Les papeteries d’Arches et d’Archettes

 

 

Histoire des trois moulins depuis 1492

D’après « Le musée social » – 1903

Il est peu d’établissements industriels en France, dont on puisse retrouver les traces aux siècles passés. Les centres de fabrication se sont souvent déplacés, lorsque l’industrie a utilisé la vapeur, trouvé des conditions d’exploitation préférables, dans des régions mieux desservies par les chemins de fer, et mieux situées pour se procurer la matière première ou le combustible.

Pour les mêmes raisons, les industries sont rares qui ont conservé, de nos jours, les systèmes de fabrication employés il y a cent ans. Il est encore plus difficile de découvrir une usine qui existait déjà, fabriquant les mêmes produits, avec des machines semblables, il y a plus de quatre siècles.

Les procédés de fabrication du papier à la cuve, composé exclusivement de chiffons, sont demeurés sensiblement les mêmes qu’à l’époque de son introduction en France. Si on a trouvé des moyens plus expéditifs que ceux usités au XIVe siècle, les perfectionnements n’ont porté que sur les opérations accessoires et non sur les opérations essentielles de la fabrication. On est frappé de la complication de cette industrie qui, autrefois comme à présent, exigeait de nombreux soins, une grande expérience et une extraordinaire habileté de main, surtout pour les pâtes fines. Les vieux auteurs parlent sans cesse de « l’art de faire le papier » ; le terme n’a rien d’excessif.

C’est le papier de chiffons qui a servi à tirer les belles gravures, depuis le XVIe siècle, les admirables ouvrages de typographie, qui sont une des gloires de la Renaissance. Aujourd’hui encore, les travaux typographiques les plus riches, ceux qui pourront le mieux résister au temps, sont imprimés sur du papier de chiffons. Dans cette branche industrielle, le XIXe siècle n’a fait que bien peu de progrès. Nous pouvons lire aisément encore les textes du XVe siècle, sur le papier à la cuve. Combien, parmi les livres ou les périodiques imprimés de nos jours, seront lisibles pour nos arrière-petits-fils ?

C’est une bonne fortune de trouver une fabrique, mue par l’eau, dont les roues tournaient déjà sous Charles VIII et dont nous pouvons suivre la trace de ses possesseurs successifs, jusqu’au XXe siècle ! Mais l’industrie a subi trop de vicissitudes, au cours des siècles, pour que l’histoire, continue et sans lacunes, d’une telle maison fût possible. Pour la reconstituer, on est forcé d’étudier la vie des établissements similaires de la région. D’ailleurs, les moulins à papier se ressemblaient tous, à ces époques lointaines, surtout dans la même province. Une même législation les régissait ; les conditions du travail, les salaires, les prix de la matière première, comme ceux de revient et de vente, étaient sensiblement les mêmes.

On est peu d’accord sur l’époque de l’introduction de l’industrie papetière en France. Certains historiens la placent en Auvergne ; d’autres dans le Languedoc ; d’autres dans l’Ile de France, à Essonnes ou dans les environs de Troyes, vers le milieu du XIVe siècle. Quelques auteurs pensent pouvoir la faire remonter au siècle précédent. Elle aurait été créée par des Croisés, dans le pays de Thiers et d’Ambert. Il n’existe peut-être aucun document précis à cet égard. M. Briquet de Genève, qui a dessiné environ 24 000 filigranes anciens, dans un grand nombre d’archives d’Europe, en a découvert un portant la date de 1282 ! Mais il ignore son origine.

Les plus anciens documents sur notre industrie en Lorraine ne semblent pas antérieurs au XVe siècle et se rapportent, croyons-nous, aux papeteries d’Arches et d’Archettes.

Les moulins à papier furent d’ailleurs prospères en cette province et Durival, dans sa Description de la Lorraine en 1778, cité par Lepage, le savant archiviste de Nancy, l’explique par l’abondance des matières premières « parce qu’on y consomme beaucoup de linge et que l’air et l’eau y sont favorables ».

Les moulins de la région de Nancy semblent n’apparaître que plus tard, bien qu’il en soit fait mention d’un à Frouard au XVe siècle. La papeterie de Bayon était la seule en activité au XVIe siècle, dans le département de la Meurthe. C’est celles des Vosges qui sont les plus anciennes comme les plus nombreuses.

Il est probable qu’un grand nombre de vieilles papeteries des environs de Nancy ont disparu, tandis que celles du pays de Saint-Dié et d’Epinal se sont développées et multipliées. Mais Lepage, qui a compulsé, vers 1850, tous les documents ayant trait à notre histoire, assure que ceux-ci « se bornent à des notes sommaires, éparses, çà et là, dans des registres, longs et fastidieux à compulser, à quelques ordonnances ou lettres patentes ».

Autour d’Arches et d’Epinal, on voit surgir de bonne heure les moulins à papier. Dès 1506, le duc Antoine accorde, par lettres patentes, à un certain Raulin, une pièce de terre à Uxegney « en ung lieu désert dit le Pré Pusel » pour y édifier une maison à l’usage de papeterie. Nicolas Courvisier, de Docelles, adresse en 1551, une requête à Christine de Danemark, duchesse douairière de Lorraine, pour obtenir la permission de « construyre, ériger et bastir une papellerie sur son propre héritage et vieil assensement séant on finaige de Docelle… sur la rivière de Voullongne (la Vologne) joindant une autre ancienne papellerie à lui appartenant ».

Trois ans plus tard, Nicolas de Vaudémont, administrateur du Duché, acensa à Goëry Mulnier le jeune d’Epinal une pièce de terre « près du ruz de Dinozel, ban et finaigre d’Arches, avec le cours dudit ruz » pour y ériger une papellerie. D’autres documents révèlent la création, en 1562, d’un moulin à papier à Docelles. Enfin, en l585, le duc Charles II permit à la veuve de René Bazoilles de restaurer une ancienne papellerie à Vraichamp, que nous retrouverons au XVIIIe siècle et qui existe encore aujourd’hui.

Vers la même époque, la création de l’Université de Pont-à-Mousson amena (1682) celle d’une papeterie aux environs de Jézainville, dont les produits étaient employés pour les Argumentabor. Nancy et Toul avaient aussi leurs moulins.

La Lorraine fut donc, de bonne heure, un centre important de fabrication et on remarque que les moulins s’établirent en grand nombre sur la Moselle et ses affluents ; mais ils étaient disséminés au hasard. La prospérité générale de la Lorraine sous Charles II explique le développement de l’industrie que les ordonnances ducales durent régler et protéger.

Les moulins à papier avaient chacun une vie propre et indépendante. Ils ressemblaient aux autres maisons de la campagne et furent souvent installés dans un moulin à grains. Au bord d’un cours d’eau, qui fait tourner une ou deux roues, s’élevait la fabrique, entourée d’un enclos et de quelques prés ou de champs.

C’est cet aspect que présentèrent, dès le XVe siècle, les papeteries d’Arches et d’Archettes. Il semble que ces trois papeteries aient eu une destinée commune. Elles étaient voisines l’une de l’autre et appartinrent de bonne heure au même propriétaire.

Les deux d’Archettes doivent avoir été créées les premières. L’une est désignée sous le nom d’Archettes l’Ancienne ou la Haute ; l’autre sous le nom d’Archettes la Neuve ou la Basse. Leurs roues ont tourné avec une régularité parfaite depuis leur fondation jusqu’à la fin du siècle dernier, quand la fabrication fut concentrée dans la seule usine d’Arches.

Les limites que nous nous sommes imposées pour la présente étude nous obligent à retracer très brièvement l’état civil de ces fabriques. L’indication de leurs propriétaires successifs, nous semble avoir un réel intérêt parce qu’elle nous montre quelle a été, au cours des siècles, l’augmentation de la valeur en argent d’établissements, dont l’importance est restée sensiblement la même jusqu’à la veille de la Révolution. A cet égard, les archives privées de la fabrique d’Arches présentent un intérêt de premier ordre.

Le plus vieux document qui fasse mention de la papeterie d’Archettes est le Compte rendu de la Recette d’Arches pour l’année 1492-1493. On y lit que « Marc, papellier, demeurant à Archettes, doit chacun an à nostre souverain seigneur (le duc René II de Lorraine) au terme de Sainct Martin, pour une papellerie qu’il a sur le ruy du dit Archettes vj gros » ; d’autre part, que « Allexys, genre (gendre) Collin, le papellier, demeurant à Archettes, doit chacun an audit terme de Sainct Martin, pour cause de la papellerie feu Collin Aubry, qu’il tient, une livre de cire ». Huit ans après, le nom de Marc est remplacé par celui d’Allexys. Il est donc probable que cet Allexys était devenu propriétaire des deux papeteries. Enfin, le compte du Domaine d’Epinal de 1506-1507 prouve que l’exploitation d’Archettes appartenait au possesseur de la papeterie d’Arches. « Marc, papellier d’Arches, doit chacun an, au terme de Noël, pour son moulin à papier, séant sur le ruy d’Arhettes, viij deniers ».

A partir de 1547, l’histoire de la papeterie est plus facile à suivre. C’est la date de l’acensement par Christine de Danemark et Nicolas de Lorraine, comte de Vaudémont, à Bastien Demangeon de la papellerie de Loys Bonnet, située sur le ruy de Raon, ban d’Arches, avec ses aisances et dépendances, moyennant 12 gros de cens annuel et perpétuel. Le moulin de Bastien Demangeon, « tournant à deux roues », passe aux mains de Jean Saunier de Ste-Marie-aux-Mines, puis à Gérard Cellier, marchand du même lieu, qui cède Arches en 1580 à Simon de Moyeulle, papellier et bourgeois d’Epinal, moyennant 1.500 fr., « monnaie, de Lorraine, douzes gros comptez pour chacun fran et de laquelle somme ledict vendeur s’en a tenu contant ». Le moulin a deux roues et sans doute deux cuves, qu’il gardera pendant les deux siècles suivants. A partir de cette époque, nous connaissons l’importance de la fabrique, qui ne s’augmentera peu à peu que de quelques pièces de terres et de prés.

D’après la consciencieuse étude de M. Lucien Wiener sur les filigranes des papiers Lorrains, nos papeteries auraient eu pour propriétaire, vers 1580, un nommé Demenge, qui obtint du duc Charles III, le privilège d’une marque spéciale formée de deux C opposés et couronnés, que l’on retrouve jusqu’au commencement du XIXe siècle dans de nombreux filigranes lorrains. M. Wiener a découvert dans les archives de Meurthe-et-Moselle un rapport des présidents (1613) pour le fils Demenge Aulbert, gruyer d’Arches, qui se plaint au duc Henri que « certains marchands d’Epinal et autres du baillage d’Allemagne » ont contrefait la marque du double C, qui constituait le privilège accordé à son père.

Le malin papetier demandait au duc, dans sa requête, de défendre aux fabricants du duché, l’emploi de ce filigrane et il en profitait pour solliciter l’autorisation d’adopter, comme marque de fabrique nouvelle, un H couronné, c’est-à-dire le monogramme du duc. Mais il nous paraît difficile d’admettre que la papeterie de Demenge soit celle qui nous intéresse.

Le document, reproduit par notre auteur, porte en effet que la permission accordée à Demenge père consistait à ériger une papeterie sur la Vologne « fluante entre Docelle et Cheniménil », c’est-à-dire à plusieurs kilomètres en amont d’Arches. Nous serions porté à croire qu’il s’agit de la papeterie du grand Meix ou de Lana, commune de Docelles. Cette papeterie, d’après M. Lepage, aurait été acensée, dès 1477, à Berthemin Anthoine et Jean Roselle frères.

Un texte joint aux acquits du compte du receveur d’Epinal intitulé Reprinse de l’impost des papelleries pour l’an 1644 est intéressant en ce qu’il montre combien les guerres dont la Lorraine était le théâtre avaient ralenti l’industrie.

Nous y lisons :
« Le dix-neufième décembre 1643, plusieurs Maîtres papelliers et entr’autres Nicolas Vaultrin pour la cause de la papellerie d’Arches…, advertis et interpellés suivant l’ancienneté par les officiers du domaine d’Epinal que les impotz du papier estaient à laisser à qui plus les auraient reprins et mis en dernière monte à la somme de soixante francs, ce qui leur a été laissé et écheu en considération du peu de papier qui se fassonne de présent ès dictes papelleries qu’à ceste occasion ne travaillent la moictié de l’année pour n’en avoir la distribution au cause des guerres régnantes ».

En un siècle, la valeur des immeubles industriels augmenta dans une notable proportion.

Nous voyons en effet qu’en 1696, Nicolas Misson, propriétaire d’Arches, avait vendu son moulin, avec tout son outillage, moyennant 5.500 francs barrois, soit 2.357 livres 2 sols neuf deniers tournois à Jean Le Clerc et à Claudinette Gégoult, sa femme. Les parties s’étant réservé la faculté de résilier le contrat, Nicolas Misson reprit l’année suivante son moulin. Puis, en 1698 (sans doute à la mort du papetier), ses deux filles : Liégère, mariée à Blaise de la Porte, laboureur à Arches, et Jeanne Marie, épouse de Claude Vaultrin, papetier à Docelles, vendaient chacune leur moitié de la fabrique à Jacques Vanesson de Remiremont et à sa femme, née Barbe Thouvenel, moyennant 6.100 francs de Lorraine, ce qui devait faire environ 3.000 livres.

Pendant un tiers de siècle, la papeterie resta aux mains de Jacques Vanesson, qui fut maire de Remiremont, et à celles de sa femme. Devenue veuve en 1734, elle la vendit à son fils Etienne et à son gendre Jean-Robert Jacquel, « ancien receveur des finances de son Altesse Royale à Remiremont », au prix de 16 000 francs de Lorraine !

Le terrier de 1756 mentionne que le sieur Gérard, aux droits du sieur Claude Vanesson, tient la papeterie Louis Bonnet sur le ruisseau de Raon, et paie pour le cours d’eau au Roi seul un franc. Ce Gérard est certainement celui qui figure sur un très beau filigrane de papier, fabriqué à Archettes et reproduit dans l’étude de M. Wiener, où il est indiqué comme marchand à Nancy. Son successeur fut un sieur Gupers, de la même ville.

Ce sont ses héritiers, qui exploitaient en société, qui vendirent les papeteries d’Arches et Archettes à Beaumarchais, par l’intermédiaire de Jean François Letellier, sur lequel nous aurons à revenir.

Cette vente se fit par deux contrats, l’un du 14 juillet, l’autre du 10 septembre 1779. Par le premier, les héritiers Cupers : Jean François Harnepont, négociant et premier juge-consul de Lorraine et Barrois à Nancy ; Marguerite Cupers, épouse de Jean François Coster, avocat au parlement, premier commis des finances pour l’administration de la Corse, résidant à Versailles et Claude Cupers, fils aîné, marchand à Nancy, cédèrent à Letellier les cinq sixièmes des trois papeteries. Le dernier sixième appartenait aux enfants mineurs d’une autre fille Cupers prédécédée. La vente en fut faite à Letellier, par leur père, le sieur Riolle, maire royal de Pont-à-Mousson.

La totalité de l’exploitation passait donc à Beaumarchais pour la somme de 32.000 livres. C’est là qu’il allait fabriquer la plus grande partie du papier nécessaire à sa fameuse édition du Voltaire de Kehl. Les vendeurs avaient eu soin d’exiger la caution du banquier parisien de l’entreprise : Cantini. Mais ce fut une garantie bien illusoire, car un tiers seulement du prix fut versé aux vendeurs !

Les 32.000 livres formaient une somme importante pour les trois papeteries, dans lesquelles Beaumarchais allait faire de nombreuses améliorations. Mais toutes les dépendances, les cuves, les pâtes, les drilles, colles, vitriols, aluns et papiers manufacturés étaient compris dans ce prix, ainsi que le logement des ouvriers. Il était en outre expressément stipulé que l’acquéreur serait « tenu de maintenir tous les traités faits avec les dites usines, en sorte que les vendeurs ne puissent être inquiétés, ni recherchés à cet égard ».

Voici comment Beaumarchais avait fixé son choix sur nos papeteries. Il avait chargé un maître papetier de Rouen : Subito l’aîné, de faire une « tournée en Lorraine, Alsace et Champagne » et de lui rédiger un rapport sur tous les moulins en exploitation.

Subito raconte ainsi sa visite à Arches : « Arches et Archettes. Deux papeteries distantes de un quart de lieue l’une de l’autre et partagées de la Moselle. Elles appartiennent à une société très riche et aisée, qui n’épargne ni soins ni dépenses pour en tirer le meilleur parti, mais elles n’ont jamais été aidées d’aucun homme instruit, pas même un manouvrier contremaître. C’est une espèce de République, dans laquelle chacun s’est choisi et conservé son département. Chacun a de l’ambition en corps et en particulier, et si on n’y a pas mieux fait, c’est que les ouvriers eux-mêmes ne savent pas mieux ». Subito remarque l’exceptionnelle qualité des eaux. À Arches, dit-il, l’eau est « très vive et argentée. ». L’un des moulins d’Archettes est alimenté par une eau de source assez abondante, mais elle « est trop crue et n’est pas assez élaborée ».

Dans l’autre, il n’y a pas de source, mais on pourrait « s’en procurer une très belle et bien préférable à la première ». Puis il entre dans des détails sur l’état des papeteries, avec une précision d’homme du métier, qui sent tout le parti qu’on pourrait tirer d’une exploitation rationnelle et expérimentée.

La construction des machines est généralement « médiocre », les maillets ne vont pas assez vite, l’eau pourrait être beaucoup mieux utilisée. Il faudrait bâtir un magasin pour les chiffons, construire des pourrissoirs larges et bien aérés, organiser le lavoir et le « dégorgeoir ». A ces conditions, conclut l’auteur du rapport, la « Compagnie » pourrait faire de beaux papiers.

Subito donne son appréciation sur la manière dont les ouvriers d’Arches et d’Archettes fabriquaient. C’est sans nul doute sur les conseils de Subito que Beaumarchais acheta les trois papeteries.

Nous ne croyons pas trop nous écarter de notre sujet, en disant quelques mots de la gigantesque entreprise que fut la publication du Voltaire de Kehl. Son histoire serait un chapitre curieux de la vie de Beaumarchais. Il s’y montre comme un brasseur d’affaires d’une étonnante activité. Bien que ses Mémoires soient remplis de ses aventures, son odyssée en Espagne, ses interminables procès, l’histoire de ses fournitures d’armes pour l’Amérique, ils restent muets sur son rôle d’éditeur de Voltaire, qui dura plus de dix ans. Dans une lettre de juillet 1779, qui répondait à une question que lui posait Letellier, alors en Angleterre, il déclare qu’il entend publier tous les manuscrits de Voltaire, sans en rien omettre. C’est une condition, dit-il, de leur acquisition. Sa réponse est d’un style dithyrambique qui fait sourire.

La préparation de l’entreprise exigea des soins infinis. Il fallait réunir des capitaux, se procurer tous les manuscrits du philosophe, trouver le matériel de typographie, s’assurer la fourniture du papier, établir l’imprimerie en lieu sûr, pour éviter toutes difficultés avec le clergé et le parlement, enfin trouver des souscriptions dans tous les pays d’Europe.

A ce moment, la moitié des oeuvres de Voltaire était prohibée. On les publiait sous le manteau et de temps en temps, on confisquait les volumes.

Beaumarchais constitua la « Société littéraire et typographique » dont le domicile élu était chez le banquier Cantini, rue Vieille-du-Temple, et prit le titre modeste de « Chargé de la correspondance générale de l’entreprise », dont il semble avoir été à peu près le seul membre. Les bailleurs de fonds restèrent anonymes.

La plus grande partie des manuscrits de Voltaire appartenaient à Panckoucke qui les avait achetés à sa nièce, Mme Denis, et à son ancien secrétaire à Ferney, Wagnière. Mais celui-ci en avait conservé un certain nombre, qui, d’après Beaumarchais, devait représenter environ six volumes. Gudin de la Brénellerie prétend que Catherine II avait offert à Panckoucke d’imprimer à Strasbourg une édition complète de Voltaire. Ce projet n’eut pas de suite et c’est Beaumarchais qui le reprit.

D’après la correspondance de la « Société », l’achat des manuscrits aurait coûté environ 100.000 écus. Le fameux éditeur anglais, John Baskerville, mort peu d’années auparavant, avait laissé un matériel d’imprimerie considérable, réputé dans le monde entier. Beaumarchais résolut de l’acheter. Il négocia avec la veuve de Baskerville, envoya des agents à Londres, qui firent habilement traîner les négociations. La Société paya 3.700 livres sterling pour les poinçons, matrices et moules pour la fonte des caractères, les procédés secrets pour la trempe de l’acier, le lissage des papiers, après l’impression, en un mot tout le matériel. Les presses de l’éditeur avaient un tel renom que l’Université d’Oxford s’émut en les voyant sortir d’Angleterre et rechercha « les autres restes du célèbre artiste ».

D’ailleurs, Voltaire avait eu la même pensée que Beaumarchais, et était entré naguère en pourparlers avec Baskerville pour lui confier le soin d’éditer ses oeuvres complètes.

Cependant, le matériel de Baskerville semble insuffisant à Beaumarchais. Il envoie des agents dans différents pays pour acheter des instruments et du papier. Ils acquièrent ainsi, à Birmingham, deux presses montées et traitent des fournitures de papier. Un contrat fut passé avec la maison des de Montgolfier à Annonay. Letellier se procure des formes à Angoulême pour équiper Arches et Archettes. Des presses sont achetées dans le même but à Saarbruck.

Mais c’est surtout avec les maîtres papetiers des Vosges et d’Alsace que les marchés les plus importants furent passés. Nicolas Krantz à Vraichamp, et Vaissière, à Docelles, s’engagent le 1er juillet 1779, par l’intermédiaire de Subito, à fournir pendant deux ans, l’un 2.000 rames, chaque année, l’autre 1.000 rames, du poids de vingt livres, à raison de douze livres lorraines l’une, prises aux fabriques.

Des marchés analogues furent faits avec Voltrinot, papetier à Ste-Marie-aux-Mines, la Veuve Mayer de Châtenoy, près Schlestadt, Colombel et Sherts de Strasbourg.

La publication complète de Voltaire, qui devait être suivie de celle de « tous les écrivains célèbres qui auront bien mérité de leur siècle », était impossible en France. Beaumarchais avait d’abord jeté les yeux sur la ville de Deux-Ponts, qui présentait une entière sécurité à cause de son « prince philosophe ». Il se décida enfin pour Kehl, qui était sous l’autorité du Margrave de Bade, possesseur d’un vieux fort, qu’il mit à la disposition de Beaumarchais. Il insista pour que celui-ci supprimât certains passages de Voltaire ; mais Beaumarchais s’y refusa et le Margrave finit par céder.

L’organisation matérielle de l’entreprise se fit avec une merveilleuse rapidité. Dès le début, Letellier dirigea l’imprimerie de Kehl. Beaumarchais l’avait présenté à ses correspondants comme son alter ego et lui avait confié la signature de la Société. Il semblait l’avoir séduit par son activité et son sens des affaires. Mais la brouille ne tarda pas à naître, puis un procès. Letellier dépensait follement les deniers de la Société !

Sous le prétexte de raisons de santé, Beaumarchais le remplaça par Gilbert de la Hogue, écuyer, capitaine de Dragons, ancien commissaire du Roi à St-Domingue. Même dans sa correspondance purement commerciale, l’auteur du Mariage de Figaro restait écrivain, et, quand de la Hogue prit possession de son nouvel emploi, Beaumarchais adressa une lettre, d’allure toute littéraire à « tous les chefs de travaux et autres dignes sujets de rétablissement de Kehl » pour leur recommander de rester les fidèles et obéissants serviteurs du capitaine de Dragons « son associé et son ami ».

Un grand nombre d’écrivains et de philosophes s’honorèrent de prêter leur concours au succès du Voltaire : d’Alembert, Sicard, Marmontel, l’abbé Morellet. Condorcet, d’après de Loménie, rédigea les notes et les commentaires les plus importants et Maurepas, au dire de Gudin, avait promis sa protection. Beaumarchais sut intéresser à son entreprise Frédéric de Prusse, Catherine II, le roi de Suède. Il écrivit (27 juin 1779) à lord Shelburn pour lui demander d’entrer dans son association.

Lorsque ces concours lui furent acquis, il s’occupa de trouver des libraires et des négociants dans presque tous les pays d’Europe, pour recruter des souscripteurs. Il adressa, à plus de cinquante correspondants, une circulaire qui n’est pas exempte d’une certaine emphase. Il leur offrait une commission de 10 % sur les souscriptions. Cette circulaire était accompagnée d’un prospectus, qu’il avait fait imprimer à Birmingham. Le prix de l’ouvrage, qui devait comprendre soixante-dix volumes in-8°, était de 350 livres. Pour augmenter le nombre des souscripteurs, Letellier organisa, au nom de la Société, une loterie à Strasbourg. Des primes, des médailles furent offertes. Les gazettes complétèrent cette habile publicité, qui coûta, dans son ensemble, deux cent mille livres.

Depuis la fondation de la Société jusqu’en 1787, Beaumarchais avoue qu’il a dépensé 2.230.000 livres et que, quand les derniers volumes seront imprimés, la Société aura engagé environ 2.400.000 livres !

Mais Maurepas mourut en 1781 et Beaumarchais eut à lutter contre les redoutables attaques du clergé et du parlement. Il fut souvent à court d’argent ; les travaux d’impression souffraient de longs retards et les souscripteurs qui avaient versé s’impatientaient.

La Société littéraire et typographique fut dissoute en 1790, après avoir englouti des sommes considérables. Malgré les dires de Beaumarchais, qui prétendait trouver 6.000 souscripteurs, il est probable qu’il n’en put réunir à grand’peine que deux mille ! Son ingéniosité était extrême pour se procurer des fonds. Il aurait fait tirer un exemplaire de son Voltaire sur papier teinté de vert pour le vendre à Frédéric II, alors très âgé et dont les yeux étaient fatigués. On dit qu’il fit imprimer un autre exemplaire sur papier particulièrement fin, avec une re- liure somptueuse, destiné à Catherine. Mais celle-ci ne dut pas l’acquérir et, après de nombreuses vicissitudes, il fut acheté 20.000 francs par l’impératrice Eugénie, qui l’offrit à l’Empereur. Au 4 septembre, il fut, paraît-il, transporté à la bibliothèque du Louvre et brûlé en 1871.

Beaumarchais avait fait d’Arches et d’Archettes le centre de la fabrication du papier. A notre connaissance, la Société littéraire ne posséda que ces trois établissements avec un autre moulin à Plombières. En 1786-1787, elle entra en pourparlers pour l’acquisition d’un autre moulin, mais les conditions semblèrent trop onéreuses et le projet fut abandonné. Ses ressources commençaient à s’épuiser et Beaumarchais donna, en 1788, pouvoir à de la Hogue pour vendre la papeterie de Plombières, même au prix de 18.000 francs. Celle-ci existe encore. Elle possède une seule cuve et elle est exploitée par le propriétaire lui-même, M. La Hache, sa femme et ses enfants, sans le concours d’aucun ouvrier salarié. C’est un exemple aussi rare qu’intéressant, dans l’industrie papetière au commencement de notre siècle.

A mesure qu’augmentait l’activité des papeteries d’Arches et d’Archettes, leur propriétaire acquit quelques prés, pour arrondir leurs dépendances. Letellier reconnut par acte notarié, en 1784, que c’est pour le compte et avec les propres deniers de Beaumarchais qu’il avait acheté, cinq ans plus tôt, les établissements d’Arches et d’Archettes. Puis, le nom de Beaumarchais fait place à la raison sociale « Société littéraire et typographique » au nom de qui furent passés plusieurs autres contrats.

Letellier, tout en dirigeant les travaux de Kehl, surveillait la fabrique d’Arches jusqu’au moment où il se fâcha avec Beaumarchais. Celui-ci y installa alors un jeune gérant du nom d’André, qui semble avoir été un chef médiocre. Vaissière, le fournisseur de Docelles, devait l’aider de ses conseils et de son expérience ; mais le gérant se garda d’en tenir compte. Dans sa correspondance, André a soin d’indiquer à la Société littéraire les progrès de la fabrication, qui, par sa faute, laisse cependant à désirer et Beaumarchais lui reproche, sur un ton paternel d’abord, puis avec sévérité, de ne pas consulter Vaissière et d’en faire à sa tête. Toujours affairé, Beaumarchais ne pouvait venir à Arches aussi souvent qu’il le désirait. L’oeil du maître y était cependant nécessaire.

Dans tous les moulins de la région, les crues de la Moselle et de ses affluents, surtout la Vologne, interrompaient fréquemment le travail. Les eaux troublées et violentes envahissaient les fabriques et les ouvriers de nos papeteries avaient fort à faire pour arrêter l’inondation, construire des barrages et des talus. Beaumarchais, dans une lettre à Vaissière, lui dit tous ses regrets de ne pouvoir se rendre en Lorraine, pour remédier à un tel état de choses « qui est si préjudiciable à la fabrication ».

André fut remplacé, en 1785, sans doute à cause de son incapacité, par un certain Feydel. Mais Beaumarchais n’avait pas eu la main plus heureuse dans le choix de ce second gérant.

Feydel lui donna de nouveaux sujets d’inquiétude. Il avait la manie de la persécution et écrivait à son patron qu’il était menacé d’empoisonnement. Aussi de la Hogue, qui dirigeait maintenant les presses de Kehl, ainsi que nous l’avons vu, fut chargé de surveiller lui-même la fabrication d’Arches, dont le troisième gérant choisi par Beaumarchais fut De la Garde, dont la mère dirigeait la fabrique de papier de Courtalin (1786).

L’activité de nos trois moulins n’était pas entièrement consacrée à l’alimentation de Kehl et fabriquait, en outre, pour l’étranger, des papiers à tapisser et pour écrire.

Mais bientôt les affaires de la Société périclitaient et Beaumarchais résolut, en 1788, d’abandonner les papeteries d’Arches et d’Archettes, dont l’équipement lui avait coûté de si lourds sacrifices. Ce fut de la Hogue qui les céda, au prix de 50.000 livres, aux frères Claude et Léopold Desgranges, négociants à Luxeuil. Gilbert de la Hogue prend dans l’acte de vente le titre de Directeur associé de Beaumarchais pour l’établissement de Kehl et ses dépendances. Ce document, qui appartient aux Archives privées de la fabrique d’Arches, contient la ratification et la signature de Beaumarchais, datée, à Paris, du 4 février 1789. Malgré le maniement d’argent considérable de sa Société, Beaumarchais n’avait versé qu’un tiers du prix à ses vendeurs.

Aussi, les frères Desgranges durent-ils payer les 24.000 livres restant dues aux héritiers Cupers, les prédécesseurs de Beaumarchais. Le contrat montre qu’encore à cette époque, les ouvriers papetiers étaient logés dans les dépendances des fabriques.

Les frères Desgranges vendirent, en 1790, pour 20.838 livres, un tiers de leurs usines à Denis Couad, négociant à Paris, qui devint directeur et associé. C’est depuis cette époque qu’elles restèrent dans la famille du propriétaire actuel. En l’an IX, Léopold Desgranges acheta à son frère sa part. Trois ans après, les époux Couad vendirent leur tiers 39.506 francs à un imprimeur d’Epinal, Hoener, qui, à son tour, recéda cette part à Léopold Desgranges. Ce Hoener doit être le même que celui qui exploitait, en 1789, d’après M. Wiener, une papeterie à Champigneulle.

En 1788, Couad fit un procès à Hoener au sujet de cette vente. Celui-ci devenait donc ainsi l’unique propriétaire. En l’an II, les frères Desgranges faisaient exploiter la papeterie de Plombières, qui possédait deux cuves et occupait 14 ouvriers, 21 femmes et 23 enfants. On y fabriquait les papiers fins et superfins, qui se vendaient à Paris, Strasbourg, Metz et Nancy. Ils avaient aussi une papeterie à St-Bresson, près Luxeuil, pour la fabrication du timbre. 76 ouvriers et ouvrières y étaient occupés.

Les copies de lettres montrent quels jours difficiles eurent à traverser les papeteries d’Arches et d’Archettes, surtout en 1814-1815 alors que les Vosges étaient envahies par les alliés. Une grande partie des fabriques de la région durent arrêter tout travail pendant de longs mois. Les communications étaient interrompues, les correspondances interceptées et les ouvriers, par suite des levées d’hommes, avaient abandonné les ateliers. Ceux qui restaient attendirent, pendant quatre mois, que le patron pût les payer. Le pain valait 8 francs la livre !

Dans une lettre à un correspondant de Thann (12 mai 1814), Léopold Desgranges fait un tableau lamentable de sa situation. « 1700 Cosaques, dit-il, de la plus mauvaise espèce, ont campé et séjourné dans ma commune pendant deux semaines. 250 étaient établis dans ma manufacture, avec autant de chevaux et 6 dans ma maison d’habitation. Tout y a été foulé aux pieds des chevaux, pillé, brisé et nulle part, il n’y a eu d’exemple d’une semblable dévastation.

Les dégâts et les pertes, qui s’en sont suivis, ont été constatés et évalués à 45.000 francs. Les suites de cette énorme perte sont incalculables. Les cruches de notre acide muriatique des deux dernières années, qui étaient encore pleines, ont été brisées. Cela a produit un effet qui a rempli de rage ces hommes forcenés ».

Ces derniers événements avaient mis le comble aux infortunes du malheureux papetier, dont la situation pécuniaire était difficile depuis plusieurs années, comme nous allons le voir. Ce fut par des prodiges d’économie et de travail qu’il put remettre ses affaires à flot.

Des papeteries d’Arches et d’Archettes, étaient sortis les papiers destinés au célèbre ouvrage de la Description de l’Egypte, commandé par Napoléon. Il résulte des comptes conservés à l’Imprimerie Nationale, où fut imprimé l’ouvrage, que de 1807 à 1823, nos papeteries lui fournirent environ deux millions de feuilles de papier, d’une qualité exceptionnelle en grand Aigle, Jésus, Velin et Ecu verjuré. C’est Jomard, le commissaire du gouvernement près de la Commission d’Egypte, et en réalité, le secrétaire général de la publication, qui avait préparé les traités de fourniture.

Ils furent signés par Lancret et réglaient minutieusement les multiples conditions que devait remplir le papier. C’est à la suite d’un concours et en considération de la « moralité » de Léopold Desgranges et de la supériorité de ses produits, que la fourniture lui avait été confiée en 1806. On reconnut « qu’ils rivalisent s’ils ne surpassent ce qui se fait de mieux en Angleterre ». En outre, le fabricant acceptait de ne toucher ses factures que quatre mois après livraison. Si le choix du gouvernement était flatteur pour les papeteries d’Arches et d’Archettes, il devint bientôt onéreux et causa de cruels mécomptes à leur propriétaire.

Léopold Desgranges avait soumissionné, malgré la hausse des salaires, à des prix trop réduits et il avait dû se procurer un matériel spécial pour des papiers de cinquante et un pouces ! Il fit, en 1808, la demande d’un secours de 150.000 francs sur les crédits affectés aux encouragements aux manufactures. Ce secours ne put lui être accordé et il dut faire, trois ans après, une nouvelle demande de 100.000 francs, qui ne fut pas mieux accueillie.

Les appuis ne lui avaient cependant pas manqué. Le préfet des Vosges écrivit au ministre que, tandis que « les beaux papiers de Johannot et Montgolfier se vendent vingt et un sols la livre, on recherche ceux d’Arches à vingt-six sols. Il ne se fabrique nulle part de papiers aussi grands ». Les membres de la Commission avaient également recommandé le fabricant.

Leur lettre porte la signature de Berthollet et de Monge. Léopold Desgranges avait des connaissances étendues sur la situation générale économique de l’industrie papetière. Sa seconde demande de subvention était accompagnée d’Observations sur l’importance et la situation actuelle des fabriques de papiers dans l’Empire français. Dans ce substantiel mémoire, il montrait que l’avilissement des prix du papier, ruineux pour l’industrie, était dû au cours trop réduit que l’Imprimerie impériale imposait à ses fournisseurs et qui avait sa répercussion dans toute l’industrie. Il proposait que cette administration fit de nouvelles enchères et accordât une prime de 1 fr. 50 aux maîtres papetiers, qui travaillaient pour elle. Il montrait que les matières premières, évaluées à huit ou dix millions, étaient plus que suffisantes pour la fabrication et qu’il y aurait intérêt à faciliter leur exportation.

Le Bureau consultatif des arts et manufactures examina le rapport de Desgranges, mais son avis que signèrent Thénard et Gay Lussac ne fut pas favorable.

Pendant les dernières années de l’empire, on dut interrompre l’impression de la Description de l’Egypte, ce qui causa de nouvelles pertes au fabricant. La Commission comptait payer le papetier avec le produit des souscriptions. C’est ainsi que Beaumarchais avait opéré, trente ans auparavant, et le résultat ne fut pas plus brillant.

La Commission dépendait du ministre de l’Intérieur, l’Imprimerie impériale de celui de la Justice. Les comptes furent difficiles et longs à régler, même entre ces deux départements ; ils ne furent clos qu’en 1835 et encore par la remise de quatre exemplaires de l’ouvrage au ministère de la Justice, ainsi que cela résulte d’une lettre de Thiers au garde des sceaux.

Le fabricant dut attendre longtemps le paiement de ses fournitures. Les papiers n’étaient imprimés que plusieurs années après leur livraison. Ils étaient déposés dans les magasins de l’Imprimerie impériale et souvent s’y altéraient. Les retards dans l’impression des derniers volumes provenaient du peu d’empressement des collaborateurs de la Description de l’Egypte à remettre leurs mémoires.

En 1820, bien que la première édition ne fût point achevée, le ministre de l’Intérieur concéda à Ch. L. Fleury Panckoucke, fils du contemporain de Beaumarchais, le droit de faire une seconde édition de l’ouvrage. Certaines conditions sont intéressantes à noter. Le texte devait être semblable à celui de la première édition, mais l’éditeur était obligé d’en retrancher les passages où Bonaparte était représenté comme chef du gouvernement.

A la mort de Léopold Desgranges, son fils Aimé et sa fille Louise-Sophie, épouse de Jean-Charles Lebon, conseiller à la Cour de Colmar, vendirent, moyennant 70.000 francs, la totalité des établissements d’Arches et d’Archettes à Denis Couad, alors propriétaire à Epinal, qui les exploita jusqu’à sa mort, en 1833.

Vers la même époque, Arches et Archettes écoulaient une partie de leurs produits à Munich et à Stuttgard et fournissaient le papier de l’imagerie d’Epinal, qui, depuis plus d’un siècle, est la propriété de la famille Pellerin. Les copies de lettres d’Arches montrent que les relations commerciales des deux maisons étaient importantes.

Il ne nous reste plus qu’à ajouter un mot pour montrer comment nos établissements devinrent la propriété de M. Jules Perrigot, le fabricant actuel. A la mort de Denis Couad, ils passèrent aux mains de son petit-fils, M. Auguste Morel, qui s’associa successivement M. Bercioux et M. Masure, beau-père de M. Perrigot.

A partir de 1860, une nouvelle ère de prospérité commença pour la maison. On y fabriquait exclusivement du papier timbré. La vieille papeterie du Rupt de Raon était souvent inondée et trop exiguë. M. Morel se décida à construire une nouvelle usine sur le même cours d’eau, un peu en amont de l’ancienne.

Les deux moulins d’Archettes continuèrent cependant à tourner. Mais l’exploitation dans trois bâtiments, éloignés l’un de l’autre, était incommode. La nouvelle usine finit par absorber toute l’activité industrielle. Archettes la Basse fut abandonnée en 1870 ; Archettes la Haute en 1891. C’est l’usine d’Arches qui est seule exploitée aujourd’hui. Une partie des constructions primitives est encore debout. La vieille chiffonnerie est toujours en usage, ainsi qu’un ancien édifice dont l’architecture avec ses contreforts et ses pignons rappelle le XVIe siècle.


Archive pour novembre, 2011

Le centre international d’art verrier de Meisenthal (57)

Blason MeisenthalBoules en verre de Meisenthal

 

Les somptueuses boules de Noël

Symbole de la décoration du traditionnel sapin de Noël, les boules en verre seraient originaires de Meisenthal.

La légende dit en effet qu’en 1858, la nature fut avare. La grande sécheresse priva la région de fruits, et à cette époque, on décorait l’arbre de Noël avec des pommes de pin, des noix, des pommes, des noisettes. Le sapin de Noël n’eut donc parure qui vaille. Un souffleur de verre inspiré tenta de compenser cette injustice en soufflant quelques boules en verre. Il déclencha à lui seul une tradition qui traversa les cultures… et les siècles…

Le centre international d’art verrier perpétue cette magnifique tradition. Alors pas d’hésitation !!!

Centre international d’art verrier
Place Robert Schumann
57960 MEISENTHAL

Le savoir-faire lorrain rayonne par-delà les frontières !!!

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Vous pourrez découvrir l’histoire de la fabrication des boules de Noël argentées sur le site du centre d’art verrier. Je vous propose quant à moi de découvrir l’historique et les techniques des verreries de Goetzenbruck et de Meisenthal à l’époque de la fabrication de verres de montres exportés à travers le monde.

D’après un article paru dans le « Journal des Mines » – An XI

La verrerie de Goetzenbruck, située à un demi-myriamètre de la verrerie de Saint-Louis, a été établie en 1721. Elle n’était d’abord composée que de quatre maîtres verriers. Cette colonie industrieuse s’est étendue au point de former un village considérable où les travaux de l’usine répandent, par année, plus de quarante mille francs. La principale fabrication de la verrerie de Goetzenbruck, consiste en verres de montre ; il s’en exporte au moins deux cent mille douzaines par année, qui se répandent dans les quatre parties du monde.

La verrerie de Meysenthal a été établie en 1702. Cette usine a été partagée, ainsi que la précédente, entre un grand nombre de propriétaires par l’effet des successions, et les habitations se sont multipliées autour d’elle. On fabrique à Meysenthal de la gobleterie commune, des verres de montre et de pendule. Cette dernière fabrication s’y exécute par un procédé différent de celui des autres verreries du département.

A Munzthal et à Goetzenbruck, pour faire des verres de montre, on souffle d’abord des bouteilles sphériques. Ensuite, on divise chaque sphère en cinq segmens ou calottes , par le moyen d’un fer chaud, que l’on fait circuler autour d’un pareil verre , déjà fait et appliqué sur la sphère pour servir de modèle et de guide à l’instrument.

A Meysenthal, l’ouvrier fait des bouteilles en forme de champignon, et pour cela il souffle une bouteille ordinaire, qu’il oblige à s’affaisser un peu, par un coup de main donné adroitement au tube qui la soutient, pendant que le verre est encore rouge. Les bouteilles ayant cette forme, on les laisse refroidir graduellement, et on les présente, par la partie bombée, à l’ouverture circulaire d’un fer chaud. Dès que le cercle de la partie bombée a éprouvé le contact du fer chaud, l’ouvrier présente la bouteille à une plaque de fer froid, et à l’instant il se détache un verre de montre du même diamètre que l’ouverture du fer chaud : cette méthode est très expéditive. Un enfant peut travailler ainsi des deux mains, et dans une heure détacher plus de mille verres, soit de montre, soit de pendule, et de dimensions quelconques. Mais elle a l’inconvénient de dépenser beaucoup de verres qu’il faut refondre pour l’employer de nouveau. De là, une perte de temps et de combustible.

Les cartes à jouer à Metz

Cartes

Il était une fois …

Extraits d’un article paru dans l’Annuaire de la Société d’Histoire et d’Archéologie Lorraine en 1926.

L’origine des cartes à jouer a toujours préoccupé les savants, parce qu’elle se rattache, non seulement à l’histoire des mœurs, mais encore à l’invention du papier, de la gravure et de l’imprimerie. Les uns attribuent leur invention aux Chinois, aux Lydiens, ou aux Egyptiens. Les autres prétendent qu’elles ont pris naissance, soit en Allemagne, soit en Italie, soit en Espagne. Nous nous occuperons plus particulièrement de leur introduction et de leur propagation en France.

Dans un compte de l’argentier Poupart, conservé autrefois dans les archives de la chambre des comptes de Paris, on lisait sous l’année 1392 : « Donné à Jacquemin Gringonner, peintre, pour trois jeux de cartes à or et à diverses figures, ornés de plusieurs devises, pour porter devant le seigneur roi, pour son esbattement, 50 sols parisis ».

Il n’y a pas d’amphibologie possible, on peint des jeux de cartes en France en l’an 1392. Puis ces jeux, qui ne semblaient d’abord destinés qu’à l’ébattement de Charles VI en démence, sont bientôt si répandus parmi la bourgeoisie, et même le peuple de Paris, que le prévôt de la capitale, dans une ordonnance du 22 janvier 1397, fait défense aux gens de métier de jouer à la paume, à la boule, aux dés, aux cartes et aux quilles, excepté les jours de fête.

C’est au règne de Charles VII (1422 – 1461), que se rapporte l’invention des cartes modernes, dites cartes françaises. On dit que le brave Lahire, ou un servant d’armes qui s’est personnifié dans l’image du valet de trèfle, réforma le jeu dit de Charles VI, de manière à lui donner l’apparence d’un jeu militaire.

Il y eut quatre couleurs : – Le trèfle, figurant la garde d’une épée – Le carreau, le fer carré d’une grosse flèche – Le pique, la lance d’une pertuisane – Le cœur, la pointe d’un trait d’arbalète.
Les as, nom d’une monnaie romaine, signifiaient l’argent pour la paye des troupes.
Les quatre Rois : David, Alexandre, César et Charles, représentaient les quatre grandes monarchies.
Les quatre Dames représentaient les quatre manières de régner par la piété, la liberté, la sagesse et le droit de naissance, figurées par Judith, Pallas, Rachel et Argine.
Les quatre Valets ou 
varlets représentaient la noblesse de France : Hector, père de Francus – Ogier, le Danois, l’un des pairs de Charlemagne – Lancelot, l’un des héros des romans de la Table Ronde, et Lahire, le plus brave capitaine de Charles VII.
Une compagnie de soldats, numérotés de deux à dix, fut rangée sous chaque couleur. On a donné d’autres significations à ces cartes, au nombre de 52. C’est alors aussi, que fut inventé le jeu de piquet, peut-être imité de l’allemand, le lansquenet.

Les cartes étaient d’abord enluminées, et coûtaient fort cher, mais la gravure sur bois, découverte entre 1420 et 1430, permit de reproduire à l’infini une empreinte grossière. Aussi a-t-on pu dire que les cartes à jouer conduisirent à l’invention de l’imprimerie.

Les tailleurs de forme imprimaient ces cartes en noir sur du papier, puis les peintres de cartes se chargeaient de les enluminer. Plus tard, on les coloriait au moyen de patrons découpés pour chaque couleur, procédé en usage chez les imagiers.

A partir du XVe siècle, les cartes à jouer furent répandues par toute l’Europe. A Metz, on jouait aux cartes en 1441, la Chronique de Praillon en parle comme d’une chose accoutumée dans le peuple : « Le vingt troisième jour dudit mois (septembre 1441), ung soldoieur de Mets, nommé le Gouverneur, en juant aux cartes, tua un aultre soldoieur nommé Forquignon, qui estoit son compaignon d’armes… ».

Depuis le milieu du XVe siècle en France, les cartes sont toujours comprises avec les dés, parmi les jeux défendus que condamnent les statuts synodaux des évêques et les ordonnances royales ou municipales.
Les magistrats de la République messine proscrivent, à leur tour, les jeux de hasard. Cette proscription s’explique par la nature des lieux où se rassemblaient les joueurs et gens dissolus. C’était dans les tavernes que se réfugiaient les jeux de hasard, chassés des maisons calmes et pieuses de la bourgeoisie.

Les jeux de cartes n’en restaient pas moins en usage chez les rois, les princes et les seigneurs, que n’atteignaient point les sentences de l’Eglise et des autorités civiles.

Le duc d’Orléans, frère de Charles VI, perdait beaucoup d’argent au glic, sorte de jeu de cartes. Un de ses descendants, le bon roi Louis XII, jouait au flux, autre jeu de cartes, sous les yeux mêmes de ses soldats. La petite cour galante et spirituelle de Marguerite de Navarre, sœur de François 1er, avait mis à la mode la Condemnade, jeu de cartes à trois personnages.

Rabelais, voulant peindre l’éducation qu’on donnait aux enfants de rois, du temps de François 1er, nous montre, en 1532, son héros Pantagruel, faisant déployer « force chartes, force dez et renfort de tabliers » pour jouer à deux cents jeux différents, parmi lesquels on remarque quinze ou vingt espèces de jeux de cartes inconnus la plupart aujourd’hui : la vole, la prime, la pille, la triomphe, la picarde, le maucontent, le cocu, la carte virade, la séquence, etc…

En dépit de ces proscriptions persévérantes, les jeux de cartes se multiplieront de plus en plus, et franchiront même les portes de certaines maisons religieuses. Le 16 juin 1676, Antoine Paget, abbé du Pontiffroy, de Metz, écrit aux religieux de son monastère : « On se plaint de vos jeux de cartes, ce qui est cause de querelles et de supercheries… Je défends à nos confrères de jouer aux cartes dans la maison avec des étrangers ou entre eux-mêmes… ».

La défense des jeux de hasard se continua pendant les XVIIe et XVIIIe siècles. Une ordonnance de la chambre de police de Metz du 12 septembre 1691, interdit aux aubergistes, cabaretiers et limonadiers, de donner à jouer ou de permettre de jouer dans leur établissement, à peine de 500 livres d’amende, le tiers applicable au dénonciateur, pour la première fois, et une punition corporelle pour la seconde fois. L’interdiction des jeux de hasard fut réitérée à Metz le 10 septembre 1733, le 19 avril 1769, le 30 avril 1793, le 8 février 1801 et le 9 août 1825.

On comprend qu’en présence de toutes ces défenses sans cesse renouvelées dans toute la France, l’industrie des cartiers était peu protégée et qu’on se contentait de la tolérer sous le manteau des papetiers et libraires.

A Metz, les cartiers étaient affiliés à la corporation des imprimeurs, libraires et relieurs. Dans l’un des articles des statuts de 1656, il est dit que : « Les dominotiers, cartiers, imagiers seront tenus aux mêmes conditions que les libraires, sans qu’ils puissent jouir des privilèges concédés à ceux-ci. Ils devront donc, avant d’exposer en vente des dominotures, placarts, etc., les faire voir au syndic et adjoint ».

Plus tard, lorsque les cartiers messins furent assez nombreux, ils formèrent une corporation indépendante, reglementée sans doute d’après les statuts en vigueur parmi les autres corporations de cartiers français. Aucun règlement particulier n’a été trouvé pour les cartiers messins. Toutefois, en raison des anciens privilèges de la ville de Metz, les cartiers avaient été exemptés des droits perçus sur les jeux fabriqués dans les autres villes de France.

Cette exemption de droits favorisa l’industrie cartière à Metz : dans la première moitié du XVIIIe siècle, on comptait huit ateliers de maîtres-cartiers. En 1745, ils devaient être dans une situation assez prospère, puisque le roi les imposa de deux offices d’inspecteur contrôleur de leur corps, qu’ils rachetèrent contre une somme de 165 livres. En conséquence de l’arrêt du conseil d’état du 9 novembre 1751, la ville de Metz était la seule de la province des Trois-Evéchés, où il était permis de fabriquer des cartes à jouer. L’article 9 du même arrêté de 1751 dit que « les cartiers établis dans les villes et lieux où la fabrication des cartes est prohibée, pourront s’établir dans les villes où elle est permise ». Cettte autorisation amena à Metz de nouveaux cartiers, qui y trouvèrent asile et protection.

De 1752 jusqu’à la révolution, l’industrie des cartes à jouer à Metz fut dans une situation très florissante. Les maîtres-cartiers exportaient leurs produits dans la vallée du Rhin et même jusqu’à Strasbourg. Cette concurrence excita la jalousie de la corporation des cartiers de Paris, qui adressa une réclamation au roi, au sujet de l’exemption des droits dont étaient exonérés les cartiers messins. Le 19 septembre 1778, le roi décidait que les cartes fabiquées à Metz seraient imposées aux mêmes droits que ceux qui grevaient les cartes venant du restant de la France.

Les cartes fabriquées à Metz furent imposées à partir du 1er octobre 1781. Le droit perçu sur les cartes à jouer fut aboli à partir du 1er avril 1791, en vertu du décret du 2 mars 1791, puis rétabli par arrêté du 3 Pluviôse An VI. Depuis cette époque, divers décrets, lois et ordonnances ont déterminé les conditions auxquelles sont soumis les fabricants de cartes munis d’une licence et patentés, le timbre à apposer, la forme des bandes et enveloppes, etc… C’est l’administration qui fournit le papier dont elles sont faites. Nul ne peut fabriquer, vendre des cartes sans avoir été agréé et commissionné par la régie des contributions indirectes. L’introduction et l’usage des cartes fabriquées à l’étranger sont prohibés.

Sous la révolution, les figures et désignations qui rappelaient les traditions de l’ancienne monarchie furent remplacées par des noms et des emblêmes en harmonie avec les idées de l’époque.

Le 1er Brumaire An II, la convention nationale, sur la proposition d’un membre tendant à faire disparaître des jeux de cartes, les signes de la royauté et de la féodalité, passait à l’ordre du jour, laissant le soin aux municipalités le soin d’exécuter le décret à cet égard. A Metz, ce changement fut opéré sans bruit, du moins les registres des délibérations n’en font aucune mention.

Comme dans toute la France, les nouveaux jeux fabriqués à Metz étaient républicains.
Les rois furent remplacés par des génies : génie de la guerre, de la paix, des arts, du commerce.
La liberté remplaça les Dames : Liberté des cultes, du mariage, de la presse, des professions.
L’égalité fut substituée aux Valets : Egalité de devoirs, de droits, de rangs, de couleurs.

Napoléon 1er fit supprimer ces figures et demanda à Louis David de dessiner des cartes nouvelles. Mais celles-ci n’eurent aucun succès, et vers les dernières années du Premier Empire, on revint aux dessins de l’ancien régime, dont le type n’a plus varié.

C’est en l’année 1648 que nous trouvons la première mention d’un fabricant de cartes à jouer à Metz : le mariage inscrit au registre de l’église réformée de cette ville de Jacob Collot, faiseur de cartes, avec Marie Florent le 16 août 1648 à la Horgne au Sablon.

Il est fort probable qu’avant 1648 des maîtres cartiers s’étaient établis dans la ville, mais nous ne pouvons apporter les précisions qu’il faudrait. Dans quelques actes, les noms suivants ont été relevés : Lambert d’Arivault, quartier (1561) – Henry Remy, le quartier (1563) – Jean François, quartier (1584) – Claude Brinque, cartier (1640). Mais cela ne nous apprend s’ils étaient réellement des fabricants de cartes, parce que l’on désignait également les quartiers-mesureurs de grains sous la même dénomination. Encore après le XVIIe siècle, des fabricants de cartes et des mesureurs de grains étaient appelés cartiers.

Les malheureux évènements de 1870 placèrent les derniers fabricants de cartes dans une pénible situation. L’industrie cartière à Metz a subi, après l’annexion, le même sort que d’autres industries qui faisaient vivre de nombreux ouvriers.  On ne se douterait guère aujourd’hui que cette ville a produit pendant plus de deux siècles, une multitude de petits cartons colorés, devenus tellement rares, que seuls les collectionneurs en possèdent quelques exemplaires.

Pour tout savoir sur les cartes à jouer, rendez-vous au musée de la carte à jouer .

La faïence de Niderviller (57)

Plat à tarte faïence NidervillerBlason de NidervillerAssiette à dessert faïence Niderviller

 

La faïencerie de Niderviller est une des plus anciennes de Lorraine, la seule à avoir produit de la porcelaine, et une des rares à poursuivre son activité.

La faïence de Niderviller est encore diffusée à travers le monde. Les collections traditionnelles ou contemporaines sont en vente sur la boutique en ligne Terres d’Est.

Faïencerie de Niderviller
2 rue de la Faïencerie
57565 NIDERVILLER

Le savoir-faire lorrain rayonne par-delà les frontières !!!

Voici un petit historique de cette manufacture.

D’après la monographie imprimée « Histoire des manufactures françaises de porcelaine »
du comte Xavier-Roger-Marie de Chavagnac et du marquis Gaston-Antoine Grollier – Année 1906.

Le baron Jean-Louis de Beyerlé, conseiller du roi, directeur et trésorier particulier de la monnaie de Strasbourg, fonda dans sa seigneurie de Niderviller, en 1754, une manufacture de faïence. En 1765, il y installait la fabrication de la porcelaine, tirant son kaolin d’Allemagne comme l’avait fait Hannong à Strasbourg. Mais celui du Limousin était découvert peu après, et Beyerlé y acheta une carrière.

Tainturier (Recherches sur les anciennes manufactures de porcelaine et de faïence. Alsace et Lorraine, Strasbourg, 1868) nous dit : « Des mains de ce seigneur (de Beyerlé), l’usine passa en celles du comte de Custine qui la fit exploiter de 1780 à 1793 par Claude François Lanfrey, manufacturier des plus habiles ».

Lanfrey se préoccupa surtout, ajoute Tainturier, du perfectionnement et du développement de la production de la porcelaine. Il avait en 1789, cent cinquante ouvriers, et suivant le tableau de commerce, produisait alors « tout ce qu’on peut désirer en peinture et formes de tout genre, de la porcelaine, surtout des groupes et biscuits en très belle pâte ».

Est-ce bien en 1780 que Custine acheta la manufacture ? Nous n’en sommes pas absolument certains. Quoi qu’il en soit le général comte de Custine fit preuve de propriétaire en faisant marquer les pièces à son chiffre. Lorsqu’en 1793, il mourut sur l’échafaud (*), Lanfrey conserva la direction, et devint définitivement propriétaire, lors de l’adjudication qui eut lieu au profit de la nation et des créanciers du général, le 25 germinal an X.
(*) Adam Philibert, comte de Custine, général, né à Metz en 1740, se distingua dans les guerres de Sept ans et d’Amérique, fut nommé maréchal de camp en 1783, député de la noblesse aux États-généraux (1789), fut mis à la tête de l’armée du Rhin en 1792. Accusé de n’avoir pas accompli son devoir devant Mayence, il fut traduit devant la convention, condamné par le tribunal révolutionnaire et exécuté le 28 août 1793.

En 1810, nous trouvons le dépôt de Lanfrey à Paris, rue Grange-Batelière, n° 4. A la suite de l’exposition de 1819, nous lisons dans les Annales de l’industrie : « M. Lanfrey fabricant de porcelaine à Niderviller (Meurthe). Cette manufacture est la seule de ce genre dans ce département. Ses produits sont très estimés : on en exporte en Hollande et sur les bords du Rhin ».

En 1827, M. Dryander se rendit acquéreur de la fabrique et ses descendants sont encore, de nos jours, à la tête de cet établissement, mais seulement comme fabricants de faïence et de terre-de-pipe. 

La saint Nicolas

Saint Nicolas 

 

Mais qui ne connait pas saint Nicolas ?

D’après la « Revue du folklore français » – Année 1932

Presque partout, en Lorraine, saint Nicolas passe pour apporter aux enfants des jouets et des sucreries, à l’occasion de sa fête.

Ces cadeaux sont placés durant le sommeil des enfants, dans leurs chaussures, mises soit dans la cheminée, soit à côté du fourneau ou du poêle de la chambre où ils couchent. Car saint Nicolas, dit-on, vient les déposer par la cheminée.

Presque toujours aussi, le Père Fouettard, inséparable serviteur du saint, apporte une verge en même temps que les joujoux et les friandises. Parmi celles-ci, se trouve généralement un gâteau en pain d’épices représentant saint Nicolas, soit seul, soit monté sur sa bourrique, et aussi des marrons ou des bonbons de réglisse appelés crottes de bique, qui, les uns et les autres, figurent les crottes de l’âne.

La verge qui, en réalité, est constituée de brindilles de bois plus ou moins souples, recouvertes de papier doré ou de papier d’argent et réunies par un ruban, doit, en principe, servir à corriger les enfants quand ils ne seront pas sages. Quelquefois, se trouve avec elle, une lettre dans laquelle saint Nicolas rappelle aux enfants les fautes qu’ils ont commises, les menace de les punir s’ils recommencent et leur donne de bons conseils.

Autrefois, dans certaines familles et dans certaines maisons d’éducation, des personnes déguisées en saint Nicolas ou en Père Fouettard venaient exhorter les enfants à la sagesse, les gronder s’ils l’avaient mérité et leur distribuer ensuite les cadeaux préparés pour eux. Elles étaient parfois payées pour remplir ce rôle, et les 5 et 6 décembre, il n’était pas rare de les rencontrer sous leur déguisement dans les rues de Nancy.

A l’approche de la Saint-Nicolas, les enfants demandent au saint de se montrer généreux envers eux en chantant :

Saint Nicolas, not’ bon patron,
Apportez-nous quéqu’chos’ de bon :
Des mirabelles
Pour les d’moiselles,
Des macarons
Pour les garçons !

Ou, s’ils ont l’esprit taquin, soit :

Saint Nicolas, not’ bon patron,
Apportez-nous des macarons
Pour les garçons,
Pour les p’tit’ filles des coups d’bâton !

soit une variante où les coups de bâton sont pour les garçons.

Après la guerre de 1870-1871, l’arrivée dans la Lorraine restée française d’un assez grand nombre d’habitants de l’Alsace, où, sauf sur de rares points, la croyance aux cadeaux de saint Nicolas n’existe pas, a porté atteinte à la coutume de donner aux enfants des jouets et des friandises attribués à la générosité du saint. Dans certaines familles des villes, elle a fait place à la pratique de distribuer des objets suspendus aux branches du sapin de Noël qui est très répandue en Alsace et qui a pris une grande extension dans toute la France.

Cependant, dans les campagnes et presque partout dans les villes, la vieille coutume des cadeaux de la Saint-Nicolas se maintient toujours. Elle persiste même chez des Lorrains ayant, depuis longtemps, quitté le pays natal et établis dans d’autres provinces.

C’est peut-être parce que les traditions relatives à saint Nicolas sont de très longue date implantées en Lorraine.

Le saint qui, au IVe siècle, fut évêque de Myre, a été un des thaumaturges les plus célèbres du Moyen-Age. Dès le XIe siècle, une église consacrée à son nom fut, en Lorraine, un lieu de pèlerinage très fréquenté non seulement par des Lorrains, mais encore par des gens de tout le royaume de France. Et, en 1477, saint Nicolas devint le patron de la Lorraine après la bataille de Nancy, où le duc de Lorraine, René II, qui avait mis ses troupes sous la protection du saint, fut vainqueur de Charles le Téméraire, dont le cadavre fut retrouvé dans un étang gelé.

Le miracle de la résurrection, par saint Nicolas, des trois clergeons ou des trois enfants est celui dont la légende est la plus connue.

« Trois enfants qui s’en allaient glaner aux champs » ou, selon d’autres, « trois clercs qui allaient à l’école » furent attirés par un boucher, tués par lui et mis dans un saloir « comme on fait pour les pourceaux ». Saint Nicolas, entrant chez le boucher, demanda à souper et à coucher. Le boucher répondit qu’il n’avait rien à lui donner.

Saint Nicolas lui dit alors :
Donne-moi de mes trois clériaux
Que t’as découpés par morceaux
Que t’as salés dans un cuveau.

Le boucher s’enfuit. Saint Nicolas frappa le cuveau avec son étole et les enfants ressuscitèrent.

C’est en souvenir de ce prodige qu’il est devenu le patron des enfants et des écoliers.

Les représentations de saint Nicolas et des trois enfants dans le saloir ont été très nombreuses en Lorraine. On les trouve sur des bâtons de confrérie, sur des taques de cheminées, dans les images populaires d’Epinal et de Metz, des peintures sur verre, sans parler des statues, des sculptures dans les églises et des cires modelées et habillées qui sont une spécialité lorraine.

D’après le R. P. Cahier (Les caractéristiques des saints dans l’art populaire), la légende de la résurrection des trois petits garçons coupés en morceaux et mis dans le saloir daterait du XIIe siècle et serait d’origine iconologique.

Des images anciennes ont eu pour but de rappeler que, par son intercession, saint Nicolas a sauvé trois officiers romains condamnés à tort par le gouverneur et enfermés dans une tour où ils attendaient leur supplice. Afin de faire voir les officiers dans la tour, le sculpteur a représenté leurs têtes au-dessus des murailles de celle-ci et pour indiquer la puissance de saint Nicolas, il lui a donné une stature qui dépasse de beaucoup celle des officiers et même la hauteur de la tour où ils étaient en prison.

Lorsque les reliques du saint évêque de Myre furent apportées en Occident et que son culte s’y répandit, de pieuses gens, qui ignoraient sa vie, ne comprirent rien au symbolisme de cette reproduction et, pensant aux histoires d’ogres et d’ogresses, ils prirent la tour pour un baquet et les officiers romains pour des enfants. Une statue de saint Nicolas, sculptée en plein bois au XVe siècle, qui se trouve dans l’église de Lay-Saint-Christophe, à quelques kilomètres au nord de Nancy, montre bien par quelle transition on a pu passer d’une interprétation à une autre. D’un baquet qui est à côté des pieds du saint, sortent trois petits personnages dont les traits du corps et du visage ne sont pas ceux d’enfants, mais ceux d’hommes déjà faits.

Une autre légende, qui est représentée sur un sceau de la collégiale Saint-Nicolas d’Apremont, est celle de la dotation de trois jeunes filles.

Saint Nicolas, qui était d’une famille riche, distribua généreusement son bien. Un sien voisin avait trois filles… mais il était noble homme et si pauvre qu’elles étaient contraintes d’aller en péché. Quand Nicolas le sut, il eut horreur de cette félonie et jeta la nuit secrètement dans la maison d’icelui une masse d’or enveloppée dans un drapeau. Et quand l’homme se leva le matin, il trouva cette masse et rendit grâce à Dieu et maria son aînée fille. Saint Nicolas dota pareillement les deux autres à quelque temps d’intervalle. Lorsque, pour la troisième fois, il jeta une masse d’or dans la maison du père, celui s’éveilla au son du cheoir, suivit Nicolas qui s’enfuyait, en lui disant ainsi : « Sire, ne t’enfuis pas, si que je te voie ». Et lors courut plus hâtivement et connut que c’était Nicolas.

Cette légende a probablement donné naissance à la croyance que saint Nicolas aide les jeunes filles à se marier. En Lorraine, celles qui désirent trouver rapidement un mari se rendent à l’église de Saint-Nicolas de Port, à une douzaine de kilomètres au sud de Nancy, pour y prier et s’y promener. Il existait dans le pavé de cette église une dalle, la bonne pierre, sur laquelle il suffirait de monter pour être marié dans l’année. Mais, pour cela, il faut marcher sur elle sans la chercher spécialement. Elle est assez petite, mais reconnaissable à ce qu’elle est marquée d’une croix.

Saint Nicolas est ainsi devenu l’un des protecteurs des jeunes filles. Sur un reliquaire du XVIIIe siècle, il est représenté ayant à ses pieds un baquet d’où sortent trois fillettes vêtues seulement d’une chemise et de leur chevelure qui leur tombe sur le dos.

A s’en rapporter aux anciens inventaires, le trésor de l’église de Saint-Nicolas du Port a été très riche autrefois ; à présent, il ne comprend plus guère que quelques pièces ayant une réelle valeur artistique.

Mais il possède encore des objets auxquels la légende s’est attachée. Ce sont, avec les chaînes qui y étaient fixées, deux anneaux de fer. Ils auraient été portés dans son cachot, l’un à la cheville, l’autre au poignet par un chevalier lorrain, Cunon de Réchicourt, parti en croisade et tombé aux mains des infidèles.

Ce chevalier resta un « long temps » en Palestine, logé « en une étroite prison ». Ayant invoqué saint Nicolas, patron des prisonniers, la veille de sa fête avec plus d’ardeur que de coutume, il fut, en dormant, miraculeusement tiré hors de prison et transporté devant la porte de l’église de Saint-Nicolas de Port. Il se réveilla en entendant sonner les cloches et en voyant qu’il se faisait un grand concours de peuple devant l’église, comme c’était l’habitude quand il se produisait un miracle, ce qui était fréquent à cette époque.

Le carcan, la ceinture et les autres fers que portait Cunon de Réchicourt avaient aussi été conservés. Mais en 1789, ils ont été enlevés par les « brigands de Nancy » venus pour piller l’église.

Il est curieux que les traditions relatives à la fête de Saint-Nicolas se rencontrent sur des aires aussi séparées les unes des autres que la Lorraine, l’Artois, certaines régions de l’Allemagne du Sud, et la Hollande, pays où le protestantisme est la religion dominante, et que, partout, elles offrent de grandes ressemblances.

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