La tour aux puces de Thionville (57)

Blason ThionvilleTour aux Puces ThionvilleCarte Thionville

 

Bâtiment particulièrement original, inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1932, la Tour aux Puces ou Tour de Thion repose sur une base circulaire et comporte 14 côtés.

Ancien donjon et unique vestige du château féodal des comtes de Luxembourg, la Tour-aux-Puces abrite un musée d’histoire et d’archéologie.

Je vous propose une description de la ville de Thionville, au temps de son château et de ses remparts, et qui était « la place la mieux fortifiée du pays de Luxembourg ».

La photo est publiée avec l’aimable autorisation de Michel.

 

D’après « Histoire de Thionville – G.F Teissier » – Année 1828

Il n’est pas probable que Thionville ait été environné de murailles défensives avant le Xe siècle, soit pour les bâtiments de la résidence royale, soit pour les maisons d’habitation qui en dépendaient : un souverain n’aime point à être resserré dans sa demeure. Le Villa regia du VIIIe siècle devait embrasser sur la rive gauche, plus de terrains que la ville de nos jours, en y comprenant jusqu’aux extrémités du second glacis. Mais ces terrains, occupés par le palais et tous ses accessoires, par de vastes jardins, par des vergers, etc., ne devaient pas avoir pour limites de hautes et épaisses murailles qui eussent attristé ce séjour.

Les incursions des Normands et des Hongrois firent sentir la nécessité d’une enceinte de murs et de fossés qui mît à l’abri d’un coup de main. Thionville, devenu un lieu fortifié, n’eut plus qu’une étroite enceinte que la Moselle bornait au sud-est : c’était de ce côté une défense naturelle. Les jardins du palais durent être sacrifiés ou au moins mis au dehors. Les barbares, dans leurs invasions, n’avaient pas dû ménager la demeure des empereurs, eux qui ailleurs s’étaient attachés avec rage à détruire les monuments auxquels était uni le nom de Charlemagne, soit qu’il les eût élevés, soit qu’il n’en fût que le restaurateur. Ainsi, dès le XIe siècle, on ne voyait plus sans doute que des ruines du palais et de ses dépendances.

Depuis ce temps que de révolutions, que de guerres et de sièges, que de fortifications de divers systèmes sont venus culbuter l’aire primitive, niveler ou creuser le sol, détruire sous un règne ce que le précédent avait fondé a grands frais ! Comment donc a-t-on pu répéter au siècle dernier que l’on voyait encore à Thionville les cuisines de Charlemagne ? L’auteur (Stemer – Traité du département de Metz) l’avait peut-être appris sur les lieux : nombre de bourgeois le disent encore aux étrangers comme article de foi et s’offenseraient qu’on n’y crut pas. Les cuisines de Charlemagne sont pour eux des reliques dont il n’est pas permis de nier la vérité ni de prouver la fausseté.

D’après le mode de construction et comparaison faite avec quelques bâtimens d’une existence de quelques siècles, la salle voûtée et la cheminée vaste et élevée dont on faisait remonter l’origine jusqu’à Charlemagne, n’ont guéres plus de trois cents ans d’ancienneté…

Ce que l’on appelle le Château, est bien réellement l’emplacement du château féodal des comtes de Luxembourg, que l’imagination, peut se représenter entouré de hautes et larges murailles crénelées, garni de mâchicoulis, de tours, de terrasses. C’est ainsi qu’en suivant les bords du Rhin et de la Moselle, on aperçoit sur les coteaux une foule de manoirs du moyen-âge, qui ont plus ou moins résisté à l’effet des siècles, à la main destructive de l’homme. Le seul de ce genre, dans la sous-préfecture de Thionville, est celui de Mansberg, à 10 kilomètres de Sierck.

L’unique débris qui soit resté ici du château est la Tour-aux-Puces ou Tour de Thion. Encore n’est-il pas avéré qu’elle ait cinq siècles d’existence. Il en est souvent question dans les relations du siège de 1558.

Les maisons de la rue de Luxembourg, adossées au château, ont des traces de l’ancienne enceinte : dans l’une, c’est une voûte, dans une autre, le mur de revêtement d’un fossé ou les pieds-droits d’une entrée. Il y avait, du château à cette rue, une communication voûtée, assez large pour les voitures. On en voit l’entrée bien conservée dans une grange encore existante. La Tour-aux-Puces est aujourd’hui un magasin employé au service de l’artillerie.

Aux XIIIe, XIVe et XVe siècles, Thionville, d’après les écrivains du temps, était la place la mieux fortifiée du pays de Luxembourg : c’était le lieu de refuge de toute la province. On ne se trouvait en sûreté que là. En 1443, le duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon, échoue devant Thionville. Il marche sur Luxembourg et s’en empare en une nuit.

Néanmoins, ces fortifications ne consistaient encore qu’en une épaisse muraille, derrière laquelle se trouvait un étroit terre-plein, duquel les soldats tiraient sur l’ennemi par les embrasures des créneaux du parapet. Des tours construites aux angles et de distance en distance, dominaient ce terre-plein et servaient à en déloger l’ennemi en cas d’escalade. Les plates-formes de ces tours servaient aussi à découvrir une plus grande étendue des campagnes d’alentour, ainsi que du cours de la Moselle. Mais ces tours se flanquaient mal : leurs saillans n’étaient ni vus ni défendus. Des tours imposaient plus à la vue, qu’elles n’étaient profitables à la défense.

En avant des murailles, était un fossé, large et profond, probablement rempli d’eau dans une grande partie de son développement. Ce fossé, avec contreescarpe en maçonnerie, empêchait l’approche des machines de charpente, dont on se servait pour aborder les places et battre les murailles en brèche. Il rendait aussi l’accès des murailles moins facile lors d’une tentative d’escalade, et plus périlleux pour les assaillants.

Telle était la fortification dite ancienne, qui dura jusqu’au commencement du XVIe siècle. C’est alors qu’on inventa les bastions triangulaires, base de la fortification à la moderne, qui a pour maxime essentielle, qu’il ne doit y avoir aucune partie de l’enceinte d’une place qui ne soit vue et défendue par quelque autre. C’est sous François Ier et Charles-Quint qu’on mit en pratique ce nouveau moyen de défense. Les villes de Landrecies et du nouveau Hesdin sont citées les premières. Thionville les suivit de près, ou même peut leur disputer la priorité.

Lors de l’avènement de Charles-Quint au trône impérial, en 1519, les habitants, d’après le bruit qui se répandit d’une guerre prochaine entre le nouvel empereur et le roi de France, François Ier, se mirent à travailler aux fortifications, à leurs propres frais. Dirigés par des ingénieurs, ils élevèrent sur la Moselle un nouvel ouvrage, recreusèrent leurs fossés, et partout réparèrent les brèches des murailles et toutes les dégradations que le temps et la guerre avaient fait éprouver. Il serait impossible de retracer ce que les ingénieurs, employant une doctrine encore dans l’enfance, firent alors pour coordonner l’ancien et le nouveau système.

Lors du siège de 1558, « l’on tenoit ceste place, dit Vincent Carloix, pour des plus fortes qui fussent en l’obeyssance de l’empereur. On l’estimoit imprenable » (Mémoires de Vieilleville).

Aurait-on eu une pareille opinion, si déjà on n’y eût mis en pratique les moyens que l’on opposait à l’usage des bouches à feu et à la puissance des nouveaux procédés d’attaque ? Elle n’avait encore aucune défense sur la rive droite, et c’était sur cette rive que le duc de Guise avait d’abord établi son attaque. Cette attaque faite d’après l’opinion du maréchal Strozzi, fit perdre, sans succès, du temps et des hommes : on en revint à l’avis de Vieilleville et l’on attaqua vers la porte de Luxembourg.

Le long de la rive gauche de la Moselle, la ville était défendue par une longue courtine et par de hautes et larges tours, au nombre desquelles figurait la Tour-aux-Puces. La courtine et les tours des angles étaient battues par les eaux de la Moselle.

Écoutons les rapports des historiens. « C’étoit, dit Garniera, de toutes les places espagnoles celle qui passoit pour la plus forte, et qui incommodoit le plus la frontière, couverte en grande partie par la rivière : elle étoit enceinte d’une muraille épaisse, puis d’un fossé intérieur, et enfin d’un rempart, et se trouvoit par conséquent en état de soutenir au moins trois assauts consécutifs ».

J. A. de Thou dit une idée peu nette des moyens de défense de 1558. « Cette place a cinq angles et presque la figure d’une gibecière ; elle est située dans une plaine marécageuse, qui la rend presqu’inaccessible, et où elle n’est commandée par aucune éminence. A l’occident, vers le nord, elle a la Moselle qui y passe même dans un fossé fort profond. Du même côté, il y a deux grands bastions éloignez l’un de l’autre et qui n’ont pas assez de saillie pour battre ceux qui les attaquent en flanc ; elle a de grandes tours en dehors et un large rempart en dedans ».

De Thou cite la Tour-aux-Puces et une autre tour où les assiégés avaient mis en batterie quatre pièces qui faisaient un grand ravage dans le camp français, placé sur le territoire d’Yutz et sur le penchant du coteau du bois d’Illange. « On avait braqué, dit Carloix, six grandes coulevrines sur une butte distante d’environ mille cinq cents pas de la ville » : c’est le terrain entre la Nouvelle-Yutz et l’entrée du chemin d’Illange dans le bois.

Ce siège vit naître un nouveau moyen de défendre les tranchées : c’était de faire, des deux côtés de cette tranchée, des retours ou places d’armes et d’y loger des soldats pour soutenir les travailleurs.

Blaise de Montluc en fut l’inventeur, et voici comment il en parle dans ses commentaires : « M. le maréschal Strozzi me laissa faire les tranchées à ma fantaisie car nous les avions au commencement un peu trop étroites à l’appétit d’un ingénieur. Je faisois de vingt pas en vingt pas un arrière-coing, tantost à main gauche, tantost à main droiste, et le faisois si large que douze ou quinze soldats y pouvoient demeurer à chascun auecques arquebuses et hallebardes. Et ce faisois-je, afin que si les ennemis me gagnoient la tête de la tranchée et qu’ils fussent sautés dedans, que ceux qui estoient au arrière-coing, les combattissent car ceux des arrière-coings estoient plus maîtres de la tranchée que ceux qui estoient au long d’icelle, et trouvèrent monsieur de Guise et M. le Mareschal, fort bonne cette invention ».

« L’invention de Montluc était, dit M. Allent (Histoire du corps impérial du génie), un des premiers progrès de l’art des sièges et le germe de ses perfectionnemens ». Mais, depuis lui, la méthode de défendre les tranchées et d’en mettre les défenseurs a tout à fait changé de face. Le principal ingénieur, au siège de 1558, était La Roche-Guérin, ferrarois, qui y eut un oeil crevé. Alors, l’Italie et surtout les états de la maison de Médicis fournissaient des ingénieurs au reste de l’Europe. Catherine de Médicis, sous les règnes de son époux et de ses trois fils, en attira quelques-uns, pour exercer dans les armées et sur les frontières, une profession à laquelle, en France, peu de militaires se dévouaient.

On retrouve, à Thionville, l’ancienne muraille d’enceinte du XVIe siècle dans les fondations de la terrasse qui va du chevet de la nouvelle halle au bled à la rue de la Munitionnaire. En creusant, en 1821, le terrain sur lequel est élevée la nouvelle prison civile, on a aperçu des traces évidentes d’anciens fossés, ainsi l’ancienne enceinte, partant de l’extrémité de la terrasse, traversait le terrain de la place d’Armes actuelle, laissant dehors les deux tiers de son étendue au nord-ouest et allait gagner l’issue de la rue de la Vieille-Porte. Cette sortie de la ville était précisément le bâtiment nommé le Magasin tortu, qui sert de magasin à poudre.

Thionville ayant été rendu à l’Espagne en 1559, ses fortifications furent fort augmentées sous le règne de Philippe II. Il n’est pas hors de l’objet de cet écrit de faire observer que, sous cet odieux règne, les guerres civiles des Pays-Bas aidèrent au perfectionnement de la défense des places de guerre.

On imagina alors les demi-lunes, les ouvrages à corne, etc. « Avant ce temps là, dit Lanoue, nos pères se moquoient de tant d’inventions dont on se sert pour les fortifications des places, et disoient que c’étoient inventions italicques et qu’un bon rampart suffisoit pour garentir les hommes de l’impétuosité du canon, sur lequel il se falloit défendre pique à pique. Depuis on s’avisa dans quelques places de mettre une demi-lune devant la courtine et puis quelques redoutes et quelques fortins en des endroits d’où la muraille étoit commandée ».

Jean Baron de Wiltz, gouverneur particulier de Thionville, en augmenta les fortifications vers 1570, surtout dans la partie méridionale, par des fossés très profonds, des bastions, des tours, des portes. Ses efforts furent longs et constants. On voyait autrefois à l’angle d’un bastion, voisin de la Moselle, une table de pierre, portant l’écusson de ce gouverneur, et au-dessous des armoiries, cette phrase : Joannes Baro in Wiltz Gubernator hujus loci me fieri fecit, anno 1596. A l’angle d’un demi-bastion, vis-à-vis de la paroisse, on voyait, sur un arc-boutant, le millésime 1536. En quittant Thionville, on donna à Jean de Wiltz, pour retraite, le gouvernement plus paisible de Limbourg.

D’après ces accroissemens de fortifications, il est évident que le duc d’Enghien, en 1643, trouva Thionville tout autre qu’à l’époque où l’armée, commandée par le duc de Guise, l’avait pris de vive force.

« La place où est situé Thionville, dit un des biographes du grand Condé, est très fertile : des coteaux couverts de bois bordent cette plaine des deux côtés. L’avantage de ce poste et la beauté du lieu sont cause qu’on l’a fortifié avec beaucoup de dépense et de soin… La Moselle l’assure entièrement d’un côté ; elle n’a aussi de ce côté qu’un rempart revêtu, en ligne droite. Le reste de son enceinte est fortifié de cinq grands bastions revêtus de pierres de taille, et de deux demi-bastions aux deux bouts qui se vont rejoindre à la rivière. Son fossé est large, profond et plein d’eau. Sa contre-escarpe est fort grande, ses courtines sont couvertes de cinq demi-lunes, et devant la porte du côté de Sierck, il y a un grand ouvrage à cornes. La campagne est si rase et si unie de toutes parts, qu’on ne peut aborder la ville qu’à découvert ; les montagnes voisines commandent la plaine en beaucoup d’endroits, et en rendent la circonvallation fort difficile ».

« Son enceinte, dit un mémoire manuscrit, étoit composée comme aujourd’hui de bastions et de courtines. Il y avoit des demi-lunes en avant des courtines, et un ouvrage à corne pour couvrir la porte de Sierck ; les fossés étoient profonds et remplis d’eau, le tout environné d’un bon chemin couvert ».

Thionville et le Luxembourg français ayant été cédés à la France par des traités, les ministres de Louis XIV voulurent joindre à une garantie de droit public, celle qu’offrait l’art militaire. Il est probable que ce fut le chevalier de Clerville qui commença l’accroissement des fortifications, mais on le doit plus certainement à l’illustre Vauban qui, sorti des rangs de l’infanterie, a poussé la manière de fortifier les places, de les attaquer et de les défendre à un degré auquel nul autre n’était parvenu.

C’est à Vauban, dit-on, que l’on doit la disposition principale du système de défense du corps de la place, formant un heptagone irrégulier dans lequel il a conservé des ouvrages antérieurs à 1643, et surtout les bastions arrondis, revêtus en briques. Cette conservation de constructions, non conformes à ce que le maréchal aurait tracé pour une forteresse entièrement neuve, donne à la place de Thionville, quand on l’examine en détail, une apparence de défaut d’ensemble qui heureusement ne nuit pas à la défense. De l’aveu de tous les hommes de l’art, Vauban s’y montra digne de sa réputation. Que d’expérience devait avoir un ingénieur qui, dans sa carrière militaire, a conduit cinquante-trois sièges, fortifié trois cents places anciennes, élevé trente forteresses entièrement nouvelles, comme Sarrelouis, Neuf-Brisack, et qui s’est trouvé à cent quarante actions de vigueur !

En 1678, M. de Choisy, nommé commandant de Thionville et appartenant au corps des ingénieurs, en dirigea les fortifications : c’est le même qui fut nommé gouverneur de Sarrelouis avant que cette place existât, et qui en éleva les remparts et tous les moyens de défense, les ponts, les écluses, tout en conduisant en même temps les travaux des autres places fortes du nord.

Vauban mourut en 1707 : Thionville resta longtemps dans l’état de défense où il l’avait mis. On trouva enfin qu’un ouvrage à cornes et ses accessoires étaient trop faibles sur la rive droite, comparaison faite avec les autres parties de la place. Cormontaingne, qui, selon Bousmard, « était le plus heureux des disciples de Vauban dans les efforts faits pour ajouter à la force des places » fut envoyé à Thionville, ses projets furent adoptés et pleinement exécutés. On assure que, pendant la construction du vaste ouvrage nommé le Couronné d’Yutz, celle du canal et de tous les bâtimens militaires voisins, Cormontaingne demeurait dans la petite maison que l’on voit encore seule dans le terre-plein. Aujourd’hui, le bourgeois le plus modeste aurait peine à s’en contenter.

Cormontaingne ne resta pas constamment à Thionville, d’autres entreprises aussi importantes devaient partager son temps et ses soins. Le 12 septembre 1730, M. Quesnau de Clermont fut nommé directeur des fortifications à Thionville et pour d’autres places des Trois-Évêchés. On frappa, en 1732, une médaille de dix-huit lignes, à l’effigie du roi, et portant au revers pour légende : Pax Provida. Cette prévoyance était l’augmentation des fortifications de Metz et de Thionville.

En 1738, M. de Gourdon, ingénieur en chef à Verdun, fut envoyé à Thionville, sous les ordres du comte d’Aumale, directeur des fortifications, qui succéda à M. Quesnau de Clermont, admis à la retraite.

C’est sous le gouvernement de M. le marquis de Creil (1743 à 1753) que le fort de la Double-Couronne fut commencé. Suivant un écrit de la main de M. François Petit, maire de Thionville, ce gouverneur posa « la première pierre dans les fondations du ceintre des latrines de la droite ». On posa sous cette première pierre une plaque avec une inscription.

 

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