Le cimetière celtique des Trois-Saints (57)

Carte du cimetière des Trois SaintsMaisons stèles du cimetière des Trois SaintsCimetière des Trois Saints

 

D’après un article d’Emile Linckenheld – Conservateur du Musée de Sarrebourg,
paru dans la revue «Le pays lorrain » – 1928

On atteint le cimetière des Trois-Saints, soit du côté de Dabo, en passant par la maison forestière de Jägerhof, soit du côté de Walscheid et de Vallerystal. Les amateurs de beaux paysages y accèdent par la ligne Abreschwiller-Hirschtal.

Sur un plateau d’une altitude d’environ 550 mètres, se trouvent, non loin de la maison forestière de Beimbach, des restes intéressants et peu confits de l’époque païenne : une nécropole gauloise ou plus exactement une série de stèles, maisons gallo-romaines alignées et provenant toutes de la région avoisinante.

Au nombre approximatif de quarante, alignées dans un ordre parfait, les tombes des Trois-Saints sont aujourd’hui entourées par des grillages.

Au-dessus de la porte d’entrée, une main pieuse a naïvement dressé la croix rédemptrice. Sur une base rectangulaire, longue de un mètre ou un peu davantage, s’élèvent verticalement, sur 0,50 m ou 0,60 m de large, quatre surfaces dont deux légèrement bombées se rejoignent latéralement pour former un toit à deux pentes.

Cette forme de stèle-maison est la plus courante, mais il en existe d’autres, car, au cours des quatre ou cinq siècles de domination romaine non seulement la maison se développe, mais aussi, et surtout les dimensions des tombes. Leur forme primitive est la hutte la plus simple. Beimbach possède un spécimen de ce genre de tombes, provenant de Hengsbourg, Une forme encore plus ancienne représente tout simplement un prisme. En général, les pierres sont grossièrement taillées, mais toutes tes stèles se distinguent par des particularités. D’abord la base est évidée et l’évidement dépend toujours des dimensions de la base.

Dans les tombes vosgiennes, l’évidement est le plus grand possible, mais il est de dimensions plus modestes à Metz, que l’art romain avait marqué plus profondément de son empreinte. Les stèles messines affectent la forme d’une demi-sphère qui s’aplatit toujours davantage, jusqu’à devenir une simple coquille ou même disparaître définitivement. D’autre part, en bas de la façade, se trouve une porte dont la petitesse étonne.

Çà et là en Lorraine, on rencontre encore de ces portes très basses donnant accès à des pièces semi-souterraines. La plupart du temps, l’ouverture est encadrée d’un plein-cintre. On y voit déjà apparaître l’arc ogival de la première période gothique. On rencontre également des tombes, dont les ouvertures sont triangulaires ou rectangulaires.

Mais tandis que les surfaces latérales sont grossièrement taillées, le travail pour la porte est exécuté avec le plus grand soin. Il se présente même des cas, où chaque pierre taillée de la porte est bien mise en relief. Il convient encore de relever une troisième particularité toujours omise ou négligée : l’ouverture communique avec l’évidement de la base par un canal étroit et se resserre dans la même proportion que cet évidement. Enfin une autre circonstance a déterminé l’évolution des tombes. On n’a mis en relief que le symbolisme de la porte si bien qu’au lieu d’une ouverture, on trouve une porte dont le schéma est conservé et que l’on continue à développer.

L’ornementation des tombes est surtout dominée par le désir de décorer et de symboliser. C’est ici que nous pouvons jeter un coup d’oeil sur les idées religieuses des Celtes qui nous sont encore peu connues. Un grand nombre de pierres funéraires sont décorées d’un ou plusieurs cercles en renfermant un plus petit dont le centre est creusé. Les diamètres de ces cercles s’entrecroisent ou forment des rosaces à quatre feuilles artistement taillées.

On rencontre parfois aussi le croissant, par exemple à Durstel, mais la région de Walscheid en a offert un spécimen, aujourd’hui au musée national de Saint-Germain. Il ne saurait y avoir de doute : le croissant symbolise la lune, de même que le cercle dans ses multiples formes représente le soleil. Héron de Villefosse a montré que chez les Celtes, la roue est le symbole d’une divinité correspondant au maître de l’Olympe. Ce symbole n’est cependant pas exclusivement gaulois. Il serait absolument faux, dans l’état actuel de nos connaissances, de songer ici à des influences orientales.

Une roue, c’est ce que représente sur nos tombes le cercle, le cercle simple avec ou sans centre creux, aux deux diamètres se coupant à angles droits ou bien aux trois diamètres se coupant à angles égaux. En évoluant, le cercle aboutit à la rosace. En partant uniquement de ses formes empruntées aux tombes des Trois-Saints, on a pu établir l’arbre généalogique de la rosace et ce fut pour l’archéologie une nouvelle et importante source de connaissances. Dans beaucoup de cas, il serait cependant prématuré et faux de voir dans chaque rosace un symbole du soleil. Mais leur valeur probante, admise même pour un nombre limité de spécimens, ces considérations ne laissent pas d’ouvrir des horizons insoupçonnés.

Chez les Celtes, le culte des morts et celui des astres étaient étroitement liés : c’est là une nouvelle et importante conséquence qui éclaire d’un jour nouveau les idées religieuses de nos ancêtres des Vosges.

César dans ses Commentaires déclare que les Germains adoraient le soleil et la lune. Or, rien de semblable ne nous à été transmis sur les Gaulois. Ni les monuments, ni les inscriptions ne permettent de tirer des déductions dans ce sens. Par ailleurs, il faut nettement séparer le culte astral en soi et son union avec le culte des morts. Sûrement pré-celtique, cette union date des Ligures qui habitaient la Lorraine avant l’arrivée des Celtes (VIe siècle avant J.-C.) et dont nous avons à peine une idée de la religion.

Nous ignorons comment les Celtes se représentaient, l’existence de l’âme après la mort, mais nous savons par César, qu’ils avaient à ce sujet une doctrine très développée, sur laquelle le conquérant ne fournit aucun détail.

Il est pourtant hors de doute que les Gaulois étaient convaincus que la mort ne signifiait pas la mort de l’individu, qu’il continuait à vivre et qu’il reverrait les siens après la mort. Selon la croyance la plus répandue, le défunt continuait à vivre dans le tombeau, là où sa dépouille avait été inhumée. L’étude des monuments funéraires des Trois-Saints contribue donc à augmenter nos connaissances relatives à l’histoire de la religion liguro-celtique.

Les Celtes habitant les Vosges avaient différents modes d’inhumer leurs morts. Nous n’en dirons qu’un mot puisqu’à Trois-Saints, il n’y a que des stèles-maisons.

Il y a en premier lieu des tombes à incinération. Des demi-cylindres de pierres taillées terminent le mur d’enclos. Forrer a émis l’intéressante conjecture, selon laquelle l’enclos de la tombe correspondait à celui de la propriété. Dans ce cas, il faudrait se représenter une stèle-maison au bord de l’enclos, correspondant à la maison.

Au Wasserwald, près de Stambach, se trouvent encore les restes de trois sépultures de cette espèce. Mais lorsque, sous l’influence romaine, les stèles-maisons disparurent, l’usage fut introduit de déposer les cendres du défunt dans des urnes ou dans des vases en argile. Ces urnes, en raison de leur fragilité, étaient placées dans une cassette en plomb ou dans une caisse en pierre.

Dans les cimetières vosgiens, on trouve de nombreux débris en grès qui sont hémisphériques et creux. Deux de ces hémisphères forment la caisse de pierre. Cette coutume semble avoir été importée de Grèce à Rome.

Héron de Villefosse, qui a consacré à ce sujet un travail spécial, a vu dans les tombes vosgiennes un effet de l’influence romaine. Or, j’ai constaté que le nombre de ces caisses était plus grand, là où l’influence latine était plus faible, comme en Auvergne et dans les Vosges. Il me semblerait donc, que le mode de sépulture romain fut préféré, là où auparavant on construisait au mort un habitacle particulier. On se trouverait donc en fin de compte en présence de l’expression romaine d’une idée celtique.

Sous l’influence romaine, deux éléments nouveaux s’ajoutent aux stèles-maisons : l’inscription et le portrait. On les rencontre tous les deux au cimetière des Trois-Saints, mais il n’en reste que quelques spécimens sur place. Les autres paraissant avoir grande valeur, ont été transportés à Saverne, à Metz, à Strasbourg, à Colmar, à Paris.

L’une de ces pierres envoyée à Schoepfin, disparut en 1870 lors de l’incendie de la bibliothèque de Strasbourg. Schœpfin a transmis l’inscription que Th. Mommsen a complétée comme suit :
D. M.
MA (h) NILIANVS
SI (tt) E  SEDATI
VXoRIS MATRIS
MANSVETI

Uxoris et matris semblant faire ici fonction de datif, le sens de l’inscription serait le suivant « Aux Dieux Mânes, Mannilianus (a érigé ce monument) à Sitta, fille de Sedatus, son épouse, mère de Mansuetus ».

Si l’interprétation de ce texte laisse subsister quelque doute, par contre l’authenticité de l’inscription est certaine, car Brambach l’a vue peu avant 1870. C’est la seule inscription connue du cimetière des Trois-Saints. Elles sont rares du reste dans les Vosges. Cette pénurie ne peut s’expliquer que par le fait, que cet usage a été introduit en Gaule par les Romains, mais lentement et non d’une manière uniforme et générale.

Aucun spécimen de buste ou de portrait n’existe sur les tombes gauloises, du moins avant l’arrivée des Romains. Après la conquête, le buste ou le portrait en pied du défunt est courant sur les stèles funéraires, parfois même on le représente dans le milieu où il a vécu, à son comptoir, dans sa boutique, dans son métier. Les pays rhénans et mosellans sont particulièrement riches à ce point de vue. Mais le principal souci de l’artiste, et des survivants du défunt, c’était la pensée de la mort et de la survie.

C’est à ce propos que l’on comprend l’idée des stèles-maisons, l’usage de déposer des mets dans la tombe du défunt, de célébrer un vrai banquet funéraire, la coutume de brûler en même temps que le cadavre des animaux domestiques et même des hommes, et enfin la croyance qu’après le trépas, on continuait à avoir des relations avec le monde qu’on avait quitté.

Il n’y a que sur ce fond que l’art gréco-romain pouvait se développer. Dans les vallées perdues des Vosges, ces produits d’une civilisation raffinée, ces spécimens d’une technique brillante ne pouvaient naturellement pas pénétrer. Ce n’est que par hasard que nous rencontrons un portrait très grossièrement exécuté et arrivé jusqu’à nous dans un pitoyable état de conservation. Ce sont toutefois là, des restes très importants de cette civilisation disparue.

La Stèle-maison, telle qu’elle existe au cimetière des Trois-Saints, rappelle exactement la forme de la demeure du défunt. La porte de ce tombeau ne servait certainement pas, comme l’ont cru longtemps les archéologues, à des libations, puisqu’au fur et à mesure du développement de cette forme de tombeau, l’ouverture diminue de grandeur, devient plus rare, puis disparaît.

Quel était alors le but de cette entrée ? Posidonios d’Apamée, parcourant la Gaule au Ier siècle avant J.-C., nous rapporte, tout étonné, que les Celtes avaient l’habitude de ne pas fermer les portes de leurs maisons.

Perdrizet a raison de déclarer que l’usage de tenir les portes ouvertes, ne peut s’expliquer que par la croyance à quelques esprits qu’il s’agit de laisser libres d’entrer où de sortir. Ces esprits, c’étaient les âmes des morts de la maison.

Cette croyance existe aujourd’hui dans des contrées jadis habitées par les Celtes. En Irlande, on croit que les âmes des parents morts reviennent la nuit à la maison et le Braz écrit de son côté (La légende de la mort chez les Bretons Armoricains) « Longtemps, ce fut un usage en Bretagne de ne point verrouiller les portes la nuit, en prévision de la venue possible des morts. Aujourd’hui encore, on a soin de couvrir de cendres la braise de l’âtre, pour qu’ils soient assurés de trouver du feu à toute heure ».

Même son de cloche en Lorraine. Que de fois ai-je entendu de vieilles gens défendre de fermer violemment les portes ! Car un esprit pouvait précisément à ce moment passer par la porte ! A Fénétrange et dans les environs, on peut entendre chaque jour des réflexions pareilles. Et un vénérable curé de campagne du pays de Dabo, homme très distingué, m’a attesté le même fait pour sa contrée.

Ainsi le mort habite sa tombe, sa maison : de là la forme de maison. Il peut la quitter : de là une porte. Et pour lui permettre de rentrer dans son ancienne demeure, les portes restent ouvertes. On comprend maintenant pourquoi la porte était faite avec tant de soin. Elle était plus que la porte d’entrée de la maison : elle était un symbole. Elle signifiait que l’on se reverrait, et qu’en tous cas, étant donné le retour du mort, on avait 1a certitude de la survie.

De quelle époque datent les monuments funéraires des Trois-Saints ?

Les plus anciennes monnaies trouvées dans les cimetières vosgiens sont une pièce d’Agrippa (27 av. J.-C.) ramassée à Hultehouse, des pièces de Vespasien au Kempel, mais surtout des couteaux appartenant à la fin de l’Epoque de la Tène. Il semble donc impossible de faire remonter les stèles-maisons à l’époque pré-romaine.

D’autre part, le cimetière plus récent (IIIe siècle ap. J.-C) de Wasserwald, près de Stambach, ne possède plus de monument de ce genre. Les blocs authentiques primitifs de notre contrée, les Vosges, appartiennent donc à l’époque située entre ces deux termes, c’est-à-dire aux deux premiers siècles de notre ère.

L’idée et le but en sont pré-romains. La forme, telle que nous la connaissons, date du début de l’Empire. L’origine des stèles-maisons est certainement celtique, puisque nous savons qu’avant de subir l’influence de Rome, les Celtes inhumaient leurs morts. Et ils les inhumaient dans des tombes souterraines devenues logiquement ces singuliers monuments qui ont tant intrigué les archéologues.

Les Vosges septentrionales, avaient une population si dense que même les hauteurs étaient habitées. Du Donon au delà du Heidenköpfel, près d’Oberkof au nord de Phalsbourg, on rencontre partout des traces d’anciens établissements humains : murs en pierre sèche, tas de pierres, ruines de villas romaines, etc.

Les plus intéressants établissements celtiques dans les Vosges s’étendent entre la Lorn, Bärenbach, le Kempel, Schachenecktal sur les hauteurs du Wasserwald (460 m.), du Bannwald, (453 m.), du Limmersberg (443 m.), du Kreuzkopf (474 m.), et du Wintersberg (425 m.) ainsi qu’auprès du Kessel (400 m.).

Trois-Saints forme le centre d’un autre groupe situé entre la Sarre et la Zorn : Battenstein (530 m.), Schanzkopf (460 m.), Hengstbourg (505 m.), Nonnenberg (485 m.), Heidenschloss (549 m.) et Altdorf (460 m.).

Il y a deux mille ans, régnait une vie très active dans les Vosges, aujourd’hui couvertes d’immenses forêts entre le Donon et Phalsbourg, entre Saverne et Sarrebourg. On dit encore aujourd’hui à Dabo, qu’autrefois un chat pouvait se promener sur les toits d’Altdorf, tout près des Trois-Saints, à Sarrebourg.

Tous ces établissements ont été librement abandonnés aux sombres jours des invasions barbares. Que devinrent les habitants ? Descendirent-ils dans la plaine déserte et dépeuplée ? Se joignirent-ils à la horde des envahisseurs pour chercher de nouveau domiciles ? Nous ne le savons pas.

Mais la forêt reprit alors ses droits : elle étendit son manteau protecteur sur ces restes d’une civilisation plusieurs fois séculaire qui furent ainsi sauvés. Ils sommeillèrent longtemps en paix, puis l’esprit humain qui ne dort pas, lui, s’empara d’eux et tenta de les réveiller.

Quand du sommet élevé de la montagne, on contemple l’aspect grandiose du pays de Dabo, l’esprit voit l’horizon reculer. Le cœur se sent élevé, et saisies d’admiration, nos pensées quittent la vie prosaïque de chaque jour.

C’est avec ivresse que l’imagination remonte aux temps passés, où demeuraient dans ces forêts immenses, nos ancêtres dont nous foulons aux pieds, sans y prendre garde, des vestiges de la civilisation. Et c’est avec joie que nous nous sentons pris aux liens d’attachement à notre pays de Lorraine, que le tourisme nous fait aujourd’hui si bien connaître.

Les photographies de ce cimetière proviennent du blog d’un passionné de randonnées et sont utilisées avec son aimable autorisation. D’autres photographies de ce cimetière y sont présentées.


Archive pour février, 2011

Jametz aux XVe et XVIe siècles

Blason de Jametz

 

Je vous propose de continuer l’histoire de Jametz, et vous pourrez voir qu’elle est intimement liée à celle de l’ensemble du duché de Lorraine, du duché de Bar, du duché de Luxembourg, et même à celle de la France.

En effet, Jametz a été au centre de la guerre de la Ligue (union des catholiques formée en France à la fin du XVIe siècle pour combattre le protestantisme, et qui fut amenée à faire la guerre aux rois Henri III et Henri IV) pendant presque deux ans.

Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après le « Manuel de la Meuse » de Jean-François-Louis Jeantin – 1861

Echange de Jametz contre Cassel

- Pendant que René d’Anjou gémissait dans la prison de Dijon, où l’avait conduit la défaite de Bultegnéville (1431) …
-
Pendant que Philippe le bon imposait à son captif la cession des droits du Barrois sur Cassel en Flandres, contre la cession des droits du Luxembourg sur Jametz …
-
Pendant que le prince lorrain négociait l’échange des droits de Jeanne de Marle, sa coindivisionnaire à Cassel, contre l’abandon de sa propre part indivise à Jametz…
-
Pendant l’intervalle du traité provisoire de 1432 au traité définitif du 25 mars 1437…
-
Pendant, enfin, la purge de l’engagère de René, quant à l’une et quant à l’autre de ces deux terres, c’est-à-dire jusqu’en 1449,
1a possession de Jametz était restée incertaine, précaire, disputée, litigieuse, entre les arrières vassaux du Luxembourg et ceux de la Lorraine (accusations de violation de la foi féodale dirigées contre les Lamarck, et celles dirigées contre Godefroid de Jametz, par rapport aux évêques de Verdun).

D’un côté, celui du Luxembourg, voilà les du Hatois…

Jean du Hautoy était fils de Jacquemin de Beaumont, sire de Viller devant Orval, de Létanne, et seigneur du châtelet du Hatoi sous Margny, et de Lise de Samoigneux. Jean du Hautoy épousa Jeanne comtesse d’Hennemont et de Jeandelaincourt, en 1474. Il mourut en 1528.

De par son père, alors proscrit par la France, Jean était habile à se dire seigneur de Jametz, en partie, comme il le fut plus tard de Vaudoncourt, de Recicourt et de Gouraincourt. Les droits de ce mineur étaient maintenus par les officiers de Bourgogne, au gouvernement de Montmédy, et par Jean, dit le Bath, son oncle, que René II avait nommé gouverneur de Jametz en 1479, fonctions, purement nominales, et que le Bath ne put exercer.

De l’autre côté, celui des Barro-Lorrains… voici les de Marley…

Collart de Marley, sire de Dun, en partie, de Salcey et de Florenges. Ce chevalier était chambellan du roi de Sicile, et en 1428, il se reconnaissait feudataire d’Elisabeth de Gorlitz, princesse de Luxembourg, pour ce qu’il possédait en la ville et sur le ban de Jametz.

Cette vassalité n’était point éteinte, alors, par l’échange de 1437. Elle ne l’était pas même quand il mourut en 1446, car elle ne s’effaça que par l’accomplissement complet du traité. Voilà pourquoi, en 1448, les droits d’Ide du Châtelet, sa veuve douairière, étaient encore contestés.

Cette phase obscure de l’histoire de Jametz exige une attention, toute particulière, sur les transformations de noms des personnages, alors groupés à cet angle avancé de la Champagne, entre les deux Barrois (mouvant et non mouvant).

Voici les principaux acteurs, en 1415, après la funeste bataille d’Azincourt.

Le roi Jean de Bohême était tombé sur le champ de bataille de Crécy en 1346. Son fils Wenceslas, né de Béatrix de Bourbon, dame de Damvillers, lui avait succédé. Et Wenceslas était mort sans enfants, en 1383, laissant la succession, au duché de Luxembourg, ouverte aux luttes de divers prétendants. C’est la Bourgogne qui l’avait emporté.

Azincourt venait d’ouvrir celle du Barrois au cardinal de Bar, et à son neveu, le roi René d’Anjou.

Edouard III de Bar, en mourant célibataire, en 1415, avait laissé ses domaines aux autres enfants du duc Robert et de Marie de France, puis à leurs petits enfants.

Or, Robert et Marie avait eu :
-
Henry, dit d’Oisy (+ 1397), marié à Marie de Marle, fille d’Enguérand, seigneur de Marle et de Coucy
-
Philippe, marié à Iolande d’Enghien
-
Edouard, qui succéda à son père, les deux précédents étant pré-décédés
-
Louis, dit le cardinal de Bar, qui prit la toque ducale, pour la transmettre à René d’Anjou, fils de sa sœur
-
Charles, mort jeune
-
Jean, tué près de son frère Edouard, à la bataille d’Azincourt
-
Iolande, mariée au roi d’Angleterre, puis reine d’Aragon, et qui fut mère de Réné d’Anjou
-
Marie, femme de Guillaume, comte de Namur
-
Bonne, mariée à Waleram de Luxembourg, comte de Saint Pol et Ligny
-
Robert, mort sans enfants, en 1411.

Mais de son union avec Marie de Marle, Henri de Bar, dit d’Oisy, avait eu un fils : ce fut Robert (de Bar), comte de Marle et de Soissons, lequel, marié à Jacqueline de Bethune, fut le père de Jeanne (de Bar), dame de Marle, mariée, en 1433 à Louis de Luxembourg, comte de Saint Pol, union d’où provint le bienheureux Pierre de Luxembourg.

C’est cette Jeanne de Marle, dame de Jametz, en partie, qui, après la perte de son premier mari, décapité, pour raisons politiques, sous le sombre Louis XI, c’est, disons-nous, cette Jeanne de Marle qui, par son consentement à l’échange de ses droits, sur Cassel, en Flandres, contre ceux du Barrois, à Jametz, par le traité de 1437, rendit possible la transmission intégrale de cette seigneurie aux princes de Sedan.

Jametz sous les princes de Sedan (de 1440 à 1589)

1èredivision – Jametz Orthodoxe

Ide du Châtelet (1446)

Après la mort de Colart de Marley, 1446, sa veuve, Ide du Châtelet, fut d’abord inquiétée dans sa possession exclusive (au nom de sa fille et son gendre) de dame douairière de Dun et de Jametz. Le gouverneur bourguignon de Montmédy, G. de Hodenmacre, fit abattre ses insignes de haute justicière, et il revendiqua les prérogatives du prévôt de Saint Mard dans toute l’étendue de la seigneurie.

C’était légal, alors que le roi de Sicile n’avait pas encore exécuté les conditions du traité qu’il avait subi. Ce n’était plus qu’un acte arbitraire, en 1448, alors que la loi politique avait dégagé Jametz de la suprématie du Luxembourg. Le gouverneur de Montmédy fut donc débouté de ses intentions, et Robert de la Marck, époux de Jeanne de Marle, entra en possession, pleine et franche, de sa petite principauté.

Robert Ier de Lamarck (1449 – 1489)

Robert était fils aîné de Jean Ier d’Arenberg, seigneur de Sedan, Aigremont, Neufchâtel, Lumain et Braquemont, chambellan du roi Charles VII (érecteur du château de Sedan, 1454), et d’Agnès de Vernonbourg.

Comme héritier du nom et du titre des anciens Lamarck de Westphalie, Jean portait : d’or, à la fasce échiquetée, d’argent et de gueules, de trois tires, au-lion issant, de gueules.

Comme héritière du nom et des armes de Marley (Marle et Marlières), Jeanne, sa brû, portait : de gueules, au lion, d’argent, armé, lampassé et couronné, d’or. Neufchastial ancien.

Robert Ier mourut, en 1489, au siège d’Yvoi, dans les rangs de l’armée française.

Il eut de Jeanne de Marle :
- Robert II, qui viendra après Evrard, son cadet
- Evrard, sire de Jametz, qui devint cardinal archevêque de Valence
- Claude, qui fut épouse de Louis de Lenoncour, seigneur de Gondrecourt
- Bonne, mariée, à Jametz, à Pierre Baudoche, des Paraiges de Metz, seigneur de Moulins. Lors de ce mariage Jametz était, déjà, une belle place, forte et bonne, en tous points.

Evrard, alors prince évêque de Liège, se désista de ses droits en faveur de Catherine de Croy, sa belle-sœur, lors de son mariage avec Robert II, son frère, en 1491.

Robert II de Lamarck (1491 – 1536)

Ce prince, que Brantôme n’a pas eu honte de qualifier de gentil capitaine, succéda à Evrard. Il ne vint à Jametz que pour en faire un centre d’excursions, meurtrières, dans les terres de Lorraine, de Trêves, de Namur et de Luxembourg en 1493, 1494, 1495, 1496, 1497, terres qu’il inonda de sang et couvrit de ruines… menaçant Dun et Stenay… brûlant Mouzay… faisant une guerre acharnée à la maison d’Autriche… se constituant ennemi déclaré de tous les alliés de cette famille… jetant un insolent défi à l’empereur, en pleine diète de Worms…

Jametz lui devait ses premiers remparts, fortifications, déjà redoutables, derrière lesquels son fils, dit de Fleuranges, repoussa, en 1521, les attaques du comte de Nassau.

Il eut de la vertueuse Catherine de Croy, six garçons et deux filles :
- Robert – Guillaume – Jean – Antoine – Philippe – Jacques – Philippine et Jacqueline. Le dernier des fils fut chevalier de Malte, l’avant-dernier fut archidiacre de Liège. Antoine fut abbé de Beaulieu, en Argonne. Restent le cadet et son puîné, qui suivront.

Guillaume de Jametz, mort sans enfants, en 1529, n’est indiqué que pour mémoire…

Jean de Lamarck (1536 – 1560)

Jean de Lamarck, dit du Saulcis, fut le plus remarquable des sires de notre première division. Il habita Jametz, presqu’à demeure fixe. Il constitua, avec sagesse, son petit état. Il l’administra avec prudence et bonté. Il lui donna des lois, une municipalité régulière, un corps de magistrature, etc.

François de Landreville, son écuyer et capitaine des gardes, eut le commandement militaire. Claude Marolles fut son bailli, ayant pour lieutenant Thierion Aubry, puis Thierion Richer. Jean des Prés, ensuite Claude des Chaumes, de Chaumont en Porcien, furent, successivement, ses procureurs généraux. Gérard de Bussy et Jean Juppin étaient receveurs de ses finances. Toussaint Aubry et Georges Bar occupèrent les deux premiers postes de la mairie.

En 1557, le bourg était complètement édifié et enceint de murailles. La ville renfermait 188 chefs de famille, non compris la noblesse, le clergé, la magistrature, les finances, les officiers civils et militaires, et la garnison du château.

Jean de Lamarck reçut chez lui, le 27 septembre 1543, la visite du roi François Ier, auquel il ne cessa d’être dévoué, sans réserves. Il accompagna Henry II dans cette promenade militaire, qui procura à la France la cession des trois évêchés. Il avait payé de sa personne, en 1542, à la prise de Damvillers. Il mourut en 1560, ne laissant, de son mariage avec Hélène de Bissipat, qu’une fille, prénommée Philippe, laquelle devint femme de Louis de Dompmartin, baron de Fontenois.

2èmeDivision – Jametz calviniste

Henri Robert de Lamarck (1560 – 1574)

Ce fut Henry Robert de Lamarck, duc de Bouillon, prince de Sedan, qui introduisit le protestantisme à Jametz.

Il était né, en 1539, de Robert IV, petit-fils de Robert de Fleuranges, et petit-neveu de Jean de Lamarck, lequel l’avait institué héritier, pour sa terre de Jametz.

Il avait épousé, en 1558, Françoise de Bourbon, fille de Louis, duc de Montpensier. Celle princesse remontait au trisaïeul d’Henry IV, devenu roi de Navarre en 1562.

Henry Robert fit de Sedan et de Jametz, des asiles sûrs pour les nombreux réformés, qui fuyaient les persécutions de la Ligue. Il procéda, ensuite, à la réformation des coutumes de ses Etats, notamment de celles de Sedan, de Raucourt et de Jametz.

A cette rédaction, concoururent Gilles du Han, bailli de Sedan, Claude de Marolles, bailli de Jametz, et autres jurisconsultes, pris de tous les pays de son obédience : y coopérèrent, aussi, Jean de Shélandre, comme élu de la noblesse, Thierion Aubry, Toussaint Aubry, Thomas Regnault, et Geoffroy Robert, comme élus de la bourgeoisie de Jametz.

Le duc établit ensuite une cour dite des hauts jours. Elle siégeait, alternativement, à Sedan et à Jametz. La population de 1557 était doublée en 1569.

On créa la rue Neuve sur l’emplacement du jardin du gouverneur, et la ville se trouva ainsi divisée : rue de la Porte du Brüe – du Temple – de la Halle – du Jardin Shelandre – du Four banal – du grand Château – de Sainte Marie du Mont – de Saint Anthoine – de la Porte de Remoiville – de Revongne – de la Rivière – de la Garenne – des Tanneries – du Moulin – des Pressoirs – enfin, rue Neuve… le tout entourant la place du château.

Les fortifications furent hérissées de défenses, et le vieux capitaine de reîtres Jehan Martin, dit Thin de Shelnders, inféodataire du fief de Sommazannes et de Goivaux, fut, à la mort de Landreville, installé à la tête de la garnison.

Henry Robert mourut, à Sedan, le 2 décembre 1574 : les protestants prétendirent que Catherine de Médicis l’avait fait empoisonner. Il laissait deux fils et une fille : Guillaume Robert, Jean et Charlotte. Ce fut l’aîné qui lui succéda.

Guillaume Robert de Lamarck (1574 – 1588)

Le règne de Guillaume Robert correspond au plus mauvais temps des fureurs de la Ligue, fureurs dépassées, bien souvent, par les représailles fanatiques des protestants.

Shelandre avait pris l’initiative du ravage sur les terres de l’évêché de Verdun, terres soumises à l’engagère des anciens temps.

Avec la compagnie des gens de pied du capitaine Herric, il investissait Mangiennes. Il appréhendait au corps les magistrats épiscopaux, et il appelait leurs justiciables aux plaids de Jametz. Il prélevait les redevances seigneuriales, contraignait les communautés à founir des travailleurs. Il faisait dévaster les forêts, pour ajouter aux fortifications.

Cette conduite était approuvée par le duc de Bouillon. Elle amena, en 1586, l’invasion de Sedan, Douzy, Raucourt, par Henry de Guise, dit le balafré. Puis, enfin, en février l686, les ban et arrière-ban de la noblesse lorraine furent convoqués, pour le renversement de Jametz, devenu le repaire du brigandage et le boulevard avancé de l’hérésie.

Pendant que les troupes assiégeantes s’assemblent, Shelandre poursuit une guerre de surprises et de razzias incessantes, sur les terres de Verdun. C’est alors que, sous ses coups, secondés par le capitaine prévôt de Sancy, tombèrent, l’un après l’autre, les châteaux-forts de Bréheville, de Ville, de Pilon, de Mangiennes, le fort de Brabant sur Meuse, etc.

Mais l’investissement de Jametz mit fin à cette guerre d’avant-postes, et le 13 avril 1589, la place fut enfin attaquée. Guillaume Robert et son frère ne virent pas la fin de ce siège. Jean tomba, aux côtés de son aîné, dans une déroute des bandes appelées d’outre Rhin, au secours du protestantisme, et Guillaume Robert, réfugié à Genève, y mourut, le 1er janvier 1588, à l’âge de 26 ans, après avoir institué Charlotte de la Marck sa légataire universelle, à la condition seule de maintenir dans ses Etats l’exercice du culte réformé. Il lui substituait le duc de Montpensier, François de Bourbon son oncle, pour le cas où elle décéderait sans enfants.

Charlotte de la Mark

A la mort de Guillaume Robert, la souveraineté, qu’il laissait à sa sœur, déjà était envahie par les troupes lorraines, et M. d’Haussonville, baron d’Ornes, avait porté son quartier général à Jametz.

Les assaillants se trouvèrent, alors, en face d’un corps de place quadrangulaire, ainsi distribué :
-
Un donjon précédé d’une vaste cour en rectangle
- les logements du gouverneur sur un des côtés
- un bastion dit de la Cloche, à l’ouest
- un boulevard, dit du Brut, au nord
- un bastion, dit de la Grille, à l’est
- un boulevard, dit du Robin, avec son éperon, au sud
- un boulevard, dit de la Porte, au sud ouest
- une porte, dite du Bourg
- une seconde porte, précédée d’un pont-levis et d’un pont.

Le tout était entouré de fossés pleins d’eau, fossés alimentés par la rivière du Loison.

A suivre : Jametz, terre conquise, sous la domination lorraine

Le Snow Hall d’Amnéville (57)

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Alors n’hésitez pas ! Venez faire un tour …

Renseignements

Localisation

Les ruines du château de Châteauvoué (57)

Blason de ChateauvouéRuines du château de ChâteauvouéCarte de ChâteauvouéRuines du château de Châteauvoué

Du château de Châteauvoué, il ne reste que d’imposantes ruines. Je vous propose de remonter le temps, et de découvrir l’histoire et la description cette demeure seigneuriale.

Les appellations anciennes ont été respectées.

 

 

D’après un article paru dans le « Journal de la Société d’archéologie et du Comité du Musée lorrain »
Année 1895

C’est en 966, dans la charte de fondation de l’abbaye de Vergaville, que Châteauvoué apparaît pour la première fois. D’un beau mot latin, on l’appelle Castellum, dénomination qui lui est venue sans doute d’un château ou emplacement fortifié. On ne sait, absolument rien de positif, faute de documents, sur ce qu’aurait été ce premier château.

Hincmar, nous dit cette charte, possédait des biens à Castellum, consistant en vignes, forêts, moulin, église et chapelle. Ces biens furent donnés vers 930 en dot par Hincmar à sa parente Betta, femme du comte Sigeric.

Betta accepta les biens d’Hincmar et, de concert avec son mari, elle les donna à l’abbaye qu’elle fondait à Vergaville, l’abbaye des dames Bénédictines. Et Sigeric a soin de dire qu’il leur remet en toute propriété « tous les biens susdits de Castellum, de Zuzelinga (Sotzeling), etc. des trois comtés de Destry, de Sarrebourg et de Mortagne pour qu’elles les aient, les tiennent, les possèdent en droit perpétuel, les cultivent et fassent valoir, et qu’elles constituent selon leur bon plaisir dans les dites possessions leurs ministériaux, c’est-à-dire un régisseur, un échevin de justice et autres officiers, à condition cependant, que ledit bien soit à jamais sous la tutelle de notre descendance légitime. Nous le confions à notre fils Déoderic et à ses héritiers, leur défendant d’en rien distraire, enlever ou aliéner ».

Hincmar et Sigeric étaient donc certainement au Xe siècle, seigneurs de Châteauvoué et du village voisin Sotzeling, aujourd’hui annexe de Châteauvoué, et le château, si château il y avait, pouvait bien leur appartenir.

De plus, le défenseur ou protecteur de tous ces biens, le voué en un mot, c’est Sigeric. Après lui, c’est son fils Déoderic ou Théodoric, et, après son fils, ses héritiers. On peut donc penser qu’un héritier de Sigeric fit construire « lai for maison de Chaistel voiet » (charte 1342) pour y installer un voué. Dès lors Castellum s’appela Châteauvoué.

Et à quelle date fut fondée la vouerie et fut construit le château-fort ? Il est impossible actuellement de le préciser d’une façon certaine.

Les traditions de Vergaville et les opinions des historiens sont d’accord pour dire que c’est la famille de Salm qui a fourni tous les voués des abbayes de Vergaville et de Salival. Or, on pense que Sigeric et Théodoric sont les ancêtres des Salm. La fondation de l’abbaye de Salival au milieu du XIIe siècle est due à la générosité de Mathilde de Hombourg, épouse d’Arnoux que l’on croit comte de Salm.

Par là, les comtes de Salm devenaient les protecteurs naturels des deux abbayes de Vergaville et de Salival, et Châteauvoué qui est placé entre les deux, à égale distance de l’une et de l’autre, était tout indiqué pour y établir une vouerie également disposée pour défendre les deux monastères.

On a trouvé dans l’église de Salival les inscriptions de plusieurs comtes de Salm, entre autres, d’Henri comte de Salm, mort en 1292, de Jean de Salm, chevalier, mort le 10 novembre 1313.

Nous pensons que c’est à l’époque de la fondation de l’abbaye des Prémontrés de Salival, que fut construit le château de Châteauvoué. D’après le style et l’ensemble, nous croyons pouvoir lui assigner cette date.

La description du château nous est fournie par le plan cadastral de la commune de Châteauvoué, et surtout par Toepfer, l’auteur du Cartulaire de la maison d’Hunolstein.

Le château domine les plaines du nord, du sud et de l’ouest, la plaine de l’ouest surtout qui s’étend fertile et verdoyante jusqu’à Château-Salins. A l’est, la vue suit le coteau de Châteauvoué et s’arrête au point où il se rattache à la chaîne des collines qui délimitent les deux bassins de la Seille et de la Sarre.

Il n’en faut pas davantage pour prouver que c’est là un point stratégique important. Aussi, le duc de Lorraine s’en est-il servi fort à propos pendant la guerre de Trente-Ans contre le général de Grancey.

Un fossé large et profond, creusé de mains d’hommes, entoure le vieux chastel. Sur le fossé, est jeté un pont-levis donnant entrée dans la cour intérieure. Cette cour forme un double trapèze.

Le grand trapèze, désignant la cour proprement dite, a trente-sept pas du côté Est, vingt-huit pas des trois autres côtés. Chacun de ces trois côtés égaux est marqué par de solides corps de bâtiment servant d’habitation aux seigneurs. Les quatre angles de ce grand trapèze sont occupés chacun par une forte tour ronde.

Le petit trapèze est ce qu’on pourrait appeler l’avant-cour. Il est placé du côté Est et ses deux lignes non parallèles sont constituées par les épaisses murailles, qui en se rapprochant finissent par former la grande porte d’entrée. De chaque côté de cette porte, se trouve une tourelle destinée à la fois à la protéger et à l’orner.

Le contour de la forteresse est donc considérable : l’épaisseur des murailles est en proportion, puisque les murs des quatre tours sont épais de dix pieds lorrains, soit de deux mètres quatre-vingt-cinq.

Cette immense construction est d’une architecture simple, mais solide. Les gros moellons et les pierres de taille viennent des carrières du pays. Quant au mortier, il est extrêmement résistant et en tous points comparable au mortier des Romains. Il est vrai qu’il y a dans la région une argile qui a servi admirablement aux armées romaines pour leurs châteaux forts, leurs villas et toutes leurs constructions, et qui à leurs yeux, remplaçait avantageusement la pouzzolane qu’ils avaient dans la Campanie et aux environs de Rome.

Quoi qu’il en soit, il n’y a qu’un seigneur puissant qui ait pu construire de la sorte le château qui nous occupe.

Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une tour habitée par une famille d’ouvriers, une partie des vastes caves qui servaient de prisons, et quelques pans de murs.

La tour a encore environ dix mètres de haut, mais son sommet est entièrement démoli. La famille qui l’habite, l’a fait recouvrir en tuiles comme les maisons du village, puis elle a transformé la partie inférieure en aire et en étable (C’était le cuisine du château. On voit encore la cheminée) et la partie supérieure en grenier à fourrage.

L’unique cave qui subsiste encore, est voûtée à la façon des substructions romaines et très bien conservée. Les caves voisines ont été comblées et le propriétaire actuel n’a pu jusqu’ici les utiliser. Les pans de murs de l’ancienne construction sont presque tous chargés de bâtisse moderne.

Enfin, on a trouvé éparses, quelques pierres de taille portant une ornementation assez primitive. Ainsi, dans la muraille du sud, construite dans les temps modernes, se voient deux de ces pierres de taille.

C’est au XVIe siècle, que Jehan de Helmstatt a ajouté au vieux château d’importantes dépendances. Mais n’empiétons pas sur les événements. Nous avons un mot à dire de l’historique du château et de ses différents partages.

 

La plus ancienne charte qui fait mention de « lai for maison de Chaistel voiet » est de 1342. Par cette charte, nous voyons que le château était alors, sans savoir de quel droit, habité par plusieurs seigneurs vassaux du duc de Lorraine.

En 1342, Henri de Guermange prenait possession d’un quart du château, tandis que les trois autres quarts appartenaient à une autre famille seigneuriale dite de Chaistelvowey.

On pourrait admettre avec vraisemblance que depuis la fin du XIIIe siècle, les deux familles de Guermange et de Chaistelvowey habitaient chacune sa part du chastel. Et comme la famille de Chaislelvowey était, vers 1390, représentée par deux chevaliers remarquables, Poinsignon et Bertrand (assimilés par certains auteurs aux Wolmerange de la Nied), qui se donnaient volontiers le titre de seigneurs de Châteauvoué, la part du château revenant à cette famille était partagée en deux portions égales.

Ainsi, à la fin du XIVe siècle, Poinsignon avait la moitié des trois quarts ou les trois huitièmes, Bertrand en occupait tout autant, et Henri de Guermange tenait le reste, c’est-à-dire le quart.

Au commencement du siècle suivant, Henri de Guermange vient à mourir sans avoir de descendants pour leur laisser sa part du château. Bertrand venait de marier sa fille Elisabeth à un chevalier allemand.

L’occasion était favorable, les nouveaux mariés firent l’acquisition, en 1404, de la part de Bertrand et de la part d’Henri de Guermange, de sorte qu’ils possédaient « le quart devant dict avec la moitié des autres trois quarts du dict chastel, soit cinq huitièmes en tout ». Les trois autres huitièmes étaient toujours à Poinsignon.

Une dizaine d’années plus tard, Elisabeth de Châteauvoué et son mari Hannus de Paffenhofen cédaient, « la moitié des trois pars du chastel et forteresse de Chastelvouel et le quart dudict chastel et forteresse » à Henri Hase de Dievelich, aussi d’origine allemande.

Ce seigneur passa toute sa vie, soit dans ce château, soit à Hombourg-Saint-Avold et il est à croire qu’il acheta dans ses dernières années la part du défunt Poinsignon, mais ce fut après 1445, car une charte de cette année-là ne mentionne encore que « la moitié des trois quarts du château et forteresse de Chastelwouel et le quart d’iceux ».

A la mort de Henri Hase arrivée vers 1461, ses trois petits-fils, Jacques et Henri de Helmstatt et Egenolf de Rathsamhausen, partagèrent le château en trois parts égales et chacun en eut une.

Dès 1473, l’une des parts étant devenue le douaire de la veuve de Jacques de Helmstatt, les autres n’en continuèrent pas moins à habiter ensemble pendant une année.

A force de guerroyer contre les Bourguignons qui envahissaient la Lorraine, ils irritèrent le duc de Bourgogne, au point qu’il assiégea et incendia le château en 1476. La douairière se plaignit amèrement de ses deux beaux-frères, qui convinrent toutefois de lui faire une rente annuelle de vingt florins pour les pertes subies. De là, on peut conclure que l’habitation de tout le château équivalait à cette époque à une rente de soixante florins.

Les deux guerriers réparèrent le château à leurs frais et, dès 1480, l’ayant rendu habitable, ils le divisèrent en deux parts inégales. Le plus âgé, Henri de Helmstatt, eut la moitié plus le demi-quart. Le plus jeune, Egenolf de Rathsamhausen prit le reste, soit les trois huitièmes.

Au mois d’août 1491, la part d’Henri fut partagée par deux de ses fils en deux lots égaux, ce qui faisait à chacun cinq seizièmes de tout le château, soit un peu plus d’un quart. En 1497, l’un des deux fils, Frédéric, héritant la part de son frère défunt, fut en possession de tout le lot de son père.

En 1509, Frédéric mourut et la part qu’il possédait revint à ses deux frères entrés dans les Ordres. Ceux-ci cédèrent l’héritage à Egenolf moyennant une rente annuelle de cinquante florins. De cette façon, Egenolf possédait tout le château, malgré les trois parts toujours existantes : une part lui appartenait par voie d’héritage, une deuxième part était payée vingt florins l’an et une troisième cinquante florins.

Une violente contestation eut lieu en 1517 entre Egenolf et les héritiers Helmstatt, qui habitaient en commun avec lui, au sujet des parts du château. On finit cependant par s’entendre : on fit deux portions égales. L’une revint à Egenolf, l’autre aux héritiers Helmstatt, c’est-à-dire à Jean et à Philippe-Jacques, petits-fils de Jacques de Helmstatt, qui pour lors, eurent chacun un quart du château.

Un arrangement ayant eu lieu entre les deux héritiers Helmstatt, Jean occupa la moitié du château dès 1518. Mais trouvant bientôt cette moitié insuffisante, il fit construire de nouveaux bâtiments attenant à la part qu’il habitait, sans écouter les protestations des copropriétaires, les héritiers d’Egenolf.

La part d’Egenolf, en effet, avait été divisée en deux parties égales en 1520, de sorte que ses deux filles eurent chacune le quart du château. L’une d’elles étant morte sans enfants, en 1549, l’autre hérita, et dès lors devint propriétaire de la seconde moitié du château.

Or, cette autre fille était Elisabeth, mariée dès 1502 à Adam de Hunolstein. Pendant cinquante ans, les Helmstatt et les Hunolstein, devenus seuls propriétaires, vécurent côte à côte dans leurs moitiés respectives de l’antique chastel.

Les moeurs des seigneurs s’étaient adoucies au point que les membres de chacune des deux familles aimaient mieux habiter en commun que de faire de nouveaux et incessants partages toujours ruineux.

Enfin, en 1599, Guillaume de Hunolstein, arrière petit-fils d’Adam, acheta la moitié occupée par les Helmstatt, et dès lors tout le château appartint aux Hunolstein. A partir de cette époque, le château n’eut plus qu’un seul seigneur jusqu’à la Révolution.

Le 7 floréal an III de la République, les administrateurs du Directoire du district de Salins-libre (Château-Salins) vendirent au citoyen Nicolas Lucy de cette ville pour 39 100 livres en papier monnaie « le château avec les fossés, le grand jardin potager clos de murs contenant environ 40 ares 88 centiares, avec le passage et aisances dans la basse-cour, et trois jours trois quarts un huitième, un seize et dix-huit toises de jardin verger au derrière ».

Le dit adjudicataire avait charge de démolir les tourelles et combler les fossés à ses frais dans le délai d’un an. Le jardin fut revendu quatre jours après, le 11 floréal an III, à Dominique Brandebourg de Châteauvoué, qui déjà avait acheté sur l’État les dépendances voisines, « biens provenant de l’émigré Hunolstein », comprenant la grange, l’emplacement d’un tesseau, les écuries y attenant avec la remise au-devant, située entre la marcairie et le jardin potager du ci-devant château.

Dépendances et jardin, sauf « la remise au-devant » sont devenus depuis 1837, le presbytère de Châteauvoué.

 

Quant à la distribution des pièces et appartements du château, nous n’en savons pas grand chose. Nous allons pourtant essayer d’en donner une idée en prenant le passage d’une charte qui y fait allusion.

Cette charte est de 1623 : Jean-Guillaume laisse à sa mère « la partie du château qu’on a à droite, quand on entre par la grande porte, aussi loin que va le toit en tuiles, ainsi que la grande cuisine près de l’escalier en escargot ». D’autre part, le mobilier était considérable, puisque le prix des meubles vendus par les révolutionnaires se montait à 15 000 livres « en papier monnoye » (Inventaire dressé par Jacques Michel Collenot, ancien intendant du château, fait à Nancy le 1er floréal An VI).

 

Enfin, la Révolution a pris et déposé dans ses magasins tous les fers, ustensiles et batterie de cuisine en rosette, cuivre et étain, les balcons, les grandes portes de fer des basses-cours et jardins, les cloches et clochettes, sur lesquels nous n’avons pu jusqu’ici trouver aucun renseignement.

Pendant l’affreuse guerre de Trente-Ans, le château avait été épargné par le roi de France, tandis que tous les environs de Châteauvoué étaient brûlés et ravagés.

Le château n’a point été démantelé en 1670, comme le dit M. Schmit dans ses « Promenades antiques aux environs de Château-Salins ».

Les textes des chartes que nous avons sous les yeux nous prouvent le contraire. C’est la Révolution qui en a décrété le démantèlement.

Au reste, Jacques-Michel Collenot nous en fait cette description en 1796 : « Le château très ancien et très bien entretenu, flanqué de quatre tours et défendu par des fossés, formant des réservoirs peuplés d’excellents poissons, vaste cour, basse-cour, jardin verger clos de haies vives, jardin potager clos de murs, colombier, bergerie, markairie, pressoir. Tout cet ensemble était établi sur quinze arpens de terrain ».

Enfin, cette description rapprochée de celle de 1404, je veux dire de celle qui fut faite quatre cents ans auparavant, montre que, pendant toute son histoire, le chastel de Châteauvoué n’a pas subi, malgré quelques modifications, de transformation fondamentale. Le château avait alors, comme en 1796, « ensemble toutes ses appartenances en muers, en tours, en foussés, en colombiers et en toutes autres choses » (Réversales de 1404).

 

 

 Le 7 décembre 2012, signalement de détritus dans l’ancien fossé du château

Quand les gens vont-ils enfin comprendre que le peu qu’il nous reste doit être préservé ?

 

 

La lutherie de Mirecourt (88)

Blason de MirecourtViolon

Mirecourt, la « capitale de la lutherie », possède encore une dizaine d’ateliers et une petite usine spécialisée dans la production de chevalets.

La ville possède aussi une école de lutherie (unique en France), et bien entendu un musée de la lutherie.

Je vous propose de découvrir la charte des luthiers datée de 1732.

D’après un article paru dans « La nouvelle Revue » – 1932

La lutherie est d’origine italienne, la ville où l’on a fait les premiers violons est Brescia. Il y a de beaux spécimens de cette école qui ont une grosse cote et une grande réputation, entre autres les Gaspard da Salo et les Maggini.

Ensuite, nous voyons venir la splendide école de Crémone dont chaque violon authentique et complet arrive actuellement à des prix astronomiques, richesses de collections et de grands artistes : les Amati, les Stradivarius, les Guarnerius et leurs élèves Bergonzi, Santo Séraphino, Montagnana, Gagliano, Guadignini, mais plus nous nous rapprochons du temps présent, plus nous remarquons que cette illustre école italienne s’anémie et les derniers grands luthiers sont les descendants des Gagliano et Pressenta et Roca.

En France, que faisait-on à cette époque ? Pas grand chose. Il y avait bien quelques luthiers, les Castagneri, Bocquay, Claude Pierray entre autres, qui ont produit des instruments plaisants à l’œil, mais dont la sonorité est relative, de sorte que, depuis la décadence de la belle lutherie italienne et le développement de l’école Française, il y a là une éclipse.

Il faut toutefois nommer parmi les premiers luthiers français, Lupot, Vuillaume et Gand, dont les instruments magnifiques sont de plus en plus appréciés par les amateurs et les artistes, et Mirecourt.

Mais tout cela n’explique pas pourquoi on fait des violons à Mirecourt et que Mirecourt soit le berceau de la lutherie française.

Je vais vous conter une belle histoire, car nous sommes dans le domaine de la musique, de la poésie, et il ne faut pas aller bien loin pour côtoyer la légende qui nous explique jusqu’à présent, pourquoi l’on fait depuis des siècles des violons à Mirecourt.

Naturellement, avec notre esprit pratique, vous seriez tenté de penser que toute industrie est conditionnée par les matières premières que l’on trouve dans le sol avoisinant et, naturellement, vous en déduirez que ce sont les bois que l’on peut se procurer dans les montagnes des Vosges, qui ont décidé nos ancêtres à s’occuper de lutherie. Rien n’est plus faux, car nous employons très peu de bois français.

Voici donc une explication :

Les ducs de Lorraine étaient des artistes et aimaient beaucoup les arts. Quand ils se déplaçaient, ils venaient à Mirecourt, à cette époque grande ville de bailliage, ils habitaient le château de Ravenel et ils venaient avec leurs musiciens et aussi leur luthier nommé Tywersus qui avait travaillé à Crémone. Nous supposons que Tywersus a enseigné son art à quelques gens du pays, ceux-ci à leur tour firent des élèves et c’est ainsi qu’en 1732, les maîtres luthiers de Mirecourt ont reçu leur charte corporative du duc de Lorraine François III et, depuis cette époque, Mirecourt a donné naissance, ou a vu passer dans ses ateliers les plus grands luthiers français.

Charte pour les luthiers

« Les maîtres luthiers, faiseurs de violons de notre ville de Mirecourt, nous ont très humblement fait représenter que pour prévenir et remédier aux abus qui se glissent dans leur métier, de même que pour y établir vu bon ordre, il conviendrait de les créer en corps de maîtrise, au moyen de quoi il se formera de bons maîtres qui, en servant bien le public, conserveront à la ville de Mirecourt la renommée qu’elle s’est autrefois acquise de contenir d’habiles faiseurs d’instruments.

Pour à quoi parvenir, ils nous ont fait présenter un projet de règlement contenant différents articles et statuts, nous suppliant très humblement de les authoriser, et en conséquence de leur faire expédier nos lettres de Chartes sur ce nécessaires. A quoi inclinant favorablement après que la quête que les dits luthiers nous ont présentée à ce sujet a été vue en notre Conseil d’Etat, et que les dits articles et règlements ont été examinés par les commissaires de notre Conseil qui ont été nommés et commis à cet effet et ayant sur ce leur avis.

Nous, de notre grâce spéciale pleine puissance et authorité souveraine, avons créé et érigé, créons et érigeons les dits maîtres luthiers et faiseurs de violons de notre ville de Mirecourt en corps de maîtrise auquel nous avons accordé et accordons les Chartes, statuts, droits, privilèges et immunités ci-après :

- Art. 1 : Qu’ils auront pour patronne Sainte-Cécile, la fête de laquelle ils célébreront une messe haute et deux vêpres en la paroisse de Mirecourt et un service qui se fera le lendemain pour les confrères déffunts.
-
Art. 2 : Qu’il sera tous les 3 ans, le lendemain de la fête de Sainte-Cécile, un maître dudit corps qui prêtera serment entre les mains du lieutenant-général de Mirecourt, deux échevins et un doyen qui prêteront serment entre les mains dudit maître qui sera élu.
-
Art. 3 : Qu’aucun ouvrier ne sera reçu en l’exercice de la profession de luthier qu’après dix-huit mois d’apprentissage dont il sera tenu de rapporter de bons certificats, qu’il n’ayt fait chef d’oeuvre tel qu’il sera indiqué par les maîtres et échevins et ensuite examiné par les maîtres du corps qui seront nommés par le maître de la dite confrairie, à charge aussi par celui qui sera reçu maître dudit corps de payer pour droit de réception, une somme de cinquante francs barrois dont moitié appartiendra à notre domaine et l’autre moitié à la dite confrairie, duquel droit de réception les fils de maître et ceux qui en épouseront les veuves ne payeront que moitié.
-
Art. 4 : Que le maître dudit corps aura droit de visiter avec les deux échevins, les ouvrages faits par toutes sortes de personnes qui se feront ou distribueront en la ville de Mirecourt et dans le lieu de Mattaincourt, et de les saisir au cas qu’ils seraient trouvés n’être pas bien faits avec condamnation d’une amande d’un franc par chacune pièce deffectueuse outre la suppression d’icelle.
-
Art. 5 : Que chaque apprentit sera tenu de payer à son entrée 5 frs et une livre de cire pour le service de la patronne dont le maître qui recevra ledit apprentit demeurera grand.
-
Art. 6 : Que dans les lieux de Mirecourt et de Mattaincourt, il sera fait annuellement 4 visittes par les maîtres échevins et doyen chez les ouvriers de la dite maîtrise dans les temps qui seront trouvés convenables, le tout néanmoins sans frais.
-
Art.7 : Que chaque pièce d’instrument sera marquée par le maître en charge, qui sera obligé de se rendre en la boutique de l’ouvrier sur la réquisition verbale qui lui en sera faite, pour être en sa présence les noms et surnoms de l’ouvrier qui aura fait l’instrument marqué en caractères imprimés, pour raison de quoi le dit maître percevra un droit de 6 deniers par chacune pièce d’instrument.
-
Art. 8 : Un maître étranger qui voudra s’établir dans la ville et dans le lieu de Mattaincourt sera reçu sans frais en rapportant des lettres de maîtrises en bonne forme, et en cas qu’il ne pourrait en représenter, sera tenu aux charges ci-dessus exprimées.
-
Art. 9 : Le maître aura un registre dans lequel il insérera les receptes et dépenses des deniers qu’il recevra pendant le temps de sa gestion desquels il rendra compte annuellement en présence des autres maîtres dudit corps, le lendemain de la Sainte-Cécile ou autre jour commode qu’il aura convenu.
- Art. 10 : Aucun apprenti ne pourra quitter le maître chez qui il sera pour aller chez un autre, qu’en avertissant six semaines auparavant à peine de recommencer son apprentissage.
-
Art. 11 : Au cas qu’il arriverait des bois propres à faire des instruments, lesquels n’auraient pas été achetés précédemment par un des dits maîtres, il sera loisible à chacun d’eux d’en prendre à proportion de la quantité qui se trouvera en payant le prix qui en aura été fait, depuis que la dite marchandise aura été exposée en vente à peine contre le refusant de 5 francs d’amande. A l’effet de quoi, celui qui aura connaissance de l’arrivée et exposition de la dite marchandise en donnera avis au maître dudit corps.
-
Art 12 : Le maître dudit corps aura droit de faire assembler le corps à l’effet de quoi il le fera avertir la veille par le doyen et seront tenus tous les maîtres d’y assister, à peine d’une amande contre les deffaillants à moins d’excuse légitime dont ils rendront compte au maître dudit corps. Toutes lesquelles amandes ci-dessus seront applicables moitié au profit de notre domaine et l’autre moitié au profit de la dite confrairie. Le tout sans déroger aux ordonnances rendues en faveur des étrangers.
-
Art. 13 : Ordonnons que tous les articles ci-dessus seront observés par tous les maîtres qui seront résidents tant audit Mirecourt, qu’à Mattaincourt.

Sy donnons en mandement à nos très chers et féaux les présidents, Conseillers, Maîtres auditeurs et gens tenant notre chambre des comptes de Lorraine, Bailly, Lieutenant général, conseillers et gens tenant notre bailliage des Vosges séant à Mirecourt, et à tous autres qu’il appérera que du contenu aux présentes et de tout leur effet, ils fassent, souffrent et laissent jouir et user les dits maîtres luthiers et faiseurs de violons de notre dite ville de Mirecourt, pleinement, et paisiblement, cessant a été mis et appendu notre grand scel ».

Donné à Lunéville le 15 Mai 1732. Signé Elisabeth Charlotte et plus bas contresigné Hennel.

Telle est l’histoire de notre industrie dans notre vieille ville paisible et tranquille, où l’on semble marcher à pas feutrés pour écouter un violon qui chante.

Adresses :

Atelier Jean-Claude CONDI
4, rue Ste Cécile 88500 MIRECOURT

Atelier Catherine BAROIN et Anne-Sophie BENOIT
5, rue St Georges 88500 MIRECOURT

Atelier Jean-Pierre VOINSON
13, rue Chanzy 88500 MIRECOURT

Atelier Roland TERRIER
17, rue Chanzy 88500 MIRECOURT

Société AUBERT  Premier fabricant au monde de chevalets
121, av. Henri Parisot 88500 MIRECOURT

Le savoir-faire lorrain rayonne par-delà les frontières !!!

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