La roue flamboyante de Sierck-les-Bains

Blason Sierck-les-Bains

 

Cette année encore, la roue va dévaler la pente du Stromberg à l’occasion des feux de la saint Jean.

Spectacle magnifique qui dure depuis des siècles. Et quelles qu’en soient les origines, félicitons-nous que cette fête existe encore au XXIe siècle ! Programme ici .

 

D’après un article paru dans les « Mémoires de la Société d’archéologie et d’histoire de la Moselle » – Année 1887

L’usage presque général, surtout dans les campagnes, d’allumer des feux chaque année, le soir du 23 juin, jour qui précède immédiatement la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste, est du nombre de plusieurs antiques usages, dont l’origine est demeurée obscure.

A Sierck, petite ville historique de l’ancien duché de Lorraine, cet usage, peut-être plus qu’ailleurs, a conservé son caractère traditionnel. Sierck est placé au bord de la Moselle et sur sa rive droite, à l’extrémité de notre département qui touche, d’un côté, à la partie cédée à la Prusse par les traités de 1815, de l’autre, au grand-duché de Luxembourg.

De toutes les petites villes baignées par la Moselle, depuis sa source jusqu’à sa jonction avec le Rhin, à Coblentz, celle de Sierck occupe la position la plus agréable et la plus riante. Une longue ligne de belles maisons suit l’arc de cercle que décrit, en cet endroit, la paisible rivière. Du côté du sud-est, la ville est dominée par un antique château-fort, et devant elle, sur la rive gauche de la Moselle, s’étale la splendide verdure des vignes, parsemées de cerisiers, qui, de l’est à l’ouest, couvrent toutes les pentes du Stromberg, et ensuite s’étendent, en remontant le cours de la rivière, jusqu’au village de Haute-Kontz.

Or, ce qui, à Sierck, distingue les feux de la Saint-Jean de ceux qui sont allumés en beaucoup d’autres lieux de la France et de l’Allemagne, c’est qu’on y voit paraître, au sommet d’une montagne, nommée le Stromberg, et puis en descendre, de longues files de torches faisant escorte à une roue enflammée, qui est conduite vers la Moselle, vis-à-vis de la ville, pour être précipitée dans les eaux, si ses guides, surmontant tous les obstacles, parviennent à l’y faire arriver.

Les habitants de Basse-Kontz, village situé à un kilomètre de Sierck, entre cette ville et Haute-Kontz, mais sur la rive gauche de la Moselle et à l’ouest, paraissent avoir toujours été chargés du soin et des frais, du reste peu considérables, de cette réjouissance nocturne. De là, vient que l’on dit ordinairement la roue flamboyante de Basse-Kontz plutôt que de Sierck.

Chaque année, la veille de la Nativité de saint Jean-Baptiste, ils quittent en grand nombre leurs demeures, lorsque les ombres de la nuit commencent à se répandre, et ils montent au sommet du Stromberg, qui est, sur la rive gauche de la Moselle, à l’opposite de la ville de Sierck, dont il n’est séparé que par la paisible rivière.

Arrivés à la partie la plus élevée de la montagne, d’où ils peuvent facilement être aperçus de la ville, les habitants de Basse-Kontz mettent le feu aux nombreux faisceaux de paille attachés à l’extrémité des longues perches qu’ils portent, et à la paille tressée autour d’une grande roue de voiture. Ensuite, se rangeant en files avec leurs torches qu’ils agitent, ils descendent vers la Moselle, et ils accompagnent, dans sa marche rapide, la roue flamboyante, que deux des plus robustes d’entr’eux conduisent au moyen d’une longue perche passée au travers.

Tout ceci se fait avec cérémonie, puisque le maire et le conseil municipal de Basse-Kontz sont présents à ce feu d’artifice un peu primitif, tandis que, du côté de Sierck, trois coups ont été tirés avec de petits canons de fer, pour donner le signal du commencement de la fête.

Les feux de cette illumination, réfléchis et multipliés par les eaux de la Moselle, produisent, dans l’obscurité de la nuit, un effet vraiment féerique.

Tel est le spectacle qui, depuis plusieurs siècles, se renouvelle chaque année, la veille du 24 juin, et qui attire toujours, sur les deux rives de la Moselle, mais surtout du côté de Sierck et sur le quai magnifique qui borde la rivière, un nombre considérable de personnes.

Mais quelle peut être la cause de cet usage particulier, et quelle en a été l’origine ? Il existe, à ce sujet, diverses traditions, ou plutôt opinions, qui ont été recueillies par les écrivains qui ont rapporté ce petit fait de l’histoire de notre province.

Selon les uns, l’usage d’allumer ces feux et d’embraser cette roue, la veille de la Saint-Jean, a commencé, à Sierck, au temps de Jean Ier, qui occupa le trône ducal de la Lorraine depuis l’année 1346 jusqu’en l’année 1390. Ce prince, aimé de ses sujets, le fut particulièrement à Sierck, où il fit divers séjours dans l’antique château-fort qui domine la ville et le cours de la Moselle. Les habitants, en reconnaissance de ses bienfaits, établirent l’usage des feux de la Saint-Jean, pour mieux célébrer la fête de leur souverain, dont le patron, au ciel, était saint Jean-Baptiste, précurseur de Notre Seigneur. Depuis cette époque, le même usage a été continué sous les ducs de Lorraine, successeurs de Jean Ier, et il a passé jusqu’à nous.

La seconde opinion, ou tradition populaire, ne le fait pas remonter plus haut que l’invasion suédoise, au commencement du dix-septième siècle, et il ne serait ainsi que l’accomplissement d’un vœu fait à saint Jean-Baptiste par les habitants de Basse-Kontz. Pour être délivrés du fléau de la peste, qui ravagea tout le pays après le passage des Suédois, ils s’obligèrent à faire descendre chaque année et à perpétuité, une roue enflammée du sommet de la montagne du Stromberg, et à la conduire jusque vis-à-vis de la chapelle de Saint-Jean qui alors existait à Sierck.

Enfin, selon d’autres, cet usage est beaucoup plus ancien, et il remonte à l’époque de la destruction des statues des faux-dieux dans le pays de Trêves, et au premier établissement du christianisme dans cette partie des Gaules.

Telles sont les explications, plus ou moins satisfaisantes, qui ont été données par les écrivains, en petit nombre, qui se sont occupés de notre histoire particulière et locale.

Extrait du « Pays lorrain » – Année 1909 

Près de Sierck, à l’occasion des feux de la saint Jean, le spectacle est beaucoup plus pittoresque. Les habitants de Basse-Kontz, village placé sur la rive gauche de la Moselle, allument un cylindre de paille du poids de 4 à 500 livres, dont l’axe est traversé par une perche qui sert à diriger cette espèce de roue.

Il s’agit de faire rouler cet appareil enflammé le plus loin possible. Si la roue descend plus bas que la fontaine de Burbach, qu’on rencontre à mi-côte du Stromberg, lieu de départ du cortège, les habitants peuvent exiger deux hottes de vin de la ville de Sierck. Au contraire, quand la roue s’éteint avant d’arriver à cette fontaine, Sierck peut exiger un panier de cerises.

La superstition a pris part à cette cérémonie : si le cercle enflammé se plonge dans la Moselle, on en conclut que la vendange sera très abondante. 


Archive pour 17 juin, 2011

La roue flamboyante de Sierck-les-Bains

Blason Sierck-les-Bains

 

Cette année encore, la roue va dévaler la pente du Stromberg à l’occasion des feux de la saint Jean.

Spectacle magnifique qui dure depuis des siècles. Et quelles qu’en soient les origines, félicitons-nous que cette fête existe encore au XXIe siècle ! Programme ici .

 

D’après un article paru dans les « Mémoires de la Société d’archéologie et d’histoire de la Moselle » – Année 1887

L’usage presque général, surtout dans les campagnes, d’allumer des feux chaque année, le soir du 23 juin, jour qui précède immédiatement la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste, est du nombre de plusieurs antiques usages, dont l’origine est demeurée obscure.

A Sierck, petite ville historique de l’ancien duché de Lorraine, cet usage, peut-être plus qu’ailleurs, a conservé son caractère traditionnel. Sierck est placé au bord de la Moselle et sur sa rive droite, à l’extrémité de notre département qui touche, d’un côté, à la partie cédée à la Prusse par les traités de 1815, de l’autre, au grand-duché de Luxembourg.

De toutes les petites villes baignées par la Moselle, depuis sa source jusqu’à sa jonction avec le Rhin, à Coblentz, celle de Sierck occupe la position la plus agréable et la plus riante. Une longue ligne de belles maisons suit l’arc de cercle que décrit, en cet endroit, la paisible rivière. Du côté du sud-est, la ville est dominée par un antique château-fort, et devant elle, sur la rive gauche de la Moselle, s’étale la splendide verdure des vignes, parsemées de cerisiers, qui, de l’est à l’ouest, couvrent toutes les pentes du Stromberg, et ensuite s’étendent, en remontant le cours de la rivière, jusqu’au village de Haute-Kontz.

Or, ce qui, à Sierck, distingue les feux de la Saint-Jean de ceux qui sont allumés en beaucoup d’autres lieux de la France et de l’Allemagne, c’est qu’on y voit paraître, au sommet d’une montagne, nommée le Stromberg, et puis en descendre, de longues files de torches faisant escorte à une roue enflammée, qui est conduite vers la Moselle, vis-à-vis de la ville, pour être précipitée dans les eaux, si ses guides, surmontant tous les obstacles, parviennent à l’y faire arriver.

Les habitants de Basse-Kontz, village situé à un kilomètre de Sierck, entre cette ville et Haute-Kontz, mais sur la rive gauche de la Moselle et à l’ouest, paraissent avoir toujours été chargés du soin et des frais, du reste peu considérables, de cette réjouissance nocturne. De là, vient que l’on dit ordinairement la roue flamboyante de Basse-Kontz plutôt que de Sierck.

Chaque année, la veille de la Nativité de saint Jean-Baptiste, ils quittent en grand nombre leurs demeures, lorsque les ombres de la nuit commencent à se répandre, et ils montent au sommet du Stromberg, qui est, sur la rive gauche de la Moselle, à l’opposite de la ville de Sierck, dont il n’est séparé que par la paisible rivière.

Arrivés à la partie la plus élevée de la montagne, d’où ils peuvent facilement être aperçus de la ville, les habitants de Basse-Kontz mettent le feu aux nombreux faisceaux de paille attachés à l’extrémité des longues perches qu’ils portent, et à la paille tressée autour d’une grande roue de voiture. Ensuite, se rangeant en files avec leurs torches qu’ils agitent, ils descendent vers la Moselle, et ils accompagnent, dans sa marche rapide, la roue flamboyante, que deux des plus robustes d’entr’eux conduisent au moyen d’une longue perche passée au travers.

Tout ceci se fait avec cérémonie, puisque le maire et le conseil municipal de Basse-Kontz sont présents à ce feu d’artifice un peu primitif, tandis que, du côté de Sierck, trois coups ont été tirés avec de petits canons de fer, pour donner le signal du commencement de la fête.

Les feux de cette illumination, réfléchis et multipliés par les eaux de la Moselle, produisent, dans l’obscurité de la nuit, un effet vraiment féerique.

Tel est le spectacle qui, depuis plusieurs siècles, se renouvelle chaque année, la veille du 24 juin, et qui attire toujours, sur les deux rives de la Moselle, mais surtout du côté de Sierck et sur le quai magnifique qui borde la rivière, un nombre considérable de personnes.

Mais quelle peut être la cause de cet usage particulier, et quelle en a été l’origine ? Il existe, à ce sujet, diverses traditions, ou plutôt opinions, qui ont été recueillies par les écrivains qui ont rapporté ce petit fait de l’histoire de notre province.

Selon les uns, l’usage d’allumer ces feux et d’embraser cette roue, la veille de la Saint-Jean, a commencé, à Sierck, au temps de Jean Ier, qui occupa le trône ducal de la Lorraine depuis l’année 1346 jusqu’en l’année 1390. Ce prince, aimé de ses sujets, le fut particulièrement à Sierck, où il fit divers séjours dans l’antique château-fort qui domine la ville et le cours de la Moselle. Les habitants, en reconnaissance de ses bienfaits, établirent l’usage des feux de la Saint-Jean, pour mieux célébrer la fête de leur souverain, dont le patron, au ciel, était saint Jean-Baptiste, précurseur de Notre Seigneur. Depuis cette époque, le même usage a été continué sous les ducs de Lorraine, successeurs de Jean Ier, et il a passé jusqu’à nous.

La seconde opinion, ou tradition populaire, ne le fait pas remonter plus haut que l’invasion suédoise, au commencement du dix-septième siècle, et il ne serait ainsi que l’accomplissement d’un vœu fait à saint Jean-Baptiste par les habitants de Basse-Kontz. Pour être délivrés du fléau de la peste, qui ravagea tout le pays après le passage des Suédois, ils s’obligèrent à faire descendre chaque année et à perpétuité, une roue enflammée du sommet de la montagne du Stromberg, et à la conduire jusque vis-à-vis de la chapelle de Saint-Jean qui alors existait à Sierck.

Enfin, selon d’autres, cet usage est beaucoup plus ancien, et il remonte à l’époque de la destruction des statues des faux-dieux dans le pays de Trêves, et au premier établissement du christianisme dans cette partie des Gaules.

Telles sont les explications, plus ou moins satisfaisantes, qui ont été données par les écrivains, en petit nombre, qui se sont occupés de notre histoire particulière et locale.

Extrait du « Pays lorrain » – Année 1909 

Près de Sierck, à l’occasion des feux de la saint Jean, le spectacle est beaucoup plus pittoresque. Les habitants de Basse-Kontz, village placé sur la rive gauche de la Moselle, allument un cylindre de paille du poids de 4 à 500 livres, dont l’axe est traversé par une perche qui sert à diriger cette espèce de roue.

Il s’agit de faire rouler cet appareil enflammé le plus loin possible. Si la roue descend plus bas que la fontaine de Burbach, qu’on rencontre à mi-côte du Stromberg, lieu de départ du cortège, les habitants peuvent exiger deux hottes de vin de la ville de Sierck. Au contraire, quand la roue s’éteint avant d’arriver à cette fontaine, Sierck peut exiger un panier de cerises.

La superstition a pris part à cette cérémonie : si le cercle enflammé se plonge dans la Moselle, on en conclut que la vendange sera très abondante. 

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