Les festivités à Lunéville en août 1761 et juillet 1762

Blason de LunévilleFeux d'artifice 

En 1761 et 1762, des festivités gigantesques eurent lieu à Lunéville, à l’occasion de la visite de Mesdames Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV. Mesdames étaient venues à Lunéville, saluer Stanislas, leur grand-père.

D’après la monographie « Essais historique sur la ville de Lunéville » de Guerrier – 1817

Mesdames Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV, vinrent prendre les eaux de Plombières, et voulurent en même-temps visiter leur grand-père chéri et la cour de Lunéville.

Leur arrivée étant fixée au 13 août, le roi de Pologne, dont l’empressement de revoir ses chères petites-filles, ne pouvait être égalé que par la tendresse qu’il avait pour elles, alla à leur rencontre trois heures plus tôt qu’elles ne devaient arriver. Il les attendit, avec une partie de sa cour, à quatre lieues de Lunéville.

Treize jeunes filles, dont l’une représentait Diane, et les autres, les Nymphes de sa suite, armées de flèches et de carquois, allèrent à deux lieues, dans les bois voisins de la route. Lorsque Mesdames parurent, Diane et ses Nymphes s’avancèrent, au bruit des cors-de-chasse, jusqu’à leur carrosse. Diane leur offrit du gibier. Ses Nymphes étaient dans un char décoré avec goût, elles se mirent à la suite de Mesdames jusqu’à Lunéville. A quelque distance de là, quatre-vingts jeunes-gens, en petit uniforme de chevaux-légers, reçurent Mesdames au bruit des timbales et des trompettes.

Quatre cents hommes, en uniforme gris, revers rouges, bordaient les rues, depuis l’entrée de la ville jusqu’au château. Ils avaient à leur tête une compagnie de grenadiers.

Les gardes-du-corps du roi de Pologne étaient rangés en bataille à la tête de toutes ces troupes. Les gardes à pied formaient une haie d’une grille du château à l’autre. Toutes les rues du faubourg et de la ville étaient illuminées et ornées de devises et d’emblèmes. Le château aurait présenté le plus beau coup d’œil, si un vent qui s’éleva, n’eût dérangé la symétrie de l’illumination, en éteignant ce qui y était exposé.

On avait construit, en face du château, un arc-de-triomphe qui lui servait de perspective.

Dans l’arc du milieu, qui formait une voûte, était un Bacchus d’une grandeur colossale, sur un tonneau élevé au-dessus d’un rocher factice. Il etait orné de lierre, tenait une coupe d’une main, et un raisin de l’autre. De chaque côté, étaient deux voûtes, où l’on voyait des fontaines de vin.

Il y avait une inscription latine, dont le sens était : « L’allégresse publique à l’arrivée de Mesdames de France ». Les tours de la Paroisse, qui sont très élevées, étaient illuminées avec beaucoup d’art, les chiffres de Mesdames étaient sur l’une et l’autre, celui du Roi était suspendu au milieu. Il partait de ces tours une quantité prodigieuse de fusées.

L’hôtel-de-ville se faisait remarquer par la multitude des lampions qui en décoraient la façade. On n’entendait partout que des cris d’allégresse mêlés au bruit confus de toutes sortes d’instruments.  Les cadets-gentilshommes avaient obtenu de Stanislas la permission d’établir une garde sous le perron de l’appartement de Mesdames. Il y avait tous les jours, un détachement de douze hommes avec un drapeau. La noblesse du pays vint rendre ses hommages à Mesdames.

L’après-midi, Mesdames allèrent voir le rocher, dont les figures exerçaient différents arts, et agissaient d’une manière si naturelle et si aisée, que les spectateurs y étaient trompés. L’eau était le principe caché de ces différents mouvements. On y voyait des moutons gravissant des rochers et broutant l’herbe - des béliers se frappant les uns les autres à coups de cornes et de tête - le berger jouant de la musette, son chien veillant sur le troupeau - un enfant criant dans son berceau – un autre qui le berce pour l’apaiser - des forgerons frappant en cadence sur un fer rouge - des scieurs de long, des charpentiers - enfin toutes sortes d’ouvriers travaillant si naturellement, que l’illusion était complète.

Mesdames admirèrent longtemps le jeu naturel de toutes ces figures, dont le peintre avait pris les modèles dans la bourgeoisie de Lunéville, qu’on reconnaissait aisément. Il y eut le soir un feu d’artifice devant l’appartement de Mesdames.

Le 15, l’infanterie et la cavalerie bourgeoises défilèrent sous les fenêtres de l’appartement de Mesdames, qui furent très satisfaites de leur belle tenue. Un char à la Chinoise fixa, pour quelque temps, leur attention. Le cocher, vêtu comme on représente les Chinois, avait la figure la plus grotesque.

Le 16, Mesdames dînèrent dans un très beau pavillon à l’Italienne, au-dessous duquel était une magnifique cascade. Les musiciens ordinaires du Roi y exécutèrent une pastorale, qui fut généralement goûtée.Vers la fin du repas, on annonça qu’un vaisseau paraissait sur le Canal qui était en face de la cascade, et qu’il portait pavillon hollandais. Mesdames se levèrent précipitamment et vinrent sur le balcon.

Ce vaisseau s’avançait lentement, on entendait un bruit confus d’instruments. On voyait beaucoup de monde, sans pouvoir distinguer la forme des habillements. Il aborda enfin au pied de la cascade, treize matelots, dont l’un était le chef, et douze matelotes, en sortirent deux-à-deux, et marchèrent en cadence. Chaque matelot avait une rame sur l’épaule. Cette troupe monta la double rampe dans le meilleur ordre, se forma aussitôt, et commença un ballet hollandais. Les figures, dessinées avec goût, furent exécutées avec la plus grande précision.

Le 18, la troupe de bergères d’Einville, qui avaient présenté la veille un agneau à Mesdames, arrivèrent dans un char de verdure. La messe fut précédée de la cérémonie du baptême du fils de M. de Clermont-Tonnerre, Gentilhomme de la Chambre du Roi, âgé d’environ trois ans. Le Roi de Pologne et Madame furent parrain et marraine. M. de Choiseul, Archevêque de Besançon, Primat de Lorraine et Grand-Aumônier du Roi, fit la cérémonie, à laquelle assista toute la Cour. A cinq heures, on se rendit dans la salle du bal. Mesdames l’ouvrirent par une contre-danse, il finit à huit heures.

Le 19, à l’issue de la messe, Mesdames montèrent en voiture pour aller dîner à Chanteheux, pavillon d’une forme élégante, à une demi-lieue de Lunéville, servant de perspective au château, d’un goût, d’une magnificence et d’une architecture dignes de l’attention des curieux. L’intérieur répondait parfaitement à l’extérieur. Tout y était recherché, mais avec une aisance qui ne faisait pas trop sentir la supériorité de l’art. L’escalier était d’une hardiesse étonnante, c’était un chef-d’œuvre en ce genre. La milice bourgeoise, tant cavalerie qu’infanterie, forma une haie le long de l’avenue.

Une troupe de jeunes filles du village de Chanteheux, habillées en bergères, vinrent, en chantant, à la rencontre de Mesdames. La plus élégante leur présenta un agneau orné de rubans. Après le dîner, toute la Cour revint au Château. Ensuite elle se rendit à la comédie. L’illumination précédente avait frappé Mesdames. Elles témoignèrent le desir d’en voir une seconde, ce qui fut exécuté à leur grande satisfaction.

Le 21, comme le Roi de Pologne était dans l’usage de se priver de musique le vendredi, Mesdames ne voulurent point qu’on intervertît pour elles l’ordre ordinaire. Ainsi, il n’y eut pas de fête ce jour-là. Pendant le souper, une Dame allemande pinça supérieurement de la harpe en s’accompagnant de la voix. Dans les intervalles où elle se reposait, une symphonie allemande se faisait entendre sous les fenêtres de la salle à manger, et continua sous celles de l’appartement de Mesdames.

Le 22, Mesdames dînèrent à la Chinoise. On fit jouer toutes les eaux, tant de la grotte que des fontaines du Salon. Les eaux qui jaillissaient dans les Bosquets, y étaient amenées par une double file de tuyaux, depuis l’étang de la Fourasse, sur une longueur d’environ 1750 toises de France. Cette file est détruite.

Le surtout, qui faisait l’ornement de la table, était un morceau très curieux. Les eaux jaillissaient de toutes parts et prenaient différentes formes, sans s’écarter de la direction qu’on leur donnait. Stanislas, qui avait imaginé ces sortes de surtouts, en avait dans toutes ses maisons de plaisance.

La table était aussi une pièce très curieuse. Dès qu’on avait desservi, il sortait de dessous terre, une autre table, sur laquelle on voyait des paysages, des maisons, des arbres, des bestiaux, des parterres garnis de fleurs naturelles, des rivières. Enfin tout ce qu’on peut rassembler de plus frappant pour former un paysage agréable. Le tout était en porcelaine assortie au surtout qui ne variait point.

Il y avait, dans ce salon, deux fontaines qui en faisaient l’ornement. Plusieurs oiseaux de grandeur naturelle, des conques marines, des cancres, et d’autres figures jetaient de l’eau dans différentes directions. Des bergers, placés au bord, sur des rocailles, jouaient de la flûte. Tous les animaux, ainsi que les coquilles, étaient dorés, et l’ensemble faisait un très beau coup d’œil.

Ce Salon était toujours extrêmement frais, parce que, outre les eaux, tant du surtout que des fontaines, il y avait, au lieu de vitres, un tissu de canne, qui permettait à l’air de circuler. Vis-à-vis de la porte, sous une espèce de vestibule, on voyait une fort belle grotte de rocaille, faite en cascade, où toutes sortes de figures jetaient de l’eau dans les différents bassins, ce qui faisait une très belle perspective.

Le Roi, qui joignait beaucoup de galanterie à tout ce qu’il faisait, voulut ménager à Mesdames le plaisir de la surprise. Il les avait bien prévenues qu’on souperait à Chanteheux, mais il ne leur avait pas parlé de l’illumination qui eut lieu, et qui fut la plus belle et la mieux entendue qu’on eût encore vue. L’idée qu’on pourrait en donner, serait toujours fort au-dessous de la réalité.

Qu’on se figure un espace d’une demi-lieue, (depuis la grille du Champ-de-Mars jusqu’à Chanteheux) dont une partie était occupée par des jardins , des bosquets, des jets-d’eau, des statues , des vases, etc. et l’autre partie, par une avenue d’arbres, au milieu de laquelle régnait, dans toute la longueur , une charmille taillée à hauteur d’appui, avec des boules également espacées, aboutissant à un gros pavillon carré, ayant une double galerie en dehors, des portiques soutenus par des colonnes avec des bas-reliefs.

La grande allée de marronniers, qui conduit à la grille des Bosquets, était éclairée par des lustres faits exprès, placés à chaque deuxième arbre. Le bassin qui était à l’extrémité, orné des quatre saisons couchées sur des piédestaux, était garni avec beaucoup d’ordre. Les corniches, les panneaux et les soubassements de ces piédestaux, étaient merveilleusement exprimés, de même que ceux des vases et des statues qui ornaient ce vaste jardin, dont le nombre était considérable.

Enfin, rien n’était oublié pour rendre cette fête la plus belle et la plus galante qu’on pût imaginer. L’Intérieur du Salon, qui était d’une magnificence inexprimable, était éclairé avec tant de soin, qu’on s’imaginait être dans le palais de la Fée Lumineuse. L’infanterie bourgeoise formait une haie, et la cavalerie accompagna Mesdames d’une grille à l’autre. Il y avait, près de Chanteheux, un camp qui présentait une seconde illumination. Des feux de toutes parts dans la campagne, plusieurs maisons de riches particuliers illuminées, les clochers des environs paraissant tout en feu. Chacun tâchait d’exprimer de son mieux son zèle et son amour pour le bon Stanislas et ses illustres petites-filles.Le 23 après-midi, il y eut un Te Deum en musique, dans l’Église Paroissiale, pour l’heureux rétablissement de Madame. Le Roi y assista avec toute sa Cour. Mesdames voulurent y aller à pied, par bonté pour le peuple, qui témoignait le plus grand empressement de les voir. La milice bourgeoise formait une haie jusqu’à l’église. Les acclamations furent continuelles. Mesdames revinrent à pied au Château.

Le premier valet-de-chambre du Roi, qui s’était déjà distingué par les soins qu’il s’était donnés pour former la troupe de matelots et par le char à la Chinoise, se distingua encore dans cette occasion. Il avait rassemblé une douzaine de jeunes Allemands et Allemandes, qu’il avait fait habiller très galamment. Ils entrèrent dans la salle du bal, précédés d’une musique allemande. Ils exécutèrent plusieurs danses de leur pays, au grand contentement de Mesdames, qui ouvrirent le bal et dansèrent quelques contre-danses.

Le 24, le Roi, Mesdames et toute la Cour montèrent en carrosse, pour aller dîner à Jolivet, jolie petite maison de plaisance du Roi de Pologne, à un quart de lieue de Lunéville, où l’on jouit d’une très belle vue. Mesdames, qui, la veille, avaient pris beaucoup de plaisir à voir danser les Allemands, furent enchantées de les retrouver à Jolivet. Ils varièrent extrêmement leurs danses. On continua le bal jusqu’à sept heures et demie.

Le Roi ne retint Mesdames si tard, que parce qu’il avait l’intention de faire illuminer le Château à l’occasion de la fête du Roi de France. Mais un orage qui survint, fit remettre la partie au surlendemain.

L’infanterie et la cavalerie bourgeoises formaient une haie sur l’avenue de Jolivet. Le Roi de Pologne ayant annoncé, la veille, son intention pour la célébration de la fête de St Louis, tout se trouva dans l’ordre qu’il desirait, pour honorer avec magnificence la mémoire de ce Saint Roi. On se rendit, sur les onze heures, à la chapelle du Château. L’archevêque de Besançon officia. Il y eut une messe en musique, chantée à grand chœur. La présence de Mesdames, filles de St Louis, rendit la cérémonie plus auguste et plus touchante.

Le même jour, les gardes-du-corps du Roi de Pologne passèrent en revue sous les fenêtres de l’appartement de Mesdames, qui furent frappées de la beauté de cette troupe. Elles en firent leur compliment au Roi. Les cadets-gentilshommes eurent le même honneur. Ils montrèrent leur adresse et leur habileté dans le maniement des armes et dans les différentes évolutions qu’ils exécutèrent. A sept heures, on illumina le Château. Mesdames ne se lassaient pas d’admirer l’illumination, et pour voir plus à leur aise, elles descendirent de voiture, se promenèrent d’une grille à l’autre, en disant : « Il n’est pas possible de voir une illumination plus belle ni mieux entendue ».

Le Roi de Pologne s’était fait porter dans la partie la plus éloignée de la place. Mesdames accompagnées de toute la Cour, s’y rendirent, on considéra longtemps l’ensemble de cette illumination. On entendait, au milieu du bruit des instruments, des acclamations continuelles de « Vive notre bon Roi ! vive le Roi de France ! Vivent Mesdames ! ». Le 26, après le dîner, Madame la Comtesse Humieska, arrivée la veille à Lunéville, donna à Mesdames le plaisir de voir danser plusieurs danses cosaques à un nain polonais, Joseph Boristawsky. La table sur laquelle on avait mangé, lui servit de salle de danse.La bourgeoisie avait pris les armes pour le départ de Mesdames, qui assistèrent au salut dans l’église des Carmes. Après quoi, le Roi, Mesdames et toute la cour prirent la route de la Malgrange, sous l’escorte de la cavalerie jusqu’à Dombasle. Une partie des Grenadiers avait pris les devants et formait une haie sur le pont.

Mesdames de France revinrent en 1762 à Lunéville, où on les revit avec les mêmes transports. Stanislas préparait de nouveaux plaisirs à ses petites-filles, qui continuaient de prendre les eaux de Plombières, d’où elles arrivèrent à Lunéville le 10 juillet.

On avait battu la générale vers midi. Près de 400 bourgeois en uniforme gris, relevé de rouge, avec une très belle compagnie de Grenadiers à leur tête, et environ 30 jeunes gens avec le même uniforme, prirent les armes.

Une troupe de 50 jeunes gens des meilleures familles, les prirent aussi. Cette troupe, en uniforme bleu de roi, revers rouges, boutons et boutonnières d’argent, et un galon sur le collet, guêtres et cocarde blanches, avaient fait broder sur leurs fourniments couverts de maroquin rouge, les chiffres de Mesdames. La bandoulière était blanche, bordée de rouge. Les officiers avaient un plumet blanc.

Cette troupe levée et disciplinée par les soins de M. de Froidefontaine, ancien capitaine, exempt des Cent Suisses de la garde ordinaire du Roi de France, avait un drapeau blanc, parsemé de fleurs de lys d’or, orné au centre et aux angles des chiffres de Mesdames. M. de Froidefontaine avait été présenté au Roi de Pologne, quelques jours auparavant avec trois officiers de sa troupe. Le Roi applaudit beaucoup à son zèle.

Le jour de l’arrivée de Mesdames, cette compagnie se rendit sur la petite place de la Cour, où le Marquis de Choiseul la passa en revue. Le Cardinal de Choiseul, plusieurs seigneurs et Dames de la Cour la virent maneuvrer avec plaisir. Environ 80 hommes en uniforme semblable à celui des Chevaux-Légers, timbales et trompettes à leur tête, allèrent au-devant de Mesdames. Le Roi partit à quatre heures, accompagné de toute sa Cour, et alla jusqu’à Gerbéviller à la rencontre des Princesses.

Dès les cinq heures, tout était disposé à Lunéville pour recevoir Mesdames. La Bourgeoisie enrégimentée formait une haie, depuis l’entrée du faubourg de Viller, jusqu’à la première grille. Les compagnies de sous-officiers invalides, faisant le service de garde à pied, étaient postées dans l’avant-cour du château, et formaient une haie d’une grille à l’autre.

Les cadets-gentilshommes du Roi de Pologne, ayant à leur tête le Marquis de Baye, maréchal de camp et leur commandant, étaient rangés en bataille entre la première grille et le grand escalier. Les cadets-volontaires de la ville étaient dans le même ordre, du côté opposé. Les chevaux-légers de la ville étaient allés à une lieue au-devant des Princesses, toute la troupe des Gardes du Roi les attendait à une demi-lieue. Le Roi précédait Mesdames de quelques instants.

Toutes les cloches donnèrent au peuple le signal de l’arrivée des Princesses ; on entendit une rumeur générale qui annonçait le plaisir dont on allait jouir. Mesdames étaient précédées de toute la cavalerie, au bruit des timbales et des trompettes. L’hôtel-de-ville était illuminé avec art. La noblesse du pays vint en foule rendre ses hommages aux Princesses. Les cadets-gentilshommes avaient établi, comme l’année précédente, une garde de douze hommes avec deux officiers sous le perron de l’appartement de Mesdames. La double rampe de ce perron et l’appui de la terrasse étaient garnis de cloches de verre renversées, dans lesquelles on avait mis des bougies, ce qui produisait une grande clarté, et faisait un effet très agréable.

Le 11, les Princesses assistèrent à une messe en musique. Le cardinal de Choiseul, grand aumônier du Roi, présenta l’eau-bénite à Mesdames, et leur donna l’évangile et la patène à baiser. Lunéville affluait d’étrangers que la curiosité y attirait de toutes parts.

A l’issue du dîner, les Princesses passèrent dans le grand cabinet, suivies de toute la cour, qui était très brillante et très nombreuse. Une enfant de 9 ans, fille de M. Chedville, chirurgien, mérita l’attention de Mesdames par la légèreté et la délicatesse avec lesquelles elle toucha du timpanon. Sur les 7 heures, les Princesses allèrent prendre le frais sur le perron avec le Roi et une partie de la Cour, jusqu’à l’heure du souper. Un magnifique feu d’artifice le fit un peu accélerer.

La décoration de ce feu, placé sur la terrasse, en face du péristyle, présentait une perspective fort agréable. Mesdames l’avaient vue avec plaisir pendant la journée. L’auteur de ce feu, M. Chevalier, Garde du Roi de Pologne, déjà connu par celui qu’il avait donné l’année précédente, attendait, avec une impatience mêlée de crainte, qu’on donnât le signal. Les timbales et les trompettes annoncèrent enfin l’arrivée des Princesses, plusieurs boîtes y répondirent. Une multitude de fusées, qui partirent en même temps, semblèrent avoir embrasé toute l’atmosphère. Les serpenteaux, les tourbillons se croisant, faisaient un feu terrible. Les cascades et les pyramides produisaient un effet admirable.

Quelques personnes employées au service de cet artifice, peu accoutumées à se trouver au milieu des flammes et de la fumée, en furent étourdies, et n’écoutèrent plus le commandement, ce qui fit qu’il y eut un peu de confusion à la gauche, et que quelques pièces furent allumées trop tôt, et d’autres oubliées. Mais cette petite lacune n’empêcha pas qu’on n’admirât beaucoup l’ensemble de l’illumination.

La terrasse contenait au moins 15 000 personnes. Mesdames rentrèrent dans leur appartement.

A une heure après minuit, les sentinelles aperçurent du feu au pavillon nommé le Kiosque. Elles crièrent, la garde s’y transporta, mais le feu ayant déjà percé la seconde coupe du toit, fit tant de progrès, qu’en un instant toutes les coupes furent embrasées, malgré les secours les plus prompts. C’était à une heure où tout le monde était plongé dans le plus profond sommeil.

La rapidité et les progrès de l’incendie sont aisés à imaginer. Un bâtiment construit en bois, peint en dedans et en dehors, devait s’embraser à l’instant. La toiture venait d’être renouvelée et peinte à l’huile, aussi semblait-elle être garnie d’artifices. L’architecte voyant que tous ses efforts seraient vains, et qu’il lui serait impossible de sauver ce bâtiment, tourna toute sa sollicitude sur les maisons de la ville, auxquelles une galerie, faisant corps avec ce pavillon, était adossée. Il fit couper, le plus promptement possible, cette communication. Mais, malgré toute sa diligence, il ne put empêcher le feu de gagner trois maisons voisines.

L’architecte s’était porté sur les toits pour être plus à portée de diriger les secours, suivant les circonstances. Il n’avait pas pris garde que le toit sur lequel il se trouvait, venant à s’embraser, ne lui laisserait plus la possibilité de se retirer, parce qu’il était adossé à un bâtiment dont les murs faisaient un angle qui excédait ce toit de plus de 10 pieds. Il se trouva réellement en danger. Cependant, malgré le péril où il était lui-même, il sauva la vie à un malheureux ouvrier, à qui le toit venait de manquer sous les pieds, et qui se tenait suspendu par sa hache au milieu des flammes qui l’eussent bientôt dévoré.

A force de secours, on vint à bout de ralentir l’activité du feu, qui n’avait pas à beaucoup près, autant de prise sur les maisons que sur ce pavillon, et environ à 6 heures, tout danger était passé.

L’appartement de Madame Victoire donnait sur la partie des Bosquets qui environnait ce pavillon, elle entendit quelque bruit, demanda ce que c’était, et sur la réponse qu’on lui fit, que le feu avait pris au Kiosque, elle alla sur le perron de son appartement, où elle vit ce spectacle effrayant, elle en fut frappée, et témoigna la plus vive inquiétude. Mais les assurances qu’on lui donna que ce bâtiment était isolé, la tranquillisèrent.

Une foule de monde accourut pour donner du secours. Tous les habitants des villages voisins, qui aperçurent le feu, s’y rendirent à toutes jambes. Ils croyaient que le château était en feu, ils se portèrent avec empressement partout où le danger était pressant. L’intention du Roi était de donner une fête dans l’enceinte qui renfermait ce pavillon, les dispositions étaient déjà faites. L’année précédente, il y en avait déjà donné une des plus galantes, mais celle-ci aurait été beaucoup plus magnifique.

La sage précaution qu’avait prise M. de Sobry, capitaine-commandant des sous-officiers invalides faisant le service de gardes-à-pied, de ne faire battre la générale que fort loin du château, et de mettre des sentinelles tout autour, afin d’éloigner le bruit, épargna au Roi et à Madame Adélaïde l’effroi et la considération du danger, que l’imagination est toujours portée à grossir.

Les Valets-de-chambre du Roi ne voulurent pas être les premiers à annoncer cette mauvaise nouvelle à leur Maître. Ce soin fut réservé à M. Alliot, qui entra dans l’appartement du Roi. Stanislas parla beaucoup de la fête de la veille, et en témoigna son contentement.

Oui, Sire dit M. Alliot, elle était belle, mais elle aurait été encore plus agréable, sans le petit accident qui est arrivé cette nuit. — Eh quoi donc ? demanda le Roi avec vivacité. Sire, votre Kiosque est réduit en cendres. Après un moment de silence : Eh bien ! Les maisons voisines n’ont-elles pas souffert ?  demanda le Roi avec cette tendre sollicitude qu’un père peut avoir pour ses enfants. M. Alliot ayant répondu qu’il y en avait eu trois un peu endommagées. Ah ! Tant pis, dit le Roi, qu’on répare promptement tout le mal.

Mesdames, qui savaient que ce pavillon faisait les délices du Roi, tant par sa situation et sa grande fraîcheur, que parce que c’était le premier ouvrage qu’il avait fait en Lorraine, étaient dans la plus grande inquiétude. Ces Princesses entrent dans l’appartement de leur grand-papa, et lui prodiguent les plus tendres caresses, en lui disant quelles prenaient toute la part possible à l’accident qui venait d’arriver.

Le Roi, qui avait regardé ce fâcheux événement d’un œil philosophique, ne s’en occupait déjà plus ; il crut que c’était tout autre chose, et pressa Mesdames de s’expliquer. Mais lorsqu’il fut éclairci du fait : Ah ! Mes chères Enfants, leur dit-il, combien les tendres sentiments que vous me témoignez, me touchent, et combien j’y suis sensible ! Mais tranquillisez-vous sur mon compte. Le plus grand déplaisir que j’aie ressenti de cet événement, ç’a été de ne pouvoir vous donner la fête que j’y faisais préparer. Que cela fût arrivé après, peu m’importait.

Plusieurs dames de la Cour entrèrent dans l’appartement du Roi. Stanislas, sans leur donner le temps de parler, leur dit : « Vous venez me féliciter, Mesdames, sur l’événement de cette nuit ? Vous me faites réellement plaisir ; je remercie le Seigneur de ce que les progrès de ce feu n’ont pas été plus considérables, et d’en être quitte à si bon marché ».

Il y a eu différentes opinions sur la cause de cet incendie. Mais quelle qu’elle soit, on fît une telle diligence pour rétablir ce Kiosque, qu’au bout de deux mois, le nouveau fut achevé.

Le 12, le Roi avait résolu de donner à dîner aux Princesses à Chanteheux. Mais sur la simple observation qu’on fit au Roi, que toute sa maison avait été sur pied toute la nuit, l’ordre fut révoqué.

Le 13, à l’issue de la messe, le Roi, Mesdames et toute la Cour allèrent dîner à Chanteheux, édifice dont on peut dire qu’il a le mérite rare de ne ressembler à rien de ce qui s’est fait en ce genre.

Le 14, toute la Cour se rendit à Einville, où elle resta jusqu’à cinq heures du soir. Vers 7 heures, Mesdames, accompagnées de toute la Cour, voulurent revoir le Rocher. Elles parurent y prendre autant de plaisir que la première fois. Ce tableau mouvant avait toujours le mérite d’intéresser. La nature y était trop bien imitée, pour qu’on ne se prêtât pas à l’illusion. Une foule étonnante s’était portée sur les pas des Princesses.

Le 15, le Roi, Mesdames et une partie de la Cour allèrent dîner à Jolivet, et revinrent vers 5 heures du soir. Pendant le souper, les musiciens ordinaires du Roi exécutèrent l’opéra de Zaïde.

Le 17, après la messe, Mesdames se rendirent à la cascade, accompagnées de toute la cour. Le Roi les y avait précédées. L’intérieur de cet édifice est un beau salon à l’Italienne, orné de peintures à fresque. Le bruit des eaux de cette cascade, la fraîcheur qu’elles procurent, la beauté et la variété des points de vue qu’offrent les quatre façades, et une excellente musique, faisaient sur l’âme l’impression la plus vive. La cour était très nombreuse, des tables furent dressées sous une tente voisine de la cascade.

Mesdames, de retour au château, entendirent un concerto à deux clavecins, exécuté par Mlle Boyard l’aînée, qui fût accompagnée par le Sr. Climeratte, maître de clavecin. Ces Princesses l’entendirent avec plaisir, témoignèrent leur satisfaction à cette Demoiselle, dont tout le monde loua la grâce, la précision et la légèreté. Sur les cinq heures, le Roi, Mesdames et toute la cour se rendirent dans la grande salle, où tout était disposé pour le bal, qui finit sur les 8 heures.

Une demi-heure après, toute la cour se rendit à la chapelle, où le cardinal de Choiseul baptisa le fils du marquis de Boësse, maréchal des camps et armées du Roi de France, gentilhomme de la chambre du Roi de Pologne, qui nomma cet enfant avec Madame Adélaïde. On lui donna les noms de Stanislas-Adélaïde. Les musiciens ordinaires du Roi exécutèrent, pendant le souper, tous les airs de l’opéra comique : On ne s’avise jamais de tout.

Le 18, le même opéra ayant été redemandé par Mesdames, fut encore exécuté pendant la dîner, avec le même succès.

Le 19, Mesdames partirent pour Nancy, d’où elles revinrent le 20.

Le 21, Mesdames allèrent voir le rocher pour la 3e fois. On exécuta, pendant le souper, les morceaux chantants de l’opéra comique la Servante maîtresse

Le 22, le petit opéra comique le Maréchal ferrant, fut exécuté pendant le dîner, les Princesses desirèrent qu’on le donnât encore à souper, et l’entendirent avec plaisir.

Vers 7 heures, les cadets volontaires de Lunéville passèrent en revue sous les fenêtres de l’appartement de Mesdames, et firent plusieurs évolutions militaires, après lesquelles le capitaine de cette troupe eut l’honneur de réciter aux Princesses ces quatre vers :
On succombe aisément sous le fardeau des armes,
Si l’amour pour son Roi n’y fait trouver des charmes.
Mais, Princesses, ce poids, qu’il a d’attraits pour nous,
Quand nos bras sont armés pour leur Prince et pour vous !

Mesdames témoignèrent leur satisfaction à ces jeunes gens. Le dessert parut amuser Mesdames. On avait représenté le château de Chanteheux, avec les jardins qui l’entourent, illuminés comme l’année précédente, excepté qu’ils l’étaient en petit sur ses quatre façades. Plusieurs troupes rangées en haie y étaient très bien exprimées. Tous les jours, la décoration des desserts a été variée, et l’on a exactement rendu toutes les fêtes qu’on donna dans ce temps-là aux Princesses.

Le 23, sur les 2 heures, le Roi envoya chercher son architecte, et lui dit que Mesdames voulant souper à la Cascade, il fallait qu’elle fût illuminée pour cette heure-là. Un si petit espace de temps n’était pas suffisant pour illuminer ce bâtiment. Aussi l’architecte ne regarda-t-il cela que comme un essai, et il ne songea qu’à exprimer le plan de la Cascade.

Le 24, on exécuta, pendant le dîner, le petit opéra comique le Devin du village. Les Princesses desirèrent qu’on le répétât pendant le souper, et l’entendirent encore arec plaisir.

Le 25, pendant le dîner, les musiciens exécutèrent plusieurs airs italiens, et des ariettes tirées du Peintre amoureux de son modèle.  M. Leroi, curé de la Paroisse, était venu, la veille, inviter Mesdames à honorer son église de leur présence, attendu que c’en était la fête. Ces Princesses eurent la bonté de le lui promettre, et de s’y rendre à pied sur les 5 heures. La milice bourgeoise bordait les rues, ayant à leur tête les grenadiers et les cadets-volontaires de la ville.

Le Roi avait précédé Mesdames, qui étaient allées et revenues à pied, pour satisfaire l’empressement du peuple. Elles eurent la satisfaction de voir l’impression que faisait leur présence, d’entendre les propos flatteurs dont elles étaient l’objet, et les regrets que leur départ allait causer.

Pour faire sa cour à Stanislas, qui était enchanté de procurer à ses chères petites filles quelque chose qu’elles n’eussent pas vu à Versailles, François Guillot, figuriste en cire, né à Nancy, représenta en cire, façon de porcelaine, la compagnie de cadets, composée de jeunes écoliers de Lunéville, avec uniforme bleu de ciel, galonné en argent. Il la plaça sur un bastion en forme de plateau, qu’il exposa sur la cheminée du salon du Château de Lunéville. Les glaces multipliées, répétant cette petite compagnie en divers endroits du salon, lui donnaient l’apparence d’une petite armée.

Le même artiste fit aussi en cire les portraits des Demoiselles de Lunéville, habillées en Nymphes, avec Diane à leur tête, sur le char dans lequel elles étaient allées au-devant des Princesses.

Sur les 6 heures, tout étant disposé, Mesdames, après les adieux les plus tendres, et les promesses réitérées du Roi, de les aller voir à Plombières, partirent et laissèrent tout le monde dans la plus grande consternation. Les chevaux-légers de la ville les accompagnèrent pendant plus d’une lieue. 


Archive pour janvier, 2011

Les tabatières en carton verni de Sarreguemines (57)

Blason de SarregueminesTabatière en carton

Il était une fois …

Evidemment, il n’y a plus de fabriques de tabatières en Lorraine. Mais il y a quelques cent cinquante ans …

D’après un article paru dans « Le magasin pittoresque » – Année 1852

La tabatière de carton verni est en France, comme en Hanovre, en Bavière et en Oldenbourg, l’objet d’une fabrication très active.

Sarreguemines (Moselle) est le centre de cette industrie, qui fut introduite à Sarralbe en 1775, par un meunier de Nassau, et qui s’est étendue, principalement pendant ces dernières quarante années, dans les communes de Sarreguemines, Bliesbrucken , Gros-Bliederstroff , Neufgrange, Sarralbe, Velfordeng, Hornbach, Bliesgueswiller et Blieshoveigen. La première fabrique en ce genre fut établie à Sarreguemines en 1809.

En jetant les yeux sur ces petites tabatières vernies, dont le prix moyen est de 10 à 20 centimes la pièce, on est tenté de supposer, que cette fabrication et ce commerce, vu la valeur minime et la consommation naturellement très restreinte de l’objet, sont limités à un chiffre d’affaires si modique, qu’il leur ôte tout intérêt.

Il n’en est rien : l’industrie de la tabatière de carton est une de ces mille petites industries inconnues qui alimentent en tout temps notre exportation. Et, autant qu’aucune autre, elle est précieuse pour le pays, car elle est exercée dans les campagnes de la Moselle, dans le sein de familles pauvres, et en alternance avec les travaux agricoles.

On n’estime pas à moins de deux millions de tabatières, la production de l’arrondissement de Sarreguemines. Le tiers environ est exporté.

Il est impossible, du reste, de contester à la France une véritable supériorité dans cette fabrication, comme dans toutes celles où il faut de l’originalité et du goût. Brunswick, Obestein, Ensheim, Stuttgard, Offenbach, Nuremberg, étaient depuis longtemps renommés pour ce genre d’industrie. La patience et le soin des artisans allemands, leur aptitude pour le travail du cartonnage, l’habileté de pinceau des peintres de Brunswick, le bas prix de la main-d’œuvre, par suite le bon marché des produits, une clientèle assurée eu divers marchés, enfin la mode même, tout paraissait se réunir pour maintenir à l’Allemagne la production exclusive de la tabatière de carton.

Malgré tant d’avantages, les paysans de la Moselle, bien dirigés, sont arrivés à faire mieux et à aussi bas prix, et la meilleure preuve de leur succès se trouve dans l’exportation facile et avantageuse de leurs tabatières.

Les tabatières de carton de Sarreguemines attestent l’intelligence, l’habileté et le goût des fabricants. Elles sont remarquables par la correction du travail, la précision de l’ajustement des charnières en cuivre ou en carton, la délicatesse et l’élégance des incrustations en nacre, en étain ou en argenton, la netteté du vernis. Quant au bon marché, il est extraordinaire.

Alors, à quand un musée de la tabatière à Sarreguemines ?

Lunéville de 1709 à 1760

Blason de Lunéville 

Continuons notre petite promenade en parcourant les événements qui ont marqué la belle ville de Lunéville.

D’après la monographie « Essais historique sur la ville de Lunéville » de Guerrier – 1817

Année 1709 : Léopold eut le malheur de voir ses sujets victimes de l’hiver mémorable de 1709. Le 6 janvier, il commença à geler extraordinairement fort. La veille, il avait plu tout le jour, et la pluie continua jusqu’à minuit. Alors le vent du Nord s’étant élevé, il gela d’une telle force, que, le 8, les rivières étaient entièrement glacées.

Ce grand froid dura 10 à 12 jours, et augmenta tellement, qu’il n’était pas possible de le soutenir, et qu’on fut forcé d’abréger l’office divin. Ce grand froid causa des maladies de poitrine, dont beaucoup de personnes moururent à Lunéville. Le grand froid cessa le 25 janvier, il dégela pendant 7 à 8 jours. Ensuite, il recommença à geler comme auparavant, et la gelée fut si forte, que les vignes, les arbres, et même les bleds en herbe furent gelés. Cette seconde gelée finit le 10 Février.

Pour comble de malheur, la récolte de 1708 ayant été mauvaise, il n’y avait plus de magasins ni de ressources contre la disette. Léopold avait, dès le mois de novembre 1708, rendu des ordonnances pour assurer la subsistance de ses sujets. Il avait fait arrher, par ses commissaires, chez les négociants et les rentiers, quantité de froment, dont il avait payé, de ses deniers, le 10ème du prix. On leur permettait ensuite de vendre aux-mêmes ces bleds au peuple par petites parties, au prix fixé, et l’on retirait les arrhes.

La défense d’exporter ne regardait d’abord que le froment. Léopold fut obligé de l’étendre sur le méteil, le seigle, l’orge et l’avoine, avec défense d’en débiter autrement qu’en détail et à ses sujets. Le 23 avril, l’avoine fut taxée à 12 francs le resal de Nancy, et il fut défendu, sous peine de la vie, d’exporter des grains. On faisait du pain mélangé d’un tiers de froment et de deux tiers d’avoine. Il n’était permis qu’à quelques boulangers de faire du pain blanc pour les malades seulement, et pour les personnes de distinction. Le nombre des bangards fut augmenté, pour empêcher de couper les épis avant leur maturité.

Il fut défendu de nourrir des pigeons domestiques. On accorda des privilèges à ceux qui prêteraient ou vendraient des grains pour les semailles. Les bleds de mars, comme orge, avoine promettaient une récolte abondante mais peu de froment avait échappé à la gelée. Ce peu fut destiné aux semailles, et remplacé par du froment des récoltes précédentes, que Léopold fit venir d’Allemagne. Chaque lieu fut obligé de se charger de ses pauvres et de les empêcher d’aller ailleurs.

Année 1710 : On a démoli, cette année, les remparts, depuis les Capucins jusqu’à la porte Joly. Dès que les maux causés par l’hiver de 1709 furent un peu réparés, on se livra à la joie, et l’on vit renaître les plaisirs à la cour de Lunéville. La Duchesse et ses enfants figuraient dans les ballets. Adrienne-le-Couvreur, qui devint dans la suite si célèbre, jouait la comédie à Lunéville dès l’âge de 18 ans. Léopold a fait construire derrière son château, pendant les années 1711 et 1712, de magnifiques jardins, appelés les Bosquets, sur les dessins de Gervais, le « Le Nôtre de la Lorraine ». Ces jardins étaient ornés de statues de la main de Nicolas Renard.

Année 1712 : Léopold transféra les Sœurs-Grises à l’entrée du faubourg de Viller. Il y posa la première pierre de leur église le 23 juin. Elle était sous l’invocation de St Antoine de Padoue, elle a été convertie en usine à plâtre. Léopold reçut, cette année, à sa Cour, le Roi et la Reine d’Angleterre, le Duc de Bavière, le Prince Emmanuel de Portugal, le Prince et la Princesse de Modène, Jacques III, sous le nom de Chevalier de St George. On a commencé cette année la construction des grands-moulins là où ils sont actuellement, ils étaient auparavant près du premier pont à droite en allant au faubourg.

Année 1714 : Stanislas, Roi de Pologne, avait vu en 1700, avant son élection, la Cour de Lorraine à Nancy. Il la revit, au mois de juillet de cette année, à Lunéville, où il passait sous le nom de Comte de Cronstein, pour se rendre à Deux-Ponts. Il fut, peu après, obligé de faire vendre secrètement des bijoux de grand prix à Lunéville. Le Marquis de Beauvau, depuis Prince de Craon, ayant su à qui ils appartenaient, le dit au Duc Léopold, qui les renvoya avec leur valeur en argent. Stanislas se plaisait à rappeler cette circonstance de sa vie, comme un motif de reconnaissance envers la Maison de Lorraine, et de son attachement pour celle de Beauvau.

Année 1715 : La Reine-Mère d’Angleterre vint visiter la Cour de Lunéville cette année, et son fils le Prétendant y vint l’année suivante.

Année 1716 : Le 10 juin, veille de la fête du St Sacrement, la chapelle de la Cour a été bénite par l’Abbé Huguin. Le Duc Léopold faisait fleurir dans ses États le commerce, l’agriculture et les arts. Il mérita, par ses bienfaits, le glorieux surnom de père de son peuple, et de restaurateur de sa noblesse et de sa patrie. Il trouva la Lorraine désolée et déserte, il la repeupla et l’enrichit. Il eut la prudence d’être toujours bien avec la France et l’Empire. Il procura à ses peuples l’abondance qu’ils ne connaissaient plus. Sa noblesse, réduite à la dernière misère, fut mise dans l’opulence par ses seuls bienfaits. Il faisait rebâtir à ses dépens les maisons des gentilshommes, payait leurs dettes, mariait leurs filles.

Les arts, dans sa petite province, produisaient une nouvelle circulation, qui fait la richesse des États. Sa Cour était formée sur celle de France. On ne croyait pas avoir changé de lieu, quand on passait de Versailles à Lunéville.

A l’exemple de Louis XIV, il faisait fleurir les belles-lettres. Il établit à Lunéville une espèce d’université, où la jeune noblesse d’Allemagne venait se former. On y apprenait les sciences dans des écoles où la physique était démontrée aux yeux par des machines admirables. Il cherchait les talents jusque dans les boutiques et les forêts, pour les mettre au jour et les encourager.

Enfin, pendant tout son règne, il ne s’est occupé que du soin de procurer à son peuple la tranquillité, les richesses et des plaisirs.

Année 1719 : Le mardi 3 Janvier, à 5 heures du matin, le feu prit à la partie du Château qui regarde la ville. La chapelle, les nouveaux bâtiments, l’ancien château, la voûte et le clocher furent réduits en cendres, et la cloche fondue. Plusieurs personnes périrent dans les flammes. On ne put rien sauver des richesses que renfermait cette partie du château, la perte fut de plusieurs millions. Léopold eut de grandes inquiétudes sur les papiers secrets de sa cassette. Il ne fut tranquille que lorsqu’on lui eut rapporté la serrure et les clefs, ce qui prouvait que tout le reste avait été la proie des flammes. On reconstruisit plus magnifiquement ce que le feu avait consumé.

Année 1721 : Cette année et les deux suivantes, la grande rue du faubourg de Viller a été bâtie.

Année 1722 : C’est depuis le dimanche 26 Avril de cette année qu’on chante deux grand’messes à la Paroisse , M. Sigisbert Verlet en ayant obtenu la permission de M. de Chamilly, évêque de Toul.

Année 1724 : La Confrairie des Agonisants a été établie cette année par M. Verlet, curé, qui établit aussi celle de l’adoration perpétuelle du St Sacrement. La ville commença la Maison de Charité dans une vieille maison qui appartenait à la Commanderie de St George, et qui fut payée par Léopold. Cet établissement se soutint par le zèle de la Demoiselle Gontier, et François III l’autorisa par lettres-patentes du 23 mars 1736.

Stanislas y fonda deux Sœurs de St Lazarre, par contrat du 15 Juillet 1746, on y mit une 3e Sœur en 1748, au moyen d’une rente, qui fait partie des rentes créées par le Roi de Pologne en faveur des pauvres de tous les lieux où il avait des résidences. Il confirma de nouveau ces fondations par lettres du 7 Février 1752. Il fit reconstruire à neuf et agrandir la maison sur une partie de l’emplacement de l’ancienne paroisse St Jacques. Par contrat du 6 Novembre 1756, et lettres-patentes du 17 Janvier 1757, ce Prince fonda une autre Sœur.

Année 1728 : On commença la Place Neuve et les rues qui y aboutissent. L’ordonnance du 10 juillet accorde des privilèges pendant plusieurs années à ceux qui y bâtiront.

Année 1729 : Cette année est remarquable par la mort de Léopold, législateur et bienfaiteur de son pays, qui le perdit le 27 mars. Un mot sublime fait son éloge « Je quitterais demain ma souveraineté, disait-il, si je ne pouvais faire du bien ». Aussi a-t-on vu, longtemps après sa mort, ses sujets verser des larmes en prononçant son nom. On a commencé cette année à démolir l’ancienne paroisse.

Année 1731 : La cérémonie de la béatification du Bienheureux Pierre Fourier, de Mattincourt, s’est faite dans l’église des Religieuses de la Congrégation, les 21, 23 et 24 Janvier, et à la Paroisse, au mois de juin suivant.

Année 1736 : La guerre entre la France et l’Empire étant terminée, et les préliminaires de la paix signés à Vienne, Stanislas fut reconnu Roi de Pologne, et Grand-Duc de Lithuanie, et il en conservait les titres et honneurs, avec restitution de ses biens et de ceux de la Reine son épouse.

L’Empereur consentait qu’il fût mis en possession du duché de Bar. Il était stipulé en outre que le Duc de Lorraine renoncerait à ses États en faveur de Stanislas, Roi de Pologne, qui en jouirait pendant sa vie, et qu’à sa mort, les duchés de Lorraine et de Bar seraient réunis à la France. Le Duc de Lorraine, François III, ne put se résoudre qu’avec le plus grand regret à abandonner ses sujets, dont il était adoré.

François III, ayant épousé à Vienne le 12 Février, l’Archiduchesse Marie-Thérèse, depuis Impératrice et mère de Joseph II, la Cour et les habitants de Lunéville s’empressèrent de célébrer cet événement par une fête qui répondît aux sentiments d’affection qui les animaient.

En conséquence, ils firent construire, entre les deux ailes du Château, un Temple de l’Hymen, de 80 pieds de haut, de figure octogone , avec quatre portiques ornés de pilastres et de colonnes d’ordre corynthien, qui soutenaient des trophées d’armes sculptés en relief. Il était fermé par une coupole terminée par un aigle. Aux deux faces principales étaient les armes de Lorraine et d’Autriche, peintes avec beaucoup de goût. On y entrait par quatre perrons.

Aux quatre coins de la place, il y avait quatre pyramides sur chacune desquelles étaient les médailles des Empereurs d’Autriche et des Ducs de Lorraine. Un aigle sculpté en relief terminait chacune de ces pyramides. Ce temple avait été dessiné par Jadot, architecte de François, et orné de peintures par Girardet.

Il y eut illumination, feu d’artifice, et quatre tables chacune de cent couverts. Pour garnir ces tables, on avait chassé dans toute la Lorraine et amené à Lunéville plus de 200 voitures de gibier, sans compter les volailles et les autres viandes. Les cuisiniers ordinaires de la Cour, les rôtisseurs, les pâtissiers, confiseurs, etc. furent augmentés de 400 qui travaillèrent pendant huit jours.

Année 1737 : Dès que la nouvelle de la renonciation du Duc François se fut répandue, on vit arriver des commissaires chargés, de sa part, de délier ses sujets de leur serment de fidélité.

Il en vint également de la part des Rois de Pologne et de France, pour recevoir le serment de fidélité de leurs nouveaux sujets :
- au Roi de Pologne, comme souverain actuel
- au Roi de France, comme souverain éventuel, après la mort de Stanislas, la Lorraine devant être alors réunie à la France, pour en faire une province. La consternation fut extrême, non seulement à Nancy et à Lunéville, mais aussi dans toute la Lorraine.

Le Duc François III ayant cédé la Lorraine pour la Toscane, et les vignes ayant été gelées le 16 mai, jour de la St Honoré, les plaisants dirent que S. A. R. avait vendu la Lorraine, et que St Honoré en avait bu les vins.

La Duchesse douairière de Lorraine et la Princesse Charlotte, sa fille cadette, quittèrent la Cour de Lunéville, pour se rendre à Commercy, dont la principauté avait été assignée à Madame la Régente, pour en jouir en toute souveraineté pendant sa vie. Elle fut reçue dans cette ville avec des démonstrations de joie extraordinaires, égales à la douleur extrême avec laquelle les peuples l’avaient vue quitter sa Cour de Lunéville.

Il est impossible de peindre la tristesse, la désolation des habitants de cette ville, chez qui le sentiment d’amour pour ses maîtres était porté jusqu’à l’adoration. Ces témoignages d’attachement, en ce cruel moment, firent jouir la Duchesse du triomphe le plus flatteur que les bons Princes puissent ambitionner, et du spectacle le plus touchant pour les Souverains qui savent se faire aimer.

Ce peuple accourut de toutes les parties de la Lorraine, se jetant aux genoux des Princesses, se prosternant autour de leur voiture, et s’élançant à corps perdu sous les roues et sous les pieds des chevaux. Arrêtées mille fois dans leur marche, les Princesses versaient des torrents de larmes parmi les cris et les sanglots de ce peuple, qui ignorait encore combien Stanislas, son nouveau maître, s’efforcerait, par ses bienfaits, d’essuyer ses larmes et de mériter son affection. Elles eurent toutes les peines du monde d’arriver à leur nouveau séjour.

Aussitôt après le départ des Princesses, les commissaires du Roi de Pologne arrivèrent, et prirent possession de la Lorraine dans l’ancien palais de Nancy, où étaient réunies toutes les autorités. On avait fait la même cérémonie dans le duché de Bar.

Le régiment des Gardes fut licencié, on laissa aux soldats leurs épées et leurs chevaux. Quelques officiers et la plupart des Gardes furent incorporés dans le nouveau régiment qui fut formé. Les Cent-Suisses et les Chevaux-Légers de la Garde du Duc prirent la route de Flandre, où François avait résolu de tenir sa Cour jusqu’au décès du Grand-Duc de Toscane. Une partie de l’ancienne Cour resta en Lorraine.

Quelques seigneurs, qui furent choisis, se rendirent en Flandre. Le rendez-vous pour le départ fut fixé à Nancy. On y conduisit la plus grande partie des meubles et des effets du château de Lunéville. Le Duc fit présent à Stanislas, de l’orangerie, des trumeaux et des glaces. La bibliothèque de Nancy, où Léopold avait réuni tout ce qui concerne la jurisprudence, fut accordée au Corps des Avocats.

Quant à celle de Lunéville, elle fut emballée avec une suite précieuse de médailles d’or, d’argent et de bronze - un cabinet de physique, formé pour l’académie de cette ville, des tableaux des plus grands maîtres, dont plusieurs de Rubens, et une chapelle enrichie de six chandeliers d’or, et de reliquaires ornés de pierreries.

On y joignit les archives de la Maison de Lorraine, et les plus belles tentures de tapisseries des palais de nos Ducs. Elles représentaient l’histoire de la création du monde - la guerre de Troye , dont quelques pans avaient été brûlés dans l’incendie du Château , en 1719 – l’histoire d’Alexandre - divers traits de la fable, ouvrages sortis de la manufacture des Gobelins, et dont Louis XV avait fait présent au Duc - les douze mois de l’année, et 25 pièces représentant les conquêtes du Duc Charles V, aïeul du Duc François - les deux dernières étaient doubles, et avaient été faites à Nancy, par des ouvriers des Gobelins, dont Léopold avait établi une manufacture près de son palais.

On y joignit plusieurs tentures de damas, un nombre considérable de portières, travaillées en or, et en soie -l’orangerie de la Malgrange, et les superbes décorations de la salle d’opéra. La vénerie, les médailles et le cabinet de physique passèrent à Vienne. Les comédiens et les musiciens furent envoyés à la cour de Commercy. L’orangerie et plusieurs meubles restèrent à Bruxelles.

La prise de possession du Barrois se fit à Bar, le 8 février, et celle de la Lorraine, le 21 Mars, à Nancy. Le célèbre Duvivier grava la médaille du Roi de Pologne, à l’occasion de son avènement.

Stanislas, Roi de Pologne, Grand-Duc de Lithuanie, Duc de Lorraine et de Bar, surnommé le Bienfaisant, étant informé que la prise de possession était consommée, fit ses dispositions pour se rendre dans ses nouveaux États.

Après ses adieux au Roi, à la Reine sa fille, et à la famille royale, il partit de Meudon le 1er avril, et arriva le 3 à Lunéville. La Reine de Pologne l’y joignit le 13. Leurs Majestés occupèrent d’abord l’hôtel de Craon, parce qu’on travaillait aux réparations du Château.

Stanislas s’occupa aussitôt à embellir les Bosquets qui accompagnent le Château.

Il fit construire :
- le magnifique Sallon de Chanteheux, qui terminait la vue du côté de Blâmont
- une cascade, à l’extrémité de l’allée dite des soupirs, et vis-à-vis le Canal. Au-dessus de cette cascade était un sallon
- Il fit dessécher un marais entre la Vezouze et le Canal, qu’on avait converti en promenades et en beaux jardins, dont chacun avait son pavillon
- un Kiosque, qui fut brûlé pendant un feu d’artifice
- une Chinoise
- Enfin un Rocher, de l’invention de François Richard, ancien horloger du Duc Léopold.

On voyait, sur ce Rocher, qui était appuyé contre le mur de la Terrasse, 80 figures mouvantes, de grandeur naturelle, qui, par le moyen des eaux, faisaient toutes sortes de mouvements. On y entendait des voix humaines, les cris de plusieurs animaux et le son de plusieurs instruments.

Au bas du rocher, était sur le Canal, un pont appelé le Pont Tournant, et sur la Vezouze, le Pont-Vert ; ces deux ponts conduisaient, en ligne droite, à la Belle-Croix.

Le même artiste, qui avait inventé le Rocher, fit le bateau de Lunéville, dans lequel deux hommes faisaient mouvoir douze rames avec une vitesse incroyable. Le célèbre Wayringe fit, pour le Roi de Pologne, un bateau propre à remonter les rivières. Stanislas en fit lui-même l’épreuve sur la Vezouze, depuis l’hermitage de Ste Anne jusqu’à la digue du grand Canal. Il remonta cette rivière sans chevaux, sans perche et sans aviron.

Les Bénédictins, établis à Léomont, ayant acheté du Prince de Craon, la maison et le jardin de Ménil, s’y établirent en 1737, avec l’agrément du Roi de Pologne, qu’ils obtinrent le 26 août de la même année.

Année 1738 : L’Hôtel des Pages et celui des Cadets-Gentilshommes furent construits entre les Deux-Ponts. Ces derniers formaient une compagnie, composée d’un commandant, de deux capitaines-lieutenants, d’un major, de 4 brigadiers et de 48 cadets, dont 24 Polonais et 24 Lorrains. Ils faisaient, pendant trois ans, le service militaire, avaient des maîtres de langues, de mathématiques, d’histoire et de géographie. Le Roi de Pologne leur donna, cette année, un règlement.

Année 1740 : Pour rendre l’établissement de la taille perpétuel dans l’Hôpital de Lunéville, Stanislas se servit du Baron de Meszek, Maréchal de sa Cour, qui acheta le 17 février, du Comte du Hautoy, la terre de Chanteheux, dont il faisait don à l’Hôpital St Jacques de Lunéville, après sa mort, celle du Duc Ossolinsky, de son épouse, et celle du Roi. Il a été disposé autrement de cette terre, mais le Roi de Pologne en assura la valeur à l’Hôpital, qui a un fonds suffisant pour y continuer l’opération de la taille à perpétuité, du 20 avril au 10 mai, et du 20 août au 10 septembre.

Année 1741 : La Lorraine souffrait beaucoup de l’extrême cherté du blé. La disette était si grande dans le duché de Bar, qu’on venait jusqu’à Lunéville acheter des sons pour en faire du pain. Le peuple de chaque ville voulut empêcher la sortie des grains pour les autres villes. Il y eut une émeute violente à Lunéville le 23 mai, pendant que le Roi de Pologne était à la Malgrange. A son retour, il fit rendre la liberté aux femmes qui étaient dans les prisons.

Année 1744 : Un incendie, commencé le 14 janvier, à sept heures et demie du soir, consuma l’aile du Château du côté du Canal. Elle était habitée par le Chancelier, le Comte de Bercheni, Grand-Écuyer, et d’autres personnes de la Cour. Personne n’y périt.

Le 8 Septembre, la Duchesse de Chartres et la Princesse de Conti sa mère, arrivèrent à Lunéville avec le Roi de Pologne. Le Duc de Chartres les y joignit le lendemain. Le Dauphin arriva le 21 septembre, à sept heures et demie du soir. Le 22, il jeta de l’argent au peuple. L’après-dîner, Madame et Mademoiselle Adélaïde arrivèrent, et furent reçues par deux cents jeunes filles habillées de blanc avec des écharpes bleues. La Reine de France arriva le 28, le Roi, le 29 à huit heures du soir. Tout était illuminé. Stanislas imagina toutes sortes de plaisirs pour rendre agréable au Roi son séjour à Lunéville.

Le 2 octobre, le Roi de France fit la revue des Gendarmes de sa Garde dans la plaine du Champ-de-Mars, et après avoir dîné au Château de Chanteheux, il partit pour Strasbourg. La Reine partit de Lunéville le 7. Mademoiselle de Charolais arriva le 18 octobre. Elle repartit le 28, après avoir vu célébrer l’anniversaire de la naissance de Stanislas.

Année 1745 : Le Prince de Conti passa à Lunéville le 16 avril, il allait prendre le commandement de l’armée du Rhin.

Année 1746 : Helvétius, fermier-général, s’arrêta quelques jours à Lunéville. Le mercredi 6 Juillet, un orage furieux, mêlé de grêle, ravagea une partie de la Lorraine, depuis Lunéville jusque vers l’Alsace. Le vent déracina des arbres, renversa des maisons, et détruisit toutes les récoltes. Les foins qui étaient coupés, furent emmenés par les eaux, les autres gâtés. Le dommage fut de plus d’un million et demi. On tira des magazins du Roi dix mille sacs de froment, qui furent prêtés aux Communes pour ensemencer les terres.

Année 1747 : Catherine Opalinska, Reine de Pologne, mourut à Lunéville, le 19 mars, à cinq heures et demie du soir, âgée de 66 ans. Cette Princesse épousa, à 16 ans, Stanislas Leczinski, qui n’en avait que 19. Elle avait beaucoup de dignité, était généreuse et charitable. La première élection de Stanislas, du 12 juillet 1704, avait été confirmée par son sacre et celui de Catherine, le 1er juillet 1705. Elle était à St Cyr pendant l’absence de son époux, lors de sa seconde élection. Son corps fut exposé le 20 Mars, et conduit à Bonsecours, où l’Abbé Clément prononça l’oraison funèbre. Stanislas fit ériger, dans la chapelle de l’église de Bonsecours, un mausolée à la Reine son épouse, par Adam le cadet.

Montesquieu, qui était venu en Lorraine, trouva à la Cour de Lunéville, des Sociétés dignes de lui, il travaillait alors à l’Esprit des lois. Il écrivait de Paris, le 17 juillet : « J’ai été comblé de bontés et d’honneurs à la Cour de Lunéville, et j’ai passé des moments délicieux avec le Roi de Pologne ».

Année 1749 : Gabrielle-Émilie de Breteuil, épouse du Marquis du Châtelet-Lomont, et amie de Voltaire, mourut le 10 septembre, à une heure du matin. Le 4, elle avait accouché d’une fille, après avoir mis la dernière main à son « Commentaire sur Newton ». Elle fut inhumée dans la nouvelle église. Voltaire partit le 13 de Lunéville.

Année 1751 : Le convoi funèbre du Maréchal de Saxe, mort à Chambort le 30 novembre précédent, passa le 1er février à Lunéville. Il allait à Strasbourg, où l’on avait érigé à ce grand homme un superbe mausolée dans le temple protestant de St Thomas.

Année 1752 : Girardet, Joly et d’autres peintres et sculpteurs employés par Stanislas, commencèrent sous ses yeux, au Château, le 15 novembre, des exercices de dessin, de peinture et de sculpture sur le modèle, pour former des élèves.

Année 1753 : Maupertuis a fait, cette année, quelque séjour à la Cour du Roi de Pologne.

Année 1755 : Le 6 février, le feu prit, à trois heures du matin, vers le milieu de l’aile du Château donnant sur le Canal. La flamme, rendue plus ardente par le froid excessif, dévora tout en trois heures de temps. On coupa ce qui liait cette aile au Château, pour empêcher la communication. Le comte de Lucé, averti par la fumée, se sauva demi-nu. Son valet-de-chambre sauta par la croisée, sur le canal glacé. Le Marquis de Menessaire sortit aussi en chemise par une croisée, au moyen d’une échelle. Une dame incommodée, dans son lit, fut emportée par un soldat des Gardes-Lorraines. Le Chancelier eut le temps de sauver ses papiers, et M. de Bercheny, celui de déloger. Personne ne périt.

Le 15 juin, à sept heures du soir, fut fondue et coulée, dans l’espace de trois minutes, par Barthelémy Guibal, la statue de Louis XV. Le 15 novembre suivant, on la chargea à l’endroit où elle avait été coulée, et on la conduisit le soir devant le Château. Le 16, à huit heures et demie du matin, elle partit de Lunéville sur un chariot fait exprès, et trainé par 32 chevaux, elle arriva à huit heures du soir à la porte St George, à Nancy. Le 17, elle entra dans la ville, et le 18, elle fut posée sur son piédestal.

Année 1757 : Le Maréchal de Richelieu passa le 20 juillet à Lunéville.

Année 1758 : Le 5 février, le Comte de Clermont, Prince du Sang, passa pour aller prendre le commandement de l’armée du Rhin. Le prince Xavier de Saxe était à la Cour du Roi de Pologne les 11 et 12 Juin. Stanislas lui fit rendre tous les honneurs dus à son rang, et lui donna de belles fêtes. Il était sans fiel, et caressait les enfants de son second compétiteur, comme il avait aimé le Maréchal de Saxe, fils du premier.

Année 1759 : Le Prince de Condé, venant de l’armée du Maréchal de Broglie, s’arrêta le 23 novembre à la Cour de Lunéville.

 

Lunéville jusqu’au début du XVIIIe siècle

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Ville de 20 000 habitants, située à une trentaine de kilomètres de Nancy, Lunéville fut la capitale princière du dernier duc de Lorraine.

Je vous propose de remonter le temps, et de découvrir les différents événements auxquels les habitants et la ville de Lunéville ont participé.

D’après la monographie « Essais historique sur la ville de Lunéville » de Guerrier – 1817

On croit communément que la ville de Lunéville tire son nom, Lunce villa, Lunaris villa, du culte qu’on y rendait à la Lune.

Après l’introduction du christianisme en Lorraine, cette ville n’était encore qu’une maison de chasse avec une chapelle fondée par le Duc Raoul en 1343, en l’honneur de la Ste Vierge et de St Antoine. Cette maison s’accrut tellement dans la suite, qu’au Xe siècle, c’était déjà le chef-lieu d’un comté considérable que Mathieu Ier unit à ses états en 1167.

Cette ville a été possédée, depuis le Xe siècle, par des seigneurs qui portaient le titre de comtes : ils descendaient des comtes de Metz.

Un de ces comtes, nommé Folmar le Vieux, fonda, vers l’an 999, l’abbaye de St Remi de Lunéville, pour des religieux bénédictins, qui furent remplacés, en 1034, par des bénédictines, et enfin, en 1135, par des chanoines réguliers de St Augustin qui subsistèrent jusqu’à la révolution.

Année 1265 : Cette année, les bourgeois de Lunéville furent mis sous la loi de Beaumont en Argonne, c’est à-dire qu’ils furent affranchis de la servitude.

Année 1476 : Sous le Duc René, plusieurs seigneurs lorrains, accompagnés de quelques troupes, vinrent assiéger Lunéville, qui était occupé par 400 hommes du Duc de Bourgogne. Ces seigneurs n’ayant point d’artillerie, donnèrent l’assaut pendant la nuit, et se rendirent maîtres de la porte de Chanteheux, mais ils ne purent s’y maintenir. Ils firent demander des hommes et de l’artillerie au Duc Réné II, qui était alors à Strasbourg. Il leur envoya 600 hommes d’armes, deux gros canons et dix serpentins, qui arrivèrent dans trois jours devant la place. Les assiégés offrirent de se rendre, la vie sauve, si le gouverneur de Nancy ne pouvait leur envoyer du secours. Ils députèrent à Nancy, où on leur fit dire qu’il n’y avait point de secours à espérer. Ainsi ils se rendirent.

Année 1481 : Cette année, Réné II établit les Sœurs-Grises à Lunéville, sur l’emplacement de la terrase actuelle du château et de la Comédie.

Année 1587 : Quand on fortifia Lunéville, lors de l’approche de l’armée des protestants d’Allemagne, le baron d’Haussonville, colonel de l’infanterie lorraine, transféra l’Abbaye de St Remi dans la ville, de même que la commanderie de St Georges, qui était voisine et hors de la ville.

Dans les terres qu’on rapporta de cette commanderie pour fortifier Lunéville, on trouva une figure de pierre, représentant un homme armé, qui portait une espèce d’enseigne chargée d’une lune, et quelque distance de cette commanderie, la figure d’une femme, ayant la tête couverte d’un grand croissant renversé, et dont les deux cornes tombaient sur les épaules. C’est là sans doute l’origine des armoiries de Lunéville.

Cette armée de protestants allant au secours des Huguenots de France, et passant à Lunéville au mois de septembre, le Baron d’Haussonville, commandant les troupes de Charles III, fortifia Lunéville, à la hâte, et fit si bonne contenance, que cette armée n’osa l’y attaquer.

Année 1600 : Dans le cours de cette année, les Minimes, dont la maison était en face de l’aile droite du château, furent appelés à Lunéville. C’est aujourd’hui une auberge.

Année 1629 : Les religieuses de la Congrégation vinrent à Lunéville, sur une permission de Charles IV du 19 Octobre 1629, et commencèrent leur établissement dans la maison d’un nommé Duvergy à la porte d’Allemagne. En 1671, elles furent transférées dans la Grande Rue. Leur église fut commencée, avec les secours de Léopold, en 1719 et achevée en 1722. Il y avait un pensionnat et une école. Leur couvent est à présent occupé par plusieurs particuliers.

Année 1634 : Des raisons d’état, obligeant le Cardinal Nicolas François, frère de Charles IV, d’épouser la Princesse Claude, sa cousine-germaine, il se retira à Lunéville, et y mena avec lui la Duchesse Nicole et les Princesses Claude et de Phaltzbourg. Le Maréchal de la Force, qui commandait les troupes françaises, craignant les suites de cette retraite, fit marcher sur-le-champ une partie de son armée, pour investir Lunéville, et empêcher qu’il se fît rien sans le consentement du Roi Louis XIII. Le Cardinal-Duc, averti que le Maréchal avait ordre de retirer les Princesses de ses mains et de les envoyer en France, pressa la Princesse Claude de l’épouser incessamment.

La Princesse y consentit d’autant plus volontiers, qu’elle avait, depuis longtemps, de l’estime et de l’affection pour ce Prince. La dispense de mariage, nécessaire entre cousins germains, était une grande difficulté. A dix heures du soir, on envoya chercher le Prieur et le Sous-Prieur des Chanoines Réguliers de Lunéville, à qui le Duc représenta le danger auquel la Lorraine serait exposée, si le Roi de France enlevait la Princesse Claude, comme il en avait le projet ; qu’il ne voyait d’autres moyens de prévenir ce malheur qu’en épousant, à l’heure même, sa cousine germaine, sans attendre la dispense du Pape, puisqu’on était si éloigné de Rome, et que Lunéville était déjà investi par les Français. Il pria ces deux Religieux de lui dire si, dans le cas présent, ce mariage serait valide ou non.

Deux heures après, ayant consulté les canonistes, les deux Chanoines répondirent que le Duc, en qualité d’évêque diocésain, pouvait se dispenser lui-même de la publication des bans, ou donner à quelqu’un le pouvoir de l’en dispenser ; qu’à la vérité, le pouvoir de donner dispense au second degré de parenté paraissait absolument réservé au Pape, mais que les évêques en avaient quelquefois dispensé dans une extrême nécessité.

« Je suis certainement dans ce cas » répondit le Cardinal Duc. « Y eut-il jamais un besoin plus pressant de précipiter la célébration d’un mariage tel que celui-ci, où il s’agit de procurer le repos d’une famille souveraine et d’un Etat ? J’espère que le Pape n’y trouvera point à redire, et qu’il fera expédier la dispense, dès que mon exprès lui aura présenté ma supplique ».

Après cette consultation, le Prieur donna, le 11 février, la bénédiction nuptiale au Cardinal François et à la Princesse Claude, en présence du Sous-Prieur, de la Duchesse Nicole, du Marquis de Mouy, de Mme de Chamblay, Dame d’honneur de la Duchesse Nicole, de Bornet, Gentilhomme de la chambre de la Princesse Claude et du secrétaire Hennequin. Tous les autres officiers et domestiques avaient été mis hors du château. Après la consommation du mariage, le Duc dépêcha un courrier à Rome, pour remontrer au Pape la nécessité où il avait été de précipiter ce mariage, et lui demander dispense.

La ville de Lunéville fut soumise aux Français sous les ordres du Maréchal de la Ferté Senneterre.

Année 1637 : Le Marquis de Ville, commandant les troupes de Charles IV, força la garnison à se retirer de Lunéville. Il entreprit de relever les fortifications de cette place, mais le Duc de Longueville, MM. de Belfonds et d’Arpajon y accoururent avec 35 000 hommes, et la reprirent, après six jours d’attaque.

Au mois de novembre. MM. de Ville et de Froville, gouverneurs de la place, furent faits prisonniers.

Année 1639 : Du Hallier, Gouverneur de Nancy, arriva à Lunéville le lundi 11 juillet, pour commencer à faire démolir les terrasses et les remparts de cette place, qui étaient doubles partout.

Année 1641 : Le jeudi 31 janvier, un officier français nommé Mattarel, fit commencer la démolition des remparts par des paysans mis en réquisition de 10 à 12 lieues à la ronde, et à qui l’on donnait un pain de deux livres et quatre gros d’argent (près de 60 centimes).

Le 17 février, Charles IV rentra à Lunéville, en réjouissance de quoi tous les bourgeois de la ville et les habitants des villages voisins firent des feux de joie.

Les Compagnies de cavalerie des Sieurs Malvoisin et de Hainville, ont été en garnison à Lunéville, au mois de mai. Elles y ont vécu à discrétion, et ont commis de tels désordres, qu’un cavalier en mourut. Le 10 du même mois, les bourgeois de Lunéville allèrent en procession à St Nicolas et à Notre-Dame de Bonsecours, pour obtenir par leurs prières, la paix en Lorraine.

Le 10 Octobre de la même année, on mit sur le bled qu’on mettait au moulin de Lunéville, une imposition de 18 gros par resal (un peu plus de 6o centimes), pour subvenir aux charges de la ville, cela dura deux ans.

La pauvreté et la famine étaient si grandes en Lorraine, et notamment à Lunéville et aux environs, qu’on déterrait des cadavres pour s’en nourrir. Plusieurs enfants furent tués pour assouvir la faim. On mangeait des bêtes mortes fourmillant de vers, du cuir, des glands, des racines, des souris, etc. Les loups ayant goûté dela chair humaine, se jetaient sur les passants et les étranglaient ; trois habitants du village de Mont eurent ce triste sort. Ces animaux voraces attaquaient de préférence les femmes, ce qui obligea ces dernières de changer d’habits. Les gens de la campagne qui travaillaient aux champs, étaient obligés de se faire escorter par d’autres personnes, qui guettaient les loups, et les empêchaient de se jeter sur ceux qui étaient occupés aux travaux de la campagne.

Année 1643 : La guerre, la peste et la famine avaient tellement diminué le nombre des chevaux et des bêtes propres au labourage, qu’on vit, cette année , des hommes et des femmes s’atteler à la charrue , pour remplacer les bêtes de trait.

Le 18 juin, on envoya à Lunéville, de la part du Roi de France, l’ordre de fournir des pionniers pour le siège de Thionville, ce qui fit que les bourgeois se retirèrent dans les bois.

Année 1645 : L’usage du papier timbré a commencé à Lunéville, le 9 avril de cette année.

Année 1665 : L’établissement des Capucins à Lunéville, dans la rue qui porte encore leur nom, date de 1633, mais leur église ne fut bénite que le dimanche 28 Juin 1665. Le père Grillot, Prieur des Chanoines Réguliers, y dit la première messe. Une partie de leur église est convertie en magazin de houille et de fagots, l’autre en salle de danse.

Année 1678 : L’ancien château de Lunéville, avait été démoli en partie cette année, sur ordre de Louis XIV. Par la suite, Leopold le fit raser entièrement.

Pendant les années 1678,1680, 1682 et suivantes, les troupes françaises passaient en si grand nombre à Lunéville, que les habitants furent obligés d’abandonner leurs maisons, et de se réfugier, avec leurs enfants et leurs effets dans les églises et les couvents, où ils souffrirent beaucoup de la faim et du froid.

Année 1682 : On ressentit cette année quelques secousses de tremblement de terre.

Année 1697 : Le 1er janvier, le Sr. Jean-Joseph George, Régent d’école, entonna, pendant la messe de paroisse, l’antienne Domine, salvum fac Ducem nostrum Leopoldum, au grand étonnement de tout le peuple, ce qui fit connaître que la paix était faite. Le 16 du même mois, le Maréchal de Carlinfort, Grand-Maître de la Maison de S. A. R. et M. le Bègue de Chanterenne, firent leur entrée à Lunéville, et prirent possession de la Lorraine pour S. A. R.

Année 1698 : Ce Prince, rétabli dans ses États par la paix de Riswick, arriva à Lunéville le 14 mai, et entra à Nancy, pour la première fois, le 17 août, à 10 heures du soir, par la brèche de la Porte St Georges. Il épousa, le 12 octobre suivant, Mademoiselle Elisabeth-Charlotte, fille de Philippe de France, Duc d’Orléans, frère unique de Louis XIV.

Année 1702 : Le Duc Léopold sortit de Nancy le 1er décembre, pour venir à Lunéville. Madame la Duchesse le suivit en chaise à porteurs, avec des douleurs extrêmes, à la suite desquelles elle accoucha, le lendemain, d’une Princesse qui fut nommée Gabrielle. Il a fait construire, au commencement de son règne, le château de Lunéville, sur les dessins de Boffrand, son architecte. La chapelle est en petit sur le modèle de celle de Versailles. Les tribunes sont portées au rez-de-chaussée par des colonnes d’ordre ionique, et au premier étage, par des colonnes d’ordre corynthien.

Année 1706 : L’hôpital était dans l’intérieur de la ville, mais ayant été ruiné par les guerres, le Duc Léopold, au moyen d’une loterie tirée en 1709, en fit construire un autre, près des Sœurs Grises, sous le titre de St Jacques.

Année 1708 : L’evêque de Toul transféra à cet hôpital la chapelle de St Nicolas de Maixe, avec la fondation de la Demoiselle Noirelle, par acte du 13 mai, plus, la chapelle de St Sébastien et de Ste Catherine de Tantimont, et celle du St Sacrement d’Ogéviller, avec les hôpitaux d’Ogéviller et d’Einville.

Ces chapelles et ces hôpitaux furent incorporés au grand hôpital de Lunéville, par acte du 6 Avril 1709. Léopold confirma le tout par des lettres patentes. Il donna des règles d’administration, le 30 Décembre 1712. En 1719, il y fonda quatre lits et un prêtre. Bivard, chirurgien renommé pour l’opération de la taille qu’il faisait à l’Hôtel-Dieu de Paris, fut appelé dans la suite par Léopold. Cet habile chirurgien a taillé à l’hôpital de Lunéville plus de 600 calculeux.

Le 17 mai a été posée, par Léopold, la première pierre de l’hôpital de Lunéville, en présence de M. Vernasson, curé, et de M. Jean-Pierre Lebrun, chef de Police. Et le 11 Septembre 1708, l’église de cet hôpital fut bénite par M. Huguin, Abbé des Chanoines Réguliers, qui y dit la première messe.

Léopold permit, cette année, l’établissement des Carmes sur la place qui porte encore leur nom. Leur église, en face du faubourg de Nancy, à qui elle servait de perspective, était plutôt jolie que belle. La première pierre en fut posée par Léopold, le 14 novembre. Ce couvent avait alors douze religieux.

La démolition de cette église a excité les regrets des habitants de ce faubourg. Les connaisseurs y admiraient un autel sculpté par Guibal, il représentait le Prophète Elie, montant au ciel sur un char de feu.

Avant d’habiter leur couvent de Lunéville, les Carmes occupèrent, pendant quelque temps, St Léopold, jolie maison de campagne, bâtie par le Duc Léopold, très agréablement située , et renommée pour l’excellente qualité du houblon que le propriétaire actuel y cultive en grand.

La réunion du Barrois et du Luxembourg

D’après le « Manuel de la Meuse » de Jean François Louis Jeantin – 1861

La réunion du Barrois et du Luxembourg, sous les lois d’un prince barrisien, Thiébault Ier de Stenay, est l’un des grands événements politiques de la fin du XIIe siècle.

Le vieil Henry dit l’aveugle, ce preu qui se lançait, tête baissée, dans tous les conflits militaires, et qui tenait sous son sceptre le Namurois et le Luxembourg, n’ayant point eu d’enfant de Laurence d’Alsace sa première épouse, avait jeté les yeux sur Baudouin V, fils de sa sœur Aëlice de Flandre, pour succéder à ses alleuds.

La donation avait été signée en 1173, quand Henry, tout à coup, se ravise. En 1182, voilà qu’il se remarie à Agnès, fille d’un comte de Gueldres. Survient une grossesse, en 1185, et le vieillard devient père.

Cette enfant était Ermesinde, destinée à devenir la princesse la plus grande et la plus célèbre du Luxembourg.

Une compétition ardente s’établit aussitôt autour du berceau de l’héritière :
- Beaudouin, d’une part, en révolte armée contre son oncle et envahissant ses Etats
- Eudes III de Bourgogne, de l’autre, se prétendant seul successible, de par diplôme de l’empereur (Henri VI, son frère) qui avait déclaré le Luxembourg fief vacant de l’empire, pour le cas où son bénéficiaire décéderait sans héritier mâle
- enfin, le comte Henry de Champagne revendiquant les terres, d’origine champenoise, possédées par les comtes de Chiny et d’Arlon, à Stenay, à Ivoy, et dans le bassin de la Chière, de Chauvancy à Douzy.

C’est sur ces entrefaites que le vieil Henry voulut assurer à sa fille une protection dévouée, du côté du Barrois. Thiébault, fils cadet du comte Renault de Bar et d’Agnès de Champagne, était un prince de haute valeur. Il n’était encore que comte de Briey et comte de Stenay, mais on était sans nouvelles de son aîné, alors militant pour la délivrance des saints lieux.

Thiébault était veuf :
- 1° de Lorette, fille de Gérard, comte de Loos, dont il avait une fille, Agnès, qui devint épouse du duc de Lorraine, Ferry II
- 2° d’Elisabeth de Bar sur Seine, dont il avait un fils, qui fut le comte de Bar Henry II.

En 1189, fut donc arrêté le mariage de Thiébault avec la jeune Ermesinde, âgée de 4 ans à peine. La charte anténuptiale constate que Thiébault, comme maître du Briacensis, a assigné à sa fiancée le château de Briey et toutes ses dépendances, avec moitié de leurs futurs acquêts. Cette assignation fut transférée sur Saint Mihiel, après la mort du comte Henri Ier, frère ainé de Thiébault.

Les témoins de cet acte sont : Baudouin de Bar – Guillaume de Longwy – Gérard d’Othange, sire de Haute rive – Ulric de Florhanges, sire de Billy et d’Argentel – Lieutard de Briey, sire de Jametz – Wery de Walcourt, sire de la Fentsh (Fontois) – Philippe de Louppy, sire de Bazeilles – Hugues Beles de Triangulo.

Après avoir fiancé Ermesinde, le comte de Briey et Stenay ne faillit pas à la tâche de lui conserver ses Etats.

Devenu comte de Bar, par la mort prématurée de Henri Ier son aîné, à prix d’argent, d’abord, Thiébault apaisa Eudes de Bourgogne, le plus âpre de ses concurrents. Il satisfit, ensuite, à quelques prétentions de Henry de Champagne, comme comte de Rethel et Grandpré, sur les terres de l’Astenensis et du fief d’Yvoi.

Puis, avec le concours de ses braves barrisiens et notamment des chevaliers, tous indépendants alors, des basses Wabvres et du Walon, Thiébault contraignit Baudouin des Flandres et Philippe de Namur à compter avec lui.

La paix de Dinant fut conclue en 1199, et le traité de partage du Namurois, non seulement conserva à la jeune héritière ses états patrimoniaux, mais, pour de longs siècles, il adjoignit encore les comtés de Durbuy et de la Roche, au grand Luxembourg. Thiébault et ses chevaliers y firent aussi de nombreux acquêts.

Après la mort de Thibault Ier, Henry fit ses reprises de sa veuve, c’est-à-dire Ermesinde, qui, comme comtesse de Luxembourg, avait la haute suzeraineté sur les châtellenies d’Yvoix, de Saint Mard, de Jametz et de Stenay.

Quand, en 1214, celle-ci convola avec Waleram d’Arlon, Henry assista aux pompes de ses noces, à la suite de son seigneur médiat le comte Louis IV de Chiny.

Quand Ermesinde mourut, en 1246, des démêlés sanglants s’élevèrent entre son beau-fils Henry II de Bar, et son fils (du second lit) Henry II de Luxembourg, pour la possession de Marville et de Louppy.

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