Les briquetages de la Seille

 

 

Les « Briquetages de la Seille » correspondent aux vestiges laissés par un ensemble de complexes de production « proto-industrielle » du sel datant de l’âge du Fer (VIIe-Ier siècles avant J.-C.).

Une série d’une quinzaine d’ateliers sont dispersés sur plus de 10 kilomètres de longueur, entre les villages actuels de Marsal et de Salonnes (Moselle). Ces installations exploitaient des sources salées naturelles, qui remontent du sous-sol une saumure provenant de la dissolution d’un immense banc de sel gemme enfoui à moins d’une centaine de mètres de profondeur.

Si les campagnes de fouilles, et surtout les techniques scientifiques de la fin du XXe siècle et du début du XXIe ont permis de dater la période des briquetages de la Seille, pendant des siècles, ces vestiges n’ont cessé d’être la source d’hypothèses multiples et parfois contradictoires.

Je vous propose un article datant du milieu du XIXe siècle, expliquant les différentes hypothèses de l’époque.

Pour plus de renseignements sur l’archéologie de la vallée de la Seille.

 

D’après le « Bulletin de la Société d’archéologie lorraine » – Année 1849

Dès les temps les plus reculés, la Seille coulait à travers des prairies souvent noyées sous ses eaux, et ne présentait, dans sa partie supérieure, depuis Marsal jusqu’à Burthecourt, sur une longueur d’environ 20 kilomètres, qu’un marais vaste et profond. Les filets d’eau qui se réunissaient pour la former n’étant pas rassemblés et contenus, comme ils le furent depuis, par les travaux d’art qu’exécutèrent les Romains et par ceux construits au moyen-âge pour créer l’étang de Lindres, d’où elle sort aujourd’hui, se répandaient irrégulièrement et contribuaient à entretenir une inondation presque continuelle.

Cependant, la fertilité et la richesse des plaines et des collines qui l’avoisinent, les nombreuses sources salées qui jaillissent près de ses rives, devaient, ce semble, y attirer de bonne heure des colons avides de cultiver un sol d’une fécondité remarquable, et dont les produits salins allaient devenir une branche importante d’exportations commerciales.

Rien n’indique néanmoins qu’une population indigène considérable y ait fixé et prolongé son séjour. On rencontre bien çà et là, au pied ou au sommet des coteaux, de rares vestiges des Celto-Gaulois, quelques tombeaux, monnaies, torques et pointes de javelots en silex. Mais, nulle part, aucune trace d’habitations agglomérées, de manière à former une ville ou une bourgade. Dans ces débris de l’antiquité gauloise, rien de local et de caractéristique comme à Divodurum, à Toul et à Solimariaca, cités qui eurent leurs monuments particuliers et leurs monnaies frappées au type national. Si la région supérieure de la Seille eût été habitée par une population aborigène aussi forte que l’ont insinué des savants distingués, on devrait au moins retrouver les traces de quelque cité qui lui eût servi de centre mais l’histoire, les traditions et les faits n’en fournissent pas le moindre soupçon.

Les souvenirs des Romains y sont en bien plus grand nombre. Leurs campements se reconnaissent en différents lieux. On y recueille fréquemment des médailles du Haut et du Bas-Empire, des figurines en terre et en bronze, beaucoup d’armes, des urnes cinéraires, des statues, des inscriptions et même des monuments votifs. Plusieurs voies romaines ont traversé la Seille ou sillonné les plaines environnantes, et, encore aujourd’hui, il est facile d’en suivre la direction.

Tout porte à croire que c’est vers la fin du règne d’Auguste et sous les règnes de ses successeurs immédiats, que les Gallo-Romains peuplèrent la vallée supérieure de la Seille, qu’ils y fondèrent des vicus où ils établirent leurs lois, leur culte et leur administration, et qu’ils semèrent de toutes parts une multitude de villas dont les produits servaient à alimenter les bourgs du voisinage.

Ces observations préliminaires nous ont paru indispensables avant d’arriver à discuter l’origine des briquetages de la Seille, parce qu’ils serviront à y répandre plus de lumière. (Pour être plus exact nous mettons ici le pluriel, puisqu’au lieu de former une masse compacte, ils se trouvent isolés les uns des autres par des lacunes considérables).

D’Artezé de La Sauvagère, officier au régiment de Champagne et ingénieur du Roi, fut envoyé, en cette qualité, à Marsal, vers le milieu du siècle dernier. Le premier, il a traité la question du briquetage, en s’appuyant sur des faits certains. Il fit plusieurs expériences pour en constater la nature, l’étendue et l’épaisseur, et en reconnut l’existence à Marsal, à Moyenvic et Burthecourt. Des sondages opérés plus récemment l’ont aussi fait reconnaître à Vic et à Salone.

Donnons-en une description rapide, puis nous passerons à l’examen des opinions émises sur l’origine de sa construction.

Au milieu des prairies qu’arrose la Seille, et immédiatement au-dessous des villes de Marsal, de Moyenvic et de Vic ainsi que des villages de Salone et de Burthecourt, existe une construction digne de fixer au plus haut point l’attention des archéologues. Il est bien permis de l’appeler unique en son genre, et l’un des plus étonnants ouvrages que l’antiquité nous ait laissés dans les Gaules. Dans chacune de ces localités, on peut le comparer à un vaste radier, entièrement formé de morceaux d’argiles, pétris avec la main ou enroulés autour d’un brin de bois avant d’avoir été soumis à l’action du feu.

Sur plusieurs, les marques des doigts sont encore empreintes. La forme en est très variée. Ils sont droits, courbes, cylindriques, triangulaires, coniques, parallélepipèdes. Les plus gros ont, environ de 27 à 30 centimètres de pourtour sur 18, 20, 24, 27 et 30 de longueur, et les autres offrent toutes sortes de dimensions. Liés ensemble sans aucun mortier et jetés confusément sur le marais, ils forment un massif d’une solidité telle que, depuis des siècles, il supporte l’énorme quantité de terres à laquelle il sert de fondement.

Il est assez difficile d’estimer sa superficie totale, d’autant plus que les expériences spéciales pour en déterminer les limites n’ont eu lieu qu’à Marsal et à Moyenvic. A Marsal, il a une longueur de 679 m, sur une largeur à droite de 194 m, et une largeur à gauche de 271,6 m, ce qui lui donne une superficie de 372 480 m2, son volume est de 279 360 m3. A Moyenvic, sa superficie est évaluée à 213 400 m2, et son volume à 160 048 m3. Son épaisseur moyenne est de 1,75 m. A Vic, cette dernière dimension est seulement de 60 cm, ainsi qu’il résulte d’un sondage effectué en 1819, dans l’intérieur de la ville.

Ce qui apparemment a donné lieu aux briquetages, a été la nécessité de dessécher des marais impraticables et de créer au-dessus d’eux, un terrain ferme qui permit de bâtir des vicus, d’exploiter les sources salées, en un mot, d’y asseoir les ouvrages qu’on jugea utiles à la colonie.

Celui de Moyenvic parait avoir eu une autre destination. Placé sur un sol qui n’est point marécageux, et presque à sa surface, il n’a pu servir qu’à donner une assiette solide à l’emplacement d’un camp romain.

Maintenant à quel peuple doit-on faire remonter la construction des briquetages de la Seille ?

Trois opinions sont en présence :
- l’une d’elles en attribue l’honneur aux Francs,
- une seconde la rapporte aux Celto-Gaulois,
- et une troisième aux Romains.

Nous adoptons la dernière, parce qu’elle nous semble appuyée sur de plus grandes probabilités. Essayons d’abord de discuter les deux autres.

M. Dupré, antiquaire distingué et ancien directeur de la saline de Moyenvic, attribue aux Francs le briquetage de la Seille. Selon lui, c’est un ouvrage grossier qui, par cela même, est en rapport avec l’état des arts à l’époque de l’occupation franke. Si les Romains, ajoute-t-il, en étaient les auteurs, on retrouverait, à sa superficie, des monuments d’origine romaine. Or, en creusant dans l’enceinte des villes de Moyenvic, Marsal et Vic, il ne s’est pas même présenté de médailles à la curiosité des amateurs, tandis qu’elles sont communes à Salone et sur les hauteurs voisines.

S’attaquant ensuite à La Sauvagère, il cherche à réfuter les arguments dont il s’est servi pour avancer que les Romains étaient les vrais constructeurs du briquetage.

Les trois principaux chefs de preuve de ce dernier sont tirés :
- 1° d’un débris de vase en terre de forme antique, sur lequel on lit le nom de l’artiste : Cassius F. ;
- 2° de fourneaux et de parcelles de cuivre déterrés aussi à Marsal, au-dessus du briquetage ; ce qui tendrait à prouver que cette ville avait une fonderie de cuivre sous la domination romaine ;
- 3° du passage à Marsal de la voie romaine qui conduisait de Metz à Strasbourg.

Le rapprochement de telles découvertes avait amené La Sauvagère à conclure qu’une œuvre si gigantesque ne pouvait appartenir qu’au peuple-roi. La conséquence n’a pas satisfait M. Dupré. Que prouve, dit-il, un fragment de poterie qui, peut-être, a été transporté en remblai avec les terres enlevées aux coteaux voisins ? La Sauvagère l’a-t-il vu lui-même ? Est-on sûr qu’il en ait bien lu l’inscription ? De plus, tel qu’il nous en a transmis le dessin, le cou est trop étroit pour que l’ouvrier y ait introduit la main et tracé des caractères sur le fond. Mais quel motif de soupçonner la bonne foi et la critique de La Sauvagère, d’autant plus, comme la remarque en a déjà été faite, qu’à l’inspection du vase, on en juge l’ouverture plus que suffisante pour y laisser passer la main.

Et ces fourneaux accompagnés de cendres, de scories et de parcelles de cuivre rouge et jaune trouvés à plus de 7 mètres de profondeur, est-il permis de soupçonner qu’un ingénieur instruit, qui les a eus sous les yeux, qui en a laissé le dessin, en ait méconnu la nature et la destination? En réponse, M. Dupré soutient qu’ils étaient employés pour la fabrication du sel et faisaient partie d’une saline existant déjà au commencement du VIIIe siècle. Mais des fouilles dirigées, il y a quelques années, par M. le colonel Gauthier, alors capitaine du génie à Marsal, ont amené la découverte du puits de l’ancienne saline et des ustensiles qui servaient à l’exploiter. En montrant que ces deux établissements étaient séparés par une distance de 70 mètres, que la fonderie était enfoncée de 7 mètres et la saline seulement de 2 mètres, cet officier supérieur a établi entre eux une distinction formelle et maintenu, dans son intégrité, l’affirmation de son docte confrère.

Laissant de côté quelques difficultés de détail, passons à la troisième objection.

M. Dupré nie l’existence d’une voie romaine traversant Marsal, parce que, dans son opinion, le chemin que l’on prend pour une route romaine n’offre rien de semblable aux chaussées du peuple-roi, dont les caractères d’uniformité sont partout les mêmes.

Cependant, selon le sens d’une observation de Bergier (Grands chemins de l’empire), cette uniformité ne fut pas tellement générale qu’elle n’ait subi des exceptions. La construction plus ou moins parfaite des voies romaines était réglée par l’importance des communications, et leur largeur, dépendant de la même cause, variait de 15 à 5 mètres. La forme qui leur était donnée et les matériaux qui y entraient étaient modifiés selon la différence des lieux et des temps. Voilà pourquoi il ne faut pas s’étonner si la voie de Marsal n’a qu’une largeur de 6 à 7 mètres, les autres voies de la Gaule n’en ont pas davantage, et si elle n’est pas revêtue à sa superficie d’un dallage en pierres de taille dans la partie du milieu et d’une couche de gravier dans les deux parties latérales, parce que ces matériaux sont étrangers au pays.

Qu’on y fasse une percée, et apparaîtront les couches fortement massivées qu’employaient les Romains :
- le statumen, qui se compose de moëllons plats noyés dans du mortier ;
- le rudus ou blocage de petites pierres mêlées au mortier,
- et enfin la couche supérieure, le summum dorsum, qui, au lieu de pierres de taille, était pavée de grosses pierres tirées des carrières voisines.

Il suffit d’examiner ce qui en reste, surtout la portion qui regarde la ferme de Bourache, à deux kilomètres de Marsal, où elle conserve-encore toute sa largeur et sa solidité, pour se convaincre qu’aucune autre chaussée romaine de la Gaule-Belgique n’a été construite avec plus de soin.

On a déterré, il y a quelques années, le long de cette route antique, et la même découverte s’est renouvelée en 1842, beaucoup de vases en terre rouge renfermant des cendres et des monnaies impériales, nouvelle preuve en faveur de notre thèse, puisque les Romains avaient coutume d’ériger, à côté des grandes routes, leurs monumens funéraires, afin de rappeler aux voyageurs le souvenir des hommes célèbres ou des événements mémorables. Enfin son exhaussement considérable au-dessus du sol, lui donne un dernier cachet d’antiquité.

Mais, ce qui ne permet plus de soutenir le système de M. Dupré, qu’il aurait sans doute modifié lui-même d’après les faits qui se sont révélés depuis la publication de son savant Mémoire, c’est le passage de la voie romaine retrouvé sur le briquetage.

C’est la découverte faite, en 1842, en creusant pour établir les fondements d’une nouvelle caserne à Marsal, d’une colonne élevée par les habitants de cette ville, déjà désignés sous le nom de Marosallenses, à l’empereur Claude Ier, revenant de la Grande-Bretagne. Ce sont les nombreuses monnaies romaines s’étendant d’Auguste à Julien II, la belle patère en terre rouge, recueillies lors du curage de la Seille dans la ville de Vie, à Burthecourt et à Salone. Tous ces objets se trouvant au-dessus et non au-dessous du briquetage, il n’est plus guère possible d’en attribuer la construction aux Franks.

La seconde opinion le fait remonter aux Celto-Gaulois. Elle a été soutenue et développée par M. de Saulcy dans une curieuse dissertation insérée au tome XVI des Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Le but de l’auteur est de décrire la colonne romaine trouvée à Marsal en 1842, laquelle remonte au Consulat de Passiénus Crispus et de Statlus Taurus, l’an 44 de Jésus-Christ. Au moyen de la critique si sûre qui le distingue, l’illustre savant présente une explication plus exacte de l’inscription qui y est gravée. L’interprétation nouvelle qu’il en donne lui sert à établir la haute antiquité de Marsal et à fixer les incertitudes des historiens au sujet des consuls de l’an 44. Opposant l’autorité d’un monument contemporain aux contestations des érudits, il a eu occasion de réformer les fastes consulaires pour cette année-là.

Ses conclusions sont rigoureuses. Toutefois, qu’il nous permette d’infirmer celle par laquelle il détermine l’origine des briquetages de la Seille.

Il résulte de l’inscription ci-dessus mentionnée que le viens de Marsal existait déjà avec son briquetage l’an 44. Or, conclut M. de Saulcy, le briquetage, œuvre gigantesque, a exigé au moins un siècle pour compléter l’ensemble et les détails de sa construction.

Le temps qui s’est écoulé depuis l’établissement des Romains dans la Gaule Orientale jusqu’à l’e'rection de la colonne de Marsal, est trop peu considérable pour qu’ils aient pu mener à bout une telle entreprise. C’est un ouvrage grandiose, il est vrai, mais simple et grossier, et, par conséquent, indigne de leur génie. Les empreintes des doigts, de grandeurs diverses, conservées sur les morceaux d’argile qui le composent, témoignent qu’une population entière d’hommes, de femmes et d’enfants a concouru à son achèvement. Cette population ne peut être que gauloise.

Telles sont, en substance, les raisons de M. de Saulcy. Examinons-en la valeur.

Nous avouons que le briquetage est une œuvre immense, qui a exigé beaucoup de temps pour être conduite à terme. Mais, par leur activité et leur persévérance, les Romains n’ont-ils pas su vaincre le temps et l’espace ? Quand on réfléchit que bientôt après l’établissement de leurs colonies dans l’intérieur des Gaules, sous Auguste et ses premiers successeurs, les villes et les bourgades s’élevèrent comme par enchantement, les grandes routes sillonnèrent le pays dans tous les sens, on n’est plus guère étonné de la rapidité mise à l’exécution des briquetages de la Seille.

Quand bien même nous admettrions l’exactitude des calculs de M. de Saulcy, que nous sommes loin de contester, mais qui n’ont toutefois qu’une valeur hypothétique, sa conclusion serait toujours plus large que les prémisses. Il en résulterait que le briquetage aurait été terminé l’an 44 de Jésus-Christ. Ce qui est assez difficile à soutenir, car les expériences qui ont été faites attestent qu’il y a eu des reprises dans son achèvement, et, en plusieurs endroits, il offre deux couches et une façon différentes.

La conclusion qui semble naturelle serait celle-ci, savoir :
- qu’en l’an 44, il avait reçu un commencement d’exécution ;
- que la portion sur laquelle Marsal est bâti était terminée ;
- encore s’agirait-il de montrer que la superficie du Marsal d’alors était aussi étendue que celle du Marsal d’aujourd’hui, et enfin que le reste a été achevé successivement et à d’autres époques.

Dans son Mémoire, le savant auteur paraît n’avoir pas connu l’existence du briquetage à Vic, Salone et Burthecourt. Ajoutons qu’une entreprise aux proportions si grandioses et qui implique tant de difficultés vaincues, n’a pu être conçue ni exécutée par les Celto-Gaulois, nation capricieuse, inconstante, vagabonde, qui ne nous a laissé aucun monument propre à lui faire attribuer celui-ci.

Marsal, comme l’indiquent son étymologie et la colonne décrite par M. de Saulcy, était une colonie romaine, composée, par conséquent, d’hommes, de femmes et d’enfants. Au lieu de recourir à une population celtique considérable, dont il faudrait prouver l’existence, il semble plus naturel de penser que, lorsqu’il a fallu rendre praticables les marais près desquels elle venait s’établir, toute la colonie, hommes, femmes et enfants, aidés de leurs voisins, se soit mise à œuvre pour hâter l’entreprise et en finir. Cette précipitation explique naturellement la grossièreté des matériaux qui y furent employés, et la simplicité du plan qui ne réalisa pas moins son but d’utilité pratique. Bien plus, il est permis de croire que les légions cantonnées dans le voisinage, exercées à l’art de dessécher les marais, ont aussi concouru à un travail, si prodigieux, qu’il étonne l’imagination la plus hardie.

Le plan et la construction du briquetage ont une analogie frappante avec le principe qui a présidé à ceux de quelques chaussées antiques, car, outre la ressemblance d’une même base solidement posée, on rencontre quelquefois des masses de terre cuite, des briques et des tuiles dans les couches inférieures des voies romaines.

Il est donc improbable que le briquetage de la Seille soit l’œuvre d’un peuple aborigène, d’autant plus que, dans les fouilles opérées jusqu’ici au-dessus de son massif, aucun monument celto-gaulois ne s’est rencontré.

On ne peut objecter les vingt squelettes gaulois découverts en 1839, lors de la création du nouveau lit de la Seille. Ils se trouvaient dans un terrain solide, près des hauteurs de Haraucourt et à 400 mètres environ des remparts. Or, de ce côté, les remparts forment la limite du briquetage.

De tout ce qui précède, nous croyons être en droit de conclure que la conjecture de La Sauvagère est encore aujourd’hui appuyée sur les probabilités les plus fortes. On sait qu’elle consiste à faire, des Romains, les auteurs du briquetage de Marsal et autres lieux voisins.


Archive pour 2 octobre, 2011

Les briquetages de la Seille

 

 

Les « Briquetages de la Seille » correspondent aux vestiges laissés par un ensemble de complexes de production « proto-industrielle » du sel datant de l’âge du Fer (VIIe-Ier siècles avant J.-C.).

Une série d’une quinzaine d’ateliers sont dispersés sur plus de 10 kilomètres de longueur, entre les villages actuels de Marsal et de Salonnes (Moselle). Ces installations exploitaient des sources salées naturelles, qui remontent du sous-sol une saumure provenant de la dissolution d’un immense banc de sel gemme enfoui à moins d’une centaine de mètres de profondeur.

Si les campagnes de fouilles, et surtout les techniques scientifiques de la fin du XXe siècle et du début du XXIe ont permis de dater la période des briquetages de la Seille, pendant des siècles, ces vestiges n’ont cessé d’être la source d’hypothèses multiples et parfois contradictoires.

Je vous propose un article datant du milieu du XIXe siècle, expliquant les différentes hypothèses de l’époque.

Pour plus de renseignements sur l’archéologie de la vallée de la Seille.

 

D’après le « Bulletin de la Société d’archéologie lorraine » – Année 1849

Dès les temps les plus reculés, la Seille coulait à travers des prairies souvent noyées sous ses eaux, et ne présentait, dans sa partie supérieure, depuis Marsal jusqu’à Burthecourt, sur une longueur d’environ 20 kilomètres, qu’un marais vaste et profond. Les filets d’eau qui se réunissaient pour la former n’étant pas rassemblés et contenus, comme ils le furent depuis, par les travaux d’art qu’exécutèrent les Romains et par ceux construits au moyen-âge pour créer l’étang de Lindres, d’où elle sort aujourd’hui, se répandaient irrégulièrement et contribuaient à entretenir une inondation presque continuelle.

Cependant, la fertilité et la richesse des plaines et des collines qui l’avoisinent, les nombreuses sources salées qui jaillissent près de ses rives, devaient, ce semble, y attirer de bonne heure des colons avides de cultiver un sol d’une fécondité remarquable, et dont les produits salins allaient devenir une branche importante d’exportations commerciales.

Rien n’indique néanmoins qu’une population indigène considérable y ait fixé et prolongé son séjour. On rencontre bien çà et là, au pied ou au sommet des coteaux, de rares vestiges des Celto-Gaulois, quelques tombeaux, monnaies, torques et pointes de javelots en silex. Mais, nulle part, aucune trace d’habitations agglomérées, de manière à former une ville ou une bourgade. Dans ces débris de l’antiquité gauloise, rien de local et de caractéristique comme à Divodurum, à Toul et à Solimariaca, cités qui eurent leurs monuments particuliers et leurs monnaies frappées au type national. Si la région supérieure de la Seille eût été habitée par une population aborigène aussi forte que l’ont insinué des savants distingués, on devrait au moins retrouver les traces de quelque cité qui lui eût servi de centre mais l’histoire, les traditions et les faits n’en fournissent pas le moindre soupçon.

Les souvenirs des Romains y sont en bien plus grand nombre. Leurs campements se reconnaissent en différents lieux. On y recueille fréquemment des médailles du Haut et du Bas-Empire, des figurines en terre et en bronze, beaucoup d’armes, des urnes cinéraires, des statues, des inscriptions et même des monuments votifs. Plusieurs voies romaines ont traversé la Seille ou sillonné les plaines environnantes, et, encore aujourd’hui, il est facile d’en suivre la direction.

Tout porte à croire que c’est vers la fin du règne d’Auguste et sous les règnes de ses successeurs immédiats, que les Gallo-Romains peuplèrent la vallée supérieure de la Seille, qu’ils y fondèrent des vicus où ils établirent leurs lois, leur culte et leur administration, et qu’ils semèrent de toutes parts une multitude de villas dont les produits servaient à alimenter les bourgs du voisinage.

Ces observations préliminaires nous ont paru indispensables avant d’arriver à discuter l’origine des briquetages de la Seille, parce qu’ils serviront à y répandre plus de lumière. (Pour être plus exact nous mettons ici le pluriel, puisqu’au lieu de former une masse compacte, ils se trouvent isolés les uns des autres par des lacunes considérables).

D’Artezé de La Sauvagère, officier au régiment de Champagne et ingénieur du Roi, fut envoyé, en cette qualité, à Marsal, vers le milieu du siècle dernier. Le premier, il a traité la question du briquetage, en s’appuyant sur des faits certains. Il fit plusieurs expériences pour en constater la nature, l’étendue et l’épaisseur, et en reconnut l’existence à Marsal, à Moyenvic et Burthecourt. Des sondages opérés plus récemment l’ont aussi fait reconnaître à Vic et à Salone.

Donnons-en une description rapide, puis nous passerons à l’examen des opinions émises sur l’origine de sa construction.

Au milieu des prairies qu’arrose la Seille, et immédiatement au-dessous des villes de Marsal, de Moyenvic et de Vic ainsi que des villages de Salone et de Burthecourt, existe une construction digne de fixer au plus haut point l’attention des archéologues. Il est bien permis de l’appeler unique en son genre, et l’un des plus étonnants ouvrages que l’antiquité nous ait laissés dans les Gaules. Dans chacune de ces localités, on peut le comparer à un vaste radier, entièrement formé de morceaux d’argiles, pétris avec la main ou enroulés autour d’un brin de bois avant d’avoir été soumis à l’action du feu.

Sur plusieurs, les marques des doigts sont encore empreintes. La forme en est très variée. Ils sont droits, courbes, cylindriques, triangulaires, coniques, parallélepipèdes. Les plus gros ont, environ de 27 à 30 centimètres de pourtour sur 18, 20, 24, 27 et 30 de longueur, et les autres offrent toutes sortes de dimensions. Liés ensemble sans aucun mortier et jetés confusément sur le marais, ils forment un massif d’une solidité telle que, depuis des siècles, il supporte l’énorme quantité de terres à laquelle il sert de fondement.

Il est assez difficile d’estimer sa superficie totale, d’autant plus que les expériences spéciales pour en déterminer les limites n’ont eu lieu qu’à Marsal et à Moyenvic. A Marsal, il a une longueur de 679 m, sur une largeur à droite de 194 m, et une largeur à gauche de 271,6 m, ce qui lui donne une superficie de 372 480 m2, son volume est de 279 360 m3. A Moyenvic, sa superficie est évaluée à 213 400 m2, et son volume à 160 048 m3. Son épaisseur moyenne est de 1,75 m. A Vic, cette dernière dimension est seulement de 60 cm, ainsi qu’il résulte d’un sondage effectué en 1819, dans l’intérieur de la ville.

Ce qui apparemment a donné lieu aux briquetages, a été la nécessité de dessécher des marais impraticables et de créer au-dessus d’eux, un terrain ferme qui permit de bâtir des vicus, d’exploiter les sources salées, en un mot, d’y asseoir les ouvrages qu’on jugea utiles à la colonie.

Celui de Moyenvic parait avoir eu une autre destination. Placé sur un sol qui n’est point marécageux, et presque à sa surface, il n’a pu servir qu’à donner une assiette solide à l’emplacement d’un camp romain.

Maintenant à quel peuple doit-on faire remonter la construction des briquetages de la Seille ?

Trois opinions sont en présence :
- l’une d’elles en attribue l’honneur aux Francs,
- une seconde la rapporte aux Celto-Gaulois,
- et une troisième aux Romains.

Nous adoptons la dernière, parce qu’elle nous semble appuyée sur de plus grandes probabilités. Essayons d’abord de discuter les deux autres.

M. Dupré, antiquaire distingué et ancien directeur de la saline de Moyenvic, attribue aux Francs le briquetage de la Seille. Selon lui, c’est un ouvrage grossier qui, par cela même, est en rapport avec l’état des arts à l’époque de l’occupation franke. Si les Romains, ajoute-t-il, en étaient les auteurs, on retrouverait, à sa superficie, des monuments d’origine romaine. Or, en creusant dans l’enceinte des villes de Moyenvic, Marsal et Vic, il ne s’est pas même présenté de médailles à la curiosité des amateurs, tandis qu’elles sont communes à Salone et sur les hauteurs voisines.

S’attaquant ensuite à La Sauvagère, il cherche à réfuter les arguments dont il s’est servi pour avancer que les Romains étaient les vrais constructeurs du briquetage.

Les trois principaux chefs de preuve de ce dernier sont tirés :
- 1° d’un débris de vase en terre de forme antique, sur lequel on lit le nom de l’artiste : Cassius F. ;
- 2° de fourneaux et de parcelles de cuivre déterrés aussi à Marsal, au-dessus du briquetage ; ce qui tendrait à prouver que cette ville avait une fonderie de cuivre sous la domination romaine ;
- 3° du passage à Marsal de la voie romaine qui conduisait de Metz à Strasbourg.

Le rapprochement de telles découvertes avait amené La Sauvagère à conclure qu’une œuvre si gigantesque ne pouvait appartenir qu’au peuple-roi. La conséquence n’a pas satisfait M. Dupré. Que prouve, dit-il, un fragment de poterie qui, peut-être, a été transporté en remblai avec les terres enlevées aux coteaux voisins ? La Sauvagère l’a-t-il vu lui-même ? Est-on sûr qu’il en ait bien lu l’inscription ? De plus, tel qu’il nous en a transmis le dessin, le cou est trop étroit pour que l’ouvrier y ait introduit la main et tracé des caractères sur le fond. Mais quel motif de soupçonner la bonne foi et la critique de La Sauvagère, d’autant plus, comme la remarque en a déjà été faite, qu’à l’inspection du vase, on en juge l’ouverture plus que suffisante pour y laisser passer la main.

Et ces fourneaux accompagnés de cendres, de scories et de parcelles de cuivre rouge et jaune trouvés à plus de 7 mètres de profondeur, est-il permis de soupçonner qu’un ingénieur instruit, qui les a eus sous les yeux, qui en a laissé le dessin, en ait méconnu la nature et la destination? En réponse, M. Dupré soutient qu’ils étaient employés pour la fabrication du sel et faisaient partie d’une saline existant déjà au commencement du VIIIe siècle. Mais des fouilles dirigées, il y a quelques années, par M. le colonel Gauthier, alors capitaine du génie à Marsal, ont amené la découverte du puits de l’ancienne saline et des ustensiles qui servaient à l’exploiter. En montrant que ces deux établissements étaient séparés par une distance de 70 mètres, que la fonderie était enfoncée de 7 mètres et la saline seulement de 2 mètres, cet officier supérieur a établi entre eux une distinction formelle et maintenu, dans son intégrité, l’affirmation de son docte confrère.

Laissant de côté quelques difficultés de détail, passons à la troisième objection.

M. Dupré nie l’existence d’une voie romaine traversant Marsal, parce que, dans son opinion, le chemin que l’on prend pour une route romaine n’offre rien de semblable aux chaussées du peuple-roi, dont les caractères d’uniformité sont partout les mêmes.

Cependant, selon le sens d’une observation de Bergier (Grands chemins de l’empire), cette uniformité ne fut pas tellement générale qu’elle n’ait subi des exceptions. La construction plus ou moins parfaite des voies romaines était réglée par l’importance des communications, et leur largeur, dépendant de la même cause, variait de 15 à 5 mètres. La forme qui leur était donnée et les matériaux qui y entraient étaient modifiés selon la différence des lieux et des temps. Voilà pourquoi il ne faut pas s’étonner si la voie de Marsal n’a qu’une largeur de 6 à 7 mètres, les autres voies de la Gaule n’en ont pas davantage, et si elle n’est pas revêtue à sa superficie d’un dallage en pierres de taille dans la partie du milieu et d’une couche de gravier dans les deux parties latérales, parce que ces matériaux sont étrangers au pays.

Qu’on y fasse une percée, et apparaîtront les couches fortement massivées qu’employaient les Romains :
- le statumen, qui se compose de moëllons plats noyés dans du mortier ;
- le rudus ou blocage de petites pierres mêlées au mortier,
- et enfin la couche supérieure, le summum dorsum, qui, au lieu de pierres de taille, était pavée de grosses pierres tirées des carrières voisines.

Il suffit d’examiner ce qui en reste, surtout la portion qui regarde la ferme de Bourache, à deux kilomètres de Marsal, où elle conserve-encore toute sa largeur et sa solidité, pour se convaincre qu’aucune autre chaussée romaine de la Gaule-Belgique n’a été construite avec plus de soin.

On a déterré, il y a quelques années, le long de cette route antique, et la même découverte s’est renouvelée en 1842, beaucoup de vases en terre rouge renfermant des cendres et des monnaies impériales, nouvelle preuve en faveur de notre thèse, puisque les Romains avaient coutume d’ériger, à côté des grandes routes, leurs monumens funéraires, afin de rappeler aux voyageurs le souvenir des hommes célèbres ou des événements mémorables. Enfin son exhaussement considérable au-dessus du sol, lui donne un dernier cachet d’antiquité.

Mais, ce qui ne permet plus de soutenir le système de M. Dupré, qu’il aurait sans doute modifié lui-même d’après les faits qui se sont révélés depuis la publication de son savant Mémoire, c’est le passage de la voie romaine retrouvé sur le briquetage.

C’est la découverte faite, en 1842, en creusant pour établir les fondements d’une nouvelle caserne à Marsal, d’une colonne élevée par les habitants de cette ville, déjà désignés sous le nom de Marosallenses, à l’empereur Claude Ier, revenant de la Grande-Bretagne. Ce sont les nombreuses monnaies romaines s’étendant d’Auguste à Julien II, la belle patère en terre rouge, recueillies lors du curage de la Seille dans la ville de Vie, à Burthecourt et à Salone. Tous ces objets se trouvant au-dessus et non au-dessous du briquetage, il n’est plus guère possible d’en attribuer la construction aux Franks.

La seconde opinion le fait remonter aux Celto-Gaulois. Elle a été soutenue et développée par M. de Saulcy dans une curieuse dissertation insérée au tome XVI des Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Le but de l’auteur est de décrire la colonne romaine trouvée à Marsal en 1842, laquelle remonte au Consulat de Passiénus Crispus et de Statlus Taurus, l’an 44 de Jésus-Christ. Au moyen de la critique si sûre qui le distingue, l’illustre savant présente une explication plus exacte de l’inscription qui y est gravée. L’interprétation nouvelle qu’il en donne lui sert à établir la haute antiquité de Marsal et à fixer les incertitudes des historiens au sujet des consuls de l’an 44. Opposant l’autorité d’un monument contemporain aux contestations des érudits, il a eu occasion de réformer les fastes consulaires pour cette année-là.

Ses conclusions sont rigoureuses. Toutefois, qu’il nous permette d’infirmer celle par laquelle il détermine l’origine des briquetages de la Seille.

Il résulte de l’inscription ci-dessus mentionnée que le viens de Marsal existait déjà avec son briquetage l’an 44. Or, conclut M. de Saulcy, le briquetage, œuvre gigantesque, a exigé au moins un siècle pour compléter l’ensemble et les détails de sa construction.

Le temps qui s’est écoulé depuis l’établissement des Romains dans la Gaule Orientale jusqu’à l’e'rection de la colonne de Marsal, est trop peu considérable pour qu’ils aient pu mener à bout une telle entreprise. C’est un ouvrage grandiose, il est vrai, mais simple et grossier, et, par conséquent, indigne de leur génie. Les empreintes des doigts, de grandeurs diverses, conservées sur les morceaux d’argile qui le composent, témoignent qu’une population entière d’hommes, de femmes et d’enfants a concouru à son achèvement. Cette population ne peut être que gauloise.

Telles sont, en substance, les raisons de M. de Saulcy. Examinons-en la valeur.

Nous avouons que le briquetage est une œuvre immense, qui a exigé beaucoup de temps pour être conduite à terme. Mais, par leur activité et leur persévérance, les Romains n’ont-ils pas su vaincre le temps et l’espace ? Quand on réfléchit que bientôt après l’établissement de leurs colonies dans l’intérieur des Gaules, sous Auguste et ses premiers successeurs, les villes et les bourgades s’élevèrent comme par enchantement, les grandes routes sillonnèrent le pays dans tous les sens, on n’est plus guère étonné de la rapidité mise à l’exécution des briquetages de la Seille.

Quand bien même nous admettrions l’exactitude des calculs de M. de Saulcy, que nous sommes loin de contester, mais qui n’ont toutefois qu’une valeur hypothétique, sa conclusion serait toujours plus large que les prémisses. Il en résulterait que le briquetage aurait été terminé l’an 44 de Jésus-Christ. Ce qui est assez difficile à soutenir, car les expériences qui ont été faites attestent qu’il y a eu des reprises dans son achèvement, et, en plusieurs endroits, il offre deux couches et une façon différentes.

La conclusion qui semble naturelle serait celle-ci, savoir :
- qu’en l’an 44, il avait reçu un commencement d’exécution ;
- que la portion sur laquelle Marsal est bâti était terminée ;
- encore s’agirait-il de montrer que la superficie du Marsal d’alors était aussi étendue que celle du Marsal d’aujourd’hui, et enfin que le reste a été achevé successivement et à d’autres époques.

Dans son Mémoire, le savant auteur paraît n’avoir pas connu l’existence du briquetage à Vic, Salone et Burthecourt. Ajoutons qu’une entreprise aux proportions si grandioses et qui implique tant de difficultés vaincues, n’a pu être conçue ni exécutée par les Celto-Gaulois, nation capricieuse, inconstante, vagabonde, qui ne nous a laissé aucun monument propre à lui faire attribuer celui-ci.

Marsal, comme l’indiquent son étymologie et la colonne décrite par M. de Saulcy, était une colonie romaine, composée, par conséquent, d’hommes, de femmes et d’enfants. Au lieu de recourir à une population celtique considérable, dont il faudrait prouver l’existence, il semble plus naturel de penser que, lorsqu’il a fallu rendre praticables les marais près desquels elle venait s’établir, toute la colonie, hommes, femmes et enfants, aidés de leurs voisins, se soit mise à œuvre pour hâter l’entreprise et en finir. Cette précipitation explique naturellement la grossièreté des matériaux qui y furent employés, et la simplicité du plan qui ne réalisa pas moins son but d’utilité pratique. Bien plus, il est permis de croire que les légions cantonnées dans le voisinage, exercées à l’art de dessécher les marais, ont aussi concouru à un travail, si prodigieux, qu’il étonne l’imagination la plus hardie.

Le plan et la construction du briquetage ont une analogie frappante avec le principe qui a présidé à ceux de quelques chaussées antiques, car, outre la ressemblance d’une même base solidement posée, on rencontre quelquefois des masses de terre cuite, des briques et des tuiles dans les couches inférieures des voies romaines.

Il est donc improbable que le briquetage de la Seille soit l’œuvre d’un peuple aborigène, d’autant plus que, dans les fouilles opérées jusqu’ici au-dessus de son massif, aucun monument celto-gaulois ne s’est rencontré.

On ne peut objecter les vingt squelettes gaulois découverts en 1839, lors de la création du nouveau lit de la Seille. Ils se trouvaient dans un terrain solide, près des hauteurs de Haraucourt et à 400 mètres environ des remparts. Or, de ce côté, les remparts forment la limite du briquetage.

De tout ce qui précède, nous croyons être en droit de conclure que la conjecture de La Sauvagère est encore aujourd’hui appuyée sur les probabilités les plus fortes. On sait qu’elle consiste à faire, des Romains, les auteurs du briquetage de Marsal et autres lieux voisins.

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