Le brochet de Charlemagne

Le brochet de Charlemagne

D’après  » Lacs, forêts et rivières de Lorraine  » – Editions Mars et Mercure

L’Empereur Charles, dans sa maison de Champ, a réuni ses chevaliers. Sous un tilleul, il s’est assis, dans une cathèdre de chêne. Autour de lui, se tiennent ses barons : les douze pairs y sont, avec Roland et Olivier, et Turpin l’archevêque. Il y a aussi le savant Eginnart qui écrit en latin, et tant de valeureux comtes et de preux chevaliers des marches de l’Est. Y sont, avec eux, Guy de Bourgogne et Girard de Roussillon et Ogier le Danois, et tous ceux que Charles aime pour leur vaillance et leur fidélité.

Charles l’Empereur a convoqué tous ses vassaux et leur a dit : « Francs chevaliers, aiguisez vos épieux et fourbissez vos épées d’acier ; et partons chasser l’ours et l’aurochs et le loup à travers mes forêts de Vosges. Et préparez le fil et l’hameçon ; et allons-nous-en au bord des lacs pêcher la perche et le brochet ».

Tous ont alors répondu : « Cela est bien ainsi ! ». Puis ils s’en sont allés vers leurs armes et leurs chevaux. Ils ont appelé leurs pages et leurs féaux. Et ils sont venus dans la forêt vosgienne. Entre les parois étroites de la montagne, ils ont remonté la rivière de Vologne, en devisant et en chantant.

Mais le comte Roland s’est impatienté, car il n’aime pas les lentes chavauchées et les bavardages qui ralentissent la marche. « Sommes nous des femmes, que nous papotons comme celles qui tournent la quenouille ? » a-t’il demandé.

Charles l’a entendu. Il a dit à son neveu : « Roland, vous avez l’âme fière et le cœur prompt. Devancez-nous et préparez un lieu où nous pourrons manger. Choisissez l’un des pairs et partez avec lui ». Roland a répondu : « Ce sera Olivier ». Et l’Empereur a souri.

Roland s’est approché d’Olivier et lui a parlé à l’oreille. Puis ils ont dépassé l’avant-garde des barons et se sont enfoncés dans la forêt. Le ruisseau chante parmi les roches et le vent murmure dans les hauts sapins. Ils ont si bien chevauché qu’ils sont parvenus aux gorges où l’eau tourbillonne en grondant entre les roides murs de roche.

Non loin de là, ils ont découvert une large pierre semblable à un lit sarrazin. « Ce sera pour Charles, notre Empereur », dit Roland. Et le sage Olivier lui répond : « Il le mérite bien ! ». Et ils étendent sur la roche une tapisserie où se trouve représentée une scène de chasse.

Puis l’Empereur Charles est arrivé. Il s’est reposé sur la pierre. Avec ses barons, il a mangé et bu. Mais son cheval s’est agité et, d’un violent coup de sabot, il a frappé la roche. Il l’a si fort heurtée que la marque de fer est restée gravée pour toujours. Charles y a vu un signe : il a donné ses ordres pour la chasse. Il a fait sonner les cors, les chevaliers se sont ceints et se sont armés de leur épée. Leurs valets ont pris leurs épieux, tous s’en sont allés plus avant dans la forêt.

Ils ont levé un lourd aurochs rude et méchant. Ils ont découplé tous les chiens et ont chassé la bête à grand’peine et ahan. L’aurochs s’est enfui parmi les bois et les buissons. Les veneurs le suivent en criant et en faisant tapage. Les valets, les écuyers et les chevaliers ont moult difficultés à pousser derrière la bête…

La forêt toute entière, retentit du son des trompes et des cors. Mais l’aurochs est de taille à défendre chèrement sa vie, il les emmène à travers ravins et tourbières. Il met à mal les chiens : il les fouille de ses cornes et plus d’un gît dans le fossé, la patte brisée ou le ventre ouvert, et se tord en hurlant de douleur. Les chevaux sont blessés par les roches et les herbes coupantes. Mais Charlemagne et ses barons poursuivent l’aurochs sans répit. Ils brandissent l’épée d’acier et ils soufflent dans leur olifant.

Girard, qui tient de l’Empereur le fief de Roussillon, l’atteint de son épieu à la pointe de fer. Charles l’achève de la dague merveilleuse que, naguère, la reine de Constantinople, lui a offerte.

Mais l’affaire avait été rude et chaude. L’Empereur a mis pied à terre. Il a posé son épée et ses barons l’ont imité. Il s’est avancé vers une source claire et a bu de son eau fraîche et transparente. Puis il s’est tourné vers ses barons et a dit : « Nobles seigneurs, descendons vers ce lac qui miroite là-bas dans la vallée comme une longue mer. Lorsque nous y serons, nous tirerons nos hameçons. La pêche nous reposera de la chasse ».

Ils ont tous fait ainsi. Ils ont chevauché à travers bois, ils ont aperçu une blanche cascade, ils ont longé un petit lac rond aux sombres eaux, puis ils sont arrivés au bord du long lac que Charles avait vu du flanc de la montagne. Ils se sont mis à pêcher.

Charles sent bientôt son fil trembler. Il veut retirer son hameçon, mais la prise lui semble lourde, car il appelle son page. Mais le page ne suffit pas, il fait venir un écuyer. Ensemble ils tirent et sortent de l’eau un brochet. Jamais personne n’en a vu de semblable.

Les barons se sont approchés. Ils ont admiré la capture de leur Empereur. Roland a dit : « A lui seul, il peut nous rassasier tous ! ». Mais Charles a demandé son forgeron et lui a dit : « Forge un collier d’or, avec une clochette d’or et attache-les au col du poisson ».

Le forgeron a forgé une clochette d’or, puis un anneau d’or, puis un carcan d’or. Il les a assemblés. Il les a fixés au col du brochet. Quand il a fini son travail, Charles le bon Empereur, prend le poisson. Il le pose doucement dans l’eau du lac. Le brochet s’enfuit et les barons le perdent bientôt de vue.

Et par les vallées et par les forêts, l’Empereur Charles et ses chevaliers rentrent au château de Champ. Il y a là Roland et Olivier et les douze pairs, et Turpin l’archevêque. Avec eux, chevauche toute la fleur de chevalerie de France, Ogier le Danois, Guy de Bourgogne, Girard de Roussillon et tous ceux que Charles, l’Empereur, aime pour leur courage et leur fidélité.

 

Le son de la clochette monte en core parfois des profondeurs du lac de Longemer et glisse comme une aile légère au ras des eaux. Maint pêcheur, au cours des âges, l’a longuement écouté, puis a tendu ses efforts pour reprendre le brochet de Charlemagne, sachant qu’il apportait avec lui la promesse d’une extraordinaire richesse.

Mais jamais personne n’a pu s’en saisir : le carcan d’or de l’Empereur le protège, semble-t-il, éternellement…

 

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