Jametz au XVIIe siècle

Blason de Jametz

 

D’après le « Manuel de la Meuse » de Jean-François-Louis Jeantin – 1861

 

Jametz, terre conquise, sous la domination lorraine (de 1589 à 1631)

La capitulation du château livrait Jametz à la Lorraine. Cette conquête lui avait coûté cher : vingt mois d’assauts, deux millions d’espèces, et des flots de sang. Tel était le solde de la victoire !

À tout prix, il importait à la Ligue qu’elle le conservât. Aux termes où les princes lorrains se trouvaient alors avec la France, Jametz était un poste, de premier ordre, contre les projets des envahisseurs des trois Evêchés. Car les Français étaient déjà maîtres du Verdunois. Charles III le comprit, et sa politique y pourvut.

Après la retraite de Shélandre et de sa troupe, le 25 juillet 1589… après la fière sortie de cette garnison héroïque, capitaines et soldats, l’épée ou le poignard à la ceinture, tambours battants et enseignes flottantes… Henry de Lorraine, marquis du Pont à Mousson, fils aîné de Charles, avait enjoint au baron d’Haussonville de mettre les lieux sur un pied respectable.

150 arquebusiers à pied, 20 à cheval, 4 canonniers, et la compagnie Maigret occupèrent le fort, et le sieur de Lesmont fut gouverneur de la place et dépendances du pays.

Dès le lendemain, le culte catholique reprit possession des âmes, en la personne du curé Nicolas Meunier. Puis, appelé du Piémont, un ingénieur militaire vint reconstruire la forteresse.

C’était Mathieu du Pont, dit l’italien dans les comptes de son exercice : les gens du pays le nommèrent le Wale, c’est-à-dire l’étranger.

Pendant que cet émule du célèbre Errard de Bar s’ingéniait à faire du vieux château un fort imprenable, d’autres événements s’accomplissaient dans la principauté.

Henry de la Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne, avait épousé Charlotte de Lamarck, le 15 octobre 1591. Se mettant aussitôt à la tête de quelques intrépides, pendant que l’armée lorraine tenait ses quartiers entre Ivoy-Carignan et la Meuse, le prince de Sedan faisait une pointe dans les Wabvres. Puis, coup sur coup, la nuit même de ses noces, il surprenait Stenay, à la confusion grande de son commandant Claude de Craone… il enlevait Dun, en janvier 1592, à son gouverneur Jean de Mouzay… il assaillait Jametz, au mois de février… on dit même qu’il s’en rendit maître, au moins momentanément.

Cependant, les Lorrains tinrent bon, en 1592, 1593, 1594, 1595.

En 1594, Charles IV y avait placé le baron de l’Etang, comme gouverneur, puis il le remplaça par le sieur de Raigecourt, qui ne tarda pas à en être expulsé. Enfin, les Lorrains n’évacuèrent Jametz que le 15 mars 1596.

Voici les motifs de cette évacuation, qui ne tarda pas à être suivie de leur rentrée. Charlotte de Lamarck meurt sans enfants… grands débats, pour sa succession !

D’une part, son mari se disait légataire ; d’autre part, ses oncles contestaient l’existence du testament. Ceux-ci étaient le comte de Lamarck et le duc de Montpensier. Le légataire ne démord pas. Il est ensaisiné, et, comme tel, il tient bon. Le Béarnais, fin matois s’il en fut, enchanté de cette lutte qui faisait ses affaires, intervient. Et il ordonne que les place et terre de Jametz seront remises èz mains du sieur de Montpensier, en contre échange des places de Dun et d’Astenay (Transaction signée au Louvre le 24 octobre 1594 – Traité de Saint-Germain en Laye du 16 novembre 1594).

Puis, avec quelqu’argent, par rachat du 24 décembre 1596, tout s’arrange entre les intéressés. Ce pacte politique régla, pour un demi-siècle, le sort de Jametz et de ses terriens. Charles versa 100 000 écus au duc de Montpensier, qui en retira ses gens d’armes… le comte de Lamarck fut apaisé par quelqu’autre somme, espèces sonnantes… En fin de compte, Jametz resta aux Lorrains, sauf à s’en débattre, plus tard, avec les Français.

Alors, Claude Charles de Housse, à la tête des troupes lorraines, reprit possession du fort et des ruines qui l’entouraient. Conformément aux ordres de son maître, ce gouverneur activa les fortifications renaissantes, puis il entreprit l’œuvre de repeuplement et celle de réorganisation.

Quelques bourgeois rentrèrent ; ils relevèrent les murs de leurs habitations fumantes. En 1601, déjà 147 familles avaient reconstitué la nouvelle commune. Alors, il fallut lui donner un code de police et des magistrats.

Un bailli, nommé Jean Symon – un procureur général, qui s’appelait Thomas Delchef – un contrôleur, Guillaume Fabvier – un receveur, Jean Jappin de la Tour – un greffier chargé du tabellionnage, Jacques de Hollier. Tels furent les premiers officiers du nouveau bailliage, ayant à ses ordres trois sergents. Deux maîtres de ville, chargés d’asseoir et de lever l’impôt – un procureur syndic et quelques conseillers, à l’élection, telle fut la première municipalité.

Le château, fortifié en 1601 et 1602… un pont, jeté sur le Loison, au vis-à-vis des Amyoths, une nouvelle halle placée au centre du bourg… une église, construite, en 1608, par le maître maçon Guiot Roussel, sur les plans et devis de l’auditeur des comptes Dubois de Nancy… telles furent les premières œuvres du gouvernement.

La famille de Schélandre n’avait pas été impitoyablement proscrite par les vainqueurs. On en a la preuve par les actes d’aveux et reprises :
- du 13 mai 1607, par Judith de Miremont, veuve de François de Schélandre, laquelle dénombre pour la tour de Jametz et ses dépendances, mouvantes de la maison forte dudit lieu
-
du 24 mars 1612, par son fils Jean Martin, dit aussi Thin de Shelandre, poëte assez distingué, qui mourut à Sommazannes, en 1635.

En 1609, le duc Henry réunit la charge de baillif aux fonctions de gouverneur, et Thirion Petit remplaça Thomas Delchef comme procureur d’Etat.

Claude Charles de Housse décède en 1617. Il est remplacé par Gaspard Danglure, maison de Buzancy. Ce gouverneur demeure à poste fixe : il poursuit l’œuvre des fortifications. Il fait abattre la maison-forte du fief dit de la Cour, maison qui nuisait à la défense. Il restaure les appartements de la résidence. Enfin, il meurt, en 1620, laissant quatre mineurs : Henry – Louis – Saladin – Marguerite.

Pour récompense des services de leur père, le duc Henry leur concède le fief de la Cour, avec ses dépendances. C’était le petit domaine qu’il avait racheté des Shélandre, après leur expulsion.

En 1620, le sieur de Raigecourt succéda au gouverneur d’Anglure. Il trouve 132 ménages, mais toute la terre ne rapporte encore au domaine que 80 000 fr. barrois, somme insuffisante pour défrayer la garnison.

Tout est absorbé par les chefs, les soldats ne vivent que de maraude. Les habitants, plongés dans la misère, désertent de nouveau ; leurs foyers restent vides.

En 1636, de 132, le nombre des feux est réduit à 26. Et, quatre années plus tard, on n’en trouvera que 8, tant est désastreux, ce gouvernement militaire. C’est dans cet état que survient l’occupation française, en vertu du traité signé en 1631, par Charles IV, à Liverdun.

Jametz, terre envahie, sous l’occupation française (de 1631 à 1648).

La paix de Liverdun ne pouvait être que précaire, car le traité ne stipulait que le dépôt, aux mains de Louis XIII, de quelques places fortes, telles que Clermont, Varennes, Dun, Jametz, Stenay, pour gages de la fidélité de l’inconstant et avantureux Charles IV. Cette girouette, hélas, tournait au moindre vent.

Le comte de Lamberty avait reçu le commandement général de ces places. Puis, la division du militaire et du civil s’étant faite, chaque ville eut ses magistrats à part. Ceux-ci nommés par le prince lorrain, pour le maintien de ses droits, ceux-là, c’est-à-dire les chefs des troupes, étaient choisis par le roi. Ainsi, Bernard de Raigecourt, sénéchal de l’évêché de Metz et général de l’artillerie lorraine, en quittant Jametz, avait été promu gouverneur de Stenay, à titre honoraire, et Nicolas de la Serre, commandant en second de cette place, sous le comte de Lambertye, avait reçu du roi de France le poste miliiaire de Jametz. De Goupillon était son major de place, un sieur de Viltange était commissionné aux vivres et munitions…

En 1636, François Thiébault de Saint Euruge succéda à de la Serre au gouvernement de Jametz, de Dun, et de Stenay. C’est, sous ce provisoire, de 1632 à 1640, que se compléta la misère et le dépeuplement de Jametz. Il était temps que les conquêtes de Louis XIV y missent fin par la constitution d’un ordre stable, sous l’action immédiate du vainqueur de Rocroy.

En août 1634, un édit du roi avait supprimé le bailliage de Jametz. Il avait ordonné qu’à l’avenir, sa prévôté ressortirait au bailliage de Verdun, sauf recours à Metz, pour les cas d’appellation.

A partir de cette époque, sinon de droit au moins de fait, Jametz cessa d’être lorrain. Son gouverneur était alors le sieur Simon, beau-frère de celui de Stenay, du nom de Thiébault. Ce gouverneur, par acte du 5 juin 1647, céda son bénéfice militaire à Absalon Claude Jean Baptiste d’Aspremont, marquis de Vandy, lequel devint ensuite gouverneur de Montmédy.

Les terres, la seigneurie et le comté de Jametz sous les princes de Condé (de 1649 à 1789).

Le traité de Munster ayant uni les trois Evêchés à la France, toutes questions de domanialité, au sujet des anciennes engagères, soit aux mains des princes de Sedan, soit en celles des comtes de Bar, toutes ces questions, tranchées par l’épée d’abord, se trouvaient alors étouffées par la diplomatie. Ce litige, six fois séculaire, ne pouvait se raviver entre le souverain du domaine épiscopal et son sujet apanage du Clermontois.

La seigneurie de Jametz perdit, dès lors, ses anciennes proportions. Sous les Lamarck… en outre des ville, château, et prévôté de ce nom… en outre des seigneuries de Romagnes, de Cierges et de Proiville, en Argonne… en outre de celle de Dampicourt, près Saint Mard… en outre des fiefs de Thil, de la Cour… et autres, dont ces princes étaient, en 1536, suzerains, sans conteste.

Leur principauté comprenait, à des titres plus ou moins contestables, les droits et domaines qui suivent :
- deux tiers de la seigneurie de Romagnes sous les côtes, partageables avec les ayants cause des anciens sires d’Azenne et de Murault
- le quart de la seigneurie de Remoiville, partageable, pour le second quart, avec les représentants des anciens sires d’Haraucourt et de Louppy, et, pour le surplus, avec le couvent de Juvigny
- le huitième, en la prévôté épiscopale de Mangiennes, partageable avec les ayants droit des anciens sires de Briey et de Sancy
- plus, la seigneurie de Chaumont devant Dampvillers, plus celles des villages de Loyson, de Viller devant Mangiennes, quant aux portions jadis possédées à titre de vouerie
- ensemble des droits de bourgeoisie, à Lérouville, à Buzy, à Pilon, à Billy
- plus encore, le moulin bannal d’Azennes
- plus enfin les menues dixmes de Brandeville et de Ville devant Chaumont.

Toutes ces annexes, si longtemps litigieuses, fruits, ou d’occupations violentes, ou de concessions précaires, s’étaient, d’un trait de plume, incorporées au domaine de France. Et l’orgueilleux Condé eut été, certes, mal venu à les contester au grand roi.

La terre et seigneurie de Jametz ne comprit donc que sa capitale, plus quelques dépendances, tout immédiates, à savoir :
- le fief de Romagne sous les côtes, celui de la Madelaine à Remoiville, celui du Jay
- les censes de : Thil – les Roises – la Forêt – Montaubé et Proiville lez Dun.

La Gruerie de cette remanence ne comprenait pas moins de 1 300 arpents de bois.

En 1650, Jametz eut pour gouverneur le marquis de Sainte Maure : la garnison se souleva, le 14 juillet, contre son chef, et l’incarcéra, paraît-il, pour ses exactions. Il fallut le remplacer par un homme plus pur et de plus d’énergie. Ce remplacement eut lieu en 1655.

Alors Jametz fut mis sous le sieur de Manimont. Celui-ci commandait aussi à Marville déjà occupé par les Français. La prise de possession du prince de Condé devait commencer le 1er janvier 1649, mais sa révolte contre le roi, suspendit les effets de la donation de 1648, jusqu’après l’arrêt d’enregistrement du 13 janvier 1661.

Affranchi, peu à peu, du gouvernement militaire, de 1648 à 1661, le nouvel Etat n’eut encore qu’une organisation provisoire. Son bailliage de 1634 fut maintenu, mais sur le papier seulement. Il resta sans officiers, institués, jusqu’en 1660.

C’est alors qu’il y fut pourvu, par l’investiture donnée au lieutenant général Jean de la Hault, lequel exerça de 1660 à 1683. Ce Baillif fut remplacé par Charles de Gelhay. Celui-ci vit la suppression du bailliage, en 1687. Il n’était plus que le chef d’une prévôté inférieure, à sa mort, arrivée en 1699. En dernier résultat, Jametz fut érigé en Comté, titre purement nominal, et ce comté fut administré, successivement, par des prévôts.

La démolition du château et celle des murs d’enceinte de de la ville, furent opérés en 1672. Les ruines, qui existent encore, au levant, prouvent que ces murs étaient d’une épaisseur impénétrable aux projectiles du temps. Dans le centre s’élevait, en pierres de taille, d’appareil cyclopéen, une tour, en forme de fanal, dressée à une hauteur stupéfiante. Cette tour, la tour Cornato, pendant des siècles, avait fait l’admiration des générations passées.

A suivre …

 

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