L’origine des maisons de Salm

 

 

 

D’après une publication d’Eugène Gens dans les « Annales de l’Academie Royale d’Archeologie de Belgique » – 1853

 

Pour aller de Trois-Ponts à La Roche, je remontai la petite rivière de Salm, la moins considérable des rivières du Luxembourg que fréquente le saumon pour y déposer son frai à l’époque des grandes crues d’eau de l’automne.

L’origine des maisons de Salm dans Les Vosges d'Antan Armoiries-maisons-de-Salm-126x150La présence de quelques individus de cette espèce , considérée comme un phénomène dans les gorges resserrées où son cours ne présente plus qu’un ruisseau torrentueux, lui a, sans aucun doute, fait donner le nom qu’elle porte, nom qui est devenu ensuite celui d’un château, d’un comté, de deux bourgades et d’une illustre famille princière qui conserve dans ses armoiries la preuve de cette étimologie.

C’est à Salm-Château, au sommet d’une montagne escarpée, que se trouvent les ruines du vieux château des comtes de Salm. Elles n’ont de remarquable que leur situation et la gloire d’avoir été le berceau d’une des familles les plus illustres de la Belgique et de l’Europe. Ce château fut le chef-lieu d’un comté dont l’origine se perd dans les ténèbres du moyen-âge.

Le comté de Salm comprenait un territoire assez étendu, mais fort pauvre, et qui ne renfermait guère que des bois, des bruyères et des fanges. Il consistait en quarante villages ou hameaux, et quatre seigneuries en relevaient immédiatement ; c’étaient celles d’Amberloup, de Termine, de Thony et de Wigny.

Au IXe et Xe siècles, c’était un de ces petits états féodaux, fondés par l’épée ou par droit de premier occupant, et dont la souveraineté ne reconnaissait aucun suzerain.

 

Il entra dans la maison de Luxembourg, probablement par le mariage de son héritière avec Ghiselbert, troisième comte de Luxembourg, qui portait aussi le titre de comte de Salm. L’aîné des fils de Ghiselbert, Conrad 1er, fut comte de Luxembourg ; le second, Herman, fut comte de Salm.

C’est cet Herman de Luxembourg, comte de Salm, que les princes allemands, opposés à l’empereur Henri IV, élurent roi de Germanie en 1081, après que Rodolphe de Souabe eut été tué à la bataille de Munzen, par Godefroid de Bouillon. Et c’est de lui que descendent les différentes branches de la maison de Salm qui subsistent encore.

Leur origine est donc la même que celle de la maison de Luxembourg, et ils remontent à ces anciens comtes d’Ardenne et de Mosellane, dont les généalogistes rattachent la filiation aux rois mérovingiens. Le comté de Salm étant devenu au XIe siècle l’apanage d’un puîné de Luxembourg, ses comtes se considérèrent toujours comme vassaux de ceux de Luxembourg.

Berthollet nous a conservé le texte d’un acte de vasselage, daté du 15 mai 1240, par lequel Henri II, « Cuens de Salmes » déclare que ses prédécesseurs « Ayant estaye en la foy et hommage des nobles hommes les comtes de Lucemborg dou Chastelet et de la chastelerie de Salmes », il en renouvelle l’hommage pour lui et ses hoirs. Le Comte mentionne dans le même acte « li chatealz et la ville de Salmes », c’est Vieil-Salm qu’il désigne sous ce nom de ville, preuve de l’importance qu’avait alors ce bourg.

Otton, fils d’Herman Ier, fonda la maison des comtes palatins de Reyneck. Herman II eut un fils nommé Henri qui épousa Judith de Lorraine, et un de leurs enfants, pour conserver le nom de la terre dont il était originaire, fil bâtir dans les Vosges un château auquel il imposa le nom de Salm. C’est de là qu’est venu le comté de Salm en Lorraine.

 

La ligne masculine des comtes de Salm en Ardennes s’éteignit en 1416 dans la personne d’Henri VI, qui survécut à ses deux enfants.

Henri son fils, fut tué en 1408 à la bataille d’Othée. Sa fille, mariée à Otton de Rougrave, mourut sans enfants en 1415. Henri appela alors à lui succéder son plus proche parent, Jean, sire de Wassenberg et de Reifferscheidt. Néanmoins, après sa mort, les Rougrave se mirent en possession du comté de Salm, mais ils en furent déboutés par une sentence du conseil du duc de Bourgogne, du 6 février 1455, et Jean de Reifferscheidt prit le titre de comte de Salm. Il est la souche des comtes de Salm-Reifferscheidt.

La maison de Reifferscheidt n’était pas d’une origine moins illustre que la maison de Salm. Elle était issue de Gérard, sire de Wassenberg et de Reifferscheidt, deuxième fils de Waleram II duc de Limbourg. Ses armes anciennes étaient de gueules à l’écusson d’argent, brisé en chef d’un lumbel à trois pendants d’azur. Les armes de Salm en Ardennes sont d’argent à deux saumons de gueules adossés en pal. La nouvelle maison écartela ces armoiries en plaçant : au 1er et 4e Salm, au 2e et 3e Reifferscheidt, et celles de Reifferscheidt brochant sur le tout. C’est d’elle que sortent les maisons encore florissantes de Salm-Reifferscheidt-Bedbourg et Krantheim, et de Salm-Reifferscheidt-Dyk, qui forment deux branches de la maison dite de Bas-Salm, la seule famille en Europe dans laquelle se soit conservé, par les mâles, le sang des ducs de Limbourg.

 

La maison de Salm en Lorraine, qui portait de gueules à deux saumons d’argent adossés en pal, cantonnés de neuf croix d’or, se divisa au XVe siècle en deux branches. Jean IV, mort en 1431, ayant été marié deux fois, partagea son comté entre les fils aînés des deux lits. Le premier, Jean V fut père de Jean VI. Le fils aîné de ce dernier, Jean VII, mort en 1548, eut un fils nommé Paul, dont la fille unique, Christine, épousa François, comte de Vaudémont, troisième fils de Charles III duc de Lorraine.

Par cette alliance, la moitié du comté de Salm qui avait formé l’apanage de Jean V entra dans la maison de Lorraine. Cependant, la postérité mâle de Jean V n’était pas éteinte : Nicolas, fils puîné de Jean VI, s’établit en Allemagne et y fonda la maison des comtes de Salm et de Neubourg sur l’Inn, encore florissante aujourd’hui. Les princes de cette maison sont les seuls véritables descendants de mâles en mâles d’Herman de Luxembourg, comte de Salm et roi de Germanie.

Simon, fils aîné du second lit de Jean IV ne laissa qu’une fille nommée Jeanne, qui porta la moitié du comté échue à son père, à son époux Jean, Wild et Rhingrave, qui devint la tige de la maison de Haut-Salm, qui comprend les branches de Salm-Salm, de Salm-Horstmar et de Salm-Kyrbourg.

 

Je pris quelque plaisir à me rappeler cette illustre généalogie d’une famille d’origine belge, assis sur les ruines du château que lui a donné son nom.

Le rocher où elles achèvent de s’écrouler a cessé depuis longtemps de faire partie de ses domaines. L’arbre verdit et porte ses fruits loin du sol qui durant tant de siècles a nourri ses racines. Je me dis que si j’avais l’honneur d’appartenir à une race si haute, le berceau de mes aïeux me serait sacré, n’eussé-je plus au monde un autre patrimoine.

Il y eut un jour peut-être où les princes de Salm regrettèrent d’être devenus étrangers au pays sur lequel leurs ancêtres ont régné ; c’est lorsqu’en 1830 la Belgique, après avoir conquis son indépendance, eut à se choisir un roi. Un prince de Salm se présenta au congrès national comme candidat au trône. Personne ne lui contesta sa descendance souveraine, seulement, les Belges ne le connaissaient plus !

 


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