La légende de Sainte Idelette de Doulcon

La légende de Sainte Idelette de Doulcon dans Légendes de Lorraine lajeunebergeregeorgeslaugee.vignette 

D’après un article paru dans la revue « Le pays lorrain » en 1912

Une gracieuse légende qui se raconte à la veillée, nous représente Idelette, gardant un troupeau de moutons dans la vallée de la Meuse, non loin de Doulcon, qui alors avait le rang de capitale du pays Dormois (*), et enseignant les éléments de la foi aux habitants encore païens de ces contrées. Une vertu divine accompagnait les pieuses exhortations de la Vierge et souvent des faits merveilleux confirmaient ses paroles.

Un jour, frappant le sol de sa quenouille, la sainte bergère fit jaillir une source qui porte son nom, entre Doulcon et la ferme de la Brière. De cette quenouille de bois sec, enfoncée dans la terre, elle fit naître sur le champ un buisson d’épines blanches, dont les rameaux fleuris vinrent ombrager la fontaine.

De tels prodiges impressionnèrent vivement les farouches idolâtres qui, peu à peu, ouvrirent leur intelligence et leur coeur aux vérités chrétiennes.

Au-dessus de Jupille, s’élevait une colonne sur laquelle trônait une statue de Jupiter, fameuse dans la région. Là était le centre du paganisme de toutes parts, les adorateurs des faux-dieux venaient aux pieds de l’idole, déposer leurs voeux et leurs hommages. La source pétrifiante qui coule non loin de l’antique métairie, reçut plus d’une fois, sans doute, des pièces de monnaie, comme tributs de leurs dons.

Mais la vierge chrétienne qui avait consacré sa vie à établir le règne du vrai Dieu, devait employer tous ses efforts à ruiner la dernière citadelle d’un culte faux et sacrilège. Grâce à ses efforts persévérants, la statue de Jupiter fut renversée et ses adorateurs confondus.

Cependant l’enfer ne pouvait sans fureur, voir la sainte lui arracher ses victimes et ruiner son empire. Tous les païens de la contrée n’étaient point convertis, et, parmi ceux qui, sous l’impulsion de la douce bergère, avaient consenti à recevoir le baptême, plusieurs restaient secrètement attachés aux antiques superstitions.

D’autre part, les prêtres de Jupiter ne pouvaient pardonner la destruction de leurs idoles. Ils relevaient la tête, entraînant à leur suite les faibles et les tièdes, et accusaient hautement Idelette d’amener dans le pays le trouble et la révolte, éternelle excuse de tous les persécuteurs, depuis que le loup de la fable s’est arrogé le droit de dévorer l’agneau.

La pieuse bergère voyait avec sérénité l’orage s’amonceler sur sa tête, elle puisait dans sa foi un courage supérieur à toute cette vérité. Elle n’en continuait pas moins sa vie de prières, de zèle ardent pour le salut des hommes.

Elle eut la douleur de voir, jusque dans sa famille, pénétrer la haine de ses ennemis. Deux de ses frères ne craignirent pas de se faire l’écho des bruits calomnieux élevés contre elle. Dans le but d’obtenir les faveurs du paganisme qui semblait renaître, ces personnages intimèrent à leur soeur l’ordre de renoncer à la foi chrétienne. Idelette ne put entendre sans horreur une telle proposition.

Pleine de la force d’En-Haut, elle répondit qu’elle était prête à tout, plutôt que de renoncer à Jésus-Christ. Irrités de sa noble attitude, les persécuteurs résolurent d’en finir. Ils attachèrent la vierge à une herse retournée, dont les dents, comme autant de dards, transperçaient cruellement ce corps frêle que l’on promena sur une partie du territoire. C’est ainsi que la sainte bergère mourut pour la foi de Jésus-Christ.

Si le nom de sainte Idelette n’est inscrit dans aucun martyrologe, il est du moins gravé dans la mémoire du peuple. Sur le territoire de Doulcon, on montre encore la trace du passage de la herse où était attaché le corps de la martyre, dans sa traînée douloureuse. On entend, parfois, dans la côte voisine, des bruits souterrains, pareils à ceux que ferait en versant, une voiture chargée de vaisselle. Ce sont, dit-on, les plaintes de la sainte, répétées par la montagne qui les a recueillies.

Sainte Idelette a joui d’un culte populaire qui, sans doute n’a eu d’autre origine que celle de la reconnaissance des peuples.

Avant la Révolution une chapelle existait dans la ferme de Proiville, autrefois forteresse féodale, aujourd’hui détruite. Sur l’autel, une statue vénérée de sainte Idelette souriait aux pèlerins.

Chaque année, une des processions des Rogations de Doulcon et de Sassey se rendait dans ce petit sanctuaire, où la messe était célébrée. La cérémonie terminée, il était d’usage que le fermier offrit au clergé, aux enfants de choeur et au peuple, un frugal déjeuner. Cette procession se fit quelques années encore après le rétablissement du culte, à l’emplacement du pieux édifice qui n’existait plus.

(*) Le Dormois, ainsi nommé, dit-on , d’une petite rivière, la Dormoise, qui se jette dans l’Aisne à Tahure, était situé dans l’Argonne, et comprenait les contrées voisines de la rivière d’Aire et de la rivière d’Aisne, au-dessus et au-dessous de leur confluent, en embrassant les territoires des cantons de Buzancy, de Grandpré, de Vouziers, et, dans le département de la Meuse , ceux de Montfaucon et de Varennes. Ce pays a été transformé en comté de Dormois, et est devenu plus tard le comté de Grandpré (Annales ardennaises – F.X Masson – 1861)

 

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