L’hôpital et la chapelle de Gerbonvaux (88)

GerbonvauxGerbonvaux intérieur d'un bâtimentChapelle Gerbonvaux

 

A une vingtaine de kilomètres de Neufchâteau, dans un bois, une chapelle et des bâtiments, sont à l’abandon. N’étant à priori pas classés aux monuments historiques, ils meurent sans que pratiquement personne ne s’intéressent à leur triste sort.

Ces bâtiments appartiennent pourtant à un ancien hôpital, fondé en 1261 par le seigneur Geoffroy de Bourlémont. Presque huit siècles d’histoire !

Toute sauvegarde ou rénovation nécéssite beaucoup de temps, beaucoup de volonté  et surtout beaucoup d’argent, mais ne pourrait-on pas « entretenir » des ruines, qui ne sont pas trop éloignées de la maison natale de Jeanne d’Arc ?

En attendant de bonnes nouvelles (un jour peut-être) quant à la sauvegarde de ces bâtiments (avant qu’il ne soit trop tard), je vous propose un petit historique de ces lieux.

Les photos de Gerbonvaux sont extraites de cet album et publiées avec l’aimable autorisation de Michel.

D’après les « Annales de la Société d’émulation du département des Vosges » – Année 1879

A un kilomètre environ de Martigny, sur le bord de l’ancienne voie romaine de Toul à Langres, au fond d’une gorge étroite, remontant d’un côté jusqu’au village qui lui emprunte son surnom, et s’ouvrant de l’autre sur la pittoresque commune de Jubainville, s’élève une ferme de modeste apparence, mais flanquée d’un petit bâtiment percé de fenêtres gothiques, indiquant une chapelle, bien qu’il n’y ait point de clocheton.

La dénomination de cette ferme, pourrait donner lieu de la part des étymologistes, à beaucoup de commentaires et d’hypothèses. On l’appelle Gerbonvaux. Elle est nommée dans les anciens titres Gilbonval et Girbonval (1261), Gierbonval et Girbonvaulz (1263), Gerbonval (1265), Gerbonvaulx et Girbonvaul (1318), Gilbonvaulz (1331), Girbauvaul (1355), etc…

Ces désignations, et quelques autres encore, se trouvent dans une série de documents restés jusqu’à présent inconnus (fond des Oratoriens de Nancy aux archives départementales de Meurthe-et-Moselle). Ils y forment une suite importante, non seulement par leur nombre, mais encore et surtout, à cause des particularités curieuses qu’ils renferment.

L’histoire de Gerbonvaux est intimement liée à celle de plusieurs grandes familles du pays, et elle fournit de précieux renseignements sur l’organisation de cette maison, l’un des rares établissements hospitaliers de nos contrées, dont il soit possible de rétablir les annales, d’une manière à peu près complète, depuis la seconde moitié du XIIIe siècle jusqu’à la fin du siècle dernier.

La maison de Gerbonvaux

Le domaine de Gerbonvaux appartenait dans l’origine, à l’abbaye de Sept-Fontaines, ordre de Prémontrés, au diocèse de Langres.

Ce monastère, se trouvant chargé de dettes « à usures », qui le menaçaient d’une ruine prochaine, Baudoin, qui en était alors abbé, résolut, du consentement de ses supérieurs écclésiastiques et de ses religieux, d’en aliéner quelques biens. De ce nombre, fut la mason de Gilbonval, qu’il vendit au mois d’avril 1261, à Geoffroy, seigneur de Bourlémont, et à Sybille sa femme, moyennant la somme de 70 livres de provenisiens forts.

L’abbé de Prémontré et celui de l’abbaye de Belval, de laquelle dépendait Sept-Fontaines, ratifièrent cette vente, le premier en 1261, le second en 1263.

L’hôpital de Gerbonvaux

A peine devenu possesseur de la maison de Gerbonvaux, Geoffroy de Bourlémont résolut d’en faire un établissement hospitalier, destiné à recevoir les malades et les passants, et il le dota de différents biens par une charte de 1265. Cet acte, parait-il, contenait un article, par lequel Geoffroy de Bourlémont se réservait, à lui et à ses successeurs, le droit de nommer un maitre, qui devait être entretenu aussi bien que les malades, les frères et les pauvres.

Perrin et Geoffroy de Bourlémont, fils de Geoffroy, confirmèrent la donation qui précède, par une charte en 1269.

Les biens de Gerbonvaux s’augmentèrent successivement, par suite de donations ou d’acquisitions :
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Juillet 1265, don fait par Erars, chevalier de Parnei (Pargny-sous-Mureau)
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Août 1266, don de messire Manissiez, chevalier de Brixey
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Janvier 1307 ou 1308, don de Jeannette, fille de Aubri de Brissey (Brixey-aux-Chanoines)
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Décembre 1318, don de Jean, sire de Bourlémont
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1321, dimanche après purification de Notre-Dame, don de Jean de Domrémy, prêtre, fils d’Ysabelet
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Janvier 1325 ou 1326, don de Jean de Bourlémont et de Jeanne de Grancey
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Décembre 1328, vente d’un bois de la part de Giles de Richamaingni (Richardménil)
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1329, don d’un nommé Bancelin qui décéda à l’hôpital
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Mai 1329, don de Husson de Toul, fils de monseigneur Vaultier, chevalier
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1343, don de Husson, fils de monseigneur Vaultier de Toul
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Février 1360, don de Guyot de Sorcey (Sorcy)
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1387, don de Husson de Girbonval et de sa femme Alix
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Décembre 1399, don de Jean de Bourlémont, seigneur dudit lieu et de Domremy en partie
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1423, don de Thierry de Pourneroy (Punerot)
Juillet 1468, don de Jean Bidal, prêtre, jadis gouverneur de l’hôpital de Saint-Eloy de Gerbonvalt.

Afin d’augmenter les ressources de l’hôpital par la perception de droits d’étalage et de vente, et peut-être aussi pour attirer dans ce lieu des habitants, Jean de Bourlémont avait institué à Gerbonvaux, une foire qui se tenait annuellement, la veille, le jour et le lendemain de la saint-Eloy. Et pour que les marchands puissent y venir en toute sécurité, il avait sollicité et obtenu, en 1318, d’Edouard Ier comte de Bar, et de Ferry IV duc de Lorraine, des lettres de sauf-conduit et de protection.

Par lettres datées du mercredi après la saint-Jean-Baptiste 1336, le duc Raoul prend « sous son especiaule et salve garde » et en sa bonne protection « la maison et l’ospitaul de saint Eloy de Girbonval et tous les biens appartenans à ladite maison … Saulf tant que quant mes prevotz de Chastenoy et sui sergent garderont la foire de Girbonvaul, ilz seront aux despens de la dite maison et hospitaul, sans faire outraige ».

Les officiers de Châtenois ne se conformèrent pas toujours scrupuleusement à cette dernière clause des lettres du duc Raoul, et il en naquit des conflits entr’eux et les administrateurs de l’hôpital.

A l’exemple des prévôts de Châtenois, ceux de Ruppes, se fondant sur un droit à eux acquis depuis un temps immémorial, ne se contentaient d’exiger du maître ou amodiateur de Gerbonvaux le repas qui leur était dû annuellement, ils exerçaient des usurpations de pouvoir, et commettaient ou laissaient commettre des exactions de toute espèce. C’est ce qui arriva notamment en 1601, et provoqua de la part de l’administrateur de l’hôpital, une plainte.

A la suite de cette plainte, le comte de Vaudémont écrivit au prévôt de Ruppes, pour lui enjoindre de ne plus aller à la foire de Gerbonvaux qu’avec deux ou trois personnes, et d’empêcher son mayeur d’Happoncourt d’exiger des marchands et merciers, plus que le droit ancien et accoutumé.

A part les documents que l’on vient de rappeler, et qui n’ont guère qu’un intérêt de curiosité, il n’en existe presque point pour le XVIe siècle et une partie du XVIIe.

Durant cette période, on ne constate plus de donations faites à l’hôpital de Gerbonvaux, de privilèges à lui accordés par les souverains. Il a subi des transformations de toute nature, et ne semble plus être entouré du prestige, qui, dans les premiers temps, éveillait en sa faveur la générosité publique.

En dépit des lettres de protection et de sauvegarde qu’il avait obtenues, ses domaines furent dévastés par les gens de guerre, ses maisons livrées au pillage, et il est obligé de recourir à la voie des monitoires (1704 et 1711) pour rentrer en possession de ses biens et récupérer les titres et papiers qui lui avaient été enlevés.

Les biens, droits et revenus, dont il jouissait à la fin du XVIIe siècle, et les charges auxquelles il était attenu, sont énumérés dans l’acte des foi et hommage faits le 22 juillet 1681, devant la chambre royale établie à Metz, par le supérieur des prêtres de l’oratoire de Nancy, lesquels étaient devenus possesseurs de Gerbonvaux depuis une soixantaine d’années.

Cet acte est ainsi conçu : « Nous Bernard Perdriset, supérieur de la maison de l’oratoire de Nancy, [...], reconnaissons et déclarons tenir du roy de France, en fief, les portions de la moitié de la seigneurie foncière de Martigny dépendant de la maison franche de Gerbonvaux, et que les biens consistent : Premièrement, aux bâtiments, qui sont une petite chapelle, des chambres pour le fermier et pour quelques pauvres ; la grange, le jardin, une chenvière proche, quelques masures… La chapelle ou hermitage de Bermont, avec son jardin, et quelque peu de terres qui sont à l’entour, à l’usage de l’hermite qui y réside ».

La population de Gerbonvaux fut dans l’origine composée de quatre catégories d’individus : un maître, des frères, des malades et des pauvres passants, puis peu après des prébendiers.

Le maître : ne prend à l’origine que le titre de maître. Dans la suite, se qualifie successivement et alternativement de maître et procureur, maître et gouverneur, recteur et gouverneur, etc… C’est un laïc ou un écclésiastique, au gré des collateurs, mais le plus souvent un écclésisastique.

Les frères : Chargés sans doute à Gerbonvaux, comme à saint-Nicolas de Metz, de donner des soins aux malades. Ils avaient également part à l’administration conjointement avec le maître de la maison.

Les prébendiers ou les prébendes : A saint-Nicolas de Metz, il y avait des prébendiers de deux sortes. Les premiers qui recevaient une prébende de l’hôpital, les seconds qui lui en payaient une, moyennant laquelle ils y étaient admis comme pensionnaires.

Les lettres de sauvegarde données à l’hôpital par le duc Raoul, fournissent de curieux renseignements sur le personnel de Gerbonvaux à cette époque. Elles font voir qu’il y avait deux procureurs, un maître, neuf prêtres, trois clercs, cinq autres individus, dont deux avec leurs femmes, et une fille « Eudelette la barbière », tous prébendiers, au nombre de dix-sept. D’où l’on peut conclure que les bâtiments de l’hôpital devaient être considérables, non compris les pauvres et les malades, auxquels étaient réservées sans doute des chambres spéciales.

Tel était l’hôpital lorsque les collateurs firent cession de leurs droits de patronage laïc aux prêtres de l’Oratoire en 1619.

Cet état de choses subsista sans trouble jusqu’en 1680. A cette époque, les chevaliers de l’ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare firent signifier aux Oratoriens qu’ils eussent à leur remettre Gerbonvaux, avec ses biens, titres et papiers, en restituant même les fruits et revenus qu’ils avaient perçus depuis vingt-neuf ans, et ce en l’éxécution de l’édit du roi, du mois de décembre 1672, et de l’arrêt rendu le 4 mars 1673, par la chambre royale séant en l’arsenal de Paris, portant réunion à l’ordre des maladeries, hôpitaux, bénéfices, commanderies et autres lieux pieux.

Les Oratoriens rédigèrent plusieurs mémoires pour prouver que Gerbonvaux ne rentrait pas dans la catégorie des établissements visés par les édit et arrêt cité ci-dessus. Ils produisirent des certificats des maires et habitants des villages voisins, attestant que le service divin s’y était toujours fait, qu’on y avait toujours exercé l’hospitalité, qu’ils en avaient même fait rétablir les logements ruinés pendant les guerres.

Mais, quoique le bon droit fût de leur côté, ils craignirent de s’engager dans un procès onéreux et, par un acte du 23 octobre 1681, ratifié le 4 décembre suivant par le supérieur général de la congrégation de l’Oratoire, à Paris, ils abandonnèrent à l’ordre de Saint-Lazare, la pleine et entière jouissance de l’hôpital et maison de Gerbonvaux, sous le titre de Saint-Jean, et des maisons, biens et revenus en dépendant.

En faisant cette cession, les Oratoriens conservaient l’espérance de rentrer, dans un temps plus ou moins éloigné, en possession du domaine, dont on les dépouillait.

Et en effet, le roi ayant reconnu que les réunions prononcées par la chambre de l’Arsenal étaient extraordinaires et ne pouvaient sunsister, il donna, en 1693, une déclaration par laquelle il désunit de l’Ordre de Saint-Lazare ce qui y avait été incorporé en conséquence de l’édit de 1672 et de l’arrêt de 1673, et cassa toutes les transactions qui avaient pu être faites avec cet ordre.

De son côté, le comte de Carlinford, grand maître de l’hôtel de Léopold et chef du conseil de régence, fit rendre par le conseil d’état le 6 avril 1698, un arrêt portant que, conformément aux donations qui leur avaient été faites, les prêtres de l’Oratoire continuraient à jouir de Gerbonvaux, appartenances et dépendances, comme ils en jouissaient en 1670.

Un procès-verbal de visite de l’hôpital passager de Gerbonvaux, dressé en 1745, par ordre de M. Sallet, subdélégué de l’intendant au département de Neufchâteau, donne des détails intéressants sur l’état de cette maison et de la manière dont les pauvres y étaient logés et nourris.

« J’ai trouvé, dit l’expert, une cour fermée de bâtiments, dans laquelle on entre par un grand passage. A l’occident de laditte cour et à droite dudit passage, est un corps de logis pour loger le fermier, qui est chargé de la réception des pauvres. Lequel logement est composé de deux chambres en haut.
Sur la même partie, à gauche dudit passage, est une grande chambre bien vitrée et planchée en haut et en bas, laquelle sert pour recevoir et chauffer les pauvres, et dans laquelle il y a trois couches suffisantes pour coucher neuf personnes, chacune desdittes couches garnie de paillasses, de deux draps et d’une couverte piquée et fourrée d’étouppes, deux autres couvertes de même espèce, six autres draps qui se lissivoient alors.
Au septentrion, est une chapelle érigée sous l’invocation de saint Jean et saint Eloy, laquelle est assez spacieuse et en bon état.
A l’orient et au midy, sont les granges et les écuries.
Ensuitte de cette reconnoissance, je me suis informé, tant aux villages voisins qu’auprès de deux pauvres qui sortoient alors de cet hôpital, de la façon que l’on y étoit reçu. Sur quoi, on m’a répondu que, le soir, l’on y avoit, à souper, même pain, même soupe et même viande que le fermier. Le lendemain, à desjeuner ou un morceau de pain pour emporter. Que pendant le jour, ceux qui ne faisoient que passer, avoient à dîner losque c’étoit l’heure, et à tout autre moment, un morceau de pain ».

Ce modeste mobilier, était, paraît-il, fort mal entretenu, puisque l’on constate en 1752, que « les lits de l’hôpital sont en très mauvais état, n’y ayant que cinq mauvaises couvertes et six draps bien estaminés. Tous les bois des lits des pauvres sont absolument pourris et vermoulus ».

Gerbonvaux, on le voit, ne méritait plus le titre d’hôpital, à peine celui de maison hospitalière, et les intentions de son fondateur à l’égard des malheureux étaient singulièrement méconnues. Il est probable que les choses allèrent de mal en pis, jusqu’au moment où ce domaine, déclaré propriété de l’état, fut vendu comme bien national, le 15 septembre 1792, l’an IV de la liberté, et adjugé au citoyen Jean-Nicolas Renaud, de Rouceux, pour la somme de 70 000 livres, non compris les bois que la nation se réservait.

En changeant de mains, Gerbonvaux a conservé à peu près complètement, la physionomie qu’il présentait au milieu du XVIIIe siècle. Il se compose aujourd’hui du bâtiment principal, à gauche duquel, vu de l’extérieur, est la chapelle transformée en bergerie, avec un engrangement à la suite. A droite, séparé par un passage, un petit corps-de-logis, formé d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage, appelé l’Hôpital. Derrière, un hangar qui réunit ce corps de logis aux écuries et à d’autres engrangements.

La chapelle de Gerbonvaux

Dans un des mémoires rédigés par eux à l’occasion de leurs difficultés avec les chevaliers de Saint-Lazare, les Oratoriens disent que la maison de Gerbonvaux, ayant été achetée à l’ordre de Prémontré, il pouvait y avoir une chapelle de Notre-Dame.

On lit à ce même sujet, dans l’Extrait des registres de l’état des hôpitaux : « Il y a dans la paroisse de Martigny, une maison hospitalière nommée Gerbonvaux, composée d’une habitation qui est comme une espèce métairie, dans laquelle il y a une chapelle qui a été édifiée sur les ruines d’une église, qui y était autrefois sous le titre et invocation originairement de Notre-Dame, et bientôt après de saint Eloy ».

Ainsi, il y aurait eu à Gerbonvaux, dès le principe, c’est-à-dire à l’époque où les Prémontrés possaidaient cette maison, une chapelle sous le vocable de la sainte Vierge, d’où vient que dans les titres vers la fin du XIIIe siècle, l’hôpital est dit de Notre-Dame. Il est appelé de saint Eloy, dans la première moitié du siècle suivant.

Losque Geoffroy de Bourlémont acquit le bien de Gerbonvaux, il y avait probablement une petite chapelle, qu’il conserva quelque temps. Puis, ne la trouvant plus assez spacieuse par suite de la fondation de l’hôpital, ou plus assez convenable pour sa nouvelle destination, il en fit édifier une nouvelle qu’il plaça sous le vocable de saint Eloy. Elle fut consacrée en 1316, par Nicolas, évêque in partibus de Botrus (Patrou, ancienne ville de Phénicie), délégué de l’évêque de Toul.

L’église de Gerbonvaux, à laquelle attenait un cimetière, entouré de murailles, renfermait trois chapelles : celle de la sainte-Vierge, celle de saint-Jean-Baptiste et celle de saint-Eloy.

Au commencement du XVIIIe siècle, l’église de Gerbonvaux comptait environ quatre cents ans d’existence. Elle avait subi les injures du temps, probablement aussi des dégrations causées par les mains des hommes, et se trouvait réduite à l’état d’une pauvre chapelle, menaçant ruine. Le vicaire général du diocèse de Toul, informé de ces faits, délégua un ecclésiastique pour aller en faire la visite et dresser un procès-verbal.

L’acte renferme beaucoup de détails curieux : « Le soussigné René Mercy, prêtre, [...], s’étant transporté cejourd’huy au lieu dudit Gerbonvaux, déclare avoir trouvé la chapelle, qui est un reste d’une grande église ruinée, situé dans un fond au pied d’un coteau, au-dessous des bâtiments et attenante aux écuries, dont elle est comme l’égout, aussi bien que de la cour qui est plus élevée, en sorte que de tout temps, elle est fort humide, et lorsqu’il arrive des pluies abondantes ou fonte des neiges, elle se trouve remplie d’eau de la hauteru de deux pieds.
Les murailles de la voûte menace une ruine prochaine et seroient déjà tombées si on ne les avoit étaiées. Mais comme il paroit que les fondements sont pouris par l’humidité du terrain et les eaux qui y coulent, la ruine est inévitable, et il y a un danger évident d’en être accablé en y célébrant la sainte messe et en y assistant. [...]
A côté gauche de ladite chapelle, vers le midy, il y a une espèce de petite chapelle hors d’œuvre, mais contiguë à l’autre, aïant dix pieds de longueur et sept de largeur, dans laquelle est un tombeau élevé de trois pieds, avec trois statues de pierre couchées. [...]
La toiture est toute en désordre et ne peut être rétablie sans danger de faire tomber les murailles et la voûte. [...]
De laquelle visite, reconnoissance et déclaration, le présent procez verbal a été dressé audit Gerbonvaux, ce jour, douzième de juillet mille sept cents deux ».

En conséquence de ce procès-verbal, M. de Laigle rendit le 20 juillet 1702, une ordonnance permettant de détruire « l’église » de Gerbonvaux, et d’en faire construire une plus convenable. Les Oratoriens ne semblent pas avoir donné beaucoup de soins à l’entretien de la chapelle qu’ils venaient de rebâtir, puisque dans une visite faite en 1761, on constate que la porte par laquelle on y entrait depuis la cour était fort vieille et pourrie, et qu’il était nécessaire d’en faire une autre. Que les vitres avaient besoin d’être réparées et les murailles recrépies, comme aussi la chambre de l’ermite, en dedans et en dehors.

La nouvelle chapelle, qui sert de bergerie, mesure dix mètres en longueur sur six de largeur. Elle est éclairée par trois fenêtres gothiques, une de chaque côté de la nef, et l’autre au-dessus de la porte d’entrée. Rectangulaire, sans pilier, elle était recouverte d’un plancher ou lambris abaissé en cintre sur les bords. Le seul monument religieux qu’elle renferme est une statue en pierre, d’un mètre environ de hauteur, représentant la Sainte-Vierge tenant l’enfant Jésus sur le bras gauche. A ses pieds, un moine à genoux, vêtu d’une longue robe blanche, costume des Prémontrés. Sur le socle, en lettres minuscules du XIIIe siècle, se lit l’inscription suivante : MELINE MERRE AUBRY.

L’ancienne chapelle, celle que l’on qualifiait du titre d’église, était plus en arrière. Il n’en reste qu’une triple arcature, qui suffit pour indiquer ce qu’elle fut. Elle se composait d’une nef avec bas-côtés. Sa largeur était d’environ 9,50 m. il est impossible de deviner jusqu’où elle s’étendait en longueur.

Les fenêtres de la chapelle construite au siècle dernier, et qui sont comme un anachronisme dans un édifice de cette époque, doivent avoir appartenu à l’ancienne, dont elles ont été enlevées avec soin lors de la démolition et replacées dans la nouvelle construction. Leur forme et la simplicité de leurs détails architectoniques permettent de le présumer, et de les rapporter, ainsi que le monument dont elles faisaient partie, au style primitif du XIIIe siècle.

 

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