Jean Ier Dieudonné (1346-1390)

 

 

D’après la monographie imprimée
« Récits lorrains. Histoire des ducs de Lorraine et de Bar » d’Ernest Mourin
Publication 1895

Jean Ier n’avait que six mois à la mort de son père. Sa mère, Marie de Blois, fut investie de la régence.

Mais au bout de trois ans de veuvage, la duchesse s’étant remariée avec Ferri comte de Linange, dut, conformément au testament de Raoul, partager le pouvoir avec Eberhard, comte de Wurtemberg, qui ne voulut pas se déplacer et délégua pour le suppléer Burckard, sire de Fénétrange. Ce dernier refusa lui-même de résider à Nancy et emmena le jeune duc dans son château en Lorraine allemande.

A la même époque, le comté de Bar était aussi gouverné par une femme, Yolande de Flandre, tutrice de son fils Robert. C’est elle qui obtint, soit du roi de France Jean le Bon, soit de l’empereur Charles IV ou peut-être de l’accord des deux souverains, le relèvement du titre de duc de Bar que les anciens seigneurs avaient porté (1354).

La régence de Marie de Blois fut constamment troublée par les guerres privées. La Lorraine eut aussi beaucoup à souffrir de la peste noire qui désola l’Europe entière peu après Crécy. Les excès des fanatiques flagellants ne lui firent pas moins de mal. Le co-régent ne s’occupa en aucune façon de son pupille. Son délégué négligea l’éducation du prince. La noblesse profita de la faiblesse ou de l’insouciance des gouvernants pour reprendre en partie les privilèges dont les derniers ducs l’avaient dépouillée.

En 1360, Jean Ier atteignit sa majorité. Il avait quatorze ans.

Le jeune duc n’était ni moins brave, ni moins passionné pour la gloire militaire que ses ancêtres. Un historien veut même qu’il ait assisté à la bataille de Poitiers, à côté de son parrain le roi Jean (1356). Mais cette précocité guerrière ne paraît pas vraisemblable, car à cette date il touchait à peine à sa dixième année.

Son règne personnel s’ouvrit même sous les plus pacifiques auspices. Les principaux seigneurs, épuisés par les guerres intestines, formèrent une sorte de ligue de la paix dans laquelle entrèrent, à l’exemple du duc de Lorraine, l’évêque de Metz, les ducs de Bar et de Luxembourg, les comtes de Vaudémont, de Salm, de Deux-Ponts, de Sarrebruck, de Linange, le sire de Blâmont et trente seigneurs lorrains, barrisiens ou luxembourgeois. Ils juraient de ne plus guerroyer entre eux, de se soutenir les uns les autres et de soumettre leurs différends à un tribunal arbitral composé de cinq membres élus. C’est la seconde fois que nous rencontrons ces tentatives de réaction contre les abus de la force (1361). Mais que peuvent les meilleures intentions contre les moeurs !

Jean Ier, comme son père et son grand-père, se donna de coeur à la France. Il assista au sacre de Charles V.

La même année, il allait rejoindre en Bretagne, son oncle Charles de Blois. Il s’y trouva aux côtés du héros le plus populaire du siècle, Bertrand du Guesclin. Il gagna ses éperons dans cette célèbre bataille d’Auray qui vit périr Charles de Blois et termina la lutte des prétendants. Fait prisonnier en même temps que du Guesclin, il recouvra bientôt sa liberté et rentra dans son duché de Lorraine (1364).

Tout le pays était à feu et à sang. Le tribunal d’arbitres n’avait pas même été réuni. Les féodaux se pillaient les uns les autres. Bar, Vaudémont, Blâmont et tous les autres tenaient les champs. Ils finirent par appeler les bandits étrangers.

Le traité de Bretigny (1360), qui rendit la liberté au roi Jean, avait fait licencier des milliers de soldats habitués à vivre de rapines. Ils refusèrent de se séparer et formèrent les grandes compagnies qui, à l’exemple des anciens routiers, se mirent à vivre sur le pays. Les seigneurs ne se faisaient aucun scrupule de les prendre à leur solde pour venger leurs querelles personnelles.

Une des plus célèbres de ces compagnies, était commandée par un gentilhomme du Périgord, nommé Arnaud de Cervolles, parent des Talleyrand, surnommé l’Archiprêtre parce qu’il possédait un fief d’église. L’Archiprêtre commença ses exploits dans la Provence. I1 rançonna le pape à Avignon et lui arracha le pardon de ses péchés et quarante mille écus d’or. Le régent Charles, en l’absence de son père, avait pris l’aventurier à sa solde en 1358. Après la paix, Jean et son fils cherchèrent à se débarrasser des grandes compagnies. On s’arrêta au projet d’une croisade en Hongrie qui se continuerait contre les Turcs. Arnaud de Cervolles fut chargé d’entraîner les bandes.

C’est alors qu’il fut appelé en Lorraine, par les seigneurs qui faisaient la guerre à leur duc. Les routiers étaient au nombre de 40 000. Ils ravagèrent le Barrois, puis menacèrent l’évêque de Metz, qui les éloigna en payant 18 000 florins, et le duc Jean, qui en paya 30 000. Ils continuèrent leur route et envahirent l’Alsace. Tous les Alsaciens se levèrent pour barrer la route au torrent. L’empereur Charles IV amena une armée d’Allemands. Cervolles rentra alors en Lorraine.

Jean les arrêta près de Saint-Nicolas-de-Port, mais ils n’osèrent livrer bataille, de peur d’être pris entre deux armées, et ils tournèrent vers la Champagne.

Henri V, comte de Vaudémont, en avait une partie à sa solde. Le Duc les poursuivit et les atteignit à Saint-Blin près de Bourmont-en-Bassigny. Une grande bataille s’engagea, dit-on, mais on est si mal renseigné qu’il n’est pas possible de décider quel fut le parti vainqueur. D’autres rencontres eurent lieu sur divers points de la Lorraine.

Ce n’est qu’au bout de quelques années que ces « maudicts chiens enraigiéz » disparurent, et que leurs débris allèrent sans doute se joindre aux bandes que Bertrand du Guesclin mena en Espagne (1368).  Jean Ier aimait la France, il la servait en toute occasion et suivait fidèlement sa bannière. En 1382, il accompagnait le nouveau roi Charles VI à la bataille de Roosebeke. Les chroniqueurs vantent la bravoure et les prouesses du duc de Lorraine.

Chez lui, le vaillant duc se démenait péniblement dans le tumulte des guerres privées. Il continua le mouvement libéral commencé sous Ferri III, et favorisa le plus qu’il put l’extension des franchises de Beaumont.

Tous les bourgeois n’étaient pas cependant ses amis. Les Neufchâtelois surtout étaient d’humeur peu docile et, tiraillés entre le roi suzerain et le duc vassal, ils cherchaient à s’affranchir de l’un et de l’autre. Jean Ier n’admettait pas que le roi, en dehors des obligations de l’hommage, s’interposât constamment entre lui et ses sujets de Neufchâteau.

Les bourgeois s’étaient plusieurs fois mutinés. Le duc, qui avait un château dans la ville, le fortifia à plusieurs reprises. Les habitants de leur côté s’avisèrent de bâtir une muraille qui empêchait les communications directes avec la campagne, et forçait le duc à passer par la ville.

Jean Ier, lassé par des griefs accumulés, se rendit à Neufchâteau, le fit occuper par ses gens d’armes et convoqua tous les habitants au château.

Il se passa alors une scène curieuse qui donne une idée des moeurs du temps. Le Duc harangua les bourgeois et leur reprocha durement d’avoir forfait, en agissant comme s’ils étaient au roi et non à lui. En même temps, des soldats armés parcouraient les rues, annonçant que le prince allait punir de mort les principaux et qu’il avait amené le bourreau pour couper les têtes.

Les Neufchâtelois terrifiés, s’humilièrent, protestèrent de leur fidélité et s’engagèrent à payer au duc, en réparation de leurs torts, une somme de 10 000 francs d’or, sur lesquels ils en versèrent immédiatement 3 000. Jean, en outre, fit percer une porte donnant sur la campagne et rendit inaccessible celle ouvrant sur la ville.

Lorsque le Duc fut de retour à Nancy, il ne fut pas étonné d’apprendre que les bourgeois en avaient appelé au roi, et que celui-ci avait donné ordre d’occuper la ville et le château. Le parlement de Paris, saisi de l’affaire, assigna le vassal et rendit un arrêt contre lui. Il fit opposition, le parlement l’assigna de nouveau, mais Jean ne vit pas la fin du procès.

Il paraît du reste que suzerain et vassal n’attachèrent pas grande importance à l’incident et qu’ils étaient tout à fait réconciliés lorsque Jean qui, depuis quelques années, vivait presque constamment à la cour de France, mourut à Paris en 1390. On prétendit, mais sans aucune preuve, qu’il avait été empoisonné par un émissaire des Neufchâtelois.

A noter sous ce règne, les premiers anoblissements que nous verrons plus tard se multiplier à l’excès.

 

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