La cité médiévale de Rodemack (57)

Rodemack Porte de SierckCarte de RodemackRemparts de Rodemack 

Située au coeur du Pays des Trois Frontières, Rodemack, charmante cité médiévale, porte le surnom élogieux de « Carcassonne Lorraine ».

Encore entourée d’une enceinte de 700 mètres de remparts, la cité a su conserver un parfum d’antan avec ses ruelles typiques et son patrimoine architectural.

Inscrite à l’inventaire des monuments historiques, la cité de Rodemack est classée parmi les « plus beaux villages de France » depuis 1977.

Tous les ans, s’y déroulent des fêtes médiévales grâce aux Amis des vieilles pierres pour la sauvegarde de Rodemack.

Je vous propose de remonter le temps, des premiers seigneurs de Rodemack au démantèlement d’une partie de la ville en 1821. Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après un article paru dans la revue « L’Austrasie » en 1861

Rodemack, petite ville à l’aspect très pittoresque, perdue au milieu des terres à quelque distance de Luxembourg, jouait, en cas d’invasion, le rôle de sentinelle à l’égard des forteresses de Thionville et Longwy.

Dès la plus haute antiquité, Rodemack a été un poste militaire. Aussi des étymologistes à imagination féconde ont-ils trouvé l’origine de son nom dans roc de Mars, le Dieu de la guerre. Le champ des hypothèses est vaste on peut aller bien loin sur ce terrain. Pourquoi ne pas dire que c’est parce qu’on fabrique à Rodemack de l’excellente bière de mars avec de l’eau limpide tirée d’un rocher ?

Il semble plus rationnel de faire remonter l’origine du nom de Rodemack à la présence en ce lieu d’une de ces peuplades germaines démembrées de la Rhétie, que les historiens nous apprennent avoir été transplantées dans les Gaules par l’empereur Auguste, quelques années avant la naissance de Jésus-Christ.

Les villages de Rentgen, les bourgs de Roussy, appelés primitivement Rhœtigheim (habitation des Rhœtes), constatent en ces divers endroits le séjour des Rhœtes. Il en est de même, de l’autre côté de la Moselle dans le village de Rettel dont le nom primitif est latin, Rethorum villa, la maison de ferme des Rhœtes. Or, au milieu de cette région s’élevait un rocher d’où découlent des sources abondantes formant le cours d’eau de Rhœtinbach, ruisseau des Rhœtes.

Au sommet existait un castellum, un poste d’observation romain élève par les barbares et servant jadis à éclairer les avenues de la route romaine ou Kemqui allait de Metz à Trèves, par Daspich, Boust, Preisch, Dalheim. Ce point stratégique important fut désigné comme l’extrême frontière de la colonie rhétienne. Frontière en allemand se traduit par le mot tudesque Marck et on appela le poste du rocher, la frontière des Rhœtes ou Rhœtemarck.

Resté poste militaire au haut de son rocher, cet endroit prit d’abord peu de développement, tandis que dans les plaines voisines, les forêts firent place à de beaux champs de culture, au milieu desquels s’élevèrent bientôt de nouvelles métairies qui devinrent les propriétés des rois francs, puis des princes d’Allemagne.

En 880, Louis, roi de Germanie, donnait à l’abbaye de Fulde (Hesse-Cassel), la villa de Berge sur la Moselle, devenue aujourd’hui le beau village de Berg, si pittoresquement situé au sommet de bons coteaux vignobles. Puis il ajouta à cette donation celle de la terre arrosée par le ruisseau de Rothinbach.

Les religieux de Fulde n’étaient pas les seuls moines propriétaires en cette région. L’abbaye de Saint-Maximin de Trèves y possédait déjà, depuis 768, Agelvingen (Elvange), près du fleuve de la Gandra, qui a laissé son nom à Gandren, et les villas de Sumungen (Semming), Heldingen (Halling), et Frisinga (Frisange).

Sous la direction de ces moines, les prairies furent arrosées, les terres cultivées et les populations des serfs laboureurs prospérèrent, heureuses et tranquilles, à l’ombre du clocher de leur village. En 907, l’abbaye d’Echternach acquit, par échange de l’abbaye de Fulde, les métairies de Berg et du Rotinbach.

Le long de ce cours d’eau avait été fondée la métairie d’Heicinga (Eysing). Elle fut donnée vers 890, par le roi de Germanie Arnoul, à un des chefs militaires qui l’avaient aidé à combattre les Normands.

C’était la seule manière de payer les soldats. Aussi appelait-on ces terres données ainsi, fheod (terre solde), d’où nous avons fait les mots latins et français feodum (fief). Le feudataire jouissait du sol sa vie durant, à la condition de servir son maître en temps guerre, et de lui prêter foi et hommage en toute occasion.

Le feudataire d’Heicinga, trouvant la position de ce domaine peu convenable au point de vue stratégique, choisit l’emplacement des ruines du Castellum romain du Rotinbach, pour y fonder un manoir féodal que protégeait l’escarpement naturel du rocher.

Nous ignorons quel fut le nom de ce premier fondateur du château de Rodemack. Nous savons seulement que le 6 février 1019, un sire Frederich de Rodemacher prenait, avec son voisin Jean de Soleuvre, une grande part au tournoi qui se donna à Trèves devant l’empereur Conrad. C’est en cette solennité que nous voyons pour la première fois arborer les armes des Rodemack, qui portaient un écu fascé d’or et d’azur à six pièces.

Il paraît que ce seigneur se contenta de son château de Rodemack et céda son fief de Heicinga à Gérard d’Alsace, duc de Mosellane. Celui-ci en fit cadeau en 1067, à l’abbaye d’Echternach, par une charte datée du château de Sircke (Sierck). C’est ainsi que les religieux d’Echternach se trouvèrent posséder, au onzième siècle, tout le territoire dépendant de Berg, d’Eising et environnant le ruisseau du Rothinbach.

De leur côté, les religieux de Saint-Maximin de Trêves augmentaient leurs domaines par les donations, en 963, d’Adespell (Aspelt), Eberinge (Evrange), Vilrsdor (Filstroff), Brisichi (Preisch) et en 996, de Dalaheim (Dalheim), Elvinga (Elvange} et en 1033, de Lutzelkirch (Usselkirch, près de Parth), Fuxemheim (Fixem). Les Bénédictins de Rethel en 1086, possédaient Gandera (Gandren).

Les moines d’Echternach firent construire, prés du ruisseau du Rothinbach, une église romane qui parut assez importante pour mériter d’être consacrée en 1143, par un légat du pape en personne, le cardinal de Sainte-Ruffine Théodwin. Cette église servit de temple paroissial aux serfs qui habitaient au pied du rocher de Rodemach et dans les métairies qui devaient devenir plus tard les villages de Berg, Gawiess, Fixem, Seming, Boller, Faulbach et Eysing.

En 1190, le propriétaire du château, Arnoldus de Rodemachra eut l’idée de bâtir une véritable forteresse à la place de la demeure de ses prédécesseurs. Les moines d’Echternach se voyant menacés d’une conquête, portèrent plainte, en 1191, à l’empereur Henri VI qui laissa faire son vassal.

En 1192, celui-ci fait figure en tête de la noblesse luxembourgeoise et il prend part aux principaux actes des comtes du pays. En 1199, il mariait sa sœur Béatrix de Rodemach avec Roger, comte de Castries. Son frère Ernfried de Rodemach, en 1209, faisait des actes de prouesse au tournoi de Worms, avec Christophe de Bitche, Ernest d’Hunolstein et Wolf de Zœtern.

Arnould de Rodemack figura en première ligne, en 1214, aux tournois qui eurent lieu à Luxembourg, pour le mariage de la comtesse Ermesinde. Quoique luxembourgeois à cause de son fief de Rodemack, Arnould n’en prit pas moins Tucquegnieux à titre de fief du comte de Bar.

Gilles ou Ægidius de Rodemack hérita de la seigneurie vers 1220. II se porta caution du prince de Bar fait prisonnier au mois de septembre 1233, aussi est-il traité par ce prince du titre de cher ami. Il signa comme témoin la charte d’affranchissement d’Echternach en 1236, en 1239 celle de Thionville, en 1244 celle de Luxembourg, et peut-être celle de Rodemack qui, à la même époque, dut être faite en commun par ce seigneur et l’abbé d’Echternach.

Cette dernière charte a disparu à la suite des guerres et des sièges qu’a supportés Rodemack. Mais il est admis par les écrivains luxembourgeois les plus accrédités que les habitants de Rodemack ont été affranchis. Ils sont décorés du titre de bourgeois dans les chartes du quatorzième siècle, et désignés comme formant une franchise, c’est-à-dire une commune affranchie.

L’obituaire de l’abbaye de Bonnevoie, près de Luxembourg, parle d’un Hugues de Rodemack, père d’une bien-faitrice du couvent, Frelsinde, décédée en 1248. Cet Hugues de Rodemack, frère puîné de Gilles Ier, prenait le titre de seigneur de Wiess, et il devint la souche de la branche de Wiess in gaw ou Gawiess. Pour célébrer l’anniversaire de sa fille, Hugues donna à l’abbaye, des terres situées à Wies in gaw.

Vers 1250, vivait Gilles II de Rodemack, qui épousa une riche dame, dont on ne connaît que le prénom de Sophie.

Son oncle, Hugues de Wies, avait fini par léguer, en 1277, tous ses biens de Gawiess à l’abbaye de Bonnevoie. Voyant ces beaux domaines lui échapper, Gilles II déclara nulle la donation comme portant sur des biens qui dépendaient de sa seigneurie. Les religieuses de Bonnevoie s’adressèrent au comte de Luxembourg, Henri III, qui leur donna gain de cause.

Pour témoigner toute absence de ressentiment à leur égard, Gilles II plaça à Bonnevoie deux de ses filles, Julienne et Elisabeth de Rodemack, leur cédant en dot les dimes d’Itzig. De son côté, le comte de Luxembourg se montra bienveillant envers Gilles II, dont il fit le justicier de ses nobles. C’est en cette qualité que nous le voyons signer un grand nombre de chartes, notamment une vente faite en 1288 à l’abbaye Notre-Dame de Munster de Luxembourg, de terres situées à Entringen.

En 1302, Ægidius ou Gilles II de Rodemacra miles, faisait foi et hommage, déclarant que son fief se composait de Rodemacra, Volebach, Semayne, Eungsein, Fuxingen, Wiess et Berg. On voit que les sires de Rodemack, comme l’avaient prévu les religieux d’Echternach, s’étaient rendus seigneurs et maîtres des biens et des gens du couvent. Celui-ci avait continué seulement à percevoir les dîmes afférentes à l’église paroissiale.

Gilles II, sire de Rodemack, transporta en 1302, son fief à son fils Gilles III. Il y eut alors vivant en même temps deux seigneurs de Rodemack portant le même nom. Aussi Gilles II prit-il désormais, dans les chartes, la qualification d’anciens sires de Rodemacre chevalier, et Gilles III, celle de signour Gilo le jone de Rodemacre. Ce dernier devint gouverneur de Luxembourg en 1312 et en 1314, il fit l’acquisition de la seigneurie de Pipenstorff (Pépinville), propriété de la famille de Roussy.

A la tête de la noblesse luxembourgeoise et de concert avec les prévôts de Luxembourg, Thionville, Arlon et Bitbourg, le 20 mai 1318, Gilles III de Rodemack cautionnait l’hypothèque que Jean de Bohême donnait sur Remich et les environs, à son oncle l’archevêque de Trêves, pour garantir des emprunts ruineux. C’est de cette époque que date l’affranchissement ou la confirmation de franchises de petites localités luxembourgeoises, telles qu’Esch, Koenigsmacker, Cattenom et vraisemblablement Rodemack.

Gilles III de Rodemack mourut vers 1325, laissant pour unique héritier, un frère du nom de Jean qui avait épousé Elisabeth, de Meilbourg, château situé prés d’Illange.

La dot opulente de cette riche damoiselle avait permis à Jean de Rodemack-Meilbourg, d’acheter en janvier 1320, les forges et les bois de la vallée de l’Orne dans la châtellenie de Briey. Il avait pour blason un écu d’or à trois pals d’azur à la bande de gueules chargée de trois besans d’argent, armoiries des cadets de Rodemack, que Jean ne tarda pas à répudier pour adopter celles des sires de Rodemack.

Non content de ses fiefs de Rodemack, Pépinville, Meilbourg, Jean Ier fit l’acquisition de la seigneurie de Chassepierre (Belgique), pour laquelle il fit ses devoirs près du comte de Bar, le 9 septembre 1333. Et le 18 novembre 1341, il achetait Briestroff (Breistroff-Grande) pour arrondir son domaine de Rodemack.

Ce chevalier fut un des plus hardis batailleurs de son temps. Nos chroniques le montrent partout, où il y avait un coup de lance à férir. En 1333, il vint attaquer les troupes de l’évêque de Metz à Saint-Avold, et il y perdit plus de quatre-vingts chevaliers qui restèrent prisonniers. Nous le retrouvons ensuite, en 1340, guerroyant à Bouvines avec Jean de Bohême. Il mourut vers 1345, laissant sa seigneurie à son fils Gilles IV, qui fut encore plus belliqueux que son père.

Riche, jeune, beau et puissant, ce nouveau seigneur de Rodemack obtint la main d’une petite-fille d’un connétable de France, Jeanne de Châtillon.

La seigneurie de Rodemack en fut délaissée au profit de celle de Chassepierre, où la jeune et brillante dame de Rodemack retrouvait les habitudes, la langue et les fêtes de son pays.

Un tournoi fut annoncé pour la veille de la saint Jean-Baptiste 1347, dans la grande ville de Reims. Gilles de Rodemack n’eut garde d’y manquer. Il fut peu heureux.

Des chevaliers plus agiles parvinrent à le désarçonner. Les bourgeois rémois huèrent le chevalier en désarroi. Gilles de Rodemack se relève furieux et promet de se venger en jurant sur sa part de paradis. Il jette son gantelet de fer dans l’arène, et son héraut d’armes déclare une guerre implacable aux manants et habitants de Reims qui redoublèrent leurs éclats de rire.

Rentré dans son manoir de Rodemack, Gilles organise une armée, et au printemps de 1348, il vint investir la ville de Reims dont les habitants n’osèrent plus sortir. Ils envoyèrent les principaux d’entre eux offrir leurs excuses à Gilles, qui resta insensible. Ils s’adressèrent alors au roi de France, qui sollicita en vain le sire de Rodemack de se retirer.

Les bourgeois de Reims crurent de recourir à l’ascendant de la religion. Ils envoyèrent en suppliant près de Gilles un prieur des Dominicains qui surprit le seigneur de Rodemack nu jusqu’à la ceinture, se flagellant avec ses gentilshommes en expiation de leurs péchés. Le Dominicain dut s’administrer des coups de fouet comme toute l’assistance, c’est là tout ce qu’il retira de son ambassade.

Gilles tenait à ce que les bourgeois lui fissent amende honorable. Chaque nuit ses soldats s’introduisaient dans la ville pour y piller et y faire des prisonniers. Le roi de France obtint cependant, le 28 janvier 1349, une trêve qui fut de courte durée. Enfin, par l’intermédiaire de Gaucher de Châtillon beau-frère du sire de Rodemack, fut conclu un traité par lequel on livra à Gilles certains bourgeois, pour en faire sa volonté, indépendamment de l’amende honorable que lui firent les maîtres des métiers et autres des plus suffisants des bourgeois de Reims.

Cette guerre mit en relief le sire de Rodemack, et il fut bientôt investi des principales dignités du duché de Luxembourg.

A la mort de son beau-frère Gaucher de Châtillon, s’éleva un long procès de succession qui ne se termina qu’en 1380, au détriment de Gilles. Il aurait fait appel du chef de son épée, s’il n’était pas mort quelque temps après.

Son jeune fils, Jehan de Rodemack, hérita de la seigneurie de ce nom. Il épousa Mahaut de Grancey, cousine des rois de France par sa mère Yolande de Bar, et il en reçut en dot les fiefs d’Ancerville, d’Esclaron-sur-Marne. Son frère Gilles avait reçu en apanage le fief de Pepinville, prés de l’embouchure de l’Orne.

Dans une île formée par le petit bras de cette rivière, appelée Ornel, Gilles fit construire un redoutable château-fort qui reçut le nom d’Ornelle. Le 20 mars 1411, il effectua sa reprise de fief pour ce château entre les mains d’Antoine de Bourgogne, duc de Luxembourg, du chef de sa femme Elisabeth de Gorlitz.

Gilles de Rodemack devint un des principaux chefs militaires du Luxembourg. Aussi les divers compétiteurs de ce pays, cherchèrent-ils à se l’attacher sans grand succès. Il mourut en 1428, laissant sa terre de Pépinville à son neveu Jean III de Rodemack, déjà très-riche par son mariage avec la belle Irmengarde de Boulay.

En 1429, il envoya une lettre de défiance aux Messins pour se plaindre de courses faites sur le territoire de Boulay, et il ravagea à son tour le pays. Au mois de septembre, les Messins prennent leur revanche et viennent au milieu de la nuit, piller la ville de Rodemack et les villages environnants. Ce n’est qu’en 1431 que la paix fut signée.

Jean de Rodemack s’en alla de nouveau guerroyer sous la bannière de René de Bar, duc de Lorraine, son parent, contre l’armée bourguignonne qui enveloppa les Lorrains à Bulgnéville, et les fit tous prisonniers, le duc en tête, le 2 juillet 1431. Tombé au pouvoir du maréchal de Bourgogne Toulangeon, l’infortuné sire de Rodemack fut conduit dans les prisons de Dijon, et il acheta sa liberté au prix de 18 000 florins, dont trois amis garantirent le paiement. Il rentra à Boulay et à Rodemack, où il fit des concessions de prérogatives aux corporations de métiers pour battre monnaie.

Le duc de Lorraine n’avait pu payer que 12 000 florins pour lui. Jean de Rodemack vint mourir de la peste à Metz, le 1eroctobre 1439, laissant à son fils Gérard le soin de payer ses dettes. Il se laissa actionner en justice. Il réclama près du duc de Lorraine qui lui donna en fief le village de Mellinck (Malling) prés de Sierck. Pour payer sa rançon et celle de ses chevaliers, René avait emprunté de fortes sommes aux bourgeois messins. Voulant forcer ceux-ci à solder son compte, il leur déclara la guerre le 10 septembre 1444, et le sire de Rodemack prit du service dans son armée. Il était alors aux abois pour payer la rançon de son père, il vendit ses beaux domaines d’Esclaron et d’Ancerville.

Il fit de nombreux voyages en Allemagne et en France, ne sachant sous quel prince servir dans la guerre qui était imminente entre Louis XI et Maximilien d’Autriche. Il se décida pour le roi de France et mal lui en prit. Le prince de Chimay, gouverneur de Luxembourg, vint surprendre le fort Ornelle le 15 octobre 1479, et il força le sire de Rodemack à capituler après vingt-quatre heures d’attaque.

Le château d’Ornelle fut remis à la garde de Louis de Chinery, seigneur de Lagrange près Thionville. L’année suivante, Maximilien s’emparait des châteaux de Differdange et d’Hespérange, propriétés du sire de Rodemack, et les faisait démolir. Le 6 septembre 1483, la paix fut signée entre Maximilien et le sire de Rodemack. Mais celui-ci ayant renoué ses intrigues avec le roi de France, fut déclaré de nouveau félon le 8 janvier 1483, et tous ses biens décrétés de confiscation.

Ce qui n’empêcha pas le sire de Rodemack et son parent, Georges de Virnembourg, de rester l’un à Rodemack l’autre à Richemont et d’en sortir pour piller les pays environnants. Les Messins, les Lorrains, les Luxembourgeois formèrent une alliance le 18 mai 1483, et ils vinrent assiéger à la fois Rodemack et le fort Ornelle. Après bien des péripéties, il fallut capituler. Mais les sires de Rodemack et Georges de Virnembourg avaient eu soin de quitter les forteresses, quand la résistance était devenue impossible.

Rodemack et Ornelle furent jetés par terre, et les assiégeants se partagèrent toutes les nippes, les denrées et les ustensiles qu’y avaient réfugiés les paysans.

Georges de Virnembourg rentra en grâces près de l’empereur en 1485, et Gérard de Rodemack revint au milieu de ses propriétés relever le château de Rodemack de ses ruines, ce qu’arrêta le duc de Lorraine.

Mais Gérard, quoique dépossédé, avait fait autoriser par Maximilien, son petit-fils Bernard, comte de Mœrs, à relever le nom et les armes des Rodemack, et il lui avait cédé tous ses droits le 6 mars 1485. Bernard prit dès lors le titre de jeune comte, sire de Rodemack et de Boulay.

Il suivit les errements de son aïeul et leva l’étendard contre l’empereur qui, se trouvant à Metz le 15 novembre 1492, déclara confisqués pour cause de félonie les châteaux, terre, seigneuries de Rodemack, Boulay, Richemont, Hesperanges, Useldanges, et les attribua à son oncle Christophe, marquis de Bade, gouverneur général du duché de Luxembourg.

Bernard alla habiter Boulay, refusant l’hospitalité à sa mère qu’il accusait, avec son aïeul paternel Vincent de Mœrs, d’être la cause de sa ruine, ainsi que son beau-frère Guillaume de Vianden. Il mourut de chagrin à l’âge de vingt-cinq ans, et sa mère, après la vie la plus errante, céda ses droits sur Boulay au duc de Lorraine, en échange d’une pension viagère assignée sur l’octroi de la ville de Sierck.

Christophe devint, en 1503, margrave de Bade. Représenté par un bailli, il cessa de faire de longs séjours à Rodemack, qui désormais porta les armoiries de Bade qui sont d’or à la bande de gueules, ayant au centre l’écu de Rodemack. Les héritiers de Bernard, le dernier sire de Rodemack, essayèrent de rentrer en possession du castel de leur famille.

En 1514, Robert de la Marck essaya en vain de surprendre le château de Rodemack, et il rançonna les gens de Richemont.

Christophe de Bade mourut le 15 avril 1527, laissant trois fils. Lorsqu’ils voulurent s’allouer la seigneurie de Rodemack, ils en furent empêchés par les petits-neveux de Bernard, qui avaient obtenu de la cour des nobles de Luxembourg, une sentence qui leur restituait la terre de Rodemack. Cette sentence se vit annulée par la Cour de Spire dont la compétence fut déclinée. L’empereur renvoya le litige, en 1531, devant le grand conseil de Malines. Le procès durait encore en 1552, sans qu’aucune des parties ne fût en possession du château de Rodemack.

Le duc d’Orléans s’en était emparé en 1543, et y avait mis une garnison française qui y séjourna plus d’une année. Rendue à l’empire par le traité de Crespy en 1544, Rodemack tomba de nouveau au pouvoir des Français en 1551, qui faisaient grand cas de ce poste, suivant un document contemporain.

L’empereur voulait le rendre aux princes de Bade, mais après l’avoir démantelé, ce qui n’eut pas lieu cependant, et en 1556, Bernard, margrave de Bade, s’y installait. Mais les troupes du duc de Guise, en 1558, vinrent troubler sa quiétude. Rodemack fut pris d’assaut après une brèche ouverte contre la principale tour du château.

Restitué à l’Espagne en 1559, Mansfeld, gouverneur de Luxembourg, donna Rodemack en fief aux descendants des anciens seigneurs, ce qui fut contesté en 1563 par le comte de Bade Philibert, qui prit possession effective du château et de la seigneurie.

Son fils Christophe introduisit la religion luthérienne dans Rodemack et y mourut le 2 août 1575. Son corps embaumé a été retrouvé en 1782 dans les caveaux de l’ancienne église. Il était intact, portant des bottes à l’écuyére, un pantalon de peau jaune, un gilet de velours rouge en soie, un habit à basques vert, avec le cordon de sa décoration de margrave, et des manchettes.

Ses fils Edouard et Philippe furent co-seigneurs de Rodemack.

Herman Fortuné leur succéda vers 1600. Il épousa Antoinette de Créhange en 1627 et laissa un fils, Herman Fortuné, qui épousa Marie Sidonie, comtesse de Falkenstein. Leur mausolée se voit encore aujourd’hui dans l’église de Rodemack. Il consiste en une plaque de marbre noir portant entre deux colonnes une inscription qui indique les vertus, les titres des défunts, l’année de leur mort (1665 et 1671). Au-dessus, ils sont agenouillés et se faisant face.

Herman est représenté en costume de chevalier bardé de fer, Sidonie en costume de douairière, un chapelet à la main. Ils prient au pied d’une croix portant le Christ peint sur la pierre. Les têtes de chacune de ces statues de pierre semblent avoir été des portraits et elles font mal augurer de la beauté des traits des seigneurs de Rodemack. Herman jouissait d’un grand nez qu’ombrageaient des moustaches, sa femme avait une expression un peu dure.

Ces seigneurs, quoique enterrés à Rodemack, y firent des séjours très tourmentés. Ils s’éloignèrent devant l’invasion suédoise, en 1636. En 1639, les Français, commandés par Feuquières, s’emparaient du château et y mettaient garnison dans l’intention de faire le siège de Thionville. Le même fait se représenta en 1643, de la part de l’armée de Condé.

En 1656, Rodemack et son château restaient occupés militairement. L’administration française s’empressa de s’enquérir des ressources du pays et elle constata qu’avant la guerre de trente ans, la ville et la franchise de Rodemack comprenaient cent dix ménages, mais qu’à cette heure ils n’étaient plus que quarante, et avaient perdu tous leurs biens communaux.

La commune de Gawies, de trente feux, était réduite à dix-huit. Celle de Fixeim de vingt-deux à quatre, celle de Berg de quinze à trois, celle de Haute Kuntz de quinze à deux ; celle de Faulbach de dix-huit à deux, celle de Dodenhoven de dix-sept à quatre ; celle de Rentgen (basse) de six à quatre, celle de Rentgen (haute) de dix à trois ; celle de Zouftgen, de quarante à douze, celle de Kanfen de trois à deux ; celle de Breistroff de douze à dix, celle d’Hymling de dix à deux, celle d’Altwiess, de cinq a deux. Enfin le village de Gandren n’avait plus d’habitants, un pâtre nomade y résidait.

Le traité des Pyrénées, en 1659, conserva à la France la possession de Rodemack et de sa seigneurie, mais elles furent restituées quelque temps après.

En 1667, le comte de Créqui s’en empara, ainsi que des châteaux de Roussy, Preisch et Puttelange. Les Français rendirent Rodemack à l’Espagne par le traité d’Aix-la-Chapelle, le 2 mai 1668. Raville, seigneur de Puttelange, le 11 novembre 1669, à la tête d’une poignée d’hommes, se rendit maître de nouveau de Rodemack. Mais il fallut de la part des Français désavouer ce hardi coup de main pour revenir, le 30 décembre 1678, occuper de nouveau Rodemack, ce que légitima le traité de Nimègue en 1679.

Les bourgeois de Rodemack prêtèrent serment au roi de France, et le château fut occupé par une forte garnison. Rodemack resta définitivement une ville française, le château et ses dépendances furent rendus aux princes de Bade sous la condition de foi et hommage et à la charge de supporter dans leur château une garnison française. Le bailli fut maintenu dans son droit de juridiction, sauf appel, au conseil de Luxembourg.

Le 3 mai 1685, la douairière Marie-Françoise de Bade faisait sa reprise pour le fief de Rodemack, ce que répéta son fils le prince Louis de Bade, le 17 octobre 1707, et Sibille, la veuve de celui-ci, le 11 mars 1716, au nom de leurs deux enfants Louis et Auguste.

Le premier fit acte de vasselage, devenu majeur le 7 mai 1749. Son fils Auguste George l’imita le 29 juin 1762. C’est Charles-Frédéric, margrave de Bade, qui exécuta la dernière reprise pour le fief de Rodemack, le 25 mars 1782.

Le maréchal de Belleisle attachait une grande importance militaire à la situation de Rodemack, dont le château commande au loin de vastes plateaux, et surveille à la fois les avenues de Trêves et de Luxembourg.

En 1737, le château de Rodemack fut fortifié à nouveau. On l’augmenta de façon à couvrir toute la ville. On conserva le donjon, on creusa plusieurs bastions et on répara les tours jumelles de la porte d’entrée, les tours Boncour, Reaville et Janus.

Pour la clarté du récit, nous avons indiqué la série successive des divers seigneurs qui ont possédé Rodemack, à commencer par l’abbaye de Fulde et à finir par les princes de Bade et les rois de France. Nous avons peu parlé des habitants jusqu’à présent, et cependant leur place est marquée aussi dans l’histoire, à côté de leurs seigneurs.

Réduits au servage dans les premiers siècles de la monarchie franque, les habitants des rives du Rothinbach s’adonnèrent à la culture des terres. Les métairies devinrent des villages qui dépendaient de la mère-église érigée par les religieux d’Echternach et rebâtie par eux en 1143, au pied du château de Rodemack.

Avec le XIIIe siècle, les habitants de Rodemack devenus industrieux, s’érigèrent en corps de métiers, et ils obtinrent le droit de se constituer en corps de bourgeoisie régi par un maire et sept échevins élus entre eux.

C’est alors qu’ils se créèrent en milice, qu’ils furent débarrassés des corvées, qu’ils eurent des biens communaux, et qu’ils entourèrent leurs demeures d’une enceinte de murailles avec tours, créneaux et mâchicoulis.

Ce système de défense existe encore de nos jours, et fait de la ville de Rodemack, un but de promenade des plus intéressantes pour les touristes et les antiquaires. La ville a encore deux portes protégées par deux tours rondes. Au-devant, existait un pont-levis qui franchissait un fossé plein d’eau alimenté par le ruisseau, le Rothinbach. Il enveloppait presque toute l’enceinte.

Le maire de Rodemack prenait le titre de Schnox-mayer. Le maire et les sept échevins tenaient plusieurs fois par an les plaids annaux, où l’on proclamait les droits du seigneur, ceux des bourgeois, et où l’on jugeait les procès pendants entre les habitants sur la poursuite d’un échevin nommé justicier.

Un hôtel de ville servait aux séances du corps municipal. Un marché se tenait tous les vendredis sur la principale place de la ville, en face de la maison commune.

Les bourgeois de Rodemack adoptèrent les armoiries de leurs seigneurs, l’écu d’or à trois fasces d’azur, sans qu’on puisse remarquer l’emploi d’un sceau communal. Ils eurent le droit de porter des armes et en échange, ils devaient monter la garde ssur les murs de la ville et faire le guet au donjon du château. Le droit de chasse et de pêche leur était interdit.

Ils avaient près de leur ville un bois communal appelé le bois de la franchise, dans lequel les habitants avaient les droits d’usage les plus étendus.

Tout francs hommes qu’ils se disaient, les bourgeois de Rodemack étaient astreints aux banalités du four, du moulin, du pressoir, qui, avec le droit perçu sur chaque nouvel habitant, constituaient les seuls impôts du pays.

Le premier dimanche de carême, les bourgeois s’assemblaient en armes à l’entrée du château, en la place appelée le lieu des bures Ceux qui avaient été reçus bourgeois dans l’année apportaient chacun un petit fagot ou bourrée et le jetaient au milieu du feu allumé sur cette place. Il prenait ainsi droit de bourgeoisie.

Les bourgeois de Rodemack avaient le droit d’aller couper du bois à discrétion dans la forêt de Soufftgen, en payant au forestier trois gros par arbre, et tous les vendredis, ils pouvaient y prendre du mort-bois à leur convenance, en payant un demi bayer par voiture. Seulement les cultivateurs de Rodemack devaient aux quatre-temps charrier trois voitures de bois pour le four banal.

Ces prérogatives étaient spéciales aux bourgeois de Rodemack. Les manants de la seigneurie qui peuplaient les villages voisins, n’en restèrent pas moins assujettis aux durs devoirs de la glèbe, corvées, prestations, redevances.

Tous les laboureurs y étaient tenus à voiturer le bois au château de Rodemack depuis Soufftgen, tous les manœuvres étaient tenus de façonner ce bois, soit pour le charronage, soit pour le chauffage. En retour, ils avaient chaque vendredi le droit de prendre une voiture de bois-mort et de mort-bois.

Les gens de Rodemack, qui étaient tenus de mener les filets de chasse au château, avaient de plus droit au bois de merrein et de charpente. Les cultivateurs de Basse-Rentgen étaient tenus de conduire chacun une voiture de vin de la Moselle depuis la Moselle jusqu’au château de Rodemack.

Enfin, ces manants étaient tous justiciables du bailli de Rodemack, qui avait droit de les faire pendre, exposer au pilori, soumettre à la question, rouer vif, etc. Les salles d’audience étaient au château, ainsi que les cachots et les oubliettes.

Lorsqu’il y a quelque criminel au dit Rodemacher, dit une charte, pour être fouetté ou autrement exécuté, tous les habitants de la dite mairie, tant de serviles conditions qu’autres, sont obligés de paraître avec leurs armes, de conduire le dit criminel au gibet et d’y rester jusqu’à la fin de l’exécution.

Les manants des villages étaient tenus de rompre la glace des étangs pour la glacière du château et de les réparer avec des fascines. Les gens de Dodenhoven étaient obligés de mener à Rodemack, pour la Fête-Dieu, des arbres couverts de feuillages pour les reposoirs, ceux de Faulbach devaient apporter des roseaux pour joncher le sol où passait la procession du saint sacrement.

Le premier vendredi après la Pentecôte, les gens du pays étaient tenus d’aller à Kontz, en armes, pour faire garder la Moselle, et servir d’escorte aux pèlerins qui se rendaient à la Chartreuse de Rettel.

Les gens de servile condition de Simming, de Fixem, devaient au seigneur des poules, des œufs et un cabri, et dans tous les villages, on devait payer le schaft ou l’impôt de servage.

Telle était la position sociale des gens du pays de Rodemack, quand éclata la révolution. Elle y fut accueillie avec une ardeur frénétique, qui se traduisit en expulsion de tout agent fiscal. Les femmes crièrent aux loups ! contre les employés de la gabelle, qui s’enfuirent en sautant par dessus les murs de la ville. La loi martiale fut proclamée, et tout rentra dans l’ordre.

Quand, en 1792, l’armée étrangère s’avança, commandée par le duc de Brunswick, Rodemack avait pour défenseurs 250 hommes d’infanterie, une brigade de douaniers et deux bouches à feu, sous les ordres du lieutenant-colonel Laharpe.

Tout à coup, le fort est enveloppé par un corps d’armée. Laharpe rassemble sa garnison et avouant que la résistance est impossible, il obtient de ses hommes la promesse de se faire sauter avec le fort, quand les munitions seront épuisées. Tous jurèrent. Parmi ces braves, figuraient le futur maréchal Brune, alors sous-lieutenant, et le futur duc d’Arbrantès alors simple sergent sous le nom de Junot. Les Prussiens s’approchent des murailles, et ils se retirent précipitamment laissant 300 des leurs sur le sol. Attiré par la fusillade, le maréchal Luckner accourt délivrer Rodemack, et il fait évacuer le fort, après en avoir emporté toutes les munitions.

Le 5 fructidor an IV, Charles-Frédéric, margrave de Bade, céda au gouvernement français tous ses droits sur les seigneuries de Rodemack et d’Hespérange.

Vendu à des particuliers en 1811, le fort de Rodemack fut racheté par le gouvernement en 1815. Il était remis en état de défense, quand reparurent les colonnes ennemies.

Il avait pour garnison deux bataillons de gardes nationaux de la Meurthe, et un bataillon de la Moselle avec quelques douaniers et un détachement d’artillerie. Six jours après Waterloo, un corps d’armée prussien sortait de Luxembourg et venait investir Rodemack.

A trois heures du matin, le 25 juin, dix mille hommes, avec dix pièces d’artillerie, de la cavalerie, un énorme train d’équipages, étaient rangés en bataille, à environ cent mètres du front de la forteresse qui regarde Rentgen et Preisch.

La garnison de Rodemack n’avait à leur opposer qu’une pièce de marine sur affût fixe et un petit canon de campagne. Les Prussiens s’avancent à rangs serrés, la pièce de marine fait merveille et enlève les soldats par file, tandis que plusieurs gardes nationaux, tireurs distingués, notamment monsieur Tailleur de Thionville, et le caporal Prugneaux, visent aux chefs et ne manquent jamais leurs coups. Derrière eux, on charge les fusils, et ils ne font que tirer. Déjà l’ennemi est près des remparts. La porte donnant sur la campagne est criblée de boulets, une chaîne du pont-levis est brisée, l’autre tient bon par miracle.

Le petit canon de Rodemack tire à mitraille, la pièce de marine est portée à bras, elle fait feu à son tour bientôt on voit les Prussiens se débander et après plusieurs attaques se retirer laissant sur le terrain 500 morts et emportant un millier de blessés. Les Français avaient perdu un sergent et comptaient six blessés.

Tel est le dernier fait d’armes accompli à Rodemack.

Les étrangers ne l’oublièrent point, et ils imposèrent à la France sa démolition. Toute la partie regardant Luxembourg a été démantelée en 1821. La sécurité des habitants de la ville a empêché qu’on en fit de même pour l’autre partie des fortifications qui subsistent, abandonnées mais produisant un effet très pittoresque dans le paysage.

Le château a été vendu à des particuliers. Aujourd’hui, ses souterrains et ses tours servent de dépendances à la brasserie de monsieur Vagner, dont la bière bavaroise jouit d’une grande réputation.

Espérons pour cette intéressante petite ville située en pays fertile, sur un cours d’eau, au milieu de terrains riches en pierres à bâtir, espérons qu’il lui sera donné de revoir les jours de splendeur qu’elle a traversés, quand elle était la capitale d’une seigneurie.


Archive pour 5 janvier, 2011

L’oiseau national de la Lorraine

Blason Nancy

 

D’après une légende parue dans la revue « Le Pays Lorrain » en 1905.

Quand par les premières brumes d’octobre, un peu avant l’hiver, le pauvre prolétaire s’en vient chercher dans la forêt sa chétive provision de bois mort, un petit oiseau s’approche de lui, attiré par le bruit de la cognée. Il s’ingénie à lui faire fête en lui chantant tout bas ses plus douces chansonnettes. C’est le rouge-gorge, qu’une fée charitable a député vers le travailleur solitaire pour lui dire qu il y a encore quelqu’un dans la nature qui s’intéresse à lui.

Quand le bûcheron a rapproché l’un de l’autre les tisons de la veille engourdis dans la cendre, quand le copeau et la branche sèche pétillent dans la flamme, le rouge-gorge accourt en chantant pour prendre sa part du feu et des joies du bûcheron.

Quand la nature s’endort enveloppée dans son manteau de neige et n’a plus d’autre voix que celle de la bise qui mugit et s’engouffre au chaume des cabanes, un petit chant flûté, modulé à voix basse, vient protester encore, au nom du travail créateur, contre l’atonie universelle, le deuil et le chômage.

C’est toujours le chant du rouge-gorge disant qu’il n’est pas de saison morte pour l’ouvrier laborieux et que le travail attrayant se rit de la rigueur des frimas. Et l’oiseau frappe de son bec aux vitraux de la pauvre masure, pour lui demander asile, comme la fée des contes, et rappeler à l’homme les devoirs de l’hospitalité.

Toussenel, qui a écrit ces lignes charmantes, connaissait bien l’aimable petit oiseau, auquel elles s’adressent. Il a assez dit et redit que celui que la Légende a illustré, était le consolateur du pauvre, l’oiseau du bon Dieu et la plus noble des créatures ailées. Il ajoute que la nature du rouge-gorge l’entraîne vers ceux qui souffrent.

Le récit que le lecteur va lire lui prouvera certainement que, sur ce dernier point notamment, l’auteur de l’ornithologie passionnelle ne s’était pas trompé.

L’origine des armes de la capitale de la Lorraine parait attribuée à la grande victoire que le duc René II remporta, le 5 janvier 1477, sur Charles le Téméraire.

Les armes de Nancy sont : « Coupé : Le chef aux pleines armes de Lorraine, la pointe d’argent à un chardon de sinople ». En voici la signification en langage « vulgaire » : une ligne horizontale divise l’écusson en deux parties égales. En haut, sur fond d’or, apparaît une bande transversale rouge (de gueule) sur laquelle sont étendus trois oiseaux héraldiques aux ailes éployées (alérion). En bas, sur champ d’argent, figure un chardon aux feuilles piquantes et à la fleur purpurine » (Qui s’y frotte s’y pique !), le tout avec cette fière devise « Non inultus premor ! ».

Il est nécessaire d’ajouter qu’au moment où l’on créa cet écusson, la bande écarlate était absolument unie et ne portait par conséquent pas les trois oisillons qu’on remarque aujourd’hui.

Voici dans quelles circonstances cette lacune fut comblée.

Stanislas le Bienfaisant venait de faire appel au talent d’un des meilleurs artistes de sa capitale pour peindre l’écusson nancéien au-dessous de l’horloge de la cathédrale. Il assistait lui-même à ce travail et guidait l’ouvrier dans sa tâche.

Le chef d’œuvre était sur le point d’être terminé quand un rouge-gorge, que la curiosité avait attiré en cet endroit, se mit à voltiger autour du peintre en poussant ce petit cri métallique que les forestiers appellent « pétillement » et qui dénote l’étonnement chez l’oiseau.

On était au cœur de l’hiver. Le blanc manteau couvrait les campagnes et la ville de Nancy. Pendant que l’artiste lorrain profitait de quelques rayons de soleil pour mener à bien la tâche qui lui avait été confiée, trois chardonnerets, mourant de faim et exténués, avaient franchi la distance qui sépare les Fonds de Toul des terrains vagues où s’étend aujourd’hui la Pépinière. Ils avaient bien cherché, par ci par là, quelques chardons ou quelques brins de plantain oubliés, mais en vain.

Les infortunés venaient de tomber sur une brindille qui surgissait de l’épaisse couche de neige. On aurait dit de superbes fleurs animées au milieu de cette désolation. Leurs ailes d’or abattues et leurs jolies têtes tournées vers le ciel d’un bleu intense, ils n’attendaient plus que les rigueurs de la nuit glaciale qui allait probablement mettre un terme à leurs souffrances. Aussi poussaient-ils de petits cris plaintifs et argentins.

Soudain, un pétillement semblable au bruit que fait le sarment dans la flamme, se fit entendre. C’était un mignon petit oiseau tout ébouriffé, la poitrine marquée d’un coeur orangé, qui les regardaient avec ses grands yeux sympathiques.

Jean Rouge-Gorge, car c’était lui, s’approcha en faisant sa petite révérence et adressa aux trois pauvrets le dialogue ci-après : « Amis pourquoi désespérez-vous ? Croyez-vous donc que la saison cruelle ne finira jamais ? Ne songez-vous pas que bientôt viendra le moment où le prunier et le cerisier en fleurs abriteront vos petites familles ? C’est alors que vous ne penserez plus aux mauvais jours. Réagissez plutôt et faites comme moi, qui suis toujours en mouvement et qui me réconforte par l’espérance ! Serrez-vous la nuit les uns contre les autres et vous lutterez bien mieux contre le froid qui donne la mort. Allez, écoutez-moi et vous verrez encore les splendeurs du renouveau ! ».

« Mais, interrompirent les chardonnerets, nous mourons de faim. Nous arrivons de la forêt de Haye et nous n’avons pas trouvé un seul chardon à éplucher ».

« Eh bien ! Je vais vous donner un conseil, mes pauvres amis, répliqua Jean Rouge-Gorge. Allez donc visiter tous les jardins des faubourgs de Nancy et des villages environnants. Vous y découvrirez bien quelque graine de pavot, de salade ou d’autres végétaux. Et qui vous empêche, comme vos cousins les verdiers et les pinsons, des malins ceux-là, de demander un peu de leur pâtée aux volailles de la fermière et aux chiens du propriétaire ? C’est une charité qui ne vous sera certes pas refusée mais il faut vous secouer ! Et puis cette neige finira bien par disparaître et vous retrouverez de quoi vivoter en attendant le bon temps. Au fait, je vais vous rendre immédiatement un petit service d’ami ; en me promenant tout à l’heure du côté de la cathédrale, j’ai aperçu un magnifique chardon qui a poussé par hasard au-dessus du portail ! Courez-y et vous trouverez là, le souper tout préparé pour ce soir ».

Cela dit, maître Rouge-Gorge disparut en faisant entendre : Sisri ! Sisri ! Sisri !

Les trois jolies bestioles, réunissant ce qui leur restait de forces, prirent aussitôt leur envol et réussirent à gagner la basilique au moment où l’artiste venait de donner une dernière couche de peinture à la bande située au dessus du symbolique chardon. A la vue de la plante de prédilection, nos trois héros, entraînés par leur élan, qu’ils avaient mal calculé, vinrent précisément se heurter contre ladite bande.

Qu’arriva-t-il ? La peinture formant glu, adhéra tellement à leur plumage qu’ils n’eurent pas la force de se dégager. Ils restèrent fixés à l’écusson.

Au comble de l’étonnement, l’artiste en référa séance tenante au Duc. Ce dernier, émerveillé du plumage de nos amis, voulut dès lors, qu’ils fussent représentés, les ailes étendues, sur son écusson.

C’est ainsi que le chardonneret devint l’oiseau national de la Lorraine. Stanislas prit les étourdis et les mit dans une cage dorée qu’on peut voir encore aujourd’hui, dit-on, au musée lorrain. Ses pensionnaires devinrent familiers en très peu de temps et, oubliant la liberté, ne regrettèrent pas d’avoir suivi l’humain mais malencontreux conseil qui leur avait été donné.

Jean Rouge-Gorge dut être bien étonné, le lendemain matin, quand il vit le portrait de ses obligés fixé, grâce à lui, à la place d’honneur de la capitale de la Lorraine. Il en fut heureux et fier, mais non jaloux.

Et pourquoi en aurait-il été jaloux, étant donné la gloire qui rejaillit un jour sur lui et qui sera son éternel titre de noblesse ?

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