La légende du Chasseur Noir

Le chasseur noir

D’après un article paru dans la revue “L’Austrasie” en 1838

Comme tous les lieux qui eurent, au moyen-âge, quelque célébrité, Prény abonde en traditions merveilleuses. La plus remarquable est celle du chasseur noir ou de la haute chasse, si répandue dans le nord de l’Europe, et qui emprunte dans chaque localité le nom d’un personnage fameux qui habitait à une époque reculée, et dont la mémoire subsiste encore.

Lors donc que le Lorrain qui a marché sur l’herbe qui égare, se trouve vers minuit proche de la tour de Belvoir, il est exposé à rencontrer la figure effrayante gigantesque, du chasseur nocturne habillé de noir, couvert d’un chapeau de l’ampleur d’un vau et qui n’est autre que le terrible sire Milon de Vandières, toujours de ronde sur les murailles solitaires, comme au temps de sa rude défense.

C’est encore lui que, pendant les belles nuits d’automne, on entend partir de Preny à grand bruit d »hommes, de chevaux de chiens et de cors, pour chasser à travers les airs et se rendre aux ruines de Condé où se fait ordinairement la halte.

Mais heureux, trois fois heureux, le Lorrain convié qui n’a pas perdu l’usage du bénédicité. Je veux vous en citer un exemple mémorable que m’a conté le très véridique doyen d’âge de Preny, vieillard de quatre-vingt-douze ans.

Par une sombre nuit du mois de novembre de l’année 1762, un pauvre ménétrier, dont je tairai le nom, cheminait tristement à travers la forêt de Villecey, vers son humble chaumière. Tout à coup, de brillantes fanfares se font entendre et la forêt est spontanément illuminée. Il s’avance, attiré par un délicieux fumet de venaison, et bientôt il est en face de quarante chasseurs noirs de la tête aux pieds, assis autour d’une table servie en vaisselle d’or.

« Un ménétrier, s’écrient tous les convives, allons ami, une aubade, et tu seras content de nous ».

Le ménétrier ne se fait pas presser, et tout en se disant « je me trompe fort si je n’ai pas affaire à sire Milon et à sa gente noire », il racle de son mieux un vieil air de chasse, qui est bruyamment applaudi.

« Un siège, un couvert et cinquante pièces d’or au ménétrier » crie dans son tonnant enthousiasme le chef du banquet, colosse de huit à neuf pieds de haut.
« Merci … sire … Milon, c’est trop d’honneur » balbutie le convive improvisé.
« Eh, l’ami, qui t’a si bien instruit de mon nom ? »
« C’est que … »
« C’est que tu me prends pour le chasseur noir. Eh bien ! Tu vois que je ne suis pas un aussi mauvais diable que vous me faites, race de manants dont j’ai si bien étrillé les pères ».

Et d’un geste impérieux, il indique à son interlocuteur le couvert que des mains invisibles venaient d’apprêter.

En bon catholique, notre ménétrier ne voulut pas prendre place au banquet sans avoir récité ses prières. Il se recueille donc, fait le signe de la croix et dit son bénédicité. Il en était à peine au second verset, qu’un cri infernal parti des entrailles de la terre, arrache de leurs sièges les quarante chasseurs et les enlève à cent pieds de hauteur.

Chevaux, chiens, maîtres et piqueurs tourbillonnent pendant quelques secondes dans une épouvantable confusion et sont entraînés avec une telle prestesse à travers les airs, que les valets n’ont pas le temps de lever la nappe.

Quant au ménétrier, il achève tranquillement son bénédicité, boit et mange en joyeux compagnon et s’adjuge une telle part de vaisselle d’or, que ses descendants sont aujourd’hui riches à millions.

Hélas, ajouta le doyen d’âge de Preny, mes rencontres avec sire Milon, n’ont pas été aussi heureuses et je crois encore sentir les caresses, qu’il fit à mes épaules il y a vingt-quatre ans. Je revenais de Pont-à-Mousson, où j’étais allé chercher des provisions, pour nourrir et abreuver quinze cosaques qui avaient enyahi ma demeure. Comme minuit sonnait à l’horloge de notre vieille église, voilà le chasseur noir qui se dresse devant moi.

« Où vas-tu ? D’où viens-tu ? » me crie-t-il d’une voix courroucée.
« J’ai quinze cosaques à nourrir et à abreuver, lui répliquai- je. Je viens de … ».

Il ne me laissa pas achever.

« Des cosaques à Preny, fit-il avec rage, arrière, arrière, fils de manant », et une grêle de coups accompagna son apostrophe. Je ripostai de mon mieux, mais que pouvais-je contre ce damné ?

Il m’eut bientôt étendu à ses pieds, et m’appuyant son genou sur la poitrine, il me somma de le suivre. Je lui répondis que je ne suivrais jamais que Notre Seigneur. Ce saint nom redoubla sa fureur. Il me saisit d’un bras vigoureux me balança quelque temps dans les airs, et me lança au loin dans la plaine, comme vous eussiez fait d’une pelote de coton. Je me relevai, moulu, meurtri, rompu et tellement ahuri, que j’errai plus de deux heures à travers champs, avant de retrouver mon chemin.

Quand j’arrivai chez moi, le jour commençait à poindre et mes quinze cosaques étaient déjà debout. A mon aspect, ils poussèrent un cri d’effroi et s’enfuirent les uns par la porte, les autres par les fenêtres. En effet, j’étais effrayant. Mes cheveux hérissés, mes traits bouleversés, mes vêtements en désordre me donnaient l’air d’un déterré.

Mes propres enfants eurent peine à me reconnaître, ils me mirent au lit. J’y restai trois mois en proie au délire de la fièvre et à l’affreuse vision du chasseur noir. Aujourd’h’ui encore, je ne puis me le rappeler sans frémir.

Et tout le corps du bon vieillard tremblait à la seule souvenance de son terrible adversaire.

Tel fut son récit : il était fait avec un accent de vérité qui ne me permettait pas de douter, sinon de la réalité de l’aventure, du moins de la bonne foi de sa crédule victime.


Archive pour décembre, 2010

Les ruines du château de Mousson (54)

Blason Pont-à-MoussonRuines du château de MoussonRuines du château de MoussonCarte château de Mousson

D’après « L’histoire des villes de France » – Aristide Guilbert – 1845

Au sommet de la montagne de Mousson, couronnée de nos jours par les ruines imposantes de la forteresse du moyen âge, se trouvaient jadis un château-fort, un village, une église paroissiale et une chapelle castrale.

Le château date sans aucun doute d’une très-haute antiquité : les débris romains qu’on y a retrouvés, à diverses époques, ont fait penser qu’une station fortifiée avait existé sur ce point, et, de conjectures en conjectures, on est venu à prétendre que le nom latin Monsio n’était qu’une abréviation du nom primitif Mons Jovis.

Dès le XIe siècle, le château de Mousson joue un rôle important dans l’histoire du pays. A Louis de Montbéliard succède Thierry II, qui reporte le titre de comte de Mousson dans la maison de Bar, d’où il était sorti par le mariage de Louis avec Sophie, fille de Frédéric II.

En 1113, l’empereur Henri V, ayant fait prisonnier le comte Renaud Ier, successeur de Thierry, vint assiéger le château de Mousson. La comtesse Gillette, fille du comte Sigfrid de Briey, y était enfermée. Elle résista bravement aux efforts des troupes impériales. Henri V fit alors planter une potence devant le château et menaça la comtesse de faire pendre son mari si elle ne rendait la place. Dans la nuit même, Gillette accoucha d’un fils, depuis le comte Hugues, et le lendemain elle fit dire à l’empereur qu’il y avait un nouveau comte de Bar, et qu’il fit de l’ancien ce qu’il voudrait. Le monarque, furieux, allait faire pendre le comte Renaud, mais tous les seigneurs qui l’accompagnaient intercédèrent si bien pour le prisonnier, qu’il eut la vie sauve.

En 1492, un accident mit le feu au magasin à poudre du château de Mousson, qui fut presque entièrement brûlé. On le rétablit, et en 1567, il donna asile au prince de Condé et à l’amiral de Coligni. Il subit enfin le sort de toutes les places fortes de la Lorraine et fut démoli par les Français, en 1670.

Le château et la maison seigneuriale de Charmes (88)

Blason de CharmesPlan de la ville de Charmes avec le châteauLe château et la maison seigneuriale de Charmes (88) dans Châteaux et forteresses en Lorraine anciennemasonduchaldron.vignettemasonduchaldronrestauree.vignette dans Les Vosges d'AntanMaison seigneuriale de Jean de Charmes

 

D’après un article paru dans les « Mémoires de la société d’archéologie lorraine » en 1870.

 

 

Placé, du XIe au XIIIe siècle, sous la dépendance des comtes de Toul, Charmes fut, en 1285, incorporé au duché de Lorraine, dont il partagea la bonne et surtout la mauvaise fortune.

Le duc de Bourgogne surprit et ravagea la ville en 1475. Elle fut restaurée et agrandie au XVIe siècle, et, en 1635, les Français et les Suédois la détruisirent presque entièrement par le pillage et l’incendie. La peste et la famine ajoutèrent leurs ravages aux horreurs de la guerre, et ses malheureux habitants, décimés par la contagion, minés par l’ennemi, furent, jusqu’à la fin du XVIIe siècle, réduits à la plus affreuse misère.

Longtemps siège d’une prévôté, la ville de Charmes devint chef-lieu de bailliage en 1751.

 

Le château

L’édifice le plus ancien et le plus considérable de la ville de Charmes était le château, bâti, vers le commencement du XIe siècle, par les comtes de Toul. Un plan sommaire, déposé aux archives du département des Vosges, en indique l’emplacement. Le château s’étendait sur l’espace occupé par le jardin de Mlle de l’Espée et par le bâtiment des halles.

Placé sur un tertre élevé, il dominait le cours de la Moselle et formait un vaste carré, flanqué, au midi, de deux grosses tours rondes. Une courtine, percée de rares meurtrières, formant plate-forme pour les défenseurs, en cas d’attaque, reliait ces deux tours. Une chapelle castrale occupait l’angle nord-est du carré. La porte d’entrée, extrêmement étroite, donnait sur la grande rue.

Autour du château régnait une large lice, munie de merlons et protégée, au midi et à l’est, par des escarpements très prononcés. Au bas de ces escarpements se trouvait le mur d’enceinte, joignant, d’un côté, le fossé de la ville, et baigné, de l’autre, par les eaux de la Moselle. Dans cette dernière partie du mur, était la poterne pour les sorties secrètes du château. Une partie du mur de soutènement de la lice existe encore aujourd’hui dans le jardin de Mlle de l’Espée, et montre la solidité de ces constructions, composées d’assises réglées, d’une hauteur uniforme de 33 centimètres.

Le château de Charmes était une forteresse et non une résidence. Il servait à la garnison de la ville, et, bien qu’il renfermât une chapelle castrale, il ne parait pas avoir été habité par les comtes de Toul, et encore moins par les ducs de Lorraine. Pendant leur séjour à Charmes, les seigneurs descendaient dans « la grande mâson dite du Chaldron », dont Jean de Charmes fit ses reprises sous le duc René II, et les comptes annuels des receveurs, qui relatent, d’une manière scrupuleusement détaillée, les possessions du duc, ne mentionnent jamais un mobilier faisant supposer une habitation.

Jusqu’à l’époque du second pillage de Charmes, en 1635, le château et la chapelle furent maintenus en bon état d’entretien, aux frais du duc et souvent avec le concours de la ville. On lit dans les comptes du domaine, pour l’année 1553 : « 30 gros payés à Gérard Claudon Gillet, maçon d’Ubexy, pour, par lui avec un sien serviteur, avoir resparé et réadoubé les murailles du chasteau dudit Charmes, du costel de la rivière, lesquelles s’estoient rompues en divers lieux. Pour lesquels ouvrages parfaits et accomplis, les gouverneurs dudict Charmes ont fourni et donné gratuitement à Monseigneur la chaulx et le sable avec les manouvriers pour façonner, en rendant le tout en place, cy… 30 gros ».

Le même receveur, en 1593, « faict despence de 26 francs 6 gros qu’il a payés à un nommé Jean Frizon, masson, en marché faict avec lui, pour avoir rhabillé un angle de vingt pieds de hauteur, en la tour de la chapelle du chasteau de Charmes, qui menaçoit ruyne, réparé et crépy tout à neuf, en bas de ladicte tour du costé du midy, qui s’en alloit desmoly, et 30 gros à un nommé Mathias Saurel, pour avoir recommencé la toiture de ladite tour, qui estoit fort endommagée des grands vents et orages ».

Enfin, en 1605, les receveur et contrôleur « donnent avertissement à Messieurs de la Chambre des Comptes de Lorraine qu’il est nécessaire de sauver après maintes réfections, en plusieurs endroits, la tour de la chapelle castrale dudit Charmes, principalement en la couverture et du maronage d’icelle, qu’il faut par nécessité refaire tout à neuf, d’aultant qu’il est tout pourri de vieillesse. Laquelle tour est sans crespy de deux côtés, et une neuve montée pour aller en ladite chapelle, d’aultant que celle qui y estoit a estée du tout ruynée par le temps des neiges dernières, lesquelles réfections se peuvent faire à peu de frais, pourquoi plaira à Messieurs iceulx ordonner ».

La chapelle fut desservie jusqu’en 1662, époque à laquelle les ornements furent pillés par les gens de guerre, à l’exception du calice d’argent, sauvé par le curé de Charmes.

 

Le château était confié à la garde d’un capitaine, ayant sous ses ordres la garnison de la ville, composée de la milice bourgeoise, des arbalétriers, devenus plus tard la compagnie des arquebusiers, et des troupes que les ducs, en certaines circonstances, plaçaient dans la ville.

En 1473, Gaspard de Raville commandait la place de Charmes. En 1475, la ville avait pour capitaine le Petit-Picard, qui fut pendu par les Bourguignons, près de la porte de la Croix, avec les quarante Gascons mis sous ses ordres. Après la victoire de Nancy, René II donna la garde du château au capitaine Jean de Charmes, en le dotant d’une pension de vingt-cinq francs, « pour ses bons et agréables services ». Le 11 mars 1527, Thomas des Armoises fut nommé capitaine de Charmes.

En 1635, le baron d’Anglure défendait Charmes à la tête d’un détachement du régiment de Saint-Balmont, et des bourgeois armés, sous les ordres du maire Didier Régal. En 1661, les fonctions de capitaine se confondirent avec celles de prévôt de l’office de Charmes.

Indépendamment du château, la ville était protégée par un mur d’enceinte, qui, jusqu’au règne de René II, avait pour limite, au nord-ouest, la rue des Tanneries et la ruelle des Olivettes. Pendant le XVIe siècle, la population s’accrut, des constructions s’élevèrent hors de l’enceinte du nord-ouest et l’ancienne clôture disparut pour former la rue du Pont, suivre la rue du Pâtis, et, remontant, dans la direction de la rue des Prés, rejoindre l’enceinte primitive, derrière la rue du Four. La ville se trouvait ainsi entourée d’un mur d’enceinte, protégé lui-même par un fossé continu.

Un étang, établi sous la colline du Haut-du-Mont, permettait, en cas de siège, d’inonder les fossés, dont les eaux étaient maintenues par une double écluse. En parcourant les prés qui s’étendent entre la ville et cette colline, on reconnaît facilement les dispositions de cet étang, dont l’existence est affirmée par les comptes de la recette. En 1496, le receveur Henry Louis rapporte une dépense pour achat de poissons destinés à l’étang de Charmes. Dans le compte de 1513, figurent les frais de réparation de la chaussée de l’étang.

Par un acte d’acensement du 4 février 1738, il fut fait « abandon à Paul Martin, laboureur à Charmes, d’un jardin situé sur le ban de Charmes, lieudit à l’Ecluze, au-dessous de la chaussée de l’étang, contenant 5 jours 5 verges, moyennant 5 francs 5 gros de cens annuel ».

La ville, ainsi fortifiée, avait quatre portes avec tours et ponts-levis. Ces tours servaient de logement aux guets des portes, elles renfermaient en outre un corps de garde ordinairement occupé par la milice bourgeoise.

La première, au midi, sur la route d’Epinal, portait le nom de porte Bazin. Vers le bas de la grande rue, en pénétrant, à gauche, dans une petite ruelle qui a conservé le nom de ruelle de la porte Bazin, on voit encore un pan de mur demi-circulaire (maison Dieudonné, aubergiste) qui appartenait à l’une des tours de cette porte. L’autre s’écroula en 1674 et effondra la maison d’un nommé Nicolas Rouyer.

Au nord-est, à l’extrémité de la rue du Pont, se trouvait la porte de Moselle. Quelques habitants de Charmes se rappellent encore avoir vu, au commencement de ce siècle, les restes de cette porte, composée d’une grande ouverture pour les voitures et d’une porte plus petite pour les piétons. Elle n’était point parallèle au cours de la rivière. Appuyée à l’est à la maison Viriot, elle était contiguë, en biais, à la maison Fève, laissant, en dehors de la ville, la rue actuelle du Pâtis.

Au nord-ouest, vers le milieu de la rue des Capucins, et près de la rue des Prés, était la porte de la Chapelle, ainsi nommée à cause de l’ancienne chapelle du cimetière, placée dans le voisinage. Sous le règne de Léopold, la ville prit une extension nouvelle : les maisons bâties alors formèrent le prolongement de la rue des Capucins. C’est à cette époque qu’en vertu d’une délibération du conseil de ville, du 6 septembre 1707, cette porte fut démolie pour la commodité du public.

La quatrième porte, dite porte de la Croix, donnait accès à la ville, vers l’ouest, dans la direction du pré des Gascons. Près de là, une croix commémorative remplaçait les arbres auxquels furent pendus, en 1475, les défenseurs de Charmes.

 

Entre l’Hôtel-de-Ville actuel et les premières maisons de la grande rue, était une grosse tour carrée, servant de porte à l’enceinte primitive. Le rez-de-chaussée, surmonté d’une voûte en maçonnerie, était occupé par de petites boutiques, et l’horloge de la ville était placée dans la partie supérieure. Cette tour fut démolie en 1755. La construction en était si considérable, que, pour en opérer la démolition, payée par la ville 995 fr. à Nicolas Gaudel, il fut stipulé, dans le procès-verbal d’adjudication, daté du 18 août, que l’entrepreneur emploierait quinze ouvriers, pendant cinq semaines, et que les décombres seraient conduits dans le chemin de la fontaine, hors de la porte Bazin.

Après le pillage de 1635, le château, le mur d’enceinte et les portes furent démantelés et en partie démolis. Peu à peu, ils tombèrent en ruines. En 1668, on ne désignait plus la forteresse que sous le nom de vieil chastel. Après le traité de Rysvick (1697), loin de songer à les rétablir, on ne chercha qu’à en tirer un profit quelconque pour les revenus du duc. Toutefois, pendant quelques années, on répara les portes, sinon comme défense, au moins comme clôture de la ville contre les malfaiteurs, pendant la nuit.

Le château, ses dépendances et les fossés furent convertis en jardins et acencés à divers particuliers, moyennant une faible redevance annuelle :
« Florentin Martin et consorts acquirent, en 1666, 20 toises 6 pieds 4 pouces de terrain à prendre dans les fossés et barbacanes dudit lieu de Charmes, pour en jouir, par chacun d’eux, suivant l’alignement de leurs maisons, moyennant un cens annuel et perpétuel de 6 gros par chacune toise, à proportion du terrain que chacun d’eux occupera ».
« Noble François de l’Espée payait chacun an 3 francs de cens annuel pour le pendant du faux fossel devers la rivière, entre le bied du moulin d’une part et la muraille d’autre. Le même devait chacun an 9 gros pour une place contenant demy jour au faux fossel, der- rière les maisons du faubourg, les hoirs de Nicolas des Armoises d’une part et les pointes des meix d’autre ».

Le rachat de ces différents cens, effectué sous l’empire d’une législation nouvelle, constitua, pour les anciens possesseurs, des titres définitifs de propriété.

Ainsi disparurent le mur d’enceinte et le château, qui avaient si mal protégé la ville pendant les mauvais jours. Sur une partie de ces ruines, s’élève aujourd’hui le bâtiment de la halle aux grains et de l’école primaire.

 

La maison seigneuriale ou « La grande mâson du Chaldron »

On ne trouve plus, à Charmes, de pittoresques maisons du moyen âge, plus de tourelles ni de pignons sur rue. Le pillage et l’incendie ont détruit ces demeures, dont l’élégance nous est attestée par des pierres sculptées et des débris de statues engagés çà et là dans la maçonnerie des façades (Notamment rue du Four, près de la salle d’asile, au bas de la grande rue et à l’angle de la place de l’Hôtel-de-Ville et de la rue des Capucins).

Cependant, vers le milieu de la grande rue, on s’arrête avec intérêt devant les restes d’un hôtel de la Renaissance, qui, par la solidité de ses murailles, a défié la fureur des Suédois.

Une large corniche, ornée d’oves, couronne l’édifice, et des gargouilles en pierre, sous forme d’animaux bizarres, s’élancent au-dessus de la voie publique. Encadrées de profondes moulures, les fenêtres sont surmontées d’un fronton en relief et accompagnées de colonnes élégantes, dont plusieurs ont disparu. Une niche artistement fouillée est à l’angle du premier étage.

L’entrée principale donne dans la rue du Cougnot. Le bandeau d’une large porte aux coins arrondis est orné des plus délicates arabesques. Les colonnes latérales ont été détruites, mais les soubassements et les chapiteaux existent encore et, malgré de nombreuses mutilations, on admire le bon goût et la rare habileté qui ont présidé à cette construction.

C’est là tout ce qui reste de l’ancienne demeure des seigneurs de Charmes, située non loin du château et de l’église, et désignée, dans les anciens titres, sous le nom de « la grande mâson du Chaldron » car, ainsi qu’on l’a dit plus haut, le château bâti par les comtes de Toul était moins une résidence qu’une forteresse.

Aujourd’hui, les murs noircis de la maison de Jean de Charmes servent d’enseigne à un estaminet. Une couverture en tuiles a remplacé les combles d’ardoises que couronnait une dentelle métallique, et la porte, autrefois blasonnée, de la résidence de Charles III, donne accès à l’étal d’un charcutier !

Naguère une écurie et un grenier à foin occupaient les galeries du Musée lorrain. D’énergiques efforts ont sauvé de la ruine le palais ducal de Nancy, en lui assignant une destination patriotique. Nous ne pouvons espérer une semblable transformation pour l’hôtel de Jean de Charmes, mais nous serions heureux si, en appelant l’attention sur cet édifice remarquable, nous avions pu concourir à en assurer la conservation.

 

En 2010, 140 ans après la publication de cet article, la maison de Jean de Charmes, la “grande mâson du Chaldron” ou la maison des Loups, est sauvée. Cette belle demeure a été rachetée par la municipalité de Charmes en 1999 et elle est aujourd’hui restaurée.

Pour découvrir de superbes photos de « la maison des Loups » restaurée, rendez-vous ici.

 

 

Le Paris-Metz

Le Paris-Metz

 

Gourmandise composée d’un macaron trois couleurs (jaune or, jaune citron et framboise), d’une mousseline au bonbon arlequin et de 6 framboises, le Paris-Metz a fait son apparition en 2008.

Adresses :

- Chocolatier Patissier Fresson 17 rue du grand cerf 57000 METZ
                                       
ou 37 avenue Jean Jaurès 54800 JARNY
- Patisserie chocolaterie Thiriot 17 rue de la fontaine 57000 METZ

Les ruines du château de Prény (54)

Ruines du château  de PrényCarte de Prény

 

Petit village situé en Meurthe-et-Moselle, Prény est dominé par les ruines de son château médiéval, qui fait l’objet d’un classement aux monuments historiques depuis 1862.

Je vous propose de découvrir l’histoire de ce château qui, à une époque, était qualifié comme étant l’un des plus puissants boulevard de la Lorraine.

Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après la monographie « Histoire de Pont-à-Mousson et des environs » – Napoléon Henry  - 1829
et d‘après un article paru dans la revue « L’Austrasie » en 1838

Une des ruines les mieux conservées est celle de cet antique manoir, dont le squelette atteste les fureurs de Richelieu, lorsqu’il perdit l’espoir de couronner sa nièce. Ce château existait dès l’an 960, comme on le voit par une charte de l’empereur Othon.

C’était un des plus puissants boulevards de la Lorraine. Les ducs, d’après la chronique, en tiraient leur cri de guerre, « prini ». Ils le portaient sur leurs casques en forme de devise, leurs preux le poussaient dans les combats, et, dit un auteur : « Ils crient prini ! Prini ! Honneur au riche duc Ferry ! Marchi entre trois royaumes ».

C’est le moyen âge qui fit la réputation de Preny. Le premier siège que cette forteresse eut à soutenir fut en 1139 contre Etienne de Bar, evêque de Metz. La troupe de ce prince allait s’emparer du château lorsqu’une réconciliation eut lieu avec le duc Matthieu Ier.

En 1207, Thiébaut Ier, comte de Bar, s’avança avec une troupe d’aventuriers, ruina Preny et fit son gendre prisonnier. Ferry, ayant recouvré sa liberté, reconstruisit la forteresse et l’augmenta de quatre hectares.

C’était un carré flanqué de hautes et fortes tours liées entre elles par d’épaisses murailles, et des galeries souterraines creusées dans le roc vif. A l’une des extrémités de ces constructions, qui formait le château proprement dit, s’élevait un second édifice entouré de fossés, flanqué également de tours sur l’une desquelles était placée la fameuse cloche nommée Mande-Guerre. Cette tour, la plus grosse, porte encore aujourd’hui ce nom.

Ce pâté de bâtiments, qu’on appelait le donjon, contenait la chapelle ducale et les grands appartements. On remarque une ruche immense dans l’une de ces tours, où l’on pénètre par une issue pratiquée nouvellement dans l’épaisse muraille, les prisonniers y étaient descendus par une ouverture à la voûte supérieure.

Une place d’armes, les logements de la garnison, les loges où se réfugiaient les paysans de la seigneurie en temps d’invasion, occupaient l’espace compris entre le donjon et le château, dont un double rang de fossés et trois fortes portes complétaient les moyens de défense.

En 1262, Thiébaut II, comte de Bar, l’assiégea en vain pendant cinq mois. Quatre ans après, ce même comte remporta sous ces murs une bataille sanglante sur les forces combinées du Luxembourg et de la Lorraine.

En 1286, Bouchard d’Avènes, soixante-septième évêque de Metz, l’investit avec 4 000 soldats et 100 cavaliers bardés de fer, à la solde journalière de cinquante tonneaux de vin et de 700 livres messines. Mais tous ses efforts échouèrent devant Milon de Vandières, l’un des types de ces barons de fer du moyen âge. La lutte dura cinq années. Bouchard y férit moult coups de lances, y captura moult prisonniers, entre autres messires Jehan et Girard de Rosières, Chivelliers, Tourraingeots, très aimés du cuens de Bar, Thiébaut II, pour lors allié du duc de La Hérègne, Ferry, troisième du nom.

Après une aussi belle défense, Preny devint l’apanage des fils aînés de Lorraine. Quand le duc était à Preny, les hommes de Pasgny étaient obligés de proseigner geline et d’y faire la garde une fois. L’abbesse de Saint Pierre de Metz, et son couvent, en qualité de dames de Nourroy, devaient à chacun an, à la recette de Preny, le cri et la chevauchée de ladite ville, un guet au chastel, deux charretées de vin du meilleur du cru, deux muids de blé, et deux gelines à chaque maistre d’hôtel.

Les sires de Vandières, de Vandelainville et Bayonville étaient également tenus à la garde de la forteresse. Preny, après quarante ans d’occupation bourguignonne, advint à Louis de Guise, il le possédait lorsque le chasteau du bon duc Ferry, tant merveilleusement accousté que place que l’on eût vue, se rendit à Richelieu.

On voit encore à Preny huit tours démolies à moitié, une partie des murs d’enceinte sur lesquels on remarque la croix à deux croissants inégaux de Réné, le héros de Nancy, une des trois portes du fort encore intacte, un corps de garde avec ses arceaux en ogive, un puits de 136 pieds de profondeur, aujourd’hui condamné, enfin de vastes souterrains. La magnifique chapelle castrale, dite des ducs de Lorraine, ne fut détruite qu’en 1785, et l’antique église du bourg n’a été rasée qu’en 1827.

Il y a aussi là une sainte fontaine qui guérit de la fièvre quarte. C’est là que s’arrêtèrent obstinément, à cause des mauvais chemins probablement, en 1634, les huit bœufs qui traînaient à la fonderie, la tonnante Mande-Guerre, qui tant de fois donna le signal du combat, et qui fit si souvent palpiter des cœurs généreux. En la brisant, on ne s’aperçut pas d’un large éclat tombé dans le bassin de la fontaine. Avec cette écaille, on fit la cloche actuelle.

En traçant un sillon dans un champ, on trouva un squelette à côté duquel était une javeline, et dernièrement, le propriétaire vient de faire réparer quelques souterrains.

Si des hauteurs qui dominent Prény, vous contemplez le fertile bassin de la Moselle, vingt siècles se dérouleront aussitôt devant vous, tant la vue plane sur une suite de lieux historiques.

Derrière, c’est Norroy-la-Romaine, c’est Mouçon de même origine, c’est le magnifique monastère des prémontrés de Pont-à-Mousson dans toute sa pompe architecturale.

En face, c’est Metz, c’est Jouy et ses arches gigantesques attribuées à Drusus, c’est Voisage aux féodales et pacifiques conférences, c’est Novéant et ses cachots aux vengeresses conjectures, mais ne cherchez plus sa romane église, empreinte du souvenir des Guise, elle a disparu.

Sur votre droite, c’est Vittonville où reposent les restes mortels du lieutenant-général Marie vicomte de Fréhault, type de l’honneur et de la fidélité.

Sur votre gauche, c’est Pagny, patrie du comte de Serre, l’orgueil de notre magistrature et l’une des plus belles gloires de notre tribune parlementaire.

Enfin, à trois quarts de lieue des ruines de Preny, gisent celles de l’abbaye de Sainte-Marie-aux-Bois, pieuse demeure fondée au XIIe siècle par Simon Ier, duc de Lorraine.

On le voit, tout ici parle le langage de l’histoire, tout semble s’unir pour inspirer de sérieuses méditations.

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