Les anciens comtés de la Meuse

 

 

D’après la monographie imprimée « Dictionnaire topographique du département de la Meuse » -
Félix Liénard – 1872

L’ancien comté de Verdun

Les limites commencent à Lion-de-Montfaucon (aujourd’hui Lion-devant-Dun), et se dirigent sur la Borne-Trouée (bois communal d’Écurey). De la Borne-Trouée à Soutreville (hameau réuni à Sivry-sur-Meuse), et de là au village de Failly (Moselle). De ce lieu à Longuyon, où la Crune tombe dans la Chiers (Caram fluvium), remontent les rives de la Crune, gagnent l’Amance pour passer avec cette rivière à Briey (Brierum) et à Auboué (Bamvadum), où l’Amance se jette dans l’Orne, et remontent l’Orne jusqu’à la fontaine située auprès de Boncourt (Auncurtem), près de Conflans-en-Jarnisy.
De là, elles passent au chêne de Saldei (peut-être Lachaussée Calceia), puis sous Montsec (sub Mocioni) à la fontaine de Loupmont (Lupi Montis). De ce lieu, elles gagnent le ruisseau de Marbotte (Marbodifontem) et le gué de Pont-sur-Meuse (Petus ad Vadum) et de là l’embouchure du ruisseau de Cousances-aux-Bois (Consanciœ), actuellement le Girouet qui tombe dans la Meuse vis-à-vis de Mécrin.
Elles se dirigent ensuite sur Bannoncourt (Wanumcurtem) en passant par Nuclearios (vraisemblablement les deux Kœurs) près de Bislée (Bilcei) et de Bannoncourt (Wamumcurt), et longent la vallée de Lonchamp. S’étendent en ligne droite jusqu’à Érize-la-Brûlée et jusqu’à la fontaine de Sarnay aux Trois-Fontaines (Ces fontaines, nommées actuellement Fontaine des Trois-Evèques sont situées sur le territoire de Rembercourt-aux-Pots).
Elles continuent jusqu’à Sommaisne et ensuite jusqu’au lieu dit les Ormes (2 km au sud-ouest de Bonzée. De là jusqu’au lieu où la Biesme (Biumma) prend son cours vers l’Aisne. Et de là elles descendent le cours de l’Aisne jusqu’à la Bionne (Viasnam) et jusqu’à Vienne-le-Château (Viennam) ; passent par les Verreries (La Harazée, le Four-de-Paris, entre Vienne et Montblainville), par Montblainville, par Concescourt (peut-être les Ecomportes), par Châtel-près-Cornay (Castrum juxta Quarnaium) et de là au-dessus du village de Chéhéry, puis en droite ligne à 
Gesnes (Jemas) et ensuite à Épinonville (Spanulfi-villa). De ce lieu, elles se rendent directement à Montfaucon et enfin à Lion-devant-Dun, leur point de départ.

En l’an 997, la dignité de comte passa aux évêques de Verdun, qui devinrent seigneurs temporels du Verdunois et reçurent de l’empereur Otton II le droit de frapper monnaie. Ce pays continua d’appartenir à l’Empire jusqu’en 1552, époque à laquelle le roi Henri II le réunit à la France, en même temps que Metz et Toul. Ces trois diocèses formèrent la province dite des Trois-Évêchés.

Le comté de Bar

Le comté de Bar se forma en 961 et eut pour premier comte Frédéric d’Ardennes, nommé par Otton. Sur la fin du XIe siècle et par suite d’un mariage, la souveraineté de Bar passa dans la maison de Montbéliard. En 1355, le comté de Bar fut érigé en duché par Jean, roi de France, dont la fille, Marie, avait épousé Robert, lequel fut ainsi le premier duc de Bar.

En 1419, le cardinal de Bar ayant désigné pour son héritier René d’Anjou, qui devait plus tard épouser l’héritière de Lorraine, le duché de Bar fut réuni à celui de Lorraine et le Barrois n’eut plus pour souverains que les princes de Lorraine jusqu’au moment où les deux duchés furent cédés par le traité du 15 février 1737 à Stanislas, roi de Pologne, puis incorporés à la couronne de France après la mort de ce prince, en 1766. Les comtes de Bar frappèrent monnaie à partir du milieu du XIIIe siècle.

Le Barrois s’étendait jusqu’au duché de Luxembourg au nord, la Lorraine à l’est, la Franche-Comté au midi, la Champagne à l’ouest. Il avait environ 30 lieues de long sur 16 de large. La rivière de Meuse le divisait en deux parties : celle qui était située au couchant portait le nom de Barrois mouvant, chef-lieu Bar, et celle qui était au levant, Barrois non mouvant, chef-lieu Saint-Mihiel. Le Barrois mouvant était sous la souveraineté du royaume de France, le Barrois non mouvant sous celle du duché de Lorraine.

En l’an 969, Commercy devint, avec quelques autres lieux voisins, un État particulier dont les souverains portaient le nom de damoiseaux (domicelli). Les damoiseaux de Commercy relevaient des évêques de Metz. Au XIIIe siècle, cette seigneurie entra par mariage dans la maison de Sarrebruche.

En 1324, Simon de Sarrebruche affranchit ses sujets de la terre de Commercy moyennant certaines redevances annuelles. Cette principauté se maintint jusqu’au XVIIIe siècle. Louis XIV l’ayant conquise l’abandonna à la Lorraine.

Dans l’acte de cession de la Lorraine à Stanislas, du 15 février 1737, l’usufruit de la seigneurie de Commercy fut réservé à Elisabeth-Charlotte d’Orléans, duchesse douairière de Lorraine et de Bar. La duchesse étant morte en 1744, Stanislas, roi de Pologne et duc de Lorraine, en devint seigneur usufruitier. Cette terre fut réunie définitivement à la France en 1766, et demeura comprise dans la circonscription du diocèse de Toul.

Le comté de Chiny

Le comté de Chiny fut fondé sur la fin du Xe siècle. Il eut pour premier comte, Arnould, de 992 à 1010. Chiny en fut d’abord la capitale, puis ensuite Montmédy, dont la construction date de 1239. En 1364, le comté de Chiny fut acquis par Vinceslas, duc de Luxembourg. Il passa successivement sous la domination du duc d’Orléans, de l’empereur Josse de Moravie, des ducs de Bourgogne et de l’Espagne. Il faisait partie du diocèse de Trèves. Cédé à la France en 1657, par le traité des Pyrénées, il fut attaché à la province des Trois-Évêchés.

Le comté d’Argonne

Le pays ou comté d’Argonne se forma, vers le Xe siècle, par la réunion du Clermontois, de l’Astenay ou Stenois, du Dormois, d’une partie du Rhetelois, etc. Il était situé à l’ouest du pagus Virdunensis ou Verdunois proprement dit, et formait cette région forestière traversée du sud au nord par les rivières d’Aire et d’Aisne, et s’étendant depuis le Perthois au sud jusqu’au Mousonais vers le nord. Ce pays est fréquemment cité dans les textes du moyen âge, depuis le Xe siècle, sous le nom de sylva Argonna vel Argunnensis ou de l’Argonne. Son chef-lieu était Sainte-Menehould. Cette région confinait vers l’ouest à la Champagne, sur laquelle elle empiétait et où elle devait former une marche sur la frontière des tribus gauloises, puis des civitates gallo-romaines, puis enfin des diocèses de Reims, de Châlons et de Verdun, entre la première et la seconde Belgique.

Le comté de Clermont

Le Clermontois, ou comté de Clermont, appartenait primitivement aux évêques de Verdun. Plusieurs fois disputé, pris et reconquis, ce comté passa, au XIIe siècle, au pouvoir des comtes de Bar. En 1632, Charles IV, duc de Lorraine, le céda à Louis XIII. En 1668, Louis XIV le donna en pleine propriété au Grand Condé. Les descendants de ce prince en jouirent jusqu’en 1791, époque à laquelle il fut réuni au domaine national.

Le Dormois

Le Dormois, désigné sous le nom de pagus Dulminsis dans le partage de l’empire fait en 870 entre les rois Louis de Germanie et Charles le Chauve, prit aussi le titre de pagus et comitatus. Il faisait partie de la Champagne et s’étendait depuis la Meuse jusqu’au delà de l’Aire et de l’Aisne, dans le diocèse de Reims et dans celui de Verdun. Il occupait une partie du nord-ouest du département, et fut, au Xe siècle, englobé dans le pays d’Argonne.

Stenay

Sous la période mérovingienne, Stenay était terre du domaine royal (fiscus Sathaniacus) et avait un palais que les rois de la première race habitaient pour s’y adonner au plaisir de la chasse. Stenay passa ensuite entre les mains de la maison d’Ardennes et fut érigé en une seigneurie que l’empereur Henri IV confisqua pour en faire don à l’évêché de Verdun. Cette seigneurie fut cédée par l’évêque Richard de Grandpré, en 1107, à Guillaume de Luxembourg, et engagée par Henri de Winchester, en 1124, à Renauld, comte de Bar. En 1554, elle passa du Barrois à la Lorraine. Réunie à la France par le traité de 1641, elle fut comprise dans l’apanage de la maison de Condé et réunie au Clermontois.

C’est ainsi que ces divers pays furent successivement réunis à la France sous le nom de Barrois, de Clermontois, de Lorraine, de Champagne et des Trois-Evêchés.


Archive pour octobre, 2010

Dun-sur-Meuse de 1377 à 1789

Blason de Dun-sur-Meuse

 

D’après le « Manuel de la Meuse » de Jean François Louis Jeantin – Publication 1863

Quatrième période : La chastellerie de Dun sous les derniers ducs de Bar (de 1377 à 1500)

Geoffrois V et Gobert VIII le dépouillé

Gobert VII, dernier baron de Dun-Aspremont, accablé de ses disgrâces, se retira du monde. Par son testament de l’an 1380, il avait légué à son fils Geoffrois, issu de Jehanne du Saulcy de Jametz, sa terre d’Apremont, celle de Buzancy avec les moulins de Stenay.

Geoffrois V, la même année, ratifia le traité de son dépouillement, et il ne tarda guère à perdre aussi son comté. Wenceslas de Bohême s’en était emparé, en 1377, pour garantie des 90 000 florins qu’il avait avancés à son père. Et, le 10 octobre, Geoffrois conclut avec Hue d’Autel, qui prit à son compte cette somme, un traité par lequel, nonobstant la constitution salique du fief d’Apremont, il transféra la baronnie d’Apremont à sa fille Jehanne, enfant de trois ans, fiancée à Jean d’Autel, enfant de cinq ans. Ce qui fut fait au détriment de son propre fils, Gobert VIII, qui, en fin de compte, se trouva dépouillé et de Dun et d’Apremont.

Ce Geoffrois mourut en 1391, après avoir, en 1389, fait nommer Jean du Saulcy son beau-père tuteur du jeune Gobert réduit à ses droits sur Buzancy et sur Amblise. C’est là où la descendance du dernier seigneur de Dun s’éteignit en 1550.

Le duc Robert – 1377

En érigeant les chasteaux et chastelleries : du Pont et de Mousson, de Briey, de Sancy, de Longwy, de Longuion, d’Etain, de la Chaulcie, de Sathenay, de Trougnon, de Toulon, de Condé-sur-Muzelle, de Marville, de Errency, de Conflants sous le titre de marquisat de Pont-à-Mousson, en faveur d’Edouard III leur fils ainé, Robert de Bar et Marie de France y avaient ajouté les châtel, ville et chastellerie de Dun, qui étaient du douaire de la duchesse.

Dès lors, les bailliage et prévôté de Dun, érigés par édit du 14 décembre 1399, ressortirent à la cour des grands jours de Saint-Mihiel, que le duc Robert avait reconstituée quelques mois avant.

Dès l’année 1387, Robert et Marie, celle-ci comme Dame de Dun, avaient confirmé les franchises de cette ville. Le 2 décembre 1394, ils sanctionnent la vente faite à Bernard Jacquemin de Dun et Vilosnes, à Jean de Brieules, de la Fauconnerie de Doulcom.

En 1402, Robert et Marie transfèrent à Dun, dans l’église paroissiale, les deux chapelles du vieil Moutier (Heligsgaudium) qui, avant cela, était à la porte de leur château, et ils dotent les nouveaux autels des dixmes de Brieules. Ces chapelles étaient sous les vocables de sainte Catherine et de saint Nicolas. Ce fut cette dotation, avec celle du Prieuré de Saint-Giles, qui, en 1611, servit à la fondation des pères Minimes de Dun et de Stenay.

Trois religieux desservirent ces autels. L’un d’eux obtint le titre de curé primitif de la ville, avec droit de nommer aux cures de Lions et de Murvaux.

Edouard III (1411 à 1415) puis Louis Cardinal de Bar – 1415

Edouard III, ayant été tué à Azincourt en 1415, ses états échurent à son oncle Louis, dit le Cardinal de Bar, qui était alors evêque de Verdun, après avoir occupé le siège de Chalons.

Ce prélat prit des précautions pour maintenir la couronne ducale sur sa tête, et pour en assurer la survivance à son neveu René d’Anjou. On le voit soutenu, notamment, par Jacquemin Lamothe de Viller devant Orval, baron de Vilosnes et Dannevoux, et prévot de Varennes.

Le 14 octobre 1417, Louis donne Dun et sa châtellenie à sa sœur Bonne de Bar, épouse de Waleram, comte de Ligny et Saint-Pol, pour en jouir usufructuairement. Puis il se démet de son duché, en faveur de René, et il meurt, à Varennes, le 23 juin 1430.

Bonne de Bar – 1430

Bonne de Bar, devenue Dame de Dun, en même temps que de Vienne-le-Château, donna, le 1er juillet 1425, ses grands bois, grandes et petites rappes, à la commune de Mont, qui les possède encore aujourd’hui. Elle mourut en 1436.

René d’Anjou – 1436

Obligé de faire face aux dépenses de la lutte pour sa couronne de Lorraine, René empruntait de toutes mains. Un de ses bailleurs de fonds était Jehan, alors sire de Brieules, fils, très probablement, de Jacquemin sire de Lamothe et de Dannevoux. A côté de lui, étaient les Saulcy de Jametz, réclamant les droits des héritiers de Jehanne, épouse de Geoffrois VII d’Apremont.

En 1446, le 26 novembre, René d’Anjou engage la moitié de Dun et de ses dépendances, moitié litigieuse, à Jehanne, fille de Colart du Saulcy, sire de Jametz et de Florenges. Cette cession lui fut faite à l’occasion de son mariage avec Robert de Lamarck, fils du seigneur de Sedan. Cet engagement donna lieu, jusqu’en 1494, à des hostilités sérieuses, qui ne prirent fin que par l’arbitrage du Roi de France Charles VIII. Alors, et depuis 1483, Jehan des Armoises était capitaine prévôt de la place de Dun. Il la défendit vaillamment, et son gendre Jehan, marquis de Rivière, lui succéda vers l’an 1500.

Cinquième période. Dun sous les ducs de Lorraine (de 1500 à 1641)

Le duc Antoine

Après la lutte entre Charles-Quint et François Ier, après la main mise d’Henri II de Valois sur le Verdunois, après les succès de la France, dans la campagne de 1551 contre le Luxembourg, le duc Antoine de Lorraine avait été amené à mettre en dépôt, aux mains du Roi, les places de Dun et de Stenay.

Le duc d’Enghien en devint alors gouverneur. Le vicomte d’Etoges, François d’Anglure, baron de Givry, en fut prévôt et gouverneur. Il eut sous lui Guillaume de Gongnel de Grand-Cléry, puis Guillaume d’Orey et François de Lafontaine, sires de Mouzay et de Charmois, puis Henry de Housse et Jean d’Allamont. Avant cela, Dun, en 1533, avait soutenu un mémorable siége contre les anglais à la solde de Charles Quint.

Occupations espagnoles et françaises

Stenay ayant été pris, en 1552, par les impériaux, puis remis à Henri II de France, Dun repassa, alternativement, sous les lois de la France et des princes de Lorraine, jusqu’à ce qu’en 1632, Louis XIII en devint de nouveau protecteur et dépositaire.

Le gouvernement en fut alors confié au comte de Lamberty, ayant sous lui :
- le commandant de la Serre
- le commandant de la Renouillière
- les prévôts Robert de Henriet, et Robert de Gratinot sire de Jupille
- les lieutenants Jacques Lamy, Pierre de Mouzay, Pierre de Grégeois sire de Chaudenay et d’Andevanne,
tous exerçant, à la fois, les fonctions civiles, militaires et financières, dans toutes les marches de la frontière occupée.

C’est dans cet intervalle que se produisent plusieurs siéges et attaques infructueuses contre le château de Dun.

Sixième période : Le comté de Dun sons les princes de Condé (de 1648 à 1789)

Louis II de Bourbon, duc d’Enguien – 1648

Par lettres patentes données à Paris en décembre 1648, Louis XIV, en récompense des services rendus à lui et à l’Etat par le Prince de Condé, en considération des victoires remportées par lui sur les ennemis du Royaume, des places qu’il avait conquises sur eux, du haut point de gloire auquel il avait porté les armes de la France,  du repos et de la paix universelle obtenus par ses succès, etc., etc., lui fait don des terres, comtés et seigneuries de Stenay, Dun, Jametz, Clermont en Argonne, et des domaines et prévostés de Varennes et des Montignons.

Ce don est fait en vertu du transport à ce monarque par le duc Charles de Lorraine, par les traités de Paris et de Saint-Germain en Laye, des 29 mars et 2 avril 1641. Aux termes des lettres la donation est faite, pour, par le prince donataire, ses hoirs et successeurs, jouir du tout, à perpétuité, en tous droits de propriété et justice, sous la simple réserve des droits régaliens, de ressort et de souveraineté, et, sauf appellations au Parlement de Paris.

La justice sera désormais rendue au nom du nouveau Duc du Clermontois et par les officiers qu’il instituera, sauf pour les cas royaux, à l’égard desquels le monarque établira un juge et un procureur dans chacun des bailliages. Toutes villes, châteaux et forteresses construits en dites terres et seigneuries sont comprises dans la cession : le Roi se réserve seulement la provision des charges de gouverneurs, la direction et l’entretien des forces armées. 

Dun fut dès lors sous le gouvernement militaire et juridictionnel des officiers dont les noms suivent :
-
François Gouyon, marquis de la Moussaye et de Nogeant, gouverneur-bailly, grand gruyer, successeur du sieur de Thibault et de Louis de Béthune, comte de Charost, celui-ci comme garde scel et grand gruyer
- Nicolas Bouton, comte de Chamilly, comme lieutenant de Roi
- Antoine de Mellon, seigneur de Beau fort, comme major
- Robert de Henriet, comme lieutenant-général et prévost particulier de Stenay
- Claude Thiéry, comme procureur du roi au baillage des deux prévostés
- Jacques Adam et Jacques Arnoullet, greffiers.

Au marquis de la Moussaye succédèrent :
- le comte de Marsin, en 1651
- le baron de Beck (pour l’Espagne), en 1652
- Nicolas d’Anglure, comte de Bourlemont, marquis de Buzancy, baron de Saint-Euruge (pour la France), en 1654
- le sieur de Manimont, ex-gouverneur de Jametz et de Marville, en 1655
- Jules de Joyeuse, comte de Grandpré, en 1690
- puis, après plusieurs intérimaires, le comte de Roncherolles, en 1761.

Ces chefs du gouvernement militaire et les gens du bailliage résidaient à Stenay. Sous eux, à Dun, étaient les gens de la prévôté.

 

Dun-sur-Meuse de 1140 à 1377

Blason de Dun-sur-Meuse

 

D’après le « Manuel de la Meuse » de Jean François Louis Jeantin – Publication 1863  

 

Troisième période : La châtellenie de Dun et ses pairs sous les sires d’Apremont (1140 – 1377)

Gobert Ier de Dun – 1140

Gobert, châtelain d’Apremont (Gobertus Asperimontis castelnanus, Charte de 1160, 1168) Ve du nom, était fils de Gobert IV et d’Hadwide de Joigny-Joinville-Courtenay. Il était petit-fils de Thiéry de Briey et d’Hadwide d’Apremont. Il avait fait partie des premières croisades.

A son retour, en 1120, au lieu de l’Aigle, qui d’abord avait meublé son écu, il avait adopté la croix, d’argent, sur champ de gueules, avec tenants deux sauvages. Puis, pour devise parlante, un mont escarpé surmonté de lauriers, où se lisaient ces mots : per aspera montis quœrenda.

En 1135, en premières noces, il épouse, Aleyde de Dun, fille de Waultier et petite-fille d’Alo. Cette châtelaine lui apporta l’avouerie des Dunes, dont les héritiers naturels, encore trop jeunes, n’avaient pu être investis. Aleyde eut d’abord une fille, Azeline, qui, vers 1150, fut mariée à Gauthier ou Vaultier, fils de Pierre, petit-fils de Symon, châtelain des trois castels de Mirvaulx, de Bréheville et de Murault. Aleyde eut ensuite un fils, auquel fut donné le nom de son père, lequel mourut en 1159. Voici Gobert II. 

Gobert Ier de Dun assiste, en 1142, à la fondation de l’abbaye de Châtillon par l’évêque Adalbéron de Chiny. En 1149, avec son neveu Hugues de Muscey de la famille de Chiny, il avait accordé ux nouveaux moines un libre passage sur les terres de Conflants, dont ceux-ci avaient déjà un germe d’inféodation. Il s’était adjoint à tous ses coseigneurs voisins pour enrichir la manse du couvent (Chartes de 1156, 1163). Ainsi, en 1156, avec sa femme Aleyde, avec Wauthier son beau-fils, il transmit aux religieux leurs droits terriens indivis dans la curie de Mangiennes, sur le lieu du premier établissement.

En 1156, toujours avec sa femme, avec son gendre, et à l’adjonction de son fils Gobert et de ses beaux-frères Ponsart et Seybert, il concède encore à ces moines leurs droits dans la corvée de Mangiennes et sur le ban de Hendeville, près de Pilon.

Gobert II de Dun – 1159

Aleyde de Dun étant décédée vers 1159, Gobert Ier se remaria dans la famille la plus puissante alors de la contrée : c’était celle de Chiny. En 1168, il prit pour seconde femme Ide, fille du comte Albert et d’Agnès de Bar. De plus, elle était nièce de l’évêque Adalbéron et enfin elle était sœur d’Arnoux, qui bientôt occcupa le siège épiscopal de son oncle (1172 à 1181). Cette dame donna à Gobert Ier trois enfants, dont nous ne citerons que deux, successivement sires de Dun.

Gobert III de Dun – 1168

Le premier enfant du second lit, nommé Gobert comme son père et comme son frère consanguin, ne fut sire de Dun, par droit héréditaire, qu’après la mort de son aîné du premier lit. Car Gobert II, après la mort d’Aleyde, avait été investi de la succession maternelle, sous la mainbournie de Gobert Ier, mais ce Gobert II mourut avant son tuteur, et il transmit au fils du second lit, le titre qu’il n’avait eu que nominalement. De là l’erreur des historiens.

Gobert III devint donc châtelain à sa majorité. Comme son frère et prédécesseur, il décéda sans enfants. La mort investit son puîné de toute la succession fraternelle, y compris les domaines de la provenance d’Aleyde, moins ceux cependant des petits-neveux de cette dame, c’est-à-dire les fils de Ponsard et de Seybert, qui formèrent les souches des maisons pairies de Dun.

Geoffrois - 1189

Le second fils de Gobert Ier et d’Ide de Chiny se nommait Geoffrois. A la mort de son frère Gobert III, en 1189, il devint sire châtelain haut voué de Dun, et, au décès de son père, en 1191, il se trouva, en outre, châtelain propriétaire de la baronnie d’Apremont. Ce Geoffrois ne survécut que peu de temps à son père.

En 1175, il avait épousé Elisabeth de Dampierre qui lui donna trois enfants : cette dame étant morte, vers l’an 1188, Geoffrois se remaria avec Lurette de Chiny, fille du comte Louis III dit le Hierosolymitain. Il se croisa avec son beaupère, en 1189, et il mourut en Palestine, en 1192, sans laisser d’enfants de son second lit.

Nous ne citerons que deux de ses fils : Jean, qui fut évêque de Verdun de 1217 à 1224, puis évêque de Metz de 1224 à 1238 et Gobert (Ve du nom, comme baron d’Apremont, et IVe du nom, comme sire de Dun).

Gobert IV de Dun, dit le Bienheureux – 1192

Gobert IV de Dun, fut un des plus illustres chevaliers de son temps : il succéda aux charges, dignités et emplois militaires de ses ancêtres. Comme ses aïeux, il se disait princeps et custos omnium loci Asperimontis pertinentium.

C’est à cette époque qu’il épousa Julianne du Rosois, fille de Roger II comte de Tierarche et d’Alix d’Avesne. Elle était dame de Chaumont en Porceanais, Gobert lui constitua en douaire la châtellenie de Dun. Il possédait l’avouerie de la montagne de Saint-Vanne à Verdun à titre héréditaire. Cette dignité lui venait du fameux auteur de sa race, ce Gobert Ier si célèbre dans les fastes verdunois. Il avait, en 1209, reçu l’inféodation de la terre de Conflants, indivise entre le Barrois, l’évêché de Metz, et le Luxembourg.

Dès l’année 1201, on voit figurer Gobert le bienheureux, avec Julianne, dans une charte de donation, en faveur de l’abbaye du Mont-Dieu. Mais, constamment en guerre, il ne parut que rarement à Dun. Pendant ses longues et fréquentes absences, c’était l’évêque Jehan son frère qui gérait l’avouerie de ses châtellenies.

C’est ainsi qu’en 1215, Johannes episcopm Virdunensis, dominus de Asperomonte et Duno, vices gerens, accorde à l’abbaye d’Andenne propriétaire de l’église de Sassey, une charte à l’encontre des prétentions du sire de Proiville (Richard, fils de Ponsard et frère de Richer de Dun, Charte de 1230), charte par laquelle sont reconnus les droits des Béguines sur différents villages, et notamment à Tailly.

Le différent avait été soumis à l’arbitrage de Wuitier, chevalier de Wellenes (Vilosnes) et de Hunald, bourgeois de Dun. Le prélat ordonna que leur rapport serait déposé ès mains de la dame de Dun, pour son exécution. Notre châtelaine Julianne scella cette charte de son pareatis.

En 1218, Gobert IV concourut, avec Odon abbé de Belval, à la fondation du village de Beauclair, et il stipula que cette commune serait placée sous la juridiction de sa châtellenie de Dun.

En 1226, il prend part à la croisade dirigée par le roi Louis VIII contre les Albigeois. En 1227, il aide son cousin-germain, l’évéque Raoul de Torotte, à comprimer la mutinerie des Citains de Verdun. En 1228, avec sa femme Juliane, il cède aux moines de Belval, entre Brieules et Cunel, la terre de Briaculei. Puis il part pour la Palestine avec l’empereur Frédéric II mais, indigné de la conduite de ce méprisable monarque, il l’abandonne, et il revient en Lorraine défendre ses possessions qu’Henry comte de Bar avait envahies.

En 1231, il contraint ce prince à lui concéder l’inféodation partielle de la châtellenie de Briey. En 1237, toujours avec Julianne, il accorde aux dames d’Andenne une charte recognitive de leurs droits sur Proiville, sur Andevanne, et sur Tailly. Enfin, désenchanté des grandeurs, en 1240, il quitte tout, voire sa femme. Il va se réclure au monastère de Villier en Brabant. Finalement il y meurt, vers 1263, en odeur de sainteté, dit-on. On le croit né à Dun, aussi bien que le pape Etienne IX.

Sa femme lui avait donné de nombreux enfants. Ce fut sa postérité qui, de siècle en siècle, porta, dans le monde entier, le renom d’Apremont. Nous ne nous occuperons, ici, que de l’aîné de ses enfants et du puîné qui, l’un après l’autre, dominèrent à Dun.

Geoffrois II – 1240

Geoffrois II, sire d’Apremont, déjà comte de Sarrebruck par son mariage en 1235, avec Lorette, fille de Simon II et de Lorette de Lorraine, celle-ci fille du duc Ferry et d’Agnès de Bar. Geoffrois devint sire de Dun, à la retraite de son père (1240). Déjà, à partir de 1235, lui et ses frères avaient été, par leur père, associés au gouvernement d’Apremont et des autres fiefs de famille. La même année, Geoffrois est maintenu, par le comte Henry, dans son avouerie sur toutes les terres qu’avait l’abbaye de Gorze dans le Barrois.

En 1243, il fait hommage à Jacques de Lorraine, évêque de Metz, pour sa terre d’Apremont. En 1248, prêt à partir pour la terre sainte, il scelle une donation pieuse, sur son moulin de Marvezin, au profit de Notre-Dame du prieuré d’Apremont, puis il va rejoindre Saint-Louis en Palestine. Il y meurt, sans postérité, en janvier 1250, après avoir, testamentairement, institué son frère Gobert héritier de ses terres, à l’exception d’Apremont, châtellenie sur laquelle le douaire de sa veuve était établi.

Gobert V de Dun – 1250

Gobert V de Dun et VII d’Aspremont, succéda à son frère Geoffrois II, en 1250 : il vint s’établir à Dun. Son premier soin, de concert avec son frère Jean, alors prévôt de Montfaucon, fut de régler le douaire de leur mère Julianne et d’améliorer le sort de leurs vassaux. C’est lui qui les fit naître à la vie communale, il est le premier bienfaiteur de tout le canton de Dun.

Homme de haute prudence, Gobert fut l’arbitre des différents les plus graves du siècle où il vécut.

Déjà, en 1244, il avait tranché celui qui lui était personnel pour la seigneurie de Stenay. Elle était alors occupée par Renaud de Lorraine, frère puîné du duc Mathieu. Bientôt après, il en régla un bien autrement considérable : c’était celui du comte de Bar, alors en guerre avec Thibault, roi de Navarre et comte de Champagne, au sujet de l’hommage que réclamait celui-ci, hommage que l’orgueilleux Henry lui déniait. Ce fut à l’arbitrage de Gobert V, et d’Eustache de Conflants, connétable de Champagne, que fut soumis ce conflit avant qu’il fut porté au tribunal de Saint-Louis.

En 1251, Gobert V, avec sa mère Julianne, affranchit la commune de Lions devant Dun. La même année, Gobert et Julianne se rendent pleiges et cautions envers Thibault de Champagne, pour le relief de la tierce partie de leur terre de Chaumont en Porceannais et de ses appendices, dont Brieules faisait partie.

En 1269, Gobert s’entend avec Simon abbé de Gorze, pour l’affranchissement de Mouzay, et ils donnent à ce village les mêmes lois qu’à Beaumont. Enfin, de plein accord avec les pairs de sa châtellenie, les sires de Clarey, de Vilaisnes, de Proiville, de Landreville et de Lions, sous l’attache de son frère Jehan prévôt de Montfaucon, c’est Gobert V qui a affranchi Dun et tous les villages du Duninsis.

Le duc Ferry III de Lorraine et l’évêque Laurent de Metz étaient en guerre, à la suite de la capture de ce prélat, en 1273, dans l’affaire de Marsal. Ils choisirent encore Gobert pour arbitre, et ce fut lui qui régla les conditions de la paix qu’ils conclurent en 1278. Gobert mourut quelques temps après, il était alors au plus haut degré d’honneur et de considération.

Gobert V avait épousé, en 1258, Agnès de Coucy : cette dame décéda en 1277.

Elle l’avait rendu père de cinq enfants : Gobert qui mourut en bas âge, Geoffrois qui suit, Thomas sire de Chaumont en Porceannais, Elisabeth, mariée à Frédéric II de Linange et Mahaut, épouse de Simon de Sarrebrûck, sire damoiseau de Commercy.

Sa seconde femme fut Marie de Belrain, dont il n’eut pas d’enfants.

Geoffrois III de Dun

Geoffrois III succéda à son père en 1284. La même année, il affranchit Wiseppe et Saulmory. Ce fut comme bien tenant de Julianne son aïeule qu’il accomplit cet acte de suzeraineté, car ces villages étaient de mouvance champenoise. Ils étaient véromanduens, et ils avaient appartenu aux anciens sires du Rosois et de Porcean. Toujours sont-ils restés du ressort de la baronnie du Thour et Montcornet.

La petite prévôté de Villefranche sur Meuse était sous la même juridiction. C’est à Ribemont sur l’Oise qu’il faut aller chercher ses premiers seigneurs dominants.

En 1285, comme sire d’Apremont et de Dun, Geoffrois affranchit Montigny, où les deux mouvances se confondaient.

La même année, avec sa sœur Mahault dame de Commercy, il assiste et fait prouesses à la célèbre passe d’armes donnée par Louis IV de Chiny, en face du manoir de Gérard de Loos, dans la prairie de Chauvancy-le-Château.

En 1288, avec Gérard de Loupy et avec la plupart des seigneurs des basses Wabvres, il concourt aux délibérations internationales pour le règlement des limites germaniques et françaises, au sujet de la mouvance des abbayes de Montfaucon et de Beaulieu en Argonne, abbayes que Philippe-le-Bel revendiquait à l’encontre du comte de Bar Thibault II.

Geoffrois, en 1280, avait épousé Elisabeth de Quievraing. Fille aînée du baron Nicolas et de Julienne de Loos, cette princesse était petite-fille du comte Arnoult III de Loos et Chiny. Ce mariage avait fait du sire de Dun-Aspremont un des plus puissants hauts vassaux de l’empire. Aussi, en 1295, Geoffrois put-il conclure, pour son aîné, une alliance princière, en la personne de Marie de Bar, fille de Thiébault II et de Jehanne de Tocy.

En 1296, le sire de Dun régla les droits des moines de Belval et ceux des habitants de Beaufort sur Wiseppe et sur le Bostan de Boulain. En 1299, il déclare que les hommes du prieuré de Saint-Giles sont affranchis de sa taille, bien que, seul, comme avoué, il eut droit de garde sur ce prieuré.

En 1301, traité de Bruges. Trahi par le sort des armes, Henri IV de Bar est contraint de se déclarer homme lige du roi de France. Geoffrois se soumet à sa suite, et, en 1302, il fait hommage à Philippe le Bel pour ses fiefs de Brieules, de Dugny et des deux Monhairons.

Geoffrois périt à la bataille de Courtray le 11 juillet 1302.

Il eut une postérité nombreuse. Elle s’est répartie en cinq maîtresses branches :
- celle de Dun-Buzancy-Amblise, éteinte en 1550
- celle de Sorcy-Rombise-Nanteuil, que nous retrouverons ailleurs
- celle de Coulome et Sorcy, éteinte en 1652
- celle de Vandy-Saint Loup-Laneuville-Lambresle, éteinte, à Montmédy, en 1761
- celle de Brétainville-Saint-Laurent, qui se représentera, en son lieu, à Marville où est enterré son dernier représentant.

Apremont-Lynden florit encore en Belgique et dans les PaysBas.

Apremont-Dun-d’Amblise portait : de gueules, à la croix d’argent, en mémoire du voyage de Geoffrois Ier, en Egypte, où il mourut en 1250. On ne connait pas d’autres armoiries à la ville de Dun, sauf le sceau prévotal.

Gobert VI de Dun – 1305

Gobert VIe de Dun, VIIIe d’Apremont, fils aîné du précédent.

En 1301, il réalise son mariage avec Marie de Bar, et il devient ainsi beau-frère du fameux Pierre de Bar, sire de Pierfort et Boucquemont. La même année, il divise en deux communes Mont et Sassey qui, jusqu’alors, n’avaient formé qu’un seul ban. En 1301 toujours, il transige avec Pierre de Bar, son beau-frère, sur leurs droits indivis à Sécheprez et à Fromeréville.

Il sanctionne, en 1315, une donation par Jehan de Mouzay et par Helwis sa femme au profit des moines du prieuré de Dun. En 1318, il traite avec son neveu Edouard Ier, comte de Bar, au sujet de leurs droits dans la seigneurie des Dunes, dont quelques portions alors ne relevaient pas du Barrois.

En 1319, il fonde la collégiale d’Apremont. En 1326, il approuve la vente de portions du linage de Lions devant Dun, par Renault sire de Lions, à Jehan de Chaumont. Enfin il meurt, la même année, laissant viagèrement à sa veuve la jouissance intégrale de Dun et de sa chastellerie.

Geoffrois IV de Dun – 1326

Geoffrois IVe du nom de Dun, IXe d’Apremont, fils unique du précédent. Aussitôt qu’investi de l’hoirie paternelle, Geoffrois règle le douaire de sa mère. Avec les château, forteresse et chastellerie des Dunes, Geoffrois cède à la douairière, ce que son père avait tenu en fief à Dugny, à Ancemont, et aux deux Monhairons.

Il épouse, en 1327, Marguerite du Saulcy, dame de Jametz. Il en a deux fils : Gobert qui suit et Ferry, plus une fille prénommée Marie. En 1325, il établit cette fille avec Olry de Fénétranges, et il la dote des terres d’Aulnois et de Vertuzey. La même année, il approuve une donation au profit du prieuré de Saint Giles.

En 1346, il fait construire la vénérable église de Notre Dame, paroisse actuelle de la ville de Dun.

En 1354, il arrive au faîte de la puissance et des honneurs.

Par diplôme du 22 mars 1356, confirmé le 18 janvier 1357, l’empereur Charles IV (maison de Luxembourg), en récompense de son dévouement à l’empire, érige sa baronnie d’Apremont en fief salique et masculin, transmissible d’aîné à aîné, à l’exclusion des filles, et relevant immédiatement de l’empire. L’empereur y attache même les droits régaliens et celui notamment de battre monnaie sur tous métaux.

Ce fut cette faveur qui perdit la maison d’Apremont.

Aussitôt Geoffrois appelle de Namur le monayeur Lambert, et il ouvre à Dun un atelier monétaire. De cette officine, sortirent en petit nombre des pièces d’or, d’argent et de cuivre, au coin et à l’effigie du baron qui fit publier sa monnaie, en pleine foire, et dans tous les marchés de la ville de Dun. Mais, au bout de quelques années, le métal manqua avec le crédit, et l’atelier dût se fermer par l’épuisement de la caisse obérée par d’énormes emprunts.

En 1363, Geoffrois augmenta cependant encore ses domaines, en achetant d’Agnès de Boncourt ce que celle-ci possédait à Boncourt, à Mandres, à Forbelvezin et au Pont. Puis, entraîné à la dérive, il naufragea dans la tourmente politique dont voici les causes et le résultat.

Henri IV de Bar était décédé en 1344. De son mariage avec Mande de Flandre, ce prince laissait deux fils en bas âge, qui recueillirent, l’un après l’autre, les états de leur père, et dont la mainbournie contestée à leur mère, par Jeanne de Tocy leur aïeule, souleva l’orage dans lequel devait sombrer la barque des Apremont. Robert, le plus jeune des deux comtes, était encore mineur quand Edouard II, son aîné, lui laissa sa couronne, en 1351. Soutenue par la France, la régente Iolande se maintint, dans la tutelle, contre la compétition de Jeanne de Tocy, laquelle était aussi aïeule maternelle de Geoffrois d’Apremont.

Iolande fit plus. Elle conclut le mariage du jeune Robert avec Marie de France, fille du roi Jehan et de Bonne de Luxembourg. Non seulement elle obtint pour lui des lettres de dispense d’âge, mais elle parvint à faire ériger le barrois en duché. Alors elle se retira à Clermont, près de Varennes, terre qu’elle tenait en douaire ainsi que celle de Vienne-le-Château.

Le premier acte souverain que fit le nouveau duc de Bar, par édit du 9 juin 1357, fut d’enjoindre à tous ses baillis et chastelains d’avoir à reconnaître sa mère pour régente, et de lui obéir en tout ce qu’elle leur commanderait.

Mais, cédant aux suggestions de Pierre de Bar son beau-frère, Geoffrois d’Apremont s’y était refusé.

Indépendant, suivant lui, comme vassal immédiat de l’empire, et comptant trop sur l’appui des forces germaniques, Geoffrois arma contre son seigneur dominant. Il avait même ouvert aux troupes impériales sa forteresse d’Apremont. En cela, il avait encouru la commise de ses fiefs barrisiens, et de Dun, notamment, dont portions notables étaient de la relevance du Barrois.

Robert, soutenu par la France, réunit promptement une armée, et avec le concours de la garnison de Stenay, il s’empara du château de Dun et il établit des commissaires pour régir la châtellenie en son nom.

C’est en cet état que Geoffrois IV décéda en 1362, laissant à ses deux fils Gobert et Ferry une dette de 90 000 florins envers Wenceslas, grand duc du Luxembourg.

Gobert VII de Dun – 1362

Le mariage de Robert de Bar projeté avec Marie de France le 4 juin 1364, et qui assignait Dun pour douaire à la fille du Roi, ce projet s’était réalisé le 13 juin 1365.

Maintenant les confiscations prononcées contre son défunt vassal, le Duc de Bar confirma à sa femme le fief des Dunes et tout ce qui en dépendait. Alors Gobert VII fit de vains efforts pour recouvrer les possessions paternelles.

Il avait épousé Jeanne du Saucy du Jametz. Pour solder quelques impériaux, il engage au prince barrisien, Affléville, Aix et Gondrecourt qui dépendaient alors de sa comté d’Apremont, puis il réunit ses troupes. Mais, malgré le concours de ceux des seigneurs de Jametz, qui étaient de la mouvance Virduno-Luxembourgeoise (*), Gobert succomba.

En 1377, fait prisonnier par Robert, il ne fut reçu à merci, qu’à la condition que les fiefs paternels restant confisqués, ceux de provenance extra barrisienne seraient échangés contre l’abandon de la terre de Bronelle, plus les moulins de Stenay. Ce traité est du 15 juillet 1377.

Il fut sur les instances de Geoffrois, fils de Gobert, modifié par celui du 30 janvier 1381, lequel concéda à Gobert et aux siens, en échange de Bronelle, la terre et seigneurie de Buzancy, et en lui maintenant néanmoins les moulins de Stenay.

(*) Jametz relevait alors de deux mouvances différentes :
- D’un côté, pour la portion anciennement Virduno-Chinienne, se trouvaient les Failly, de la branche de Jametz-Marville, qui sont aujourd’hui représentés par les Failly champenois, notamment ceux de Villemontry.
- De l’autre côté, pour la portion Chino-Arlunienne, étaient les du Hâtois de Margny et Viller devant Orval, souche Evodienne des du Hautois Nubescourt.

Cette division remontait, paraît-il, à Marguerite de Jametz, veuve de Frusté de Failly, dont partie des droits avait passé à Marguerite de Manonville, et de celle-ci à la maison de Florenges, dont l’héritière Jehanne de Lenoncourt, fille de Colart et de Lise de Florenges, avait épousé Jean de Marley seigneur du Saulcy, père de la femme de Geoffrois IV de Dun.

Quant à la portion des anciens du Hatois, elle leur échappa à la suite de la bataille de Nancy, par les inféodations nouvelles accordées par le duc René. Cette phase obscure de notre histoire sera éclaircie à l’article Jametz. Là est le nœud de la descendance actuelle des vrais Failly.

A suivre : La chastellerie de Dun sous les derniers ducs de Bar (de 1377 à 1500)

Dun-sur-Meuse de 986 à 1140

Blason de Dun-sur-Meuse

 

Dun-sur-Meuse est un bourg de 747 habitants, chef-lieu de canton, dans l’arrondissement de Verdun.

A une certaine époque, Dun était ville capitale de la baronnie et du comté de ce même nom. Milly était ancienne annexe de Dun.

Je vous propose de remonter quelques siècles en arrière, et ainsi de parcourir, à travers l’épopée de ses seigneurs, l’histoire de ce pittoresque bourg de Meuse, et par là même, un peu l’histoire des villages avoisinants.

Les appellations anciennes des villes et villages ont été respectées.

D’après le « Manuel de la Meuse » de Jean François Louis Jeantin – Publication 1863  

Première période : La terre de Dun sous les premiers comtes de Bar et d’Ardenne (de 986 à 1066)

Beatrix de Bar

La terre de Dun n’apparaît comme possédée limitativement et héréditairement que dans le cours du dixième siècle. Avant cette époque, Dun n’apparaît, dans les vieilles chartes, ni comme une villa, soit mérovingienne, soit carlovingienne, ni comme un oppidum, soit gaulois soit romain, élevé en face des occupateurs du Doulmois, ce n’est qu’une terre, dans l’acception générale du mot, c’est celle des Dunes.

C’est une des cinq parts, Dun, Rouvres, Sampigny, Courcelles, Malaumont possédées à titre héréditaire par une princesse barrisienne, par Béatrix, la seconde des filles de Frédéric II et de Mathilde de Bourgogne. La petite-fille du roi Lothaire de France a reçu ces terres en dot, en épousant le duc de basse Lotharingie, Godefroid IV, comte d’Ardenne et de Verdun.

Mais les dunes sont disputées à l’héritière par un prélat. Thiéry le batailleur, évêque des Claves, nanti du testament d’un comte Frédéric, de l’an 997, prétend les faire comprendre, au détriment des époux, dans le legs universel à son église, comme partie intégrante du Virduninsis.

C’est pour défendre les propres de sa femme, et au soutien de ses prétentions personnelles, que le grand duc fit établir, paraît-il, un oppidum sur le promontoire, en face de l’Asteninsis, du Staduninsis et du Veroduninsis, le mettant ainsi à l’abri, et des courses épiscopales, et des invasions des occupateurs de Rethel, de Grandpré, de Sainte-Menehould, de Clermont et de Doulcom, occupateurs, tour à tour, alliés, ou adversaires, de l’ambitieux prélat de Verdun.

Le Castrum dunum s’élève donc en 1053. Ses fortifications rudimentaires s’achèvent en 1055. Alors Godefroid en confie la garde à Alo de Clermont, sire de Donnevoults, comte de Doulx, guerrier indomptable qui, avec ses parents les sires de Sainte-Menehould, de Grandpré, de Rethel, de Crépy sur Oise, n’avait cessé de soutenir les prétentions des comtes d’Ardenne sur le comté de Verdun, à l’encontre de la donation qui les en avait, disaient-ils, dépouillés.

Mathilde de Toscane

En 1063, Béatrix de Bar marie sa fille Mathilde, enfant unique de son premier lit avec le marquis Boniface de Toscane. Elle l’unit à Godefroid V, dit improprement le Bossu, son beaufils issu d’un premier mariage de son second mari. Et en dot, elle donne à l’épouse la terre de Dun et celles de Rouvres, de Sampigny, de Courcelles, et de Malaumont.

Mathilde est mise au ban de l’empire en 1066. Ses domaines sont confisqués, pour cause de félonie. L’empereur Henri IV les concède à l’église des Claves. Dun passe, par diplôme impérial, aux mains de l’évéque Thiéry. Alors Alo se soumet, il rentre même au giron épiscopal, car Mathilde, qui a besoin d’argent pour soutenir la querelle du pape, ratifie l’acte de son dépouillement.

Dun est abandonné, et le Duninsis devient Verdunois. L’abbaye de Juvigny, Jametz, Murvault avec la forêt de Wabvre, Peuvillers enfin, vont avoir le-même sort. Mouzay et Stenay sortiront aussi des mains de leur légitime propriétaire, pour devenir l’objet de luttes incessantes entre le dépouillant et les dépouillés.

Voilà la première phase des accroissements verdunois et des sous-inféodations wabvriennes dans les bassins de la Thinte, de l’Azennne, et du Loison.

Seconde période : Dunum castrum sous les comtes-évêques de Verdun, sous la seconde dynastie Barrisienne, et sous la haute vouerie des Alauniens (de 1066 à 1140)

Alo de Dannevoux et Clermont

Alo est haut voué du château de Dun. A ce titre, il a portion dans le domaine utile de la châtellenie. Ce fut là le principe de la seigneurie directe de ses descendants.

Proscrite des terres d’empire, son ancienne maîtresse Mathilde est en Toscane, d’où elle remue l’Europe pour la cause de la papauté. Son beau-père, Godefroid le grand, est mort à Bouillon en 1069. Godefroid le bossu, son mari, meurt assassiné à Anvers, en février 1076. Enfin, elle perd sa mère Béatrix en mars de la même année.

L’évêque Thiéry dispose alors de ses biens, et il les inféode à ses créatures. De là, les annelets sur champ d’argent dans les armoiries de ce temps.

Alo meurt fin 1076. Il laisse trois fils : Gauthier, autrement dit Wauthier – Adelo – Frédéric.

Ce fut le premier qui lui succéda. Adelo, le puîné, devient châtelain de Chauvancy et sous-voué de Saint-Hubert, sous la haute vouerie de Godefroid de Bouillon et d’Arnoux II de Chiny (Charte de 1086). Le dernier fils, Frédéric, devint vicomte de Toul (Chartes de 1069 et 1070).

Waultier de Dun

Galterus de Duno épouse Azelina, fille d’Azo, sire de Villy et de Blagny près Ivoy. C’est lui qui, en 1094, conjointement avec sa femme et sous le concours de plusieurs seigneurs des basses Wabvres, a établi le prieuré de Saint-Giles dans le faubourg de la ville de Dun. La même année, il avait souscrit à la charte de Godefroid de Bouillon portant restitution en faveur de Saint-Dagobert de Stenay, et Godefroid l’avait établi sous-voué de cet autre prieuré. A ce titre, il accède encore à la charte de 1096, au profit du même établissement. Avide, comme tous les voués de cette époque, il veut mettre la main sur les terres, serfs et vassaux, que les dames d’Andenne possédaient à Sassey, bien qu’ils fussent sous sa sauvegarde. Son entreprise est réprimée par le duc de Mosellanne Thiéry, aux assises d’Huy, en l’an 1105.

Cependant, élu à l’évêché de Verdun, en 1117, Henry de Blois, dit de Winton, n’avait pu prendre possession de l’autel de sa cathédrale : repoussé par les Citains, il avait fallu que le prélat recoure à l’intervention de Renault comte de Bar, qui était alors vicomte de la cité. Après son intronisation sanglante, en 1122, Henry restitua à Renault partie du patrimoine de Mathilde, et dès lors, Dun et son haut voué repassèrent sous la suzeraineté du Barrois.

Ponsard de Dun

Wauthier de Dun meurt en 1135. Il laissait deux fils et une fille : Ponsard – Raoul – Aleyde.

Ponsard lui succède et il vécut jusqu’en 1179. Ce châtelain figure, comme donateur, avec Seybert de Dun, probablement son fils, dans les chartes de Châtillon des années 1156, 1163, et suivantes. Son frère Raoul se fit prêtre et il mourut, très probablement sans postérité, dans ses fonctions d’officier cubiculaire de l’évêque Adalbéron de Chiny : on le trouve à la charte de fondation de Châtillon.

Aleyde de Dun

Soit que les enfants de Ponsard (Seybert, Richer et Richard) fussent trop jeunes, soit pour toute autre cause politique, ce fut Aleyde, ou plutôt ce fut son mari, qui recueillit le bénéfice de la haute vouerie de Dun. Elle porta cette vouerie au plus puissant seigneur des hautes WoepvresDe 1135 à 1140, Aleyda de Duno devint femme de Gobert V, sire de Briey-Apremont, plus ordinairement dit Gobert III d’Apremont.

Dun devint alors le titre de la sirerie baronnie de Dun-Apremont, sous la relevance immédiate du Barrois.

La branche de Seybert de Dun, celle de Richard, celle de Richer fils de Ponsard, et peut-être bien les souches plus anciennes d’Adelo de Chauvancy et Clermont, et de Frédéric vicomte de Toul, ont poussé des rejets qu’il est difficile de découvrir, mais qui, évidemment, ont été le principe des sireries-pairies de la châtellenie de Dun.

Ainsi, à la charte de Belval de 1159, figure Richer de Dun fils de Ponsard. C’est un sire de Landreville qui portait ce nom en 1277. Celui-ci était-il fils de Richer de Dun ?

Ainsi, en 1179, Richer et Richard concourent avec leur père Ponsard, à la donation aux moines de la Chalade par Thomas le sourd, par Mathilde sa femme, et par Vyard leur fils. Ainsi encore, le même Richer de Dun et sa femme Mathilde et leur fils Jean figurent, avec d’autres enfants, à la charte de 1182, par laquelle ils confirment à l’abbaye de Belval, une cense à Wiseppe, terre donnée par leur père et que celui-ci avait voulu reprendre déloyalement. Enfin, on trouve encore Ferry de Dun.

Les armoiries de cette famille sont restées inconnues.

A suivre : La châtellenie de Dun et ses pairs sous les sires d’Apremont (1140 – 1377) 

Saulmory-et-Villefranche

Carte de Villefranche (55)Villefranche près de Stenay

 

Saulmory-et-Villefranche est une commune de l’arrondissement de Verdun, et située dans le canton de Dun-sur-Meuse. Elle compte 109 habitants.

Mais peut-on imaginer, que ces deux petits villages, réunis en 1819, ont connu une histoire mouvementée, et ont été au cœur de batailles entre les ducs de Lorraine et les rois de France pendant près de 90 ans, à cause d’une forteresse construite par François Ier ?

C’est une page d’histoire de ces deux villages, que je vous propose de découvrir. Les appellations anciennes des villes et villages ont été respectées.

D’après le « Manuel de la Meuse » de Jean-François-Louis Jeantin – Publication 1863

Origines de Saulmory

Saulmory était le chef-lieu de l’ancienne baronnie de ce nom. Les écarts du village étaient la Court du val de Saulmory et le château de Boulain.

Par ordonnance royale du 3 novembre 1819, le village de Saulmory a été réuni à la section de Ville franche, qui en dépendait primitivement.

Le val de Saulmory, sur la rive gauche de la Meuse, comprenait, autrefois, tout le versant entre la Wiseppe et le ruisseau de la froide fontaine venant de Tailly et de Montigny.

L’existence de Saulmory est constatée dès l’année 715. Tout le bassin de la mer des basses Wabvres, aujourd’hui sillonné par la Tinte et par le cours de la Meuse, était alors aux mains de Charles Martel : ce prince, attaqué par les Neustriens unis aux Frisons, subit un échec près de Saulmory, sous les dunes du Dolmois. L’assistance des Verdunois, conduits par Pépon leur évêque, lui ayant rendu la victoire, il donna à ce prélat, pour son église, Chaumont et Moirey sur la Tinte, Merles et Casapetria (Dombras) sur la Loisonne, plus la moitié de l’église et des moraines de Saulmory.

Le val de Salmoreium était à la limite des deux diocèses de Verdun et de Reims. En effet, dans la bulle de 1049, donnée par le pape Léon IX, né au château de Dun, et contenant démembrement des biens de la cathédrale des Claves, on y lit ces expressions : « ad Salmoreium medietatem unius ecclesiœ ». Les bans de Wiseppe, Saulmory, Sassey, Montigny, furent longtemps unis et confondus dans le pourcingle de la terre et châtellerie de Dun.

C’est sous Jeoffrois III d’Apremont, sire de Dun, héritier de sa mère Julianne du Rosois, dame de Chaumont en Porceannais, que Saulmory est érigé en commune, grâce au mouvement général des affranchissements.

La charte d’affranchissement date d’octobre 1284. Cette charte est curieuse à étudier. On y trouve le germe de nos institutions municipales : on y voit l’agriculture à ses débuts, dans les mots waigner, ahaner. On y découvre quelques rudiments d’un code de la pêche, qui se complète par les chartes des communes voisines. La curtis du Val, sur les grand et petit Moha, (aujourd’hui la ferme de la Cour) s’y trouve indiquée, ainsi que la Grange seigneuriale.

Par sentence du duc Robert de Bar, du 26 juillet 1409, les habitants de Saulmory ont eu droit de vain pâturage dans toute la prairie de Stenay et de Laneuville, depuis le saulsis Pervignart jusqu’au Wey de l’Ouillon, sous Martincourt.

Saulmory était la résidence des prévôts de la baronnie. La terre de Saulmory dépendait, au XIIIe siècle, de la seigneurie de Vienne le château.

Elle avait été apportée en dot à Thiébaut II, comte de Bar, par sa seconde femme Jeanne, dite de Tocy, fille aînée de Jean Ier de Torcy en Auxerrois, seigneur de Vienne, de La Val de Saulmory, Favreules, Septfonds, etc. Elle fut confisquée, en 1297, par le roi Philippe le Bel sur le comte Henry III, fils de Jeanne, ainsi que la terre de Torcy et la châtellenie de Vienne, en répression des actes de violence que ce comte avait commis, en Champagne, à la suite de sa querelle avec les moines de Beaulieu.

Henry III, par le traité de Bruges, fut contraint, en 1301, d’en faire cession à la France. Mais, comme le traité réservait les droits de sa mère, le val de Saulmory revint au fameux Pierre de Bar, seigneur de Forges, lequel était fils puiné de Jeanne.

A l’extinction de la postérité de ce noble brigand, Saulmory fit retour au Barrois. Du Barrois, il passa à la Lorraine, entre les mains des Lenoncourt, puis… aux adjudicataires des biens expropriés sur ceux-ci.

On trouve alors Saulmory entre les mains des inféodataires de Tailly, de Boulain et de Laneuville, des Touly de Cléry, des Renart de Fuschemberg, et finalement des Moriolles, comtes de Beauclair et barons de Saulmory. Les des Saulx furent les derniers seigneurs du château de Boulain.

Origines de Villefranche

La paix de Crespy, conclue, en Laonais, le 18 septembre 1544, entre l’empereur Charles Quint et le roi de France François Ier, avait stipulé la restitution à Charles III, duc de Lorraine, des ville, chastellerie et seigneurie de Sathenay, comme fief impérial mouvant du duché de Luxembourg.

Après avoir exécuté ce traité pour Jametz, Dampvillers, Montmédy, Ivoy, enfin pour Stenay, le Roi voyant sa frontière ouverte du côté de la Champagne, et voulant en protéger les abords, vers le Clermontois et surtout vers Grandpré, se transporta sur la Meuse avec des ingénieurs.

Après avoir visité le terrain, il ordonna de bâtir et fortifier, en toute hâte, sur le territoire de Saulmory, une petite ville, en forme de corps de garde, flanquée de quatre bastions, propre à être opposée aux troupes lorraines de la nouvelle garnison de Stenay. Cet ordre fut exécuté dans l’année même. L’ingénieur Marina avait dressé les plans, le sous-ingénieur Mundos avait dirigé les travaux. Ce furent eux, aussi, qui, à la même époque, fortifièrent Sainte Mennehould.

Le Roi la nomma Ville franche, et, par lettres patentes, données à Saint Germain en Laye au mois de février 1545, il accorda à ceux qui viendraient habiter la colonie nouvelle, l’exemption de toutes tailles, corvées, impôts du 8e et du 20e, aides, emprunts, et autres charges de toute nature. Ces exemptions firent que Villefranche fut peuplée promptement. Le roi Henry IV renouvela et confirma ces franchises par ses lettres de 1597.

Description de la forteresse

La place était un quadrilatère régulier : il était assis dans l’angle interne du ruisseau dit le petit Moha, en amont de son confluant à la Meuse. A chaque angle du carré, était un bastion fermé à la gorge.

Les quatre étaient reliés par autant de courtines faisant face :
-
à l’est, sur la rivière
-
à l’ouest, sur l’avancée vers la redoute de Halles, frontière champenoise
-
au nord, sur les marécages de la Wiseppe, frontière barro-lotharingienne
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au sud, sur les afflux et les mottes du petit Moha, du grand Moha, et de la froide Fontaine, venant de Montigny et de Tailly, frontière des enclaves luxembourgeoises et de l’Auxuennois.

Au centre du corps de place, se trouvait un vaste carrefour. C’était la place d’armes, entourée des bâtiments militaires. De l’ouest à l’est, elle était traversée par une large rue, aboutissant aux deux issues : celle de Meuse sur la rivière, celle de France sur la campagne. Toutes deux étaient précédées de pont-levis, et munies de portes intérieures et extérieures… remparts, escarpes, contre-escarpes, glacis, poudrière, etc.

A l’entrée, vers l’ouest, s’élevait une tour ronde percée, dans sa lourde épaisseur, d’arceaux, en plein ceintre, dont le tympan était surmonté des armoiries de la ville et de l’étendard fleurdelysé de Saint Denis son patron. Cette porte, formant un arc isolé, seul témoin échappé au démantèlement de 1634, ne fut abattue qu’en 1845.

Les armoiries de la ville figuraient : « En champ d’azur, une tour, à quatre crénaux, d’argent, maçonnée, de sable, percée d’un œil de bœuf radié, d’or, en tête, armée d’une herse relevée, en pointe, de même ».

A la sortie, sur la rivière, était une autre tour massive quadrangulaire. Les bâtiments intérieurs, le grand four, la manutention, et autres édifices militaires, étaient construits en brique, et le tout d’une grande solidité. On peut encore, à l’extérieur du village actuel, suivre facilement les lignes intérieures du corps de place.

D’autres vestiges, beaucoup plus anciens, indiquent une voie gallo-romaine, large de 12 mètres, enfouie à 20 centimètres, près et à l’ouest de Villefranche, et se dirigeant parallèlement à la route de Laneuville à Dun. Elle conduisait, il est probable, de la station de Voncq au castrum de la côte de Saint Germain, en passant par le pinaculum de Pouilly.

Histoire militaire de Villefranche

Sous les rois Henry II (1547-1559) – François II (1559-1560) – Charles IX (1560-1574) – Henry III (1574-1589), le fort de Ville franche vit s’agiter, en face de ses bastions, les fureurs de la Ligue et celles du Calvinisme. Il vit expirer les luttes des Guises contre les princes de Sedan.

En 1587, le duc de Bouillon, Guillaume de Lamarck, tenta une démonstration qui fut énergiquement repoussée. Depuis, ce fort, confié à des capitaines de cœur dévoués à la France, ce boulevard restait inattaquable et inattaqué, sous l’étendard de Saint Denis, quand la trahison vint le livrer aux mains des Lorrains.

Devenu maître de Jametz, en 1589, et pour s’assurer la remise de Stenay par un gage valable, le duc Charles III de Lorraine, suivi de la garnison de Stenay commandée par Louis de Pouilly-Cornay, de celle de Dun commandée par Robert de Gratinot, sire de Jupile, de celle de Jametz commandée par le sieur de Lesmont, escorté de trois de ses capitaines-prévost, vient assiéger Villefranche, le 9 octobre 1590. Le célèbre chef de partisans, dit capitaine Saint Paul, conduisait les assaillants.

La place était confiée au nommé de Flamainville. Le lâche ouvrit ses portes, et le duc s’empara du fort, sans coup férir : il en expulse les soldats de la France et il remplace leur chef par le grand-maître de son hôtel, Jean Louis de Lénoncourt. Les principaux acteurs de cette surprise ne recueillirent pas, longtemps, les fruits de la félonie. Les Français avaient repris Stenay, en novembre 1591. Tombé entre leurs mains, Flamainville fut jugé prévotalement et pendu à Chalons.

Louis de Lénoncourt ne tarda pas à succomber, mais plus glorieusement. Le duc de Lorraine, ayant tenté un coup de main contre les occupateurs de sa ville astenienne, le nouveau gouverneur de Villefranche, atteint d’un boulet, le 7 décembre 1591, aux côtés de son maître, laissa son nom à la Croix dite du Grand maître, entre Stenay et Mouzay.

Le duc Charles remplaça Lénoncourt par le célèbre comte de Tilly. Jean Tzerclaës de Tilly près Nivelle, issu d’une illustre maison de Bruxelles, préludait, alors, après avoir été jésuite, aux exploits qui le rendirent si fameux, plus tard, comme rival de Mansfeld, comme commandant des bavarois sous le duc Maximilien d’Autriche, comme soutien de l’archiduc Léopold dans le Palatinat, comme vainqueur des Danois, etc., et qui ne perdit sa renommée de premier capitaine de l’empire, que devant Gustave Adolphe à la tête de ses Suédois. Tilly eut pour lieutenant, à Villefranche, le commandant de Pinaut.

Par un audacieux coup de main, Stenay était tombé, le 11 octobre 1591, entre les mains d’Henry de la Tour, vicomte de Turenne, qui, la nuit même de son mariage avec la princesse Charlotte de la Marck, voulant cueillir un bouquet de noces sur les terres de Monsieur de Lorraine, avait rapporté, à Sedan, les clés de cette ville au bon roi Henry IV, à son petit lever.

Mais Tilly, pendant cinq années, débouchant à l’improviste de Villefranche, par ces attaques incessantes, ne cessa de troubler le sommeil de Louis de Pouilly-Cornay, installé gouverneur de Stenay, de par Turenne, au nom du roi de France et de Navarre.

De là, escarmouches continuelles : du côté des Français, pour reprendre Villefranche, de la part des Lorrains, pour reprendre Stenay. Toujours Villefranche s’en tira honorablement.

Une première attaque eut lieu le 22 décembre 1591. Les garnisons françaises de Beaumont, de Mouzon, de Stenay, s’unirent pour tenter l’escalade. Elles furent repoussées par le commandant de Pinaut.

En 1594, la garnison de Ville franche, unie à celles de Dun et de Jametz, attaqua les fortifications naissantes d’une citadelle que Louis de Pouilly-Cornay commençait à Stenay : elles furent déconfites par la valeur brillante du colonel du régiment d’Esnes, Jean de la Cour de Jupille, époux d’Elisabeth de Pouilly.

La paix, conclue à Soissons le 31 juillet 1595, entre la France et la Lorraine, par la médiation de Jehan Ier de Vassinhac, rendit Stenay à la Lorraine et Villefranche aux Français.

Les remises s’étant respectivement opérées, le 17 mars 1596, Villefranche reçut pour gouverneur un gentilhomme de la suite du duc de Nevers, qui avait commandé en chef, à Stenay, en 1552, sous le roi Henry II. Il se nommait de Trémelet. C’était un militaire d’excellente renommée, dont la valeur et la fidélité étaient à toute épreuve.

Et il ne tarda pas à en donner de nouveaux gages, car cette paix ne faisait pas les affaires de l’Espagne, alors souveraine de la Bourgogne et du Luxembourg. Dans sa haine contre Henry IV, l’Espagnol fomentait entreprise sur entreprise contre les places frontières de la ligne de la Meuse : Mézières, Sedan, Rocroy, Mouzon, Maubert fontaine et il voulait emporter Villefranche à tout prix.

Un capitaine de fortune, nommé Gaucher, lorrain d’origine, entreprit de la lui livrer. Essayer de corrompre quelques soldats de la garnison était chose facile : le jour est pris… rendez-vous est donné… et tout se prépare pour une attaque nocturne, qui sera dirigée par le gouverneur luxembourgeois de Damvillers, François 1er d’Allamont-de-Housse, il est probable.

Mais quelques conspirateurs vendirent la mèche, et le brave de Trémelet eut le temps de se mettre sur ses gardes. Il n’a que trois compagnies de pied et une de gendarmes, il sait qu’il aura affaire à des forces très supérieures.

N’importe ! Il dépêche, en toute hâte, vers les gouverneurs des places voisines. C’était, à Mouzon, Claude de Joyeuse comte de Grandpré. C’était Louis de Mailly du Rumesnil, à Maubert fontaine. C’était le sire d’Estivaux, à Sedan. Rumilly ramasse quelques troupes, il accourt à la nuit tombante. Il jette une partie de ses hommes dans la place, il place les autres, en embuscade, aux approches.

Et, quand, dans la nuit du 4 août 1597, Gaucher et le capitaine-prévôt de Damvillers arrivèrent avec 5 à 600 hommes, on leur tomba sus, des deux parts. 300 des assaillants restèrent assommés dans les fossés, 120 sont pris avec leurs chefs, et Gaucher, seul, grâce à la vitesse de son cheval, parvint à s’échapper. Cette échauffourée fut la dernière tentative des Bourguignons.

En 1596, le duc Charles IV de Lorraine avait obtenu la restitution de Stenay. Sa conduite impolitique envers la France contraignit Louis XIII, en 1632, à la lui reprendre, à titre de dépôt. Alors le gouvernement de Villefranche fut donné au baron de Baricourt de Ligny, en Champagne.

En 1634, le comte de Charost, qui avait le gouvernement de Stenay, et qui eût voulu obtenir de Baricourt la cession de sa charge, en sollicita la suppression : cette suppression fut prononcée, avec ordre de démolition immédiate. L’ordre était exécuté, complètement, pour le 9 octobre 1634.

Ainsi tomba la place de Villefranche, après 89 années d’importance presque capitale, au point de vue tant civil, qu’administratif et militaire. Car de 1591 à 1596, elle fut le centre judiciaire d’une double prévosté. Les officiers civils et de judicature de la châtellenie Astenienne, contraints de quitter leur poste, se retirèrent à Villefranche, qui, par emprunt, devint alors chef lieu de juridiction, et on trouve, datés de Villefranche, des actes des anciens notaires de Stenay.

Villefranche, dans le principe, dépendait de la prévosté du Thour, en Porcéanais, et de la baronnie de Montcornet.

Nota : La place forte de Villefranche est représentée sur les cartes des Naudin, cartes réalisées entre 1728 et 1739, par des ingénieurs géographes appartenant à l’atelier versaillais des Naudin. Ils ont parcouru la Lorraine, c’est-à-dire non seulement les Trois-Evêchés (Metz, Toul et Verdun), qui relevaient pleinement du Royaume de France depuis les traités de Munster (1648), mais également les duchés de Lorraine et de Bar et les territoires voisins du Palatinat, des Deux-Ponts, du Luxembourg.

Vous pouvez retrouver Villefranche et Saulmory sur la carte des Naudin 01, zone C01 / Z02-02 ici

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