Le château de Gombervaux (55)

 

Le château de GombervauxBlason de VaucouleursLe château de Gombervaux

 

 

Classé aux Monuments Historiques depuis le 21/03/1994, le château de Gombervaux, situé au creux d’un vallon à quelques kilomètres de Vaucouleurs, est l’un des rares sites castraux du XIVe siècle à être encore en élévation en Lorraine.

Selon une tradition locale, Charlemagne y possédait un pavillon de chasse.

Le premier seigneur de Gombervaux cité dans un ouvrage (publication de Francis de Chanteau en 1883) est Geoffroy de Nancy, qui appartenait presque sûrement à la Maison de Nancy-Lenoncourt, sans qu’on puisse indiquer exactement de quelle manière il s’y rattachait. C’est Geoffroy qui fit construire le château de Gombervaux, qui devient poste frontière entre la France et l’Empire. En 1366, on y donnera un fastueux banquet en l’honneur de la signature du traité de Vaucouleurs, entre Charles V accompagné de Du Guesclin et les Ducs de Lorraine et de Bar.

En 1843, Gombervaux, délaissé, sera vendu à des propriétaires terriens. L’ensemble formait un carré renforcé à chaque angle par une tour ronde, et dominé par un imposant donjon-porche.

Depuis 1989, une association réhabilite ce château-fort.

 


Archive pour octobre, 2010

Nicolas (1470-1473)

 

 

D’après la monographie imprimée
« Récits lorrains. Histoire des ducs de Lorraine et de Bar » d’Ernest Mourin
Publication 1895

Le jeune fils de Jean II vivait à Paris. Bien qu’on lui eût donné le nom du patron de la Lorraine, il était encore moins Lorrain d’esprit et de coeur que son père et son grand-père. On eut grand’peine à le décider à venir à Nancy prendre possession de son duché.

Il refusa de poursuivre en Catalogue l’entreprise de son père. Il n’était pas d’humeur conquérante. Il laissa aussi aux seigneurs lorrains le soin de conduire la guerre contre Thiébault de Neufchâtel qui, à la suite de son échec d’Épinal, ravageait le pays.

Les seigneurs adoptèrent pour chef le comte de Salins et commencèrent le siège de Châtel. Mais découragés par la durée de la résistance, ils firent un accommodement, sans avoir pris les ordres du duc Nicolas et même sans mettre son nom au traité.

Plus tard, le jeune duc s’en étant plaint avec amertume devant la noblesse, Simonin des Armoises lui répondit avec la rude indépendance féodale : « Nous avons toujours combattu loyalement et franchement et baillé gaiement notre vie et courage pour messieurs nos ducs, mais sçavaient iceux chevaucher des premiers à l’ost ».

Nicolas cédant enfin aux instances, aux reproches et aux durs propos des Lorrains, se mit en route et le 7 août 1470 se présenta à la porte Notre-Dame pour faire son entrée solennelle. Noblesse, clergé, bourgeois et peuple allèrent au-devant de ce prince si longtemps réfractaire. La foule cria Noël ! L’entrée eut lieu suivant l’antique usage.

Nicolas s’étant arrêté, à cheval, à la tête de son cortège, le bailli s’avança et dit : « Monseigneur, très redouté et souverain seigneur, vous plaît-il faire le serment et devoir que vos prédécesseurs ont accoutuméde prêter et faire, de toute ancienneté, à leur nouvelle réception et à leur première entrée en cette ville de Nancy ? ». Le duc répondit : « Volontiers, ami ».

Le bailli dit ensuite : « Mon dit redouté souverain seigneur, vous jurez et promettez donc loyalement et en parole de prince, que vous garderez, maintiendrez et entretiendrez les trois États de ce duché, c’est assavoir les nobles, gens d’église, bourgeois et peuple en leurs anciennes franchises, liberté et usages qu’ils ont eus de vosdits prédécesseurs, et de ce baillerez vos lettres-patentes, ainsi que iceux vos prédécesseurs ont fait lors ? ». Le duc répondit : « Oui, vraiment ».

Et il fut alors conduit à la collégiale de Saint-Georges et, ayant racheté son cheval qui appartenait de droit aux chanoines, fut introduit dans le palais ducal.

Les Lorrains ne tinrent pas rigueur à Nicolas. De son côté, le jeune prince ravi du bon accueil de ses sujets, organisa de belles fêtes, de somptueux banquets, des réunions, des joutes et des tournois. Il fit mieux, il alla les voir chez eux et visita successivement les principales villes : Rosières, Lunéville, Saint-Dié, Raon, Bruyères, Remiremont, Arches, Épinal, Dompaire, Charmes, Châtenois, Neufchâteau, Gondreville.

Mais quelques semaines après, atteint sans doute de nostalgie, il retournait à Paris, annonçant qu’il allait préparer une expédition en Catalogne.

Louis XI ne prenait point ses plans au sérieux. Il lui promit tout ce qu’il voulut. Il s’amusa même à parler de nouveau du projet de mariage avec sa fille Anne de France, mais sans en fixer l’époque.

Nicolas se voyant joué, se plaignit très haut. Charles le Téméraire, qui avait l’oreille aux aguets, profita de son irritation et lui fit offrir la main de sa fille, Marie de Bourgogne, s’il voulait rompre son alliance avec le roi. Le Duc accepta l’ouverture avec empressement, retourna à Nancy, et communiqua la proposition à son conseil qui le pressa d’accepter.

Nicolas se rendit alors auprès du duc de Bourgogne, et le 25 mai 1472, rompant définitivement avec Louis XI, il souscrivit les termes d’une alliance offensive et défensive. Le 13 juin suivant, il échangeait avec Marie de Bourgogne une promesse de mariage.

L’alliance fut effective, car la même année, le duc de Lorraine accompagnait Charles dans cette sanglante irruption en Picardie, qui fut signalée par les incidents dramatiques de Nesle, de Beauvais et de Rouen.

Rentré en Lorraine, il fit mine de reprendre ses projets d’expédition en Catalogne et demanda une aide aux États. Lorsqu’il eut l’argent, il n’en parla plus, mais se donna tout entier à une autre entreprise.

Comme son grand-père René Ier, il sentait combien il serait utile à la Lorraine de s’annexer la puissante et riche ville de Metz. Il n’avait pas de motifs sérieux pour lui faire la guerre. Il se borna à se plaindre de propos satiriques et injurieux tenus sur son compte par les bourgeois. Puis il s’avança avec une grosse armée.

Un capitaine d’aventure faillit surprendre la cité au moyen d’un stratagème, mais les vaillants Messins repoussèrent l’attaque. Nicolas recula, mais pour aller rassembler de nouvelles forces. Vers le milieu de juin 1473, il avait réuni plus de vingt mille hommes et se disposait à se remettre en campagne, lorsqu’il fut pris d’un malaise qui s’aggrava rapidement et l’emporta en quelques jours. Il n’avait que 25 ans.

On crut généralement qu’il avait été enherbé, c’est-à-dire empoisonné avec des plantes vénéneuses. Qui avait commis le crime ? Bien des gens dirent tout haut, mais sans preuve, que Louis XI avait voulu punir la défection du Duc et son alliance avec le Téméraire.

Jean II, dit Jean de Calabre (1453-1470)

 

D’après la monographie imprimée
« Récits lorrains. Histoire des ducs de Lorraine et de Bar » d’Ernest Mourin
Publication 1895

Jean administrait les deux duchés au nom de son père depuis huit ans. Il fit son entrée solennelle à Nancy, comme duc de Lorraine, le 22 mai 1453. Il n’avait pas encore tout à fait trente ans.

C’est quelques jours après, le 29 mai 1453, que s’écroula avec un immense retentissement, sous les coups de Mahomet II, l’empire d’Orient. Cette date ferme pour l’Europe la période historique dite du moyen âge. Un des derniers et l’un des plus brillants représentants de cet âge de transition fut le duc Jean II.

Il était un admirable chevalier, de haute stature, d’une physionomie sympathique, un caractère hardi, franc et loyal. Il résumait en lui les traits de plusieurs races, car par sa mère Isabelle, il était « Lorraine », et par son père, il était « France, Anjou, Provence et Italie ». C’était avant tout un aventureux, un vrai héros de chanson de geste, trop à l’étroit entre les Vosges et la Meuse et s’échappant sans cesse de ses États pour courir des chimères.

Dès 1455, appelé en Italie par le duc de Milan et la république de Toscane, il faisait une expédition contre Alphonse d’Aragon, rejetait ce prince sur Naples et sauvait la liberté de la péninsule. Les Florentins émerveillés de cette triomphante campagne lui firent don de 70 000 florins d’or.

Il avait emmené avec lui au delà des Alpes deux cents gentilshommes lorrains. Ils revinrent ensemble célébrer leurs faits d’armes dans des fêtes prolongées.

Il aimait Nancy et prit soin de l’agrandir. C’est lui qui fit bâtir la porte Notre-Dame, aujourd’hui de la Craffe (1463).

Mais, en 1459, il est déjà reparti pour l’Italie. Les circonstances sont favorables. Le roi Alphonse est mort, ne laissant d’autre héritier que son bâtard Ferdinand. Les populations accueillent avec enthousiasme le fils de René, qui est toujours pour eux Jean de Calabre. Les soldats inscrivent sur leurs bannières les mots de l’évangile : Fuit homo missus a Deo, cui nomen Johannes. Il s’avance entouré des plus braves gentilshommes de Lorraine, d’Anjou et de Provence.

D’éclatants succès fortifient ses espérances. Ferdinand, battu plusieurs fois, va succomber. Mais l’Aragonais a gagné à sa cause le pape Pie II qui redoute les Français, et qui appelle contre Jean, le fameux Georges Castriota ou Scanderbeg. Le héros lorrain épuisé par ses victoires mêmes, ne recevant pas de renfort, est obligé de suspendre la lutte et revient dans son duché en 1461.

La même année, au 15 août, il assistait au sacre du nouveau roi, Louis XI son cousin. Il l’accompagna à Paris, l’entretint de ses nouveaux projets sur Naples et lui demanda des secours. Louis XI, on le sait, n’avait pas l’esprit chimérique. Il se contenta de répondre : « J’aviserai ». Les États de Lorraine furent plus facilement entraînés. Ils votèrent une aide de 100 000 livres. Jean ayant emprunté d’autres sommes, et pris en passant en Provence l’avis de son père qui, malgré l’âge venant, n’était guère plus sage, il reparut de nouveau en Italie (1462). Cette tentative ne fut pas plus heureuse que les précédentes, mais ne dissipa point son rêve qui devait rester, pendant plus de cent ans, comme une obsession magique, dans l’héritage de la maison d’Anjou.

Les chroniqueurs racontent ici une anecdote, dont on voudrait bien ne pas douter parce qu’elle concorde avec le tempérament audacieux et romanesque de Jean de Calabre. Il aurait formé le dessein d’aller lui-même, sous un déguisement, enlever son rival Ferdinand au milieu de sa cour. Quinze gentilshommes travestis en moines partent avec lui de la Provence, arrivent à Naples, sont reçus avec honneur et dévotion au palais. Ferdinand est déjà entouré et va être pris, lorsqu’on reconnaît le duc de Lorraine. Les quinze moines s’échappent, prennent le large et, comme ils avaient de bons chevaux, sont bientôt hors d’atteinte. On ajoute que Louis XI avait secrètement averti Ferdinand.

Avant de reprendre ses tentatives sur Naples, Jean II s’occupa des affaires de France. Il prit part à la Ligue du bien public et, malgré une lettre pressante de son père, resté fidèle à Louis XI, il se joignit au comte de Charolais.

L’historien Commines vante sa petite troupe composée surtout de soldats italiens « exercités en fait de guerre » et le duc lui-même « grand chief de guerre comme nul aultre ». Après la bataille de Montlhéry et le siège de Paris, il figura dans cette convention, de Saint-Maur où « le roi fut mis au pillage » (1465).

Comme chacun « emportait sa pièce », il obtint du roi sa renonciation à la suzeraineté sur les villes ou bourgs de Neufchâteau, Châtenois, Frouard, Montfort et Passavant. Louis XI lui donna en outre le gouvernement de la châtellenie de Vaucouleurs avec une pension de 24 000 livres, lui promit 200 000 écus d’or, 500 lances et 8 000 archers pour l’aider à conquérir Naples et enfin, pour le combler, engagea la main de sa fille au marquis de Pont, fils du duc. La princesse avait deux ans et devint plus tard Anne de Beaujeu.

Louis XI paraissait se désintéresser tout à fait de la Lorraine. Il se désista de tous ses droits sur la ville d’Épinal, qui vingt ans auparavant s’était donnée à la France pour échapper à l’évêque de Metz, et désigna comme souverain, Thiébault de Neufchâtel, maréchal de Bourgogne et déjà propriétaire de plusieurs domaines en Lorraine. Les habitants refusèrent ce nouveau maître, alléguant que Charles VII avait juré « qu’ils ne seraient jamais mis hors de sa sainte couronne ». Thiébault de Neufchâtel vint les assiéger. Ils résistèrent vaillamment, et le roi enfin touché de leurs instances, sans vouloir les reprendre, les laissa libres de se choisir un seigneur à leur convenance. Ils choisirent le duc de Lorraine (juillet 1466).

Jean II termina sa courte carrière dans une dernière chevauchée. Les Catalans s’étaient révoltés contre le roi d’Aragon, don Juan II. Ils s’offrirent au roi René qui, s’estimant trop vieux pour se remettre en campagne, proposa son fils à sa place. L’échange accepté, Jean franchit les Pyrénées vers la fin de l’année 1468. Plus heureux qu’en Italie, il obtint des succès qu’il sut maintenir, devint maître de toute la Catalogne, et il se disposait à envahir l’Aragon, lorsqu’il fut brusquement arrêté par une maladie mystérieuse qui fit croire au poison, et enlevé à l’âge de 46 ans (13 décembre 1470). 

Doulcon

Carte de Doulcon

 

Petit bourg de 420 habitants, situé dans le canton de Dun-sur-Meuse, Doulcon était au IXe siècle, la capitale du comté du Dormois.

Je vous propose de remonter le temps et de parcourir une page d’histoire de ce bourg, avant que Dun-sur-Meuse ne prenne plus d’importance que Doulcon.

L’orthographe des anciennes appellations a été respectée.

Les limites du Dormois d’après les « Travaux de l’Académie nationale de Reims » – 1856

Dudon, évêque de Verdun, parle, en 913, dans une des chartes de l’abbaye de Montfaucon, de ce monastère comme situé en Dormois (Est). En 860, l’archevêque Foulques, de Reims, fit construire le château fort d’Omont pour tenir en respect le comte de Castrices (Nord).

Nous savons que des deux autres côtés, le Dormois confinait à la Champagne proprement dite, et avait pour ligne de démarcation la voie romaine de Reims à Verdun.

En conséquence, M. de Barthélemy propose pour ce Pagus les limites suivantes :

« Une ligne qui, partant de la voie romaine à la hauteur de Vienne-la-Ville, passerait sur les limites de Varennes, Chepy, Montfaucon, Sept-Sargues, Brieulles, suivrait la Meuse jusqu’à Sassey, Montigny, Tailly, Nouart, Belval, Dieulet, Saint-Pierremont, la Berlière, Mondien, la Cassine, atteindrait ainsi Omont, puis, descendant par les bois du Chesne, de Royal-Saint-Denis, Boult, Bar, passerait sur les limites de Savigny, Liry, Aure, Perthes et Somme-Tourbe ».

Ce petit pays a son histoire et a joué un certain rôle en Champagne à l’époque des Carlovingiens. Le Dormois dépendait de tout temps directement de l’archevêché de Reims. Respectée d’abord, l’autorité ecclésiastique ne tarda pas à être attaquée par les turbulents seigneurs laïcs des environs, et, comme on l’a dit, en 860, l’archevêque Foulques dut élever une forteresse à Omont pour résister aux tentatives de Garlache de Castrices.

Herlebaud, l’un des successeurs de ce dernier, s’empara néanmoins du château en 920, et Hervé qui occupait alors le siège de saint Remi, ne trouvant pas une arme assez efficace dans l’excommunication, se mit à la tête de quelques troupes et rejeta Herlebaud dans son comté, le poursuivit et alla mettre garnison dans le château de Mézières, autour duquel se groupaient déjà quelques maisons. Herlebaud mourut misérablement en Allemagne, et ce ne fut que sur les instances répétées de Charles le Simple que l’archevêque leva l’interdit qui pesait sur la famille du comte de Castrices.

C’est sans doute à la suite de ces événements que le prélat se décida à placer le gouvernement du Dormois entre les mains d’un comte. En 920, Hervé marche lui-même contre Herlebaud, et en 930, nous lisons dans la Chronique de l’abbaye de Signy, la mention de la mort de Thierry le Bref, comte du Dormois.

L’abbé de Signy nous apprend ensuite que, pour récompenser Marc, l’un des chevaliers de sa cour, et qui s’était brillamment distingué en maintes circonstances contre les Normands, le roi Raoul lui fit épouser Julie, fille unique de Thierry le Bref. Ce mariage eut lieu avant l’année 926, car en cette année, Marc, réuni aux comtes de Porcien, de Roucy et de Castrices, détruisit les bandes hongroises à Chaumonten-Porcien.

Le Dormois fut ensuite diversement agité par les contre-coups des événements que provoquait dans tout le Rémois la lutte des archevêques Artaud et Hugues de Vermandois, derrière lesquels se cachaient en réalité, le roi de France et le comte Herbert de Vermandois. Marc tenait vigoureusement pour la cause royale et contenait sous son obéissance le comté de Stenay.

Quand, par un brusque retour, l’archevêque Artaud fut vaincu par Hugues, il se retira avec sa famille et quelques partisans dévoués à Omont et put y demeurer tranquillement.

Mais lorsque la guerre se ralluma en 944, quand, Louis IV pillait le Rémois, les fils du comte de Vermandois pillaient l’abbaye de Saint-Crépin, le sire de Roucy pillait Saint-Médard, le Dormois ne pouvait pas ne pas être agité, et l’archevêque Hugues vint en personne assiéger et faire capituler Omont.

Marc, pendant ce temps, avait eu à soutenir le choc du comte Arnoul de Flandres, allié du comte de Vermandois et qui cherchait à inquiéter le roi Louis en attaquant vivement ses frontières. En 959, Marc eut encore à combattre, près de Senuc, des hordes de Hongrois, et fut assez heureux pour les détruire sans le secours du comte de Castrices. Il mourut sept ans plus tard dans le Castrum-Julie, localité que M. de Barthélemy, propose de placer soit à Doulcon, soit à Grandpré.

Le Dormois paraît avoir vu passer aussi tranquillement les dernières années du Xe siècle, mais quand la veuve du comte Marc, Julie, mourut en 1004, Manassès de Rethel fit valoir les droits qu’il tenait du chef de l’aïeule de sa femme, née d’un premier mariage de Marc.

Herman, l’un des lieutenants de ce dernier, fort du seul droit de son épée et soutenu par le sire de Roucy et le comte de Porcien, se jeta en travers de ces projets, s’empara du Castrum-Julie et se forma le comté de Grandpré, qui est représenté à peu près exactement par le doyenné ecclésiastique. En même temps les petits seigneurs qui se partageaient le surplus de l’ancien Dormois, auquel seul devait désormais rester attaché ce nom, se rendirent à leur tour indépendants.

Histoire de Doulcon d’après le « Manuel de la Meuse » – Jean François Louis Jeantin – 1861

La Tour de Doulcom, improprement dite Tour de Dun, subsistait encore sur la fin du XVIIIe siècle. Elle était occupée par les employés de la régie des fermes royales. Était-elle sur l’emplacement ou aux abords de l’enceinte de l’ancien Dulcomense castrum ? Après examen approfondi des opinions pour ou contre, cette question doit être résolue affirmativement.

La chronique d’Alard, abbé de Ligny, écrite en 1155, contient des indications qui ne permettent guère d’en douter. Cette chronique présente le tableau sommaire des principaux faits accomplis, de l’an 860 à 1020, dans les anciens comtés Carlo lotharingiens, dits :
- Remensis, le Remois
- Castricium, le Castrois
- Stadunensis, l’Astenai
- Retectensis, le Rethelois
- Porciensis, le Porceannais
- Dulcomensis, le Doulmois.

En 925, quatre comtes sont bénéficiaires de ces sous-pagi : Munassès tient le Porçois, Marc le Doulmois, Gharin le Castrois et Regnauld le Rosois.

Marc est un chevalier de la cour du roi Raoul de Neustrie. Il a vaillamment défendu la France, sous Eudes et sous Robert de Paris, contre les invasions des hommes du nord. Pour prix de ses services, Raoul lui fait épouser Julie, fille unique de Thiéry le Bref, comte du Doulmois.

A la mort de celui-ci, en 930, le roi lui confère le bénéfice de son beau-père. Ce Marc est surnommé Peigne-Porcs, à cause de sa férocité envers les vaincus. Il devient gouverneur de l’Asteneusis et du Stadunensis, et il réside, tantôt à Doulcom, tantôt à Stenay. Il marie sa fille unique Gilla à Gharin, dit Bras de fer, fondateur de Mézières, lequel était fils d’Erlebault et d’Isabelle Moore. Marc décède en 960, sa femme Julie ne meurt qu’en 1004.

Alors le Doulmois est envahi par plusieurs prétendants. Au nombre de ceux-ci, est le comte d’Ardenne Hermann, un des fils de Godefroid l’ancien. Cet Hermann fonde le comté de Grandpré. Il s’empare du Dulcomense castrum, et il détruit de fond en comble le manoir de Julie.

Voilà l’histoire traditionnelle de Doulcom. Réduit au rôle de simple village, sous la dominance du château de Dun, Doulcom perdit toute qualification féodale et n’offrit plus que des métayers pour les censes de Proiville, de Jupile et de la Brie, ces restes des cultures établies dans l’ancienne curie romaine de l’Andon.

Doulcon a été érigé en commune sous Gobert V, sire de Dun et Richard, sire de Proiville. La cause était le départ pour la croisade du XIIIe siècle.

Une charte de l’an 1587 prouve qu’une fauconnerie ducale avait été établie à Doulcom. Elle fut cédée par Jean de Brieules à Jacquemin Bernard de Dun, sire de Dannevoux et de Vilosnes.

La ferme de Jupille
d
’après la « Géographie historique, statistique et administrative du département de la Meuse »
E. Henriquet et H. Renaudin – 1838

Cette monographie a été éditée, suite à la prescription de l’enseignement de la géographie départementale dans les écoles primaires de l’époque. 

La ferme de Jupille est agréablement située au pied d’une colline couronnée de bois. On y remarque une belle fontaine, dont les eaux sont abondantes et limpides.

Là, en 714, existait déjà une ferme, mais une ferme royale, où Pépin de Héristal, qui gouvernait en maître le royaume d’Austrasie, sous le titre de duc et prince des Français, et le royaume de Neustrie, comme maire du palais, se plaisait à se retirer. Il y tomba malade un jour, et fut ramené en barque à son château de Dun, situé en face, de l’autre côté de la Meuse.

Les eaux de la fontaine, retenues dans des étangs par des digues et des canaux, dont les traces sont bien visibles encore, avaient été ménagées de manière à ce qu’on puisse aller en barque du château à la ferme, en traversant la rivière.

Les eaux de la fontaine de Jupille ont, à un haut degré, la propriété de pétrifier les objets qui y sont déposés. Souvent, elle a été visitée par d’habiles naturalistes. 

La légende de la hotte du diable de Milly

La hotte du diable à Milly

 

D’après « Les chroniques de l’Ardenne et des Woëpvres » de Jean François Louis Jeantin

Au temps où saint Baldéric arrivait sur les plateaux de l’Argonne, conduit par le vol mystérieux d’un faucon, tout le Dormois, la plaine de Woëpvre, les bas-fonds de la Tinte, les rives de l’Azenne, et le bassin d’Ornois étaient couverts de forêts.

Il lui fallut un demi-siècle pour ouvrir quelques percées. A la tête de ses moines, le courageux missionnaire se lance dans les gorges, portant la croix d’une main et la bâche dans l’autre. Il pénètre successivement sous les noirs et perpétuels ombrages qui servaient encore de retraite à quelques restes de païens.

Travailleur intrépide, il pousse ses pionniers de montagne en montagne, marchant sous les colonnades sans fin des troncs noueux des chênes, des hautes cimes des hêtres, débochant sans relâche, par le fer ou par le feu.

Les dernières idoles tombent sur son passage, elles disparaissent avec leurs bois sacrés. Et, de hauteur en hauteur, partant de l’Oratoire de Saint-Germain en Dormois, la croix vient au-delà de la Meuse, en Lorraine, s’abattre comme un brillant météore sur les ruines du Château d’Adrien. Là, s’élève bientôt une autre chapelle sous le même vocable que celui de Montfaucon.

A cinq lieues de distance, les deux églises se dressent, hautes de 500 m. Ce sont deux phares unis par un fil électrique, et de clocher en clocher, le même saint reçoit les mêmes hommages et porte aux pieds du même Dieu l’encens et les vœux de ces naissantes Chrétientés.

Pendant que le royal anachorète s’avançait vers l’aurore, un autre ouvrier de la vigne mystique, un prince aussi, poursuivait la même œuvre au septentrion. C’était un Verdunois, saint Vandrille (Vandregesilus).

Vandrille complétait la mission, commencée par saint Maur, poursuivie par saint Clair, dans les gorges de Flabas et de Fontaine. Il allait défrichant ces plateaux, ces versants, ces collines, dont les chênes séculaires descendaient sur la Meuse, entre Samoigneux et Dun.

De son manoir à Brabant (ad Braibannum), de son château sur le mont d’Harold (Haroldi mons, Superiacum majus), de ses essarts sur le plateau de Bréheville (Breheris villa, Vander sartum), lui aussi, portait son apostolat dans la grande forêt des Woëpres (Webria).

Disciple de Baldéric, il imitait son maître, et le visitait souvent sur la hauteur de Murvaux. C’est, dit-on, en se rendant de sa part, près de ce saint homme, qu’arriva à un bon Frère l’aventure merveilleuse, où la pierre de Milly figure diaboliquement.

Un soir, à la tombée de la nuit, le moine contournait le mamelon, allongé et circulaire, qui dresse ses deux pointes, l’une vers le Dormois, et l’autre vers l’Ornois. Il avait hâte d’arriver au sommet, sur la croupe duquel saint Baldéric édifiait alors son église à saint Germain. Mais il s’égare dans le labyrinthe de mille sentiers tortueux. Il marche, il marche, et s’enfonce dans la plaine, qui n’était point encore défrichée. Et voilà qu’un spectacle étrange s’offre à sa vue, tout-à-coup !

Dans une clairière plantée d’arbres vieux comme le temps, sous des chênes épars, desséchés presque tous par la cime, il aperçoit un monument gigantesque !

Aujourd’hui que le terrain est nu et complètement ouvert, vous voyez une rase campagne, longue et large de plusieurs lieues. Cest une plaine de verdure, entre le Bradon, le Loison, et la Meuse, plaine dont le tapis se projette, à l’ouest, sous les montagnes Dormoises et s’enfonce, à l’est, dans les vallées de l’Ornois.

Dans tout cet espace, alors occupé par la forêt de Woëpvre, à moins de côtoyer les versants, vous ne trouveriez pas un caillou gros comme une noix. Et, cependant, voici, près de Milly, une pierre fichée, un Dolmen peut-être, une haute borne sans doute. Pierre d’une grandeur si démesurée que le peuple ne peut concevoir comment on a pu la transporter là. Suivant lui, une puissance infernale seule a pu l’amener et la dresser dans cet emplacement.

Eh bien, suivant la légende, cette pierre n’était pas unique, à l’époque de l’événement. Il en existait d’autres, et en assez grand nombre, rangées en cercles concentriques. C’étaient d’énormes parallélipipèdes plus ou moins réguliers. En étendant ses bras, l’homme ne peut mesurer la largeur du plus petit. Leur hauteur dépasse celle d’un géant.

Les blocs sont appareillés deux à deux. Chaque paire est surmontée par une traverse posée horizontalement. C’était donc un double cercle de portes, et, au centre, se dressait un dernier rocher. Celui-là est un Titan qui surmonte les autres blocs. C’est comme le pilier central d’une tente immense, dont une vapeur, noire et rougeâtre, formerait les vastes rideaux.

Sur cette colonne est un hideux fantôme. C’est le Prince des ténèbres. C’est l’antique ennemi, l’ennemi éternel du genre humain. Sa lance de feu éclaire l’épaisseur des ombres, il est entouré d’une troupe de démons.

Il parle, et de sa voix il ébranle les montagnes : « Esprits, leur a-t-il dit, notre cause est perdue. Les sectateurs du Christ l’emportent, ils se multiplient, ils pullulent, ils pénètrent partout. La Croix triomphe et nous chasse impitoyablement. Voyez-la, sublime et majestueuse, briller sur tous ces clochers. Voyez cet oratoire qui se dresse, et qui va nous bannir de cette forêt. C’était ici notre dernier refuge, retirons-nous plus au nord. Enfonçons-nous dans l’Ardenne. Là, nos adorateurs sont encore aussi fidèles que nombreux. Emportez ce monument, et qu’il ne succombe pas sous les coups des chrétiens ».

Il dit, et à son signal, les roches s’écroulent. Elles tombent l’une sur l’autre, et les démons s’empressent d’obéir. L’un charge le rocher central sur ses larges épaules, l’autre soulève les traverses, d’autres emportent les bases.

Un dernier pilier reste encore. Déjà un petit diable l’avait mis sur sa hotte. Il s’en allait, léger comme s’il n’eût porté qu’un fétu, quand apparaît le saint hermite. Celui-ci fait un signe de croix, la roche retombe, elle s’enfonce en terre.

La voilà fichée pour toujours aux portes de Milly. 

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