La forteresse de Châtel-sur-Moselle (88)

Blason Châtel-sur-MoselleTour de l'Etuve Châtel-sur-MoselleForteresse Châtel-sur-MoselleRemparts Châtel-sur-Moselle

 

Bâti sur un promontoire calcaire au bord de la Moselle et isolé du plateau par des fossés de 57 mètres de largeur, le château dominait la ville et son enceinte flanquée de 12 tours et dotée de deux porteries.

Autour d’un gros donjon carré, le château primitif des XIe et XIIe  siècles fut agrandit au début du XIIIe. Il connut au XVe siècle une extension considérable et une précoce adaptation à l’artillerie. La longueur cumulée de ses deux enceintes, flanquées de 21 tours, atteignait 1,4 km. Un réseau de galeries réunissait les ouvrages de défense et faisait communiquer le château avec le bas de la ville et avec la rive de la Moselle.

Cette forteresse, considérée comme l’un des plus grands châteaux-forts du Moyen-âge, a malheureusement subi le même triste sort que pratiquement tous les autres châteaux de la Lorraine : le démantèlement et la ruine.

Depuis mai 1972, une association oeuvre au dégagement et à la consolidation des tours et murailles. Près de 130 chantiers ont été exécutés et plus de 135 000 tonnes de déblais ont été enlevés.

Je vous propose un petit historique et une description de cette splendide forteresse, inscrite aux monuments historiques depuis 1988, et vous encourage à venir la découvrir par vous-mêmes.

 

D’après les « Annales de la Société d’émulation du département des Vosges » – Années 1861 et 1904

Châtel est devenu lorrain en 1543. Il l’était pourtant à l’avènement du premier duc héréditaire Gérard d’Alsace. A la mort de ce dernier, son second fils, appelé Gérard comme lui, mécontent de sa part de succession, finit par obtenir le comté de Vaudémont, qui lui constitua une principauté indépendante de son frère Thierry duc de Lorraine.

Châtel, qui probablement faisait partie de l’apanage de Gérard, joint au nouveau comté de Vaudémont, cessa d’être lorrain.

Il devint le centre des domaines que possédaient dans la région, les comtes de Vaudémont. Il restera sous la domination des seigneurs de Vaudémont jusqu’en 1377. A cette époque, Alix de Vaudémont, mariée à un bourguignon Thiebault de Neufchâtel, lui apporta la seigneurie de Châtel qui resta (toujours indépendante des ducs de Lorraine) dans cette famille jusqu’en 1543.

Châtel est placé sur la rive droite de la Moselle. Au sommet d’une grande courbe décite par la vallée, il la commande et la domine en amont et en aval. La Moselle coulait au pied du château et des murailles de la ville.

Le fond de la vallée resta longtemps soumis aux caprices de la rivière, dont le régime torrentiel promenait les eaux d’une rive à l’autre, laissant après chaque crue, de grands amas de sable qu’une autre crue enlevait. Il est certain que la Moselle, ou une de ses branches, coulait autrefois du côté de Nomexy, les coteaux taillés en falaise, de ce côté, en sont une preuve incontestable.

A cette époque, l’emplacement du village était occupé par la rivière. Pour maintenir les eaux du côté de Châtel, les habitants durent plus d’une fois, faire un passage à l’eau, barrée par des bancs de sable et cailloux après un débordement. Cet état de la vallée ne rendait pas les relations faciles entre les deux rives, aussi le premier sur la rivière date seulement de 1730.

On entrait au château par une porte, véritable petite forteresse, formée d’un bâtiment central flanqué de quatre tours. Cette porte était protégée par une muraille formant une avant-cour devant elle. On arrivait à cette porte par la rue des Capucins. Le fossé franchi par un pont-levis, on entrait dans un long couloir voûté, fermé dans son milieu par une forte grille en fer. A chaque extrémité, existait une solide porte de bois.

Le couloir franchi, se voyait une première cour, à droite, le donjon, véritablement architectural, de forme carrée, à trois hauts étages, couronné de deux beffrois aux lanternes élégantes appuyées sur les quatre tourelles qui encadrent l’horloge. A gauche, le corps de garde. Derrière celui-ci et le donjon, une seconde tour. Au fond, le château proprement dit. La salle d’étude et la grande salle de récréation du séminaire occupent l’emplacement de cette portion de la forteresse.

Sur chacune des faces, devant et derrière, un fossé avec pont-levis. A l’extrémité nord-ouest du château, la chapelle castrale, à l’autre, la tour de l’Etuve.

Au-delà de ces constructions, une troisième cour, du Colombier. Des souterrains, dont une portion subsite encore, mettaient en communication le château proprement dit avec les principaux ouvrages de la défense.

De fortes et énormes murailles entouraient les diverses constructions composant le château. On peut se faire idée de ce qu’étaient ces murs, par celui qui se voit le long de la Moselle, sous le séminaire.

La ville, petite, enserrée dans ses murailles, avait deux portes : la Porte d’en bas, à l’extrémité du pont sur la Moselle ; la Porte d’en haut ou de Rancourt. Toutes deux étaitent pourvues de tours et de travaux de défense très importants.

De la Porte d’en bas, la muraille remontait la Moselle, jusqu’à la jonstion avec celle du château (à la tour de la Fontaine). A ce point, entrait dans la ville, le canal du moulin, passant en arrière de la muraille, si bien qu’en dehors de celle-ci et séparée par une bande terrain, se trouvai la Moselle et à l’intérieur le canal du moulin.

La muraille de la Porte d’en haut, s’élevant sur la pente du coteau, allait se souder au château. Dans toute cette portion de l’enceinte, il ne pouvait y avoir d’eau dans les fossés. Ceux-ci, dans cette portion, étaient convetis en faussebraye, c’est-à-dire revêtus de briques et de maçonnerie. Ce qui permettait de faire des bords à pic.

En 1670, Châtel fut assiégé et pris par le maréchal de Créquy. La démolition du château et de la ville fut ordonnée.

Les fortifications de cette petite ville étaient solidement établies, puisque après la reddition de la place, il ne fallut pas moins de six semaines aux Français pour faire sauter, au moyen d’une immense quantité de poudre, les tours et les remparts de sa forteresse. Ceci de manière à en empêcher le prompt rétablissement pour le cas d’une nouvelle rentrée du duc de Lorraine dans ses États. Mais cette coûteuse précaution était inutile, car le malheureux Charles IV ne devait plus revoir les rives de la Moselle.

26 402 livres de poudre furent employées à faire sauter tours, boulevards, murailles :

« Estat de consommation de poudre qui a este employée pour les mines et fourneaux de Chastel, lorsqu’on a démoly la ville et le chasteau, avec les noms de chacune des tours, et la date de chacun jour, à commencer du vingt quatrième décembre 1670 jusqu’à parfaite démolition :

- Pour la tour du Parterre tirante à la tour Bruslée, laquelle saulta le jour de Noël vingt cinquième décembre, quatre mille quarante livres
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Pour la tour du Moyne saultée le jour de la saint Jean l’évangéliste, vingt-septième décembre, mille quatre cent quarante livres
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Pour la tour des Rasoirs saultée le mesme jour, mil huit cent soixante livres
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Pour la grande tour du milieu du château, saultée le deuxième janvier, mille deux cent trente livres
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Pour le boullevard où estoit le corps de garde de la porte d’en haut de la ville, huit cent trente livres
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Pour la tour quarrée nommée la tour du Guet, et jadis la tour au passage en la mesme porte d’en haut, qui saulta avec ledit boullevard le deuxiesme janvier, mille huit cent quarante livres
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Pour la tour des Sorciers, saultée le quatriesme janvier, sept cent quarante livres
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Pour la tour de la Grosse-Folie, saultée la veille des roys le cinquième janvier, huit cent soixante livres
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Pour la Petite-Folie, saultée le mesme jour, huit cent quarante livres
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Pour la tour de la porte du Pont, suyvante des Sorciers, saultée le septième janvier, quatre cent vingt-quatre livres
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Pour la courtine du parterre du chasteau, saultée l’unziesmc janvier, mil quatre cent trente livres
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Pour la courtine d’entre la tour des Princes et celle des Razoirs, saultée le mesme jour, mille quatre cent trente livres
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Pour la tour des Mouchettes, saultée le douzième janvier, mille vingt-quatre livres
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Pour la tour du Trésor, saultée le même jour, huit cent trente livres
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Pour la tour des Princes, saultée le mesme jour, cinq cent vingt-une livres
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Pour la tour du Foin, saultée le quatorzième janvier, huit cent vingt-cinq livres
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Et pour les Saucisses, cinquante livres
- Pour un petit fourneau à la tour des Princes, septante cinq livres
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Le 18e janvier 1671 délivré à Monsieur Saccis pour la courtine de la porte de campagne qui saulta le mesme jour, huit cent vingt-quatre livres
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Le 19e janvier, pour un fourneau dans l’une des tours de la porterie du chasteau, cent soixante-deux livres
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Pour un autre fourneau dans une autre tour de la même porterie, quatre cent livres
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Pour une autre tour au pont levis audit chasteau et un fourneau, cent septante quatre livres
Lesquelles trois tours, et porteries ont saulté le dix-neuf janvier.
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Pour la tour de la Cloche, saultée le vingt-unième janvier, mil trente-neuf livres
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Pour la courtine devant la porte du chasteau, saultée le vingt-troisième janvier, six cent vingt-six livres
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Pour la tour sur l’eau, tenante à la ville entre la tour de la porte d’en bas et celle au-devant de la fontaine, saultée le vingt-cinquième janvier, quatre cent vingt-quatre livres
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Pour la tour au devant de la fontaine tenante aux murailles de ladite ville, saultée le vingt-cinquième janvier, quatre cent vingt-quatre livres
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Pour la tour de Campagne, en un fourneau, saultée le trentième janvier, quatre cent quarante livres
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Pour un autre fourneau à la même tour, quatre cent dix-huit livres
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Pour la tour de la porte d’en bas tenante icelle aux murailles de ladite ville, saultée le cinquième février, quatre cent dix-huit livres
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Pour la platte forme de la porte de Campagne dudit chasteau, sept cent quarante livres
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Pour les estançons et boettes pour les sappes, vingt-quatre livres

Somme totale de la poudre employée aux articles cy-devant pour la démolition de la ville et chasteau de Chastel, se monte sauf erreur de compte et calcul, à vingt-six mille quatre cent deux livres.

Pour copie tirée des vrays originaux, à la description desquels ledit Menissier souscript certifie avoir été employé les an et jour spécifiez cy-devant, tesmoin son seing manuel cy mis.

Fait à Chastel cejourd’huy 25 mars 1708, signé Menissier, avec paraphe ».

Toutefois, il est une chose dont la force ne put dépouiller la petite ville de Châtel devenue simple bourgade champêtre, c’est le souvenir des luttes glorieuses qu’elle soutint, pendant quarante ans (sièges de la part des Français, en 1636, 1641 et en 1651, et de la part des Lorrains en 1637 et en 1650) pour l’indépendance de la patrie, et dont les derniers actes sont la capitulation de 1670 et la démolition de son château.

Mais comme cela arrive toujours en pareil cas, ce fut un démantèlement et non une destruction. Les deux portes de la ville furent conservées. Les murailles devinrent la propriété des bourgeois qui y appuyèrent des constructions, les ouvrirent pour faire des fenêtres, des portes.

 


Archive pour juillet, 2011

Les ruines de l’ermitage Saint-Michel de Volkrange (57)

Blason ThionvilleRuines ermitage Saint-Michel Volkrange

 

Il ne reste que deux pans de murs, et pourtant il y a 8 siècles, s’élevait sur cette colline, une chapelle. Je vous propose de découvrir à quelle occasion, elle a été édifiée.

Je ne cache pas que la dernière phrase de cette chronique m’a beaucoup plu, et correspond totalement avec ce que je pense aujourd’hui. Comme quoi, des « amoureux du patrimoine et de l’histoire » ont existé de tout temps !

D’après « Le lépreux de Wolkrange », chronique luxembourgeoise du XIIIe siècle publiée en 1837

En l’an de grâce 1214, vivait en la maison forte de Wolkrange, un chevalier de haut lignage qui avait nom de messire Arnoux. C’était un héros dans les combats et un sage dans les conseils de madame Ermesinde, comtesse de Luxembourg, qui dans sa reconnaissance octroya tant de largesses aux mérites du preux, qu’il put lever bannière et fonder ainsi la grandeur de sa race.

« Et pour ce, s’en vint messire Arnoux accompaigné de 50 lances siennes et de gens de trait qui y appartiennent, si porta sa bannière, laquelle estoit d’or à deux fasces de gueules, et n’avoit nullement bousté hors de son estuy, s’y la présenta au prince Henry de Limbourg, fils à madame Ermesinde, auquel il dict ainsy : Monseigneur, véez-cy ma bannière, je vous la baille par telle manière qu’il vous plaise la desvelopper et que dez aujourd’huy je la puisse lever, car Dieu mercy j’ai de quoy maintenir estat comme il appartient à ce. Il me plait bien, respondit le prince, adonc la prit par la hante, si la desveloppa et la rendit ez mains de messire Arnoux en lui disant : messire Arnoux, Dieu vous en laisse vostre preu faire ».

Dès lors, la maison forte de Wolkrange, à 2 lieues de Thionville, reçut le développement que comportait la résidence d’un chef-seignor.

Quatre fortes tours, surmontées de la girouette carrée, formèrent cet imposant donjon que l’on a en partie conservé dans les réédifications du XVIIe siècle, et qui s’élevait majestueusement au centre du château proprement dit, vaste et puissante enceinte où le desservant du fief esduquoit une jeune milice toujours prête à s’immoler pour le prince et la patrie, comme pour la cause de la justice et de l’innocence.

La religion qui en se mêlant à toutes les institutions du moyen-âge, les éleva jusqu’à l’enthousiasme de la vertu, lui prêtait sa voix éloquente pour expliquer à ses poursuivants de gloire le code des preux, si ingénieusement appelé fontaine de courtoisie qui vient de Dieu :

« Servez Dieu, leur disait-il, et il vous aidera ; soyez doux et courtois, en ôtant de vous tout orgueil ; ne soyez ni flatteurs ni rapporteurs car telles manières de gens ne viennent pas à grandes perfections ; soyez secourables à pauvres et à orphelins, et Dieu vous le guerdonnera ; soyez loyaux en vos faicts et dires, tenez vos paroles et promesses, car malheur à qui les oublie et notamment celles faites à son Dieu, à son sire ou à sa mie ».

Puis il leur enseignait cette pudeur de la gloire qui ne permettait pas de se louer soi même et faisait un devoir à chaque guerrier de publier les hauts faits de ses compagnons d’armes, « car, ajoutait-il, les vaillances d’un chevalier sont sa fortune, sa vie, et celui qui les tait est ravisseur du bien d’autruy ».

Et à ses lecons de sapience succédaient : Joustes, behours, essaiz et tournoyement, dont Gerlach de Neuersbourg (*) remportait le prix toutes les fois qu’en entrant en lice le vieux ménestrel du château s’en venait chantant :
Servans d’amour, regardez doulcement
Aux eschafaux ange de paradis ;
Lors vous jousterez fort et joyeusement,
Et vous serez honorez et chéris.

C’était l’avertir qu’Irmengarde de Wolkrange assisterait à leurs esbats, et il voulait s’élever jusqu’à elle par la gloire.

(*) Neuersbourg : Château gothique de la plus admirable conservation à un quart de lieue de Thionville, démoli en 1812 ; aujourd’hui ferme connue sous le nom de Gassion, de celui du maréchal de Gassion qui y prit ses quartiers en 1643 lors du siège de Thionville par le grand Condé.

Alors la chrétienté en tenait le ban ouvert aux champs de la Palestine, et pour la sixième fois conviait ses preux à de justes représailles contre les peuples qui les premiers l’avaient attaquée. Jeune, vaillant, plein de foi, Gerlach de Neuersbourg brûlait de répondre au belliqueux appel de se précipiter dans la sainte arène, et d’y conquérir le beau titre de chevalier, qui alors nivelait toutes les distances.

Ses voeux furent exaucés : Arnoux se croisa, lui confia sa bannière, et Irmengarde y joignit une écharpe à son chiffre, à ses couleurs. C’était le déclarer invincible, c’était présager ses exploits sous les murs de Damiette. Arnoux lui dut la vie ; les croisés, la prise de la tour du Nil.

Proclamé le brave des braves, armé chevalier des mains du roi de Jérusalem, le sire de Wolkrange mit le sceau à ses joies en lui accordant la main de sa fille. C’en était trop, tant de bonheur ne pouvait être le partage de ce monde.

A peine Gerlach a-t-il touché aux côtes de France, qu’il est saisi d’une fièvre ardente. Sa peau se dessèche, son corps se couvre d’ulcères… : il était atteint de la lèpre !

Abandonné de ses compagnons, tant le mal qui le ronge est contagieux, la religion s’assied à son chevet, relève son courage, et lui ouvre l’une des deux mille léproseries que desservaient dans notre France les chevaliers de l’ordre de Saint-Lazare, dont le grand-maître devait être pris parmi les lépreux. « Ainsi la charité, pour entrer plus avant dans les misères humaines, avait ennobli en quelque sorte ce qu’il y avait de plus dégoûtant dans les maladies de l’homme ».

Avant d’assister en personne à ses obsèques, embronché comme au jour des trépassés, et d’entendre les redoutables recommandations de l’officiant, le preux eut à travers une verrière une longue conférence avec son suzerain. Et Arnoux, dès son retour à Wolkrange, fit élever en l’honneur de Saint-Michel, patron des chevaliers, sur le sommet de la montagne qui en a retenu le nom, cette élégante chapelle qui fait un si admirable effet dans le paysage. Il y adjoignit une cellule, qu’Irmengarde, en proie à une profonde mélancolie, se plut à décorer de ses propres mains.

Et par une sombre nuit d’automne, un coche s’arrêta au pied du mont. Un homme en sortit, gravit lentement le sentier de l’hermitage. Cet homme, ce premier hôte du mont Saint-Michel était un lépreux ! Un objet de terreur et d’épouvante qu’osaient seuls affronter le prêtre, qui de temps en temps allait lui administrer les secours de son saint ministère, et le frère servant qui, chaque semaine, lui apportait ses provisions de l’hôpital.

Cependant, lorsque la lune éclairait l’horizon de ses pâles reflets, alors les regards du reclus se portaient vers les tours du donjon de Wolkrange ; alors aussi une forme svelte, gracieuse, une femme enfin apparaissait sur l’une de leurs plates-formes, et de douces larmes sillonnaient les joues brûlantes du mort-vivant. Ce fut ainsi qu’il vécut dix années.

Quant à Irmengarde, un étranger l’aurait crue heureuse : elle ne se plaignait point, elle ne pleurait point, elle ne parlait jamais de Gerlach de Neuersbourg. Et lorsqu’il ne fut plus, lorsque le prêtre et le frère servant lui eurent dit sa fin de prédestiné, elle dota convenablement la chapelle de l’ermitage, y fonda quatre messes annuelles, se retira aux dames de Sainte-Glossinde, de Metz, et y termina pieusement ses jours.

Ainsi, dans ces temps que le philosophisme se plaît à nommer barbares, l’infortune trouvait toujours en Dieu le remède, que trop souvent aujourd’hui, elle demande à la mort.

La descendance d’Arnoux, fortement trempée de l’esprit religieux et militaire du moyen-âge, soutint dignement son nom. On la retrouve à Massoure, à Woringen, à Crécy, partout où le Luxembourg eut, aux XIIIe et XIVe siècles, gloire à conquérir. Elle devint vassale au XVe siècle (nous ignorons à quel titre) de René II, duc de Lorraine, et lui fut en grande aide durant ses rudes démêlés avec Charles-leTéméraire.

Alors vingt-cinq fiefs, la plupart à clochers, relevaient de sa bannière, que guidaient dans les combats, trois preux, ses derniers rejetons. Après eux, Wolkrange passa successivement par héritage aux sires de Lellich, de Beichling, de Schmitbourg, de Nassau, et advint par acquisition, en 1680, à messire Jean de Pouilly. Sa fille unique le porta dans la maison du Mesnil, et son arrière petite-fille dans celle de Nonancourt qui le possède de nos jours.

Mais, en 1680, le maréchal de Créqui avait déjà visité notre Lorraine. Wolkrange n’était donc plus que quelques ruines sur lesquelles s’appuyèrent religieusement les reconstructions du sire de Pouilly, car en ces temps-là, on respectait encore la puissance des souvenirs.

Nous lui devons donc, et cette tour aux murs de six pieds d’épaisseur, et ces salles aux voûtes en ogive, aux clés armoriées, où tant de preux discoururent de guerre, de courtoisie et d’amour.

La lourde main des hommes, plus encore que celle du temps, s’est appesantie sur la chapelle du mont SaintMichel (réparée en 1655 par Elisabeth de Nassau), et bientôt, à l’instar de la cellule de l’ermite, elle ne sera plus qu’un monceau de décombres.

Cependant, quelques centaines de francs nous conserveraient ce témoin des autres âges, ou tout au moins, une simple porte préserverait de profanations nouvelles les fresques du Christ et ses douze apôtres, et la remarquable effigie de l’archange Michel, que firent ériger, en 1586, le pasteur de Wolkrange, l’échevin Jean Metzinger et l’habitant Jean Krutz de Beuvange.

Malheureusement, notre époque positive ne voit dans des ruines, que des moellons pour bâtir à neuf, et ne peut comprendre que sous de vieilles pierres sculptées, il y a toujours une pensée d’art, une pensée nationale, et comme une page taillée de notre histoire.

La photo des ruines est extraite de ce site, tenu par des adolescents passionnés d’histoire, voulant faire découvrir ou redécouvrir la richesse historique de notre région. Si rare à notre époque, que je me permets de le signaler.

Le château de Craon à Haroué (54)

Château HarouéBlason HarouéChâteau Haroué 

Situé dans un petit bourg au sud de Nancy, le château d’Haroué date du XVIIIe siècle, mais l’architecte avait conservé les quatre tours rondes de l’ancien château, ainsi que les douves en eau. Il possède une particularité : il y a 365 fenêtres, 52 cheminées, 12 tours.

Le château est ouvert au public jusqu’au 1er novembre 2011 inclus. Les visites du château sont guidées, les visites des jardins sont libres.

Avant que vous ne visitiez seuls cette petite merveille, je vous propose un petit historique des lieux et du village.

D’après «Le département de La Meurthe : statistique, historique et statistique » par Henri Lepage - Année 1843

La seigneurie d’Haroué, autrefois l’une des terres les plus considérables de la province, fut formée par la réunion des anciennes baronnies d’Ormes et d’Haroué. Le château, qui existait dès le XIIe siècle, et dont on voit encore quelques débris dans les dépendances du château actuel, appartenait, dès l’origine, aux seigneurs d’Erbéviller et d’Ogéviller. Puis, ces derniers en devinrent seuls possesseurs.

Jean d’Ogéviller, à qui il échut, le rebâtit, l’augmenta de tourelles, le fortifia de meurtrières et de mâchicoulis. Et comme ce château était un fief mouvant de la châtellenie d’Ormes, Ferry, comte de Linange, l’érigea en franc-alleu en faveur de Guy d’Haroué, fils de Jean d’Erbéviller.

Le bourg d’Haroué, qui n’était encore au XIVe siècle, qu’un hameau occupé par quelques tenanciers du château, a donné son nom à une illustre famille de l’ancienne chevalerie. En 1385, Guy d’Harouel, chevalier, portait la bannière du comte de Bar à la bataille de Breuil, près Lyon. Un Haroué était prévôt de St.-Dié en 1451.

Cette maison s’est éteinte à la mort d’Isabeau d’Haroué, qui avait épousé Jean de Bassompierre. Par cette alliance, la terre d’Haroué passa dans cette dernière famille.

Christophe de Bassompierre y avait fait bâtir un château, qui était magnifique. Le cardinal de Richelieu le fit détruire en partie et les statues qui le décoraient furent mutilées. Haroué fut érigé en marquisat, en faveur de François de Bassompierre, maréchal de France, par lettres du duc Henri, du 28 juillet 1625.

Il y avait une prévoté bailliagère seigneuriale, ressortissant à un buffet que le seigneur y possédait aussi, et de là à la Cour souveraine. En dépendaient : Haroué, Affracourt, Benney, Ceintrey, en partie ; Crantenoy, Gerbécourt, Haplemont, Jevoncourt, Lemainville, Laneuveville, Ormes, Ville, St.-Remimont, Herbelmont, Vaudeville, Vaudigny, Voinémont et Xirocourt, en partie. Cette prévôté avait été créée le 24 mai 1756. La baronnie d’Autrey, composée d’Autrey-surBrénon, Houdreville et Pierreville, fut unie au marquisat d’Haroué, par arrêt du conseil de Stanislas, du 25 février 1764, et lettres-patentes du 12 mars suivant.

La terre d’Haroué appartint à la famille de Bassompierre jusqu’à la mort du célèbre maréchal de ce nom. Sa succession ayant été abandonnée par sa famille, Geoffroy de Beauvilliers, conseiller au parlement de Rouen, l’un des créanciers du maréchal, vint en Lorraine, en 1661, pour y poursuivre le paiement de ce qui lui était dit par décret sur le marquisat d’Haroué et sur la baronnie de Bassompierre.

A peu près à la même époque, Claude Gonor de Boislève, intendant des finances, ayant été entraîné dans la disgrâce de Fouquet, chercha un refuge au château d’Haroué. Désirant acquérir cette terre, mais n’osant le faire en son nom, il prit celui du créancier poursuivant, qui s’en rendit adjudicataire. Cette vente fut annulée par un arrêt qu’obtint le procureur-général, et Boislève, obligé de se masquer sous un nom plus illustre, recourut au marquis de Crussolles, qui en devint fictivement possesseur.

A la mort de Boislève, la succession de la seigneurie de Bassompierre donna lieu à un procès qui dura plus de soixante ans. Enfin, la terre d’Haroué passa dans la maison de Craon, qui la possède encore aujourd’hui. Par lettres-patentes de Louis XV, données à Versailles au mois de février 1768, le nom d’Haroué fut éteint et changé en celui de Craon, sous lequel le bourg était encore désigné en 1790.

La maison d’Haroué portait d’argent au lion de gueules, à queue fourchue, armé, lampassé et couronné d’or ; ou, selon d’autres, d’or à la bande de gueules côtoyée de neuf billettes de même ; les armes de Craon sont lozangé d’or et de gueules.

 

D’après le « Journal de la Société d’archéologie et du Comité du Musée lorrain » – Année 1862

Le village d’Haroué, comme presque tous ceux de la Lorraine, possédait, dès une époque reculée, les uns disent dès le XIIe siècle, une maison forte dont on ne connaît pas même aujourd’hui le véritable emplacement. On ignore également quelle était son importance. Tout ce qu’on sait d’une manière précise, c’est qu’au XIVe siècle, il appartenait à une famille qui portait le nom d’Erouel ou Harouel.

En 1458, Guillaume de Dommartin, qui en était possesseur, ayant eu « débats et discors » avec le fameux Antoine, comte de Vaudémont, vassal redoutable qui disputa la couronne ducale à René d’Anjou, le comte vint mettre le siège devant la maison d’Haroué, la prit « par force d’armes, et la plus grande partie d’icelle fut démolie et abattue ».

En 1471, Louis de Dommartin, l’un des héritiers de Guillaume, avait « la quarte partie » de cette maison, ainsi qu’on le voit dans un acte de dénombrement donné par ce seigneur à Nicolas, duc de Calabre.

On sait qu’à cette époque, les châteaux, aussi bien que les villages où ils étaient situés, n’appartenaient pas toujours à un seul propriétaire. L’un avait quelquefois le donjon ; un second, la tour qui défendait l’entrée ; un troisième et un quatrième, des portions plus ou moins considérables des bâtiments.

Ainsi, en 1509, Thiéry de Lenoncourt, qui avait précédemment obtenu la permission d’ériger un signe patibulaire à Haroué, possédait « la moitié du chastel clos et forte maison dudit lieu, les foussez ; devant ledit chastel une maison avec ses appartenances ».

Au XVIe siècle, Isabeau d’Haroué ayant épousé Jean de Bassompierre, ce « chastel » devint la propriété de cette dernière famille. L’un de ses membres, Christophe de Bassompierre, fit remplacer l’ancienne maison forte par un château, également fortifié, qu’il fit magnifiquement bâtir. Aussi, lorsqu’en 1623, Haroué devint le chef-lieu d’un marquisat, érigé par le duc Henri II en faveur du célèbre François de Bassompierre, maréchal de France, le château, siège de cette importante seigneurie, était-il « renommé non-seulement pour divers somptueux édifices et entr’autres pour une chapelle de structure très rare, mais aussi pour tous autres ornemens et dépendances qui se pouvoient désirer en maison très-accomplie ».

C’est là, ainsi qu’il a pris soin de le consigner dans ses Mémoires, que Bassompierre reçut le jour et passa les premières années de sa vie :

« Je naquis, dit-il, le dimanche, jour de Pâques fleuries, le douzième avril, à quatre heures du malin, en l’année 1579, au château de Harouel, en Lorraine… On m’éleva en la même maison jusqu’en octobre 1584, qui est le plus loin dont je me puisse souvenir, que je vis M. le duc de Guise Henry, qui étoit caché dans Harouel pour y traiter avec plusieurs colonels des lansquenets et raistres, pour les levées de la Ligue. Ce fut lorsque l’on commença à me faire apprendre à lire et à écrire, et ensuite les rudimens…

Au commencement de l’année 1587, ma mère accoucha de mon jeune frère African. On nous mena à Nancy, sur l’arrivée de la grande armée des raistres, qui brûlèrent le bourg de Harouel…

En l’année 1588…, nous ne bougeâmes de Harouel et Nancy, où mon père arriva à la fin de l’année, échappé de Blois… Nous allâmes (1591), mon frère et moi, au mois d’octobre, étudier à Fribourg en Brisgaw… Nous n’y demeurâmes que cinq mois, parce que Gravet, notre précepteur, tua La Mothe, qui nous montrait à danser. Ce désordre nous fit revenir à Harouel, dont la même année ma mère nous mena à Pont-à-Mousson pour y continuer nos études. Nous n’y demeurâmes que six semaines, puis vînmes passer les vacances à Harouel… ».

Il en fut de même en 1593 et 1594. Après différents voyages, Bassompierre revint voir sa mère à Haroué, en 1598, et, au bout de quelques jours, il en partit pour se lancer sur le grand théâtre de la capitale.

« Nous partîmes de Harouel, mon frère et moi, avec ma mère et mes deux sœurs, en fort bel équipage, le lendemain de la Saint-François, le 5 octobre de la même année 1598, et passant par Coligny et Vitry, Fère Champonnoise, Provins et Nangis, nous arrivâmes à Paris le 12 du même mois d’octobre… ».

En 1601, Bassompierre vint passer quelques jours à Haroué, ainsi que sa mère, qui arrivait de France. A partir de cette époque, il fut longtemps sans revoir la demeure paternelle. En 1625, il y fit une courte apparition, qui fut la dernière.

Depuis lors, tous les récits consignés dans ses Mémoires, écrits du fond de la Bastille, ne parlent plus que de l’occupation et de la dévastation de son château, tantôt par les troupes lorraines, tantôt par les troupes françaises.

En 1635, dit-il, « ma maison de Harouel fut prise par les troupes de M. de Lorraine, commandées par un nommé du Parc, qui y mit garnison, ayant précédemment brûlé Cartenay, un de mes villages proche de ladite maison, et pris les chevaux et le bestial de quinze autres villages de la même terre…

J’eus en ce temps-là (au mois de décembre 1635) nouvelle comme le pénultième du mois précédent, la garnison mise par les gens du duc Charles de Lorraine à Harouel en étoit sortie, et que le marquis de Sourdis y en avoit remis une autre pour le roy, le samedy premier jour de décembre…

Le 12 (janvier 1636), je reçus la triste nouvelle de la mort de ma mère la segrette (secrète) de Remiremont, et peu de jours après on me manda comme les commissaires des vivres du roy avoient enlevé les bleds de ma maison de Harouel, qui est mon principal revenu ; et ce non seulement sans payer, mais sans en avoir voulu donner de certificat de l’avoir pris.

Le mois de février arriva, au commencement duquel on me manda de Lorraine qu’un nommé le sieur de Villarsceaux avoit commission du roi de razer ma maison de Harouel, qui me fut bien cruel, et fis faire instance à M. le Cardinal (de Richelieu) pour détourner cet orage…

Le mois de may ne fut pas moins douloureux… Le duc de Weimar eut département du roy pour rafraîchir son armée dans le comté de Vaudémont et dans mon marquisat de Harouel, qui lui fut donné au pillage ; ce qu’il fit si bien exécuter que toutes les pilleries, cruautez et inhumanitez y furent exercées, et ma terre entièrement détruite, au château près, qui ne put être pris par cette armée, qui n’avoit point de canon…

On me manda (janvier 1637) de Lorraine la continuation de la désolation de mon bien, la retraite de presque tous les habitans de la terre de Harouel, dans le bourg et dans la maison, lesquels la remplissoient de maladies et d’infection…

Le mois de septembre (1638) me donna une disgrâce bien amère, qui fut que le duc Charles… envoya, le lundi 5 de mois, le colonel Cliquot, avec trois régimens d’infanterie, trois de cavalerie et deux pièces de canon, prendre ma maison de Harouel…, afin que par ce moyen ce qui restoit de ce misérable marquisat fut entièrement pillé et déserté…

Au mois d’octobre suivant, j’eus nouvelle que mes sujets de Harouel et de tout ce marquisat abandonnoient les villages, leur étant impossible de subsister, ayant les troupes du duc Charles, qui tenoient le château, et celles du roy, qui, aux occasions, les traitoient comme ennemis, et de telle sorte que le samedy 30 de ce mois, le sieur de Bellefons, maréchal-de-camp, vint, la nuit, surprendre le bourg même de Harouel et le pilla entièrement…

Au commencement du mois de juillet 1639, M. du Hallier ayant ramassé quelques troupes, vint assiéger ma maison de Harouel, et après l’avoir fait sommer, et que ceux qui étoient dedans de la part du duc Charles eurent fait refus de se rendre, il la battit avec deux pièces de canon qu’il avoit amenées ; après avoir enduré soixante et dix coups de canon, ledit sieur du Hallier, à la prière du comte et de la comtesse de Tornielle et de mon neveu Gaston, qui étoient dedans, il la recent à composition, le mercredy 8, et y laissa garnison de 30 soldats à mes dépens… ».

Là, s’arrêtent les Mémoires de Bassompierre.

Bassompierre avait acquis beaucoup de gloire, avait été, s’il faut ajouter foi à ses indiscrétions, très-heureux près des femmes, mais il n’en avait pas été de même pour lui sous le rapport de la fortune. A sa mort, arrivée en 1646, sa succession fut abandonnée par sa famille, et la terre d’Haroué resta comme sans possesseur jusqu’au commencement du siècle dernier. Ce fut alors qu’elle passa dans la maison de Craon, dont elle prit plus tard le nom, en vertu de lettres patentes de Louis XV, du mois de février 1768.

Le vieux château des Bassompierre, qui avait eu tant à souffrir pendant les guerres du siècle précédent, et qui « étant fort caduc, ne pouvoit plus subsister » fut abandonné, et on éleva, sur une partie de l’emplacement qu’il avait occupé, le superbe édifice qui se voit encore aujourd’hui.

Le célèbre Germain Boffrand, qui en fut l’architecte, nous en a laissé une description :

« Il consiste, dit-il, en une avant-cour séparée de la cour du château par un large fossé d’eau vive qui renferme le principal corps de logis et les ailes flanquées de quatre tours. A côté du château, il y a une grande basse-cour où sont les écuries, les remises de carrosses et les autres commodités d’une grande maison.

Le principal corps de logis est distribué à deux appartemens ; l’aile à droite a une chapelle et deux appartemens, et l’aile à gauche est appliquée aux offices et cuisines. Le premier étage est distribué à deux grands appartemens et à d’autres plus petits.

Le deuxième étage est aussi appliqué à plusieurs appartemens et à des logemens d’officiers et de domestiques.

Les souterrains sont voûtés dans toute l’étendue du bâtiment, et sont employés à une orangerie sous le principal corps de logis, et sous les ailes à des salles pour l’été et aux autres commodités de la maison.

Quoique ce bâtiment soit moderne, il a été construit avec des tours sur les vestiges d’ancien château, qui, étant tout caduc, ne pouvoit plus subsister.

Les façades du principal corps de logis, sur la cour et sur le jardin, sont ornées d’un ordre d’architecture ionique au rez-de-chaussée, d’un ordre corinthien au premier étage, et au-devant des ailes, d’un péristyle de colonnes d’ordre ionique, conduisant à couvert au principal corps de logis ».

A part quelques changements dans les dispositions intérieures, à part quelques dégradations, suite inévitable du temps, et qu’une main aussi libérale qu’intelligente a fait disparaître, le château d’Haroué est encore tel que l’a décrit Boffrand.

Mais cette description, froide et technique, ne donne qu’une idée bien imparfaite de la grandeur et de la beauté de cet édifice. Boffrand ne parle, en effet, ni des immenses jardins, avec leurs allées d’arbres séculaires, ni du large escalier à trois rampes par lequel on y descend. Escalier vraiment princier, décoré, de même que la cour d’entrée, de plusieurs groupes en pierre qui ornaient autrefois la Carrière de Nancy.

L’intérieur du château répond dignement à l’extérieur : la plupart des appartements ont un aspect grandiose. Les uns sont tendus en superbes tapisseries de Flandre et renferment des meubles précieux, des objets d’art de toute espèce.

Les autres sont décorés de divers portraits de famille, parmi lesquels on remarque :
-
ceux d’Isabeau de Beauvau (1454) et de son mari, Jean de Bourbon, comte de Vendôme, prince du sang royal de France
-
de Charles de Beauvau (1580), seigneur de Fléville, Manonville, Hurbache, Faucompierre et Saint-Dié, en partie, etc., premier gentilhomme de la chambre d’Henri de Lorraine, marquis de Pont-à-Mousson, bailli et capitaine d’Hattonchâtel
-
de Jean-Jacques de Ligniville (1588), colonel d’un régiment lorrain sous le duc Charles III
-
de Louis de Beauvau, comte de Tremblecourt (1596), lieutenant-général en Bourgogne pour le service de la France
-
de Jean de Beauvau (1598), lieutenant-général dans l’armée du roi Henri IV, marié à Françoise du Plessis, sœur d’Armand du Plessis, cardinal de Richelieu
-
de René François de Beauvau (1719), archevêque-duc de Narbonne, dont le buste est en marbre blanc
-
de Charles-Just de Beauvau, né en 1720, maréchal de France et membre de l’Académie française
-
enfin, de Jacques-Henri de Lorraine, prince de Lixheim, et d’Anne-Marguerite de Beauvau, sa femme.

Par ce mariage, qui eut lieu le 19 octobre 1721, la maison de Beauvau, qui était déjà alliée à celle de Bourbon, le fut à la maison de Lorraine.

D’autres honneurs lui étaient encore réservés : par un diplôme du 13 novembre 1722, l’empereur Charles VI déclara M. de Beauvau et son fils aîné, princes de l’Empire, et, en 1727, le roi Philippe V les fit grands d’Espagne de première classe.

Marguerite de Beauvau, dont il vient d’être parlé, était fille de Marc de Beauvau, grand écuyer de Lorraine. On montre aux curieux, comme une précieuse relique, la gigantesque épée d’honneur dont se servait ce haut dignitaire dans les grandes cérémonies ; la poignée, richement ciselée, est semée de croix de Lorraine et d’alérions ; le fourreau, en velours rouge, est aussi couvert de ces emblèmes nationaux.

Quelques souvenirs historiques pleins d’intérêt se rattachent au château d’Haroué.

C’est là que, le 6 mars 1737, lendemain de la bénédiction de son mariage avec le roi de Sardaigne, Elisabeth-Thérèse de Lorraine, fille de Léopold, vint avec sa mère et la princesse Charlotte , sa sœur, le prince de Carignan, la princesse d’Armagnac, la duchesse de Richelieu et plusieurs dames et seigneurs de la cour, qui suivaient tristement la veuve et les filles du meilleur de nos souverains. C’est là que ces princesses se donnèrent le baiser d’adieu, l’une pour aller monter sur un trône, l’autre pour aller prendre possession de la petite principauté de Commercy, devenue son apanage.

Stanislas séjourna aussi à Haroué. On y a conservé le lit où coucha le Roi de Pologne, et la modeste table sur laquelle il prit son déjeuner.

Telle est, autant qu’il est permis de la suivre à l’aide des renseignements incomplets qu’on possède , l’histoire du château d’Haroué.

Maison forte aux XIVe et XVe siècles, château féodal aux XVIe et XVIIe, château princier dans le siècle dernier, il a passé par toutes les révolutions que le pays lui-même a subies dans son existence et dans ses institutions.

L’hôpital et la chapelle de Gerbonvaux (88)

GerbonvauxGerbonvaux intérieur d'un bâtimentChapelle Gerbonvaux

 

A une vingtaine de kilomètres de Neufchâteau, dans un bois, une chapelle et des bâtiments, sont à l’abandon. N’étant à priori pas classés aux monuments historiques, ils meurent sans que pratiquement personne ne s’intéressent à leur triste sort.

Ces bâtiments appartiennent pourtant à un ancien hôpital, fondé en 1261 par le seigneur Geoffroy de Bourlémont. Presque huit siècles d’histoire !

Toute sauvegarde ou rénovation nécéssite beaucoup de temps, beaucoup de volonté  et surtout beaucoup d’argent, mais ne pourrait-on pas « entretenir » des ruines, qui ne sont pas trop éloignées de la maison natale de Jeanne d’Arc ?

En attendant de bonnes nouvelles (un jour peut-être) quant à la sauvegarde de ces bâtiments (avant qu’il ne soit trop tard), je vous propose un petit historique de ces lieux.

Les photos de Gerbonvaux sont extraites de cet album et publiées avec l’aimable autorisation de Michel.

D’après les « Annales de la Société d’émulation du département des Vosges » – Année 1879

A un kilomètre environ de Martigny, sur le bord de l’ancienne voie romaine de Toul à Langres, au fond d’une gorge étroite, remontant d’un côté jusqu’au village qui lui emprunte son surnom, et s’ouvrant de l’autre sur la pittoresque commune de Jubainville, s’élève une ferme de modeste apparence, mais flanquée d’un petit bâtiment percé de fenêtres gothiques, indiquant une chapelle, bien qu’il n’y ait point de clocheton.

La dénomination de cette ferme, pourrait donner lieu de la part des étymologistes, à beaucoup de commentaires et d’hypothèses. On l’appelle Gerbonvaux. Elle est nommée dans les anciens titres Gilbonval et Girbonval (1261), Gierbonval et Girbonvaulz (1263), Gerbonval (1265), Gerbonvaulx et Girbonvaul (1318), Gilbonvaulz (1331), Girbauvaul (1355), etc…

Ces désignations, et quelques autres encore, se trouvent dans une série de documents restés jusqu’à présent inconnus (fond des Oratoriens de Nancy aux archives départementales de Meurthe-et-Moselle). Ils y forment une suite importante, non seulement par leur nombre, mais encore et surtout, à cause des particularités curieuses qu’ils renferment.

L’histoire de Gerbonvaux est intimement liée à celle de plusieurs grandes familles du pays, et elle fournit de précieux renseignements sur l’organisation de cette maison, l’un des rares établissements hospitaliers de nos contrées, dont il soit possible de rétablir les annales, d’une manière à peu près complète, depuis la seconde moitié du XIIIe siècle jusqu’à la fin du siècle dernier.

La maison de Gerbonvaux

Le domaine de Gerbonvaux appartenait dans l’origine, à l’abbaye de Sept-Fontaines, ordre de Prémontrés, au diocèse de Langres.

Ce monastère, se trouvant chargé de dettes « à usures », qui le menaçaient d’une ruine prochaine, Baudoin, qui en était alors abbé, résolut, du consentement de ses supérieurs écclésiastiques et de ses religieux, d’en aliéner quelques biens. De ce nombre, fut la mason de Gilbonval, qu’il vendit au mois d’avril 1261, à Geoffroy, seigneur de Bourlémont, et à Sybille sa femme, moyennant la somme de 70 livres de provenisiens forts.

L’abbé de Prémontré et celui de l’abbaye de Belval, de laquelle dépendait Sept-Fontaines, ratifièrent cette vente, le premier en 1261, le second en 1263.

L’hôpital de Gerbonvaux

A peine devenu possesseur de la maison de Gerbonvaux, Geoffroy de Bourlémont résolut d’en faire un établissement hospitalier, destiné à recevoir les malades et les passants, et il le dota de différents biens par une charte de 1265. Cet acte, parait-il, contenait un article, par lequel Geoffroy de Bourlémont se réservait, à lui et à ses successeurs, le droit de nommer un maitre, qui devait être entretenu aussi bien que les malades, les frères et les pauvres.

Perrin et Geoffroy de Bourlémont, fils de Geoffroy, confirmèrent la donation qui précède, par une charte en 1269.

Les biens de Gerbonvaux s’augmentèrent successivement, par suite de donations ou d’acquisitions :
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Juillet 1265, don fait par Erars, chevalier de Parnei (Pargny-sous-Mureau)
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Août 1266, don de messire Manissiez, chevalier de Brixey
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Janvier 1307 ou 1308, don de Jeannette, fille de Aubri de Brissey (Brixey-aux-Chanoines)
-
Décembre 1318, don de Jean, sire de Bourlémont
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1321, dimanche après purification de Notre-Dame, don de Jean de Domrémy, prêtre, fils d’Ysabelet
-
Janvier 1325 ou 1326, don de Jean de Bourlémont et de Jeanne de Grancey
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Décembre 1328, vente d’un bois de la part de Giles de Richamaingni (Richardménil)
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1329, don d’un nommé Bancelin qui décéda à l’hôpital
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Mai 1329, don de Husson de Toul, fils de monseigneur Vaultier, chevalier
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1343, don de Husson, fils de monseigneur Vaultier de Toul
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Février 1360, don de Guyot de Sorcey (Sorcy)
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1387, don de Husson de Girbonval et de sa femme Alix
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Décembre 1399, don de Jean de Bourlémont, seigneur dudit lieu et de Domremy en partie
-
1423, don de Thierry de Pourneroy (Punerot)
Juillet 1468, don de Jean Bidal, prêtre, jadis gouverneur de l’hôpital de Saint-Eloy de Gerbonvalt.

Afin d’augmenter les ressources de l’hôpital par la perception de droits d’étalage et de vente, et peut-être aussi pour attirer dans ce lieu des habitants, Jean de Bourlémont avait institué à Gerbonvaux, une foire qui se tenait annuellement, la veille, le jour et le lendemain de la saint-Eloy. Et pour que les marchands puissent y venir en toute sécurité, il avait sollicité et obtenu, en 1318, d’Edouard Ier comte de Bar, et de Ferry IV duc de Lorraine, des lettres de sauf-conduit et de protection.

Par lettres datées du mercredi après la saint-Jean-Baptiste 1336, le duc Raoul prend « sous son especiaule et salve garde » et en sa bonne protection « la maison et l’ospitaul de saint Eloy de Girbonval et tous les biens appartenans à ladite maison … Saulf tant que quant mes prevotz de Chastenoy et sui sergent garderont la foire de Girbonvaul, ilz seront aux despens de la dite maison et hospitaul, sans faire outraige ».

Les officiers de Châtenois ne se conformèrent pas toujours scrupuleusement à cette dernière clause des lettres du duc Raoul, et il en naquit des conflits entr’eux et les administrateurs de l’hôpital.

A l’exemple des prévôts de Châtenois, ceux de Ruppes, se fondant sur un droit à eux acquis depuis un temps immémorial, ne se contentaient d’exiger du maître ou amodiateur de Gerbonvaux le repas qui leur était dû annuellement, ils exerçaient des usurpations de pouvoir, et commettaient ou laissaient commettre des exactions de toute espèce. C’est ce qui arriva notamment en 1601, et provoqua de la part de l’administrateur de l’hôpital, une plainte.

A la suite de cette plainte, le comte de Vaudémont écrivit au prévôt de Ruppes, pour lui enjoindre de ne plus aller à la foire de Gerbonvaux qu’avec deux ou trois personnes, et d’empêcher son mayeur d’Happoncourt d’exiger des marchands et merciers, plus que le droit ancien et accoutumé.

A part les documents que l’on vient de rappeler, et qui n’ont guère qu’un intérêt de curiosité, il n’en existe presque point pour le XVIe siècle et une partie du XVIIe.

Durant cette période, on ne constate plus de donations faites à l’hôpital de Gerbonvaux, de privilèges à lui accordés par les souverains. Il a subi des transformations de toute nature, et ne semble plus être entouré du prestige, qui, dans les premiers temps, éveillait en sa faveur la générosité publique.

En dépit des lettres de protection et de sauvegarde qu’il avait obtenues, ses domaines furent dévastés par les gens de guerre, ses maisons livrées au pillage, et il est obligé de recourir à la voie des monitoires (1704 et 1711) pour rentrer en possession de ses biens et récupérer les titres et papiers qui lui avaient été enlevés.

Les biens, droits et revenus, dont il jouissait à la fin du XVIIe siècle, et les charges auxquelles il était attenu, sont énumérés dans l’acte des foi et hommage faits le 22 juillet 1681, devant la chambre royale établie à Metz, par le supérieur des prêtres de l’oratoire de Nancy, lesquels étaient devenus possesseurs de Gerbonvaux depuis une soixantaine d’années.

Cet acte est ainsi conçu : « Nous Bernard Perdriset, supérieur de la maison de l’oratoire de Nancy, [...], reconnaissons et déclarons tenir du roy de France, en fief, les portions de la moitié de la seigneurie foncière de Martigny dépendant de la maison franche de Gerbonvaux, et que les biens consistent : Premièrement, aux bâtiments, qui sont une petite chapelle, des chambres pour le fermier et pour quelques pauvres ; la grange, le jardin, une chenvière proche, quelques masures… La chapelle ou hermitage de Bermont, avec son jardin, et quelque peu de terres qui sont à l’entour, à l’usage de l’hermite qui y réside ».

La population de Gerbonvaux fut dans l’origine composée de quatre catégories d’individus : un maître, des frères, des malades et des pauvres passants, puis peu après des prébendiers.

Le maître : ne prend à l’origine que le titre de maître. Dans la suite, se qualifie successivement et alternativement de maître et procureur, maître et gouverneur, recteur et gouverneur, etc… C’est un laïc ou un écclésiastique, au gré des collateurs, mais le plus souvent un écclésisastique.

Les frères : Chargés sans doute à Gerbonvaux, comme à saint-Nicolas de Metz, de donner des soins aux malades. Ils avaient également part à l’administration conjointement avec le maître de la maison.

Les prébendiers ou les prébendes : A saint-Nicolas de Metz, il y avait des prébendiers de deux sortes. Les premiers qui recevaient une prébende de l’hôpital, les seconds qui lui en payaient une, moyennant laquelle ils y étaient admis comme pensionnaires.

Les lettres de sauvegarde données à l’hôpital par le duc Raoul, fournissent de curieux renseignements sur le personnel de Gerbonvaux à cette époque. Elles font voir qu’il y avait deux procureurs, un maître, neuf prêtres, trois clercs, cinq autres individus, dont deux avec leurs femmes, et une fille « Eudelette la barbière », tous prébendiers, au nombre de dix-sept. D’où l’on peut conclure que les bâtiments de l’hôpital devaient être considérables, non compris les pauvres et les malades, auxquels étaient réservées sans doute des chambres spéciales.

Tel était l’hôpital lorsque les collateurs firent cession de leurs droits de patronage laïc aux prêtres de l’Oratoire en 1619.

Cet état de choses subsista sans trouble jusqu’en 1680. A cette époque, les chevaliers de l’ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare firent signifier aux Oratoriens qu’ils eussent à leur remettre Gerbonvaux, avec ses biens, titres et papiers, en restituant même les fruits et revenus qu’ils avaient perçus depuis vingt-neuf ans, et ce en l’éxécution de l’édit du roi, du mois de décembre 1672, et de l’arrêt rendu le 4 mars 1673, par la chambre royale séant en l’arsenal de Paris, portant réunion à l’ordre des maladeries, hôpitaux, bénéfices, commanderies et autres lieux pieux.

Les Oratoriens rédigèrent plusieurs mémoires pour prouver que Gerbonvaux ne rentrait pas dans la catégorie des établissements visés par les édit et arrêt cité ci-dessus. Ils produisirent des certificats des maires et habitants des villages voisins, attestant que le service divin s’y était toujours fait, qu’on y avait toujours exercé l’hospitalité, qu’ils en avaient même fait rétablir les logements ruinés pendant les guerres.

Mais, quoique le bon droit fût de leur côté, ils craignirent de s’engager dans un procès onéreux et, par un acte du 23 octobre 1681, ratifié le 4 décembre suivant par le supérieur général de la congrégation de l’Oratoire, à Paris, ils abandonnèrent à l’ordre de Saint-Lazare, la pleine et entière jouissance de l’hôpital et maison de Gerbonvaux, sous le titre de Saint-Jean, et des maisons, biens et revenus en dépendant.

En faisant cette cession, les Oratoriens conservaient l’espérance de rentrer, dans un temps plus ou moins éloigné, en possession du domaine, dont on les dépouillait.

Et en effet, le roi ayant reconnu que les réunions prononcées par la chambre de l’Arsenal étaient extraordinaires et ne pouvaient sunsister, il donna, en 1693, une déclaration par laquelle il désunit de l’Ordre de Saint-Lazare ce qui y avait été incorporé en conséquence de l’édit de 1672 et de l’arrêt de 1673, et cassa toutes les transactions qui avaient pu être faites avec cet ordre.

De son côté, le comte de Carlinford, grand maître de l’hôtel de Léopold et chef du conseil de régence, fit rendre par le conseil d’état le 6 avril 1698, un arrêt portant que, conformément aux donations qui leur avaient été faites, les prêtres de l’Oratoire continuraient à jouir de Gerbonvaux, appartenances et dépendances, comme ils en jouissaient en 1670.

Un procès-verbal de visite de l’hôpital passager de Gerbonvaux, dressé en 1745, par ordre de M. Sallet, subdélégué de l’intendant au département de Neufchâteau, donne des détails intéressants sur l’état de cette maison et de la manière dont les pauvres y étaient logés et nourris.

« J’ai trouvé, dit l’expert, une cour fermée de bâtiments, dans laquelle on entre par un grand passage. A l’occident de laditte cour et à droite dudit passage, est un corps de logis pour loger le fermier, qui est chargé de la réception des pauvres. Lequel logement est composé de deux chambres en haut.
Sur la même partie, à gauche dudit passage, est une grande chambre bien vitrée et planchée en haut et en bas, laquelle sert pour recevoir et chauffer les pauvres, et dans laquelle il y a trois couches suffisantes pour coucher neuf personnes, chacune desdittes couches garnie de paillasses, de deux draps et d’une couverte piquée et fourrée d’étouppes, deux autres couvertes de même espèce, six autres draps qui se lissivoient alors.
Au septentrion, est une chapelle érigée sous l’invocation de saint Jean et saint Eloy, laquelle est assez spacieuse et en bon état.
A l’orient et au midy, sont les granges et les écuries.
Ensuitte de cette reconnoissance, je me suis informé, tant aux villages voisins qu’auprès de deux pauvres qui sortoient alors de cet hôpital, de la façon que l’on y étoit reçu. Sur quoi, on m’a répondu que, le soir, l’on y avoit, à souper, même pain, même soupe et même viande que le fermier. Le lendemain, à desjeuner ou un morceau de pain pour emporter. Que pendant le jour, ceux qui ne faisoient que passer, avoient à dîner losque c’étoit l’heure, et à tout autre moment, un morceau de pain ».

Ce modeste mobilier, était, paraît-il, fort mal entretenu, puisque l’on constate en 1752, que « les lits de l’hôpital sont en très mauvais état, n’y ayant que cinq mauvaises couvertes et six draps bien estaminés. Tous les bois des lits des pauvres sont absolument pourris et vermoulus ».

Gerbonvaux, on le voit, ne méritait plus le titre d’hôpital, à peine celui de maison hospitalière, et les intentions de son fondateur à l’égard des malheureux étaient singulièrement méconnues. Il est probable que les choses allèrent de mal en pis, jusqu’au moment où ce domaine, déclaré propriété de l’état, fut vendu comme bien national, le 15 septembre 1792, l’an IV de la liberté, et adjugé au citoyen Jean-Nicolas Renaud, de Rouceux, pour la somme de 70 000 livres, non compris les bois que la nation se réservait.

En changeant de mains, Gerbonvaux a conservé à peu près complètement, la physionomie qu’il présentait au milieu du XVIIIe siècle. Il se compose aujourd’hui du bâtiment principal, à gauche duquel, vu de l’extérieur, est la chapelle transformée en bergerie, avec un engrangement à la suite. A droite, séparé par un passage, un petit corps-de-logis, formé d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage, appelé l’Hôpital. Derrière, un hangar qui réunit ce corps de logis aux écuries et à d’autres engrangements.

La chapelle de Gerbonvaux

Dans un des mémoires rédigés par eux à l’occasion de leurs difficultés avec les chevaliers de Saint-Lazare, les Oratoriens disent que la maison de Gerbonvaux, ayant été achetée à l’ordre de Prémontré, il pouvait y avoir une chapelle de Notre-Dame.

On lit à ce même sujet, dans l’Extrait des registres de l’état des hôpitaux : « Il y a dans la paroisse de Martigny, une maison hospitalière nommée Gerbonvaux, composée d’une habitation qui est comme une espèce métairie, dans laquelle il y a une chapelle qui a été édifiée sur les ruines d’une église, qui y était autrefois sous le titre et invocation originairement de Notre-Dame, et bientôt après de saint Eloy ».

Ainsi, il y aurait eu à Gerbonvaux, dès le principe, c’est-à-dire à l’époque où les Prémontrés possaidaient cette maison, une chapelle sous le vocable de la sainte Vierge, d’où vient que dans les titres vers la fin du XIIIe siècle, l’hôpital est dit de Notre-Dame. Il est appelé de saint Eloy, dans la première moitié du siècle suivant.

Losque Geoffroy de Bourlémont acquit le bien de Gerbonvaux, il y avait probablement une petite chapelle, qu’il conserva quelque temps. Puis, ne la trouvant plus assez spacieuse par suite de la fondation de l’hôpital, ou plus assez convenable pour sa nouvelle destination, il en fit édifier une nouvelle qu’il plaça sous le vocable de saint Eloy. Elle fut consacrée en 1316, par Nicolas, évêque in partibus de Botrus (Patrou, ancienne ville de Phénicie), délégué de l’évêque de Toul.

L’église de Gerbonvaux, à laquelle attenait un cimetière, entouré de murailles, renfermait trois chapelles : celle de la sainte-Vierge, celle de saint-Jean-Baptiste et celle de saint-Eloy.

Au commencement du XVIIIe siècle, l’église de Gerbonvaux comptait environ quatre cents ans d’existence. Elle avait subi les injures du temps, probablement aussi des dégrations causées par les mains des hommes, et se trouvait réduite à l’état d’une pauvre chapelle, menaçant ruine. Le vicaire général du diocèse de Toul, informé de ces faits, délégua un ecclésiastique pour aller en faire la visite et dresser un procès-verbal.

L’acte renferme beaucoup de détails curieux : « Le soussigné René Mercy, prêtre, [...], s’étant transporté cejourd’huy au lieu dudit Gerbonvaux, déclare avoir trouvé la chapelle, qui est un reste d’une grande église ruinée, situé dans un fond au pied d’un coteau, au-dessous des bâtiments et attenante aux écuries, dont elle est comme l’égout, aussi bien que de la cour qui est plus élevée, en sorte que de tout temps, elle est fort humide, et lorsqu’il arrive des pluies abondantes ou fonte des neiges, elle se trouve remplie d’eau de la hauteru de deux pieds.
Les murailles de la voûte menace une ruine prochaine et seroient déjà tombées si on ne les avoit étaiées. Mais comme il paroit que les fondements sont pouris par l’humidité du terrain et les eaux qui y coulent, la ruine est inévitable, et il y a un danger évident d’en être accablé en y célébrant la sainte messe et en y assistant. [...]
A côté gauche de ladite chapelle, vers le midy, il y a une espèce de petite chapelle hors d’œuvre, mais contiguë à l’autre, aïant dix pieds de longueur et sept de largeur, dans laquelle est un tombeau élevé de trois pieds, avec trois statues de pierre couchées. [...]
La toiture est toute en désordre et ne peut être rétablie sans danger de faire tomber les murailles et la voûte. [...]
De laquelle visite, reconnoissance et déclaration, le présent procez verbal a été dressé audit Gerbonvaux, ce jour, douzième de juillet mille sept cents deux ».

En conséquence de ce procès-verbal, M. de Laigle rendit le 20 juillet 1702, une ordonnance permettant de détruire « l’église » de Gerbonvaux, et d’en faire construire une plus convenable. Les Oratoriens ne semblent pas avoir donné beaucoup de soins à l’entretien de la chapelle qu’ils venaient de rebâtir, puisque dans une visite faite en 1761, on constate que la porte par laquelle on y entrait depuis la cour était fort vieille et pourrie, et qu’il était nécessaire d’en faire une autre. Que les vitres avaient besoin d’être réparées et les murailles recrépies, comme aussi la chambre de l’ermite, en dedans et en dehors.

La nouvelle chapelle, qui sert de bergerie, mesure dix mètres en longueur sur six de largeur. Elle est éclairée par trois fenêtres gothiques, une de chaque côté de la nef, et l’autre au-dessus de la porte d’entrée. Rectangulaire, sans pilier, elle était recouverte d’un plancher ou lambris abaissé en cintre sur les bords. Le seul monument religieux qu’elle renferme est une statue en pierre, d’un mètre environ de hauteur, représentant la Sainte-Vierge tenant l’enfant Jésus sur le bras gauche. A ses pieds, un moine à genoux, vêtu d’une longue robe blanche, costume des Prémontrés. Sur le socle, en lettres minuscules du XIIIe siècle, se lit l’inscription suivante : MELINE MERRE AUBRY.

L’ancienne chapelle, celle que l’on qualifiait du titre d’église, était plus en arrière. Il n’en reste qu’une triple arcature, qui suffit pour indiquer ce qu’elle fut. Elle se composait d’une nef avec bas-côtés. Sa largeur était d’environ 9,50 m. il est impossible de deviner jusqu’où elle s’étendait en longueur.

Les fenêtres de la chapelle construite au siècle dernier, et qui sont comme un anachronisme dans un édifice de cette époque, doivent avoir appartenu à l’ancienne, dont elles ont été enlevées avec soin lors de la démolition et replacées dans la nouvelle construction. Leur forme et la simplicité de leurs détails architectoniques permettent de le présumer, et de les rapporter, ainsi que le monument dont elles faisaient partie, au style primitif du XIIIe siècle.

Les ruines du château de Lutzelbourg (57)

blason LutzelbourgChâteau Lutzelbourg

Classé aux monuments historiques depuis février 1930, les ruines du château sont la propriété de la commune depuis 1977. D’importants travaux de rénovation ont été entrepris pour réhabiliter ce patrimoine. Le résultat est extraordinaire, et l’on n’a qu’une seule envie : parcourir ces ruines.

Je vous propose pour l’instant de découvrir l’histoire du château et du village de Lutzelbourg. Vous pouvez aussi découvrir d’autres photos du château de Lutzelbourg après la rénovation ici.

D’après un article paru dans les « Mémoires de la Société d’archéologie lorraine » – Année 1871

L’origine du château de Lutzelbourg se perd dans l’obscurité du moyen âge. Son nom est formé des mots allemands lützel et burg, qui signifient petit château, et il a été sans doute ainsi nommé à cause de son étendue peu considérable.

Bâti sur la crête rocailleuse d’une montagne dont l’altitude est de 322 mètres, et probablement sur les ruines d’un castel romain, il semblait, comme du temps du peuple-roi, préposé à barrer et à défendre le passage de la vallée de la Zorn. A sa construction, l’art de l’ingénieur avait déployé toutes ses ressources, et ses ruines imposantes attestent encore l’importance qu’il devait avoir dans ces temps, où l’art d’attaquer les places était encore dans son enfance.

Au pied de la montagne au sommet de laquelle s’élevait, haute et fière, la forteresse féodale, se groupèrent bientôt les habitations de modeste apparence, qui devaient donner naissance à un village auquel elle imprima son nom, et dont le voyageur, qui l’approche en remontant la Zorn, admire la situation pittoresque.

L’ensemble du château de Lutzelbourg présentait l’image d’une étoile à cinq rais, dont le centre était occupé par une tour pentagonale, qui servait probablement de donjon. Cette tour, revêtue de pierres diamantées, subsiste encore et forme aujourd’hui la partie la plus intéressante de cette ancienne forteresse. On ne pouvait y accéder que par une porte à plein-cintre, percée au premier étage, et à laquelle on serait tenté de donner le nom de fenêtre. L’escalier qui servait à monter jusqu’à son sommet était placé dans l’épaisseur du mur.

Ses cinq angles se liaient aux fortifications du pourtour de l’enceinte par des bâtiments qui divisaient le château en cinq compartiments parfaitement distincts et presque indépendants les uns des autres. Les cinq lignes de bâtiments qui divergeaient vers le mur d’enceinte, offraient, chacune à leur extrémité, une tour carrée. L’une de ces tours est encore debout, et élève sa tête brunie par les siècles du milieu des ruines qui l’entourent comme un phare sur un promontoire. Directement au-dessous de cette tour, se voit l’entrée d’un tunnel de 439 mètres de longueur, que traverse la double voie ferrée. Le mur d’enceinte était enté sur le roc escarpé, dont il suivait la sinuosité avec une bizarre exactitude.

Le château est dominé par les montagnes environnantes, et l’on y monte péniblement par un chemin rocailleux, disposé en pente assez raide. Du haut du plateau où il s’élève, la vue, quoique trop restreinte, est fort belle. Au pied du rocher s’étend le village de Lutzelbourg, aux blanches maisons, et l’on admire la vallée où la Zorn, aux capricieux méandres, roule ses eaux limpides. L’œil se plaît à suivre la nappe d’eau du canal de la Marne au Rhin, qui se dessine comme une bande d’argent à travers les prairies, et la ligne de fer, que parcourent les convois aux longs panaches de fumée pour se rendre à Paris ou à Strasbourg. Vers l’ouest, une échappée permet de jeter un coup d’œil dans la plaine accidentée du Westrich.

Quoique l’époque certaine de la fondation du château de Lutzelbourg ne soit pas connue, on peut admettre avec certitude qu’il existait déjà vers la fin du XIe siècle.

II était situé dans la Marche de Marmoutier, appartenait dans 1′origine à l’abbaye bénédictine de ce nom, et avait été, selon toute apparence, construit pour lui servir de boulevard, du côté de l’ouest. Mais il lui fut enlevé injustement et par violence, au commencement du XIIe siècle, par le comte Pierre, fils de Frédéric, comte de Moncion, et d’Agnès de Savoie. Ce seigneur adopta le nom du château qu’il avait usurpé et y fixa sa résidence.

L’acte de violence du comte Pierre donna lieu à une grave contestation entre ce seigneur et l’abbaye de Marmoutier. Le comte Pierre soutenait qu’il avait acquis la propriété du château dont il avait adopté le nom, en échange du prieuré de Saint-Quirin, tandis que l’abbaye de Marmoutier prétendait que cet échange n’avait jamais eu lieu, et qu’elle tenait le prieuré de Saint-Quirin de la libéralité de Louis, comte de Dagsbourg, aïeul maternel du pape saint Léon IX.

Quoique l’abbaye de Marmoutier eut le bon droit de son côté, elle ne pût jamais rentrer dans la propriété du château qui lui avait été enlevé, et le comte Pierre en resta l’heureux possesseur. Bien plus, il lui enleva violemment la forêt de Hiltenhausen, située dans le voisinage de ce château.

A 1a mort du comte Pierre, le château de Lutzelbourg advint par héritage à son fils Réginald, qui prit également le titre de comte de Lutzelbourg. Ce jeune seigneur, connu par ses édifiantes prodigalités envers l’Église, répara en partie l’injustice commise par son père, et restitua à l’abbaye, la forêt que celui-ci avait usurpée. Une charte, émise par l’abbé Anselme, qui présidait aux destinées de l’abbaye de Marmoutier de 1146 à 1154, nous donne quelques détails sur le différend qui s’était élevé entre Pierre, comte de Lutzelbourg, et le monastère, et raconte que la forêt que ce seigneur lui avait enlevée, lui avait été restituée par son fils Réginald.

Le comte Réginald de Lutzelbourg termina, en 1143, le cours de sa carrière terrestre, sans laisser de postérité. Etienne de Bar, évêque de Metz, son cousin, hérita du château de Lutzelbourg, et, après en avoir pris possession, il le donna en fief, sous la mouvance de son église, à Hugues, fils de Folmar, comte de Metz.

Après la mort de ce seigneur, Mathieu 1er, duc de Lorraine, fit, à la tête d’une noblesse impatiente de combats, diverses expéditions contre les seigneurs ses voisins. Il s’empara, vers 1151, du château de Lutzelbourg et de plusieurs autres forteresses de l’évêché de Metz, qui devinrent un sujet de sanglants démêlés. L’évêque Etienne de Bar tâcha, avec le secours de l’empereur Frédéric Barberousse, de récupérer les domaines dont il venait d’être dépouillé. Il reprit le château de Lutzelbourg et se rendit aussi maître de plusieurs autres forteresses. Le duc Mathieu, pour se venger des entreprises de l’évêque Etienne, se mit en campagne. Il remporta d’abord quelques avantages, mais il fut obligé de céder au nombre.

Les deux parties convinrent enfin de terminer une guerre, qui ne pouvait être que fort désavantageuse à toutes deux, et se réconcilièrent. L’évêque de Metz fit reconstruire le château de Lutzelbourg, qui avait été fortement endommagé pendant la guerre et ne présentait plus qu’un amas de ruines, puis il le réunit à sa crosse.

En 1154, l’évêque Etienne se ligua avec le duc Mathieu, contre le comte Folmar de Saarwerden. Les alliés marchèrent contre le château de Saarwerden, situé dans le Westrich, sur la Sarre, et en firent le siège. Après s’en être rendus maîtres, ils en rasèrent les fortifications et firent conduire le comte Folmar dans la forteresse de Lutzelbourg, où il fut retenu prisonnier.

Son fils Louis, outré de cet affront, jura d’en tirer vengeance. A peine son père avait-il fermé la paupière, que le comte Louis assembla quelques troupes, alla mettre le siège devant la forteresse où son père avait été retenu en captivité, et s’en empara. Mais l’évêque de Metz, Thierri de Lorraine, attaqua le comte de Saarwerden et le força de rendre la grande tour du château de Lutzelbourg, où il tenait garnison. Il ne le relâcha qu’à condition qu’il renoncerait à toutes ses prétentions sur ce château ! Ceci se passait vers l’an 1175.

Croll le jeune, de Deux-Ponts, suppose qu’il existait des liens de parenté entre le comte Réginald de Lutzelbourg et les comtes de Saarwerden, et que les prétentions que ces derniers avaient élevées sur sa riche succession, avaient occasionné les sanglantes querelles que nous venons de raconter.

Vers la fin du XIIe siècle, on vit paraître comme témoin dans une charte que l’évêque de Strasbourg, Conrad de Hunebourg, émit en faveur de l’abbaye de Neubourg, Hermann de Lucelnburch. Descendait-il du comte Pierre de Lutzelbourg ? Rien ne le prouve, et, selon toute apparence, il était simplement le vassal castrensien de l’évêché de Metz, et il adopta, selon l’usage du temps, le nom du château dont la garde lui était confiée. II fut l’auteur, la tige d’une nouvelle maison de Lutzelbourg, qui a joué, tant en Lorraine qu’en Alsace, un rôle, dont l’importance est attestée par une foule de documents et de monuments diplomatiques. La maison de Lutzelbourg portait d’argent au lion d’azur, la queue fourchue et passée en sautoir.

En 1235, le sire Bourchard de Geroldseck-ès-Vosges tourna ses armes contre le château de Lutzelbourg et s’en empara. L’évêque de Metz, Jean d’Apremont, résolut de reprendre ce manoir. Geoffroi d’Apremont, son neveu, à qui il avait confié le commandement de ses troupes, marcha contre le château, l’assiégea, ne négligea et ne ménagea aucuns moyens pour s’en rendre maître. Des pierres énormes furent lancées contre les tours et les murs et même dans l’intérieur du château, mais la garnison répondit aux projectiles par des projectiles, combattit avec le plus grand courage et opposa une résistance opiniâtre à un ennemi puissant, qui fit des efforts inouïs pour renverser les fortifications de la nature et de l’art. La forteresse restait debout et regardait les assiégeants d’un air menaçant.

Geoffroi d’Apremont venait de recevoir une blessure qui le priva d’un œil. Il redoubla d’efforts, s’empara du château et fit prisonnier le sire de Géroldseck et ses gens. Le vainqueur ne rendit la liberté à ses prisonniers que lorsque le sire de Géroldseck eut contracté l’engagement de lui payer pour leur rançon une grosse somme d’argent, qui fut hypothéquée sur les deux terres de Géroldseck, c’est-à-dire sur celle située en Alsace, près de Saverne, et sur celle située sur la Sarre, au territoire de Niederstinzel, dans le Westrich.

En 1296, Frédéric de Lichtenberg, archidiacre de l’église de Metz et grand-prévôt du chapitre de Strasbourg, avait, de l’autorité du chapitre de Metz, pendant la vacance du siége épiscopal, la garde des châteaux de Lutzelbourg, Turquestein et Castres. Il les restitua, en 1297, aux administrateurs et vice-gérants de Gérard, évêque élu de Metz, et informa les commandants de ces châteaux qu’il les avait rendus aux officiers de l’évêque. Il les pria en même temps d’obéir désormais à ce prélat, de lui rendre compte des revenus et de le servir sans contradiction.

Au XIVe siècle, Bourchard de Fénétrange était devenu le vassal, l’homme d’Adémare de Montil, évêque de Metz, et de son évêché. Par un acte dicté de la veille de Saint-Jean-Baptiste 1344, ce prélat fit donation à Bourchard de cinq cents livres petits tournois pour l’hommage qu’il lui avait rendu, et lui engagea à cet effet son château de Lutzelbourg. Il lui donna tout pouvoir de retirer des mains des comtes de la Petite-Pierre et des seigneurs voués de Wasslenheim (Wasselonne), les engagères qu’il leur avait faites, et lui assura la jouissance tant du château de Lutzelbourg que des domaines ainsi rachetés, jusqu’au remboursement de ladite somme de cinq cents livres et de celles qu’il pourrait avoir employées audit rachat.

L’évêque Adémare se réserva la faculté de rembourser lesdites sommes quand bon lui semblerait, et imposa au sire de Fénétrange la condition d’employer cette somme de cinq cents livres, après en avoir été payé, en acquêts qu’il tiendrait à toujours en foi et hommage de l’évêché de Metz.

L’embarras financier dans lequel se trouvait l’évêque Adémare, le força de recourir à la bourse de son vassal, le sire Bourchard de Fénétrange. Il lui emprunta, par acte du jeudi avant la fête de la Toussaint 1350, une somme de cinq cents livres petits tournois, et consentit que ce seigneur et ses descendants retinssent en leurs mains le château de Lucelbourg jusqu’au remboursement desdites deux sommes de cinq cents livres, faisant ensemble celle de mille livres.

Trente ans après, Bourchard de Fénétrange, qui ne possédait plus que la moitié de cet engagement, conclut, le dimanche Judica de l’année 1381 avec l’évêque Thierry Bayer de Boppart, une paix castrense (Burgfriede) qui porte en substance : l’évêque Thierry promet de laisser jouir Bourchard de Fénétrange et ses successeurs, de la moitié du château de Lutzelbourg, que ce seigneur tient en engagement de l’évêché de Metz, sans que ledit évêque ni ses successeurs puissent leur y apporter aucun trouble ou empêchement, tant et aussi longtemps que le rachat n’en aura pas été fait. Les deux parties prennent l’engagement de conserver ladite place à forces communes, de la défendre envers et contre tous en cas d’attaque et de la récupérer en cas de prise par leurs ennemis.

Peu après, l’évêque Thierry racheta l’engagère de Lutzelbourg, d’Olry de Fénétrange.

Le château de Lulzelbourg fut tourmenté d’une série non interrompue d’engagements qui jettent une grande confusion dans son histoire.

L’évêque de Metz Thierry Bayer de Boppart, fut forcé, par l’embarras de ses finances, à engager une partie du château de Lutzelbourg à l’évêché de Strasbourg, moyennant une somme de douze cents florins. L’évêque de Strasbourg, Frédéric de Blankenheim, donna en engagement, par acte du 1eravril 1385, le quart de ce château à son vice-dôme, Rodolphe dc Hohenstein, moyennant un prêt de sept cents florins.

L’évêque de Metz Raoul de Coucy, quelque peu remis à flot, remboursa à l’évêque de Strasbourg, Frédéric de Blankenheim, la somme de douze cents florins, qui formait le prix de son engagère, et les lettres d’engagement furent cassées et annulées, par un acte du lundi après la Nativité de Notre-Seigneur 1391. Toutefois, il ne parait pas que ce rachat ait été complet, car l’évêque Frédéric de Strasbourg retenait toujours une partie de ce château, et son successeur, Guillaume de Diest, se plaisait à y résider pendant la belle saison.

Le château de Lutzelbourg était devenu un ganerbiat (nom d’une antique et puissante association contre les brigands des temps féodaux, qui se forma en Allemagne, pendant le moyen âge, à l’époque où il n’y avait d’autre droit que la force, et qui subsista, mais bien dégénérée, jusqu’au milieu du XVIe siècle) et, en 1394, le 7 janvier, une paix castrense fut signée entre les comparsonniers Rodolphe de Hohenstein, Bechtold Münch de Wilsperg, Egenolphe de Lutzelbourg et Lutze de Lampertheim. Dieterich de Hohenstein, fils de Rodolphe, prit, dans le cours de la même année, l’engagement de se conformer à la teneur du susdit traité.

Le même engagement fut encore pris par Lutze et Hessemann de Lampertheim en 1398, par Henri Eckbrecht de Durigheim (Durkheim) en 1399, et le vendredi avant la mi-carême 1400, par l’évêque de Strasbourg, Guillaume de Diest, et par Gérard Dunne (Dauhn) de Linange, prévôt de Saverne.

Cette paix fut renouvelée, la veille de la Saint-Jacques 1404, entre Guillaume de Diest, évêque de Strasbourg, Henri Eckbrecht de Durnigheim (Durkheim), Jean de Heringen (Hérange), Berthold Krantz de Geispolsheim, Lutze et Hessemann de Lampertheim, Bernard et Jean de Lutzelbourg, et Martin Munch de Wilsperg.

La veille de la Saint-Michel de la même année, l’évêque Guillaume de Strasbourg s’entendit avec tous les ganerbes au sujet de la cotisation que chacun d’eux devait fournir aux frais de réparation et d’entretien du château. On convint d’avoir un édile ou directeur des bâtiments commun, lequel serait chargé tant de la garde du château que de l’administration des possessions communes.

Toutes les plaintes pour l’inexécution ou la violation de la paix castrense, toutes les contestations que l’un des ganerbes pourrait avoir à former contre l’autre, devaient être soumises à l’arbitrage d’Eberlin de Greifenstein le vieux.

Jean de Hérange et Berthold Krantz de Geipolsheim s’engagèrent, par un acte du 14 novembre 1404, à ne point s’opposer au rachat du château, dès que l’évêque Guillaume de Diest voudrait l’effectuer. Ce Berthold Krantz possédait aussi une hypothèque de cent florins sur la maison que les nobles d’Oberkirch possédaient à Lutzelbourg.

Les lettres en forme de dénombrement, que Bernard de Lutzelbourg et son frère Jean remirent, le jeudi avant la Saint-Luc 1405, à Raoul de Coucy, évêque de Metz, portent qu’ils tiennent en fief de cet évêché, le château de Lutzelbourg, la maison située dans ledit château, entre la tour dite de Fénétrange et le puits, avec la meule adossée à la grosse tour, la tour près de la porte d’entrée, les jardins et les prairies situées autour du château, le  village de Willer (Niederviller) et la mairie de ce lieu, à laquelle ressortissent les sujets de Bernard de Lutzelbourg, qui demeurent à Birchide (Bourscheid) le ban et le village de Schoenberg (Schoenbourg), le ban et le village de Gundwiller, (Guntzviller) ceux de Craffetzal (Craufthal) et d’Esperg (Eschbourg), avec les mairies desdits lieux, Prowiller (Brouviller) avec la mairie de ce lieu et celle dc Grenesniwiller (Kræmsviller), qui en est une dépendance. Le village de Kraemswiller ou Kramswiller ne subsiste plus. Il fut ruiné on ne sait à quelle époque et ses matériaux servirent à reconstruire celui de Drouviller.

Les guerres que l’évêque de Metz Raoul de Coucy eut à soutenir, le forcèrent d’engager en 1409, selon Dom Calmet, ou en 1402, selon Meurice, le quart du château et de la châtellenie de Lutzelbourg à Charles II, duc de Lorraine, pour la somme de huit cents florins du Rhin.

En 1410, l’évêque de Metz, Raoul de Coucy assura à Guillaume de Diest, évêque de Strasbourg, la jouissance viagère du quart du château de Lutzelbourg. Dans le cours de la même année, Jean de Lutzelbourg donna à l’évêque Guillaume de Strasbourg quittance de la somme de cent soixante florins, que ce prélat lui devait en compensation des pertes qu’il avait essuyées à son service, et pour laquelle il avait reçu en engagement le quart que l’évêché de Strasbourg possédait dans le château de Lutzelbourg.

L’evêque de Strasbourg Guillaume de Diest prit, le jour de l’Assomption de Notre-Dame 1421, l’engagement de rendre dans un certain temps à Conrad Bayer de Boppart, évèque de Metz, la moitié du château de Lutzelbourg et de lui remettre ès mains franchement et quittement les lettres d’engagement que l’évêque Thierry de Metz avait souscrites au profit de l’évêque Fredéric de Strasbourg. L’évêque Guillaume renouvela cet engagement, par acte du mardi après l’Annonciation de Notre-Dame 1434.

Egenolphe de Lutzelbourg donna, le mardi après la Division des Apôtres de l’an 1460, son dénombrement à la cour féodale de l’évêché de Metz, séant à Vic, pour le château de Lutzelbourg et les villages qui en dépendaient. Dans la même année 1460, Philippe Kraph de Sarrebourg reconnut tenir en fief de Georges de Bade, évêque de Metz, une maison au château de Lutzelbourg, le droit de haute conduite à Sarrebourg, quatre livres de rente à Varlsperswiller (Vasperswiller) et quatre livres de rente au Vivier (Voyer) et à Elwresweiler (Abreschwiller).

En 1469, Henri Blicker de Rothenbourg fit ses reprises de Georges de Bade, évêque de Metz, pour une maison de fief située en son château de Lutzelbourg, et lui promit l’obéissance qu’un fidèle vassal et sujet doit à son seigneur.

Wernher de Lutzelbourg fit ses reprises de l’évêque Georges de Metz pour le château de Lutzelbourg, avec sa tour et ses dépendances jusqu’à la tour dite de Fénétrange, le puits près de la grosse tour, le Steinburg de la porterie par où l’on entre, avec les villages et mairies en dépendant, et promit par acte du jeudi après la Saint-Valentin 1483, « de procurer le profit et d’empêcher le dommage dudit sieur évesque, ainsi qu’un fidèle vassal est tenu de faire envers son seigneur, à cause de son fief ».

Un noble alsacien, Michel de Blumeneck, fit, par acte du jeudi après la Saint-Michel de l’an 1495, ses reprises pour et au nom de Claire Wucher, sa femme, de l’évêque de Metz, Henri de Lorraine, pour une maison située au château de Lutzelbourg, la moitié d’un moulin, trois resaux de froment et trois resaux d’avoine de rente sur les grosses dîmes dudit Lutzelbourg, avec les menues dîmes, consistant en dix schillings et demi, monnaie de Strasbourg.

Au commencement du XVIe siècle, on comptait, parmi les ganerbes du château de Lutzelbourg qui prêtaient foi et hommage à l’évêque de Metz, sous condition de paix castrense, le célèbre Franz de Sickingen.

Après la mort de ce vaillant guerrier, qui fut frappé des éclats d’une poutre en défendant la brèche de son château de Landstuhl, le 7 mai 1525, le landgrave de Hesse, Philippe-le-Magnanime, l’électeur palatin, Louis-le-Pacifique, et l’électeur de Trèves, Richard Greifenklau de Wolfrat, se dirigèrent sur l’Alsace et marchèrent contre les châteaux de leur ennemi, où flottaient depuis trop longtemps les bannières de chevaliers pillards. Ils s’emparèrent successivement des châteaux de Hohenbourg, Dahnstein et Drachenfels, et les livrèrent aux flammes.

Ils remontèrent ensuite le pays et campèrent, le 18 mai, sous les murs de Pfaffenhofen, où ils passèrent dans le repos la journée du lendemain, qui était un dimanche. Le comte Philippe de Hanau satisfit à tous leurs besoins et leur envoya un renfort de troupes. Le lundi 20, ils marchèrent sur Saverne, passèrent sous les murs de cette ville et parurent inopinément à la vue du château de Lutzelbourg, qu’ils avaient résolu de détruire, parce qu’il avait servi plusieurs fois de refuge à Franz de Sickingen et à ses amis dans leurs courses aventureuses.

Un trompette vint sommer la garnison de se rendre. Celle-ci, intimidée et craignant que sa conduite passée n’appelât la vengeance, ne tenta pas la moindre résistance et capitula. Le château fut aussitôt livré aux flammes, puis les tours, les murs et ce que le feu n’avait pas consumé, furent démantelés et détruits.

Deux tours seules échappèrent à la destruction, grâce à la solidité et à l’épaisseur de leurs murailles. Les murs de la grande tour ont 2m 30 d’épaisseur, ceux de l’autre lour n’ont qu’une épaisseur de 2m 10. Elles sont encore debout et peuvent braver longtemps encore l’action de la vétusté.

L’hospitalité que le château de Lutzelbourg avait donnée à Franz de Sickingen et à ses amis fut la cause de sa ruine, et l’électeur palatin, qui le convoitait depuis longtemps, le réunit à son comté de la Petite-Pierre, avec les villages de Hazelbourg, Hultenhausen, Wilsberg et Mittelbronn.

Lorsque, deux ans après, le comte de Hanau alla visiter le duc Antoine de Lorraine dans son camp devant Saverne, pendant sa fameuse expédition contre les Rustauds d’Alsace, le prince lorrain se montra fort irrité contre lui et lui fit d’amères reproches de sa coopération à la destruction du château de Lutzelbourg, qui était un fief messin, appartenant son frère le cardinal de Lorraine et « où le capitaine Hans Brubac et ses compaignons étaient enclos ».

Cependant, les évêques de Metz ne renoncèrent pas aux droits qu’ils avaient sur ce château et ses dépendances et continuèrent à en donner à leurs vassaux une investiture de nulle valeur. En 1552, Henri Hass de Laufen, qui en avait été investi par l’électeur palatin, fut sommé par le cardinal de Lenoncourt, évêque de Metz, de lui prêter foi et hommage comme à son seigneur féodal. Mais, comme il tenait ce fief de la maison palatine, il écrivit au prélat messin, sous la date du 1eravril de ladite année, une lettre où il s’excusa de n’en pouvoir faire la reprise sans en donner avis au prince palalin, au préjudice duquel il ne voudrait attenter aucune chose, assurant toutefois le cardinal qu’il ne voulait pas contrevenir à la sommation qui lui avait été faite pour la reprise de ce fief, que si lui, évêque de Metz rentrait dans la possession du domaine direct de Lutzelbourg, il lui ferait aisément ses foi et hommage avec l’obéissance requise.

Le comté de la Petite-Pierre tomba, à la mort de l’électeur palatin qui décéda sans postérité le 12 février 1559, à la branche palitine de Deux-Ponts, qui était divisée en deux rameaux : Deux-Ponts et Veldenz, suivant le pacte sucessoire conclu entre les phinces de la maison palatine le 2 novembre 1553.

Par un traité fait à Augsbourg en l’année 1566, Wolfgang, duc de Deux-Ponts et son cousin Georges-Jean, prince de Veldenz, se partagèrent l’opulent héritage que leur avait laissé leur parent, l’électeur Othon-Henri. Georges-Jean eut en partage, le comté de la Petite-Pierre avec la seigneurie de Lutzelbourg, la moitié de la seigneurie de Gutenberg et Alsenz. Son cousin Wolfgang lui donna encore la souveraineté des comités de Veldenz et de Lautereck, que son père, Robert- le-Boiteux, n’avait possédés qu’à titre d’apanage ; ce qui lui donna voix et séance à la diète de l’Empire.

Le comte Georges-Jean, dès qu’il fut maître du comté de la Petite-Pierre, résolut d’élever au rang d’une ville, le village d’Einarzhausen, dont le château commandait le long et difficile défilé de Saverne, et, avant même d’en avoir obtenu l’autorisation de l’empereur Maximilien II, il l’entoura d’ouvrages de fortifications et lui donna le nom de Phalsbourg (ville palatine), qui désigne encore son ancien maitre et fondateur. Il acquit de Jean de Braubach, moyennant deux écrits florins, sa part de l’ancien château de Lutzelbourg, et construisit dans le village de ce nom une papeterie sur la Zorn, au bas de la fontaine, près de la maison de péage une maison pour un armurier, et en dehors du village, un moulin à poudre.

II rétablit, en 1568, le village de Hazelbourg, qui, depuis longtemps, était tombé en ruines, et dont il ne subsistait plus qu’une seule ferme, que tenait en fief Philippe Wambold d’Umstatt.

Maintenant, il nous reste à rechercher quel était l’état social des descendants de ceux qui étaient venus s’établir au pied de la forteresse de Lulzelbourg, dans l’espoir d’y trouver sécurité et protection.

Cet état était celui qui était alors commun à tous les hommes des classes inférieures : le servage de la glèbe. Toutes les personnes de l’un et de l’autre sexe qui voyaient le jour au village de Lutzelbourg, étaient considérées comme une adhérence du sol. Elles ne jouissaient pas de la faculté de changer librement de demeure et ne pouvaient sortir de la seigneurie qu’avec la permission du seigneur et qu’en se soumettant à lui payer le droit d’émigration connu sous le nom d’abzeeg, dont il fixait lui-même arbitrairement la quotité selon la fortune de l’émigrant.

Celui-ci avait la faculté de se faire remplacer en sa servitude par un autre sujet, qui était tenu de remplir toutes les obligations imposées au remplacé. En quelque lieu que l’émigrant se retirât, il était tenu de payer, sa vie durant, son cens au seigneur.

L’habitant de Lutzelbourg était tenu de payer au seigneur un droit de capitation, appelé leibbet, et l’impôt du feu ou de cheminée, qui consistait dans une poule livrable à la Saint-Martin ; il était assujetti à des corvées illimitées. Celui qui avait un attelage était astreint à faire des transports ou voiturages au profit du seigneur. Si un étranger héritait d’un bien quelconque à Lutzelbourg, il était tenu d’en payer un droit mortuaire, dont le montant était arbitrairement fixé par le seigneur.

Tous les droits de péage qui se percevaient dans cette localité appartenaient au seigneur seul. Celui-ci faisait percevoir un impôt indirect sur le vin vendu par les aubergistes ; le droit de cet impôt consistait, dans l’origine, en quatre pots de vin dus sur chaque mesure vendue. Les aubergistes s’en acquittaient suivant la taxe faite par les officiers seigneuriaux, la contenance de la mesure était évaluée à trente pots. Deux nouveaux pots furent, dans la suite, ajoutés aux quatre. Ainsi l’umgelt était un lourd impôt de six pots par mesure de trente pots, ou de vingt pour cent du prix de la vente des vins en détail.

L’église de Lutzelbourg était, dans le principe, filiale de l’église de Mittelbronn, et le curé de cette paroisse exerçait, tant au château qu’au village de Lutzelbourg, les fonctions curiales et y possédait tous les droits qui compétaient au curé. La moitié de la grosse dîme et des menues dîmes lui appartenait, et l’autre moitié en était réservée au seigneur. Ils prélevaient ensemble, pour dime sur les oignons, seize schillings, et le seigneur touchait seul pour dîme sur les foins douze schillings. Les habitants avaient le droit de nommer le sacristain, qui percevait, pour ses gages, les dimes de Dannelbourg, dont les habitants fréquentaient l’église de Lutzelbourg et enterraient leurs morts au cimetière qui y était attenant. De toute ancienneté, le château était exempt de toutes charges et de tout péage.

La commune de Lutzelbourg était administrée, sous la haute surveillance des officiers palatins, par un conseil municipal appelé gericht. Les fonctions de ce conseil étaient complexes : il était chargé à la fois de l’administration de la justice et de celle des affaires communales ; il était composé d’un prévôt (schutheiss) qui en était le président, d’un maire, appelé heimeyer, et de deux échevins comme assesseurs. Le prévôt était le représentant, l’homme du seigneur et le gardien local de ses droits, le heimeyer était l’homme d’affaires de la communauté. La nomination du prévôt, du maire, des échevins, voire de l’appariteur de la commune, appartenait au seigneur.

Les habitants de Lutzelbourg n’avaient pas la satisfaction de jouir de quelques franchises municipales et restèrent toujours dans leur ancienne dépendance envers le seigneur. Leur gericht n’osait se réunir que s’il était appelé, et traiter que des choses qui lui étaient proposées obligé d’obéir à l’impulsion qui lui venait d’en haut, il devait se courber devant des décisions auxquelles il n’aurait peut-être point adhéré. Toutes les amendes prononcées par le gericht local se percevaient au profit du seigneur.

La législation qui régissait la commune de Lutzelbourg était la coutume du comté de la Petite-Pierre, que le comte palatin Georges Jean, prince de Veldenz, fit consigner par écrit, vers 1570, comme un ensemble et un code.

Cette coutume, appelée Lutzelsteiner Landesordnung, présente une grande concordance avec le grand statuaire du Palatinat, et a pour base le droit romain.

Les habitants de Lutzelbourg, quoiqu’ils fussent établis dans une contrée montagneuse et peu fertile, et qu’ils cultivassent leurs maigres champs de leurs propres mains, ne pouvaient guère se réjouir des concessions qu’ils avaient obtenues de leurs seigneurs. Ils n’avaient droit ni au bois d’affouage, ni au bois de marnage et ne jouissaient dans les forêts seigneuriales que de la grasse pâture, contre une redevance qui était fixée par le gericht local, de concert avec les agents forestiers.

Selon une vague tradition, ils y auraient eu des droits plus étendus, mais ils en auraient été dépouillés par abus de la puissance féodale. Ils étaient aussi assujettis à l’odieux droit de banalité, qui les forçait à moudre leurs grains au moulin seigneurial.

Le comte Georges-Jean de Veldenz imposa même la banalité aux boulangers d’Einarzhausen (plus tard Phalsbourg). Il faisait gérer le moulin pour son propre compte, sous la surveillance de son receveur (schaffner), et entretenait une basse-cour fournie de volailles de toute espèce.

Il accordait au meunier qu’il prenait à son service, le logement au moulin et, pour ses gages annuels, cent florins et six aunettes de drap pour un habit d’hiver. Le meunier avait encore le droit de tenir dix poules et d’engraisser deux porcs, et la seigneurie lui fournissait l’huile nécessaire à l’éclairage du moulin. La femme du meunier recevait également tous les ans, six aunettes de drap pour une jupe, sous la condition de prendre soin de la basse-cour.

Ce moulin ayant été incendié en 1568 par les troupes du duc d’Aumale qui bordaient les frontières de l’Alsace, le comte de Veldenz le fit immédiatement reconstruire. Ce moulin, qui avait trois paires de meules, fut, peu de temps après, loué moyennant un canon de cent resaux de méteil et deux porcs gras, à livrer au château de Phalsbourg, et, en 1580, le meunier fut autorisé à s’arranger avec les boulangers de cette ville qui voudraient s’affranchir de la banalité.

La commune de Lutzelbourg était pauvre et dénuée de ressources et se vit, en 1557, dans la triste nécessité d’emprunter une misérable somme de cent florins pour pouvoir faire face à ses besoins. A cet effet, le prévôt de la commune, Ulrich Belsem, André Beek, heimeyer, Jean Muller et Christophe Schneider, gens de justice dudit lieu, cédèrent, du consentement du receveur du comté de la Petite-Pierre, à la léproserie de Saverne, une rente annuelle de cinq florins, monnaie de Strasbourg, le florin valant dix schillings et demi, ou quinze batz et trois kreuzers. Les représentants de la commune promirent de porter cette rente tous les ans à Saverne, le jour de la Sainte-Catherine, et de la payer exactement au receveur de ladite léproserie. Cette cession fut faite pour, et moyennant la somme de cent florins, que les autorités de Lutzelbourg reçurent comptant dudit receveur et qu’elles promirent d’employer pour le plus grand avantage de leur village, en se réservant toutefois la faculté de la rembourser en une seule fois quand bon leur semblerait.

Pour la sûreté du service exact de cette rente et du remboursement de son capital, les représentants de Lutzelbourg hypothéquèrent conventionnellement le village, son territoire, ses communaux, bois, terres, eaux, cours d’eau, pâturages, champs, prés, jardins, et même leurs biens propres. Cet acte fut scellé du grand sceau de la ville de Saverne, parce que les représentants de Lulzelbourg se trouvaient dans l’impossibilité de faire usage du sigille de leur commune, le mardi avant la sainte Catherine 1557. Il constate que le gericht de Lutzelbourg avait son sigille propre, mais toutes nos recherches pour en découvrir une empreinte ont été infructueuses.

Le gericht de Lutzelbourg perdit ses attributions judiciaires sous le gouvernement du comte palatin Georges-Jean de Veldenz. Ce prince créa et institua, par un décret du 4 février 1572, une prévôté bailliagère à Phalsbourg, ville qu’il venait de fonder. Cette prévôté se composait d’un prévôt, d’un lieutenant prévôt, d’un receveur et de six échevins ou gens de justice, et était chargée de connaître de toutes les affaires civiles et criminelles dans toute l’étendue de l’ancienne seigneurie de Lutzelbourg.

Mais, quand il s’agissait d’un crime pouvant entrainer la peine capitale, on adjoignait à cette cour de justice six échevins pris parmi ceux des villages, afin que le nombre des échevins fût toujours de douze.

La cour criminelle devait être présidée par le prévôt qui « tiendra le bâton et le rompra au jugement ». La partie qui se croyait lésée par la justice prévôtale pouvait en appeler au conseil de la Régence de la Petite-Pierre.

Le comte Georges-Jean de Veldenz introduisit le luthéranisme et le calvinisme à Phalsbourg et affecta à l’entretien des ministres de ces deux cultes, les revenus des églises de la seigneurie.

L’établissement de la ville de Phalsbourg et les nombreuses constructions que le comte Georges-Jean de Veldenz entreprit, le firent surnommer l’Ingénieur par ses contemporains, mais ils embarrassèrent ses finances, et il se vit dans la pénible nécessité de vendre, en 1570, aux sieurs Chrétien de Savigny, seigneur de Rosne, et Jean de Beauvau, seigneur de Pange, le huitième du village de Lutzelbourg.

A cette époque, l’idée d’un canal de communication de la Zorn avec la Sarre préoccupait déjà les esprits. Le besoin en était surtout ressenti dans l’intérêt de l’exploitation des belles forêts de la vallée de la Zorn. En 1573, le comte palatin Georges-Jean de Veldenz avait projeté le plan de la réunion de ces deux rivières, il résolut de de les rendre navigables au moyen d’un canal de jonction dont l’exécution devait amener un système de navigation et de flottage qui répandrait de nombreux germes de prospérité sur le bassin de la Zorn. Il réussit à faire assembler, à ce sujet, en 1574, les états d’Alsace, mais il fallut reculer non seulement devant la pénurie d’argent, mais encore devant les difficultés de l’exécution. Ce projet, gigantesque surtout pour l’époque, fut le précurseur d’un avenir qui ne devait s’accomplir que près de trois siècles plus tard, et l’honneur d’avoir conçu une telle idée restera éternellement au comte palatin Georges-Jean de Veldenz.

A peine la ville de Phalsbourg était-elle construite, que le prince Georges-Jean de Veldenz songea, en 1577, à rétablir le château de Lutzelbourg. Les dépenses de ce projet furent estimées à la somme de sept mille florins. Mais, ayant calculé que les intérêts de cette somme s’élèveraient annuellement à 350 florins, qu’à ces intérêts il faudrait joindre le traitement du gouverneur du château avec 150 florins, et la solde du portier et des soldats qui y tiendraient garnison avec 420 florins, de sorte qu’il faudrait prélever annuellement sur ses revenus ordinaires la somme de 900 florins, non compris ce que lui coûterait l’achat de quelques pièces d’artillerie, il renonça, par des considérations de prudente réserve dans l’intérêt de ses finances, au projet de reconstruire ce château.

Malgré cette renonciation, l’état de ses finances devenait de jour en jour plus embarrassant, et, en 1582, il se vit forcé de vendre aux sieurs Chrétien de Savigny et Jean de Bauvau, moyennant la somme de douze mille florins, le village de Lutzelbourg, la vieille ville et le château de Hazelbourg, en se réservant la faculté de les racheter pendant quinze années, et le droit d’ouverture tant au château de Lutzelbourg que dans la vieille ville de Hazelbourg. Cet engagement n’eut qu’une durée éphémère.

Pour sortir de la détresse où l’avait jeté sa passion immodérée de constructions dispendieuses, le comte Georges-Jean chercha, en 1578, à vendre le comté de la Petite-Pierre et la seigneurie de Lulzelbourg à la couronne de France. La correspondance qu’il engagea au sujet de ce projet d’aliénation avec l’évêque Jean de Manderscheid, évêque de Strasbourg, son seigneur direct, se continuait très active entre les deux princes. Mais ce malencontreux projet rencontra chez le prélat alsacien et les conseillers de sa régence une si vive opposition, que le prince de Veldenz fut obligé d’y renoncer.

Le château de Lutzelbourg, avec les villages qui en dépendaient, fut compris dans la cession que le comte palatin Georges-Jean de Veldenz fit, en 1583, à Charles III, duc de Lorraine, de la ville de Phalsbourg, moyennant la somme de quatre cent mille florins, et l’un des premiers soins de ce prince fut de faire disparaître dans la commune de Lutzelbourg, toute trace de la doctrine de Luther, qui y avait pénétré sous le règne du comte palatin Georges-Jean de Veldenz.

L’ancienne seigneurie de Lulzelbourg fut comprise dans la principauté éphémère de Phalsbourg, que le duc Henri de Lorraine fit ériger en 1624, peu de temps avant sa mort, en faveur de Louis de Guise, baron d’Ancerville. Elle subit toutes les horreurs de la guerre de Trente-Ans : les invasions continuelles avaient épuisé le pays et mis les habitants aux abois, la contagion désolait en même temps toute la contrée et réduisit la population à un nombre minime.

A la mort de la princesse Henriette de Phalsbourg, le 19 novembre 1660, Phalsbourg et les villages qui en dépendaient échurent, par droit d’hérédité, à son frère, Charles IV, duc de Lorraine, qui ne les posséda que quelques semaines. Ce prince, pour obtenir son rétablissement sur le trône, fut forcé de céder à Louis XIV, pour former le chemin que le roi s’était réservé pour le passage de ses troupes en Alsace, Moyenvic, Sarrebourg et Phalsbourg, et tous les villages situés le long de cette route à travers la Lorraine, notamment ceux de Héming, Niederviller, Courtzerode et Garrebourg. Ce traité, qui fut signé à Vincennes le 28 février 1661, portait que la France ne devait avoir qu’une demi-lieue de large en souveraineté. Il fit naître un grand nombre de difficultés, qui ne se terminèrent qu’à la mort de Louis XIV.

La France prétendait que la commune de Lutzelbourg se trouvait comprise dans cette cession, et ses habitants se virent forcés de rendre hommage à Louis XIV et de lui prêter serment de fidélité.

Lorsque ce prince joignit à ses conquêtes militaires celles de ses tribunaux, le prétendu seigneur de Lutzelbourg fut assigné dans la personne de Jean Paul, maire dudit lieu, devant la Chambre royale établie à Metz, pour faire les recherches des terres ou fiefs qui avaient pu dépendre des Trois-Evêchés, et pour les réunir à la couronne de France. L’arrêt que rendit cette Chambre, le 29 juin 1680, par défaut contre le prétendu seigneur de Lutzelbourg, ordonna que l’évêque de Metz rentrerait en la possession et jouissance du château de Lutzelbourg et de ses appartenances. Il fit défense aux possesseurs de ces lieux, à leurs officiers, vassaux et sujets, de reconnaître un autre souverain que le roi de France et une autre justice supérieure que celle du Parlement de Metz, et déclara le château de Lutzelbourg et les domaines énoncés dans les anciens engagements, arrière-fiefs de France.

La paix de Ryswick, qui fut conclue en 1697, restitua ses états à Léopold 1er, duc de Lorraine. La seigneurie de Lutzelbourg fut revendiquée par la Lorraine comme devant être comprise dans cette restitution, mais ce ne fut que le 21 janvier 1718, qu’un arrangement relatif aux limites et aux droits des possessions respectives de la France et de la Lorraine, fut conclu entre les deux pays, et mit fin aux difficultés et aux contestations qui subsistaient entre eux, en étendant les bornes de la route militaire qui conduisait en Alsace.

Par ce traité, il fut arrêté que Lutzelbourg demeurerait à la France. Le duc Léopold renonça également à tous ses droits sur Hultenhausen, Hazelhourg et les villages qui dépendaient autrefois de la principauté de Phalsbourg, moyennant un équivalent que lui donna la France.

Lutzelbourg faisait partie, avant la Révolution, de la prévôté royale et bailliagère de Phalsbourg, ressortissant au Parlement de Metz, et avait titre de paroisse dépendant du diocèse de Strasbourg et du chapitre rural de Beubur ou Saverne, et ayant pour annexe le village de Hultenhausen. La collation en appartenait au roi.

Lutzelbourg fait, depuis la Révolution, partie du département de la Meurthe et du canton de Phalsbourg.

Lors de la nouvelle division du territoire, les communes de l’ancien Westrich, et notamment Phalsbourg, Lixheim et Garrebourg, protestèrent contre leur réunion au département de la Meurthe et sollicitèrent la réunion au département du Bas-Rhin, de toutes les communes situées en deçà de la Sarre, depuis Saint-Quirin jusqu’à Bouquenom. Le vœu réciproque de ces communes était fondé sur des convenances locales qui méritaient l’attention du Corps législatif : « Elles sont, disaient-elles, éloignées de près de vingt lieues du chef-lieu du département de la Meurthe, tandis qu’elles ne sont qu’à dix lieues de Strasbourg. Toutes leurs relations commerciales sont dirigées vers le Bas-Rhin et elles n’en ont aucune avec le département de la Meurthe. Les lois qui, dans ce département, ne sont publiées qu’en français, restent ignorées de leurs concitoyens, qui, pour la majorité, n’entendent que l’allemand ». Le district de Haguenau et le département du Bas-Rhin appuyèrent vainement le vœu de ces communes.

Le territoire sur lequel fut construit le village de Lutzelbourg appartenait primitivement à deux provinces différentes : celui qui est situé sur la rive droite de la Zorn dépendait anciennement de la Marche de Marmoutier, et faisait par conséquent partie de l’Alsace, comme le prouve authentiquement la charte de l’abbé Anselme, tandis que le territoire de l’autre coté de cette rivière faisait jadis partie de la province du Westrich, dont un fragment, celui qui confinait à la Lorraine, fut appelé communément Lorraine allemande.

Le château lui-même, quoiqu’il fût situé sur la rive droite de la Zorn, fut généralement attribué au Westrich, à partir de l’époque où les évêques de Metz plantèrent leur bannière féodale sur ses tours. La montagne et le plateau que couronnent ses ruines sont devenus depuis longtemps des propriétés privées et ont été divisées en un grand nombre de parcelles que la culture a envahies. Sur le plateau comme sur les flancs jadis boisés de la montagne qui porte encore le nom de Schlossberg (montagne du Château), la main de l’homme a créé des vergers ou des champs, qui, à force de soins et d’engrais, produisent du seigle, de la luzerne et des pommes de terre.

Le domaine de l’État a vendu, le 20 septembre 1827, pour la somme de 150 francs, à Jean Seltier de Lunéville, les ruines du château, contenant 56 ares.

Des fouilles pratiquées, il y a quelques années, sur l’emplacement des ruines du château de Lutzelbourg, ont eu pour résultat la découverte d’un grand nombre de pointes de flèche, d’éperons, de fers de cheval et de clous de diverses formes et de diverses grandeurs. On y a aussi découvert des clés en fer travaillé de diverses formes, des fers à repasser, différents ustensiles plus ou moins oxydés, des fragments de carreaux de poële en terre cuite, décorés de lions, de chimères, de guirlandes, de feuilles ou d’autres ornements en relief, et un sceau sur lequel est gravé l’écusson de Hennite d’Urbeis, représentant une herse triangulaire, avec la légende en caractères gothiques : S. Hennite DE URBEIS. Une empreinte de ce sigille et plusieurs des objets ci-dessus mentionnés ont été donnés au Musée d’antiquités de Saverne.

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