Les vases celtiques de Basse-Yutz, dits de Bouzonville

Vase œnochoes à goulot YutzVases stamnos Yutz

 

Les vases ont été découverts en 1927 à Yutz (Moselle) par deux ouvriers lors des travaux d’aménagement de ligne de chemin de fer.

Malheureusement, si vous désirez les admirer, il vous faudra faire un petit voyage à Londres. Ces vases sont en effet, la propriété du British Museum.

Proposés sans succès au musée de Metz, puis au musée du Louvre de Paris, ils ont été achetés par le célèbre musée de Londres en 1928.

S’il est vrai que la première guerre mondiale était terminée depuis à peine plus de 12 ans, et que sans doute, la reconstruction de la région importait plus que quatre vases en bronze, peut-être aurions nous quand même pu les conserver en France… Ces vases ont une grande valeur historique… et pécuniaire (près un million d’euros !).

Quoi qu’il en soit, ils sont à Londres. Peut-être qu’un prêt au musée Pompidou de Metz, permettrait aux Lorrains de les admirer… Qui sait ?

En attendant un voyage à Londres de votre part, ou des vases en Lorraine, je vous propose une description de ces bijoux celtiques.

 

D’après un article paru dans le « Bulletin de la société préhistorique de France » paru en 1930,
qui reprend un extrait des « Publications de la Société des Antiquaires de Londres » de 1929.

L’auteur (Reginald Smith – Celtic bronzes from Lorraine) étudie les curieux vases de bronze récemment acquis par le British Muséum, et provenant de Bouzonville (Moselle) où ils auraient été trouvés, dit-il, dans les fouilles d’une cave.

En réalité, un procès récent a établi qu’ils avaient été trouvés dans des travaux de chemin de fer par deux ouvriers qui ont été condamnés, pour se les être appropriés en prétendant les avoir déterrés dans leur cave. Ils essayèrent en vain de les vendre pour quelques milliers de francs à plusieurs de nos musées qui s’y refusèrent devant l’incertitude planant sur l’origine de ces objets, et peut-être aussi par crainte d’une falsification. Des intermédiaires moins scrupuleux les vendirent au grand Musée anglais pour 625 000 fr., fournis en grande partie par des donateurs.

Il est évidemment regrettable que nos musées n’aient pas pu conserver à la France, ces pièces d’un très beau caractère artistique, et d’un intérêt non moins grand pour la préhistoire.

Ces vases sont au nombre de quatre : deux sont de ces vases de style grec, connus sous le nom de stamnos, et qu’on suppose avoir servis à transporter du vin. Ce sont de belles pièces, mais d’un type connu, et qui n’offrent rien d’exceptionnel.

Beaucoup plus intéressants sont les deux autres vases, œnochoès à goulot, avec couvercle mobile attaché à l’anse par une chaîne. Ce type connu est ici d’une élégance rare et d’une richesse d’ornementation exceptionnelle.

Celle-ci présente trois principales caractéristiques : incrustations de corail, émaux, et figurines animales. La réunion sur les mêmes objets du corail et de l’émail est à remarquer, car on admet généralement que le corail appartient à la Tène I, et l’émail aux époques suivantes.

L’auteur, qui place les vases de Bouzonville au Ve siècle, y voit une preuve que l’origine de remaillage est plus ancienne qu’on ne le croit, et il l’attribue, comme l’emploi des figurines animales, à des influences venues du Sud-Est de l’Europe, probablement scythiques comme le style des figurations animales tend à le prouver. Il étend même cette hypothèse d’une origine orientale à l’ensemble du style de La Tène, dont les éléments classiques ne seraient pas arrivés par la vallée du Rhône mais par celle du Danube.

On voit quel ensemble de problèmes soulève cette découverte de Bouzonville. Elle représente en outre, pour l’histoire artistique, un véritable chef-d’oeuvre de l’art celtique dont un de nos grands musées aurait pu, à juste titre, s’enorgueillir.


Archive pour août, 2011

Les ruines du château des fées à Ruaux

Blason PlombièresRuines du château des fées à RuauxPlan du château des fées de RuauxRuines du château des fées à Ruaux

 

Une petite promenade sur les vestiges du Château des Fées de Ruaux, datant selon les uns, de l’époque gallo-romaine, ne remontant d’après les autres, qu’au XIIe siècle, époque à laquelle Simon, duc de Lorraine, en aurait interrompu la construction sur la réclamation des Dames de Remiremont.

D’autres croient encore, qu’étant donné la forme octogonale de l’enceinte et l’appareil des murs, elle ne remonterait pas au-delà du XVIe siècle. Enfin, la légende prétend qu’elle serait l’œuvre de fées !

Je vous propose une description de ce château, faite il y a plus d’un siècle et demi. La configuration a bien changé, plusieurs conflits sont malheureusement passés par là.

Les photos de ces ruines sont publiées avec l’aimable autorisation de Pascal.

 

D’après un article de M. Maud’heux publié dans les « Annales de la société d’émulation des Vosges » – 1858

 

Le château des fées occupe le sommet de la partie extrême du plateau du Feys, qui s’élève entre la vallée de la Semouze et une petite vallée arrosée par un ruisseau qui descend du hameau de Clairefontaine et vient se jeter dans la Semouze. Les flancs de cette espèce de promontoire sont hérissés par les affleurements des assises à peu près horizontales du grès bigarré qui constitue le massif de la montagne. Ces affleurements sont entrecoupés par des failles et supportent des roches détachées, de toutes les grosseurs et de toutes les formes, les unes isolées, les autres réunies en groupes.

Le plateau du Feys forme un sol plat et horizontal qui commence à prendre une légère inclinaison à partir d’une distance d’environ cent mètres de l’enceinte, dont le coté TT’ est extérieurement de plein pied avec le plateau. Mais la roche qui le constitue et qui n’est elle-même qu’une assise de grès, forme saillie sur le sol intérieur, d’une hauteur qui varie de 0,60 à 0,80m. Depuis T jusqu’en T’, le plan du sol intérieur incline davantage vers l’ouverture C, de telle sorte qu’une autre assise du grès, d’abord couchée sous le sol vers le point T, forme progressivement une saillie qui, à peu de distance du point D, laisse le sol en contrebas de 0,60 à 0,70m. Il a paru inutile de signaler cet accident sur le plan.

Les roches RR forment un double massif, séparé par un passage étroit et irrégulier : elles n’offrent aucune trace du travail de l’homme, et si, comme je le crois, elles sont les restes d’une assise, il faut admettre que les autres parties en ont été séparées par la rupture des blocs contigus à ces rochers. Ce n’est pas non plus le travail de l’homme qui a creusé le passage qui les sépare. Une fouille pratiquée dans le passage a prouvé que les rochers ne se rejoignent qu’à l’angle de rencontre de leur inclinaison, ce qui dénote une des failles naturelles que les assises offrent d’ailleurs sur une foule d’autres points. L’élévation des rochers RR sur le sol de l’enceinte est de 1,60m.

La grande pierre S offre une longueur de 4m sur 1m de largeur, et 0,60m d’épaisseur en moyenne. Elle repose inclinée sur deux roches plus petites et de formes plus massives. D’autres roches, de dimensions beaucoup moindres, et des pierres détachées des murs sont disséminées dans l’enceinte et à son pourtour extérieur.

Une pierre, en partie fouillée, m’avait paru un bas-relief complètement mutilé, mais, après un examen plus attentif, M. Laurent a pensé que l’évidement n’était que le commencement d’un travail destiné à la creuser en auge, travail que la rupture de cette pierre en deux fragments aura fait abandonner. La pierre Z gît dans l’enceinte près de l’ouverture C : en dehors de cette ouverture, deux pierres de même dimension, taillées de même, mais n’ayant pas d’échancrure à l’extrémité, reposent l’une sur l’autre. On doit supposer que ces trois pierres étaient dressées debout dans l’ouverture et servaient à la fermer au moyen de barres ou de poutres assujetties dans les échancrures.

Le plan donne une exacte idée du mode de construction des murs et de leur largeur. Ils régnent sur tous les côtés où l’enceinte borde les rampes très-inclinées de la montagne. Les pierres des deux parements ne sont pas toutes de même dimension. La plupart cependant portent 0,30 ou 0,40m en hauteur et en largeur.

Dans l’intervalle des deux parements, la disposition est plus irrégulière encore : cet intervalle est rempli d’un blocage de moellons et d’un mortier de médiocre qualité. Des terres se sont amassées sur le sommet des murs : des herbes, des plantes, des buissons et des arbres y sont percrus. Mesurés depuis l’intérieur de l’enceinte, les murs présentent encore, vers le point D, une hauteur de 2,50m. Elle varie ailleurs de 1m à 1,80m. Aucune des pierres tombées à leurs pieds n’a paru différente de celles du corps des murs, et n’a dénoté qu’ils eussent été surmontés d’un couronnement quelconque.

Leur ajustage dans les angles offre les meilleures conditions de solidité. En général, l’irrégularité de l’appareil et le mode de construction de ces murs, ressemblent à ceux qui étaient en usage après la période romaine et durant le moyen âge. Mais ils ressemblent aussi à l’opus incertum et antiquum de Vitruve, tel qu’il est représenté dans l’atlas du manuel d’archéologie de Muller.

L’ouverture C, où il ne reste que l’assise inférieure du parement externe, est placée vis-à-vis de failles qui ouvrent, à travers les affleurements du grès, un passage étroit et rapide comme la rampe de la montagne.

Après avoir étudié toutes les particularités intérieures et extérieures de cette enceinte, après avoir ouvert sur plusieurs points, et notamment suivant une ligne du nord au sud, des fouilles qui ont immédiatement rencontré le sol vierge, qui n’ont amené aucune découverte, mais qui ont justifié qu’aucune construction n’avait partagé l’enceinte en plusieurs parties, nous avons cherché à nous rendre compte de l’origine et de la destination primitive des ruines que nous avions sous les yeux.

Leur position à l’extrémité d’un plateau est bien celle que les Romains préféraient pour l’emplacement des camps et des postes militaires destinés à protéger un point important ou à garder un passage. Une première hypothèse se présentait donc à l’étude.

En jetant les yeux sur la carte de l’état-major, feuille de Lure, on reconnaît que le plateau du Feys n’est qu’à 6 ou 7 kilomètres de Plombières. Et que le chemin le plus court entre cette ville et Bains, autre établissement thermal, devrait être dirigé par Ruaux et par le hameau de Clairefontaine, descendre la vallée creusée par le ruisseau qui en découle, franchir la rivière de Semouze, vis-à-vis Petenpoiche, et de ce point gagner Bains ou Fontenoy-le-Château par les forêts du Clerjus et de Trémonzey.

Cette communication a-t-elle existé ? Les renseignements que j’avais recueillis ne signalent aucun vestige de voie romaine dans cette direction, excepté sur le territoire de Trémonzey, au lieu dit la Vieille-Chaussée, où l’on a reconnu le tronçon d’un chemin pavé paraissant se diriger vers Saint-Loup, mais qui aurait pu cependant appartenir à une voie tracée entre Bains et Ruaux, déviée de sa direction pour contourner la hauteur au pied de laquelle elle existe.

Le nom de Ruaux qui n’est que la corruption du mot Rual, employé dans les anciens manuscrits pour signifier une rue ou un chemin et qui parait dérivé des mots Ravent et Raon, ayant le même sens dans les anciens dialectes réputés Celtiques, semble révéler qu’une voie y a existé à une époque ancienne mais indéterminée. On a découvert à Ruaux des tombeaux en pierre portant des inscriptions et des armoiries dans une partie appelée la rue ancienne. Un canton voisin porte encore le nom de champ du marché. D’anciens titres, dit-on, donnent à Ruaux le nom de ville. Mais ces traditions et ces vestiges ne permettent pas de remonter au-delà des temps féodaux. On ne signale aucune trace de l’époque romaine.

Il y a lieu de penser aussi que Ruaux, qui dépendait de l’évêché de Besançon, faisait originairement partie de la Séquanie, et l’on ne remarque dans l’histoire, aucune époque où les circonstances politiques auraient pu engager les Romains à établir un poste militaire, destiné à prévenir un péril venant de cette province, vers laquelle le château des fées fait précisément face.

Ces objections s’affaibliraient si l’on admettait que le château des fées aurait été construit pendant la période franke, lorsque Ruaux formait en quelque sorte la frontière des royaumes d’Austrasie et de Bourgogne. Mais alors, on élevait bien plutôt des châteaux-forts et des tours que des postes militaires, et il est évident qu’il n’eût pas fallu plus de travail et de dépenses pour construire une tour que pour ériger l’enceinte du château des fées.

Ce qui d’ailleurs forme une objection qui semble insurmontable contre ces deux hypothèses, et contre celles qui présenteraient cette enceinte, ou comme le commencement d’un château dont la construction serait restée inachevée et abandonnée , ou comme une place de refuge que les populations se seraient ménagée pour les temps de guerre, toujours accompagnés autrefois de dévastations et de pillages, ce sont les groupes des rochers RR et S et les nombreuses roches disséminées dans l’enceinte. Elles n’auraient pas permis à des soldats, encore moins à des familles rurales et à leurs bestiaux, de se loger dans l’espace d’ailleurs peu étendu que les murs environnent.

Bien certainement, le premier soin de ceux qui l’auraient établie dans l’une ou l’autre de ces destinations, aurait été de la rendre logeable en la nivelant et en la débarrassant des rochers qui l’encombrent. Et rien n’était à la fois plus facile et plus commode que de les utiliser en y taillant les pierres qui ont été employées à la construction des murs.

Sans la présence de ces rochers, l’idée d’un poste militaire de l’époque romaine, ou même de l’époque franke, aurait pu être admise. On ne peut douter que les établissements thermaux de Plombières et de Bains, où les Romains ont laissé des vestiges considérables de leur occupation, n’ont pas pu être dépourvus alors de communication entr’eux. On peut très bien supposer aussi que les guerres des rois d’Austrasie et de Bourgogne auraient motivé, dans quelque circonstance ignorée aujourd’hui, la construction de cette enceinte.

L’hypothèse d’une place de refuge serait beaucoup moins acceptable, parce que le château du seigneur était le refuge naturel et obligé des populations rurales, parce qu’au besoin les vastes forêts du pays leur offraient de nombreuses retraites, où les partis ennemis ne se seraient pas aventurés à les poursuivre.

Mon impression, à la première visite du château des fées, avait été qu’il constituait une enceinte gauloise, entourant un dolmen, offrant dans l’intérieur de l’enceinte la place réservée aux druides et aux chefs, en dehors du côté TT sur le plateau, celle d’où le peuple, sans pénétrer dans l’enceinte réservée, pouvait assister aux sacrifices et en suivre l’accomplissement dans tous leurs détails.

L’ouverture C et le passage dans les rochers inférieurs formant la voie par laquelle on amenait les victimes, et par laquelle aussi les druides et les chefs arrivaient dans l’enceinte et en sortaient sans se mêler au peuple.

Cette impression était loin cependant de me donner une conviction exempte de doutes, et je désirais surtout la soumettre à mes collègues, après avoir recueilli préalablement tous les souvenirs que le pays pouvait avoir conservés sur l’ancien état de l’enceinte.

Deux vieillards qui nous ont été signalés comme ayant conservé les notions les plus anciennes sur ces ruines, nous ont dit qu’une grande quantité de pierres, provenant du château des fées, avaient été enlevées à l’époque de la construction de l’église de Ruaux, et employées dans cette construction. Suivant eux, le mur se prolongeait sur le côté TT qui, étant plus voisin du chemin, aurait été complètement détruit : ce mur aurait été garni d’anneaux en fer.

Je crois que la première partie de ces souvenirs est exacte. Il y a lieu de croire que les murs atteignaient en hauteur le même niveau horizontal. Les pierres qui gisent à leurs pieds ne suffiraient pas pour leur restituer partout ce niveau. Les murs de l’église de Ruaux ne paraissent pas en provenir, mais, ceux du cimetière qui l’entoure offrent des dimensions et un appareillage analogue.

Dans l’assertion que le mur se prolongeait sur le côté TT, j’aperçois de graves sujets de doute : on aurait certainement laissé sur place les moellons et le mortier du blocage qui unissait les parements, et on ne les retrouve pas. En tout cas, le mur de ce côté n’aurait pu avoir qu’une très faible élévation, à moins de dépasser de beaucoup le niveau supérieur des murs des autres côtés. Ce qui n’est pas vraisemblable.

Quant aux anneaux en fer, c’est une pure fable qu’on rencontre fréquemment dans les traditions relatives aux ruines antiques : tantôt, suivant elles, ces anneaux servaient à attacher les chevaux des gardes de cavalerie ; tantôt, à attacher des malfaiteurs.

Sur un point des Vosges alsaciennes, la tradition veut qu’ils aient servi à retenir les vaisseaux lorsque la vallée du Rhin était encore un lac. Je n’ai pas besoin d’ajouter que nous avons inutilement recherché des vestiges de ces anneaux et des pierres dans lesquelles ils auraient été fixés.

Ces souvenirs n’élèvent aucune objection sérieuse contre l’hypothèse dont j’avais été préoccupé dès ma première visite. Il faut les chercher ailleurs et je n’entends nullement atténuer leur gravité.

Il n’est pas certain que la pierre S soit le fragment d’une table de dolmen. Sa position, à quelque distance des rochers RR, semble exclure cette pensée. Des fragments aussi massifs reposeraient aux pieds des piliers du monument. Sa forme, ses dimensions, la disposition de l’emplacement qu’elle occupe, inclinée contre deux autres roches, n’ont rien d’extraordinaire, et se rencontrent ainsi réunies pour d’autres roches jetées çà et là sur les rampes de la montagne.

Les rochers RR n’ont subi aucun travail humain. Leur disposition est purement accidentelle, et aucun motif sérieux n’autorise à les considérer comme les piliers d’un dolmen.

L’appareil et le mode de construction des murs ne sont pas ceux qu’on remarque dans les enceintes gauloises, toujours formées de pierres brutes posées sans ciment, et leur emploi remonte tout au plus au Ve siècle, ou à la fin du IVe. Il faudrait donc supposer que l’enceinte n’aurait été établie qu’à cette époque relativement moderne, lorsque la religion chrétienne était dominante, lorsque celle des druides était proscrite. Si telle était bien l’origine de cette enceinte, elle constituerait un monument peut-être unique en son genre.

Je n’ai pas la prétention de détruire ces objections. Je crois cependant permis de supposer que nos ancêtres pouvaient très bien se dispenser de recourir au travail et à la force de l’homme, quand la nature avait préparé par hasard des dispositions telles qu’ils s’efforçaient de les établir.

Pourquoi n’auraient-ils pas accepté pour leurs cérémonies religieuses, des rochers accidentellement superposés comme les pierres du dolmen, ou dressés debout comme le menhir et le peulvan. Sans doute, rien ne prouve que la roche S soit le fragment d’une table. Mais il est certain que les diverses parties de l’enceinte ne sont plus dans leur état primitif. Sans doute, il y a une énigme dans le contraste d’une série de murs construits en pierres taillées et avec une certaine symétrie, et la présence des rochers RR, de la roche S et des autres roches dispersées dans l’enceinte.

Mais, hypothèse pour hypothèse, celle vers laquelle j’incline, est encore celle qui fournit la solution la plus plausible. Elle semble d’ailleurs concorder avec deux circonstances d’une autre nature, le nom que portent ces ruines, le sobriquet de fous que de tout temps on a donné aux habitants de Ruaux.

On sait que la superstition populaire rattache partout le nom des fées aux lieux qui étaient consacrés par le paganisme et surtout par le druidisme. Ce n’est pas parce que le niveau de l’intelligence serait trop abaissé parmi les habitants de Ruaux, qu’un sobriquet insultant a été attaché à leur nom depuis une époque inconnue. Ne serait-ce pas plutôt parce qu’ils auraient conservé plus longtemps que leurs voisins le culte druidique ? Ne sait-on pas que plusieurs lieux qui lui étaient consacrés portent aujourd’hui la désignation de cantons des fous ou de la folie ?

Toutes ces considérations, toutes ces objections ont été discutées et pesées sur les lieux mêmes. Nous avons été à peu près d’accord pour reconnaître que, si les ruines que nous avions sous les yeux ont constitué une enceinte druidique, elle ne remonterait pas au-delà de la fin du IVe siècle. Mais, quant à l’hypothèse elle-même, si les uns l’ont considérée comme la plus probable, les autres, sans l’exclure d’une manière absolue, l’ont réputée très douteuse.

Quoiqu’il en soit, les ruines du château des fées méritent bien certainement l’attention et les études des archéologues, et, en terminant cette notice, j’exprimerai le vœu bien sincère qu’elles soient visitées par ceux que Plombières attire dans le pays et pour lesquels le bois du Feys peut devenir ainsi le but d’une excursion intéressante.

La légende du château des fées de Ruaux

Construction château des fées de Ruaux

 

D’après « Le tour du Monde » – 1867

Suivant la tradition, Ruaux était autrefois une ville, et cette ville n’était habitée que par des fous. Les fées couvraient d’une protection particulière cette population d’insensés.

Aussi avaient-elles résolu de bâtir un château fort destiné à préserver de toute attaque le village des innocents. L’emplacement qu’elles avaient choisi était une éminence située dans la forêt dite Fays. (Ce point, si on en croit les hommes de l’art, est tout justement un point stratégique de la plus haute importance ; les fées avaient devancé Vauban).

Le château devait être bâti en une seule nuit. C’était une condition imposée aux fées et qui n’était pour elles le sujet d’aucune inquiétude, tant elles étaient habiles. Mais, ou la besogne était plus longue que ces bonnes ouvrières ne l’avaient supposé, ou quelque puissance supérieure, un mauvais génie sans doute, avait des motifs pour s’opposer à ce que Ruaux fût fortifié, car les fées furent surprises par les premiers rayons de l’aurore, avant qu’elles eussent mis fin à leur ouvrage.

Artistes de nuit, elles frissonnèrent devant le jour qui paraissait, laissèrent tomber les pierres qu’elles portaient dans les plis de leurs robes noires, tachetées de feux follets, et, comme de vaines ombres, elles disparurent. Depuis lors, le château bien connu dans le pays sous le nom de « Château des Fées », est resté inachevé.

On aperçoit encore d’immenses blocs de pierre semés à l’abandon, dans les environs du Château. Ce sont les matériaux qu’apportaient les fées, quand les lueurs naissantes du matin vinrent les interrompre.

Les ruines de la forteresse de Vaudémont (54)

Tour Brunehaut VaudémontBlason VaudémontVaudémont avant 1636

 

Petit village de moins d’une centaine d’habitants, il ne reste que des ruines de la forteresse. Pourtant, Vaudémont était la capitale du comté de Vaudémont du XIe jusqu’au XVe siècle, comté réunifié avec le duché de Lorraine, lors de l’avènement du duc René II en 1473.

Je vous propose de découvrir à quoi ressemblait la forteresse de Vaudémont, avant le démantèlement en 1639, sur ordre du roi de France.

 

D’après la monographie « Charles de Vaudémont » de G. Le Cler – Année 1869

Au commencement du XVIIe siècle, la forteresse de Vaudémont avait un aspect formidable. Les murailles épaisses de vingt pieds se dressaient sur la crête de la montagne, formant une vaste enceinte, un pentagone irrégulier, dont l’angle aigu regardait le village d’Eulmont. A cet angle se trouvait la tour de Brunehaut, dont les restes subsistent encore.

Aux autres angles, la tour Maubrune, la tour Hainchemont, la grande tour de la Fontaine, la grosse tour du Chaulcheux (ou du pressoir). Au centre, un énorme donjon de cent cinquante pieds de haut, de trois cents pieds de circonférence, dominant de ses proportions colossales tout le reste de l’édifice.

Dans les intervalles, des tours étaient construites de gracieuses petites tourelles, dont les unes couronnaient les portes de la forteresse, et les autres servaient de pavillons d’agrément.

Les murs et les tours étaient revêtus à leur sommet de machicoulis et de créneaux.

D’un seul côté, celui de la ville, régnait un large et profond fossé. Le reste de l’enceinte reposait sur des roches à pic ou des pentes perpendiculaires.

L’entrée principale, la Porterie, était défendue par un pont-levis à double chaîne, par une herse, un assommoir et une galerie crénelée. On n’avait oublié, ni les puits ni les citernes.

Le donjon était le refuge et l’habitation du comte et de la garnison, pour le cas où la défense de la forteresse fût devenue impossible. Des caves du donjon partaient deux galeries voûtées, aboutissant au pied de la montagne, à des portes de secours par où l’assiégé pouvait introduire des renforts ou échapper à l’ennemi.

Entre la tour Maubrune et la tour Hainchemont, étaient construits deux grands corps de logis, précédés de jardins entourés de grilles en fer. Les tours étaient elles-mêmes aménagées en appartements de luxe, surtout la tour Maubrune, où était la fameuse chambre rose, ainsi nommée de ses riches tentures en velours de cette nuance et de ses hautes et basses chéyères (fauteuils et chaises), en bois de rose.

Les bâtiments de service, écuries, magasins, arsenaux, étaient attenants à la tour Brunehaut,

La ville, au pied de la forteresse, était elle-même entourée de fossés et de murailles et pouvait soutenir un siège. Elle communiquait au château par une galerie couverte.

Telle était en 1621 cette formidable résidence princière. Il n’en reste aujourd’hui qu’une tour en ruines.

L’abbaye de l’Etanche à Deuxnouds-aux-Bois (55)

Abbaye de l'Etanche Deuxnouds aux BoisAbbaye de l'Etanche Deuxnouds aux BoisAbbaye de l'Etanche Deuxnouds aux BoisAbbaye de l'Etanche Deuxnouds aux Bois

 

Inscrits aux monuments historiques en décembre 1984, la chapelle et le bâtiment sont, d’après la base de données du ministère de la culture, la propriété d’une société privée. Laissé à l’abandon au milieu des bois depuis des années, cet édifice est dans un état de délabrement qui fait réellement peine à voir.

Des appels au secours ont été régulièrement lancés sur différents sites ou blogs depuis maintenant trois ans. Rien n’a bougé, et la situation ne fait qu’empirer.

Il serait tout de même dommage qu’on dise un jour : « Il y avait une abbaye… », alors je relaie l’appel.

Pour l’instant, et en espérant que la situation évolue, je vous propose de découvrir les 900 ans d’histoire de l’abbaye.

 

D’après le « Pouillé du Diocèse de Verdun (Volume 3) par l’abbé N. Robinet,
continué par l’abbé J.-B.-A. Gillant » – Année 1904

L’abbaye de l’Etanche, située dans un vallon solitaire au milieu des bois, entre Deuxnouds et Creuë, reconnaissait comme premier fondateur, un pieux personnage, Bertauld, qui vers 1138, donna son alleu de Faverolles à l’évêque Albéron de Chiny, pour qu’il y érigeât un monastère. Albert Leloup, neveu de Bertauld, augmenta la donation. L’évêque avait fondé en 1133, l’abbaye de Belval-en-Argonne. De cette nouvelle maison, il appela vers 1140, des religieux Prémontrés, et l’abbé de Belval lui-même vint présider aux constructions et à l’établissement du monastère.

La nouvelle abbaye et l’église furent dédiées, vers 1147, sous le titre de l’Annonciation de Notre-Dame.

Albéron, évêque de Verdun, donna aux religieux de l’Etanche ses terres de Hautchamp et de Benoite-Vaux avec leurs dépendances. D’autres seigneurs ou riches personnages gratifièrent de leurs largesses le nouveau couvent. L’évêque Albert de Mercy, par une charte datée de 1157, reconnut et approuva les libéralités faites à l’abbaye et en ajouta d’autres.

Le 17 des Calendes de décembre 1180, Alexandre III envoya une bulle confirmative de la fondation de l’abbaye avec l’énumération de tous les biens qu’elle possédait. En 1194, le pape Célestin III confirma deux donations faites à l’abbaye. En 1213, Innocent III envoya une autre bulle confirmative des biens du couvent. En février 1278, le pape Nicolas III renouvela et confirma les privilèges, immunités et indulgences accordés par ses prédécesseurs.

L’abbaye était sous la garde de l’évêque de Verdun, ainsi qu’il fut reconnu par acte authentique passé le 1er avril 1324 entre l’abbé et l’évêque.

L’Etanche jouissait, en charge d’hommage à l’évêque en son château d’Hattonchâtel, des droits seigneuriaux sur l’ancien alleu de Faveroles. En 1484, Guillaume de Haraucourt, fit saisir le temporel, faute d’hommage rendu par l’abbé Jean de Molley. Et en 1786, dans le procès-verbal de la réformation de la coutume d’Hattonchâtel, on mentionne encore les abbé, prieur, religieux et couvent de l’abbaye de l’Etanche, seigneurs hauts, moyens et bas justiciers dudit lieu (Clouet – Histoire de Verdun).

Les seigneurs de Creuë avait fondé à l’Etanche, en 1461 et vers 1470, des services annuels. Le 7 octobre 1492, Gérard d’Avillers, seigneur de Commercy, fonda quatre services par an, le lendemain des fêtes de la Vierge, le chant qutidien de l’Ave Verum à l’élévation de la messe, et le Salve Regina après les Vêpres. Fondation approuvée en 1505 par Wary de Dommartin, évêque de Verdun.

En 1627, Jean le Cousin, prieur des Dominicains de Verdun, vint ériger à l’Etanche, la confrérie du Rosaire. Les religieux, en vertu d’une fondation établie par Christine Groullot de Chaillon (avait donné pour cette fondation une rente de 20 barrois), devaient faire la procession du Rosaire le premier dimanche de chaque mois, et célébrer quatre anniversaires pour les confrères défunts, le lendemain des fêtes de la Nativité, de la Purification, de l’Annonciation et de l’Assomption.

La réforme de Servais de Lairuels fut introduite au monastère en 1626. Jean la Trompette, étudiant à Pont-à-Mousson, devenu abbé de l’Etanche par la mort de son oncle, vint se jeter aux pieds de son supérieur, lui offrant son abbaye pour en disposer selon les vues de Dieu. Le père de Lairuels envoya de suite à l’Etanche, quatre de ses religieux réformés, qui prirent possession le 7 février 1626, et firent accepter la réforme aux trois anciens religieux qui restaient.

Le 12 mai suivant, Servais de Lairuels fit admettre la séparation des menses afin de mieux assurer la subsistance des religieux. Un conseiller d’état, un avocat et un huissier, appelés de Saint-Mihiel à cet effet, procédèrent au partage des droits, des charges, des propriétés, et même des bâtiments. Ils réglèrent la part de l’abbé ou mense abbatiale, et celle des religieux ou mense conventuelle. Benoite-Vaux et ses dépendances fit partie de la mense conventuelle. Cette séparation des menses fut confirmée par une bulle du pape Urbain VIII en mai 1628.

L’Etanche reçut du roi Louis XIII des lettres de protection et de sauvegarde, datées de Pont-à-Mousson le 7 juillet 1632. Cette royale sauvegarde n’empêcha nullement la dévastation de l’abbaye par les Croates. Les fermiers ruinés avaient fui. Les religieux réfugiés à Hattonchâtel, puis chassés de ce lieu, erraient dans les bois, et revenaient à de longs intervalles, visiter leur couvent désert et ruiné. L’abbé vivait tranquillement en France. L’Etanche resta ainsi abandonné pendant quatre ou cinq ans.

Les temps calamiteux du XVIIe siècle avaient ramené la réunion des menses abbatiale et conventuelle. Leur séparation se fit de nouveau en 1743. La totalité des biens fut divisée en trois parts : une pour l’abbé, la deuxième pour les moines, et la troisième, ou tiers-lot, pour subvenir aux charges communes. Le tirage au sort de ces lots eut lieu le 28 janvier 1743.

L’abbaye resta constamment en règle, et ne subit jamais la commende. La nomination de l’abbé était élective et avait lieu en Chapitre, d’après la règle de saint Augustin et la bulle de 1180. Toutefois, au XVIIIe siècle, le roi, en vertu d’un indult, nomma les deux derniers abbés.

Le personnel de l’abbaye se composait ordinairement de huit religieux. En 1626, avant la réforme, il n’en restait que trois avec l’abbé. Après la réforme, il y avait l’abbé, trois anciens et quatre nouveaux religieux. En 1682, l’abbé et six religieux habitaient le monastère. Le relevé de 1790 mentionne l’abbé, cinq ou six pères et un frère convers. L’un d’eux exerçait les fonctions de prieur claustral. Les autres charges étaient celles de sous-prieur, procureur et circateur. Un religieux, ordinairement le sous-prieur, avait le titre de curé de l’Etanche.

Le savant Dominique Callot, abbé de l’Etanche, avait commencé à former la bibliothèque de l’abbaye vers 1680. Ses successeurs continuèrent à l’enrichir. Joseph Boucart l’augmenta considérablement. D’après Dom Calmet, elle valait 50 000 livres. Quelques temps après vers 1755, il fallut la vendre « par mesure d’économie ». En 1770, l’abbé et ses religieux reformèrent une nouvelle bibliothèque, celle qui se trouvait à l’abbaye au moment de la suppression en 1790.

L’ancien couvent bâti au XIIe siècle, contre la côte près du bois, ne parut plus suffisant au commencement du XVIIe siècle. L’abbé Firmin La Trompette, vers 1610, le fit rebâtir entièrement sur des proportions plus vastes et plus riches, à l’endroit où il existe encore. Il dépensa pour cela, la somme énorme de 120 000 livres. L’ancienne église reçut un portail nouveau, ainsi qu’un pavé, et les autels furent refaits d’après des dessins plus élégants. Un de ces autels était sous le vocable de saint Nicolas.

Vers 1743, on commença la reconstruction de l’abbaye. Ce travail important ne fut terminé qu’en 1757. En 1770, on y ajouta un réfectoire d’été, et au-dessus une salle pour la bibliothèque.

L’abbé Thénaudel fit reconstruire l’église abbatiale, achevée en 1770, dans le style de la renaissance.

Benoîte-Vaux, sa chapelle bâtie par les moines, et une petite ferme voisine, dépendaient de l’abbaye de l’Etanche. C’était d’abord un ermitage gardé par un religieux prémontré ou un autre prêtre. L’abbaye de l’Etanche demanda et obtint en 1670, son érection en cure, en gardant le droit de nomination.

Le 23 novembre 1675, union de la cure de Benoîte-Vaux à la mense capitulaire de l’Etanche. Le 21 juillet 1754, la cure de Benoîte-Vaux fut érigée en prieuré indépendant. Vers 1766, l’union parait rétablie entre les deux couvents.

En novembre 1708, Benoîte-Vaux, ayant été pillé par les ennemis, on transporta la statue miraculeuse à l’Etanche, où elle resta plusieurs mois.

Les armes de l’Etanche étaient à peu près les mêmes que celles de Benoîte-Vaux : D’argent, à une Vierge-Mère couronnée, tenant dans sa main dextre une pomme, et sur bras sénestre l’Enfant Jésus aussi couronné, le tout d’or.

L’Etanche, après avoir perdu plus de moitié des biens de sa fondation, devint une des moins riches maisons de l’ordre des Prémontrés.

L’abbaye possédait :
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à l’Etanche : le couvent et ses dépendances, une ferme et trois papeteries
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à Lamorville : le moulin et la papeterie de Bayart
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à Rambluzin : un moulin et quelques prés
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à Hattonchâtel : une maison et des vignes
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sur le territoire de Neuville-en-Verdunois : la métairie de Hautchamp.

Ses autres propriétés, gagnages, terres, prés, étaient situés sur les finages de Deuxnouds, Vigneulles, Creuë, Woël, Dieue, Ambly, Tilly, Woimbley, Lacroix, Thillot, Chaillon, Saint-Maurice, Lamorville, Lavignéville, Hattonville, Rouvrois, Villers-sur-Meuse, Bouquemont, Herbeuville.

En outre, l’abbé et les religieux avaient des droits sur les dîmes de Saint-Maurice, de Thillot, de Woël, d’Avillers, etc…

Tous ces biens et revenus furent confisqués par la révolution. En mai 1790, les commissaires nationaux vinrent à l’Etanche et dressèrent l’inventaire. La vente du mobilier se fit le 24 mai 1791 et produisit la modique somme de 2 041 livres 6 sous.

Le 9 septembre 1791, le district de Saint-Mihiel adjugea pour 32 600 livres, à Lejuste de Commercy, l’abbaye, l’église, les autres bâtiments, ainsi que la ferme qui dépendait du monastère. Tous ces édifices ont été conservés.

L’Etanche, après avoir passé à divers propriétaires, forme actuellement une belle maison de campagne, et ses dépendances sont restées maisons de ferme.

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