Les châteaux de Charmois à Mouzay (55)

Château bas Charmois MouzayCarte Mouzay CharmoisChâteau haut Charmois Mouzay

 

Charmois, hameau à l’écart de Mouzay, possède deux châteaux qui sont aujourd’hui des propriétés privées. Je vous propose de remonter le temps et découvrir les propriétaires de ces deux demeures, il y a quelques huit siècles.

Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après le « Manuel de la Meuse » de Jean François Louis Jeantin – 1861

Charmois, de tout temps, a été annexe de Mouzay, au moins à partir de 1069, époque à laquelle cette localité, possédée par Béatrix de Bar, épouse du duc Godefroid IV d’Ardenne dit le Grand, comte de Bouillon et de Verdun, dépendait des prairies indominicatœde sa terre de Dun.

Charmois est une ancienne villa romaine… apud villam vocabulo Colombariam, où étaient les sépultures du camp romain de Baalon. C’était le charnier probable de la voirie sépulturale des légions. Cette ancienne villa, avec ban séparé, a toujours eu son église, son château, sa haute, moyenne et basse justice, ses intérêts spirituels et temporels, son état religieux et même civil, entièrement distincts de ceux des deux Mouzay.

Les anciens sires de la Chermoye de Mouzay

Herbemont de Charmois porte D’azur, à trois fasces d’or – cimier : un pélican avec sa piétéL’histoire des lieux est inséparable de celle des personnes qui les ont, soit incolé, soit habité, soit surtout dominé.

Pour trouver le berceau des Herbemont de la Chermoye, il faut remonter, sur la Lesse, en Ardenne, à Giles de Rochefort, sire d’Aye et de Jamodine (charte d’Orval de 1231). Il faut ensuite, prendre la charte d’affranchissement d’Herbemont, sur la Semois, donnée par les fils de Giles en l’an 1268.

Là se trouvent trois frères :
- Jehan, sire d’Orgeoy et d’Herbemont
- Jacques, sire de Château-Thiéry sur Meuse et de Walsore
- Giles d’Orey, sire de Florenne et avoué de Dinant
tous trois de la maison de Walcourt-Rochefort-Montaigu, alliée à celle de Chiny, vers 1157.

Alors il devient évident que les branches de Herbemont, en Ardennes, et Herbemont, en Wabvres, sont deux sœurs, qui, par Giles d’Orey, dit Girondel, devenu sire d’Irey le sec, d’Ay à Baalay sur la Meuse, et d’Ay et Jamodine à Jamay, sur l’Azenne, se rallient dang le giron de leur mère, la grande maison de Rochefort…

Cette maison, tombée d’épée en quenouille, avait perdu ses armes comtales primitives… vairées d’or et d’argent, en fasce de quatre pièces et elle était dépouillée du manteau d’hermines, dont Gozelon de Bohagne, son auteur, avait été revêtu.

Mais, par les alliances successives de la maison comtale de Namur avec Duras, de Duras avec Walcourt et de Walcourt avec Chiny… les trois frères Jehan, Jacques, et Giles, n’en étaient pas moins encore de hauts et puissants potentats. Par Ermengarde de Namur, ils remontaient à Charles de France, et ils prétendaient à porter, en champ d’or, et d’azur, les fleurs de lys dans leurs armoiries.

Aussi, alors que le comte Arnoux III de Loos et Chiny, après avoir construit Montmédy, vers l’an 1220, voulut, au ban de Gironsart, établir sa neuve ville de Gérouville, en face d’Herbeval, a-t-il bien soin de deux choses :
-
obtenir le concours d’Henri de Bouillon, abbé d’Orval, haut seigneur, en fonds et très-fonds, du dit Herbeuval, et qui était aux droits de Gérard de Rochefort, un de ses antécesseurs, lequel avait baillé ses domaines au couvent, vers l’an 1204
-
et, tout en mettant ses habitants de Gérouville à la franchise de Belmont, réserver expressément, dans sa charte de 1258, la droiture de monseigneur Jehan (de Rochefort), dit l’Ardennois, qui alors était châtelain de la Ferté.

Trois branches des anciens Walcourt-Rochefort existaient donc encore dans les comtés de Loos et de Chiny, dans la seconde moitié du XIIIe siècle.

Toutes trois descendaient de la race anciennement royale de la première comtesse de Namur. Toutes trois étaient, plus immédiatement, de celle de Bar et de celle de Chiny. Car Thiéry de Walcourt, sire d’Orgeo, avait épousé Béatrix de Chiny, fille de Louis III et de Sophie de Bar (1157 à 1189), et, par cette alliance, il était beau-frère de Lorette de Chiny, épouse de Geoffroy Ier d’Apremont, sire de Dun et de Montmédy.

Mais le vent des révolutions vint souffler sur cette famille. Comme hommes de fief du comté de Loos, les descendants d’Herbemont-Rochefort étaient vassaux de la grande église de Liége. Cette vassalité fut cause de leur perte et amena la transportation de leurs derniers rejets.

Compromise dans les troubles des citains de Liège contre leurs évêques, la branche aînée perdit son dernier chef sur l’échafaud épiscopal, en 1408. Il n’en resta qu’une fille, prénommée Agnès, mariée à Eberard III de Lamarck, seigneur de Sedan, Raucourt, Braquemont, Aigremont, Floranville, Neuf-Château et Jametz, laquelle, par son petit-fils Guillaume, le Sanglier des Ardennes, transmit ses droits à Turenne, descendant des anciens Condé.

Proscrits à la suite des échauffourées des Dinantais contre les Namurois, Jacques d’Herbemont, sire de Château-Thiéry, et Giles d’Orey, châtelain de Dinant, trouvèrent un asile dans les états Barro-Chiniens de leurs parents.

Nous les trouvons, tous deux, installés chez nous vers la fin du XIIIe siècle : l’un à Irey le sec et à Jametz, l’autre à la Chermoye de Mouzay. Ils y deviennent principaux hommes de fief de la châtellenie de Stenay.

Maisons d’Orey et d’Irey

Voici ce qui résulte de leurs actes d’aveux et dénombrements : En 1299, Jacques de Herbemont-Rochefort, époux d’Alix Orgeo-Mouzay, fait ses reprises pour la Chermoye. Son fils Jehan n’a qu’une fille, prénommée Isabelle. En 1421, Isabelle de la Chermoye épouse son cousin Giles d’Orey, dit Girondel, sire d’Irey le sec, qui devient prévôt de Stenay, en 1422.

En 1455, Nicole, fille de Jehan d’Orey et d’Isabelle de la Chermoye, épouse François de Pouilly, sire de Mouzay, Quincy, Baalon, Cervisy, Inor, Laneuville, Cesse et Luzy en partie. De ce mariage, naquit Alix de Pouilly, qui devint femme de Nicolas de La Fontaine, prévôt de Stenay. Alors Charmoy entre, pour partie, dans les domaines des célèbres maisons de Pouilly-Lafontaine et de Lafontaine-Orey.

En 1488, Alix d’Irey, fille de Pierre d’Orey, prévôt de Stenay, et sœur de Jean et de Guillaume qui, successivement, exercèrent cette charge après leur père, Alix épouse Mangin Masson, pareillement prévôt de ladite châtellenie. Charmoy se trouvait alors indivis entre ces époux et leurs frères et avec Lafontaine-Pouilly.

En 1500, Pierre d’Orey et Nicole d’Orey apparaissent comme inféodataires uniques. Le 14 juin 1517, une sentence les déclare propriétaires haut justiciers du ban de Charmoy, à l’encontre des gens de Mouzay, qui leur contestaient ce droit. Cet acte souverain fixe, en même temps, les limites respectives de l’un et de l’autre ban.

En 1549, Ferry d’Herbemont de la Chermoye épouse Anne d’Orey, sœur de Jean et de Guillaume : les deux époux rachètent les deux tiers de leur coseigneurs et deviennent propriétaires du tout.

Cette dame d’Herbemont fut la dernière représentante de la famille des Orey, qui portait de gueules, semé de fleurs de lys d’or, avec l’écusson d’azur (de la maison de France) en abyme – cimier : deux oreilles d’or, avec ces mots : oreah ! écoutez !….

Mélancolique image des prétentions de leur ancêtre Charles de France, qui s’étaient abymées, dans la dernière lutte des Carlovingiens contre les Othoniens. Ce symbolisme présidait aussi, mais sur un champ de deuil (le sable), aux armoiries des Custines, premiers pairs de Rochefort, car telle était alors l’éloquence des blasons.

A partir de ce moment, Charmoy n’est plus sorti de la descendance d’Anne d’Orey et de Ferry d’Herbemont.

Leur dernier représentant, Exupère-Alphonse-François-Marie, comte d’Herbemont, s’est éteint en 1858, près de son épouse née de Bérenger, dans le vieux château de ses ancêtres, et a laissé ses domaines et son titre, à son fils adoptif, Alphonse-Charles, fils du colonel de Bérenger.

Les photographies des châteaux proviennent de cet excellent site sur le patrimoine lorrain et sont publiées avec l’aimable autorisation de monsieur Anthony Koenig. 


Archive pour 18 janvier, 2011

Les châteaux de Charmois à Mouzay (55)

Château bas Charmois MouzayCarte Mouzay CharmoisChâteau haut Charmois Mouzay

 

Charmois, hameau à l’écart de Mouzay, possède deux châteaux qui sont aujourd’hui des propriétés privées. Je vous propose de remonter le temps et découvrir les propriétaires de ces deux demeures, il y a quelques huit siècles.

Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après le « Manuel de la Meuse » de Jean François Louis Jeantin – 1861

Charmois, de tout temps, a été annexe de Mouzay, au moins à partir de 1069, époque à laquelle cette localité, possédée par Béatrix de Bar, épouse du duc Godefroid IV d’Ardenne dit le Grand, comte de Bouillon et de Verdun, dépendait des prairies indominicatœde sa terre de Dun.

Charmois est une ancienne villa romaine… apud villam vocabulo Colombariam, où étaient les sépultures du camp romain de Baalon. C’était le charnier probable de la voirie sépulturale des légions. Cette ancienne villa, avec ban séparé, a toujours eu son église, son château, sa haute, moyenne et basse justice, ses intérêts spirituels et temporels, son état religieux et même civil, entièrement distincts de ceux des deux Mouzay.

Les anciens sires de la Chermoye de Mouzay

Herbemont de Charmois porte D’azur, à trois fasces d’or – cimier : un pélican avec sa piétéL’histoire des lieux est inséparable de celle des personnes qui les ont, soit incolé, soit habité, soit surtout dominé.

Pour trouver le berceau des Herbemont de la Chermoye, il faut remonter, sur la Lesse, en Ardenne, à Giles de Rochefort, sire d’Aye et de Jamodine (charte d’Orval de 1231). Il faut ensuite, prendre la charte d’affranchissement d’Herbemont, sur la Semois, donnée par les fils de Giles en l’an 1268.

Là se trouvent trois frères :
- Jehan, sire d’Orgeoy et d’Herbemont
- Jacques, sire de Château-Thiéry sur Meuse et de Walsore
- Giles d’Orey, sire de Florenne et avoué de Dinant
tous trois de la maison de Walcourt-Rochefort-Montaigu, alliée à celle de Chiny, vers 1157.

Alors il devient évident que les branches de Herbemont, en Ardennes, et Herbemont, en Wabvres, sont deux sœurs, qui, par Giles d’Orey, dit Girondel, devenu sire d’Irey le sec, d’Ay à Baalay sur la Meuse, et d’Ay et Jamodine à Jamay, sur l’Azenne, se rallient dang le giron de leur mère, la grande maison de Rochefort…

Cette maison, tombée d’épée en quenouille, avait perdu ses armes comtales primitives… vairées d’or et d’argent, en fasce de quatre pièces et elle était dépouillée du manteau d’hermines, dont Gozelon de Bohagne, son auteur, avait été revêtu.

Mais, par les alliances successives de la maison comtale de Namur avec Duras, de Duras avec Walcourt et de Walcourt avec Chiny… les trois frères Jehan, Jacques, et Giles, n’en étaient pas moins encore de hauts et puissants potentats. Par Ermengarde de Namur, ils remontaient à Charles de France, et ils prétendaient à porter, en champ d’or, et d’azur, les fleurs de lys dans leurs armoiries.

Aussi, alors que le comte Arnoux III de Loos et Chiny, après avoir construit Montmédy, vers l’an 1220, voulut, au ban de Gironsart, établir sa neuve ville de Gérouville, en face d’Herbeval, a-t-il bien soin de deux choses :
-
obtenir le concours d’Henri de Bouillon, abbé d’Orval, haut seigneur, en fonds et très-fonds, du dit Herbeuval, et qui était aux droits de Gérard de Rochefort, un de ses antécesseurs, lequel avait baillé ses domaines au couvent, vers l’an 1204
-
et, tout en mettant ses habitants de Gérouville à la franchise de Belmont, réserver expressément, dans sa charte de 1258, la droiture de monseigneur Jehan (de Rochefort), dit l’Ardennois, qui alors était châtelain de la Ferté.

Trois branches des anciens Walcourt-Rochefort existaient donc encore dans les comtés de Loos et de Chiny, dans la seconde moitié du XIIIe siècle.

Toutes trois descendaient de la race anciennement royale de la première comtesse de Namur. Toutes trois étaient, plus immédiatement, de celle de Bar et de celle de Chiny. Car Thiéry de Walcourt, sire d’Orgeo, avait épousé Béatrix de Chiny, fille de Louis III et de Sophie de Bar (1157 à 1189), et, par cette alliance, il était beau-frère de Lorette de Chiny, épouse de Geoffroy Ier d’Apremont, sire de Dun et de Montmédy.

Mais le vent des révolutions vint souffler sur cette famille. Comme hommes de fief du comté de Loos, les descendants d’Herbemont-Rochefort étaient vassaux de la grande église de Liége. Cette vassalité fut cause de leur perte et amena la transportation de leurs derniers rejets.

Compromise dans les troubles des citains de Liège contre leurs évêques, la branche aînée perdit son dernier chef sur l’échafaud épiscopal, en 1408. Il n’en resta qu’une fille, prénommée Agnès, mariée à Eberard III de Lamarck, seigneur de Sedan, Raucourt, Braquemont, Aigremont, Floranville, Neuf-Château et Jametz, laquelle, par son petit-fils Guillaume, le Sanglier des Ardennes, transmit ses droits à Turenne, descendant des anciens Condé.

Proscrits à la suite des échauffourées des Dinantais contre les Namurois, Jacques d’Herbemont, sire de Château-Thiéry, et Giles d’Orey, châtelain de Dinant, trouvèrent un asile dans les états Barro-Chiniens de leurs parents.

Nous les trouvons, tous deux, installés chez nous vers la fin du XIIIe siècle : l’un à Irey le sec et à Jametz, l’autre à la Chermoye de Mouzay. Ils y deviennent principaux hommes de fief de la châtellenie de Stenay.

Maisons d’Orey et d’Irey

Voici ce qui résulte de leurs actes d’aveux et dénombrements : En 1299, Jacques de Herbemont-Rochefort, époux d’Alix Orgeo-Mouzay, fait ses reprises pour la Chermoye. Son fils Jehan n’a qu’une fille, prénommée Isabelle. En 1421, Isabelle de la Chermoye épouse son cousin Giles d’Orey, dit Girondel, sire d’Irey le sec, qui devient prévôt de Stenay, en 1422.

En 1455, Nicole, fille de Jehan d’Orey et d’Isabelle de la Chermoye, épouse François de Pouilly, sire de Mouzay, Quincy, Baalon, Cervisy, Inor, Laneuville, Cesse et Luzy en partie. De ce mariage, naquit Alix de Pouilly, qui devint femme de Nicolas de La Fontaine, prévôt de Stenay. Alors Charmoy entre, pour partie, dans les domaines des célèbres maisons de Pouilly-Lafontaine et de Lafontaine-Orey.

En 1488, Alix d’Irey, fille de Pierre d’Orey, prévôt de Stenay, et sœur de Jean et de Guillaume qui, successivement, exercèrent cette charge après leur père, Alix épouse Mangin Masson, pareillement prévôt de ladite châtellenie. Charmoy se trouvait alors indivis entre ces époux et leurs frères et avec Lafontaine-Pouilly.

En 1500, Pierre d’Orey et Nicole d’Orey apparaissent comme inféodataires uniques. Le 14 juin 1517, une sentence les déclare propriétaires haut justiciers du ban de Charmoy, à l’encontre des gens de Mouzay, qui leur contestaient ce droit. Cet acte souverain fixe, en même temps, les limites respectives de l’un et de l’autre ban.

En 1549, Ferry d’Herbemont de la Chermoye épouse Anne d’Orey, sœur de Jean et de Guillaume : les deux époux rachètent les deux tiers de leur coseigneurs et deviennent propriétaires du tout.

Cette dame d’Herbemont fut la dernière représentante de la famille des Orey, qui portait de gueules, semé de fleurs de lys d’or, avec l’écusson d’azur (de la maison de France) en abyme – cimier : deux oreilles d’or, avec ces mots : oreah ! écoutez !….

Mélancolique image des prétentions de leur ancêtre Charles de France, qui s’étaient abymées, dans la dernière lutte des Carlovingiens contre les Othoniens. Ce symbolisme présidait aussi, mais sur un champ de deuil (le sable), aux armoiries des Custines, premiers pairs de Rochefort, car telle était alors l’éloquence des blasons.

A partir de ce moment, Charmoy n’est plus sorti de la descendance d’Anne d’Orey et de Ferry d’Herbemont.

Leur dernier représentant, Exupère-Alphonse-François-Marie, comte d’Herbemont, s’est éteint en 1858, près de son épouse née de Bérenger, dans le vieux château de ses ancêtres, et a laissé ses domaines et son titre, à son fils adoptif, Alphonse-Charles, fils du colonel de Bérenger.

Les photographies des châteaux proviennent de cet excellent site sur le patrimoine lorrain et sont publiées avec l’aimable autorisation de monsieur Anthony Koenig. 

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