René Ier (1431 – 1453)

René de Bar

D’après la monographie imprimée
« Récits lorrains. Histoire des ducs de Lorraine et de Bar » d’Ernest Mourin
Publication 1895

La maison d’Anjou interrompt la filiation directe de la descendance de Gérard d’Alsace. Les trois ducs qu’elle fournit, René, Jean et Nicolas, furent beaucoup aimés en Lorraine pour leurs brillantes et sympathiques qualités, mais ils ne s’incorporèrent pas à la nationalité. Ils eurent presque toujours les yeux au dehors, en France, en Anjou, en Provence, en Italie et agirent sur les bords de la Moselle et de la Meuse, un peu comme des étrangers de passage.

René Ier avait vingt-deux ans à la mort de son beau-père Charles II. Tout aussi brave et apte aux faits de guerre que les princes lorrains, il se distinguait d’eux par des traits empreints de la douceur angevine. Il avait en outre l’esprit très cultivé, aimait et pratiquait les lettres et les arts, savait peindre et enluminer et écrivait de petits poèmes qui valaient presque ceux de son cousin, Charles d’Orléans.

Bien qu’ayant vécu à Nancy et à Bar depuis sa onzième année, il n’était pas devenu Lorrain, il était resté et resta toute sa vie Français et surtout Angevin. Il a laissé peu de souvenirs en Lorraine. Il n’y montra d’ailleurs que la moitié de sa physionomie, celle de sa chevaleresque jeunesse. Ce n’est que plus tard, en Anjou, puis en Provence, que ses traits historiques se fixèrent et que par sa bonté souriante, sa bonhomie, la simplicité de ses moeurs, il acquit la popularité qu’il a conservée jusqu’à nos jours.

René, déjà duc de Bar depuis 1424, prit le titre de duc de Lorraine, mais il resta entendu pour tous et pour lui-même que la souveraineté ducale appartenait à sa femme, la duchesse Isabelle.

Les deux époux firent leur entrée solennelle à Nancy au milieu des acclamations populaires. La duchesse douairière et un grand nombre de seigneurs leur firent cortège et les accompagnèrent à la Collégiale Saint-Georges. Leurs droits n’étaient contestés par personne.

Ils n’oubliaient pas cependant qu’il y avait un prétendant et, pour se garder de ses entreprises, ils attachèrent solidement à leur fortune le corps tout-puissant de la noblesse. Le 30 janvier 1431, ils remirent aux gentilshommes une « Déclaration » signée de leurs deux noms, mettant à néant les innovations de Charles II qui portaient atteinte à leurs privilèges, et rétablissant la chevalerie dans tous ses droits traditionnels, notamment en ce qui concernait la juridiction des Assises. Ce fut un acte peut-être habile, mais qui faisait reculer de plus de cent ans le pouvoir central.

Le prétendant était ce même Antoine de Vaudémont, le neveu et plus proche héritier de Charles II qui avait déjà revendiqué ses droits du vivant de son oncle. Il protesta de nouveau contre la délibération de la noblesse qui s’était prononcée pour les principes de l’hérédité féminine et prit le titre de duc de Lorraine. Au mois de mars, il se présenta à une porte de Nancy avec une forte escorte et requit l’entrée. Repoussé par les habitants, il rentra dans Vaudémont pour y préparer la guerre.

De son côté, René, en tant que duc de Bar, somma le prétendant de venir lui rendre l’hommage qu’il lui devait pour son comté, sous peine de commise, c’est-à-dire de confiscation pur cause de forfaiture. Antoine ne répondit pas à l’invitation.

La lutte s’engagea. Le comte de Vaudémont ne pouvait évidemment rien avec ses seules forces. Il s’adressa à Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Ce prince avait des griefs personnels contre la maison d’Anjou qu’il enveloppait dans ses haines contre la faction des Armagnacs. Il gardait un vif ressentiment à René qui avait battu ses troupes à Chappes, et qui d’ailleurs était le frère de Marie d’Anjou, épouse du roi Charles VII. Il embrassa donc avec empressement la cause d’Antoine, autorisa un grand nombre de gentilshommes à suivre sa bannière et ordonna au maréchal de Toulongeon, le vaincu de Chappes, de réunir le plus de forces qu’il pourrait, de se joindre au prétendant et de s’avancer vers le Barrois.

De son côté, René avait fait appel à ses vassaux et à ses amis. Il reçut des contingents de tous les côtés. Il vit venir entre autres, l’évêque de Metz, le maire de Toul avec trente cavaliers, le comte de Salm, le comte de Blâmont. Des princes de l’autre côté du Rhin, Louis de Bavière, Jacques de Bade, accoururent aussi. Le roi Charles VII, son beau-frère, lui envoya l’un de ses meilleurs capitaines, le brave Barbazan avec deux cents lances et une troupe d’archers. Robert de Baudricourt vint de Vaucouleurs avec 300 cavaliers.  On ne sait pas exactement le chiffre total de l’armée lorraine, car les évaluations des chroniqueurs varient de 6000 à 38 000 hommes.

Ce qui est certain, c’est que René avait de beaucoup l’avantage du nombre. Mais les soldats de Vaudémont étaient de qualité supérieure, car on y voyait 1 400 archers picards renommés, un corps anglais et une forte artillerie.

Après avoir ravagé le Barrois, le prétendant et Toulongeon se dirigèrent sur la forteresse de Vaudémont que les Lorrains assiégeaient. Puis sur la nouvelle que ces derniers s’avançaient à leur rencontre, ils s’arrêtèrent près de Châtenois (1er juillet 1431).

Là ils tinrent conseil : le comte Antoine était d’avis de ne pas reculer et d’offrir le combat sans attendre. Le maréchal de Bourgogne, plus froid et plus expérimenté, représenta qu’il serait imprudent de risquer la partie dans des conditions si inégales, que les troupes étaient fatiguées, que le plus sage était de se retirer en Bourgogne, de s’y refaire et d’y préparer une nouvelle campagne. Comme le débat se prolongeait, il y mit fin en se prévalant de son autorité de commandant en chef et ordonna de commencer la retraite dès le lendemain, à la pointe du jour.

Le mouvement commença à l’heure dite. L’armée bourguignonne marchait depuis plusieurs heures dans la direction de la frontière, lorsque l’on signala l’approche des Lorrains qui la poursuivaient.

Toulongeon s’arrêta et prit ses dispositions pour le combat qu’il ne pouvait plus éviter. On était près du village de Bulgnéville, dans le Bassigny, au sud de Châtenois.

Le maréchal rangea sa petite armée dans une vaste prairie, le front sur un petit cours d’eau, le dos à la forêt de Vaudémont. Il disposa sur les deux ailes ses archers picards et anglais en leur prescrivant de planter devant eux les pieux dont ils avaient coutume de se munir, de façon à se couvrir d’une sorte de palissade. Les cavaliers furent placés au centre avec ordre de mettre pied à terre. L’artillerie fut masquée derrière des travaux de terre improvisés à la hâte. Enfin une enceinte générale fut formée avec les chariots qui portaient les bagages.

Les masses lorraines arrivaient en tumulte, confiantes dans la supériorité de leurs forces. René, en vrai paladin, envoya un héraut d’armes au comte Antoine pour le défier et lui offrir le combat. « J’accepte », dit le prétendant. Cependant sur la demande de Barbazan et de l’évêque de Metz, les deux sages de l’armée, on délibéra.

René et ses jeunes amis voulaient charger sans délai. Barbazan et le prélat étaient d’avis qu’il fallait attendre que le manque de vivres forçât l’ennemi à sortir de ses retranchements, soit pour livrer combat, soit pour essayer de battre en retraite. Mais les jeunes gentilshommes ne voulurent rien entendre. Ils disaient en se moquant du petit nombre des Bourguignons : « Il n’y en a pas pour nos pages ! » Ils finirent par injurier Barbazan : « Quand on a peur des feuilles, ne fault aller au bois ».

Le vieux héros éclata d’indignation, regarda ces jeunes fous en face et leur dit « qu’ils ne mettraient point la tête de leurs chevaux où serait la queue du sien ! ».

L’armée alors s’avança, passa le petit ruisseau, sans que les ennemis fissent un mouvement. Ils n’étaient plus qu’à une portée d’arbalète, lorsqu’un incident troubla les âmes superstitieuses. Un cerf sortit tout à coup, effaré, de la forêt, s’arrêta incertain entre les deux armées, puis se jeta sur les Lorrains, culbuta deux ou trois soldats et disparut. Ce fut pour les gens de René un alarmant pronostic et pour les Bourguignons une promesse de victoire.

Les Lorrains abordèrent l’ennemi avec une irrésistible impétuosité. Du premier choc, ils renversèrent les chariots, emportèrent une partie de l’enceinte.

Mais Toulongeon démasqua ses canons, et une foudroyante décharge arrêta les assaillants. En même temps, les archers picards et anglais firent pleuvoir une grêle de traits sur l’infanterie lorraine qui, composée de levées faites dans les villages et n’ayant aucune habitude de la guerre, cessa d’avancer, puis recula en désordre.

Les hommes d’armes enfermés dans de lourdes armures, sur des chevaux bardés de fer, évoluaient à grand peine, s’embarrassaient dans les obstacles accumulés par l’ennemi. Le découragement les gagna. Quelques-uns même se hâtèrent de quitter le champ de bataille et entre autres Jean d’Haussonville et le damoiseau de Commercy qui avaient insisté avec tant de jactance pour en venir aux mains.

Au milieu de la confusion croissante, René et Barbazan faisaient des efforts désespérés pour arrêter la panique et rallier leurs troupes. Tout à coup, Toulongeon ordonna à ses hommes d’armes de remonter à cheval et de charger. La cohue lorraine fut écrasée et rejetée sur le ruisseau. Il y eut là un dernier effort.

Beaucoup de gentilshommes périrent, Barbazan tomba lui-même percé de coups. René fut le dernier à combattre. Comme le roi Jean à Poitiers, il luttait bravement dans un cercle de fer. Ses chevaliers fidèles tombaient un à un, d’autres étaient pris comme le vaillant évêque de Metz. Enfin presque seul, le sol jonché de cadavres autour de lui, trois fois blessé, son armure bossuée, couvert de sang et de poussière, méconnaissable, il rendit son épée à un écuyer.

Le comte Antoine aussitôt averti accourut, et déjà il donnait des ordres pour faire conduire le prisonnier à Joinville, lorsque survint Toulongeon qui s’empara du prince et éloigna Vaudémont en le chargeant de poursuivre les deux corps d troupes qu’emmenaient d’Haussonville et le Damoiseau.

Le maréchal entendait garder pour lui ou plutôt pour le duc de Bourgogne, la meilleure part du butin. Certes, il y avait droit, car c’était à ses habiles dispositions, au bon emploi qu’il avait su faire de l’arme moderne et des hommes à pied, et au ferme maintien de la discipline, que le succès imprévu de la journée était dû.

Ce désastre de Bulgnéville, qui coûta la vie à plus de 2 000 Lorrains, fut mis au rang de nos catastrophes de Crécy, de Poitiers et d’Azincourt, et justement attribué aussi à l’indiscipline, à la légèreté, à la présomption de la jeune noblesse (2 juillet 1431).

Les conséquences en furent cruelles pour René, mais moins fâcheuses pour son duché qu’on aurait pu le craindre. Antoine n’y gagna rien. Lorsqu’il revint de sa poursuite sans avoir pu atteindre le Damoiseau, il apprit que René avait été dirigé vers un château de Bourgogne et que Toulongeon était parti, ramenant ses troupes dans les terres de Philippe le Bon.

A Nancy et à Bar, on se remit vite de l’émotion. La vaillante Isabelle de Lorraine qui, après tout, était la véritable souveraine, montra beaucoup de sang-froid et d’énergie. Elle convoqua son conseil, se présenta avec ses quatre petits enfants, exposa la situation et fit appel à la fidélité des seigneurs lorrains.

La noblesse reconnaissante de la « Déclaration » protesta avec unanimité de son dévouement, et déploya une grande activité. L’armée fut promptement reformée et pour prouver au prétendant qu’il n’avait pas à compter sur le découragement de ses adversaires, elle envahit le comté de Vaudémont, assiégea la capitale Vézelise et le sixième jour, sous les yeux du comte Antoine, elle l’enleva d’assaut et la mit à sac.

Le prétendant se tint pour averti, signa une trêve, eut une entrevue très courtoise avec la duchesse et se borna enfin à demander que le litige fût soumis à l’arbitrage des évêques et de trois gentilshommes, désignés d’un commun accord. Ces arbitres devaient en outre former une sorte de conseil de gouvernement.

Le vaincu de Bulgnéville avait été conduit à Dijon et enfermé dans une tour du palais ducal qu’on appela depuis « la tour de Bar », René n’étant reconnu que comme duc de Bar. Il ne pouvait guère compter sur la magnanimité de ce Philippe le Bon, qui avait vendu Jeanne d’Arc aux Anglais, et restait uni à l’étranger pour faire la guerre au chef de sa race. Le prisonnier essayait de se consoler avec ses livres et ses pinceaux, mais ne laissait pas de songer que sa captivité pouvait être longue, comme en témoignait le duc d’Orléans retenu on Angleterre depuis Azincourt, c’est-à-dire depuis seize ans.

En février 1432, la duchesse Isabelle obtint que l’impitoyable geôlier allât voir son captif. Il parait que Philippe, malgré son dur égoïsme, se laissa toucher par la nature si sympathique de René, il consentit à parler de sa liberté et lui permit même de rentrer dans ses États pour y recueillir une rançon, sans toutefois en fixer le chiffre.

On lui accorda un délai d’un an qui fut ensuite prolongé jusqu’en 1435. Mais il dut remettre ses deux fils aînés en otages, et trente gentilshommes, choisis parmi les plus grands seigneurs de Lorraine, engagèrent leur foi pour son retour au jour fixé. Au nombre des trente, figurent les quatre grands chevaux : du Châtelet et Ligniville, Lenoncourt, Haraucourt, puis les Salm, les Haussonville, les Ludres, les Armoises, etc.

Toute la Lorraine salua avec allégresse le retour de René. Antoine de Vaudémont l’accueillit lui- même « en grand amour ». Les deux adversaires, à ce qu’il semble, avaient la même facilité de caractère et la même légèreté. Ils imaginèrent, à la surprise de bien des gens, do se rendre ensemble à la cour de Philippe le Bon et le prièrent de juger leur querelle.

Le duc de Bourgogne promit d’étudier la question et de prononcer sa sentence le plus tôt possible. En attendant, il leur suggéra un arrangement de nature à faciliter la paix définitive. Il fut convenu que René donnerait la main de sa fille aînée Yolande à Ferri de Vaudémont, fils d’Antoine.

Puis les deux princes, toujours en parfait accord, rentrèrent en Lorraine et s’occupèrent de purger le pays des routiers qui l’infestaient depuis Bulgnéville. Le plus redoutable de tous, le damoiseau de Commercy, un vrai chef de bandits acculé dans sa forteresse, allait succomber lorsque l’intervention officieuse du connétable Richemont le sauva.

Philippe le Bon ne se pressant pas de juger, on convint de porter la cause devant une juridiction plus haute. René et Antoine se rendirent au concile de Bâle et s’adressèrent à l’empereur Sigismond. Celui-ci, après d’interminables plaidoiries qu’il écouta avec patience, se déclara suffisamment éclairé et, par sentence solennelle prononcée devant les pères assemblés, il adjugea le duché de Lorraine à Isabelle et conféra à René, pour et au nom de sa femme, l’investiture des fiefs relevant de l’empire.

Cette décision mécontenta naturellement Antoine, tandis que Philippe le Bon se montrait fort blessé que les deux plaideurs n’eussent pas attendu son jugement.

René paya cher son succès devant le concile. Dans les derniers jours d’avril 1435, il était à Nancy, se reposant de ses laborieuses campagnes contre les routiers, lorsque tout à coup il entendit sonner de la trompe devant le palais ducal. C’était Toison d’Or, le héraut de Bourgogne, qui venait lui rappeler la convention et le sommer de rentrer immédiatement dans la tour de Dijon. Sans hésiter, en preux chevalier, il n’attendit pas un jour et dégagea sa parole en regagnant sa prison (1er mai 1435).

On a dit qu’il y montra une humeur indifférente à tout, sans aucun souci de ses intérêts et même de sa liberté. C’est invraisemblable. René n’avait encore que vingt-six ans. Il était dans tout le feu de la jeunesse et le vaillant compagnon de la Pucelle, le héros de Chappes et de Bulgnéville n’avait pas encore assez vieilli d’aucune façon pour fermer son coeur à l’espérance et ses yeux aux perspectives que lui offrait l’avenir. Ce qu’il rapportait dans « la tour de Bar », c’étaient les nouveaux titres que la fortune, par une sorte d’ironie, accumulait sur sa tête.

La mort de son frère aîné Louis III l’avait fait duc d’Anjou et comte de Provence (12 novembre 1434) et le testament de Jeanne de Sicile venait de lui transmettre les couronnes de Sicile, de Naples et de Jérusalem (2 février 1435).

La duchesse Isabelle, qui avait l’ardeur et le génie entreprenant de sa race, n’hésita pas à devancer en Italie son mari prisonnier. Elle y disputa à la maison d’Aragon l’héritage de la reine Jeanne et endura sans défaillance, pendant plusieurs années, de dramatiques alternatives de succès et de revers.

Quant à René, ce ne fut qu’après de longs jours de désespérance qu’il réussit enfin à s’arracher des mains de son impitoyable ennemi. Philippe avait refusé de le comprendre dans le traité d’Arras. Puis il exigea, avec une énorme rançon, la cession du duché de Bar. René résista et protesta noblement qu’il préférait mourir en prison.

Le duc de Bourgogne le fit alors transporter en Flandre pour l’avoir sous sa main et agir plus directement sur lui. Mais ce fut lui qui céda enfin et le traité de Lille (28 janvier 1437) rendit la liberté au vaincu de Bulgnéville, moyennant une rançon de 400 000 écus d’or, somme énorme pour le temps, payable en plusieurs termes, le premier, 200 000, devant être versé immédiatement.

Le dévouement de la noblesse qui offrit des dons considérables, les sacrifices des trois évêques, les aides que votèrent les États le mirent promptement à même de s’acquitter du premier terme.

Il retrouva à la porte de sa prison sa bonne humeur, son amour des plaisirs et des fêtes, son goût pour les tournois, les aventures, les fantaisies poétiques. Puis ayant désigné les évêques de Metz et de Toul el le sire du Châtelet pour administrer les deux duchés avec le concours d’un conseil de régence, il partit emmenant avec lui son futur gendre Ferri de Vaudémont et l’élite de la chevalerie lorraine, visita en passant, le roi Charles VII, son beau-frère, s’arrêta à Angers qu’il n’avait pas vu depuis son enfance, s’oublia quelque peu dans une longue route, dépensant gaiement son temps et son argent, prit possession de son comté de Provence et enfin, le 12 avril 1438, il mit à la voile pour aller conquérir son royaume de Naples. Il était désormais dans l’histoire « le bon roi René ».

Dès lors, René n’appartient plus à la Lorraine. Nous n’avons pas à le suivre dans ses brillantes campagnes en Italie, où il déploya la plus rare valeur, mais où il rencontra, lui le loyal chevalier, un adversaire qui l’emporta par l’astuce et la trahison.

Il ne revint plus guère dans ses duchés de Bar et de Lorraine, où le rappelaient cependant avec instance les régents aux prises avec le comte de Vaudémont et les routiers.

En 1444, il était à Nancy et y faisait célébrer, dans des fêtes magnifiques, le mariage de sa fille Marguerite, « la grande Marguerite », la future héroïne de la guerre des Deux-Roses, avec le roi d’Angleterre Henri VI. (Marguerite d’Anjou était née à Pont-à-Mousson le 23 mars 1429 et aurait dû être nommée Marguerite de Bar, sou père n’étant encore que duc de Bar. A la suite des tragiques péripéties de son histoire, elle se réfugia en Anjou et mourut tristement, pauvre et délaissée, au château de Dampierre près Saumur, le 20 août 1482).

A la même époque, ne pouvant rembourser les Messins qui lui avaient prêté de fortes sommes d’argent, il leur fit la guerre de concert avec son beau-frère Charles VII qui avait dessein de s’emparer de Metz, Toul et Verdun pour « rétablir la France dans ses limites naturelles qui allaient jusqu’au fleuve du Rhin ». Les deux rois assiégèrent Metz pendant sept mois. Les bourgeois se défendirent admirablement, puis se résignèrent à payer le maintien de leurs libertés en versant 200 000 écus d’or à Charles VII et en donnant décharge à René de 100 000 florins de dette.

En 1453, la duchesse Isabelle mourut à Angers. René remit aussitôt le duché de Lorraine à son fils Jean de Calabre, mais il garda le duché de Bar qui lui appartenait en propre. Les deux duchés se trouvèrent de nouveau séparés, mais pour quelques années seulement.


Archive pour octobre, 2010

La citadelle de Longwy (54)

Blason de LongwyCarte de Longwy-haut

Plan de la citadelle de LongwyTour de MalcouvertCitadelle de LongwyPorte de France Longwy

 

Classée monument historique en 1933, et inscrite au patrimoine mondial de l’humanité depuis le 7 juillet 2008, la ville haute de Longwy est l’une des plus belles villes fortifiées par Vauban en France.

La forteresse est construite sur un plan hexagonal, et renferme une église, un arsenal, onze casernes, ainsi que cinq puits. L’accès se faisait par deux portes : la porte de Bourgogne (détruite en 1914) et la porte de France. La place-forte est ordonnée en quadrilatères organisés autour d’une vaste place centrale.

Actuellement, la moitié de l’enceinte et des bastions, ainsi que la porte de France sont parfaitement conservés et la plupart des bâtiments construits par Vauban y sont toujours visibles : Hôtel de ville, l’église, les casernes, le puits central, la boulangerie.

Mais avant cette citadelle, il existait à Longwy un château-fort, dont il reste un vestige : la Tour de Malcouvert.

D’après des extraits de la monographie « Essais sur l’histoire de Longwy » – Année 1829

Les fondations de la ville de Longwy

L’ancienne ville de Longwy était divisée en trois corps.

Le premier était un château-fort, appelé originairement Longcastre (Long-Château), à cause de sa forme oblongue. Il était situé à l’extrémité et sur la croupe d’un long coteau qui se détache de la montagne voisine, où est maintenant la ville neuve de Longwy.

Ce château, presqu’inaccessible de trois côtés, était très spacieux, et renfermait une grande place d’armes une église paroissiale, un palais, des casernes et trente-six maisons. Un curé, quatre chapelains et une trentaine de bourgeois y faisaient leur résidence, et il servait de lieu de refuge à divers gentilshommes des environs, au prieur du mont Saint-Martin et aux moines des abbayes d’Orval et de Differdange. Au nord du château s’élevait un magnifique donjon, dont les murs et les tours étaient d’une épaisseur surprenante : les princes, ou, en leur absence, leurs lieutenants l’habitaient.

Le deuxième corps formait un bourg, assis sur la gorge du coteau, au-dessous du château, et habité par soixante et dix-sept familles bourgeoises. Il avait deux places de marché, l’une garnie d’une halle et l’autre d’un puits très profond. De beaux jardins et des vignes couvraient du haut en bas tout le revers de la montagne.

Enfin, le troisième corps était le faubourg, situé au bas de cette montagne, dans un vallon étroit, arrosé par la rivière de la Chiers. Il contenait cent vingt-cinq habitations.

De ces trois corps, le faubourg seul subsiste encore au même endroit qu’il occupait jadis, et forme aujourd’hui la ville-basse de Longwy. L’ancienne ville et le château ont été entièrement détruits sous Louis XIV, comme on le verra dans le cours de cette notice.

L’origine de Longcastre, qui fut le premier fondement de Longwy, remonte au 6e siècle. L’origine de la ville et du faubourg ne date que du siècle suivant.

Clotaire, fils de Clovis, roi de France et d’Austrasie, ayant marié Blitilde sa fille à Anselbert, marquis d’Anvers, lui créa, dans le royaume d’Austrasie, une seigneurie composée du pays entre Metz et Trèves, auquel il donna le titre de comté Mosellan, parce qu’il était sur les rives de la Moselle.

Anselbert fit construire le château de Longcastre avec les débris d’un camp romain (*) nommé Titelberg ou Titus, situé près de là. Ce château devînt le siège ou chef-lieu de la juridiction du comté Mosellan.

Le démantèlement de l’ancien château-fort

Le grand Condé, connu alors sous le titre de duc d’Enghein, investit Longwy en 1643. Mais il en leva le siège aussitôt sur l’assurance donnée par le prince Charles, qu’il ne prendrait aucune part à la guerre que la France soutenait alors. De là, c’est Thionville qui fut assiègé, et qui se rendit le 10 août de la même année.

En 1646, Longwy (seule place qui restait au prince Charles dans toute la Lorraine) fut investi et assiègé par le marquis de la Ferte-Senneterre, à la tête de 1 500 chevaux et de 4 000 fantassins.

Deux approches eurent lieu le 1er juillet, l’une sur le donjon, commandée par le marquis lui-même, et l’autre sur la ville. Le 9, les assiégeants firent jouer une mine sous le bastion derrière lequel était un retranchement occupé par l’élite de la garnison. Le marquis en personne, à la tête de ses gardes, appuyés du régiment royal italien du cardinal Mazarin, forcèrent ce retranchement et poursuivirent les assiégés, l’épée aux reins, jusqu’au pont-levis du château.

Le lendemain, les assiégeants s’emparèrent encore d’une demi-lune, et établirent quantité de mines au corps de la place, qui se rendit enfin le 12 juillet. La garnison sortit avec les honneurs de la guerre.

Longwy resta occupé par les troupes françaises jusqu’au traité de paix des Pyrénées, conclu le 7 novembre 1659, et publiée en cette ville le 27 février suivant. La place fut alors remise au prince Charles qui y établit un gouverneur.

De nouvelles intrigues du prince Charles contre la France, amenèrent Louis XIV à envahir une seconde fois la Lorraine. Au mois d’octobre 1670, le maréchal de Créquy se présenta, avec une armée nombreuse, devant Longwy, dont il s’empara après quelque résistance. Depuis lors, cette ville n’a plus cessé d’appartenir à la France.

Tous les châteaux et maisons fortes des environs de Longwy, entre autres, Mercy, Mussy, Tiercelet, Audun, Bassompierre, etc., furent detruits par ordre du roi qui, l’année suivante, ordonna aussi le démantèlement du château et de la ville de Longwy, ce qui fut aussitôt exécuté. Les habitants se réfugièrent à la ville-basse.

Par le traité de paix conclu à Nimègue le 19 août 1678, la prevôté de Longwy fut définitivement abandonnée à la France, moyennant une cession équivalente.

La construction de la citadelle

Louis XIV, voulant fortifier la frontière du royaume du côté de Luxembourg, resolut de faire construire une nouvelle place sur la hauteur au nord, et à environ 400 toises de l’ancien château. Le plan de cet ouvrage fut confié à Vauban.

Le terrain nécessaire ayant été toisé, estimé et payé aux propriétaires, le 10 août 1679, les lignes de la nouvelle forteresse furent tracées avec une charrue.

Quoiqu’il fallût tailler dans le roc pour creuser les fossés, huit bataillons des meilleures troupes employées à cet effet, poussèrent les travaux avec une telle activité, que le 18 avril de l’année suivante, on posa solennellement la première pierre pour le revêtement de la place.

Louis XIV vint en personne visiter les ouvrages. Sa Majesté dîna dans l’ancienne maison de refuge d’Orwal, qui existait encore au vieux château, et retourna dans sa capitale par Longuyon.

Louis XIV ordonna que les maisons qui subsistaient, tant au château qu’à l’ancienne ville, fussent totalement démolies, après en avoir fait payer de ses propres deniers, la valeur aux propriétaires, auxquels il permit d’en établir d’autres dans le nouveau Longwy. Désirant contribuer à l’agrandissement et au bien-être de la ville neuve de Longwy pour laquelle il avait une prédilection particulière, il lui accorda divers priviléges et prérogatives.

Description de la ville

Le pied de la montagne sur laquelle la forteresse est établie, est arrosé par la petite rivière de Chiers. Cette ville est divisée en ville haute et en ville basse. La ville basse est bâtie en amphithéâtre sur la croupe de la montagne et s’étend jusqu’à la rivière. La ville haute, ou ville neuve, est située sur un des points les plus elevés du département. Des précipices en défendent l’approche au nord-est et à l’est, et rendent sa position fort avantageuse. On y parvient de la ville basse par une route pratiquée en zigzags sur les flancs de la montagne.

Les deux villes sont séparées par un escarpement considérable, que l’industrie des habitants a su changer en jardins potagers plantés d’arbres fruitiers qui s’étendent jusqu’au sommet de la montagne où Louis XIV fit élever la ville neuve.

Le corps de la place est très bien construit. Il forme un hexagone regulier de 1 200 toises de circuit, composé de six bastions et de deux cavaliers.

Il renferme :
- neuf corps de casernes et sept pavillons pouvant loger 5 000 hommes d’infanterie et 800 chevaux
- sept corps-de-garde dont quatre à l’abri de la bombe
- plusieurs magasins à poudre et à fourrage
- un vaste arsenal, un hôpital et une boulangerie militaires
- trois grands souterrains, un hôtel-de-ville, un hôtel pour le gouverneur
- plusieurs autres édifices civils et religieux
- et près de quatre cents maisons, presque toutes bâties en pierre de taille.

Les remparts et quelques-uns des forts sont garnis d’un double rang de tilleuls. Ces arbres forment une promenade délicieuse qui offre un charmant abri dans les heures brûlantes du jour. Du haut du parapet, on découvre plusieurs points de vue très variés, dont l’aspect rend cette promenade encore plus agréable. L’intérieur de la ville est fort gai.

Il n’y a que deux portes d’entrée, celle de Bourgogne au nord, et celle de France au midi, du côté de la ville basse. La distance entre elles est de 182 toises. Le terrain, depuis la porte de Bourgogne, va toujours en s’inclinant vers la porte de France. Les rues sont tirées en ligne droite. La principale est dans la direction des deux portes, les autres lui sont parallèles ou la coupent transversalement et à angles droits.

Au centre de la ville se trouve la place d’Armes, qui forme un rectangle de 60 toises sur 53, partagé en deux parties égales par la route royale. Au nord de cette place est l’arsenal, à l’est, l’hôtel du gouverneur et à l’ouest, l’église paroissiale et l’hôtel-de-ville. Quelques maisons de particuliers en complètent le contour.

Sur la partie de la place située à l’est de la route et en face de l’hôtel du gouverneur, se trouve un puits voûté, à l’épreuve de la bombe, qui fournit l’eau à tous les habitants.

Sous la boulangerie militaire, se trouve une citerne d’une telle profondeur qu’un seul pouce quarré représente un volume de cent pièces d’eau (mesure de Bar).

L’hôpital est un corps de bâtiment isolé, adossé au rempart du bastion gauche de la porte de France. Il est long de 28 toises et large de 7. Il pourrait contenir 120 lits, mais la fixation n’est que de 70. Sa direction est de l’est-sud-est à l’ouest-nord-ouest. Comme c’était autrefois un corps de caserne, on pense bien qu’il n’est pas distribué fort avantageusement.

Les casemates ou voûtes souterraines, à l’épreuve de la bombe, sont destinées à loger la garnison et les habitants en tems de siège.

Les puits sont au nombre de quatre, dont un, celui de la place d’Armes, fournit l’eau aux habitants, et un autre à la garnison. Les deux autres sont délaissés. La profondeur de ces puits est très grande, et l’on ne peut en tirer l’eau qu’avec un travail pénible. Plusieurs personnes sont constamment occupées à marcher dans l’intérieur d’une grande roue, dont l’axe allongé passant au-dessus de l’ouverture du puits, fait tourner une corde, à chaque extrémité de laquelle est suspendu un seau qui va puiser à la fois environ 100 pintes d’une eau très limpide et très salutaire. Il ne faut pas moins d’un quart d’heure pour descendre et monter ce seau.

Le pavé de Longwy est assez commode. Il est formé de pierres calcaires. La grande rue seule est pavée avec un silex rougeâtre extrêmement dur.

Les ouvrages extérieurs de la ville, au nombre desquels se trouve aujourd’hui l’emplacement de l’ancienne ville, ou vieux château, sont tous faits d’après le système de Vauban. Ils consistent en un ouvrage à corne avec une demi-lune, six autres demi-lunes, en six lunettes avancées et enfin, en un champ de mars pour les exercices de la garnison. Les abords intérieurs des deux portes sont assez faciles.

(*)
Ce camp était placé sur une montagne à 8 kilomètres de Longwy, entre les villages de la Madelaine et de Rodange. A en juger par l’étendue du terrain et par les vestiges qui subsistent encore, ce camp, le plus célèbre peut-être qui ait existé dans l’Europe, a dû contenir très facilement deux légions romaines.

Journellement, les habitants des villages voisins, en creusant et labourant, découvrent des fondations d’édifices, des souterrrains, des tombeaux et quantité de pierres de taille, en partie sculptées et presque toutes brûlées d’un côté, ce qui fait supposer qu’en abandonnant cette place, les Romains l’auront incendiée.

Ce camp avait une forme presque circulaire : on pouvait encore reconnaître, il y a quelques années, les alignements des rues, les compartiments des maisons, ainsi que les ruines des murailles et des tours. Enfin, une espèce de chaussée qui communiquait de ce lieu à la hauteur voisine du côté du levant.

Les habitans de la Madelaine et de Rodange possèdent divers objets curieux, extraits de cet endroit, et particulièrement trouvés dans des tombeaux dont il a été découvert un grand nombre. Ces objets sont des vases, des armes, des armures et quantité de médailles en or, argent et cuivre.

Le nom de Tilelberg ou Titus, donné à cette montagne, pourrait faire supposer que l’empereur de ce nom, qui, sous Vespasien son père, porta les armes dans les Gaules, fut l’auteur du camp. Mais les médailles qui s’y trouvent, remontant jusqu’à Jules-César, semblent devoir reporter à un siècle plus éloigné l’existence de ce lieu fortifié. La diversité de ces médailles prouve aussi que les Romains ont occupé ce camp pendant 450 ans au moins. A savoir, depuis Jules-César jusqu’à Théodose et Arcadius, sous le règne desquels les Vandales, les Goths et les Francs se soulevèrent contre les Romains.

Charles II le Hardi (1390-1431)

 

 

D’après la monographie imprimée
« Récits lorrains. Histoire des ducs de Lorraine et de Bar » d’Ernest Mourin
Publication 1895

Nous conservons à ce duc le numéro d’ordre qu’il est d’usage de lui donner. Nous nous bornons à faire remarquer que pour retrouver Charles Ier, il faut remonter, contre toute raison, à Charles de Lorraine, frère du roi Lothaire et compétiteur de Hugues Capet, qui fut duc de la Basse-Lorraine et non de la Mosellane.

Le duc Charles avait vingt-cinq ans. Il apportait sur le trône ducal, un juste renom de bravoure. A dix-sept ans, il avait combattu avec son père à Roosebeke, à côté du roi Charles VI et du connétable de Clisson.

Il avait été élevé à la cour de Philippe le Hardi, fils de Jean, qui s’était conduit héroïquement à la bataille de Poitiers et que son père, dans l’aveuglement de sa tendresse, avait investi du duché de Bourgogne, à l’extinction de la première maison de ce nom, en 1363. Il eut ainsi occasion de se lier dès l’enfance, avec Jean sans Peur, né quelques années après lui. C’est là ce qui explique en partie la politique de son règne, presque toujours anti-française et contraire aux traditions de sa famille.

Charles II, peu après son avènement, donna à son frère Ferri un riche établissement. Il lui fit en outre épouser Marguerite de Vaudémont, héritière du comté de ce nom. C’est de ce mariage que sortit la maison qui devait plus tard recueillir tout l’héritage des deux branches de Lorraine.

Il épousa lui-même Marguerite de Bavière, fille de Robert, électeur palatin, qui fut plus tard élu empereur.

Charles n’était pas moins actif et remuant que les princes de sa race. Il vécut cependant en paix pendant quelques années. Il ne prit point part à la croisade française conduite en Hongrie contre les Turcs du sultan Bajazet. Ce fut le comte de Nevers (Jean sans Peur) qui fut le chef de cette expédition. Il était accompagné d’une brillante jeunesse et avait pour conseil quelques-uns des chevaliers les plus renommés de l’Europe, le sire Enguerrand de Coucy, beau-frère du duc Charles II, le maréchal de Boucicaut, le comte d’Eu, connétable de France, etc. Un grand nombre de seigneurs lorrains se joignirent aux croisés et entre autres deux fils du duc de Bar.

La noblesse de France y porta son admirable vaillance et sa folle témérité, et se fit massacrer presque tout entière dans la mémorable journée de Nicopolis. Le sultan n’épargna que Jean de Nevers et vingt-quatre des plus hauts seigneurs. L’aîné des deux princes de Bar fut tué sur le champ de bataille, et l’autre mourut sur la route en revenant vers la France (1390).

Charles II, s’il faut en croire les biographes, prit part à d’autres croisades moins retentissantes. Il aurait accompagné les Génois dans une entreprise contre Tunis et aurait fait une campagne en Prusse au profit des chevaliers teutoniques.

Il se mêla plus sérieusement et plus longuement aux troubles de l’empire qui suivirent la déposition de Wonceslas « l’Ivrogne », et l’élection de Robert de Bavière.

Les pays lorrains se divisèrent. Le duc Charles naturellement soutint son beau-père, Metz et Toul embrassèrent le parti de l’empereur déchu. La guerre s’étendit bien au delà de la frontière.

Le duc d’Orléans, l’adversaire de Philippe de Bourgogne, lequel était l’ami de Charles II, ayant obtenu de Wenceslas la cession du Luxembourg, forma contre le duc de Lorraine une ligue dans laquelle il entraîna le duc de Bar, l’évêque de Verdun, le comte de Salm, le damoiseau de Commercy.

Le maréchal de Luxembourg, commandant les forces alliées, envahit le nord de la Lorraine, remonta la Moselle, passa devant Frouard et s’avança jusqu’à Nancy. Il envoya son héraut d’armes défier insolemment le Duc, en l’invitant à préparer un repas dans son château pour les chefs confédérés.

Charles demanda si le maréchal voulait lutter contre lui corps à corps ou s’il préférait une action générale. « Une bataille ! répondit le héraut. — En ce cas, je lui donne rendez-vous pour après-demain, outre Nancy et Champigneulles ».

A l’heure dite, les Lorrains, poussant leur cri de guerre : « Prény ! Prény ! », abordèrent l’armée du duc d’Orléans et après une longue et sanglante lutte, la mirent en complète déroute. Le maréchal et ses amis restèrent prisonniers. Au château de Nancy, le dîner se trouva prêt, mais ce fut Charles II qui en fit les honneurs, en célébrant gaiement sa victoire.

Le Duc avait fait de nombreux prisonniers et il en tira de grosses rançons. Le damoiseau de Commercy fut surtout traité avec rigueur, et fut obligé de se reconnaître désormais vassal du duché de Lorraine.

Les seigneurs battus et châtiés essayèrent de prendre leur revanche l’année suivante. Mais ils furent de nouveau écrasés près de Pont-à-Mousson et la paix fut signée.

Mais qu’étaient ces obscures rencontres en Lorraine, à côté des événements tragiques qui s’accomplissaient en France ?

Philippe le Hardi étant mort, avait été remplacé par son fils le comte de Nevers, Jean sans Peur (1404). La rivalité des deux maisons d’Orléans et de Bourgogne s’exaspéra. En 1407, le frère du roi fut assassiné, et Jean sans Peur confessa audacieusement qu’il avait commandé le meurtre. Il en fit même faire l’apologie par le moine Jean Petit. Charles II n’avait point participé au crime, mais il ne le désapprouva point, et resta étroitement uni à Jean sans Peur.

Il paraît à cette époque, animé d’une véritable haine contre la France, qu’il confond avec le parti des Armagnacs ou d’Orléans. En 1409, il rédigea son testament et y introduisit cette clause : « Au cas où nous ne laisserions de notre mariage que des filles, nous voulons et ordonnons que nos exécuteurs testamentaires ne les puissent marier à homme qui soit sujet du roi de France ». Cette année-là même, par un curieux synchronisme, naissait au château d’Angers, René d’Anjou, un prince français qui devait être son gendre et son héritier.

Ce qui avait poussé Charles II à rompre l’union de sa famille avec les rois de France, ce n’étaient pas seulement ses étroites relations avec la maison de Bourgogne, c’étaient aussi des griefs personnels nés de sa querelle avec la commune de Neufchâteau.

Nous avons vu, que son père Jean Ier lui avait légué un procès pendant, devant le parlement de Paris. Dès la seconde année de son règne, en 1391, la Cour avait confirmé contre lui, l’arrêt donnant raison sur tous les points aux bourgeois. Elle envoya même un de ses membres pour faire exécuter l’arrêt et, devant lui, fut « bouchée, murée et estoupée la poterne qui issoit aux champs » en même temps qu’on détruisit les travaux exécutés du côté de la ville.

Le Duc dissimula son ressentiment et fit même gracieuse mine aux habitants, si bien qu’en 1398, il déclarait encore, dans une séance du parlement, qu’il avait remis aux habitants « tout le mautalent et ire qu’il avait contre eux ». Mais en 1403, il alla les voir et les harangua comme avait fait son père. On transigea. Les bourgeois reconnurent que le Duc avait le droit d’établir en son château des poternes pour sortir et pour entrer, et, de son côté, le Duc leur fit remise de sept mille francs restant dus sur les dix mille promis à Jean Ier.

Mais la querelle, un instant assoupie, reprit bientôt avec une âpreté croissante. C’est qu’au fond il s’agissait d’autre chose que d’une poterne et de quelques taxes. Charles II reprochait, non sans raison, aux habitants de se considérer comme sujets du roi plus que comme sujets du Duc. A chaque instant, ils en référaient au suzerain. Ils comptaient sur les gens du roi pour les défendre contre leur souverain naturel.

Le Duc ne pouvant les détacher de la France, cherchait à secouer le joug de sa vassalité et prétendait que Neufchâteau relevait de l’empire et non du roi. Irrité de l’attitude des bourgeois, il les maltraitait, les rançonnait, enlevait les plus riches, pillait leurs maisons, les enfermait dans son château ou les internait dans la Lorraine allemande. Il comptait, au milieu des troubles suscités par la démence de Charles VI, sur l’amitié du duc de Bourgogne. Il en vint à ne plus garder aucune mesure et exerça une oppression vraiment despotique sur cette malheureuse commune.

Le parlement de Paris s’honora par sa fermeté, et ne craignit pas de frapper le duc de Lorraine, sachant bien qu’il frappait en même temps, le duc de Bourgogne. Charles et ses officiers, complices de ses violences, furent assignés à trois reprises différentes. Ils ne daignèrent même pas répondre. Alors la Cour, jugeant par défaut, le 1eraoût 1412, condamna Charles II et ses officiers à remettre en liberté les bourgeois qui avaient été emprisonnés ou internés, et à leur restituer tout ce qu’on leur avait enlevé.

L’arrêt ajoutait, ce qui était plus grave, que tous les fiefs relevant de la couronne de France seraient confisqués, que les habitants de Neufchâteau cesseraient d’être Lorrains, que le duc et ses coaccusés, pour cause de félonie, seraient bannis de France. Le duc de Bar et un des présidents du parlement étaient chargés de l’exécution de l’arrêt.

Charles ne s’émut pas de sa condamnation. Il vint à Paris pour braver ses juges. Il s’était entendu avec son ami Jean sans Peur qui devait le présenter au roi, en, son hôtel de Saint-Paul, à l’issue de la messe. Les gens du parlement en furent informés.

Ils se rendirent au palais. Au moment où la présentation avait lieu devant une nombreuse assemblée, ils entrèrent, à la grande surprise des ducs. Le chancelier leur demandant ce qu’ils venaient faire, l’avocat du roi, Juvéhal des Ursins, s’agenouilla suivant l’usage devant le roi et exposa les faits reprochés au duc de Lorraine et requit justice. « Juvénal, dit le duc de Bourgogne embarrassé, ce n’est pas la manière de faire ». Mais le magistrat sans se troubler répondit « qu’il fallait faire ce que la Cour avait ordonné, que ceux qui étaient bons et loyaux vinssent à eux, que ceux qui étaient contre eux se tirassent avec le duc de Lorraine ». Si imposante fut la courageuse attitude de Juvénal, que Jean sans Peur qui « tenait le duc de Lorraine par la manche », le laissa aller et s’éloigna. Alors Charles II, abandonné de tous, « pria au Roy bien humblement qu’il lui voulust pardonner et qu’il le serviroit loyaument ».  Le pauvre insensé « lui pardonna tout et pardonna ses bannissements et confiscation et eut le duc rémission ».

Le duc n’en fut pas moins cruellement mortifié par cette scène. Il en garda un profond ressentiment au malheureux Charles VI et resserra ses liens avec la faction de Bourgogne.

Cependant, il parut se désintéresser pendant quelque temps des affaires de France. Il se tournait plutôt du côté de l’Allemagne. Nous le trouvons en novembre 1414 au couronnement de Sigismond, roi des Romains. L’année suivante, il va se montrer au concile de Constance avec un brillant cortège.

Les sanglantes rivalités des Armagnacs et des Bourguignons continuent à désoler le royaume. Les Anglais en profitent et reprennent la guerre de Cent ans. Charles II ne se rend pas au camp français.

Mais la noblesse lorraine y va avec son dévouement ordinaire. Elle est présente à cette fatale bataille d’Azincourt, où périrent plus de 8 000 gentilshommes (25 octobre 1415). Parmi ceux qui succombèrent, on trouve Edouard III, duc de Bar, et son frère le comte de Puisaye ; Ferri, comte de Vaudémont, frère de Charles II ; le sire de Blâmont et une foule de chevaliers de haute lignée.

Charles reparut sur la scène avec son ami Jean sans Peur en 1417. Ils délivrèrent la reine Isabeau, enfermée à Tours par les Armagnacs, et essayèrent d’organiser avec elle un gouvernement. Le duc de Lorraine reçut même l’épée de connétable. On ne voit pas qu’il en ait fait aucun usage et il ne la garda que quelques mois.

Le Duc revint en Lorraine avant la fin de 1418, à la suite du massacre des Armagnacs qui inonda Paris de sang. Nous ne savons pas ce qui s’était passé entre lui et Jean sans Peur. Il paraît certain qu’il ne le vit plus et qu’il devint plus sympathique à la cause française pour laquelle il avait jusque-là montré tant d’aversion.

Le meurtre de Jean sans Peur sur le pont de Montereau (10 septembre 1419), acheva de rompre les liens qui l’attachaient aux Bourguignons. Il refusa d’adhérer au traité de Troyes, à la déchéance du dauphin et à la déclaration qui instituait Henri V d’Angleterre héritier du roi de France.

Sa grande affaire désormais, c’était d’assurer son héritage à sa fille Isabelle de Lorraine. A cette question, se lia celle de la succession du duché de Bar. Ces deux questions ayant une importance extrême, il est nécessaire de s’y arrêter.

Robert, duc de Bar, avait épousé, en 1364, Marie de France, fille du roi Jean. De ce mariage naquirent Edouard III qui mourut à Azincourt, deux autres fils qui succombèrent dans la campagne de Nicopolis, un quatrième fils qui entra dans l’Eglise et devint le cardinal Louis, évêque de Châlons, plus tard de Toul, et enfin une fille, Yolande de Bar, qui épousa Pierre IV, roi d’Aragon.

Après Azincourt, il ne resta d’autre héritier mâle que le cardinal Louis, qui fut reconnu duc de Bar. Mais Yolande, reine d’Aragon, réclama sa part de l’héritage. Cette princesse avait eu elle-même une fille, nommée aussi Yolande, qu’elle avait mariée au duc Louis d’Anjou. C’était une femme fort intelligente et avisée. Pour mettre fin au procès, elle proposa à son grand-oncle le cardinal, d’adopter pour héritier son second fils, René d’Anjou, tout en conservant le duché sa vie durant. Le cardinal acquiesça à cet arrangement.

Yolande et lui étant d’accord, négocièrent le mariage de René avec Isabelle de Lorraine, fille et héritière de Charles II.

Le Duc étant longtemps resté l’ennemi de la France, ou tout au moins des Armagnacs, il lui en coûtait peut-être encore de donner la main de sa fille à un prince français, contrairement à son testament de 1409. Mais son bon sens politique l’emporta sur ses répugnances. Il comprit qu’il y avait là une occasion unique de doubler l’importance de son patrimoine et de mettre fin à « cette éternelle bataille qui avait été la vie des pays lorrains (Michelet) ».

Le 20 mars 1419, le cardinal et le Duc se rencontrèrent au château de Foug et signèrent les articles du traité de mariage. René n’avait encore que dix ans. Il fut convenu qu’en attendant sa majorité, il viendrait en Lorraine et serait remis à la garde et à la direction du duc Charles II.

Ce traité ne resta pas longtemps secret. Les Anglais en eurent vent et afin d’en empêcher l’exécution, ils demandèrent la main de la princesse Isabelle pour le duc de Bedford, frère du roi Henri V. Il y eut un projet de conférence dans les environs de Troyes, mais le Duc déclina l’invitation.

Le cardinal pressa la réalisation du mariage le plus possible. Sans attendre que le jeune prince fût arrivé, il réunit les États du Barrois à Saint-Mihiel et déclara solennellement faire cession à son héritier du duché de Bar, du marquisat de Pont-à-Mousson et de tous ses autres domaines (13 août 1419). L’année suivante, le mariage fut célébré à Nancy en grand appareil (14 octobre 1420).

Cependant, René d’Anjou avait un compétiteur sérieux, c’était Antoine de Vaudémont, fils du comte Ferri mort à Azincourt, et par conséquent neveu de Charles II et son plus proche héritier mâle.

Il n’osa point tout d’abord manifester ses prétentions ; il se contenta de faire savoir dans ses propos privés qu’il ne les abdiquait pas. Le Duc, inquiet, l’invita à s’expliquer et, sur ses réponses évasives, le somma impérieusement de lui envoyer des lettres de renonciation. Puis il convoque les États, et le 13 décembre 1425, la noblesse déclara que la Lorraine était un fief féminin, et jura devant lui de reconnaître Isabelle pour dame et duchesse après la mort de son père et, à son défaut, sa soeur Catherine.

Charles ne s’en tint point là et, pour obliger Vaudémont à reconnaître le principe posé par la  Chevalerie, fit envahir ses domaines par une petite armée qui s’empara de Vézelise, mais qui poursuivit vainement pendant trois ans le siège de l’inexpugnable forteresse de Vaudémont. 

René d’Anjou était sorti de tutelle à Bar (en 1424) et était censé gouverner son duché, tout en laissant la haute main à son beau-père et obéissant aux directions de son grand-oncle.

Il avait guerroyé pour son compte dans le comté de Vaudémont. Il suivit le Duc dans une guerre contre les Messins, allumée pour une cause futile (Pour une hottée de pommes que l’abbé de Saint-Martin, abbaye située sur terre ducale, avait fait porter à Metz sans acquitter le droit de sortie), mais dans laquelle on croit voir, comme à Neufchâteau, le mauvais vouloir dont il était animé à l’égard des bourgeois.

Metz était une véritable république municipale, très fière de son indépendance conquise sur l’évêque et de ses richesses acquises par l’activité de son industrie et de son commerce. La lutte se prolongea pendant quatre ans avec un caractère d’animosité extraordinaire.

Charles et René levèrent de véritables armées où l’on compta, dit-on, jusqu’à 10 000 cavaliers et 20 000 hommes d’infanterie. Les Messins de leur côté soldèrent de fortes bandes de mercenaires. Tout le pays autour de Metz et les campagnes au nord de la Lorraine furent plusieurs fois saccagées. De guerre lasse on fit la paix ; le vaincu fut en réalité le duc de Lorraine qui s’était flatté de s’emparer de la riche cité impériale.

René de Bar avait quitté son beau-père au mois de juillet 1429, attiré en France par le bruit que faisait la marche triomphale de Jeanne d’Arc. Il arriva à Reims quelques heures avant le sacre de son beau-frère le roi Charles VII. Il y assista et se joignit avec 3 000 hommes, Lorrains ou Barrisiens, à l’armée française.

Quelques mois avant, le cardinal, troublé par le succès croissant des Anglais, lui avait persuadé de reconnaître Henri V et s’était rendu lui-même, pourvu de sa procuration, auprès du régent Bedford et lui avait fait hommage pour toutes les terres et seigneuries que le duc de Bar tenait de la couronne (10 mai 1429).

René se dégagea de ces faiblesses de vieillard et, par une déclaration publique, datée du 3 août 1429, signifia au duc de Bedford qu’il rompait le pacte fait en son nom par son oncle et renonçait « à tous les hommaiges, foy, serments et promesses qu’il avait faicts ».

Dès lors René se conduisit en vrai prince de la fleur de lys. A la tête de ses 3 000 Lorrains, il appuya l’armée royale, et, d’accord avec le vaillant capitaine Barbazan, nommé gouverneur de la Champagne, fit une rude guerre aux Anglais, poussa des excursions en Picardie et dans l’île de France, rejoignit Jeanne d’Arc sous les murs de Paris, puis, au retour, remporta une brillante victoire à Chappes, en Champagne, sur la chevalerie bourguignonne que commandait le maréchal de Toulongeon.

Charles II ne s’engagea point de sa personne dans ces événements. Il vieillissait, la goutte l’empêchait de monter à cheval. Peut-être aussi ses souvenirs de jeunesse n’étaient-ils pas éteints : il avait été si longtemps Bourguignon de coeur avec Philippe le Hardi et surtout avec Jean sans Peur, en qui certes il ne pouvait pas deviner le grand-père de Charles le Téméraire !

Cependant, il paraît certain qu’il avait changé de camp et, suivant quelques historiens, il était poussé vers la France par l’influence de la belle Alizon du May, une Française peut-être, qui « le gouvernait tout à sa volonté » (Michelet).

Dans un temps où la plupart des seigneurs, et des plus grands, comme Philippe le Hardi duc de Bourgogne, ne savaient ni lire ni écrire, Charles II était un lettré et lisait les auteurs latins dans leur langue originale, notamment Tive-Live et César qu’il emportait dans ses voyages et dans ses expéditions.

Jean Ier Dieudonné (1346-1390)

 

 

D’après la monographie imprimée
« Récits lorrains. Histoire des ducs de Lorraine et de Bar » d’Ernest Mourin
Publication 1895

Jean Ier n’avait que six mois à la mort de son père. Sa mère, Marie de Blois, fut investie de la régence.

Mais au bout de trois ans de veuvage, la duchesse s’étant remariée avec Ferri comte de Linange, dut, conformément au testament de Raoul, partager le pouvoir avec Eberhard, comte de Wurtemberg, qui ne voulut pas se déplacer et délégua pour le suppléer Burckard, sire de Fénétrange. Ce dernier refusa lui-même de résider à Nancy et emmena le jeune duc dans son château en Lorraine allemande.

A la même époque, le comté de Bar était aussi gouverné par une femme, Yolande de Flandre, tutrice de son fils Robert. C’est elle qui obtint, soit du roi de France Jean le Bon, soit de l’empereur Charles IV ou peut-être de l’accord des deux souverains, le relèvement du titre de duc de Bar que les anciens seigneurs avaient porté (1354).

La régence de Marie de Blois fut constamment troublée par les guerres privées. La Lorraine eut aussi beaucoup à souffrir de la peste noire qui désola l’Europe entière peu après Crécy. Les excès des fanatiques flagellants ne lui firent pas moins de mal. Le co-régent ne s’occupa en aucune façon de son pupille. Son délégué négligea l’éducation du prince. La noblesse profita de la faiblesse ou de l’insouciance des gouvernants pour reprendre en partie les privilèges dont les derniers ducs l’avaient dépouillée.

En 1360, Jean Ier atteignit sa majorité. Il avait quatorze ans.

Le jeune duc n’était ni moins brave, ni moins passionné pour la gloire militaire que ses ancêtres. Un historien veut même qu’il ait assisté à la bataille de Poitiers, à côté de son parrain le roi Jean (1356). Mais cette précocité guerrière ne paraît pas vraisemblable, car à cette date il touchait à peine à sa dixième année.

Son règne personnel s’ouvrit même sous les plus pacifiques auspices. Les principaux seigneurs, épuisés par les guerres intestines, formèrent une sorte de ligue de la paix dans laquelle entrèrent, à l’exemple du duc de Lorraine, l’évêque de Metz, les ducs de Bar et de Luxembourg, les comtes de Vaudémont, de Salm, de Deux-Ponts, de Sarrebruck, de Linange, le sire de Blâmont et trente seigneurs lorrains, barrisiens ou luxembourgeois. Ils juraient de ne plus guerroyer entre eux, de se soutenir les uns les autres et de soumettre leurs différends à un tribunal arbitral composé de cinq membres élus. C’est la seconde fois que nous rencontrons ces tentatives de réaction contre les abus de la force (1361). Mais que peuvent les meilleures intentions contre les moeurs !

Jean Ier, comme son père et son grand-père, se donna de coeur à la France. Il assista au sacre de Charles V.

La même année, il allait rejoindre en Bretagne, son oncle Charles de Blois. Il s’y trouva aux côtés du héros le plus populaire du siècle, Bertrand du Guesclin. Il gagna ses éperons dans cette célèbre bataille d’Auray qui vit périr Charles de Blois et termina la lutte des prétendants. Fait prisonnier en même temps que du Guesclin, il recouvra bientôt sa liberté et rentra dans son duché de Lorraine (1364).

Tout le pays était à feu et à sang. Le tribunal d’arbitres n’avait pas même été réuni. Les féodaux se pillaient les uns les autres. Bar, Vaudémont, Blâmont et tous les autres tenaient les champs. Ils finirent par appeler les bandits étrangers.

Le traité de Bretigny (1360), qui rendit la liberté au roi Jean, avait fait licencier des milliers de soldats habitués à vivre de rapines. Ils refusèrent de se séparer et formèrent les grandes compagnies qui, à l’exemple des anciens routiers, se mirent à vivre sur le pays. Les seigneurs ne se faisaient aucun scrupule de les prendre à leur solde pour venger leurs querelles personnelles.

Une des plus célèbres de ces compagnies, était commandée par un gentilhomme du Périgord, nommé Arnaud de Cervolles, parent des Talleyrand, surnommé l’Archiprêtre parce qu’il possédait un fief d’église. L’Archiprêtre commença ses exploits dans la Provence. I1 rançonna le pape à Avignon et lui arracha le pardon de ses péchés et quarante mille écus d’or. Le régent Charles, en l’absence de son père, avait pris l’aventurier à sa solde en 1358. Après la paix, Jean et son fils cherchèrent à se débarrasser des grandes compagnies. On s’arrêta au projet d’une croisade en Hongrie qui se continuerait contre les Turcs. Arnaud de Cervolles fut chargé d’entraîner les bandes.

C’est alors qu’il fut appelé en Lorraine, par les seigneurs qui faisaient la guerre à leur duc. Les routiers étaient au nombre de 40 000. Ils ravagèrent le Barrois, puis menacèrent l’évêque de Metz, qui les éloigna en payant 18 000 florins, et le duc Jean, qui en paya 30 000. Ils continuèrent leur route et envahirent l’Alsace. Tous les Alsaciens se levèrent pour barrer la route au torrent. L’empereur Charles IV amena une armée d’Allemands. Cervolles rentra alors en Lorraine.

Jean les arrêta près de Saint-Nicolas-de-Port, mais ils n’osèrent livrer bataille, de peur d’être pris entre deux armées, et ils tournèrent vers la Champagne.

Henri V, comte de Vaudémont, en avait une partie à sa solde. Le Duc les poursuivit et les atteignit à Saint-Blin près de Bourmont-en-Bassigny. Une grande bataille s’engagea, dit-on, mais on est si mal renseigné qu’il n’est pas possible de décider quel fut le parti vainqueur. D’autres rencontres eurent lieu sur divers points de la Lorraine.

Ce n’est qu’au bout de quelques années que ces « maudicts chiens enraigiéz » disparurent, et que leurs débris allèrent sans doute se joindre aux bandes que Bertrand du Guesclin mena en Espagne (1368).  Jean Ier aimait la France, il la servait en toute occasion et suivait fidèlement sa bannière. En 1382, il accompagnait le nouveau roi Charles VI à la bataille de Roosebeke. Les chroniqueurs vantent la bravoure et les prouesses du duc de Lorraine.

Chez lui, le vaillant duc se démenait péniblement dans le tumulte des guerres privées. Il continua le mouvement libéral commencé sous Ferri III, et favorisa le plus qu’il put l’extension des franchises de Beaumont.

Tous les bourgeois n’étaient pas cependant ses amis. Les Neufchâtelois surtout étaient d’humeur peu docile et, tiraillés entre le roi suzerain et le duc vassal, ils cherchaient à s’affranchir de l’un et de l’autre. Jean Ier n’admettait pas que le roi, en dehors des obligations de l’hommage, s’interposât constamment entre lui et ses sujets de Neufchâteau.

Les bourgeois s’étaient plusieurs fois mutinés. Le duc, qui avait un château dans la ville, le fortifia à plusieurs reprises. Les habitants de leur côté s’avisèrent de bâtir une muraille qui empêchait les communications directes avec la campagne, et forçait le duc à passer par la ville.

Jean Ier, lassé par des griefs accumulés, se rendit à Neufchâteau, le fit occuper par ses gens d’armes et convoqua tous les habitants au château.

Il se passa alors une scène curieuse qui donne une idée des moeurs du temps. Le Duc harangua les bourgeois et leur reprocha durement d’avoir forfait, en agissant comme s’ils étaient au roi et non à lui. En même temps, des soldats armés parcouraient les rues, annonçant que le prince allait punir de mort les principaux et qu’il avait amené le bourreau pour couper les têtes.

Les Neufchâtelois terrifiés, s’humilièrent, protestèrent de leur fidélité et s’engagèrent à payer au duc, en réparation de leurs torts, une somme de 10 000 francs d’or, sur lesquels ils en versèrent immédiatement 3 000. Jean, en outre, fit percer une porte donnant sur la campagne et rendit inaccessible celle ouvrant sur la ville.

Lorsque le Duc fut de retour à Nancy, il ne fut pas étonné d’apprendre que les bourgeois en avaient appelé au roi, et que celui-ci avait donné ordre d’occuper la ville et le château. Le parlement de Paris, saisi de l’affaire, assigna le vassal et rendit un arrêt contre lui. Il fit opposition, le parlement l’assigna de nouveau, mais Jean ne vit pas la fin du procès.

Il paraît du reste que suzerain et vassal n’attachèrent pas grande importance à l’incident et qu’ils étaient tout à fait réconciliés lorsque Jean qui, depuis quelques années, vivait presque constamment à la cour de France, mourut à Paris en 1390. On prétendit, mais sans aucune preuve, qu’il avait été empoisonné par un émissaire des Neufchâtelois.

A noter sous ce règne, les premiers anoblissements que nous verrons plus tard se multiplier à l’excès.

Les anciens bailliages et prévôtés de la Meuse

 

 

D’après la monographie imprimée « Dictionnaire topographique du département de la Meuse » -
Félix Liénard – 1872

 

Les divers pays de la Meuse actuelle furent successivement réunis à la France sous le nom de Barrois, de Clermontois, de Lorraine, de Champagne et des Trois-Evêchés.

Chacun d’eux se divisait en bailliages, lesquels se subdivisèrent ensuite en prévôtés ressortissant, soit au parlement de Paris, soit à celui de Metz, soit à la cour souveraine de Nancy.

Voici le tableau des bailliages et des prévôtés qui ont concouru, en tout ou en partie, à former le département de la Meuse :

Ressortissant au parlement de Paris :

Bailliage de Bar-le-Duc : Prévôté d’Ancerville – Prévôté de Bar-le-Duc – Prévôté de Beurey – Prévôté de Cousances-aux-Forges – Prévôté de Dagonville – Prévôté de Franquemont – Prévôté d’Issoncourt – Prévôté de Levoncourt – Prévôté de Ligny-en-Barrois – Prévôté de Louppy-le-Château – Prévôté de Mognéville – Prévôté de Montiers-sur-Saulx – Prévôté de Morley – Prévôté de Pierrefitte – Prévôté de Souilly – Prévôté de Stainville.

Bailliage de Chalons : Prévôté de Beaulieu.

Bailliage de Chaumont : Prévôté de Chaumont – Prévôté de Tréveray – Prévôté de Vaucouleurs.

Bailliage de Clermont (siégeant à Varennes) : Prévôté de Clermont-en-Argonne – Prévôté de Dannevoux – Prévôté de Dun – Prévôté de Jametz – Prévôté de Montfaucon – Prévôté des Montignons – Prévôté de Sainte-Menehould – Prévôté de Stenay – Prévôté de Varennes.

Bailliage de Lamarche : Prévôté de Gondrecourt.

Ressortissant au parlement de Metz  :

Bailliage de Marville : Prévôté de Damvillers – Prévôté de Marville.

Bailliage de Montmedy : Prévôté de Chauvency-le-Château – Prévôté de Montmédy.

Bailliage de Mouzon : Prévôté de Mouzon.

Bailliage de Toul : Prévôté de Brixey – Prévôté de Void.

Bailliage de Verdun, à l’évêché : Prévôté de Charny – Prévôté de Dieppe – Prévôté de Fresnes-en-Woëvre – prévôté de Mangiennes – Prévôté de Tilly – Prévôté de Verdun.

Bailliage de Verdun, au chapitre : Prévôté de Foameix – Prévôté d’Harville – Prévôté de Lemmes – Prévôté de Merles – Prévôté de Sivry-sur-Meuse.

Ressortissant à la cour souveraine de Nancy :

Bailliage de Commercy : Prévôté de Commercy.

Bailliage d’Etain : Prévôté de Bezonvaux – Prévôté d’Étain – Prévôté de Prény – Prévôté de Sancy – Prévôté de Spincourt.

Bailliage de Longuyon (Ensuite réuni à celui d’Étain.) : Prévôté d’Arrancy – Prévôté de Longuyon.

Bailliage de Saint-Mihiel : Prévôté d’Apremont – Prévôté de Bouconville – Prévôté de Foug – Prévôté d’Hattonchatel – Prévôté d’Heudicourt – Prévôté de Mandres-aux-Quatre-Tours – Prévôté de Norroy-le-Sec – Prévôté de Richecourt – Prévôté de Saint-Mihiel – Prévôté de Sampigny – Prévôté de Sorcy.

Bailliage de Thiaucourt : Prévôté d’Hannonville-sous-les-Côtes – Prévôté de Lamarche-en-Woëvre – Prévôté de Thiaucourt.

Les prévôtés ducales et seigneuriales formaient, en Lorraine et dans le Barrois, une juridiction de premier degré ressortissant en appel, savoir : pour la Lorraine, aux quatre grands bailliages primitivement institués, pour le Barrois mouvant, au parlement de Paris, pour le Barrois non mouvant, à la cour des Grands jours de Saint-Mihiel.

Les prévôtés avaient une compétence plus ou moins étendue, les prévôtés seigneuriales surtout.

Les grands bailliages, considérés comme tribunaux d’appel pour certaines affaires portées en première instance devant les justices prévôtales, étaient tribunaux de première instance pour certaines autres, et leurs sentences pouvaient être déférées en appel à la cour souveraine de Nancy.

L’édit de juin 1761 diminua le nombre des juridictions, ne laissa subsister comme prévôtés que celles de nouvelle création, au nombre de sept, et divisa la Lorraine et le Barrois en juridictions bailliagères connues sous le nom de bailliages, grands et petits.

Les grands bailliages, au nombre de dix-huit, placés dans les localités les plus importantes, comptaient onze magistrats et un bailli d’épée. Les petits bailliages, au nombre de dix-sept, comptaient cinq magistrats et un bailli d’épée.

Les bailliages créés en juin 1751 étaient tribunaux de première instance pour bon nombre d’affaires, mais ils en jugeaient d’ailleurs beaucoup en dernier ressort. Leur compétence en matière criminelle était très étendue, et dans beaucoup de cas en dernier ressort. Les bailliages, comme les prévôtés, ressortissaient en appel soit au parlement de Metz, soit à la cour souveraine de Nancy.

En juin 1772, un édit du roi Louis XV établit des sièges présidiaux dans la Lorraine et le Barrois. Les localités sièges de ces tribunaux sont les villes de Nancy, Dieuze, Mirecourt et Saint-Dié, pour la Lorraine. Le même édit confirme les sièges présidiaux de Metz, Toul et Verdun.

En matière criminelle, les sièges présidiaux devaient juger en dernier ressort, les affaires dont la connaissance leur avait été attribuée par l’ordonnance de 1707.

En matière civile, les présidiaux connaissaient et jugeaient en dernier ressort, tant en première instance qu’en appel, des justices de leur ressort, ainsi que par appel des bailliages royaux et autres sièges qui leur étaient attribués, de toutes les affaires dont l’objet n’excédait pas la valeur de 1 200 livres tournois en capital, ou 48 livres de revenu annuel.

Antérieurement à 1552, époque de la réunion à la France, les juridictions pour Verdun étaient :
-
La justice temporelle
-
Le siège de Sainte-Croix
-
Le siège du ban Saint-Vanne.

Les appellations de ces justices se portaient à la salle épiscopale, pour les affaires dont l’objet n’excédait pas 500 florins; à la chambre impériale de Spire, pour les causes dont la valeur en litige dépassait 500 florins.  Par suite de la réunion à la France, furent créés à Verdun, un bailliage, par édit du mois d’août 1634 et un présidial, par édit de février 1685. Leurs appellations étaient jugées en dernier ressort par le parlement de Metz.

Au siège présidial de Verdun ressortissaient les bailliages d’Étain, Longuyon, Verdun et les justices seigneuriales y enclavées.

Au siége présidial de Toul ressortissaient les bailliages de Commercy, Saint-Mihiel et les justices particulières y enclavées.

Au siège présidial de Metz ressortissaient le bailliage de Thiaucourt et les justices particulières y enclavées.

Au siège présidial de Châlons ressortissaient les bailliages de Bar-le-Duc, Clermont-en-Argonne, Lamarche, etc.

Les prévôtés bailliagères de Chauvency-le-Château, Damvillers, Marville et Montmédy furent créées par édit de 1661. Elles étaient indépendantes l’une de l’autre et ressortissaient pour les cas présidiaux à la cour de Sedan. Leurs appellations étaient jugées en dernier ressort par le parlement de Metz.

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