Simon Ier le Gros (1115-1139)

 

D’après la monographie imprimée
« Récits lorrains. Histoire des ducs de Lorraine et de Bar » d’Ernest Mourin
Publication 1895

Ces temps sont affreux et n’offrent qu’une succession de violences sanguinaires. L’anarchie féodale est à son comble. Il est difficile de dégager de ce chaos des faits qui méritent l’attention et plus difficile encore de les classer à des dates certaines. Nous nous bornerons à relever ceux qui servent à peindre les moeurs.

Le plus en vue de ces turbulents batailleurs est Renaud, comte de Bar. Il est en guerre avec tous ses voisins. L’évêque de Verdun, accablé par lui, réclame le secours de son suzerain. L’empereur Henri V vient en personne le rétablir sur son siège. Ce prince était le fils d’Henri IV. Il avait toutes les implacables passions de ses contemporains, il avait dépouillé son père et l’avait réduit à mourir dans la misère.

Toutefois, il avait réussi à clore la querelle des investitures, en signant avec le pape Calixte II, le concordat de Worms (1122), bientôt ratifié par le concile oecuménique de Latran, aux termes duquel la liberté des élections fut rendue à l’Église, l’investiture du temporel étant seule réservée aux souverains, et ne devant plus avoir lieu que par le sceptre.

C’est probablement un peu avant cet acte célèbre, qu’eut lieu l’invasion d’Henri V dans le Barrois. Renaud se défendit bravement, mais il ne pouvait lutter contre les forces de l’empire. Débusqué coup sur coup de tous ses repaires, il fut bientôt traqué dans son château de Bar et obligé de se remettre à la discrétion du suzerain. Sa femme Gillette de Vaudémont se réfugia avec les débris des troupes dans le fort de Mousson et s’y défendit héroïquement.

Henri V irrité fit dresser une potence au pied des murailles et signifia aux assiégés que s’ils ne se rendaient pas dans les vingt-quatre heures, le comte de Bar serait pendu. Pendant la nuit, la comtesse Gillette accoucha d’un fils. Les soldats féodaux saluèrent l’enfant, lui jurèrent fidélité. Et le lendemain, lorsqu’au matin on amena Renaud devant le gibet, les assiégés, du haut des murs, lui crièrent : « Tu as un fils, nous lui jurons fidélité. Meurs et laisse-nous vaincre ! ». L’empereur furieux donna ordre d’exécuter le comte. Mais les barons s’interposèrent, le vassal fut épargné. Bientôt, il obtint la paix et la liberté et se lança de nouveau dans de bruyantes aventures.

Nous retrouvons quelques années après, ce même comte Renaud dans une coalition formée contre le duc Simon Ier, par Adalbéron de Montreuil, archevêque de Trêves, et Etienne de Bar, évêque de Metz.

Simon de son côté, rallia à sa cause Guillaume de Luxembourg, comte palatin du Rhin, et Henri Ier, comte de Salm. Les confédérés ennemis réunirent leurs forces dans la vallée de la Moselle et assiégèrent la forteresse de Sierck, en aval de Thionville. Simon marcha contre eux, fit lever le siège, les attira dans la vallée de la Sarre et les battit deux fois près du village de Mackeren. Puis il pénétra dans les domaines de Trêves et s’empara de plusieurs places. L’empereur Lothaire, dont le Duc avait épousé la soeur, offrit sa médiation et rétablit la paix.

Mais l’archevêque, sans qu’on sache pourquoi, reprit bientôt les armes. Simon recommença à ravager les terres du prélat.  Adalbéron donna le commandement à son neveu le comte Geoffroy de Faulquemont, un jeune chevalier de dix-huit ans. Il était déjà fort habile et hardi. Tout à coup, laissant Simon sur la frontière de Trêves, il traverse le pays messin, remonte la Moselle et, à l’improviste, se présente devant Frouard, au confluent de la Moselle et de la Meurthe. C’était une forteresse importante, bâtie sur une hauteur abrupte, dont les approches étaient commandées par les deux châteaux de l’Avant-Garde et de Condé, appartenant l’un au comte de Bar, et l’autre à l’évêque de Metz.

Averti de cette marche audacieuse, Simon accourt, grossit son armée avec les garnisons voisines et vient offrir la bataille. Cette fois la fortune lui est défavorable. Le jeune Faulquemont le bat complètement. Son allié, le comte de Salm, est tué de deux coups de lance, lui-même est blessé, son armée se disperse et il se réfugie, avec une poignée d’hommes, dans le château de Nancy.

La future capitale de la Lorraine n’était encore qu’un château fortifié, où les ducs s’accoutumaient à résider de temps en temps. A côté, s’était formée une petite bourgade qui appartenait aux descendants d’Odelric, frère de Gérard d’Alsace. Tout près, au nord-ouest, s’élevait le prieuré de Notre-Dame. Plus loin, au pied des collines qui ferment la vallée de la Meurthe, se trouvait le village de Saint-Dizier, appelé aussi Boudonville, et enfin, à une assez grande distance, vers le midi, au bord d’un ruisseau, le château de Saulrupt. Tel était alors le berceau de Nancy.

Simon, bloqué dans son fort, courait grand danger, d’autant plus que le comte de Bar et l’évêque de Metz reprenaient la campagne comme pour venir à la curée. Le Duc aux abois fit voeu d’aller en Palestine si Dieu le sauvait. Quelques jours après, il apprit que le secours demandé s’approchait. L’empereur Lothaire II lui envoyait une armée de huit mille hommes.

Faulquemont, malgré son extrême jeunesse, fut assez sage pour ne point s’obstiner, il leva le siège et remonta vers Trêves. Le comte de Bar et l’évêque de Metz cessèrent aussi les hostilités. L’archevêque, plus opiniâtre, déclina la médiation de l’empereur et força son neveu à risquer sa jeune renommée contre les impériaux. Il fut battu et rejeté sur les terres de Trêves que Simon livra au pillage. Le bouillant prélat fut enfin obligé de céder.  Mais il se réservait de prendre sa revanche avec des armes dont son adversaire n’avait pas l’usage. C’était un des plus criants abus de l’église féodale.

En effet, l’année suivante, le Duc étant allé à Aix-la-Chapelle pour remercier l’empereur du secours qu’il en avait reçu, y rencontra Adalbéron qui, pour venger sa défaite, le frappa d’excommunication. Le jour solennel de Pâques, au moment même où, en présence de l’empereur, le diacre commençait la lecture de l’évangile, l’archevêque se leva et somma Simon de quitter l’église.

Le Duc ne pouvait lutter, qu’en recourant à quelqu’un de plus fort que le métropolitain. Comme il était vicaire de l’empire, il accompagna Lothaire dans une expédition en Italie, où le pape Innocent II l’appelait pour repousser les incursions de Roger, roi de Sicile. Il contribua vaillamment à battre les Normands et les refoula jusqu’au fond de la Calabre. Le pontife reconnaissant, écouta avec bienveillance l’exposé de ses griefs contre l’archevêque de Trêves, leva l’excommunication et termina cette longue querelle.

Simon vivait d’ailleurs dans de bonnes relations avec l’Église et particulièrement avec les moines. Il favorisait par des donations l’extension de leurs établissements.

C’est ainsi qu’à la suite d’une visite que lui fit saint Norbert, archevêque de Magdebourg, fondateur de l’institut célèbre des Prémontrés, il bâtit, près de la forteresse de Prény, l’abbaye de Sainte-Marie-aux-Bois, où furent installés des religieux de cet ordre et qui devint promptement florissante et maison-mère de plusieurs couvents. Il reçut aussi plusieurs fois en Lorraine le grand saint de la Bourgogne, saint Bernard, et fonda, en son honneur, pour une colonie de l’ordre de Citeaux, l’abbaye de Stürzelbronn près de Bitche. C’est là qu’il voulut mourir.

 


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