Les cartes à jouer à Metz

Cartes

Il était une fois …

Extraits d’un article paru dans l’Annuaire de la Société d’Histoire et d’Archéologie Lorraine en 1926.

L’origine des cartes à jouer a toujours préoccupé les savants, parce qu’elle se rattache, non seulement à l’histoire des mœurs, mais encore à l’invention du papier, de la gravure et de l’imprimerie. Les uns attribuent leur invention aux Chinois, aux Lydiens, ou aux Egyptiens. Les autres prétendent qu’elles ont pris naissance, soit en Allemagne, soit en Italie, soit en Espagne. Nous nous occuperons plus particulièrement de leur introduction et de leur propagation en France.

Dans un compte de l’argentier Poupart, conservé autrefois dans les archives de la chambre des comptes de Paris, on lisait sous l’année 1392 : « Donné à Jacquemin Gringonner, peintre, pour trois jeux de cartes à or et à diverses figures, ornés de plusieurs devises, pour porter devant le seigneur roi, pour son esbattement, 50 sols parisis ».

Il n’y a pas d’amphibologie possible, on peint des jeux de cartes en France en l’an 1392. Puis ces jeux, qui ne semblaient d’abord destinés qu’à l’ébattement de Charles VI en démence, sont bientôt si répandus parmi la bourgeoisie, et même le peuple de Paris, que le prévôt de la capitale, dans une ordonnance du 22 janvier 1397, fait défense aux gens de métier de jouer à la paume, à la boule, aux dés, aux cartes et aux quilles, excepté les jours de fête.

C’est au règne de Charles VII (1422 – 1461), que se rapporte l’invention des cartes modernes, dites cartes françaises. On dit que le brave Lahire, ou un servant d’armes qui s’est personnifié dans l’image du valet de trèfle, réforma le jeu dit de Charles VI, de manière à lui donner l’apparence d’un jeu militaire.

Il y eut quatre couleurs : – Le trèfle, figurant la garde d’une épée – Le carreau, le fer carré d’une grosse flèche – Le pique, la lance d’une pertuisane – Le cœur, la pointe d’un trait d’arbalète.
Les as, nom d’une monnaie romaine, signifiaient l’argent pour la paye des troupes.
Les quatre Rois : David, Alexandre, César et Charles, représentaient les quatre grandes monarchies.
Les quatre Dames représentaient les quatre manières de régner par la piété, la liberté, la sagesse et le droit de naissance, figurées par Judith, Pallas, Rachel et Argine.
Les quatre Valets ou 
varlets représentaient la noblesse de France : Hector, père de Francus – Ogier, le Danois, l’un des pairs de Charlemagne – Lancelot, l’un des héros des romans de la Table Ronde, et Lahire, le plus brave capitaine de Charles VII.
Une compagnie de soldats, numérotés de deux à dix, fut rangée sous chaque couleur. On a donné d’autres significations à ces cartes, au nombre de 52. C’est alors aussi, que fut inventé le jeu de piquet, peut-être imité de l’allemand, le lansquenet.

Les cartes étaient d’abord enluminées, et coûtaient fort cher, mais la gravure sur bois, découverte entre 1420 et 1430, permit de reproduire à l’infini une empreinte grossière. Aussi a-t-on pu dire que les cartes à jouer conduisirent à l’invention de l’imprimerie.

Les tailleurs de forme imprimaient ces cartes en noir sur du papier, puis les peintres de cartes se chargeaient de les enluminer. Plus tard, on les coloriait au moyen de patrons découpés pour chaque couleur, procédé en usage chez les imagiers.

A partir du XVe siècle, les cartes à jouer furent répandues par toute l’Europe. A Metz, on jouait aux cartes en 1441, la Chronique de Praillon en parle comme d’une chose accoutumée dans le peuple : « Le vingt troisième jour dudit mois (septembre 1441), ung soldoieur de Mets, nommé le Gouverneur, en juant aux cartes, tua un aultre soldoieur nommé Forquignon, qui estoit son compaignon d’armes… ».

Depuis le milieu du XVe siècle en France, les cartes sont toujours comprises avec les dés, parmi les jeux défendus que condamnent les statuts synodaux des évêques et les ordonnances royales ou municipales.
Les magistrats de la République messine proscrivent, à leur tour, les jeux de hasard. Cette proscription s’explique par la nature des lieux où se rassemblaient les joueurs et gens dissolus. C’était dans les tavernes que se réfugiaient les jeux de hasard, chassés des maisons calmes et pieuses de la bourgeoisie.

Les jeux de cartes n’en restaient pas moins en usage chez les rois, les princes et les seigneurs, que n’atteignaient point les sentences de l’Eglise et des autorités civiles.

Le duc d’Orléans, frère de Charles VI, perdait beaucoup d’argent au glic, sorte de jeu de cartes. Un de ses descendants, le bon roi Louis XII, jouait au flux, autre jeu de cartes, sous les yeux mêmes de ses soldats. La petite cour galante et spirituelle de Marguerite de Navarre, sœur de François 1er, avait mis à la mode la Condemnade, jeu de cartes à trois personnages.

Rabelais, voulant peindre l’éducation qu’on donnait aux enfants de rois, du temps de François 1er, nous montre, en 1532, son héros Pantagruel, faisant déployer « force chartes, force dez et renfort de tabliers » pour jouer à deux cents jeux différents, parmi lesquels on remarque quinze ou vingt espèces de jeux de cartes inconnus la plupart aujourd’hui : la vole, la prime, la pille, la triomphe, la picarde, le maucontent, le cocu, la carte virade, la séquence, etc…

En dépit de ces proscriptions persévérantes, les jeux de cartes se multiplieront de plus en plus, et franchiront même les portes de certaines maisons religieuses. Le 16 juin 1676, Antoine Paget, abbé du Pontiffroy, de Metz, écrit aux religieux de son monastère : « On se plaint de vos jeux de cartes, ce qui est cause de querelles et de supercheries… Je défends à nos confrères de jouer aux cartes dans la maison avec des étrangers ou entre eux-mêmes… ».

La défense des jeux de hasard se continua pendant les XVIIe et XVIIIe siècles. Une ordonnance de la chambre de police de Metz du 12 septembre 1691, interdit aux aubergistes, cabaretiers et limonadiers, de donner à jouer ou de permettre de jouer dans leur établissement, à peine de 500 livres d’amende, le tiers applicable au dénonciateur, pour la première fois, et une punition corporelle pour la seconde fois. L’interdiction des jeux de hasard fut réitérée à Metz le 10 septembre 1733, le 19 avril 1769, le 30 avril 1793, le 8 février 1801 et le 9 août 1825.

On comprend qu’en présence de toutes ces défenses sans cesse renouvelées dans toute la France, l’industrie des cartiers était peu protégée et qu’on se contentait de la tolérer sous le manteau des papetiers et libraires.

A Metz, les cartiers étaient affiliés à la corporation des imprimeurs, libraires et relieurs. Dans l’un des articles des statuts de 1656, il est dit que : « Les dominotiers, cartiers, imagiers seront tenus aux mêmes conditions que les libraires, sans qu’ils puissent jouir des privilèges concédés à ceux-ci. Ils devront donc, avant d’exposer en vente des dominotures, placarts, etc., les faire voir au syndic et adjoint ».

Plus tard, lorsque les cartiers messins furent assez nombreux, ils formèrent une corporation indépendante, reglementée sans doute d’après les statuts en vigueur parmi les autres corporations de cartiers français. Aucun règlement particulier n’a été trouvé pour les cartiers messins. Toutefois, en raison des anciens privilèges de la ville de Metz, les cartiers avaient été exemptés des droits perçus sur les jeux fabriqués dans les autres villes de France.

Cette exemption de droits favorisa l’industrie cartière à Metz : dans la première moitié du XVIIIe siècle, on comptait huit ateliers de maîtres-cartiers. En 1745, ils devaient être dans une situation assez prospère, puisque le roi les imposa de deux offices d’inspecteur contrôleur de leur corps, qu’ils rachetèrent contre une somme de 165 livres. En conséquence de l’arrêt du conseil d’état du 9 novembre 1751, la ville de Metz était la seule de la province des Trois-Evéchés, où il était permis de fabriquer des cartes à jouer. L’article 9 du même arrêté de 1751 dit que « les cartiers établis dans les villes et lieux où la fabrication des cartes est prohibée, pourront s’établir dans les villes où elle est permise ». Cettte autorisation amena à Metz de nouveaux cartiers, qui y trouvèrent asile et protection.

De 1752 jusqu’à la révolution, l’industrie des cartes à jouer à Metz fut dans une situation très florissante. Les maîtres-cartiers exportaient leurs produits dans la vallée du Rhin et même jusqu’à Strasbourg. Cette concurrence excita la jalousie de la corporation des cartiers de Paris, qui adressa une réclamation au roi, au sujet de l’exemption des droits dont étaient exonérés les cartiers messins. Le 19 septembre 1778, le roi décidait que les cartes fabiquées à Metz seraient imposées aux mêmes droits que ceux qui grevaient les cartes venant du restant de la France.

Les cartes fabriquées à Metz furent imposées à partir du 1er octobre 1781. Le droit perçu sur les cartes à jouer fut aboli à partir du 1er avril 1791, en vertu du décret du 2 mars 1791, puis rétabli par arrêté du 3 Pluviôse An VI. Depuis cette époque, divers décrets, lois et ordonnances ont déterminé les conditions auxquelles sont soumis les fabricants de cartes munis d’une licence et patentés, le timbre à apposer, la forme des bandes et enveloppes, etc… C’est l’administration qui fournit le papier dont elles sont faites. Nul ne peut fabriquer, vendre des cartes sans avoir été agréé et commissionné par la régie des contributions indirectes. L’introduction et l’usage des cartes fabriquées à l’étranger sont prohibés.

Sous la révolution, les figures et désignations qui rappelaient les traditions de l’ancienne monarchie furent remplacées par des noms et des emblêmes en harmonie avec les idées de l’époque.

Le 1er Brumaire An II, la convention nationale, sur la proposition d’un membre tendant à faire disparaître des jeux de cartes, les signes de la royauté et de la féodalité, passait à l’ordre du jour, laissant le soin aux municipalités le soin d’exécuter le décret à cet égard. A Metz, ce changement fut opéré sans bruit, du moins les registres des délibérations n’en font aucune mention.

Comme dans toute la France, les nouveaux jeux fabriqués à Metz étaient républicains.
Les rois furent remplacés par des génies : génie de la guerre, de la paix, des arts, du commerce.
La liberté remplaça les Dames : Liberté des cultes, du mariage, de la presse, des professions.
L’égalité fut substituée aux Valets : Egalité de devoirs, de droits, de rangs, de couleurs.

Napoléon 1er fit supprimer ces figures et demanda à Louis David de dessiner des cartes nouvelles. Mais celles-ci n’eurent aucun succès, et vers les dernières années du Premier Empire, on revint aux dessins de l’ancien régime, dont le type n’a plus varié.

C’est en l’année 1648 que nous trouvons la première mention d’un fabricant de cartes à jouer à Metz : le mariage inscrit au registre de l’église réformée de cette ville de Jacob Collot, faiseur de cartes, avec Marie Florent le 16 août 1648 à la Horgne au Sablon.

Il est fort probable qu’avant 1648 des maîtres cartiers s’étaient établis dans la ville, mais nous ne pouvons apporter les précisions qu’il faudrait. Dans quelques actes, les noms suivants ont été relevés : Lambert d’Arivault, quartier (1561) – Henry Remy, le quartier (1563) – Jean François, quartier (1584) – Claude Brinque, cartier (1640). Mais cela ne nous apprend s’ils étaient réellement des fabricants de cartes, parce que l’on désignait également les quartiers-mesureurs de grains sous la même dénomination. Encore après le XVIIe siècle, des fabricants de cartes et des mesureurs de grains étaient appelés cartiers.

Les malheureux évènements de 1870 placèrent les derniers fabricants de cartes dans une pénible situation. L’industrie cartière à Metz a subi, après l’annexion, le même sort que d’autres industries qui faisaient vivre de nombreux ouvriers.  On ne se douterait guère aujourd’hui que cette ville a produit pendant plus de deux siècles, une multitude de petits cartons colorés, devenus tellement rares, que seuls les collectionneurs en possèdent quelques exemplaires.

Pour tout savoir sur les cartes à jouer, rendez-vous au musée de la carte à jouer .

 

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