Les légendes du château de Waldeck

D’après un article paru dans la revue « L’Austrasie » – Année 1908

Du château féodal de Waldeck, ne substistent que quelques ruines et un donjon. Mais sous ces pierres, attestant l’inexorable retour des fatalités, la vie n’est pas entièrement éteinte, car, au dire des campagnards, les profonds souterrains, où par suite d’éboulements l’on ne peut plus pénétrer, sont toujours habités.

Les chevaliers maudits de Waldeck

Dés

Dans l’un d’eux, en effet, on peut entendre chaque nuit, un bruit faible et à peine perceptible, quand on tend l’oreille dans les ruines : celui des dés roulant sur la pierre.

Deux vieux chevaliers, tout bardés de fer, jouent là, dans le silence des nuits, le salut de leur âme : c’est le comte de Waldeck et son partenaire, le comte de Falkenstein. Un refrain des vieux temps, toujours en vogue, ne dit-il pas : « Le comte de Waldeck a dissipé tout son argent, Dix mille francs en une seule nuit ».

Un jour, après un grand festin, ils se sont mis à jouer aux dés et se sont tellement échauffés, qu’ils ont juré que le diable emporterait celui qui le premier quitterait la partie. A peine eurent-ils proféré cet exécrable serment, que Lucifer en personne leur apparut, et depuis ce moment se tient toujours là, assis près d’eux.

C’est sous ses yeux que se continue l’éternelle partie, car les chevaliers ont peur de violer leur serment. Aussi jouent-ils avec rage et acharnement, et joueront-ils toujours, sans trêve, ni repos, jusqu’à la fin des temps !

La Dame blanche

Dame blanche

D’autres vous recommanderont de ne pas vous attarder longtemps sur le Waldeck, après le coucher du soleil, car, vers minuit, vous pourriez vous trouver face à face avec la Dame blanche.

Dans les temps reculés vivait, dans ce vieux manoir, un seigneur riche et puissant qui n’avait qu’une fille nommée Frida. Depuis ce temps, son âme erre la nuit sur les noires pierres, et malheur à qui la voit.

Le trésor et le dragon

Dragon

Ailleurs encore, on vous dira que ce manoir renfermait un trésor caché et que deux bûcherons du pays, attirés par l’appât, résolurent de s’en emparer, mais que, punis pour leur témérité, ils furent précipités dans un gouffre affreux, où ils sont gardés à vue par un énorme dragon.

Que de légendes merveilleuses et de traditions chevaleresques, nos pères ne durent-ils pas se raconter jadis, à la veillée, mal satisfaits de ces ruines, spectacle insuffisant pour leur vaste imagination.

Quelle mine inépuisable auraient offerte à l’écrivain doué de cette seconde vue qui perce les ombres du passé et qui en fixe et en colore l’apparition ranimée, tous ces beaux mythes, ces récits légendaires, dont les âges primitifs tiraient leurs plus pures jouissances !

Malheureusement, il est trop tard, et il ne nous est plus donné de revivre la vie des ancêtres par l’intelligence et par l’amour, nous ne pouvons plus que glaner quelques bribes échappées à l’oubli et à la destruction


Archive pour 5 février, 2011

Les ruines du château de Waldeck (57)

Donjon du château de WaldeckCarte Eguelshardt château de Waldeck Ruines du château de Waldeck

Du château féodal situé sur la commune d’Eguelshardt en Moselle, il ne reste que des ruines, mais quelles ruines : un magnifique donjon, classé monument historique depuis 1930.

Je vous propose de découvrir quelques moments de l’histoire de ce château au temps des seigneurs.

D’après un article paru dans la revue « L’Austrasie » – Année 1908

Au milieu d’une spacieuse vallée toute encerclée de hautes montagnes, on aperçoit tout à coup, au sortir de la forêt, la silhouette du vieux manoir de Waldeck se dessiner sur le ciel bleu. C’est bien là un de ces rochers coniques et isolés, que choisissaient de préférence les chevaliers féodaux pour y établir leurs demeures, car de même qu’à l’aigle, il leur fallait l’air pur des montagnes, un roc élevé et inaccessible d’où ils pouvaient surveiller les abords.

Autrefois, des arbres centenaires entouraient le fier castel qui se dresse encore de nos jours comme une vision guerrière des vieux temps. Mais, hélas ces colosses sont tombés, victimes du bûcheron, et aujourd’hui, l’étroit sentier qui mène à ses pieds serpente sous leurs faibles rejetons, dont on aspire avec bonheur la senteur résineuse.

Au bout de la rampe qui nous livre l’accès des cours et des salles, il semble que les siècles eux-mêmes sortent de la poussière pour nous accueillir et nous guider.

Un puissant donjon, haut de 26 mètres, comme un tronc resté droit dans un bois décimé par la cognée, est, parmi les décombres, un ancêtre de briques et de moëllons, qui s’éternise au coeur de la ruine. Ce donjon, construit en grand appareil, crénelé, s’obliquant à la base, affecte encore la forme carrée, car la stratégie, au moment de sa construction, n’avait pas encore fait reconnaître l’avantage des lignes courbes. Il est vrai qu’à sa hauteur, la plus puissante machine de guerre des assaillants aurait eu du mal à l’atteindre.

Un petit escalier tournant, appelé vis et pratiqué dans l’épaisseur de la construction, mettait le château en communication avec cette tour que, malheureusement, la foudre accable souvent de ses coups, comme attirée par la pointe d’un gigantesque paratonnerre. On retrouve ici également la salle d’armes, pièce d’apparat, où le seigneur recevait les hommages de ses vassaux et les redevances qu’ils venaient lui payer.

Mais le songe du passé s’évoque d’autant plus obsédant ici, que la faux du temps et les guerres acharnées ont taillé bien plus qu’ailleurs leurs coupes sombres dans cette hautaine demeure. Sa noblesse est finie, ses titres brûlés, ses seigneurs disparus à tout jamais. Des salles d’armes, des chemins de ronde, des logis, il ne subsiste que des pans de voûte, des tronçons de murs sur lesquels le lierre a tissé d’épais manteaux.

Mais au bout de ces réalités lointaines, les yeux de l’esprit, à défaut des yeux du corps, perçoivent une humanité violente et fruste avec des passions plus cruelles, mais aussi des énergies plus hautes, que les nôtres. Regrettons seulement que les chroniques locales ne nous racontent que fort peu de chose sur l’histoire du château et de ses seigneurs.

De la terrasse, on aperçoit une étendue de pays magnifique aux pieds de la montagne. Le petit hameau de Waldeck, l’étang du même nom, le lac de Hanau, les maisons espacées de Bannstein peuplent un coin de la perspective. Tout autour, un labyrinthe de collines emmêle en tous sens ses courbes et festonne le ciel de sa succession de croupes verdoyantes, tandis que là-bas, à perte de vue moutonne l’énorme et mystérieuse forêt avec ses masses dorées par le soleil de l’après-midi, ses taillis impénétrables, ses chênes, ses sapins et ses hêtres qui, pareils à des colonnes, soutiennent le poids de la voûte verte.

Les mémoires qui accompagnent le fameux atlas topographique du comté de Bitche, dessiné sur l’ordre du roi de France vers le milieu du XVIIIe siècle, nous font connaitre ses premiers détenteurs Jean et Conrard de Kirkel.

Il est donc fort probable que Waldeck fut bâti par un seigneur de Kirkel vers le milieu du XIIIe siècle, car son nom parait pour la première fois en l’année 1316 dans les chartes et documents du pays. D’aucuns ont prétendu, que le château de Waldeck fut construit par un comte de Lichtenberg pour protéger ses possessions sur terre lorraine ! Mais on se demande quelles étaient ces possessions, vu que la frontière entre l’Alsace et la Lorraine avait déjà été délimitée en 1150 et que toutes les possessions de Lichtenberg se trouvaient en Alsace ?

Les Kirkel, qui possédèrent Waldeck pendant près d’un siècle, tirent leur origine et leur nom d’un château situé dans le Palatinat, dont il subsiste aujourd’hui encore des ruines assez imposantes et de structure identique à celles de Waldeck. Il fut construit vers 1210 par Henri, fils de Louis l’aîné de Saarwerden qui avait épousé Irmentrude, soeur de Werner IV, comte de Bolard. Il mourut sans postérité et fut inhumé dans l’église abbatiale de Wernerswiller.

Henri, à la mort de son oncle, reçut en partage le château de Kirkel et en adopta le nom. Son fils, Henri III, lui succéda dans le comté de Saarwerden, mais il quitta le nom de Kirkel, laissa le château et la seigneurie de ce nom, que l’empereur Conrard IV lui avait donnés en fief d’Empire en 1251, à Jean, sire de Siersberg-sur-la-Sarre et neveu de Henri Ier.

Ce fut probablement Jean Ier de Kirkel qui, en voulant étendre ses domaines vers le Sud, construisit le château de Waldeck, dont nous avons entrepris la monographie. Il eut pour héritiers ses deux fils Jean II de Kirkel (époux de Sophie de Geroldseck) et Louis de Kirkel, qui laissa, lui également, deux fils, Jean III et Conrard et une fille Elsa (+1357) qui fit différentes donations à l’abbaye de Sturzelbronn et épousa en 1338 Guillaume deWindstein.

Ce fut Conrard de Kirkel qui, tout en ne résidant que bien rarement à Waldeck, puisqu’il en laissait la garde à un de ses vassaux, donna au château le plus de renom. Il était à la fois chanoine de Mayence et de Spire et grand coûtre de la cathédrale de Strasbourg. Ses contemporains le dépeignent comme un homme violent, irascible, belliqueux, prenant part à toutes les querelles et à toutes les contestations de son temps.

C’est ainsi que nous le voyons en 1335 en lutte ouverte contre son évêque et seigneur Berthold de Buscheck, qui venait de tenir à Strasbourg un synode (19 juillet 1335) dans l’unique but de réformer la conduite de son clergé. Les 106 articles de ce synode, qui devaient servir de ligne de conduite au clergé alsacien, défendaient le commerce, les guerres, les cabarets et les habits trop mondains (on était à une époque où la mode variait souvent). Les prêtres devaient porter les cheveux courts et les habits noirs.

Malheureusement, tout le clergé se révolta contre l’évêque, et à leur têten le prévot du chapitre Gérard de Fribourg et notre seigneur de Waldeck, Conrard de Kirkel. En 1337, à la mort de Gerhard, comte de Fribourg, prévôt du chapitre de la cathédrale de Strasbourg, la lutte reprit de plus belle.

Les amis de l’évêque choisirent Ulrich de Sigenau, tandis que les rebelles élirent Jean de Lichtenberg. L’évêque ratifia naturellement l’élection de son neveu Ulrich, tandis que Jean se fit approuver par l’archevêque de Mayence, ami intime de l’empereur.

Un jour, de guerre lasse, Jean de Lichtenberg s’entendit avec Conrard de Kirkel pour tenter un coup de main. Rodolphe de Hohenstein, leur fougueux écuyer, en lutte lui-même avec l’évêque, parce que celui-ci l’avait dépouillé, trois ans auparavant, de son château de Hohenstein dans la vallée de la Bruche, réunit ses soldats et une foule d’aventuriers et prit le chemin de Haslach, où l’évêque avait accepté une invitation. Doublant les étapes, Rodolphe arriva à la tombée de la nuit près de la célèbre collégiale et, profitant de l’obscurité, envahit la demeure de l’évêque et la saccagea de fond en comble.

Berthold, saisi d’épouvante, fut fait prisonnier et conduit sous bonne escorte au château de Waldeck. Trois mois plus tard, l’infortuné prélat fut jeté dans le sombre cachot de Kirkel, et c’est là qu’il fit entendre à ses geôliers cette fière parole « Les révoltés ont eu raison de mon corps, mais ma volonté reste en ma domination ! ».

Une bataille de plume s’engagea, où le pape et l’empereur mirent tout en oeuvre pour faire cesser ce fâcheux contretemps. Malheureusement, toutes les tentatives de réconciliation échouèrent devant l’entêtement opiniâtre du prévot Conrard, qui sentait le pouvoir de son côté.

L’évêque, démoralisé par seize semaines de souffrances dans une affreuse prison sans feu, au milieu d’un hiver excessivement dur, capitula enfin et dut signer un traité de paix. Les conditions n’étaient certes pas avantageuses pour lui, car il dut payer 61 000 Mk. d’Empire, céder à Jean de Lichtenberg la place de prévot de sa cathédrale et relever de sa juridiction Conrard de Kirkel avec vingt de ses partisans.

Bien plus, il dut promettre de ne rien entreprendre, ni en matière civile ni en matière religieuse, sans l’assentiment de Conrard de Kirkel, qu’il devait même accepter comme vicaire général. L’évêque Berthold s’efforça d’accomplir toutes ces promesses. Mais ses amis ne l’approuvèrent pas, et la lutte s’éternisa entre les partisans de l’un et de l’autre parti.

Du reste, ce ne fut que Jean de Lichtenberg qui tira quelque avantage de cette guerre insensée, tandis que notre seigneur de Waldeck n’avait pour lui que la désapprobation générale et la honte universelle. A la mort de Jean IV (1387), le dernier rejeton de l’illustre race de Kirkel, Waldeck passa entièrement aux électeurs palatins, car du vivant de Conrard, les droits sur une partie du château avaient déjà été cédés aux seigneurs de Lichtenberg, comme le prouve un acte passé à Waldeck le 22 Janvier 1341, où Ludemann III de Lichtenberg jura paix et amitié à Conrard de Kirkel.

En 1398, les électeurs palatins partagèrent les fiefs qu’ils avaient reçus de Jean IV, notamment la moitié de Waldeck et une partie des châteaux de Windstein et de Kirkel, avec le comte Simon Wecker de Deux-Ponts-Bitche. L’année suivante, Hannemann II, qui avait acquis le château de ses détenteurs, le confia à son neveu Jean de Lichtenberg, avant de partir en guerre avec le duc de Lorraine contre la Prusse leur commun ennemi et, en 1445, Frédéric de Bitche le donna en gage à Henri de Steinhausen, moyennant 1 200 florins. Ce n’est qu’en 1479, que le château fit de nouveau retour à son véritable propriétaire.

Au partage des possessions de la famille de Bitche (le 1er Janvier 1535), Waldeck échut à Simon Wecker V et en 1540, au second partage, à Philippe IV de Hanau-Lichtenberg qui en resta possesseur jusqu’au moment où La Force fit sa désastreuse campagne des Vosges (1635).

Lors de la ponctuation ou plutôt du traité conclu au chàteau de Philippsbourg à une lieue de là, en l’année 1604, entre Lichtenberg, le Hanau et la Lorraine, le château avec les alentours devint un fief lorrain et le resta même après 1606 ainsi que la terre et seigneurie de Bitche.

Maintes fois, pendant sa longue durée, le fier castel qui passa en tant de mains et qui connut de si multiples fortunes, dut voir sous ses créneaux des sièges, des massacres, des incendies, des parades, depuis son premier hôte jusqu’au jour funeste où Monclar vint secouer sur Waldeck les torches vengeresses de l’incendie.

Il semble que la gloire de ce château, de même que celle de tous ceux de la région, se soit immobilisée et que l’aiguille, au cadran de leur histoire, se soit arrêtée à cette date fatidique de 1680 !

Mais sous ces pierres, attestant l’inexorable retour des fatalités, la vie n’est pas entièrement éteinte, car, au dire des campagnards, les profonds souterrains, où par suite d’éboulements l’on ne peut plus pénétrer, sont toujours habités.

Pour terminer cette courte monographie, il ne nous reste qu’à mentionner le fameux « ermite de Waldeck », mort le 4 avril 1857 et qui fit tant parler de lui dans la contrée. D’après M. Chabert, il se nommait Lochbaum et était originaire du Palatinat (Klingmunster). Né en 1789, il avait servi la France de 1808 à 1814.

Depuis de longues années, il menait une vie de privations et de prières. Un cilice et une espèce de soutane brune, serrée aux reins par une grosse corde, étaient ses seuls vêtements. Son mobilier était des plus primitifs : il se composait d’un pot de fer, d’un livre de mission, d’un petit tableau représentant la Vierge, d’un chapelet et d’une médaille de l’Immaculée Conception, à qui il avait voué un culte tout spécial.

Les photographies des ruines du château m’ont été fournies par un passionné de randonnées, et publiées avec son aimable autorisation.

Vous pourrez rêver et méditer, en admirant d’autres superbes photographies sur le blog de ce passionné.

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