche, au milieu de la façade septentrionale du château, donne la date précise de l’ensemble de l’édifice :
LAN MDLXXII HONORE SEIG
NEVR MARTIN DE CVSTINE SEIG
NEVR DE CONS ET DE VILLI
AIT COMENCÉ A REDIFFIER CEST
MAISON QVI CERVINOIT

Martin de Custine est représenté à genoux devant son patron. Ce pieux symbole de la charité, placé pour ainsi dire comme enseigne, sur la face principale du château, semblait dire aux passants : Frappez et l’on vous ouvrira.

Un acte de partage, du 6 juin 1573, conservé dans les archives de la famille de Lambertye, nous montre la signature, et le sceau pendant en cire verte de ce Martin de Custine, escuyer, seigneur de Cons et Villy, etc… qui réédifiait, en 1572, le château de Cons.

L’écusson aux armes de Martin de Custine se retrouve sur la clef de voûte de l’une des chambres de la tourelle d’angle du côté du couchant.

La façade septentrionale, remarquable à la fois par sa masse, entièrement construite en belles pierres de taille du pays, et par l’élégance de ses fenêtres de la renaissance, au-dessus desquelles on ne voit plus que la place des nombreux écus blasonnés aux armes des illustres alliances des nobles seigneurs de Cons. Ces mêmes blasons se retrouvent encore dans un état de mutilation moins complet dans la galerie voûtée formant le vestibule du côté de la cour. J’ai pu y distinguer encore entre beaucoup d’autres écus rendus méconnaissables, la croix engrelée des Lenoncourt et le lion naissant des Nouroy.

Le pignon qui termine l’aile orientale, du côté du midi offre des rampants, taillés en gradins garnis de statues représentant des arquebusiers en costume du temps de la renaissance.

Chateau-Cons-la-Grandville-2-150x112 dans La Meurthe-et-Moselle d'AntanLes faces du midi et de l’est sur la cour sont modernes, du siècle dernier ; cette reconstruction partielle fut motivée par les désastres de l’invasion suédoise. La porte percée dans la face occidentale, communiquant de la cour à la salle d’honneur, est monumentale et décorée de personnages allégoriques en haut-relief. Cette magnifique salle qui occupe toute la longueur de l’aile, est terminée à l’est par une petite abside en encorbellement faisant saillie sur la face orientale, qui permettait de la transformer au besoin en chapelle castrale.

La cheminée de cette salle présente un des beaux types de l’art de la renaissance. Elle est construite en pierre blanche d’un grain très fin, venant probablement de la Meuse. Les chapiteaux, ainsi que les têtes saillantes de la frise du haut et les espèces d’écussons sans blasons, encastrés au-dessous des trois sujets sculptés de la face principale, sont en pierre grise d’une toute autre nature, ou peut-être même en marbre.

On lit sur deux écussons en marbre noir incrustés dans les faces latérales, à gauche « Dieu est mon espoir » ; à droite « Dieu est mon confort ». Trois autres écussons, également en marbre noir, donnant la description des sujets, sont sculptés sur la face principale qu’ils accompagnent.

La frise courant au-dessous de la corniche de cette salle, est décorée de peintures à fresque représentant une série de sujets de chasse et de scènes empruntées aux délassements du seigneur châtelain à la campagne.

La plaque de fonte dressée au fond de l’âtre porte la date 1670. Elle montre les deux écus accolés de Lambertye et de Custine, surmontés d’une couronne de comte, avec la devise : « Faics ce que dois, arrive ce que pourra ».

C’est en 1641 que Marguerite de Custine, abbesse du chapitre de Bouxières, porta dans la maison de Lambertye les riches domaines de sa branche, en épousant messire Jean de Lambertye, gouverneur de Longwy pour le service du roi de France, Louis XIII.

Toute la partie centrale du château, habitée aujourd’hui par M. le comte Lucien de Lambertye, le propriétaire actuel, a conservé son ancien ameublement. Par une délicatesse du meilleur goût, l’une des chambres à coucher, au grand lit à baldaquin, habitée par le roi Stanislas, lors de la visite qu’il fit à Lagrandville, a même été maintenue dans l’état où elle se trouvait alors.

La plaque de fonte de l’une des cheminées, aux deux écus accolés de Lambertye et de Ligniville, rappelle l’alliance de messire Nicolas-François, marquis de Lambertye de Lagrandville et de madame Elisabeth de Ligniville, vers 1710. La même alliance est rappelée par les chenets de la cheminée d’une autre pièce, dont les faces portent l’écu mi-partie de Lambertye et de Ligniville.

On aime à retrouver au château de Lagrandville, une petite collection d’armes ayant autrefois fait partie de son arsenal. On y remarque des hallebardes, dont l’une peut remonter à la fin du XVIe siècle ; l’autre, plus moderne, porte l’initiale L du nom de Lambertye.

La première mention qui soit faite des seigneurs de Cons, remonte à l’an 1036 : Albert et Judith, comte et comtesse, fondateurs de l’abbaye de Bouzonville, donnent en 1036, à l’abbaye de Saint-Mathias de Trêves, leurs cours de Cons et de Berencastel.

Nous retrouvons ensuite dans un factum in-folio imprimé en 1739, pour les abbés, prieurs et religieux de Saint-Hubert, contre M. le marquis de Lambertye, à l’occasion de certains droits seigneuriaux, que Hadwide, comtesse de Chiny et Dodo, son mari, seigneur de Cons, fondèrent le prieuré de Cons-Lagrandville en 1088.

En 1208, Gilon de Cons fut donné pour otage par le duc Ferri II, à Thiébaut, comte de Bar, pour la somme de cent marcs. Giles de Cons eut pour fils, Jacques de Cons, qui rendit en 1218, à l’évêque de Verdun, Hatton-Château et la châtellenie de Sampigny.

Le même Jacques de Cons se déclara vassal du comte Valèran (de Limbourg) en 1217, et promit que son château de Bettange lui serait ouvert toutes et quantes fois il le requererait. Il donna pour caution de sa promesse, Théodore de Fontoy, Arnou de Roden-Macheren, Errard de Maisenburg, Jean d’Ottenge et Thierry de Thionville.

Jacques de Cons avait épousé Marie… dont il eut :
Jean de Cons, qui épousa Poince, et en eut une fille nommée :
Jacquette, qui épousa Renaud de Neu-Chatel de Varize, père de Jean de Neu-Chatel et de Varize, qui obtint un jugement à son avantage pour Cons, et eut un fils nommé :
Bertrand de Varize, père de Marguerite de Varize, mariée à Valtrin d’Epinal, de laquelle il eut :
Clément d’Epinal, qui épousa Jeanne de Pouilly et en eut :
Gérard d’Epinal, qui épousa Armangay, ou Ermengarde de Malberg et en eut deux filles :
Claude, mariée à Thiébaut de Custine, et Marguerite, mariée à Robert de Housse, lesquelles deux sœurs héritèrent de trois quarts dans la seigneurie de Cons, l’autre quart appartenant aux sieurs de la Haye ; et depuis, Gérard de Housse, fils de Thiébault, vendit sa part à Martin de Custine, son cousin.

En 1240, le sire Jacques de Cons, chevalier, accepte avec le consentement de Henry, comte de Bar, de ses vassaux et bourgeois de sa ville de Grand-Failly, la somme de trois cents francs pour rachat du guet que lesdits bourgeois lui devaient au chastel de Cons par chaque nuit.

Les archives de la commune de Grand-Failly contiennent plusieurs documents historiques intéressants et entre autres les trois pièces suivantes :
- Une copie faite en 1609 de la charte d’affranchissement donnée par Maheu, duc de Lorraine et marchi, et Jehan, seigneur de Cons, chevalier, le jour de la Saint Urbain, l’an 1247. Cette charte porte : « Affranchissons et mettons à la loi et à la franchisse de Belemont ».
- Une copie d’une lettre écrite en 1254 par Catherine, duchesse de Lorraine et marchise, à sa chère et bien-amée Ysabetz, dame de Cons, indiquant qu’elle a relâché à perpétuité, aux bourgeois et manans de Grand-Failly, sa part en une redevance de blé.
- Une autre pièce de la même année, par laquelle Ysabetz, dame de Cons, accorde le relaix en ce qui la touche.

Le jour de Sainte-Lucie 1245, Thiebault, comte de Bar, donne confirmation de la charte d’affranchissement de Cons par Jean, sire de Cons, et dame Poince, sa femme.

1287. Jehan, fils de seigneur Poinson, dit le maréchal, chevalier de Longwy, et damoizelle Hawy, sa femme, reconnoissent en fief et en hommage, de noble homme leur seigneur Jehan, seigneur de Cons, tous les hommes qu’ils ont à Halenzey.

1293. Jacomes de Longuyon, jadis selleriez de Longwy, reconnaît qu’il est homme de plein hommage à noble homme son seigneur Jehan, sire de Cons, à cause de son chaistel et chastellerie dudit Cons, et avoue tenir de lui ce qu’il possède au ban de Koëne (Cosne).

1301. Collignon le Jauls de Baionville, escuier, fils de Geoffroy Le Gronnaix, chevalier, vend à Gilles d’Avoncourt, escuyer, fils de monseigneur Jacques d’Avoncourt, chevalier, ce qu’il a en la terre de Cons, à savoir à Grant Failly, à Ewigny (Ugny) et à Montignv (sur Chiers).

1304. Perrin don Neuf Chaistez, escuyer, fils de monseigneur Regnalt don Neuf Chaistez , chevalier, vend à Jehan Haizart, chevalier, et à dame Allais, sa femme, le quart du chateau et maison de Cons qui lui était échu de par monseignour Jehan de Cons, chevalier, son oncle, sauf que ledit Perrin retient pour lui et ses hoirs après lui, le quart des hommages des francs hommes de Cons, de la chaistellerie et des appartenances, les fiefs, arrière-fiefs, les wardes et les seigneuries appartenant audit quart de chaistez de Cons, à Cons, à Euwigney, à Grant Failly, à Montigney, à Tallancourt, à Viller la Chièvre, à Cosne, à Vaulx, à Warniemons et à la grainge de Coussemont.

1310. Jehan de Mes, escuier, fils de madame Jake de Cons, vend à Perrin don Neuf Chaistel, escuier, le quart de la maison et du château de Cons, de toute la terre et de toutes les appendises de quelconques signoraige que ce soit, mouvant soit du comte de Bar, soit du comte de Luxembourg, soit d’autres que ledit Jehan de Mes avait et qui lui était échu de par monseigneur Jehan, chevalier, jadis seigneur de Cons, son oncle, qui fut.

1314. Edouard, comte de Bar, donne ce qu’il a acquesté de Jehan le Bertons, à Cons, dessous Lonwy sur Chier, en chastel, en la ville et en appartenances dudit chastel et de ladite ville, et en toutes seigneuries, à Giles d’Avoncourt, escuier, en récompense de ses bons services.

1315. Edouard, comte de Bar, donne confirmation de la vente faite par Collignon, dit le Jauls de Baionville, à Giles d’Avoncourt.

1315. Thiébaut Huars Prenes et Jacomin, frères, enfans de monseigneur Jehan Hazart, écuyer, qui fut, et de madame Alais, donnent en présence d’Edouard, comte de Bar, à Giles d’Avoulcourt, les droits et actions qu’ils pouvaient avoir en raison de ladite dame Alais sur les acquêts faits ou à faire par ledit Giles, en la ville de Cons.

1318. Edouard, comte de Bar, confirme la vente faite par Jehan de Mes à Perrin don NeufChaistel.

Jehans de Werrize, écuyer, est mentionné en 1338, comme sire de la terre de Cons en partie.

Jeoffroy de Warise, écuyer, et Bertrant de Warise, fils de Jehan de Warise, sont seigneurs de Cons en partie en 1379.

La seigneurie de Cons est indivise en 1380, entre Bertrand de Werrise ou de Varise, et Jehenne Davolcourt, femme en secondes noces de Ferry de Chambley, et en premières noces de Symont de Parroie, seigneur de Marchiéville.

1459. Clément Despinal, sire de Cons en partie, reçoit le dénombrement de Jehan de Culmont, fils de François de Culmont, escuier.

1460. Jehant de Quart, dit de Failly, seigneur de Tarsey, fait ses reprises de Clément Despinal, seigneur de Cons en partie, pour des biens situés à Grand-Failly.

Gérard Despinal, seigneur de Cons en partie, reçoit en 1487 le dénombrement de damoiselle Marie de Thonneletil, veuve de feu Henry de Villers.

Thiébault de Custine, seigneur de Villy et de Cons en partie, donne procuration, en 1537, à Martin de Custine, son fils, pour faire ses reprises du duc Antoine.

Noble escuyer Robert de Housse figure, en 1537, comme seigneur de Fermont et de Cons en partie.

Martin de Custine est seigneur de Villy et de Cons, pour les trois quarts, en 1563.

Nous avons vu plus haut qu’en 1572, il rebâtit le château de Cons-la-Grandville, dont il n’est cependant pas complètement seul seigneur. Un partage intervenu en 1573, entre Martin de Custine, Nicolas de Housse, seigneur de Fermont, Thiébault de Custine, seigneur d’Espiez en partie, au nom de damoyselle Catherine de Housse, sa femme, et damoizelle Claude de Housse, vient mettre fin à une partie de l’indivision pour quelques dépendances de la seigneurie, telles que des parts d’amendes à Villers-la-Chèvre, à Tellanconrt et à Praucourt.

Martin de Custine réunit, par suite de ce partage, ce qui dépend de la seigneurie de Cons, et ses co-partageants ont pour leur part le quart de la Court Daiche, située au lieu de Rosselange. Un aveu et dénombrement est donné la même année par Arnould de Gorcy, pour Petit-Xivry et Cosne, à Martin de Custine, seigneur pour cinq sixièmes dans la seigneurie de Cons, et à Philippe de la Haye pour l’autre sixième.

Jacques Drowet, demeurant à Marville, fait également, en 1573, ses reprises dans les mêmes conditions, pour ce qu’il a à Flabeuville, savoir de Martin de Custine pour cinq sixièmes dans la seigneurie de Cons, et de Philippe de la Haye pour le reste.

Louis de Custine, seigneur de Villy, etc., capitaine de Longwy, fait en 1612 ses reprises de Henry, duc de Lorraine, marchis, duc de Calabre, Bar, etc., pour ce qu’il tient en fief ez terres et seigneuries de Cons, Domey, Chénières, mouvant de la chastellenie de Longwy, et pour ce qu’il possède en la cense de Noël mouvant du chasteau de Longuion.

Jean de Custine est mentionné en 1625 avec les titres et qualités de baron et seigneur de Cons seul et pour le tout, de Bioncourt, Ugny, Tellancourt, Praucourt et de GrandFailly en partie.

Jean de Custine est le père de Marguerite de Custine qui porta, en 1641, la seigneurie de Cons dans la maison de Lambertye, par son mariage avec Jean de Lambertye.

Philippe de Tige, chevalier, seigneur de Petit-Failly, Pusieux et ban de Vivier en partie, donne, en 1681, son dénombrement à George de Lambertye, chevalier , marquis dudit lieu, baron de Cons et de Drouville, seigneur de Rechicourt, Arrey, Praucourt et Grand-Failly, pour la moitié et les deux tiers d’un seizième en la seigneurie de haute, moyenne et basse justice de Petit-Failly.

Le même George de Lambertye reçoit en 1682 le dénombrement de Philippe-François de Gorcey, seigneur dudit lieu et de Petit-Xivry en partie, pour ce que ce dernier tient en fief de lui à Petit-Xivry et à Rut, mouvant et dépendant du château, baronnie, terre et seigneurie de Cons.

Le marquisat de Cons-Lagrandville comprenait en 1719 : Cons-Lagrandville, Ugny, Viviers, les Couverts, la Caure, Procourt, la Cour-Villaume, Chénières, Cutry , Villers-laChèvre, Cosne, Cossémont, Fresnois-la-Montagne, Tellancourt, Buré-la-Ville, Cumont, Petit-Failly, Grand-Failly, Flabeuville, Vaux, Voirnimont, Beuveille, Doncourt, Pierrepont et Ham-devant-Pierrepont.

Fermont était une enclave dans le marquisat, il dépendait d’Arrancy. Plusieurs autres enclaves dépendaient de Longuion.

François Antoine, chevalier, marquis de Lambertye et de Cons-Lagrandville , lieutenant-colonel au régiment des gardes de S. A. R. M. le grand-duc de Toscane, chambellan de feu S. M. le roi de Pologne, mande en 1771, ses amés les gens tenants le siège en son marquisat cy-devant baronie de Cons, lui faire dans son château et maison-forte de Cons-Lagrandville les foi et hommage pour les fiefs qu’ils possèdent relevant de lui, à savoir : La Caurre, les Converts, Villers-la-Chèvre, Tellancourt, Buré-la-Ville, Flabeuville, Petit-Failly, Grand-Failly, masuage de Petit-Xivry, grand charruage de Gorcy, etc.

 

 

Petite promenade dans les rues de Verdun (2)

 

 

Après avoir visité les quartiers Saint-Paul – Saint-Pierre – Saint-Maur – La Belle-Vierge, continuons, si vous le voulez, notre promenade dans les rues de Verdun, au début du XXe siècle.

 

D’après la monographie « Verdun promenade historique et pittoresque » — Edmond Pionnier – 1901

 

La Cathédrale – L’Evêché – Saint-Vannes

 

La place de la cathédrale, l’un des points culminants de la ville, la patrie des courants d’air, rendez-vous perpétuel de tous les vents de l’atmosphère qui semblent s’y être réunis pour lutter comme en un champ clos, est dominée par la Cathédrale, l’Evêché, le Séminaire, dont la masse imposante contraste étrangement avec la ville basse prosternée aux pieds de la colline.

Peu de monuments ont un passé aussi mouvementé que celui de la Cathédrale de Verdun.

Petite promenade dans les rues de Verdun (2) dans La Meuse d'Antan Cathedrale-4-150x97Située d’abord vers le IVe siècle hors des murs de la ville, puis dans l’endroit où elle se dresse maintenant, elle fut brûlée une première fois vers l’an 740, puis par les Normands, par le duc Boson vers 917, par les Hongrois et enfin vers 1050 sous l’évêque Thierry.  Ravagée en 1135 par Renaud, comte de Bar et voué de Verdun, qui avait non loin de là une tour d’où il incommodait et rançonnait les habitants, elle fut reconstituée en 1139 après que l’évêque Albéron eut défait le comte Renaud et consacrée, bien qu’inachevée, par le pape Eugène III en 1147. Ce fut, sauf quelques modifications de détail, le monument que l’on put voir jusqu’en 1755. Son auteur, l’architecte Garin, avait copié les églises métropolitaines de Trêves et de Mayence.

C’était une grande construction, de style roman, semblable à une croix de Lorraine, avec deux transepts, et deux chœurs, l’un à l’Orient, le grand chœur, l’autre à l’Occident, le vieux chœur. Le chœur oriental, très haut, était environné sur ses côtés par un mur auquel s’adossaient les stalles des chanoines. Le vieux chœur, élevé de 12 degrés au-dessus du transept, avait été embelli vers la fin du XIIe siècle par un pavé en mosaïque d’une merveilleuse beauté. Chaque abside était flanquée de deux tours carrées dont la plate-forme était surmontée d’une flèche aiguë, terminée par la croix ; à la partie supérieure, un double rang d’arcades fermées encadrait d’autres arcades concentriques de moindre dimension. Pas de voûte à l’intérieur, mais un lambris horizontal à plusieurs compartiments décorés avec goût, supporté par une charpente ouvragée, peinte et dorée. Les fenêtres étroites et cintrées ; l’entrée principale probablement placée vers le milieu de la face Nord, deux autres portes sur le flanc Est du transept, peut-être d’autres sur la face Sud. Des cryptes, dont l’une, celle sous l’abside du côté de l’épître, a été déblayée et où l’on distingue encore des peintures murales, le Christ en croix, l’Annonciation, etc.

Au XIIIe siècle, on ajoute au sud une sacristie, belle salle ogivale, éclairée par deux grandes baies geminées, sobrement ornées : c’est la Sorbonne, ainsi appelée peut-être parce qu’elle servait soit aux réunions du Chapitre, soit aux conférences théologiques, ou comme le veut l’abbé Cloüet, parce qu’on y fit longtemps un grand catéchisme que l’on s’avisa, par plaisanterie, de comparer aux leçons de la célèbre Sorbonne de Paris.

Au XIVe siècle, on perce la plupart des chapelles latérales, quelques fenêtres. Vers la fin de ce siècle, quand Jean Wautrec, doyen séculier et premier magistrat de la cité, eut pris à sa solde les ouvriers restés sans travail par suite de l’achèvement du grand rempart, il les employa sous la direction d’un personnage alors inconnu, Pierre Perrat, depuis architecte des cathédrales de Metz et de Toul, à voûter la nef et à refaire dans le style de l’époque le chevet oriental. Au XVIe siècle enfin, on érigea le monument de Wassebourg. Tel était l’aspect de l’ancienne Cathédrale qui avait en somme fort grand air avec sa toiture en plomb, ses quatre tours élancées et ses 13 cloches dont une, la Sainte-Marguerite, pesait 18 000 l. Cela n’empêchait pas un dicton populaire de la comparer, à cause de ses quatre clochers, à un bahut renversé. Et les Huguenots, qui essayèrent en 1562 de surprendre la ville, se proposaient de retourner le bahut et de le replacer sur ses quatre pieds.

Vers 10 heures du soir, le 2 avril 1755, la foudre qui avait atteint déjà la Cathédrale en 1717 et 1738, s’abattit avec un bruit effroyable sur la tour du Sud-Ouest qui en un clin d’œil fut en flammes. L’incendie se propagea avec une extraordinaire rapidité, et l’évêque, M. de Nicolaï, qui était accouru pour se rendre compte de la gravité du danger, dut se retirer devant les ruisseaux de plomb fondu qui se précipitaient en cascades de la toiture. La force du vent et l’intensité des flammes étaient telles que plusieurs régions de la ville et même le faubourg de Glorieux craignirent pour leur sécurité. Ce ne fut qu’après un effort de trente heures que l’on put se rendre définitivement maître du feu. On admira la courageuse conduite d’un brave couvreur, Lambert Dumey, qui reçut une gratification de 30 l. et fut exempt de guet et de garde pendant 10 ans.

Les registres publics ont gardé le souvenir de cette catastrophe et le procureur syndic écrivait le 26 avril 1755 dans un rapport présenté au conseil : « l’alarme a été si vive qu’on a appréhendé pendant sept à huit heures, que le feu ne se communiquât aux maisons voisines de la Cathédrale, et de là, à celles des alentours, ce qui aurait pu occasionner le plus funeste embrasement capable de réduire en cendres sinon la totalité de la ville, du moins la plus grande et la plus considérable partie ».

Cathedrale-2-150x94 dans La Meuse d'AntanLa Cathédrale fut restaurée dans le mauvais goût de l’époque et perdit son cachet artistique pour s’enlaidir et se vulgariser. Les quatre clochers furent remplacés par les deux tours occidentales, carrées et lourdes, beaucoup moins hautes que les précédentes, avec une grossière balustrade. Aux riches verrières qui ne laissaient filtrer qu’une lumière douce et tamisée, succédèrent d’insignifiantes ouvertures cintrées à vitres blanches. Le chœur occidental et ses cryptes disparurent, et l’on installa dans l’abside les fonts baptismaux et les grandes orgues.

Le chœur oriental fut abaissé, ce qui entraîna le comblement d’une partie des cryptes et la destruction de leurs voûtes. Le sol était recouvert de pierres tombales qui cachaient la sépulture des bienfaiteurs de la cité ou de ceux qui avaient brillé de quelque éclat parmi leurs contemporains. Là reposaient environ vingt évêques dont Nicolas Psaume, H. de Béthune, des bourgeois comme Constantius et Wautrec. Aux dalles funéraires, on préféra un pavé quelconque d’une régularité désespérante. L’ogive se transforma trop souvent en plein cintre. On respecta bien certaines parties de l’œuvre de Garin, mais en les modernisant. Ainsi les piliers romans, sur qui les siècles avaient étendu une pâtine vénérable, furent déshonorés par un consciencieux grattage, fouillés de canelures, surchargés de motifs du style le plus prosaïque.

Ce fut ce même style qui inspira la facture des nouvelles portes placées à l’extrémité septentrionale des deux transepts, ainsi que celle du portail central, orné par le sculpteur Watrinette. Le Chapitre était convaincu de la magnificence de ces embellissements qui lui coûtèrent plus de 600 000 l, non compris un don de 50 000 l. dû à la générosité du roi et les sommes considérables que l’évêque M. de Nicolaï y consacra personnellement.

La municipalité fut plus clairvoyante. « On ne peut pas dire que le Chapitre embellit, puisqu’il a supprimé deux belles flèches qui subsistaient et qu’au lieu d’une couverture générale en plomb très solide et très distinguée, il en substitue simplement une d’ardoises ». (Délibération du11 juillet 1755).

Il est vrai que les boiseries du sanctuaire et des chapelles latérales, la chaire à prêcher, les hauts panneaux de l’Est sont des merveilles d’ébénisterie dues en général au ciseau de Lacour de Toul. On a prodigué les marbres et les dorures. Le chœur entouré d’une magnifique balustrade en marbre et dont les portes et les ouvrages de ferronnerie sont du pur style Louis XV, l’autel en marbre d’un travail parfait, le colossal baldaquin, entièrement en bois, masqué par une épaisse couche de dorure et dont la croix terminale touche la voûte, avec ses quatre monumentales colonnes torses en marbre gris d’Italie, excitent l’admiration de tous les visiteurs. Les plans du baldaquin qui reproduit, mais sur une moindre échelle, celui de Saint-Pierre de Rome, avaient été rapportés de la ville éternelle par un savant et joyeux chanoine, l’abbé de Plaine.

Pendant une courte période de la Révolution, ce temple devint le tribunal révolutionnaire. Les juges siégeaient au choeur et l’accusateur public tonnait du haut de la chaire à prêcher. Telle quelle, la Cathédrale mesure à l’intérieur 94 mètres de long – 35,30 mètres de large – 19 mètres de hauteur du pavé à l’arête de la voûte – 38,65 mètres pour la longueur du sanctuaire et du chœur sur une largeur de 12 mètres. On l’a dotée récemment d’un agréable jeu de cloches et d’un gai carillon que l’on projette de rattacher à la sonnerie de l’horloge.

En résumé, avec son abside orientale du XIIe siècle, et la porte Saint-Jean ou Saint-Martin aujourd’hui murée, mais du roman le plus pur, la Sorbonne du XIIIe siècle, la plupart des chapelles latérales du XIVe, quelques fenêtres du XVe et du XVIe, le monument de Wassebourg de la Renaissance et l’ensemble du XVIIIe siècle, la Cathédrale est un étrange composé de tous les styles dont le concours nuit évidemment à l’harmonie de l’édifice.

Verdun-eveche-et-grand-seminaire-150x91Le grand séminaire doit son origine à l’évêque M. d’Hocquincourt qui obtint par lettres patentes du roi, octroyées à Versailles en novembre 1678, la fondation à Verdun d’une école ecclésiastique où l’on éduquerait les jeunes clercs. En décembre de la même année, on inaugurait au palais épiscopal le cours de théologie. Mais il fallut bientôt déménager pour cause d’exiguïté, et acheter aux religieux de Châtillon-l’Abbaye, l’hôpital Saint-Jacques dans la ville basse (1682). Au bout de 50 ans, le séminaire tombait en ruines, et l’évêque, M. d’Hallencourt, le reconstruisait entièrement. Les travaux durèrent huit ans. En 1749, ils étaient achevés et l’on prenait possession des locaux qui servent aujourd’hui de prison civile rue de Rû. Les séminaristes avaient en outre à Jardin-Fontaine une fort belle propriété qui passa par plusieurs mains et finalement échut le 1er août 1819 à Louis Fossée au prix de 12.800 francs.

Après le séminaire constitutionnel, ce fut le séminaire de Nancy, dont le diocèse comprenait les trois départements de la Meurthe, de la Meuse et des Vosges, qui fut chargé de préparer le clergé meusien. En 1823, M. d’Arbou, à peine installé à Verdun, disposa dans la galerie et les chambres de l’evêché, des salles destinées aux jeunes lévites qu’il rappela de Nancy. Le grand séminaire devint donc une partie intégrante de l’évêché et fut aménagé de 1829 à 1837. La chapelle n’a été terminée qu’en 1856. En 1828, M. de Villeneuve faisait l’acquisition pour le séminaire d’une maison de campagne sise au Coulmier et payée 16.000 francs. On la revendit en 1836 pour la remplacer bientôt par celle de Glorieux.

Verdun-cloître-de-lEvêché-150x93Le grand séminaire possède un bijou artistique : le cloître, construit de 1509 à 1517 par maître Nicolas, « masson » de Verdun. Ce cloître, qui entoure de trois côtés une cour fermée vers le Nord par la cathédrale, se compose de 19 ouvertures, toutes de dessin différent, mais toutes admirables par la variété, la légèreté des rinceaux qui s’entrecroisent dans chaque arcade. Ce cloître merveilleusement conservé est certainement l’un des plus beaux modèles de la période architecturale appelée le gothique flamboyant. Les contemporains l’appréciaient et le Chapitre fut tellement satisfait du travail de maître Nicolas qu’on lui alloua des gratifications considérables et que l’on fit présent à sa femme d’un couvre-chef et d’un pellisson. A l’extrémité méridionale, sur l’emplacement actuel de la cave du séminaire, trônait autrefois l’écolâtre : c’était un chanoine chargé, entre autres choses, d’exercer les enfants de chœur et d’apprendre à lire et à écrire à toute la jeunesse du cloître. On l’avait affublé du surnom irrévérencieux de « Chauffe-cul », allusion certaine aux procédés pédagogiques qu’il mettait en pratique.

L’Evêché, assis sur l’avancée sud-est du plateau occupé par la ville haute et couronnant un escarpement d’environ 35 mètres de hauteur au-dessus de la ville basse, commande toute la campagne environnante qu’il découvre dans un splendide panorama.

De proportions moins considérables avant le XVIIIe siècle, l’évêché se dressa probablement de tout temps sur cette partie du rocher. Brûlé en 1028, reconstruit en 1040, brûlé à nouveau en 1048, il fut souvent inhabité, surtout pendant la seconde moitié du moyen âge. La population de Verdun s’ameutait volontiers et les évêques préféraient, pour leur sûreté personnelle, se retirer dans leurs châteaux de Charny ou de Hattonchâtel. Nicolas Psaume le reconstruisit tout à neuf en 1548 pour s’en faire expulser quatre ans après à l’arrivée des Français. Ce fut dès lors pour un moment le logis du gouverneur et son quartier général.

Nicolas Psaume ne put rentrer en possession de sa maison qu’au bout de 12 ans, et lorsqu’il mourut en 1575, on y caserna une compagnie de gens de guerre qui le saccagèrent. Presque tous les évêques qui se succédèrent pendant un siècle et demi y firent des réparations jusqu’au jour où vint s’asseoir sur le siège épiscopal de Verdun le « maçon mitré » M. d’Hallencourt. Le moment était bien choisi. Ses bois offraient des ressources extraordinaires. M. d’Hallencourt voulut en profiter et remanier de fond en comble l’évêché. Ses démarches aboutirent et les travaux commencèrent en 1725, dirigée au début par M. de Cotte, écuyer, chevalier de l’ordre de Saint-Michel, conseiller du roi et premier architecte de sa majesté, puis par M. de Cotte Fils, intendant et contrôleur des bâtiments du roi, avec ordre de se conformer aux plans de son père. Les murs montaient lentement : en 1741, une portion seulement était achevée. En 1754, l’évêché n’était pas encore terminé et avait absorbé 500.000 1, soit plus d’un million de francs d’aujourd’hui.

C’est ainsi que fut érigé sans grande hâte ce palais « trop superbe pour les successeurs des apôtres » (Abbé Langlois), aussi admirable par la grandeur des proportions que par l’intelligence des détails.

Au XVIIe et au XVIIIe siècle, l’évêché recevait des hôtes de distinction. C’est à l’évêché qu’on hébergea le roi à son passage en 1632, la reine en 1633, le roi Louis XV en 1744 lors de sa chevauchée vers Metz, la reine Marie Leczinska en août 1725, lorsqu’elle vint rejoindre son mari, le jeune roi LouisXV. On lui rendit des honneurs magnifiques. On l’escorta en grande pompe à l’évêché, où les chevaliers de l’Ordre Social, réunion de beaux esprits, lui débitèrent des vers de mirliton.

Verdun-cour-honneur-eveche-150x95A la Révolution, l’évêque constitutionnel Aubry, personnage très modeste, se contenta d’un simple appartement, et l’évêché servit à l’administration du district, puis aux bureaux de la Sous-Préfecture qui furent en 1803 transférés à Saint-Paul. A cette date, un sénatus-consulte créa 35 sénatoreries dotées d’un hôtel et de revenus pris sur les biens nationaux, et l’évêché fut affecté à la sénatorerie de Nancy. Le titulaire, un certain Vimar, n’y séjourna que rarement. Pendant la Restauration, à partir de 1814, les généraux commandant le département de la Meuse y eurent leur quartier général. Mais en 1823, lorsque l’évêché de Verdun fut rétabli, le palais épiscopal redevint la maison d’habitation des évêques.

Porte-chatel-2-150x92La place Châtel et la rue Porte-Châtel nous conduisent au plus ancien monument de Verdun, la porte Châtel, dite porte Champenoise, parce qu’elle s’ouvrait du côté de la Champagne. C’est un reste de la forteresse primitive qui constitua Verdun avant la conquête romaine. Cette forteresse, sorte de camp sous les Romains, prit au moyen âge le nom de Châtel ou ancienne Fermeté. On y pénétrait par trois portes, celle du Princier, proche de la Tour-le-Princier, celle de Mazel, vers les Petits-Degrés et celle de Châtel, la seule que les années aient épargnée. Un chemin allait de la porte Châtel au Champ des Gentils que D. Cajot place sur la côte Saint-Barthélemy et où les païens, les gentils, faisaient des sacrifices avec force réjouissances. Est-ce cette particularité qui aurait fait surnommer ces parages Mont de la joie, Mons gaudii, d’où nous est venue la rue Montgaud ? Nous l’ignorons.

A l’Ouest de la porte Châtel, à l’extrémité de la rue des Hauts-Fins, s’étend l’esplanade de la Roche. Toute la région qui comprend l’esplanade de la Roche et la citadelle s’appelait au XVIe siècle le Mont Saint-Vannes. Immédiatement après l’occupation de la ville par Henri II, on avait entouré le Mont Saint-Vannes d’un soupçon de fortification. Ces ouvrages n’étaient séparés de la ville que par un fossé, et la porte Châtel était reliée directement à la porte du rempart, dite porte au Mainil ou en France, sur le grand chemin de Champagne et qui se confondait à peu près avec la porte de secours de la citadelle.

Mais que pouvaient ces murailles dans une guerre sérieuse, surtout lorsque l’aristocratie verdunoise ne supportait qu’impatiemment le joug du roi de France, et que l’évêque ne songeait qu’à reconquérir son indépendance ?

La construction de solides remparts s’imposait, aussi bien contre les ennemis du dehors que contre ces mauvaises têtes de Verdunois, toujours prêts à la révolte.

Louis XIII envoya à Verdun un maréchal de camp avec des forces suffisantes pour étouffer toute tentative de rébellion. Le maréchal de camp Marillac arriva en 1620. Il avait sous ses ordres trois ingénieurs, Châtillon, Allaume et d’Argencourt. En 1624, on se mit l’oeuvre, et la citadelle fut à peu près terminée en 1630 ou 1631.

Elle se composait de 7 bastions reliés par des courtines et dont deux regardaient la ville. L’escarpement du Sud, négligé au XVIe siècle, fut renforcé comme le reste de l’enceinte.

Verdun-porte-de-France-150x100La vieille porte au Mainil, celle qui donnait accès sur la Champagne, était la seule qui existât sur la rive gauche de la Meuse. Le trafic était déjà considérable, et les denrées, pour entrer à Verdun où en sortir de ce côté, devaient traverser la citadelle qu’il fallait laisser constamment ouverte. Marillac supprima la porte au Mainil et la relégua à l’extérieur des nouveaux ouvrages, dans l’angle rentrant formé par le rempart à l’Est de la citadelle et à l’Ouest de Saint-Maur. Plus tard, en 1636 seulement, fut percée, aux frais du roi, la porte de France, et la ville entreprit de ses deniers la rue Porte-de-France sur l’emplacement d’une grange qui dépendait de la maison d’un riche bourgeois, Geoffroy de la Plume.

Tous ces travaux, complétés à la fin du XVIIe siècle par Vauban, modifièrent considérablement cette partie de la Cité. L’arrangement de ces bastions, de ces fossés, de ces glacis, l’obligation de tenir les alentours découverts, forcèrent Marillac à dépeupler le Mont Saint-Vannes. Trois faubourgs qui entouraient Saint-Vannes furent en majeure partie culbutés : Haute-Escance (Glorieux) sur le versant nord-ouest de la colline, le ban Saint-Vannes à l’Est au sommet, et le Mainil sur le versant sud. Le faubourg de Glorieux se prolongeait sans interruption jusqu’à la porte au Mainil. Marillac fit détruire 200 maisons et les propriétaires s’exilèrent dans le hameau qu’ils appelèrent Regret et dont le sens se passe de commentaire.

« Le ban Saint-Vannes a eu le sort du faubourg de Glorieux. Plus de 160 habitations démolies de fond en comble, pour ménager une esplanade entre la ville et la citadelle, ont causé le renversement des églises paroissiales de Saint-Remy et de Saint-Amand et réduit à la mendicité près de 200 familles depuis la clôture de Saint-Vannes jusqu’à la porte Châtel ». (D. Cajot).

Saint-Remy disparut pour toujours. Saint-Amand qui avait eu la malchance de se trouver sur le tracé du front bastionné fut reconstruit au Sud du plateau, et les Capucins, comme nous le savons, durent s’expatrier. Le terrain qui séparait l’évêché et la porte Châtel du fossé de la citadelle, terrain non aplani, couvert de broussailles, s’appela le Broussy. Or la porte de France n’était accessible aux habitants de ces quartiers que par la rue Montgaud dont la pente était rude. On réclamait une voie moins ardue. Comme d’autre part Verdun ne possédait aucune promenade publique, sur la proposition de M. François Clouet, maire de la ville, on nivela et planta d’arbres, entre les années 1782 et 1783, l’esplanade. On aménagea de même l’avenue de Jardin-Fontaine, l’allée que nous nommons allée des Soupirs et qui porta pendant quelque temps le nom de Cloueterie. Des officiers du génie surveillèrent les travaux dont la dépense atteignit 6 500 livres environ.

On régularisa de plus le versant sud, et on rendit accessible aux voitures, en faisant sauter les rochers qui obstruaient le passage, le chemin qui descend vers la Meuse. C’est probablement à cette époque que l’esplanade, et pour cause, fut baptisée la Roche. On l’inaugura le soir du 2 août 1783, à l’occasion du voyage du frère du roi Louis XVI, le comte de Provence, futur Louis XVIII. Elle fut illuminée jusqu’à la porte de France par des « pots à feu », placés entre les arbres. Au centre, on avait élevé une pyramide, où étaient peintes sur des transparents éclairés, les armes du prince et celles de la ville. Ainsi s’est embellie cette promenade publique, ombragée aujourd’hui d’arbres séculaires, et d’où la vue embrasse la vallée que drainent lentement les eaux de la Meuse.

La clôture de la citadelle englobait l’abbaye de Saint-Vannes. L’église des apôtres Saint-Pierre et Saint-Paul, dite ensuite de Saint-Vannes, fut la cathédrale des quatre premiers évêques de Verdun. Leurs successeurs immédiats, après que le siège épiscopal eut été transféré dans la cité, en firent leur lieu de sépulture et Saint-Vannes, le 8e évêque, en établit une communauté de religieux. Au début du Xe siècle, l’évêque Barnoin, y installa des clercs et 8 chanoines, dont la vie ne fut pas un exemple de régularité. Aussi son successeur Bérenger les remplaça-t-il en 952 par des moines de l’ordre de saint Benoit. Ce fut l’origine de l’abbaye de Saint-Vannes qui demeura jusqu’à la Révolution.

L’abbaye de Saint-Vannes était située hors de l’ancienne Fermeté, sur la hauteur qui relie à l’Ouest le Châtel et la côte Saint-Barthélémy. Ses nombreux bâtiments, ses beaux jardins entourés de fortes murailles, étaient bordés au Midi par la route qui partait de la porte Châtel, aboutissait à la porte au Mainil et se dirigeait vers la Champagne et Paris. Les constructions entouraient deux cours : celle de l’Ouest comprenait le logement de l’abbé ; celle de l’Est renfermait le cloître, la salle capitulaire, la bibliothèque, le réfectoire, les cellules des religieux. Elle touchait au Sud à l’immense et belle église dont une des tours reste debout.

Quand au XVIIe siècle, Saint-Vannes eut été enserré dans l’enceinte fortifiée, certaines de ses dépendances furent utilisées pour le service militaire. Ainsi l’hôpital ou aumônerie, vaste salle du XIIe et du début du XIIIe siècle, avec ses trois nefs séparées par deux rangées d’arcades ogivales, devint l’arsenal. La Révolution prit possession du monastère le 17 mai 1790. Les religieux déclarant qu’ils ne voulaient pas abandonner leur retraite, on réunit à Saint-Vannes tous les moines des différentes communautés qui préféraient vivre en commun, mais qui durent se disperser le 14 octobre 1793. L’abbaye fut convertie en caserne et l’église fermée.

L’église et le cloître de Saint-Vannes méritent une mention spéciale. L’église fut rebâtie trois fois, au XIe, au XIIIe et au XVe siècle, et chaque fois avec la plus grande magnificence. Au XIe siècle, l’abbé Richard de Banton, qui dirigea l’abbaye de 1004 à 1046, présida à la première réfection. L’église reposait apparemment, à juger du moins par ce qu’il en reste aujourd’hui, sur piliers massifs, dans la proportion et le style des cathédrales romanes de la vallée du Rhin.

Elle avait son grand portail à l’Occident. Il s’ouvrait entre deux grosses tours carrées sur une nef centrale éclairée par des fenêtres cintrées, recouverte par un plafond horizontal à compartiments et terminée par trois absides voûtées et décorées d’arcades à l’intérieur et à l’extérieur. Au XIIIe siècle, l’abbé Louis de Hirgis, qui administra Saint-Vannes de 1197 à 1237, entreprit une seconde restauration dans laquelle il maintint le plein-cintre et conserva à la basilique la forme de la croix qu’il accusa davantage encore. Mais l’église qu’on a pu admirer jusqu’au XIXe siècle fut l’oeuvre d’Étienne Bourgeois, abbé de Saint-Vannes, qui vers 1430 en entreprit la reconstruction dans le style ogival. Elle fut achevée en 1520 par son successeur Nicolas Goberti.

Étienne Bourgeois garda le portail et les tours romanes et y adjoignit un vaisseau à trois nefs de hauteur presque égale, qui mesurait près de 60 mètres de long, 24 mètres de large et 18 mètres de hauteur sous la clef de voûte, et comptait 12 travées en dehors de la porte romane. Les trois nefs étaient séparées par des arcades ogivales, portées par des colonnes élancées et couronnées de chapiteaux savamment fouillés. Des losanges ou des roses d’un dessin varié, d’une exécution soignée, surmontaient les fenêtres, gracieuses et légères, à trois lancettes. Les voûtes étaient également ouvragées et les clefs sculptées. Celle qui dominait l’autel principal s’ornait de l’aigle à deux têtes du Saint-Empire.

Entre les contreforts extérieurs, de chaque côté des nefs secondaires, six chapelles très régulières à petites fenêtres ogivales. Au milieu des deux tours de la façade occidentale, brillait une magnifique rosace de création romane mais modifiée au XVe siècle dans le goût de l’époque. A l’intérieur, un mobilier d’une grande richesse dont les premières pièces dataient de Richard de Banton. L’extérieur, dont la pierre, qu’on s’était heureusement gardé de gratter ou de peindre, avait conservé sa belle teinte rosée, était surmonté de gracieux clochetons, et sur le haut des murs, régnait une longue balustrade, délicate comme une broderie.

Verdun-cloitre-Saint-Vannes-150x96Le cloître s’étendait au Nord de l’église, avec laquelle il communiquait sur trois côtés de la cour. Edifié au XIIIe siècle, dans le style ogival, il comptait 18 travées entières et 2 demi-travées. D’une régularité en quelque sorte mathématique, il se distinguait par l’harmonie des proportions, la grâce et le fini des détails.

Ces merveilles ont presque totalement disparu aujourd’hui. Tous les événements semblent avoir conspiré à leur perte. Dès la construction de la citadelle, on parla de culbuter Saint.Vannes. En 1552, on découronna les tours pour y mettre du canon. Marillac voulut raser l’abbaye. Sa disgrâce n’empêcha pas les projets d’abonder.

Louis XIV, frappé de la grandeur de l’église qu’il visita en 1687, en interdit la destruction. Lors de la Révolution, le Génie reçut la garde des bâtiments. La couverture de l’église menaçait ruine. Le colonel directeur Thiébaut proposa en 1817 un devis de 4 500 francs pour la réparation. Le comité des fortifications rejeta la proposition, prétendant que c’était à la ville à pourvoir à cette dépense. La ville trouva cette décision d’autant plus étrange qu’elle n’était pas propriétaire, et comme elle était fort pauvre à ce moment, elle n’accepta pas cette nouvelle charge, persuadée que le département de la guerre reviendrait à de meilleurs sentiments. Il n’en fut rien. Une visite que fit en 1818 à Saint-Vannes le duc d’Angoulême ne modifia nullement la situation.

Ordre fut donné en 1820 d’enlever la toiture pour éviter les accidents et dès lors, les voûtes à nu se corrompirent très vite. Le 11 octobre 1826 parut une note qui prescrivait la démolition complète de l’église. Le directeur du génie, à qui l’on ne doit nullement imputer la perte du monument, fit tout ce qu’il était possible pour sauver ce qui restait. Les colonels Petitot et Olry présentèrent de nouveaux rapports. Tout fut inutile et, entre 1831 et 1832, on supprima la basilique, sauf la tour septentrionale qui a survécu, grâce à l’idée émise par le colonel Petitot de la transformer en silo destiné à la conservation des grains et des farines de la garnison, idée qui ne fut d’ailleurs jamais réalisée.

On respectait le cloître, la salle capitulaire contiguë, et l’ancienne aumônerie. La grande rose centrale du portail fut léguée plus tard à l’église de la Chalade.

Verdun-tour-saint-Vannes-150x96Le siège de 1870 a consommé la destruction : l’incendie causé par le feu de l’ennemi a détruit les annexes du cloître. Le cloître a singulièrement souffert, la salle capitulaire s’est effondrée et tous les bâtiments ont été criblés de boulets. Le délabrement où ils se trouvaient n’a pas permis de les conserver, et de tout cet asile de méditation, de travail et de paix que fut Saint-Vannes, il ne subsiste, à cette heure, que la tour romane du XIe siècle, dressant sa silhouette dépaysée au milieu des murailles bastionnées et des parcs d’artillerie.

En 1873, la Société philomathique intervint, et, grâce à certaine initiative privée, on eut le bonheur de recueillir et de déposer au Musée ou dans l’ancien cimetière de Saint-Victor quelques-uns de ces fragments très précieux, mais trop peu nombreux, qui devinrent, par la suite, la propriété de la ville.

Un amateur distingué, M. Clément, qui avait acheté ces débris, a entrepris tout récemment de relever, dans la cour de la maison qu’il habite rue de l’Hôtel-de-Ville, une partie du cloître Saint-Vannes. Il a pu reconstituer, outre la fameuse porte de la salle capitulaire, celle qui se trouve décrite dans le dictionnaire d’architecture de Viollet-le-Duc (tome VII, page 457) et dont la composition vaut un chef-d’œuvre. Nous espérons bien que M. Clément, dont le culte des belles choses est universellement connu à Verdun, ne s’arrêtera pas en si bon chemin, et continuera cette résurrection que tous ceux qui s’intéressent à notre histoire locale désirent sincèrement.

 

De très belles photos de la cathédrale et de la porte Châtel sur le blog d’Anthony Koenig.

 

 La prochaine promenade nous emmènera sur la rive gauche de la Meuse.

 

 

La légende du martin-pêcheur

 

 

D’après « Le folklore de la France. La faune et la flore » – Paul Sébillot

 

Une légende lorraine rattache à un épisode du déluge les belles colorations du martin-pêcheur.

Noé après avoir laché la colombe, charge l’oiseau bleu d’aller voir si la terre reparaissait. Lorsque celui-ci quitta l’arche le matin, il s’éleva un si grand vent, que pour ne pas être précipité dans l’onde, il prit son essor vers le ciel et arriva bientôt dans le bleu du firmament où il n’hésita pas à s’enfoncer : de gris qu’il était auparavant, son plumage se colora de bleu.

Parvenu à une grande hauteur, il vit le soleil qui se levait bien loin au-dessous de lui. Il dirigea son vol de ce côté pour le voir de plus près. Plus il s’en approchait, plus la chaleur devenait vive. Les plumes de son ventre commencèrent même à roussir et à prendre feu. Il se hâta de venir l’éteindre dans les eaux qui couvraient la terre.

La légende du martin-pêcheur dans Légendes de Lorraine Martin-pecheur-2-150x111Mais il eut beau regarder, l’arche avait disparu, parce que Noé l’avait démolie pour en faire une maison et des étables. L’oiseau se mit à appeler Noé, en poussant des cris aigus.

Aujourd’hui encore, on le voit cherchant le long des rives s’il ne retrouvera pas l’arche ou quelques-uns de ses débris. Il a conservé sur la partie supérieure de son corps le plumage bleu de ciel qu’il a acquis dans le firmament, et son ventre est encore tout roussi par suite de l’imprudence qu’il a commise de s’approcher du soleil.

 

 

La princesse métamorphosée en crapaud

 

La princesse métamorphosée en crapaud dans Légendes de Lorraine Crapaud-2-150x92

 

D’après « Revue des traditions populaires » – 1900

 

Il était une fois une riche princesse qui eut le malheur d’offenser une méchante fée. Celle-ci trouva moyen de bannir de la ville son ennemie, et de la changer en crapaud.

La jeune fille métamorphosée sera délivrée par un prince. Mais ce dernier devra être élevé dans un berceau, dont le bois proviendra d’un chêne, planté par l’enchanteresse, et il devra réussir à embrasser trois fois la malheureuse bête, qui, à chaque baiser, grandira d’une manière prodigieuse.

Et le prince n’est pas encore venu. La belle en détresse apparaît tous les sept ans, et l’on entend ses plaintes dans la nuit du 30 avril au 1er mai.

Ceci est raconté aux veillées du village de Morsbach, près de la montagne d’Hérapel.

 

 

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