Henri II le Débonnaire (1608-1624)

 

D’après la monographie imprimée
« Récits lorrains. Histoire des ducs de Lorraine et de Bar » d’Ernest Mourin
Publication 1895

Il devrait se nommer Henri Ier. On fit pour lui ce qu’on avait fait pour Charles II et l’on changea son rang numérique, en allant chercher un Henri Ier qui avait été duc bénéficiaire au Xe siècle.

Le règne d’Henri II fut la pâle continuation de celui de Charles III, ou plutôt, une sorte de préface du règne de Charles IV. Rien ne fut changé dans les relations de la Lorraine avec la France. Le roi et le Duc semblaient unis par une sincère amitié qu’auraient au besoin entretenue les soins des deux parentes, la reine et la Duchesse.

Toutefois, il n’est pas douteux que l’autonomie de la Lorraine fut menacée par la politique d’Henri IV. Le roi le plus vraiment Français de notre histoire, ardemment préoccupé de l’avenir de la France, les yeux tournés vers le Rhin, comme tous les sincères patriotes, mûrissait avec prudence, mais avec un esprit de suite que rien ne troublait, ce qu’on a appelé le « grand dessein », qui tendait au remaniement de l’Europe par la dislocation de la maison d’Autriche.

En 1609, tout était prêt. Les dernières traces de la guerre civile étaient effacées, l’autorité royale reconnue partout, les plus fiers soumis, le trésor rempli par Sully, l’armée complètement organisée.

L’ouverture de la succession des duchés de Clêves et de Juliers offrait une occasion excellente pour mettre en branle une vaste coalition déjà toute formée.

Avant d’entrer en campagne, Henri IV s’occupa de la Lorraine, par laquelle il fallait passer.  Le duc Henri II avait eu de son second mariage deux filles, Nicole et Claude. Comme il n’avait pas d’héritier mâle, et le droit des femmes à succéder étant reconnu en Lorraine, Henri IV pensa qu’il pourrait préparer, sans aucune lutte, la réunion jugée indispensable à ses projets en mariant son fils avec l’héritière des deux duchés.

Le dauphin, qui fut plus tard Louis XIII, n’avait que 8 ans et la princesse Nicole entrait dans sa troisième année. Mais le bas âge de ces deux enfants n’était pas pour empêcher une combinaison politique.

Le roi chargea un de ses familiers, le brillant François de Bassompierre, seigneur lorrain, dont le père, Christophe de Bassompierre, avait négocié le traité de Folembray, d’aller voir le Duc, de sonder le terrain et finalement de lui demander la main de sa fille ainée.

Henri II, caractère timide, irrésolu, se trouva dans le plus grand embarras. D’une part, l’Espagne avait devancé la France et déjà fait des ouvertures pour un infant et, d’autre part, il redoutait les colères de son frère François, comte de Vaudémont, qui posait la candidature de son fils, le plus proche héritier mâle de la couronne. Il ne savait pas comment, et par qui se tirer de ces difficultés.

Une fable, dit-on, en eut l’honneur. Le président Bonnet lui conta la vieille histoire de l’âne, du roi et du charlatan, et lui persuada que ce n’était pas s’engager sérieusement avec une échéance de plus de dix années. Le duc acquiesça donc à la demande de Bassompierre et les articles du contrat furent promptement rédigés.

Comme on l’avait prévu, au premier bruit de l’alliance projetée, son frère, le comte de Vaudémont, protesta avec violence et se répandit en menaces, déclarant, que si Nicole épousait un étranger, il y aurait guerre civile et qu’il y périrait avec toute sa maison, plutôt que de consentir à ce qui serait une véritable trahison à l’égard de la Lorraine.

La rupture des deux frères menaçait de troubler les duchés et de les partager en deux camps, lorsqu’une affreuse catastrophe remit tout en question. Henri IV fut assassiné par Ravaillac le 14 mai 1610.

C’en était fait des projets du grand roi. La régente Marie de Médicis ne parla plus de la princesse Nicole et, changeant complètement de politique, se rapprocha de la maison d’Autriche, et négocia le mariage de son fils Louis XIII avec l’infante Anne, fille du roi d’Espagne.

Henri II, qui ne s’était prêté qu’à contre-coeur aux conventions de 1609, respira en paix pendant quelques années. Il s’occupa uniquement des affaires intérieures de son duché. Comme son père, il donna tous ses soins aux travaux publics. Il acheva de fortifier les murailles, continua le palais ducal et la ville neuve. Il agrandit ses domaines en achetant à la duchesse de Mercoeur, le marquisat de Nomeny et quelques autres terres. Il acquit aussi la ville de Lixheim.

Il poursuivit l’oeuvre religieuse de son père en combattant la Réforme par une législation sévère, mais surtout en s’efforçant de ramener les protestants au moyen de prédications, qui furent dirigées principalement par le père Fourier, le célèbre curé de Mattaincourt, fondateur de plusieurs congrégations et organisateur de l’enseignement populaire.

Mais la question de la succession au trône ducal était toujours instante. Henri II, ne pouvant se résigner à la solution la plus simple et la plus convenable, qui eût été l’union de sa fille avec son neveu Charles, produisit tout à coup un nouveau prétendant. Ce fut Louis de Guise, baron d’Ancerville, un fils naturel de ce cardinal de Guise qui avait été assassiné à Blois, en même temps que le Balafré.

Le comte de Vaudémont protesta par un manifeste qui fut envoyé à toute l’Europe, et cette fois, l’opinion publique en Lorraine se prononça en sa faveur, bien qu’à cette époque l’irrégularité de la naissance n’eût pas une importance aussi grande qu’aujourd’hui. Puis, après avoir reproché à son frère de préparer la ruine de sa maison, il se retira auprès de son beau-frère, l’électeur Maximilien de Bavière.

Henri II n’en persista pas moins dans ses projets. Pendant plusieurs années, se continua une polémique de mémoires et de factums. Vaudémont, après avoir seulement réclamé la main de Nicole pour son fils, prétendait maintenant établir que cette princesse n’était pas la droite héritière, le duché ne pouvant tomber en quenouille.

Pour assurer à son fils Charles, l’appui de la France, il l’envoya à la cour où ses cousins, les Lorrains de la branche cadette, bien déchus depuis Mayenne, venaient de recouvrer quelque crédit. Le futur Charles IV était un enfant espiègle, hardi, spirituel, effronté. Il devint l’enfant gâté du Louvre.

Le mélancolique Louis XIII adora en lui ces qualités exubérantes d’audace, de vivacité, de résolution qui lui manquaient à lui-même. Après le mariage, la reine Anne d’Autriche partagea l’engouement général et conçut même pour Charles de Lorraine un tendre sentiment qu’elle lui conserva pendant tout le règne.

Vers sa quinzième année, son père le ramena à Nancy pour essayer le prestige dont on faisait si grand bruit. Mais Nicole résista au charme tout français de son cousin. De son côté, Charles goûta peu une princesse gauche et timide et bientôt, il rejoignit son père en Bavière.

De grands événements se préparaient en Allemagne. La défenestration de Prague avait ouvert la guerre de Trente Ans (1618).  Les protestants ayant proclamé roi de Bohême, le comte palatin Frédéric, le chef de la Ligue catholique, Maximilien de Bavière, envahit le royaume et remporta la célèbre bataille de Prague ou de la Montagne-Blanche (1620).

Le jeune Charles y gagna ses éperons. Il n’avait que quinze ans, mais il déploya, outre une brillante valeur, une telle sûreté de coup d’oeil, une telle présence d’esprit, que son oncle Maximilien et ses généraux augurèrent qu’il y avait en lui l’étoffe d’un capitaine. A la suite de cette campagne de Bohême, Charles était allé voyager en Italie. Pendant son absence, il se passa un incident tragique qui sembla d’abord tout perdre, et qui au contraire hâta le mariage.

Henri II avait envoyé à Munich un de ses affidés, le comte de Lutzelbourg, pour y négocier avec l’Électeur et surveiller les agissements de son frère Vaudémont. Celui-ci, furieux de cette sorte d’espionnage, donna ordre au capitaine de ses gardes, un Piémontais nommé de Riguet, de suivre l’agent lorrain à sa sortie de Bavière, et de le tuer où il pourrait le rejoindre.

Le capitaine l’atteignit près de Nancy.  Il voyageait en carrosse, de Riguet le provoqua. Il refusa de descendre en disant : « Je vous ferai raison lorsque j’aurai rendu compte de ma mission à mon maître ! ». Là-dessus, on lui tira deux coups de pistolet qui le tuèrent. Les assassins s’enfuirent.

Dans les premiers transports de son indignation, en apprenant cet odieux attentat, Henri II jura de ne plus revoir, ni son frère ni son neveu, et de marier immédiatement sa fille avec Louis de Guise. On parvint cependant à l’apaiser et on lui persuada qu’il fallait avant tout, préserver la Lorraine des maux qu’une rupture définitive entraînerait fatalement.

Un carme déchaussé, nommé le père Dominique, très populaire et vénéré comme une sorte de thaumaturge et de prophète, le menaça de la damnation éternelle s’il ne pardonnait pas.

Henri, vaincu, consentit à se rapprocher des Vaudémont et à leur donner sa fille, mais à deux conditions :
- le prince Charles, dans le contrat de mariage, reconnaîtrait d’avance qu’il tenait ses droits de sa femme, héritière légitime de la couronne ducale
- le baron d’Ancerville serait dédommagé en recevant la main d’Henriette de Lorraine, soeur du prince Charles.

A cette seconde proposition, le comte de Vaudémont se récria d’horreur. Mais c’était un ultimatum, il fallut bien céder. Seulement pour relever un peu le favori, le Duc lui donna les terres de Phalsbourg et de Lixheim et obtint de l’empereur qu’elles fussent érigées en principauté. Ancerville porta désormais le titre de prince de Phalsbourg.

Il en coûtait énormément aux seigneurs de Vaudémont d’abandonner la thèse de la loi salique, pour laquelle ils avaient tant combattu, mais ils pensèrent qu’on pourrait un jour revenir sur la clause du contrat. Ils se rendirent à Toul et, devant l’évêque, ils formulèrent secrètement une protestation notariée contre l’engagement qui leur avait été arraché. Ces actes d’insigne mauvaise foi n’étaient point rares à cette époque.

Les deux mariages furent célébrés dans le mois de mai 1621, sous les plus tristes auspices. Charles dissimulait à peine sa froideur et son antipathie.

Les deux mariées ne montrèrent pas plus d’empressement. Nicole laissait voir à tous, que c’était par obéissance qu’elle acceptait un mari qui lui faisait peur. La belle et altière Henriette, blessée dans ses ambitions, s’enfuit dans un couvent, dont on eut beaucoup de peine à la faire sortir pour la cérémonie.

Henri II passa ses dernières années dans la tristesse, instruit de la protestation des Vaudémont, témoin du peu d’entente qui régnait dans les deux unions formées par lui, et assailli par de sombres pressentiments sur les destinées de la Lorraine.

Ce qui lui faisait dire, lorsqu’on vantait les exceptionnelles qualités de son gendre : « Vous verrez que cet étourdi perdra tout !». C’était le mot de Louis XII au sujet de son héritier François Ier.

Il mourut à Nancy le 31 juillet 1624. Ses sujets l’avaient surnommé le Débonnaire, ce qui implique l’idée d’une certaine faiblesse d’esprit et de caractère.


Archive pour 18 décembre, 2010

Henri II le Débonnaire (1608-1624)

 

D’après la monographie imprimée
« Récits lorrains. Histoire des ducs de Lorraine et de Bar » d’Ernest Mourin
Publication 1895

Il devrait se nommer Henri Ier. On fit pour lui ce qu’on avait fait pour Charles II et l’on changea son rang numérique, en allant chercher un Henri Ier qui avait été duc bénéficiaire au Xe siècle.

Le règne d’Henri II fut la pâle continuation de celui de Charles III, ou plutôt, une sorte de préface du règne de Charles IV. Rien ne fut changé dans les relations de la Lorraine avec la France. Le roi et le Duc semblaient unis par une sincère amitié qu’auraient au besoin entretenue les soins des deux parentes, la reine et la Duchesse.

Toutefois, il n’est pas douteux que l’autonomie de la Lorraine fut menacée par la politique d’Henri IV. Le roi le plus vraiment Français de notre histoire, ardemment préoccupé de l’avenir de la France, les yeux tournés vers le Rhin, comme tous les sincères patriotes, mûrissait avec prudence, mais avec un esprit de suite que rien ne troublait, ce qu’on a appelé le « grand dessein », qui tendait au remaniement de l’Europe par la dislocation de la maison d’Autriche.

En 1609, tout était prêt. Les dernières traces de la guerre civile étaient effacées, l’autorité royale reconnue partout, les plus fiers soumis, le trésor rempli par Sully, l’armée complètement organisée.

L’ouverture de la succession des duchés de Clêves et de Juliers offrait une occasion excellente pour mettre en branle une vaste coalition déjà toute formée.

Avant d’entrer en campagne, Henri IV s’occupa de la Lorraine, par laquelle il fallait passer.  Le duc Henri II avait eu de son second mariage deux filles, Nicole et Claude. Comme il n’avait pas d’héritier mâle, et le droit des femmes à succéder étant reconnu en Lorraine, Henri IV pensa qu’il pourrait préparer, sans aucune lutte, la réunion jugée indispensable à ses projets en mariant son fils avec l’héritière des deux duchés.

Le dauphin, qui fut plus tard Louis XIII, n’avait que 8 ans et la princesse Nicole entrait dans sa troisième année. Mais le bas âge de ces deux enfants n’était pas pour empêcher une combinaison politique.

Le roi chargea un de ses familiers, le brillant François de Bassompierre, seigneur lorrain, dont le père, Christophe de Bassompierre, avait négocié le traité de Folembray, d’aller voir le Duc, de sonder le terrain et finalement de lui demander la main de sa fille ainée.

Henri II, caractère timide, irrésolu, se trouva dans le plus grand embarras. D’une part, l’Espagne avait devancé la France et déjà fait des ouvertures pour un infant et, d’autre part, il redoutait les colères de son frère François, comte de Vaudémont, qui posait la candidature de son fils, le plus proche héritier mâle de la couronne. Il ne savait pas comment, et par qui se tirer de ces difficultés.

Une fable, dit-on, en eut l’honneur. Le président Bonnet lui conta la vieille histoire de l’âne, du roi et du charlatan, et lui persuada que ce n’était pas s’engager sérieusement avec une échéance de plus de dix années. Le duc acquiesça donc à la demande de Bassompierre et les articles du contrat furent promptement rédigés.

Comme on l’avait prévu, au premier bruit de l’alliance projetée, son frère, le comte de Vaudémont, protesta avec violence et se répandit en menaces, déclarant, que si Nicole épousait un étranger, il y aurait guerre civile et qu’il y périrait avec toute sa maison, plutôt que de consentir à ce qui serait une véritable trahison à l’égard de la Lorraine.

La rupture des deux frères menaçait de troubler les duchés et de les partager en deux camps, lorsqu’une affreuse catastrophe remit tout en question. Henri IV fut assassiné par Ravaillac le 14 mai 1610.

C’en était fait des projets du grand roi. La régente Marie de Médicis ne parla plus de la princesse Nicole et, changeant complètement de politique, se rapprocha de la maison d’Autriche, et négocia le mariage de son fils Louis XIII avec l’infante Anne, fille du roi d’Espagne.

Henri II, qui ne s’était prêté qu’à contre-coeur aux conventions de 1609, respira en paix pendant quelques années. Il s’occupa uniquement des affaires intérieures de son duché. Comme son père, il donna tous ses soins aux travaux publics. Il acheva de fortifier les murailles, continua le palais ducal et la ville neuve. Il agrandit ses domaines en achetant à la duchesse de Mercoeur, le marquisat de Nomeny et quelques autres terres. Il acquit aussi la ville de Lixheim.

Il poursuivit l’oeuvre religieuse de son père en combattant la Réforme par une législation sévère, mais surtout en s’efforçant de ramener les protestants au moyen de prédications, qui furent dirigées principalement par le père Fourier, le célèbre curé de Mattaincourt, fondateur de plusieurs congrégations et organisateur de l’enseignement populaire.

Mais la question de la succession au trône ducal était toujours instante. Henri II, ne pouvant se résigner à la solution la plus simple et la plus convenable, qui eût été l’union de sa fille avec son neveu Charles, produisit tout à coup un nouveau prétendant. Ce fut Louis de Guise, baron d’Ancerville, un fils naturel de ce cardinal de Guise qui avait été assassiné à Blois, en même temps que le Balafré.

Le comte de Vaudémont protesta par un manifeste qui fut envoyé à toute l’Europe, et cette fois, l’opinion publique en Lorraine se prononça en sa faveur, bien qu’à cette époque l’irrégularité de la naissance n’eût pas une importance aussi grande qu’aujourd’hui. Puis, après avoir reproché à son frère de préparer la ruine de sa maison, il se retira auprès de son beau-frère, l’électeur Maximilien de Bavière.

Henri II n’en persista pas moins dans ses projets. Pendant plusieurs années, se continua une polémique de mémoires et de factums. Vaudémont, après avoir seulement réclamé la main de Nicole pour son fils, prétendait maintenant établir que cette princesse n’était pas la droite héritière, le duché ne pouvant tomber en quenouille.

Pour assurer à son fils Charles, l’appui de la France, il l’envoya à la cour où ses cousins, les Lorrains de la branche cadette, bien déchus depuis Mayenne, venaient de recouvrer quelque crédit. Le futur Charles IV était un enfant espiègle, hardi, spirituel, effronté. Il devint l’enfant gâté du Louvre.

Le mélancolique Louis XIII adora en lui ces qualités exubérantes d’audace, de vivacité, de résolution qui lui manquaient à lui-même. Après le mariage, la reine Anne d’Autriche partagea l’engouement général et conçut même pour Charles de Lorraine un tendre sentiment qu’elle lui conserva pendant tout le règne.

Vers sa quinzième année, son père le ramena à Nancy pour essayer le prestige dont on faisait si grand bruit. Mais Nicole résista au charme tout français de son cousin. De son côté, Charles goûta peu une princesse gauche et timide et bientôt, il rejoignit son père en Bavière.

De grands événements se préparaient en Allemagne. La défenestration de Prague avait ouvert la guerre de Trente Ans (1618).  Les protestants ayant proclamé roi de Bohême, le comte palatin Frédéric, le chef de la Ligue catholique, Maximilien de Bavière, envahit le royaume et remporta la célèbre bataille de Prague ou de la Montagne-Blanche (1620).

Le jeune Charles y gagna ses éperons. Il n’avait que quinze ans, mais il déploya, outre une brillante valeur, une telle sûreté de coup d’oeil, une telle présence d’esprit, que son oncle Maximilien et ses généraux augurèrent qu’il y avait en lui l’étoffe d’un capitaine. A la suite de cette campagne de Bohême, Charles était allé voyager en Italie. Pendant son absence, il se passa un incident tragique qui sembla d’abord tout perdre, et qui au contraire hâta le mariage.

Henri II avait envoyé à Munich un de ses affidés, le comte de Lutzelbourg, pour y négocier avec l’Électeur et surveiller les agissements de son frère Vaudémont. Celui-ci, furieux de cette sorte d’espionnage, donna ordre au capitaine de ses gardes, un Piémontais nommé de Riguet, de suivre l’agent lorrain à sa sortie de Bavière, et de le tuer où il pourrait le rejoindre.

Le capitaine l’atteignit près de Nancy.  Il voyageait en carrosse, de Riguet le provoqua. Il refusa de descendre en disant : « Je vous ferai raison lorsque j’aurai rendu compte de ma mission à mon maître ! ». Là-dessus, on lui tira deux coups de pistolet qui le tuèrent. Les assassins s’enfuirent.

Dans les premiers transports de son indignation, en apprenant cet odieux attentat, Henri II jura de ne plus revoir, ni son frère ni son neveu, et de marier immédiatement sa fille avec Louis de Guise. On parvint cependant à l’apaiser et on lui persuada qu’il fallait avant tout, préserver la Lorraine des maux qu’une rupture définitive entraînerait fatalement.

Un carme déchaussé, nommé le père Dominique, très populaire et vénéré comme une sorte de thaumaturge et de prophète, le menaça de la damnation éternelle s’il ne pardonnait pas.

Henri, vaincu, consentit à se rapprocher des Vaudémont et à leur donner sa fille, mais à deux conditions :
- le prince Charles, dans le contrat de mariage, reconnaîtrait d’avance qu’il tenait ses droits de sa femme, héritière légitime de la couronne ducale
- le baron d’Ancerville serait dédommagé en recevant la main d’Henriette de Lorraine, soeur du prince Charles.

A cette seconde proposition, le comte de Vaudémont se récria d’horreur. Mais c’était un ultimatum, il fallut bien céder. Seulement pour relever un peu le favori, le Duc lui donna les terres de Phalsbourg et de Lixheim et obtint de l’empereur qu’elles fussent érigées en principauté. Ancerville porta désormais le titre de prince de Phalsbourg.

Il en coûtait énormément aux seigneurs de Vaudémont d’abandonner la thèse de la loi salique, pour laquelle ils avaient tant combattu, mais ils pensèrent qu’on pourrait un jour revenir sur la clause du contrat. Ils se rendirent à Toul et, devant l’évêque, ils formulèrent secrètement une protestation notariée contre l’engagement qui leur avait été arraché. Ces actes d’insigne mauvaise foi n’étaient point rares à cette époque.

Les deux mariages furent célébrés dans le mois de mai 1621, sous les plus tristes auspices. Charles dissimulait à peine sa froideur et son antipathie.

Les deux mariées ne montrèrent pas plus d’empressement. Nicole laissait voir à tous, que c’était par obéissance qu’elle acceptait un mari qui lui faisait peur. La belle et altière Henriette, blessée dans ses ambitions, s’enfuit dans un couvent, dont on eut beaucoup de peine à la faire sortir pour la cérémonie.

Henri II passa ses dernières années dans la tristesse, instruit de la protestation des Vaudémont, témoin du peu d’entente qui régnait dans les deux unions formées par lui, et assailli par de sombres pressentiments sur les destinées de la Lorraine.

Ce qui lui faisait dire, lorsqu’on vantait les exceptionnelles qualités de son gendre : « Vous verrez que cet étourdi perdra tout !». C’était le mot de Louis XII au sujet de son héritier François Ier.

Il mourut à Nancy le 31 juillet 1624. Ses sujets l’avaient surnommé le Débonnaire, ce qui implique l’idée d’une certaine faiblesse d’esprit et de caractère.

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