La Cour de Lunéville sous Léopold

D’après la monographie imprimée
« Récits lorrains. Histoire des ducs de Lorraine et de Bar » d’Ernest Mourin
Publication 1895

Léopold et la duchesse avaient quitté Nancy la veille de l’occupation de cette ville par les troupes françaises, et étaient allés s’installer tant bien que mal dans le château délabré de Lunéville. Les grandes familles lorraines les suivirent. C’est là que la cour passa le reste du règne.

Léopold aimait à bâtir, comme la plupart des princes de son temps, à qui Louis XIV servait de modèle. Il chargea l’architecte Germain Boffrand, élève de Mansard, de lui faire un petit Versailles. Les travaux furent achevés en 1706. C’est le château actuel. Les beaux jardins qu’on appelle les Bosquets, ne furent dessinés qu’en 1711, et ce fut Stanislas qui les compléta.

Il se forma autour de Léopold une cour qui ne manqua pas d’éclat. La noblesse y fut représentée par la plupart de ses chefs. Elle se consolait dans les honneurs du château de la perte de ses prérogatives politiques. Les hauts dignitaires étaient le comte de Carlingford, avec le titre de grand maître de l’hôtel, le comte de Couvonges, grand chambellan, et le marquis de Lenonconrt, grand écuyer. Parmi les principaux officiers, figuraient le marquis de Lambertye, le comte de Brionne, MM. de Craon, de Ludres, de Ligniville, de Raigecourt, de Curel, etc.

La maison civile comptait trois cents serviteurs de tout rang, sans compter la maison de Madame Royale et le service des enfants. Il avait une écurie fastueuse et « d’aussi beaux chevaux qu’aucun prince d’Europe ». La maison militaire n’était guère qu’une garde d’honneur. Elle était composée de deux compagnies de chevau-légers et de la compagnie des Cent-Suisses. Les uniformes écarlates à parements jaunes, avec brandebourgs soit d’argent, soit d’or, rehaussaient singulièrement l’éclat des cérémonies publiques.

Bien qu’il n’y eût pas d’armée, on formait de jeunes officiers dans une académie bien organisée qui attira les gentilshommes lorrains et même des étrangers, surtout des Allemands. Il eut soin de réorganiser les milices bourgeoises dans les villes, avec la pensée que cette sorte de garde nationale pourrait au besoin prendre un caractère plus sérieux.

La cour de Léopold était fort aimable et l’on y goûtait vraiment la douceur de vivre. Une simplicité élégante y régnait, la morgue et l’étiquette en étaient bannies. Le Duc invitait à ses fêtes les familles bourgeoises et leur prêtait ses propres carrosses pour les amener ou les reconduire.

Les représentations théâtrales y étaient en grand honneur. Les princes ne dédaignaient point de paraître sur la scène et l’on vit quelquefois Madame Royale et même le Duc figurer dans des ballets, comme Louis XIV au temps de sa jeunesse. C’est sur le petit théâtre ducal de Lunéville que la célèbre tragédienne Adrienne Lecouvreur fit ses premiers débuts. Les chefs-d’oeuvre de Corneille, de Racine, de Molière faisaient partie du répertoire du château. On jouait les opéras de Quinault et de Lulli, et on y essaya aussi des pièces originales dont les platitudes étaient rachetées par des louanges dithyrambiques adressées aux vertus de Léopold.

Il faut bien dire que, si l’on imitait les moeurs raffinées de Versailles, on ne se piquait point de plus d’austérité. Le prince, malgré sa piété qu’on peut croire sincère, copiait sans aucun scrupule sur certains points son idéal, le Grand roi, mais il s’efforçait de sauver les apparences et n’affichait jamais ses faiblesses, si bien qu’il put se flatter d’avoir donné le change aux gens peu clairvoyants sur le caractère de sa longue intimité avec la princesse de Craon. Il était pourtant difficile de garder des doutes en présence de la folle profusion d’honneurs et de libéralités répandue sur la famille. Les dons faits à la famille de Craon s’élevèrent jusqu’à cinq cent mille francs de revenus. Il fit conférer au mari de la favorite, par l’empereur le titre de prince, par le roi d’Espagne la grandesse.

Malheureusement, le plaisir le plus en vogue à la cour était le jeu. Le Duc donnait l’exemple. Il y perdait des sommes énormes et se trouvait parfois dans l’impossibilité de payer ses dettes d’honneur. La Duchesse elle-même, quoique plus sage, ne pouvait résister à sa passion pour le lansquenet.

 

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