Les ruines du château de Prény (54)

Ruines du château  de PrényCarte de Prény

 

Petit village situé en Meurthe-et-Moselle, Prény est dominé par les ruines de son château médiéval, qui fait l’objet d’un classement aux monuments historiques depuis 1862.

Je vous propose de découvrir l’histoire de ce château qui, à une époque, était qualifié comme étant l’un des plus puissants boulevard de la Lorraine.

Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après la monographie « Histoire de Pont-à-Mousson et des environs » – Napoléon Henry  - 1829
et d‘après un article paru dans la revue « L’Austrasie » en 1838

Une des ruines les mieux conservées est celle de cet antique manoir, dont le squelette atteste les fureurs de Richelieu, lorsqu’il perdit l’espoir de couronner sa nièce. Ce château existait dès l’an 960, comme on le voit par une charte de l’empereur Othon.

C’était un des plus puissants boulevards de la Lorraine. Les ducs, d’après la chronique, en tiraient leur cri de guerre, « prini ». Ils le portaient sur leurs casques en forme de devise, leurs preux le poussaient dans les combats, et, dit un auteur : « Ils crient prini ! Prini ! Honneur au riche duc Ferry ! Marchi entre trois royaumes ».

C’est le moyen âge qui fit la réputation de Preny. Le premier siège que cette forteresse eut à soutenir fut en 1139 contre Etienne de Bar, evêque de Metz. La troupe de ce prince allait s’emparer du château lorsqu’une réconciliation eut lieu avec le duc Matthieu Ier.

En 1207, Thiébaut Ier, comte de Bar, s’avança avec une troupe d’aventuriers, ruina Preny et fit son gendre prisonnier. Ferry, ayant recouvré sa liberté, reconstruisit la forteresse et l’augmenta de quatre hectares.

C’était un carré flanqué de hautes et fortes tours liées entre elles par d’épaisses murailles, et des galeries souterraines creusées dans le roc vif. A l’une des extrémités de ces constructions, qui formait le château proprement dit, s’élevait un second édifice entouré de fossés, flanqué également de tours sur l’une desquelles était placée la fameuse cloche nommée Mande-Guerre. Cette tour, la plus grosse, porte encore aujourd’hui ce nom.

Ce pâté de bâtiments, qu’on appelait le donjon, contenait la chapelle ducale et les grands appartements. On remarque une ruche immense dans l’une de ces tours, où l’on pénètre par une issue pratiquée nouvellement dans l’épaisse muraille, les prisonniers y étaient descendus par une ouverture à la voûte supérieure.

Une place d’armes, les logements de la garnison, les loges où se réfugiaient les paysans de la seigneurie en temps d’invasion, occupaient l’espace compris entre le donjon et le château, dont un double rang de fossés et trois fortes portes complétaient les moyens de défense.

En 1262, Thiébaut II, comte de Bar, l’assiégea en vain pendant cinq mois. Quatre ans après, ce même comte remporta sous ces murs une bataille sanglante sur les forces combinées du Luxembourg et de la Lorraine.

En 1286, Bouchard d’Avènes, soixante-septième évêque de Metz, l’investit avec 4 000 soldats et 100 cavaliers bardés de fer, à la solde journalière de cinquante tonneaux de vin et de 700 livres messines. Mais tous ses efforts échouèrent devant Milon de Vandières, l’un des types de ces barons de fer du moyen âge. La lutte dura cinq années. Bouchard y férit moult coups de lances, y captura moult prisonniers, entre autres messires Jehan et Girard de Rosières, Chivelliers, Tourraingeots, très aimés du cuens de Bar, Thiébaut II, pour lors allié du duc de La Hérègne, Ferry, troisième du nom.

Après une aussi belle défense, Preny devint l’apanage des fils aînés de Lorraine. Quand le duc était à Preny, les hommes de Pasgny étaient obligés de proseigner geline et d’y faire la garde une fois. L’abbesse de Saint Pierre de Metz, et son couvent, en qualité de dames de Nourroy, devaient à chacun an, à la recette de Preny, le cri et la chevauchée de ladite ville, un guet au chastel, deux charretées de vin du meilleur du cru, deux muids de blé, et deux gelines à chaque maistre d’hôtel.

Les sires de Vandières, de Vandelainville et Bayonville étaient également tenus à la garde de la forteresse. Preny, après quarante ans d’occupation bourguignonne, advint à Louis de Guise, il le possédait lorsque le chasteau du bon duc Ferry, tant merveilleusement accousté que place que l’on eût vue, se rendit à Richelieu.

On voit encore à Preny huit tours démolies à moitié, une partie des murs d’enceinte sur lesquels on remarque la croix à deux croissants inégaux de Réné, le héros de Nancy, une des trois portes du fort encore intacte, un corps de garde avec ses arceaux en ogive, un puits de 136 pieds de profondeur, aujourd’hui condamné, enfin de vastes souterrains. La magnifique chapelle castrale, dite des ducs de Lorraine, ne fut détruite qu’en 1785, et l’antique église du bourg n’a été rasée qu’en 1827.

Il y a aussi là une sainte fontaine qui guérit de la fièvre quarte. C’est là que s’arrêtèrent obstinément, à cause des mauvais chemins probablement, en 1634, les huit bœufs qui traînaient à la fonderie, la tonnante Mande-Guerre, qui tant de fois donna le signal du combat, et qui fit si souvent palpiter des cœurs généreux. En la brisant, on ne s’aperçut pas d’un large éclat tombé dans le bassin de la fontaine. Avec cette écaille, on fit la cloche actuelle.

En traçant un sillon dans un champ, on trouva un squelette à côté duquel était une javeline, et dernièrement, le propriétaire vient de faire réparer quelques souterrains.

Si des hauteurs qui dominent Prény, vous contemplez le fertile bassin de la Moselle, vingt siècles se dérouleront aussitôt devant vous, tant la vue plane sur une suite de lieux historiques.

Derrière, c’est Norroy-la-Romaine, c’est Mouçon de même origine, c’est le magnifique monastère des prémontrés de Pont-à-Mousson dans toute sa pompe architecturale.

En face, c’est Metz, c’est Jouy et ses arches gigantesques attribuées à Drusus, c’est Voisage aux féodales et pacifiques conférences, c’est Novéant et ses cachots aux vengeresses conjectures, mais ne cherchez plus sa romane église, empreinte du souvenir des Guise, elle a disparu.

Sur votre droite, c’est Vittonville où reposent les restes mortels du lieutenant-général Marie vicomte de Fréhault, type de l’honneur et de la fidélité.

Sur votre gauche, c’est Pagny, patrie du comte de Serre, l’orgueil de notre magistrature et l’une des plus belles gloires de notre tribune parlementaire.

Enfin, à trois quarts de lieue des ruines de Preny, gisent celles de l’abbaye de Sainte-Marie-aux-Bois, pieuse demeure fondée au XIIe siècle par Simon Ier, duc de Lorraine.

On le voit, tout ici parle le langage de l’histoire, tout semble s’unir pour inspirer de sérieuses méditations.


Archive pour 2 décembre, 2010

Les ruines du château de Prény (54)

Ruines du château  de PrényCarte de Prény

 

Petit village situé en Meurthe-et-Moselle, Prény est dominé par les ruines de son château médiéval, qui fait l’objet d’un classement aux monuments historiques depuis 1862.

Je vous propose de découvrir l’histoire de ce château qui, à une époque, était qualifié comme étant l’un des plus puissants boulevard de la Lorraine.

Les appellations anciennes ont été respectées.

D’après la monographie « Histoire de Pont-à-Mousson et des environs » – Napoléon Henry  - 1829
et d‘après un article paru dans la revue « L’Austrasie » en 1838

Une des ruines les mieux conservées est celle de cet antique manoir, dont le squelette atteste les fureurs de Richelieu, lorsqu’il perdit l’espoir de couronner sa nièce. Ce château existait dès l’an 960, comme on le voit par une charte de l’empereur Othon.

C’était un des plus puissants boulevards de la Lorraine. Les ducs, d’après la chronique, en tiraient leur cri de guerre, « prini ». Ils le portaient sur leurs casques en forme de devise, leurs preux le poussaient dans les combats, et, dit un auteur : « Ils crient prini ! Prini ! Honneur au riche duc Ferry ! Marchi entre trois royaumes ».

C’est le moyen âge qui fit la réputation de Preny. Le premier siège que cette forteresse eut à soutenir fut en 1139 contre Etienne de Bar, evêque de Metz. La troupe de ce prince allait s’emparer du château lorsqu’une réconciliation eut lieu avec le duc Matthieu Ier.

En 1207, Thiébaut Ier, comte de Bar, s’avança avec une troupe d’aventuriers, ruina Preny et fit son gendre prisonnier. Ferry, ayant recouvré sa liberté, reconstruisit la forteresse et l’augmenta de quatre hectares.

C’était un carré flanqué de hautes et fortes tours liées entre elles par d’épaisses murailles, et des galeries souterraines creusées dans le roc vif. A l’une des extrémités de ces constructions, qui formait le château proprement dit, s’élevait un second édifice entouré de fossés, flanqué également de tours sur l’une desquelles était placée la fameuse cloche nommée Mande-Guerre. Cette tour, la plus grosse, porte encore aujourd’hui ce nom.

Ce pâté de bâtiments, qu’on appelait le donjon, contenait la chapelle ducale et les grands appartements. On remarque une ruche immense dans l’une de ces tours, où l’on pénètre par une issue pratiquée nouvellement dans l’épaisse muraille, les prisonniers y étaient descendus par une ouverture à la voûte supérieure.

Une place d’armes, les logements de la garnison, les loges où se réfugiaient les paysans de la seigneurie en temps d’invasion, occupaient l’espace compris entre le donjon et le château, dont un double rang de fossés et trois fortes portes complétaient les moyens de défense.

En 1262, Thiébaut II, comte de Bar, l’assiégea en vain pendant cinq mois. Quatre ans après, ce même comte remporta sous ces murs une bataille sanglante sur les forces combinées du Luxembourg et de la Lorraine.

En 1286, Bouchard d’Avènes, soixante-septième évêque de Metz, l’investit avec 4 000 soldats et 100 cavaliers bardés de fer, à la solde journalière de cinquante tonneaux de vin et de 700 livres messines. Mais tous ses efforts échouèrent devant Milon de Vandières, l’un des types de ces barons de fer du moyen âge. La lutte dura cinq années. Bouchard y férit moult coups de lances, y captura moult prisonniers, entre autres messires Jehan et Girard de Rosières, Chivelliers, Tourraingeots, très aimés du cuens de Bar, Thiébaut II, pour lors allié du duc de La Hérègne, Ferry, troisième du nom.

Après une aussi belle défense, Preny devint l’apanage des fils aînés de Lorraine. Quand le duc était à Preny, les hommes de Pasgny étaient obligés de proseigner geline et d’y faire la garde une fois. L’abbesse de Saint Pierre de Metz, et son couvent, en qualité de dames de Nourroy, devaient à chacun an, à la recette de Preny, le cri et la chevauchée de ladite ville, un guet au chastel, deux charretées de vin du meilleur du cru, deux muids de blé, et deux gelines à chaque maistre d’hôtel.

Les sires de Vandières, de Vandelainville et Bayonville étaient également tenus à la garde de la forteresse. Preny, après quarante ans d’occupation bourguignonne, advint à Louis de Guise, il le possédait lorsque le chasteau du bon duc Ferry, tant merveilleusement accousté que place que l’on eût vue, se rendit à Richelieu.

On voit encore à Preny huit tours démolies à moitié, une partie des murs d’enceinte sur lesquels on remarque la croix à deux croissants inégaux de Réné, le héros de Nancy, une des trois portes du fort encore intacte, un corps de garde avec ses arceaux en ogive, un puits de 136 pieds de profondeur, aujourd’hui condamné, enfin de vastes souterrains. La magnifique chapelle castrale, dite des ducs de Lorraine, ne fut détruite qu’en 1785, et l’antique église du bourg n’a été rasée qu’en 1827.

Il y a aussi là une sainte fontaine qui guérit de la fièvre quarte. C’est là que s’arrêtèrent obstinément, à cause des mauvais chemins probablement, en 1634, les huit bœufs qui traînaient à la fonderie, la tonnante Mande-Guerre, qui tant de fois donna le signal du combat, et qui fit si souvent palpiter des cœurs généreux. En la brisant, on ne s’aperçut pas d’un large éclat tombé dans le bassin de la fontaine. Avec cette écaille, on fit la cloche actuelle.

En traçant un sillon dans un champ, on trouva un squelette à côté duquel était une javeline, et dernièrement, le propriétaire vient de faire réparer quelques souterrains.

Si des hauteurs qui dominent Prény, vous contemplez le fertile bassin de la Moselle, vingt siècles se dérouleront aussitôt devant vous, tant la vue plane sur une suite de lieux historiques.

Derrière, c’est Norroy-la-Romaine, c’est Mouçon de même origine, c’est le magnifique monastère des prémontrés de Pont-à-Mousson dans toute sa pompe architecturale.

En face, c’est Metz, c’est Jouy et ses arches gigantesques attribuées à Drusus, c’est Voisage aux féodales et pacifiques conférences, c’est Novéant et ses cachots aux vengeresses conjectures, mais ne cherchez plus sa romane église, empreinte du souvenir des Guise, elle a disparu.

Sur votre droite, c’est Vittonville où reposent les restes mortels du lieutenant-général Marie vicomte de Fréhault, type de l’honneur et de la fidélité.

Sur votre gauche, c’est Pagny, patrie du comte de Serre, l’orgueil de notre magistrature et l’une des plus belles gloires de notre tribune parlementaire.

Enfin, à trois quarts de lieue des ruines de Preny, gisent celles de l’abbaye de Sainte-Marie-aux-Bois, pieuse demeure fondée au XIIe siècle par Simon Ier, duc de Lorraine.

On le voit, tout ici parle le langage de l’histoire, tout semble s’unir pour inspirer de sérieuses méditations.

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