La saint Nicolas

Saint Nicolas 

 

Mais qui ne connait pas saint Nicolas ?

D’après la « Revue du folklore français » – Année 1932

Presque partout, en Lorraine, saint Nicolas passe pour apporter aux enfants des jouets et des sucreries, à l’occasion de sa fête.

Ces cadeaux sont placés durant le sommeil des enfants, dans leurs chaussures, mises soit dans la cheminée, soit à côté du fourneau ou du poêle de la chambre où ils couchent. Car saint Nicolas, dit-on, vient les déposer par la cheminée.

Presque toujours aussi, le Père Fouettard, inséparable serviteur du saint, apporte une verge en même temps que les joujoux et les friandises. Parmi celles-ci, se trouve généralement un gâteau en pain d’épices représentant saint Nicolas, soit seul, soit monté sur sa bourrique, et aussi des marrons ou des bonbons de réglisse appelés crottes de bique, qui, les uns et les autres, figurent les crottes de l’âne.

La verge qui, en réalité, est constituée de brindilles de bois plus ou moins souples, recouvertes de papier doré ou de papier d’argent et réunies par un ruban, doit, en principe, servir à corriger les enfants quand ils ne seront pas sages. Quelquefois, se trouve avec elle, une lettre dans laquelle saint Nicolas rappelle aux enfants les fautes qu’ils ont commises, les menace de les punir s’ils recommencent et leur donne de bons conseils.

Autrefois, dans certaines familles et dans certaines maisons d’éducation, des personnes déguisées en saint Nicolas ou en Père Fouettard venaient exhorter les enfants à la sagesse, les gronder s’ils l’avaient mérité et leur distribuer ensuite les cadeaux préparés pour eux. Elles étaient parfois payées pour remplir ce rôle, et les 5 et 6 décembre, il n’était pas rare de les rencontrer sous leur déguisement dans les rues de Nancy.

A l’approche de la Saint-Nicolas, les enfants demandent au saint de se montrer généreux envers eux en chantant :

Saint Nicolas, not’ bon patron,
Apportez-nous quéqu’chos’ de bon :
Des mirabelles
Pour les d’moiselles,
Des macarons
Pour les garçons !

Ou, s’ils ont l’esprit taquin, soit :

Saint Nicolas, not’ bon patron,
Apportez-nous des macarons
Pour les garçons,
Pour les p’tit’ filles des coups d’bâton !

soit une variante où les coups de bâton sont pour les garçons.

Après la guerre de 1870-1871, l’arrivée dans la Lorraine restée française d’un assez grand nombre d’habitants de l’Alsace, où, sauf sur de rares points, la croyance aux cadeaux de saint Nicolas n’existe pas, a porté atteinte à la coutume de donner aux enfants des jouets et des friandises attribués à la générosité du saint. Dans certaines familles des villes, elle a fait place à la pratique de distribuer des objets suspendus aux branches du sapin de Noël qui est très répandue en Alsace et qui a pris une grande extension dans toute la France.

Cependant, dans les campagnes et presque partout dans les villes, la vieille coutume des cadeaux de la Saint-Nicolas se maintient toujours. Elle persiste même chez des Lorrains ayant, depuis longtemps, quitté le pays natal et établis dans d’autres provinces.

C’est peut-être parce que les traditions relatives à saint Nicolas sont de très longue date implantées en Lorraine.

Le saint qui, au IVe siècle, fut évêque de Myre, a été un des thaumaturges les plus célèbres du Moyen-Age. Dès le XIe siècle, une église consacrée à son nom fut, en Lorraine, un lieu de pèlerinage très fréquenté non seulement par des Lorrains, mais encore par des gens de tout le royaume de France. Et, en 1477, saint Nicolas devint le patron de la Lorraine après la bataille de Nancy, où le duc de Lorraine, René II, qui avait mis ses troupes sous la protection du saint, fut vainqueur de Charles le Téméraire, dont le cadavre fut retrouvé dans un étang gelé.

Le miracle de la résurrection, par saint Nicolas, des trois clergeons ou des trois enfants est celui dont la légende est la plus connue.

« Trois enfants qui s’en allaient glaner aux champs » ou, selon d’autres, « trois clercs qui allaient à l’école » furent attirés par un boucher, tués par lui et mis dans un saloir « comme on fait pour les pourceaux ». Saint Nicolas, entrant chez le boucher, demanda à souper et à coucher. Le boucher répondit qu’il n’avait rien à lui donner.

Saint Nicolas lui dit alors :
Donne-moi de mes trois clériaux
Que t’as découpés par morceaux
Que t’as salés dans un cuveau.

Le boucher s’enfuit. Saint Nicolas frappa le cuveau avec son étole et les enfants ressuscitèrent.

C’est en souvenir de ce prodige qu’il est devenu le patron des enfants et des écoliers.

Les représentations de saint Nicolas et des trois enfants dans le saloir ont été très nombreuses en Lorraine. On les trouve sur des bâtons de confrérie, sur des taques de cheminées, dans les images populaires d’Epinal et de Metz, des peintures sur verre, sans parler des statues, des sculptures dans les églises et des cires modelées et habillées qui sont une spécialité lorraine.

D’après le R. P. Cahier (Les caractéristiques des saints dans l’art populaire), la légende de la résurrection des trois petits garçons coupés en morceaux et mis dans le saloir daterait du XIIe siècle et serait d’origine iconologique.

Des images anciennes ont eu pour but de rappeler que, par son intercession, saint Nicolas a sauvé trois officiers romains condamnés à tort par le gouverneur et enfermés dans une tour où ils attendaient leur supplice. Afin de faire voir les officiers dans la tour, le sculpteur a représenté leurs têtes au-dessus des murailles de celle-ci et pour indiquer la puissance de saint Nicolas, il lui a donné une stature qui dépasse de beaucoup celle des officiers et même la hauteur de la tour où ils étaient en prison.

Lorsque les reliques du saint évêque de Myre furent apportées en Occident et que son culte s’y répandit, de pieuses gens, qui ignoraient sa vie, ne comprirent rien au symbolisme de cette reproduction et, pensant aux histoires d’ogres et d’ogresses, ils prirent la tour pour un baquet et les officiers romains pour des enfants. Une statue de saint Nicolas, sculptée en plein bois au XVe siècle, qui se trouve dans l’église de Lay-Saint-Christophe, à quelques kilomètres au nord de Nancy, montre bien par quelle transition on a pu passer d’une interprétation à une autre. D’un baquet qui est à côté des pieds du saint, sortent trois petits personnages dont les traits du corps et du visage ne sont pas ceux d’enfants, mais ceux d’hommes déjà faits.

Une autre légende, qui est représentée sur un sceau de la collégiale Saint-Nicolas d’Apremont, est celle de la dotation de trois jeunes filles.

Saint Nicolas, qui était d’une famille riche, distribua généreusement son bien. Un sien voisin avait trois filles… mais il était noble homme et si pauvre qu’elles étaient contraintes d’aller en péché. Quand Nicolas le sut, il eut horreur de cette félonie et jeta la nuit secrètement dans la maison d’icelui une masse d’or enveloppée dans un drapeau. Et quand l’homme se leva le matin, il trouva cette masse et rendit grâce à Dieu et maria son aînée fille. Saint Nicolas dota pareillement les deux autres à quelque temps d’intervalle. Lorsque, pour la troisième fois, il jeta une masse d’or dans la maison du père, celui s’éveilla au son du cheoir, suivit Nicolas qui s’enfuyait, en lui disant ainsi : « Sire, ne t’enfuis pas, si que je te voie ». Et lors courut plus hâtivement et connut que c’était Nicolas.

Cette légende a probablement donné naissance à la croyance que saint Nicolas aide les jeunes filles à se marier. En Lorraine, celles qui désirent trouver rapidement un mari se rendent à l’église de Saint-Nicolas de Port, à une douzaine de kilomètres au sud de Nancy, pour y prier et s’y promener. Il existait dans le pavé de cette église une dalle, la bonne pierre, sur laquelle il suffirait de monter pour être marié dans l’année. Mais, pour cela, il faut marcher sur elle sans la chercher spécialement. Elle est assez petite, mais reconnaissable à ce qu’elle est marquée d’une croix.

Saint Nicolas est ainsi devenu l’un des protecteurs des jeunes filles. Sur un reliquaire du XVIIIe siècle, il est représenté ayant à ses pieds un baquet d’où sortent trois fillettes vêtues seulement d’une chemise et de leur chevelure qui leur tombe sur le dos.

A s’en rapporter aux anciens inventaires, le trésor de l’église de Saint-Nicolas du Port a été très riche autrefois ; à présent, il ne comprend plus guère que quelques pièces ayant une réelle valeur artistique.

Mais il possède encore des objets auxquels la légende s’est attachée. Ce sont, avec les chaînes qui y étaient fixées, deux anneaux de fer. Ils auraient été portés dans son cachot, l’un à la cheville, l’autre au poignet par un chevalier lorrain, Cunon de Réchicourt, parti en croisade et tombé aux mains des infidèles.

Ce chevalier resta un « long temps » en Palestine, logé « en une étroite prison ». Ayant invoqué saint Nicolas, patron des prisonniers, la veille de sa fête avec plus d’ardeur que de coutume, il fut, en dormant, miraculeusement tiré hors de prison et transporté devant la porte de l’église de Saint-Nicolas de Port. Il se réveilla en entendant sonner les cloches et en voyant qu’il se faisait un grand concours de peuple devant l’église, comme c’était l’habitude quand il se produisait un miracle, ce qui était fréquent à cette époque.

Le carcan, la ceinture et les autres fers que portait Cunon de Réchicourt avaient aussi été conservés. Mais en 1789, ils ont été enlevés par les « brigands de Nancy » venus pour piller l’église.

Il est curieux que les traditions relatives à la fête de Saint-Nicolas se rencontrent sur des aires aussi séparées les unes des autres que la Lorraine, l’Artois, certaines régions de l’Allemagne du Sud, et la Hollande, pays où le protestantisme est la religion dominante, et que, partout, elles offrent de grandes ressemblances.

 

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