La légende du pont des fées de Gérardmer

Pont des fées GérardmerPont des fées Gérardmer

 

Le Pont des Fées de Gérardmer a fait l’objet d’une inscription  aux Monuments Historiques par arrêté du 11 février 1972.

Construit en 1763, il s’appelait le « Pont des Fies« . En patois « fies » signifie « épicéas », variété de sapins des Vosges. Ce nom lui avait été donné en raison du fait que la Vologne traverse une sombre forêt d’épicéas.

Plus bas, la Vologne entoure deux petites îles, appelées îles « Marie Louise ou Perles des Vosges« . Il paraitrait qu’on y pêchait des perles que l’on trouvait dans les huîtres d’eau douce et qu’en 1737, les habitants auraient offert des perles aux princesses Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV, lors de leur passage dans les Vosges.

 

Légende d’après un texte de Henry Desestangs – Parution dans « Le Pays Lorrain » 1908

Il y avait une fois, dans le pittoresque pays des Vosges, à Gérardmer, un chasseur si beau, si séduisant et si admirablement bien fait,qu’il n’était ni femme, ni fille, qui ne fût charmée par lui.

Il poursuivait les animaux sauvages, méprisant les dangers, heureux si quelque cerf ou quelque sanglier, tombait sous ses coups. Dès le matin, alors que la fraiche aurore apparaissait, traversant ronces et broussailles, humides de rosée, il partait, toujours au guet, ne manquant jamais sa bête. Et ainsi tout le jour.

Il rentrait dans sa chaumière (car il habitait dans une chaumière et non pas un palais, étant aussi pauvre que beau) le soir, quand, depuis plusieurs heures déjà, la nuit était tombée et qu’à vingt­cinq lieues à la ronde, on parlait de son courage, de ses prouesses. On achetait son gibier, qui lui rapportait gros, mais il avait huit petits frères et huit petites sœurs, pour qui il dépensait ce qu’il gagnait, voulant qu’ils ne manquassent de rien. Il se privait parfois même de nourriture, content si ceux qu’il aimait, avaient ce qui leur fallait. Il avait promis à ses parents, au moment où ils étaient morts, de prendre soin des seize marmots.

Tuant beaucoup de gros gibier, il s’habillait de peaux, et ce costume seyait à ravir à sa mâle beauté. Aussi, bien des filles eussent-elles été heureuses de l’avoir pour époux, car, comme nous l’avons dit plus haut, elles en étaient toutes folles.

Mais lui, ne les regardait même pas, n’en ayant ni le temps, ni l’envie, les trouvant toutes extrêmement laides. D’ailleurs, il y avait aussi une autre raison…

Une vieille femme, que dans le pays on disait être une fée, qui s’était trouvée à sa naissance et qui était sa marraine, avait assuré qu’il serait beau et courageux, et qu’il arriverait aux plus hautes distinctions, si toutefois, il ne se laissait séduire par quelque femme que ce fût. Il connaissait la chose et se tenait sur ses gardes.

Un jour, que depuis l’aube il poursuivait une biche (qu’il n’avait pu atteindre avant midi), il se sentit si pris de fatigue, qu’il s’endormit sur les fougères, à l’ombre des grands arbres, au bord d’un torrent, dont l’eau blanche et mousseuse tombait de cascade en cascade.

Là, dans la forêt touffue, l’air est plein d’agrément. Un vieux pont, tout en roches construit il y a des siècles et des siècles par les mains agiles des fées, dit-on, en cet endroit joignait les versants des montagnes voisines.

Les yeux fermés, le chasseur paraissait hanté de songes délicieux, et sa beauté avait un éclat resplendissant. Il dormait, bercé par le chant des oiseaux et le clapotement des ondes, quand il sentit soudain un baiser qu’on lui déposait sur la joue.

Devant lui se présente le plus merveilleux spectacle qu’il ait jamais vu : une femme, plus belle que le jour, est là qui le regarde. Ses yeux sont vert de mer, ses joues sont incarnates et ses lèvres de corail. Ses cheveux blond d’or tombent jusqu’à ses pieds, cachant à demi un corps admirable, où scintillent quelques goutelettes d’eau irisée, semblables à des perles. Elle sourit au chasseur de l’air le plus aimable. Ebloui par tant de charmes, il croit rêver encore. Les paroles s’arrêtent dans sa gorge tellement il est occupé à la considérer !…

Mais elle s’approche, entoure de ses bras blancs comme l’albâtre, le cou du jeune homme et, d’une voix qui semble être une musique céleste, lui dit : « Ô mon beau chasseur, pourquoi ne réponds-tu pas à mon baiser ?… Te fais-je peur ?… Je suis celle qui te protège et qui, par son génie, de loin veille sur toi, la nuit quand tu te reposes, le jour quand tu cours le bois, dont l’esprit te suit partout, et qui, sans cesse, écarte de toi tous maux !… Viens… Viens auprès de moi, ô mon beau chasseur ! ».

Emu par ce discours, il se sent si plein de feu, qu’il se met à genoux devant elle et s’écrit : «  Oh non, toi qui est si belle et si aimable, je n’ai pas peur de toi, de toi qui sans cesse me protège, dis-tu, oh non je n’ai pas peur de toi !… »

Et il l’assure qu’il l’aime plus que lui-même, la serre avec ardeur sur sa poitrine et couvre ses mains de baisers. Elle le regarde en souriant, puis reprend : « Ô mon beau chasseur, viens !… Viens dans mon palais de cristal où les années passent plus vite que les jours, où l’on vit heureux dans des plaisirs sans nombre et des joies sans fin, où il fait toujours beau, où l’on est toujours tranquille, dans mon palais de cristal, viens, ô mon beau chasseur !… ».

Elle l’embrasse, le caresse, le serre plus fort dans ses bras. Séduit, il se laisse faire, et peu à peu s’abandonne. Ils roulent, tous deux enlacés, sur la mousse puis sur le chemin… Elle l’entraine jusqu’au bord du torrent… Déjà ils touchent les algues vertes !

Elle l’embrasse, l’embrasse encore, puis soudain, le sentant en sa toute puissance, rit aux éclats, et le précipite avec elle dans l’eau profonde…

Le chasseur avait poussé un grand cri, le torrent avait fait entendre un sourd mugissement, qui avait retenti bien loin dans la montagne !… Puis, tout redevint calme : l’eau blanche continua à tomber de cascade en cascade, les oiseaux à chanter et les vieux sapins à être doucement balancés par le vent…

Jamais le chasseur ne revint dans sa chaumière, où ses huit petits frères et ses huit petites sœurs sont morts de faim. Mais on parle toujours de lui dans le pays.

Une crainte superstitieuse s’attache à l’endroit où il a disparu. Depuis, on n’y passe plus qu’en tremblant, et durant les longues soirées d’hiver, à la veillée, dans les pauvres cabanes, les vieilles femmes racontent aux petits enfants étonnés, l’histoire du jeune chasseur, devant les cheminées allumées.

Eux, sont pris de peur à ce récit, car on leur assure que, parfois à minuit, les antiques échos des vertes forêts des Vosges, répercutent encore les cris effrayants que le chasseur pousse du fond des eaux, ou qu’encore on entend sortir de dessous les ondes des chants d’amour d’une mélodie divine, où s’emmêlent dans une harmonie suave, la voix forte et mâle de celui qui n’est plus et la voix enchanteresse et tendre de l’ondine aux yeux vert d’eau et aux lèvres de corail…

 

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