Thiébault II le Libéral (1303-1312)

 

 

D’après la monographie imprimée
« Récits lorrains. Histoire des ducs de Lorraine et de Bar » d’Ernest Mourin
Publication 1895

Thiébault continua son père. Comme lui, il s’attacha à affaiblir la chevalerie. Plus que lui, il se sentit entraîné dans la sphère de la France.

Avant son avènement, il avait déjà reçu en dot, les villes de Lorraine qui relevaient de la Champagne, c’est-à-dire désormais de la France, Neufchâteau, Châtenois, Montfort, Frouard.

Son père Ferri avait ainsi échappé à l’obligation de rendre personnellement l’hommage au roi Philippe. Thiébault remplit la formalité en 1300, il fournit son contingent à l’armée française et assista à cette funeste bataille de Courtrai, où les vilains et manants écrasèrent dans un fossé la chevalerie française (1302). Fait prisonnier, il se racheta au prix d’une grosse rançon.

L’année suivante, il commençait son règne et peu après, il se rendait encore à l’appel de Philippe IV qui montait vers la Flandre pour prendre sa revanche de Courtrai. Cette fois, les bourgeois furent cruellement battus à Mons-en-Puelle et le duc de Lorraine fut remarqué pour sa bravoure (1304).

Thiébault II accompagna le roi triomphant à Paris, puis il l’amena en Lorraine, et lui donna « maintes festoiries ». Le roi semblait l’avoir pris en grande amitié et prodiguait des conseils à sa jeunesse. (Ce qui n’empêchait pas ce roi si paternel d’agréer et de goûter très fort un mémoire, dans lequel était développé un plan de conquête de la Lorraine : « On procéderait par le ravage et l’incendie des campagnes. La vie des hommes serait épargnée…. On se contenterait de leur couper une main et un pied pour ne pas précipiter leurs âmes dans l’enfer »).

Le Duc adopta ses maximes administratives, et visa aussi au pouvoir absolu. Pour battre plus sûrement en brèche la Chevalerie, déjà affaiblie par son père, il osa interdire les guerres privées. L’ordonnance défendait « à tous chacuns nobles, ayant chastelet ou fief, d’armer ost et faire ordre de guerroyer, sous quelque prétexte que ce soit, sans que le duc l’ait permis », ce dont furent « les gentilshommes lorrains grandement esbahis et courroucés ». Pour faire respecter une telle innovation, il fallait pouvoir l’imposer par la force. Les seigneurs irrités se liguèrent, et entrèrent en campagne.

Thiébault, à la tête de ses vassaux directs, auxquels il joignit des mercenaires, livra bataille aux mécontents près de Lunéville, les vainquit, les dispersa et poursuivant énergiquement sa victoire, bannit les plus dangereux et démantela leurs châteaux.

En 1305, nous le retrouvons près de Philippe le Bel, qu’il accompagne à Lyon pour assister au couronnement du pape Clément V. Il manqua de périr pendant la cérémonie, par suite de l’écroulement d’un mur qui écrasa plusieurs gentilshommes et lui cassa une jambe et un bras. Cette catastrophe le retint assez longtemps éloigné de ses États.

Lorsqu’il y rentra, il les trouva en proie à des ravages qu’y exerçait sans résistance, le comte de Vaudémont, Henri III. Ayant rassemblé à la hâte quelques soldats, il essaya de se défendre, mais fut battu deux fois à Réméréville et à Pulligny, et obligé, pour en finir, de donner la main de sa soeur au vainqueur.

Il sortit avec plus d’honneur d’une guerre avec Renaud de Bar, évêque de Metz, qui refusait d’admettre le droit conféré au Duc par le pape Clément V, de lever des décimes sur les biens ecclésiastiques, pour aider les chevaliers hospitaliers à conquérir sur les Turcs l’île de Rhodes. L’évêque entraîna dans son parti son frère Edouard Ier, comte de Bar, et le comte de Salm. Ses forces étant de beaucoup supérieures, le belliqueux prélat s’empara de Lunéville et alla assiéger Frouard.

Le Duc sut par d’habiles manoeuvres compenser l’avantage du nombre. Tandis que les alliés se formaient en bataille dans une plaine au confluent de la Moselle et de la Meurthe, Thiébault s’empara d’une colline et s’y retrancha.

Les Messins impatients commencèrent à gravir la hauteur. Alors les cavaliers lorrains mirent pied à terre, et firent rouler des cailloux et des rochers sur les assaillants. Déconcertés par cette avalanche, l’évêque et ses amis reculent en désordre. Les Lorrains les suivent, reprennent l’offensive et, étant remontés à cheval, les culbutent et achèvent la déroute. Les comtes de Bar et de Salm restent prisonniers. L’évêque, plus heureux, s’échappe (1308).

Au retour d’un voyage qu’il fit en Italie, Thiébault tomba malade et se crut empoisonné (1309), mais il continua à s’occuper de ses affaires. Il faillit se brouiller avec son grand ami Philippe le Bel pour une question de monnaie soulevée par la commune de Neufchâteau.

On sait que le roi de France, ne se faisait aucun scrupule de falsifier les monnaies, pour se créer des ressources. Les Neufchâtelois, à tort ou à raison, accusèrent le duc d’imiter l’indélicatesse du roi. Thiébault irrité, fit arrêter les bourgeois qui le calomniaient.

Une sédition éclata. Les habitants sollicitèrent l’intervention du suzerain. Philippe aussitôt fit occuper militairement la ville, mit en liberté les prisonniers et des troupes menacèrent la Lorraine. Le Duc, trop faible pour affronter une lutte ouverte, entama des négociations.

Une autre affaire lui causa de graves soucis et il n’en vit point la fin. Nous voulons parler du procès des Templiers.

Ces religieux-soldats avaient de nombreuses commanderies en Lorraine. Ils furent poursuivis comme en France, évidemment à l’instigation de Philippe IV. On manque de détails précis sur ce qui fut fait.

Il parait que les enquêtes ne révélèrent aucune charge sérieuse contre les chevaliers. Leur plus grand crime était leurs richesses. Ils furent enveloppés dans le désastre qui les atteignit en France.

Après la suppression de l’ordre, les chevaliers furent bannis et leurs biens distribués aux Hospitaliers et à d’autres maisons religieuses. Il est probable qu’il resta une partie des dépouilles entre les mains des seigneurs et peut-être du prince.

Il semble qu’il n’y eut de violences commises que dans une seule de ces maisons. Quelques chevaliers s’étaient retirés dans la commanderie de Brouvelieures, perdue au milieu des Vosges, espérant y rester cachés. Mais une nuit, la population du voisinage, ameutée on ne sait par qui, assaillit cet asile, massacra les chevaliers, pilla la maison et la rasa jusqu’au sol (1313).

Le duc Thiébault ne fut pour rien dans ces violences : il était mort le 12 mai 1312. 

 

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